Titre : Alliés

Auteur : Syhdaal

Genre : Shonen ai

Base : Weiss Kreuz

Couples : Brad x Schu… Et Yohji (si vous êtes sages)… Nyark nyark nyark… Be scared…Very scared !

Disclaimer : Non, aucun de ces perso ne m'appartient (quel dommage…), enfin tout le monde le sait hein ! Je m'en sers juste de façon éhontée pour satisfaire mes délires de malade mentale.

Ah, ben ça avance lentement, mais ça avance (j'ai une envolée d'inspiration ces trois derniers jours). Ce coup-ci, âmes sensibles s'abstenir, je tape dans le registre de l'Exorciste mdr. Merci pour votre lecture et vos reviews, ça me fait très très plaisir !

/ Blablabla. / : Conversations télépathiques


Alliés

Chapitre 5

Pendant la nuit qui suivit la visite des Schwarz, l'état d'Omi s'aggrava considérablement. Les Weiss avaient commencé à empaqueter des objets de première nécessité au cours de la soirée dans l'optique d'un déménagement express. Mais lorsque Yohji réveilla ses deux compagnons en urgence parce que le benjamin du groupe semblait au plus mal, ils n'eurent plus le choix. Il fallut partir à l'hôpital. Omi semblait éprouver de grosses difficultés à respirer dans son sommeil et il avait recommencé à rendre du sang. Aya se chargea de démarrer la voiture pendant que Yohji déposait son cadet dans les bras de Ken à l'arrière de la voiture qui partit en trombe en direction de l'hôpital géré par les services de Kritiker. Omi fut très vite pris en charge et des médecins l'emmenèrent précipitamment au vu de son état de santé critique. Aya allait demander à la secrétaire d'accueil un téléphone mais se retourna juste à temps pour comprendre que les problèmes ne faisaient que commencer en entendant les exclamations de Yohji derrière lui. Ken venait de faire un malaise, pris de violents vertiges.

– Merde ! Jura-t-il en laissant tout tomber pour courir vers ses deux coéquipiers.

Yohji avait rattrapé son ami de justesse et du personnel médical accourait déjà dans leur direction. Le brun était pris de spasmes, les yeux révulsés. Aya et Yohji furent éloignés par une infirmière tandis que d'autres personnes emmenaient le garçon dans une salle, sur un brancard. Les deux aînés des Weiss échangèrent un regard angoissé. D'abord Omi, ensuite Ken… C'était trop parfait pour n'être qu'un hasard. On vint leur poser des questions sur l'état de santé de leurs amis avant leur admission à l'hôpital. Certes, ils ne semblaient pas au mieux de leur forme, mais Aya et Yohji avaient mis ça sur le compte d'une maladie, tout comme leurs cadets l'avaient fait avant eux. Ils furent également examinés par un médecin qui les pressa de questions sur leur état de santé personnel, tenant compte du fait que les deux autres étaient tombés malades à peu de temps d'intervalle et qu'ils étaient souvent ensemble. Peut-être était-ce un virus ?

Quelque chose d'autre préoccupait également les Weiss, ou ce qu'il en restait. Il n'était maintenant plus question de partir avec les Schwarz au vu de la situation. Il faudrait attendre qu'Omi et Ken se rétablissent suffisamment pour entreprendre un voyage. Suite à la visite pour le moins inquiétante que ceux-ci leur avaient faite la veille, cela ne les enchantait pas outre mesure de devoir repousser leur départ clandestin.

– Il faut les prévenir.

Aya hocha la tête, lentement. Il réfléchissait.

– Tu fréquentes toujours Schuldig ?

Yohji soupira, ne voyant pas l'intérêt de lui mentir s'il connaissait déjà la vérité.

– Effectivement.

– Pourquoi n'as-tu pas dit qu'ils avaient donné de leurs nouvelles ? Omi s'inquiétait.

– Brad n'était pas vraiment d'accord.

– Préviens-les. Discrètement.

Ils passèrent la nuit dans l'expectative, attendant désespérément des nouvelles de leurs plus jeunes amis. Aucune information ne filtrait les concernant, et les aides-soignants se contentaient de les exhorter à la patience en attendant le verdict. Ils se préparaient à passer une nuit blanche en perspective.

Plusieurs jours plus tard, la situation n'avait pas évolué. Omi dormait en quasi permanence, épuisé. Personne dans la base médicale de Kritiker ne savait pourquoi il crachait autant de sang et ne gardait aucune nourriture. Ils n'avaient aucune explication à son état. Ken, quant à lui, s'était vu contraint et forcé de rester à l'hôpital en observation, vu son état qui se dégradait de jour en jour. Son état de fatigue chronique et ses accès de nausées répétées l'avait également plongé dans un état certain de faiblesse.

Ca faisait une dizaine de jours maintenant qu'Omi et Ken étaient hospitalisés. Un jour qu'Aya et Yohji leur rendaient visite cependant, le brun afficha un comportement pour le moins inhabituel. Omi était profondément endormi, comme souvent à présent. Aya et Yohji tenaient donc plus particulièrement compagnie à l'ex-footballeur mais il se faisait tard et il était pour eux temps de prendre congé pour la nuit. Ken les salua avec un léger sourire, faisant bonne figure malgré sa faiblesse, quand il rappela soudainement Yohji au moment où ce dernier allait refermer la porte de sa chambre pour le laisser une nuit de plus.

– Yohtan.

Aya et Yohji regardèrent en arrière, curieux.

– Yohtan, je peux te parler s'il te plait ? Demanda-t-il en espérant inconsciemment ne pas blesser Aya (ni susciter des questions embarrassantes).

Les aînés des Weiss échangèrent un regard et Aya haussa les épaules.

– Je t'attends dehors. Bonne nuit Ken.

– Merci, bonne nuit Aya, répondit le brun avec un sourire affectueux quoique nerveux.

Aya referma la porte derrière lui et Yohji s'approcha du lit.

– Qu'est-ce qu'il y a ?

Ken semblait particulièrement tendu, son regard faisait des va-et-vient entre plusieurs endroits, ne le regardant pas directement dans les yeux. Il lui tendit finalement la main, l'invitant à s'approcher au plus près, ce que Yohji fit. Ken lui fit signe de s'asseoir sur le lit, à ses côtés. Etonné, Yohji s'exécuta cependant. Le plus jeune leva un regard amusé sur lui et lui dit :

– Tu ne m'embrasses même pas ?

Yohji haussa un sourcil puis au vu de l'expression de son ami, se pencha sur lui.

– Pourquoi, tu veux un baiser pour bien dormir ?

– Ce serait bien, oui, dit Ken en passant un bras autour de son cou et en l'attirant vers lui.

Il colla ses lèvres sur sa joue, près de son oreille pour lui murmurer précipitamment quelques mots, ses lèvres dissimulées par les cheveux longs du grand blond.

– Yohtan c'est important tu dois m'amener un objet demain. On peut parler à voix haute, mais retiens bien ce que je vais te dire.

Yohji se recula un peu et lui dit d'un ton cajoleur :

– Qu'est-ce que je peux faire d'autre pour toi dans ce cas mon cœur ?

Yohji s'attendait à ce qu'il lui chuchote de nouveau quelque chose mais en effet, Ken se contenta de lui caresser les cheveux d'un air taquin.

– Tu peux me faire un petit cadeau ?

– Bien sûr.

– Apporte-moi des fleurs demain. Avec de l'aconit dans le bouquet et du liseron aussi, c'est ma plante favorite tu sais. Il y a des graines de liseron dans la boîte à trucs d'Omi, il en garde toujours pour moi. Tu peux faire ça pour moi ?

– Pas de problème, dit Yohji avec un sourire charmeur, je t'amènerai ça demain. Je dois y aller maintenant, Aya m'attend. Tu sais comment il est, poursuivit-il avec un clin d'œil.

Ken eut un petit rire et Yohji se pencha sur lui comme pour l'embrasser, leurs visages là encore masqués par la chevelure ondulée du détective.

– J'ai compris Kenken, souffla-t-il ses lèvres quasiment collées à celles de Ken.

– Bonne nuit mon cœur, dit-il en se redressant. Je repasse te voir demain, comme prévu.

– A demain, salua Ken avec un sourire.

Yohji sortit, le laissant seul dans sa chambre à se demander s'il avait vraiment bien compris ce qu'il avait pu lui dire. De son côté, le grand blond quitta tranquillement l'hôpital et alluma une cigarette une fois à l'extérieur, se dirigeant nonchalamment vers Aya qui l'attendait appuyé contre la voiture. Ils montèrent en silence, et une fois à l'intérieur, Yohji lui écrivit un petit mot lui signifiant qu'il avait à lui parler au plus vite dans un endroit sûr, tout en engageant une conversation quelconque. Aya répondit avec son habituelle volubilité, tournant néanmoins un moment dans la ville avant de trouver un endroit où ils pourraient passer inaperçus. Ils entrèrent dans un bar bondé et commandèrent deux cafés puis Yohji se mit à lui parler très vite de son entretien avec Ken.

Le comportement du jeune homme ne pouvait signifier qu'une chose : qu'il était surveillé. Les deux aînés des Weiss étaient bien d'accord là-dessus. Il avait mentionné trois autres choses importantes : l'aconit, le liseron et la boîte à trucs d'Omi.

Les deux premières étaient des plantes, soit. La troisième était particulièrement symbolique. La boîte à trucs était le terme employé autrefois par Ken et Yohji pour désigner tous les bidules électroniques dont disposait Omi dans le sous-sol du Koneko, bien avant l'arrivée d'Aya. Cette boîte existait toujours, mais était maintenant remplacée par un véritable coffre tant il y avait de matériel. Quant à savoir exactement ce que Ken lui réclamait, il faudrait qu'ils recherchent la signification du liseron dans le langage des fleurs. Ce n'était pas la première fois qu'un nom de fleur été employé comme mot de code.

– C'est une plante grimpante, la logique veut que ça désigne l'attachement, mais je pense qu'il y a autre chose.

– C'est évident. Je ne savais pas que Ken avait appris par cœur toutes les significations des plantes, dit Aya. L'aconit c'est la fausse sécurité[S1] mais à vérifier, ajouta-t-il finalement.

– Et toi alors ? S'amusa Yohji.

– Ca me passait le temps.

– Moui. Son message est quand même préoccupant. Il vaut mieux continuer à jouer le jeu. Tu crois qu'on pourrait être surveillés au Koneko ?

– C'est possible mais peu probable. Omi vérifie régulièrement qu'il n'y a pas de mouchards dans la maison.

– Ah bon ? Et depuis quand ?

– Depuis que les Schwarz sont venus… Je lui ai demandé de scanner régulièrement le Koneko au cas où on serait sous surveillance. J'ai omis les voitures par contre.

– Bon, retournons à la maison alors. J'ai besoin de faire quelques courses, on fera un crochet par le convini.

– Si tu veux, dit Aya en se levant, prêt à repartir.

Une fois de retour au Koneko, Aya fouilla sous le comptoir pour y débusquer une énorme liasse de feuilles agrafées ensemble et cornées. Il sépara le paquet en deux et en tendit la moitié à Yohji.

– Aconit et liseron.

Yohji soupira bruyamment. Ca allait prendre du temps.

Ils se mirent donc à la lecture des quelques dizaines de pages qui portaient des symboliques florales et autres significations pendant un long moment, puis Aya, en désespoir de cause, décida d'aller fouiller dans la réserve se rappelant de quelque chose qui pourrait leur être utile. Il y avait là un gros livre sur le langage des fleurs mais il avait un certain âge et on ne s'en servait plus au Koneko. Cependant, il contenait des informations plus ou moins rares sur la signification de certaines fleurs et s'ils avaient vérifié la signification de l'aconit qui était telle qu'Aya l'avait décrit, le liseron restait introuvable en dehors de la notion d'attachement.

Ils y trouvèrent finalement ce qu'ils cherchaient : le liseron était également un symbole d'espionnage, c'était bien joué. Maintenant, il allait falloir fouiller dans la boîte à trucs d'Omi pour trouver l'objet que Ken désirait. Yohji avait bien une petite idée.

– Je crois qu'il veut un des traqueurs de mouchards d'Omi. Il en a quelque part dans tout ce fatras normalement. Il veut quelque chose de discret je pense. J'en avais un que j'ai utilisé plusieurs fois, il ne bipait pas mais il clignotait en cas de détection… Un petit bijou j'espère qu'on l'a encore… Marmonna Yohji en fouillant dans le coffre à matériel.

Quelques minutes de recherches suffirent à lui faire pousser un cri de victoire. Il brandit un petit objet noir, a priori banal dans sa forme de walkman.

– Omi est un génie !

– Espérons qu'il fonctionne, dit Aya.

– Si je me souviens bien ça marchait sur batterie… Ah le chargeur est avec, on va pouvoir tester.

Et ils testèrent le petit appareil qui était par chance toujours en parfait état de fonctionnement. Encore une fois, le soin qu'Omi prenait du matériel venait de leur sauver la mise. Il était particulièrement performant pour détecter les micros et autres mouchards, et sa capacité de détection s'étendait même dans une certaine mesure aux mini-caméras.

– Bien. On y retournera demain avec le bouquet de fleur pour faire diversion, mais on n'a pas d'aconit… Faut pas pousser.

– Je me doute. Du lierre fera l'affaire, je doute qu'un docteur fasse la différence.

« Sauf s'il est docteur en botanique, justement, » pensa amèrement Aya.

– On fait quoi s'il est effectivement surveillé ? Il avait l'air angoissé.

– On avisera. Il se fait peut-être des idées à cause des tranquillisants.

– Moui… Lâcha Yohji dubitatif.

Aya savait tout comme lui qu'il y avait peu de chances pour que Ken se fasse effectivement des idées. Ce qui impliquait qu'ils allaient avoir de gros problèmes. Le lendemain, Ken les accueillit avec un sourire qui transpirait le soulagement. Aya et Yohji sentirent immédiatement le malaise du jeune homme. Pour être aussi heureux de les voir, il s'était sûrement passé quelque chose.

– J'ai pensé à ton cadeau, dit Yohji en déposant un baiser sur son front et les fleurs sur ses genoux.

– Elles te plaisent ? On n'avait pas d'aconit au magasin, Aya refuse de vendre des plantes vénéneuses.

– C'est vrai, j'avais oublié. Omi en avait commandé pourtant.

Ken sourit en effleurant doucement les fleurs qu'il avait sur les genoux. Il ne connaissait pas la signification de toutes, mais il y avait une fleur rouge au centre du bouquet. La touchant du bout des doigts, il reconnut les pétales délicats d'un coquelicot rouge sang. Ardeur fragile et consolation. Peut-être pour le rassurer ? Il ne pensait pas que Yohji y aurait pensé, ça ne pouvait donc venir que d'Aya.

Levant les yeux sur son leader, la main toujours sur cette unique fleur rouge, il lui jeta un regard interrogateur. Aya se contenta de lui répondre par un très léger hochement de tête, presque imperceptible. Souriait-il ? Il n'en était pas sûr. Il y avait quelque chose de plus lourd dissimulé dans le bouquet. Il toucha l'objet qu'il fit glisser sur ses genoux, à l'abri des feuilles vertes du bouquet. Le traqueur d'Omi. Pile ce qu'il voulait, ils avaient compris.

– Merci, dit-il en souriant aux deux hommes.

Il attrapa l'appareil qu'il glissa sous sa couverture, tendant à Yohji les fleurs pour qu'il s'en occupe correctement. Il haussa les épaules et les plaça dans la cruche d'eau sous le regard exaspéré d'Aya.

– Un vase, Yohji.

– Ben quoi ?

Aya secoua la tête en faisant le tour de lit, s'installant nonchalamment sur le bord. Il avait évalué la chambre. Les caméras si elles étaient là ne pouvaient pas être partout. Ken entreprit une conversation agitée avec Yohji tout en retapant ses oreillers pour les remettre correctement et passer le détecteur sur les coussins, les draps et la tête du lit. Un petit voyant passa au rouge deux fois sous son pouce.

Deux micros, au minimum.

Il échangea un regard presque paniqué à Yohji qui se contenta de lui sourire et de lui caresser les cheveux en continuant à bavarder avec lui, puis en lui reprenant l'appareil. Yohji poursuivit sa conversation avec Aya et Ken tout en scannant discrètement la salle de bain minuscule attenante à la chambre. Il y avait un mouchard sous le lavabo. Un autre au-dessus du miroir.

Quant aux caméras de surveillance, leur existence n'était pas à négliger. Yohji revint dans la chambre en se coiffant, faisant un signe discret à Aya.

« Deux de plus, au moins. »

Les deux Weiss restèrent jusqu'à la fin des visites autorisées. Comme la veille, Ken appela Yohji à lui et l'enlaça à la manière d'un amant, lui chuchotant rapidement ses craintes.

– Ils nous injectent des choses, ils nous prennent du sang. La nuit on me fait des trucs bizarres, comme des tests, je ne sais pas. Omi ne se souvient de rien, il est trop fatigué mais moi je sais que je ne rêve pas y a un truc pas net ici… J'ai peur Yohtan, sors-nous de là.

Yohji enregistra soigneusement chacun des mots de son ami dans sa mémoire. Il lui caressa les cheveux avec affection et fit mine de l'embrasser comme la veille avant de le quitter, déposant un autre baiser sur son front.

– Ne t'en fais pas mon cœur, ça va aller mieux très vite, ils vont bien vous soigner.

– Vivement ! J'ai hâte de sortir, j'en peux plus d'être entre quatre murs, tu me connais.

– Oui. A demain mon cœur.

– A demain…

######

Ken se réveilla brusquement, terrifié. C'était la nuit. Il avait succombé au sommeil malgré ses efforts pour ne pas s'endormir, sans doute à cause des substances dont on le gavait. Il fut soudain frappé par une terrible réalisation. Il fallait qu'il parte avec Omi, ce soir, sans quoi il avait le sentiment qu'il ne ressortirait jamais de l'hôpital à part les pieds devant. Il savait que c'était de la folie mais il ne pouvait pas rester ici à attendre qu'on le découpe en petits bouts. Yohji avait dit qu'il le sortirait de là mais ses amis n'étaient pas venus le voir aujourd'hui. Ca arrivait parfois mais il sentait que leur absence était un mauvais présage, sans vraiment savoir pourquoi. Il fallait partir ce soir de ce trou à rats. Il se leva, retira un peu brusquement sa perfusion en grimaçant et s'habilla rapidement dans l'obscurité. Puis il se dirigea dans la chambre attenante à la sienne où dormait Omi. Ken avança à tâtons dans la chambre sombre de son cadet. Il atteignit finalement le lit sans encombre et se pencha sur la silhouette endormie.

– Omi… Omi réveille-toi, appela-t-il en le secouant.

– Ken… ?

– Lève-toi bébé, on s'en va. Allez, dépêche-toi.

– T'es fou… J'peux même pas me lever.

– J'te porterai, dépêche-toi Omi, vite.

Un fracas retentit quelque part dans le couloir. S'étaient-ils déjà rendu compte qu'il avait quitté sa chambre sous surveillance ? Ken bondit, armé d'un scalpel qu'il avait piqué, et un stylo dans sa poche. Il se tourna vivement sur sa droite. Il faudrait sortir par la fenêtre. Problème : ils étaient au troisième étage. Se penchant à la fenêtre tout en houspillant Omi pour qu'il s'active. Il eut soudain le pressentiment que jamais il n'arriverait à sortir par ses propres moyens avec Omi dans cet état.

– Omi, Omi écoute-moi ! Dit-il précipitamment en prenant le visage de son cadet entre ses mains pour le forcer à le regarder.

– Omi, tu restes là, tu ne bouges pas. Je vais trouver un téléphone, un moyen d'appeler les autres et je reviendrai te chercher, d'accord ?

Le petit blond acquiesça sans conviction, épuisé. Il ne comprenait pas vraiment l'urgence de la situation et ne souhaitait qu'une chose, retourner dans cette inconscience qui lui faisait oublier cette souffrance permanente qui était la sienne depuis plusieurs semaines.

Ken partit en courant de la chambre, son scalpel en main comme unique arme. Il ne tarda pas à se retrouver face à un homme à la carrure impressionnante, un véritable colosse en blouse blanche. La lumière du couloir qui s'était allumée une fois qu'il avait commencé à se diriger vers le bureau d'accueil de l'étage pour trouver un téléphone s'éteignit brusquement et ils se retrouvèrent dans le noir. Un bon point pour lui qui avait une bonne acuité visuelle nocturne en tant qu'assassin. Il bondit vers l'homme qui lui barrait la route en brandissant son arme, prêt à le mettre hors d'état de nuire et réussi à lui planter profondément son arme dans le cou. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'était l'arrivée d'autres gorilles en renfort. Il se débarrassa rapidement d'un autre type en lui poignardant la main et en lui portant un coup violent à la tempe puis tourna les talons pour courir dans la direction opposée et se mettre hors de portée de ces gens qui ne semblaient pas lui vouloir que du bien. Il fonça dans l'obscurité jusqu'à ce qu'il heurte violemment quelque chose qui n'était pas un mur : les murs ne respiraient pas. Son instinct de tueur allait reprendre le dessus mais des bras se refermèrent sur lui dans l'obscurité et il se débattit avec violence, terrifié. Il n'avait plus d'arme blanche à présent et tira de sa poche le stylo qu'il avait volé à une infirmière. Il lui faudrait là encore crever un oeil à son agresseur pour un peu qu'il puisse lui faire face. Une lutte sans merci au corps à corps s'engagea mais il se retrouva très vite plaqué au sol avec un bras douloureusement tordu dans le dos. Il glapit de douleur et la poigne relâcha un peu son étreinte mais la masse qui écrasait sa cage thoracique contre le carrelage ne s'allégea pas pour autant. Il sentit une bouche se coller à son oreille pour lui susurrer quelques mots d'une voix basse et légèrement éraillée :

– Ta tension kitten…

– Farfarello !

Un petit ricanement lui répondit dans le noir, et il sentit en entendant l'autre se moquer de lui qu'il allait s'énerver très, très fort… Ceci dit, il ne pouvait nier qu'il était infiniment soulagé d'avoir un allié dans les couloirs obscurs de cet hôpital maudit.

– Lâche-moi, grinça-t-il la joue écrasée contre le sol froid.

– Tu ramollis Siberian, chuchota une voix moqueuse.

– Je t'emmerde Farf, lâche-moi ! Ordonna-t-il d'une voix glaciale.

Le poids qui comprimait ses poumons se leva enfin et il prit une grande inspiration, soulagé de ne pas être tombé face à un ennemi. Farfarello était déjà debout derrière lui mais il fut pris d'une quinte de toux assez violente au moment de se relever qui le força à se plier en deux. Un bras entoura sa taille, l'aidant à se redresser malgré les spasmes qui le parcouraient.

– J'vais vomir, informa le brun les larmes aux yeux en se laissant tomber à genoux.

Ses haut-le-cœur étaient douloureux et il sentait la bile qui remontait de son estomac le brûler comme de l'acide. Une main glissa sur son dos, lui apportant un semblant de réconfort dans sa souffrance. C'était chaque fois pire. Bientôt lui aussi cracherait du sang comme son meilleur ami. Finalement, ses convulsions s'apaisèrent au bout d'interminables minutes, le laissant en paix pour les quelques heures à venir. Il passa sa manche sur sa bouche, dégoûté.

– Désolé… Bien sûr, tu n'as pas de brosse à dents sur toi ?

– Non.

Il pouvait presque sentir le sourire de Farfarello à travers ce simple mot. Il secoua la tête, peinant à se remettre debout. Le Schwarz ne l'avait toujours pas lâché, le laissant reprendre son souffle sans le presser.

– Pourquoi t'es là ? T'es tout seul ?

– Non. Schuldig est là aussi. On s'en va.

/ On n'a pas le temps de tailler la bavette Farf, chope le gamin et on se tire. /

– On s'en va, dit Farfarello en attrapant sa main et en le traînant derrière lui au travers des couloirs plongés de l'obscurité.

Il ne semblait pas avoir besoin de lumière pour se diriger.

– T'es nyctalope[S2] ?

– Schuldig me guide.

– Ah… J'me disais aussi…

– Je vois quand même mieux que toi la nuit si tu te poses la question.

– Qu'est-ce que t'en sais ? Aboya Ken, vexé.

– Tu manques d'entraînement.

– Pff !

Farfarello s'immobilisa soudainement et se jeta au sol, l'entraînant avec lui tout en le bâillonnant de sa main.

– Il y a quelqu'un devant nous, chuchota-t-il pour information avant que Ken ne le morde pour lui hurler dessus comme un chien enragé.

######

Une silhouette silencieuse se glissa par la porte entrouverte et fit quelques pas jusqu'au lit qui trônait au centre de la chambre. Quelqu'un était apparemment sorti précipitamment de la pièce quelques temps auparavant.

– Hey, hey, Kätzchen… Chantonna un télépathe aux longs cheveux roux en se penchant sur un jeune garçon assoupi.

Il posa sa main sur l'épaule du cadet des Weiss et le secoua doucement pour le réveiller.

– Allez Omi debout, c'est pas le moment de dormir.

Omi marmonna dans son sommeil sous tranquillisants et daigna finalement ouvrir les yeux pour voir quel désagréable personnage l'ennuyait pour la deuxième fois de la nuit alors qu'il avait tant besoin de repos. Ses yeux bleus se fixèrent sur son visage sans le voir pendant un long moment puis il sembla finalement s'apercevoir de sa présence et le reconnaître.

– Schul…

– On n'a pas le temps de parler, coupa gentiment mais fermement le rouquin. Allez pitchounet debout… Je suis venu te chercher.

Omi tenta faiblement de se redresser mais il était déjà à bout de forces.

– 'Peux pas marcher, articula-t-il en peinant à se dégager de ses couvertures.

– Je vais te porter, dit Schuldig en l'aidant à sortir de son lit, ôtant sa perfusion avec délicatesse malgré l'urgence de la situation.

Il fallait faire vite. Il ôta la longue veste noire qu'il portait et la lui fit mettre pour le couvrir. Ces blouses d'hôpital ne tenaient pas chaud et Omi semblait déjà frigorifié. Inutile de l'affaiblir encore plus. Le petit blond tripatouilla nerveusement les boutons du manteau et Schuldig vola à son secours pour l'aider à boutonner complètement le vêtement. Puis il lui ouvrit les bras avec un sourire amusé :

– Allez jolie princesse, je t'arrache à ta prison !

– J'suis pas une fille ! Protesta mollement le plus jeune en se laissant emporter dans les bras solides de son autoproclamé sauveur.

Schuldig quitta la chambre d'hôpital aussi silencieusement qu'il y était entré, laissant pour seule trace de son passage un lit vide derrière lui. Omi s'agrippa faiblement à sa chemise, effrayé par la situation qu'il ne saisissait pas tout à fait. Il avait un vague souvenir de Ken tentant de le réveiller pour partir. Où était-il passé après ça ? Il était parti sans lui ? Il ne l'aurait quand même pas abandonné… Si ? Percevant son trouble, Schuldig s'empressa d'apaiser ses craintes.

– Il n'est pas parti sans toi. Le problème c'est qu'il s'est fait repéré en venant te chercher. Il a essayé de se planquer mais avec sa discrétion habituelle… Tu le connais.

– Il est où ?

– J'ai envoyé Farfie le chercher, ne t'en fais pas.

Schuldig se dirigeait à travers les corridors et les étages sans effort apparent. Il ne semblait pas rencontrer de difficultés à se déplacer dans la pénombre quasi absolue qu'ils avaient provoquée. Bien sûr, les médecins de garde avaient été mis hors d'état de nuire par les deux Schwarz pour ne pas être dérangés mais Ken avait fait un tel raffut en tentant de fuir les gorilles de la clinique qu'il se les était tous mis à dos dans sa course désespérée pour trouver de quoi contacter ses coéquipiers. Lui se dirigeait sans encombre vers le rez-de-chaussée quand il perçut un fracas innommable dans les étages supérieurs. Bien sûr, il pouvait s'agir d'autres malades, mais il y avait peu de chance pour que ce soit le cas. Le télépathe préféra en déduire que Farfarello avait non seulement retrouvé Ken mais également un des infirmiers qui lui courait après. Il contacta mentalement son équipier qui le rassura brièvement, l'informant qu'il le rejoindrait bientôt avec le deuxième Weiss.

Schuldig rallia finalement sa voiture et installa Omi à l'arrière le plus confortablement possible. Il prit place du côté conducteur et attendit patiemment que Farfarello veuille bien émerger de la base médicale de Kritiker. Il n'en pouvait plus d'attendre. Le cadet des Weiss faisait de terribles efforts pour ne pas sombrer de nouveau dans le sommeil et les deux autres n'arrivaient toujours pas. Il se retourna vers Omi, inquiet.

– Omi, je vais aller voir ce qu'ils font.

Omi ne réagit pas, se contentant de le fixer sans répondre et d'économiser ses forces, attendant la suite. Schuldig fouilla dans un vide-poche et en sortit une petite arme à feu d'un noir mat. Il la tendit au jeune garçon après avoir vérifié qu'elle était bien chargée.

– Je te laisse ça pour te protéger. Si quelqu'un d'autre que nous approche et te menace, tu tires. C'est un automatique, tu n'auras pas à l'armer. Il est très précis.

Omi tendit la main pour recevoir le petit pistolet automatique et le manipula un instant puis hocha la tête.

– Ne t'endors pas, tu risquerais de te tirer dans le pied, dit Schuldig. Je te tiens au courant.

Sur ces paroles, le télépathe abandonna la voiture, laissant Omi aux aguets derrière lui. Il courut vers l'entrée de l'hôpital et passa la porte de service. Il allait se mettre à courir en appelant désespérément Farfarello via télépathie mais il aperçut finalement le borgne qui avançait d'un pas leste dans sa direction soutenant une autre silhouette d'un bras et traînant son fardeau qui suivait tant bien que mal.

Il poussa un énorme soupir de soulagement en apercevant ses deux cadets et attendit qu'ils le rejoignent pour filer vers la voiture. Farfie poussa Ken sans ménagement près d'Omi qui tomba dans ses bras dès que Schuldig mit le moteur en marche.

– Ca va Omittchi ?

Le petit blond se contenta de hocher la tête, lui remettant son arme pour éviter tout accident et se blottit dans son giron, enfin rassuré de les savoir en sécurité son ami et lui. Ken s'installa plus confortablement dans son siège pendant que Schuldig filait à toute vitesse dans une direction inconnue. Omi effondré dans ses bras, il jeta un coup d'œil à Farfarello dans le rétroviseur. Ce dernier se retourna pour vérifier que tout allait bien.

– On va où ? Interrogea Ken.

Farfarello se contenta de hausser les épaules mais Schuldig daigna lui répondre.

– Déjà, au Koneko. Les autres nous attendent là bas.


Notes : Voui, j'approche du vif du sujet, je vous promets.

Commentaires :

[S1] De mémoire, s'il vous plait !

[S2] « Je le savais bien que t'étais une salope ! »
« Mais non, nyctalope ça veut dire que je vois dans la nuit ! ». Oui, j'avoue elle était facile lol.