Titre : Alliés

Auteur : Syhdaal

Genre : Shonen ai

Base : Weiss Kreuz

Couples : Brad x Schu… Et Yohji (si vous êtes sages)… Et plein d'autres choses mais j'avoue qu'il va me falloir du temps pour mettre ça en place...

Disclaimer : Non, aucun de ces persos ne m'appartient (quel dommage…), enfin tout le monde le sait hein ! Je m'en sers juste de façon éhontée pour satisfaire mes délires de malade mentale.

Ca y est ! C'est le moment du grand départ pour les p'tits gars. Et moi ? Non, je n'sais toujours pas où j'vais mais ça ne change pas de d'habitude pour être honnête.


Alliés

Chapitre 6

Schuldig s'arrêta finalement devant le Koneko. Ils sortirent de la voiture, soutenant les deux plus jeunes Weiss jusqu'à l'intérieur de la maison. Yohji et Aya étaient là avec Crawford et Nagi, au milieu de sacs et de cartons divers. Vu son état d'épuisement, Omi fut rapidement installé sur le canapé du salon et Nagi fut chargé de veiller sur lui en cas de crise pendant que les « grands » s'occupaient des choses sérieuses, à savoir, des bagages. Yohji et Schu étaient déjà en train de subir les grondements de Ken qui faisait péniblement sa valise.

– Allez cloper ailleurs. Y a des malades ici !

– Maw, t'énerve pas Kenken, c'est pas bon pour ce que t'as !

– Et j'ai quoi, moi ? Tu veux que je te vomisse dessus histoire qu'on soit trois contaminés maintenant ? Rétorqua l'autre méchamment.

– Ken, t'es crade.

– Tu m'énerves Yohji et je vais vraiment te faire mal si tu continues alors pousse-toi de là et fous-moi la paix !

– Mais qu'il est meugnon ! Grimaça Yohji en pinçant sa joue ave une immense sourire.

– Je. Vais. Te. Tuer… Ce sera très lent et douloureux mais je te jure que je vais le faire.

Schuldig ricana, ne faisant rien pour interrompre la conversation qui menaçait de s'envenimer et de finir en pugilat à coup de valise. Pressentant la dispute, Nagi leva les yeux au ciel et s'approcha du cadet des Weiss, qui regardait d'un œil morne l'agitation qui régnait dans la maison.

– Ca va Omi ? Demanda Nagi.

Omi hocha la tête avec un frêle sourire étirant ses lèvres pâles et sèches.

– Et toi, ça va ?

L'interpellé se tourna vers son adversaire de toujours et sa parfaite antithèse. Il sembla chercher un moment les mots exacts pour lui répondre, ne souhaitant pas lui montrer une faiblesse qui n'appartenait qu'à lui.

– Ca va. Désolé pour le déménagement. Je voulais t'écrire mais Crawford a refusé.

– Ouais, j'imagine.

– Sinon, j'ai dégoté un nouveau jeu qui devrait te plaire vu ton fétichisme des trucs à collectionner, lança Nagi sans avoir l'air d'y toucher.

– Ah bon ? C'est quoi ?

– Pokemon.

– Nagi ! S'écria le blond en s'empourprant légèrement devant la mine amusée du brun malgré son état de faiblesse.

Les deux plus jeunes continuèrent sur leur lancée en mode geek, complètement fermés au reste du monde non informatisé. Nagi tentait de lui remonter le moral à sa façon, et Omi appréciait l'effort du plus jeune qui lui faisait la conversation. De leur côté, les autres finissaient d'emballer les bagages prioritaires, à savoir le matériel informatique et technologique et les équipements d'assassin qui faisaient partie des éléments de première nécessité à emporter. Nagi s'était chargé de faire des sauvegardes de l'ordinateur des Weiss en l'absence de leur hacker personnel.

Les vêtements et autres objets quotidiens passaient en deuxième position mais les quatre garçons n'avaient pas tant d'affaires à emporter, fait dû au manque de place du Koneko. Les meubles furent donc abandonnés sans regret mais plusieurs cartons entiers de linges, vêtements, disques et autres photos et babioles furent remplis et scotchés en un temps record puis stockés dans une camionnette dont Schuldig prit le volant dès que le dernier carton qu'il fut possible d'entasser à l'arrière fut calé entre deux autres. Il devait emporter tout le matériel informatique et les supports de travail des Weiss et des Schwarz vers leur destination finale, quelques extras en prime. Il prit la route avec Farfarello, gardant un contact étroit avec le Koneko. Ils chargèrent également les voitures de Crawford, Yohji et Aya dans la mesure du possible. Une discussion s'engagea ensuite autour des deux roues des plus jeunes. Ken s'opposa catégoriquement à abandonner sa moto, déclarant qu'il les suivrait sur son engin malgré les protestations véhémentes de Yohji et Aya tandis qu'Omi décida de laisser là son scooter en se disant qu'il viendrait éventuellement le rechercher plus tard, quand il serait en état. L'heure du départ était venue et les Weiss se tournèrent une dernière fois vers le Koneko pour lui faire cette fois des adieux qui seraient probablement définitifs. Les Weiss échangèrent un regard lourd de sens, puis il fallut partir. C'est tout naturellement que Nagi monta avec Crawford. Yohji transporta Omi enveloppé dans une couverture dans la voiture d'Aya où il l'installa du mieux qu'il put. Yohji voulait absolument éviter que Ken et Aya ne se retrouvent seuls à huis clos. Cela ne pouvait mener qu'à deux choses : soit ils succombaient à leurs hormones respectives et se sautaient littéralement dessus, soit (hypothèse plus probable que la scène langoureuse qui laisserait pour seule trace une empreinte de main passionnée sur le pare-brise arrière embué de la voiture) ils s'entretuaient et l'habitacle du véhicule serait repeint en rouge sang, bouts de doigts et organes divers palpitants sur le sol en option.

Le cortège s'ébranla enfin et les voitures prirent des routes différentes convenues à l'avance avec les Schwarz. Pour plus de sécurité, seuls Schuldig et Farfarello allaient directement vers leur destination, détours à la clef. Les trois autres véhicules stopperaient pour la nuit dans des endroits éloignés les uns des autres à des heures différentes afin d'éviter toute filature. Bien sûr, ils étaient en communication quasi-permanente via de nouveaux téléphones portables à ligne brouillée par les soins de Nagi.

Deux jours plus tard, après plusieurs détours et autant d'arrêts et de changements de route, les trois véhicules qui se suivaient toujours à distance arrivèrent chacun avec plusieurs heures d'intervalle devant leur nouveau logement. Il avait été convenu par téléphone qu'Aya et Omi arriveraient les premiers pour épargner la santé déjà éprouvée du jeune garçon qui voyait ses malaises décuplés par le voyage en voiture. Crawford et Nagi suivirent deux heures plus tard, et finalement Yohji et Ken firent leur apparition en fin d'après-midi mais plus tard que prévu car ils avaient également dû s'arrêter plusieurs fois en chemin pour permettre au plus jeune de calmer ses nausées et de trouver des anti-vomitifs en chemin.

La demeure en question était très spacieuse, de style occidental, et avait la particularité de posséder un terrain relativement grand à l'abri des regards, dont l'accès était restreint par un lourd et haut portail de bois motorisé.

– Ils ne se sont pas moqués de nous. Ca va nous changer du Koneko tout ça. On va avoir de la place ! Dit Yohji en jetant un coup d'œil appréciateur à l'immense portail qui interdisait l'entrée.

Il y avait même une caméra et un interphone. Le portail tourna lentement sur ses gonds : les autres les attendaient sûrement. Ils s'engagèrent dans l'allée jusqu'à la vaste maison. Ils pouvaient déjà compter deux étages et il y avait à vue de nez un grenier possiblement aménageable si on pouvait en juger par les petites lucarnes du toit.

– Yohtan, demande qu'ils ouvrent la porte, je me sens vraiment mal, demanda Ken en s'extirpant avec difficulté de la voiture.

Il peinait à tenir debout vu ses vertiges mais avait besoin de prendre l'air. Le plus grand lui jeta un regard empli de sympathie et lui tapota l'épaule en guise de réconfort, le regardant prendre des inspirations profondes pour contrer les vagues nauséeuses qui l'assaillaient.

– Ca va aller Kenken, dit-il en s'avançant pour ouvrir la porte.

Schuldig et Aya sortirent de la maison pour venir à leur rencontre. Le télépathe se mit en devoir de vider les quelques cartons entassés à l'arrière du véhicule avec Yohji pendant que Aya guidait Ken à l'intérieur en le soutenant à moitié. Le brun refusait néanmoins de s'appuyer tout à fait sur lui même s'il en avait besoin. Il aurait volontiers abandonné sa réserve envers n'importe quelle autre personne mais c'était Aya qui l'aidait et il ne pouvait pas se laisser aller.

– Comment tu te sens ? Interrogea Aya en le guidant vers ce qui semblait être un salon.

Aya lui trouva particulièrement mauvaise mine. Le voyage l'avait beaucoup éprouvé, comme Omi. Ses yeux bruns avaient perdus cet éclat pétillant qu'ils avaient toujours. Son teint de cire était alarmant. Quant à Omi, dans son sommeil, il était d'une pâleur effrayante. Si ça n'avait pas été pour ses épaules qui se soulevaient faiblement à chacune de ses respirations sifflantes, on aurait pu croire qu'il était mort… Aya chassa rapidement ses idées noires avant que celles-ci ne leur portent malheur.

– La grande forme… Et Omi ?

– Ca ne s'améliore pas, le voyage a été dur.

Ken souffla bruyamment. Ca ne risquait pas de s'arranger.

– J'imagine… Grimaça-t-il au moment où Aya l'aida à s'asseoir dans un canapé.

Le rouquin déposa une couverture sur ses épaules et il s'aperçut qu'Omi somnolait sur un autre sofa tout près de lui, pelotonné sous une énorme couette et entouré d'oreillers.

– Repose-toi un peu. On a meublé vos chambres en premier pour que vous puissiez vous reposer.

– Ah, d'accord… Je peux avoir un verre d'eau ?

Aya hocha la tête :

– Je t'apporte ça.

Une fois sa boisson en main, Ken fouilla dans ses poches pour dénicher sa plaquette de cachets soi-disant anti-nausées et en avala trois d'un coup.

– Merci. Où sont les autres ?

– En haut en train de se battre avec vos lits je pense. Omi a demandé le deuxième étage, Nagi dort là aussi. Il y a aussi une salle de sport qui devrait te plaire.

– C'est vrai ? C'est cool… Quand je pourrai bouger quoi, dit le brun d'une voix faible.

Yohji fit bruyamment savoir qu'il mourrait de faim une fois le dernier carton jeté dans le hall d'entrée. Aya leva les yeux au ciel, déjà exaspéré par son comportement alors qu'il venait à peine d'arriver.

– J'ai la dalle !

– On dîne dans une heure, tu survivras.

– T'es michant.

– Hn.

– Schu ! On a besoin d'aide en haut ! Appela Nagi des étages supérieurs.

– Mes amis, dit solennellement Schuldig en se tournant vers Aya et Yohji, le devoir nous appelle.

– J'peux pas vous aider ? Demanda Ken en se traînant dans le couloir.

– Va dormir un peu Kenken, lui demanda Yohji en le raccompagnant d'où il venait. Reste tranquille, on s'occupe de tout pour le moment, okay ?

– 'Kay Yohtan. Merci.

– C'est normal, murmura son ami en lui caressant les cheveux avec affection.

Il jeta un coup d'œil sur le côté pour examiner Omi qui commençait à s'éveiller, tiré de sa somnolence par leur conversation.

– 'Lut, marmonna-t-il une fois qu'il fut tout à fait réveillé.

– Ca va Omi-kun ?

– Nan…

– Bon, je t'ai ramené Ken comme ça vous pourrez agoniser tous les deux. Si ça ne va pas, tu appelles, okay ? Reprit Yohji en s'adressant au footballeur.

– Ouais...

– Allez, à tout de suite, on fait vite.

– A plus…

######

La soirée arriva plus vite que prévu pour la petite troupe qui avait été occupée à monter les meubles indispensables et à déballer les cartons contenant les objets de première nécessité, à savoir vêtements, affaires de toilette et médicaments divers. En fin de soirée, Omi fut déposé dans sa chambre avec une alarme à disposition en cas de problème. Il avait été convenu que les autres passeraient le voir très régulièrement la nuit pour surveiller l'évolution de son état. Le deuxième étage serait probablement le plus calme et le plus adapté pour qu'il se repose considérant que seul Nagi dormait dans la chambre à côté de la sienne. L'étage comptait également une autre pièce vide et une salle de bain, ainsi qu'une salle de sport partiellement aménagée qui n'attendait que quelques équipements supplémentaires. L'étage inférieur était réservé aux chambres du reste de la troupe et comptait deux salles de bains, chacune à l'opposé de l'étage. Crawford avait investi la première partie de l'étage, près de la chambre de Yohji tandis que Schuldig s'était installé du côté de la première et plus vaste salle d'eau en face de leurs chambres. Ken avait demandé la chambre la plus au fond du couloir en invoquant tout comme Omi la tranquillité pour pouvoir se reposer et considérant que la seconde salle de bain, quoique que légèrement plus petite, y était attenante, elle lui fut attribuée au vu de son état. En face de sa chambre se trouvaient celles d'Aya et Farfarello, quoique ce dernier avait relativement peu de chances de s'y trouver souvent, dormant très peu et encore trop fréquemment sujet à des crises de démence plus ou moins importantes.

– Où est-ce que tu as trouvé cette maison Crawford ?

– J'ai mes sources, mon cher. Mais la transaction s'étant déroulée dans un secret absolu, nous serons tranquilles.

– Tant mieux, grogna Schuldig. J'ai pas eu le temps de piéger le mur d'enceinte.

– J'ai activé les caméras de surveillance. Elles ne sont pas visibles l'extérieur, annonça Nagi en sirotant un thé.

– Tu as mis en place l'alarme ? Interrogea Brad.

– Oui. Mais je n'ai pas eu le temps de la tester, elle n'est sûrement pas infaillible.

– On s'en occupera demain, dit Yohji. Il est tard.

– Oui. La journée a été longue. Tout le monde au lit pour ce soir, lança Crawford. Et pas d'ordinateur, ajouta-t-il à l'intention de Nagi qui s'arrangea pour garder un visage lisse malgré sa contrariété.

– Mais jette un œil sur Omi avant de te coucher.

– Okay, dit Nagi en saluant rapidement tout le monde avant de gravir les deux étages qui le séparaient de sa chambre.

Schuldig et Yohji invoquèrent une pause cigarette à l'extérieur pour échapper au couvre-feu tandis que Crawford et Aya remettaient rapidement de l'ordre dans la cuisine. Ken de son côté jeta un œil aux escaliers qu'il avait eu le courage de monter et descendre une fois depuis son arrivée pour visiter rapidement les lieux et sa nouvelle chambre tout en se demandant comment il allait s'y prendre pour trouver la force de les gravir à nouveau.

– Problème ?

Il jeta un coup d'œil à Farfarello qui l'observait d'un air désintéressé.

– Nan, l'éclate totale.

– Besoin d'aide peut-être ?

– Nan, grogna Ken en décidant d'attaquer la volée de marches qui le menait à sa chambre.

Il nota que Farfarello le suivait de près, sans doute au cas où il déciderait de faire un autre malaise pour qu'il puisse lui marcher sur la figure, savait-on jamais. Il se traîna lamentablement dans sa chambre, toujours suivi de son compagnon qui décida de se rendre utile en lui ouvrant la porte avant qu'il ne mette un coup de pied dedans pour l'ouvrir.

– Merci, murmura Ken en se laissant tomber sur son nouveau lit.

C'était le même qu'avant, tout aussi grand, à part qu'il était neuf. Tous leurs anciens meubles avaient été abandonnés au Koneko. Le sien était comme celui de Yohji : immense. Les deux hommes avaient l'habitude d'aller faire leurs courses ensemble et le grand blond ne tarissait pas de d'éloges sur tout le domaine literie : sa spécialité. Autant avoir un plumard sympa quand on passe quinze heures par jour à pioncer…

Les Schwarz avaient dû meubler partiellement la demeure en accord avec Aya et Yohji pendant qu'ils étaient à l'hôpital. Il rangerait peut-être ses affaires demain, s'il se sentait bien, ou plutôt « s'il ne se sentait pas trop mal » était la formule la plus adaptée… Farfarello était toujours là, l'observant calmement.

– Qu'est-ce tu veux ?

– Tu ne m'as toujours pas raconté.

Ken grogna en enfonçant son visage dans son oreiller frais.

– Tu perds pas l'nord toi.

Un petit rire se fit entendre. Ken soupira et se redressa, s'installant contre sa tête de lit et fit signe à Farfarello d'aller fermer la porte de sa chambre. L'homme s'exécuta, glissant silencieusement sur le sol et revint se poster près du lit. L'autre le jaugea un moment, d'un air plus ou moins suspicieux.

– Pourquoi tu tiens tant à le savoir ?

– Pure curiosité.

– C'est vrai, t'es pas le genre à avoir d'arrières pensées toi ! Ironisa le brun.

– L'innocence même, rétorqua Farfie. Et le blackmail n'est pas mon genre, ajouta-t-il avec une ombre de sourire qui découvrait un croc un peu trop pointu au goût de Ken.

– Mouais. Si je te raconte, tu me laisses dormir ?

– Possible.

– Ben assieds-toi, tu me donnes le vertige, dit Ken d'un air faussement agacé. Je te préviens, je ne répèterai pas, c'est assez pénible comme ça.

– Je t'écoute.

Ken inspira profondément, se demandant comment il allait pouvoir aborder la chose avec Farfarello bien qu'il le soupçonnait de déjà connaître le fin mot de l'histoire. Il décida d'opter pour la simplicité et la vérité. A la fin de son récit, Farfarello ne fit montre d'aucune émotion particulière.

– Avoue, tu le savais déjà.

– En partie.

– Comment ?

– Ca crevait les yeux, murmura Farfarello en effleurant son bandeau d'un air pensif.

– Pas de mauvais humour !

– Je vais te laisser dormir, dit l'aîné en se relevant. Bonne nuit.

– Okay, merci… Bonne nuit… Euh dis ! Je peux t'appeler Farfie ? Demanda brusquement l'ancien footballeur en se justifiant tellement rapidement que l'Irlandais n'en saisit que la moitié :

– Farfarello c'est trop long !

L'intéressé ricana gentiment, amusé au-delà des mots. L'attitude du brun avait une forte tendance à le dévier de ses grognements habituels pour le faire rire, souvent à ses propres dépens.

– Trop long à retenir pour ton petit cerveau de poisson rouge ?

– Hey !

Farfarello eut de nouveau un petit rire puis s'abaissa pour pouvoir le regarder dans les yeux et passa une main dans ses cheveux.

– Tu fais comme tu veux… Kenken, dit-il doucement, soufflant son surnom au creux de son oreille.

Le brun frissonna, presque violemment. Il acquiesça lentement, bouche bée. Farfarello lui dédia un sourire presque tendre, bien loin de ses habitudes.

– G'night Ken.

– A demain…

######

Les jours suivants ne furent que prétextes à chamailleries entre les leaders des deux groupes : chacun pensait savoir ce qui était le mieux à faire et campait sur ses positions quel que soit le sujet. Yohji et Schuldig tentaient péniblement de détendre l'atmosphère tout en faisant des allées et venues incessantes entre les chambres des deux Weiss les plus malades. Farfarello se contentait d'être perdu dans son monde et de tenir compagnie à Nagi quand il s'en sentait l'envie. L'installation du groupe dans la nouvelle demeure ne se fit donc pas sans heurts mais relativement bien : il n'y eu en effet aucune perte humaine à déplorer.

Lors d'un repas où ils étaient tous présent : Omi se sentait sensiblement mieux et avait accepté de descendre à table, sans pour autant promettre d'avaler quoi que ce soit. Aya tentait de le convaincre d'avaler quelque chose sans aucun succès tandis que Crawford portait une assiette pleine à leur psychopathe atteint de neuropathie sensitive qui se terrait quelque part dans le jardin. Farfarello refusait souvent de manger en présence de plusieurs personnes, notamment étrangères à Schwarz. Ca le dérangeait, sans que Brad ait pu trouver une explication logique à cela durant les années où il avait vécu avec lui. Il le trouva finalement en train d'inspecter avec curiosité les hautes palissades qui entouraient le terrain.

– Je t'ai apporté à manger.

Farfarello ne répondit pas, se contentant d'un imperceptible mouvement de tête.

– Farfarello, je te parle.

– Oui. Merci, ajouta-t-il finalement après un temps de pause certain.

– Hm. Tu pourrais dîner à table un jour.

Le jeune homme pencha légèrement la tête sur le côté, semblant suivre des yeux quelque chose qui courait au ras du sol. Brad l'imita, cherchant l'invisible musaraigne qui avait attiré l'attention de son équipier. Bien sûr, il n'y avait rien. Enfin, rien que lui pouvait voir ou entendre. Farfarello était un cas bien à part dans sa petite troupe de prodiges.

– Hm mh…

Crawford l'observa encore un moment poursuivre son inspection minutieuse puis tourna les talons, sachant pertinemment qu'il ne valait mieux pas déranger son équipier aux tendances légèrement obsessionnelles voire psychotiques. Il réintégra la maison pour voir que finalement, après un nombre incalculable de supplications de ses amis, le cadet des Weiss avait accepté de grignoter quelque chose. Crawford décida d'y voir une amélioration de son état et tendit la main pour se servir un verre d'eau quand un pressentiment fugitif mais puissant le fit lâcher son verre pour courir vers Omi une fraction de seconde avant que celui-ci ne se mette à hurler comme un possédé en pointant un doigt d'un air horrifié devant lui. L'affolement gagna vite la table et la confusion la plus totale s'installa quelques instants jusqu'à ce que Schuldig se rue auprès de son leader et pose une main sur le front d'Omi. Le contact physique devait lui permettre une connexion rapide avec l'esprit de l'adolescent mais le monde chaotique dans lequel il plongea l'espace d'une seconde le fit rapidement lâcher prise. Il se rejeta en arrière, le souffle coupé.

Le petit blond continuait à hurler et à se débattre comme si sa vie en dépendait, comme s'il était aux prises avec un monstre invisible et terrifiant. Crawford tenta instinctivement de l'immobiliser pour ne pas qu'il se blesse mais il lui fallut pour y parvenir l'aide de Yohji et Aya.

Secoué, Schuldig mit un moment à retrouver sa capacité à parler et tenta d'articuler rapidement quelque chose à l'attention de Brad. Il s'aperçut qu'il était tellement sonné qu'il ne parvenait pas à prononcer ne serait-ce qu'une syllabe intelligible. Il sentit de petites mains invisibles l'aider à se redresser et tourna machinalement la tête pour voir Nagi à ses côtés.

– Nag'… Assomme-le.

– Pardon ?

– Assomme-le… Il faut… K.O.

Nagi se tourna instinctivement vers Crawford pour voir s'il avait entendu. Bien sûr, Crawford entendait toujours. Ce fut très rapide. Un coup bien placé, un choc étouffé et les cris d'horreur moururent subitement dans la gorge d'Omi, son corps fragile perdant toute résistance dans les bras de Crawford comme une poupée désarticulée. Yohji fixa un moment le corps inanimé de son plus jeune ami avant d'échanger un regard avec Brad. L'Américain lui renvoya un regard qui lui sembla empli d'une inquiétude fugace mais bien présente. Il se redressa en emportant Omi avec lui, faisant signe à Schuldig qui s'était finalement relevé de le suivre.

Aya abandonna rapidement sa position agenouillée sur le carrelage froid de la cuisine pour leur emboîter le pas, invitant Yohji à l'imiter d'un regard. Nagi et Ken se contentèrent d'observer la scène, quelques peu désemparés. Farfarello fit son apparition, appuyé contre le chambranle de la porte. Nagi fixa son attention sur lui, attendant patiemment qu'il se décide à agir ou parler. Farfarello laissa son regard glisser sur la scène de la cuisine, notant que les protagonistes ayant quitté la scène avaient cependant oublié deux de leurs compagnons. Il dénombra deux assiettes pleines et à peine entamées ainsi qu'une troisième quasiment vide.

– Vous devriez finir de manger, dit-il simplement.

Ken se contenta de le fixer d'un regard qui lui intimait de se mêler de ses oignons mais Nagi se mit à protester.

– Tu as vu ce qu'il vient de se passer ? Ne parle pas de nourriture !

Farfarello haussa légèrement un sourcil d'un air plus ou moins désintéressé.

– Il ne guérira pas. Et toi tu vas maigrir.

– Tu sais quelque chose ? Demanda Ken à voix basse en ignorant le dernier commentaire de l'Irlandais (que Nagi, lui, ne manqua pas de relever).

– Non.

– Mouais. J'me sens un peu comme la cinquième roue du carrosse sur ce coup-là, observa-t-il en se tournant vers Nagi.

Le petit brun se laissa choir plutôt qu'il ne se rassit sur sa chaise en soupirant.

– De toute façon, c'est toujours comme ça, commenta-t-il avec une touche d'amertume dans la voix.

– A la maison, c'est pareil aussi… Enfin, « la maison »…

Nagi lui jeta un regard empli de sympathie.

– Oui, on n'en a plus de maison[S1] …

– C'est ici maintenant. « La maison », intervint Farfarello en vagabondant dans la pièce sans même donner l'impression de les écouter.

– Quoi, t'as déjà adopté l'endroit ? J'suis impressionné, railla le cadet des Schwarz.

– On va y être longtemps. Autant s'habituer maintenant.

– Tu as l'air d'être rudement au courant, observa Nagi d'un air soupçonneux.

Farfarello savait quelque chose et il allait le lui faire cracher, arrachage d'ongles et scalp des poils de nez à la clef s'il le fallait. L'Irlandais se contenta de l'ignorer ouvertement : il n'était pas d'humeur à discuter. Les deux autres échangèrent un regard puis Nagi se mit à débarrasser la table sans un mot, assisté du Weiss. Il semblait que personne ne mangerait plus ce soir. Aya fit bientôt son retour dans la cuisine, à la recherche de son équipier manquant. Avisant Farfarello qui était revenu, Ken et Nagi en plein rangement, il se décida finalement à prendre la parole :

– Omi dort pour le moment. Crawford pense qu'il a vu quelque chose.

– Quoi ? Il hallucine ?

– Non. Il voit, rectifia Farfarello. L'éveil commence.

Nagi lui jeta un regard désapprobateur en biais. Ce n'était pas à Farfie d'annoncer cela aux Weiss. L'intéressé continua d'ignorer son cadet sans ciller.

– L'éveil de quoi ? Interrogea Aya d'un ton qui se durcissait, persuadé que les Schwarz lui cachaient quelque chose depuis un certain temps déjà.

– De son nouveau lui, répondit l'aliéné avec un regard entendu à Nagi qui pinça les lèvres.

Crawford ne tarda pas à réapparaître, suivi de sa cour habituelle, à savoir Yohji et Schuldig et contempla un moment les Weiss à présent au nombre de trois.

– Tu nous expliques, Crawford ? Demanda Aya d'un ton plus ou moins rendu cassant par l'inquiétude.

– C'est la phase d'éveil. Omi est en train de changer. Vous allez suivre le même chemin.

– Changer comment ? Insista le leader des Weiss qui sentait poindre l'énervement.

– On va pas se transformer en monstres ?!

Tous comprirent à quoi l'exclamation de Yohji faisait allusion : aux créatures monstrueuses et difformes engendrées par Masafumi Takatori au cours de ses expériences délirantes. Crawford s'installa sur une chaise et se pinça le haut du nez avec lassitude.

– Non, pas comme ça Yohji, sinon nous ne serions pas là pour vous aider. Disons que je n'en sais pas vraiment plus que vous si ce n'est qu'Omi vient de confirmer mon hypothèse : vous êtes sur le point de développer de nouvelles habilités, et tout se passe dans votre cerveau.

– On va devenir comme vous…

Yohji se tourna vers Ken avec un étonnement non dissimulé. Le brun lui renvoya un regard inquiet, se mordillant nerveusement la lèvre inférieure. Le grand blond n'eut aucune peine à voir que la même anxiété s'était peinte sur les traits si souvent figés d'Aya.

– Qu'est-ce que…

– Il a raison.

Les regards convergèrent vers Schuldig cette fois, qui était resté silencieux jusque là.

– Les choses ne seront plus jamais comme avant. Et ça n'aurait jamais dû vous arriver.


Notes : Je vais nous épargner un commentaire aussi stupide qu'inutile… En un mot comme en cent… Mais c'est nul ! *Va méditer sur sa nullité intrinsèque*

Commentaires :

[S1] Moi non plus j'en ai plus, ça nous fait un point commun.