Titre : Alliés

Auteur : Syhdaal

Genre : Shonen ai

Base : Weiss Kreuz

Couples : Brad x Schu… Et Yohji (si vous êtes sages)… Et plein d'autres choses mais j'avoue qu'il va me falloir du temps pour mettre ça en place...

Disclaimer : Non, aucun de ces persos ne m'appartient (quel dommage…), enfin tout le monde le sait hein ! Je m'en sers juste de façon éhontée pour satisfaire mes délires de malade mentale.

Bon, ben comme faut bien avancer, et après moult coups de pieds mentaux à mon auguste derrière, j'ai repris la plum… Euh, le clavier.

Alors, d'abord Omi, ensuite Yohji. Qui sera le prochain ?

Sinon, je ferai bien une vacherie ou deux à Bradounet. Genre, Nagi qui lui ramène un bébé bouledogue français ah ah ! Ca serait drôle. Enfin, pour ceux qui ne savent pas de quoi je parle, je vous envoie mon clébard via colissimo et on calcule combien de temps vous pouvez rester dans la même pièce que lui sans mourir d'asphyxie.

Pour ceux qui savent… Prions ensemble pour la paix à l'âme de Brad. Et de son odorat. Bouhahahaha !

Moi barge ? Noooooooooon.

C'est les effluves toxiques, ça m'a atteint la cervelle de façon irrémédiable. Enfin maintenant, j'ai une excuse pour être foldingo ah ah !


Alliés

Chapitre 8

Crawford veillait de près sur les Weiss à présent. Deux d'entre eux s'étaient éveillés à leurs nouveaux pouvoirs et les deux autres pouvaient exploser à tout moment. Schuldig gardait plus particulièrement un œil sur Omi. L'état de l'adolescent n'avait de cesse d'empirer et lorsqu'il émergeait du sommeil, c'était pour vomir le peu d'eau que son garde-malade avait réussi à lui faire ingurgiter plus tôt.

Quant à ses habilités… Crawford savait qu'il ne s'agissait pas d'un pouvoir aux effets physiques, ce qui ne laissait que la large palette des pouvoirs mentaux. Ca pouvait aller de la vision d'aura à la psychométrie en passant par la xénoglossie. Ils n'avaient donc plus qu'à attendre, mais le leader des Schwarz penchait pour des visions, vu sa réaction le jour où son habilité s'était déclarée.

Enfin, toutes ses hypothèses restaient à confirmer et pour l'heure, il devait focaliser son attention sur Yohji qui s'habituait assez mal aux changements qui s'opéraient en lui.

Ils avaient découvert, après deux jours que le grand blond avait passé alité pour récupérer, que sa simple présence pouvait griller les appareils électriques en cas de fatigue ou d'énervement.

L'apprentissage promettait d'être semé d'embûches. Tant qu'il était calme tout se passait bien. Une émotion un peu plus forte que les autres pouvait avoir de fâcheuses conséquences… Notamment pour ses cheveux, fait qui ne cessait d'amuser la galerie au grand complet.

– ARRRRRGH ! RAS LE BOL ! S'égosilla l'aîné des Weiss.

– Pourquoi tu hurles ?! Avait grondé Aya en le rejoignant dans un couloir.

– MES CHEVEUX ! Nan mais regarde-moi ça ! J'AI L'AIR D'AVOIR MIS LES DOIGTS DANS UNE PRISE ELECTRIIIIIIIIIIIIIIIIQUE !

Voyant qu'Aya retenait à grand peine un sourire, Yohji se remit à taper du pied, sa voix montant encore d'une octave dans les aigus.

– NE RIGOLE PAS ! On verra la tronche que tu feras quand ça t'arrivera à toi ! Ma vie est fichue si on me voit comme ça et ma réputation alors !

Aya pouffa de rire, incapable de se retenir plus longtemps. Il n'était pas très charitable mais voir Yohji rouge écarlate en train de glapir comme un putois avec ses vingt centimètres de cheveux dressés sur le crâne aussi sûrement que s'il s'était mis la tête dans un seau de super glue[S1] au réveil était un spectacle trop difficile à supporter pour ses petits nerfs fragiles.

– ARRETE DE RIRE OU JE TE PENDS AU LUSTRE DU SALON !

– Y a pas d'lustre ! Rétorqua l'intéressé, carrément mort de rire dans le couloir.

Schuldig passa la tête par la porte de la cuisine, un croissant encore coincé entre les dents, venant s'enquérir de la situation qui menaçait d'être tordante.

– Ah ben ça y est, il a perdu la boule ! S'exclama-t-il en apercevant le grand Aya Fujimiya se fendre de la poire sans plus de préavis.

Le leader des Weiss se força à reprendre contenance avec un petit raclement de gorge. Il se redressa avec un demi-sourire aux lèvres qui menaçait à chaque instant de se transformer en éclat de rire hystérique. Les nerfs sans doute, en conclut Schuldig en son for intérieur. Lui-même aurait bien rigolé un coup, mais il craignait que Yohji ne le prenne mal…

Farfarello fit son apparition à ce moment précis, traversant la scène sans s'y arrêter ne serait-ce qu'une seconde. Avant de pénétrer dans la cuisine où se trouvait déjà Schuldig, il laissa tomber d'un ton inexpressif :

– Sympa ta nouvelle coupe.

– Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

Yohji s'étrangla, frisant l'attaque cardiaque et Aya toussa doucement dans sa main pour dissimuler une autre salve de rire qui menaçait d'éclater pendant que Schuldig, lui, leur avait tourné le dos pour rire tout son saoul.

Crawford soupira, attablé devant son éternelle tasse de café serré et son journal.

Y avait des jours, comme ça…

######

Aya était en train de faire un rangement drastique dans sa chambre habituellement si propre. Un rire lui fit tourner la tête et il aperçu Ken dans l'embrasure qui se contentait de le regarder s'acharner sur le désordre ambiant.

– Ben qu'est-ce que tu fais ? Tu déménages ?

– Je plante des tomates, ça se voit pas ?

Un éclat de rire hilare lui répondit et il jeta un regard assassin au brun qui se tenait au chambranle pour rester à peu près droit sous les assauts de son fou rire.

– Arrête de rire andouille ! Siffla-t-il en lui lançant un oreiller au visage que Ken ne fit même pas l'effort d'esquiver.

Aya soupira et leva les yeux au ciel en signe de désespoir :

– Nan mais dites-moi, qu'est-ce que je vous ai fait pour être entouré d'autant de guignols ?

– T'as un mauvais karma Aya-kun, ricana Ken en s'avançant dans sa chambre sans dessus dessous, rapportant le coussin à son propriétaire et se laissant tomber sur le lit.

– Alors, tu fais quoi, dis-moi ?

– J'ai décidé de déballer correctement mes cartons.

– Tu ne l'avais pas encore fait ?

– Non…

– Moi non plus, avoua finalement Ken.

– Pourquoi ? Interrogea subitement Aya, curieux de savoir pourquoi Ken n'avait pas pris le temps de ranger ses bagages, lui qui était très attaché à tout ce bazar inutile qu'il conservait depuis des années.

– Oh, j'avais pas trop la forme… Et puis j'avais pas envie de plonger dans des cartons entiers de souvenirs périmés.

Aya examina le regard de son ami. Il disait certainement vrai. Lui non plus ne se sentait pas vraiment le courage de vider ses affaires, un peu comme s'il campait ici pour une durée provisoire… Mais cela faisait presque un mois qu'ils avaient emménagés, il était donc temps de prendre son courage à deux mains et de tout ranger correctement.

– Pareil pour moi, répondit-il doucement. Et Yohji m'a fait la réflexion hier. C'est vrai que vivre entre les cartons c'est pas terrible…

Ken acquiesça d'un hochement de tête puis, contemplant l'air désespéré de son leader devant la montagne d'effets personnels qu'il devait ranger, il proposa son aide. Aya, pris de court, balbutia quelques mots incompréhensibles avant d'accepter avec un sourire. A genoux par terre et côtes à côtes, ils commencèrent à trier les objets divers.

C'était la fin de l'après-midi et il faisait déjà nuit à l'extérieur. L'ampoule projetait une lumière blanche assez impersonnelle sur la chambre peinte en blanc cassé.

– Tu devrais mettre un lustre… Tu sais, genre une boule en papier blanc…

– Pourquoi blanc ?

– Je te vois mal avec un abat-jour orange fluo. Mais ça irait bien avec ton super pull, dit Ken souriant, désignant du doigt le vêtement fétiche qu'Aya trimballait tout le temps.

– Mais il vous a fait quoi mon pull ? Protesta Aya en jetant un coup d'œil à l'objet incriminé, à savoir, ce qu'il avait sur le dos.

– Comment te dire… T'as les cheveux rouge pompier et tu mets un pull orange fluo. Nope, ça va pas.

– Depuis quand t'es un expert de la mode ?

– Depuis que j'ai rien d'autre à faire que de me plonger dans les magazines de Yohji.

– Tout s'explique. C'est pour ça que tu ne portes pas les mêmes chaussettes j'imagine ?

– Hey nan, ça c'est parce que j'ai des chaussettes orphelines[S2] !

La lumière s'éteignit brusquement et plusieurs cris de protestations s'élevèrent un peu partout dans la maison.

– Ah, on dirait que Yohji a encore disjooooooncté ! Constata Ken, railleur.

– C'est ce qui s'appelle péter les plombs.

Leurs yeux se croisèrent dans la pénombre et partirent d'un grand rire en chœur. La situation était trop drôle et il ne faisait aucun doute que Yohji avait encore les cheveux dressés comme des baguettes sur son crâne d'œuf. Leur éclat de rire s'apaisa au même moment et ils échangèrent un regard complice. Ils étaient très proches l'un de l'autre et Aya pouvait sentir le parfum de son compagnon. Sans comprendre ce qui lui arrivait, Aya posa sa main sur l'épaule de son ami, leurs lèvres si proches, leur souffle se mêlant brusquement.

Ken bascula en arrière, le corps chaud d'Aya pressé contre le sien et ses lèvres sur les siennes. Un moment de pure passion s'ensuivit, bouche contre bouche, leurs mains se cherchant, s'agrippant à leurs vêtements, fouillant leur chevelure en bataille.

Ils se séparèrent le cœur battant et le souffle court quand la lumière se ralluma, les douchant de sa lumière froide.

– Qu'est-ce que tu fais ? Souffla Ken, ses mains crispées sur les épaules de son ami.

– Je ne sais pas.

Un murmure sincère pour toute réponse.

Aya sondait son regard, une expression indéchiffrable sur le visage. Il laissa ses yeux courir sur les lèvres rougies de Ken par leur baiser brutal. Ils haletaient tous deux, fébriles. De la folie, c'était un moment de pure folie. En tous cas, c'était la seule explication que son esprit fut en mesure de lui fournir. Contemplant l'acte insensé qu'il venait de commettre, une vague de panique le submergea brusquement, lui coupant le souffle.

Il se redressa vivement.

– Je suis désolé.

Il piétina un moment, faisant mine de sortir de sa chambre puis revint en arrière, indécis. Ken l'observa, s'étant redressé en attendant la suite des évènements.

– Aya.

L'interpellé dirigea nerveusement son regard mauve sur lui, le rouge aux joues, gêné au-delà des mots.

– C'est… Pas ta faute.

– Si. C'est ma faute. Désolé Ken.

– Attends !

Aya avait disparu, fuyant la personne qui le troublait le plus au monde pour aller se réfugier dans un endroit où nul n'irait le déranger le temps qu'il remette de l'ordre dans ses sentiments déjà bien chaotiques : la chambre d'Omi, à l'étage supérieur.

Ken de son côté se retrouvait seul dans la chambre du rouquin, incapable de décider s'il devait rire, pleurer ou tomber à genoux et se mettre à hurler de rage vers le ciel. Il tourna son regard vers le bureau d'Aya. Blanc, tout simple. Prenant place sur la chaise, il inspira profondément puis soupira. Situation difficile. Il tendit la main vers le plumier en bois noir laqué et s'empara d'un stylo avec lequel il joua négligemment avant de prendre le bloc note qui était devant lui. Il réfléchit longtemps, comptant les minutes qui s'écoulaient, pesant le pour et le contre…

Il ne pouvait pas partir comme ça, comme si cela ne s'était jamais passé.

Il devait rester une trace de ce moment un peu fou et irréel.

Aya le savait.

« Aya,

Tu vois la porte en face de ta chambre ?

Si tu as besoin d'aide pour ranger tes cartons, je serai là.

Ne t'excuse pas.

Ce n'est pas grave. »

Ken suspendit la pointe de son stylo en l'air un instant. Une autre phrase le démangeait histoire de le provoquer un peu et il décida de l'inscrire au verso du feuillet, un large sourire aux lèvres.

« Pis t'embrasses pas si mal !

Ken »

Il pouffa de rire et déposa la feuille sur l'oreiller de son ami. Si ce mot tombait entre de mauvaises mains, c'en était fini de lui. Il imaginait déjà la tête décomposée d'Aya lorsqu'il lirait ces quelques lignes.

Amusé, il referma soigneusement la porte de la chambre de son ami et fila dans la sienne en étouffant un petit rire. Puis il redescendit au salon où il rencontra Schuldig qui était en bonne voie de se vautrer dans le canapé. Levant les yeux sur lui, le télépathe l'informa qu'Omi s'était éveillé depuis peu et qu'Aya était avec lui.

– Je monterai le voir un peu plus tard dans ce cas, je pense qu'Aya n'a pas envie de me voir.

– Oh, pourquoi ? Il s'est passé quelque chose ? S'enquit Schuldig, dont la curiosité dévorante avait repris le dessus.

– On peut dire ça, murmura le brun en faisant un vague geste élusif.

– Allez, raconte !

– Non, plus tard peut-être.

– Ah pauvre de moi, y a pas de ragots à se mettre sous la dent dans cette baraque ! Geignit le rouquin en fourrageant dans ses cheveux.

Ken éclata de rire en s'installant à ses côtés dans le canapé.

– Yohji et toi vous faites vraiment la paire dans le genre grosse fouine !

Schuldig se fendit d'un large sourire, hilare.

– Je plaide coupable, Kenken ! D'ailleurs en parlant de lui…

– Où est-il ?

– Oh, il est sorti fumer une clope y a presque une heure pour se calmer… D'ailleurs, c'est plus une clope, c'est un baobab !

– Il le supporte bien ? Demanda Ken, faisant allusion à sa nouvelle habilité psychique.

Schuldig eut un soupir équivoque. Non, Yohji ne le supportait pas très bien : il était fatigué, énervé, et ne comprenait pas.

– Il s'en remettra je pense. Ce n'est pas toujours facile de gérer un pouvoir mental. Enfin, tu verras bien quand ton tour sera venu.

– Très sincèrement, j'espère toujours pouvoir y échapper, dit Ken avec un petit rire gêné.

Schuldig lui dédia un sourire compatissant :

– Malheureusement, je ne pense pas qu'Aya et toi allez y échapper. Ceci dit, on n'sait jamais !

Nagi fit son apparition dans le grand salon. Il semblait venir de la bibliothèque où Crawford avait pour le moment établit son QG le temps de déballer les livres et de les ranger dans les rayonnages.

– Hey Nagi-chan, quoi d'neuf ? Interpella Schuldig d'un ton enjoué.

– Je viens de déterrer un de mes DVD tout neuf… Il était avec les livres, je ne risquais pas de le retrouver.

– Montre ?

Le rouquin tendit la main pour examiner le résumé du film que Nagi comptait regarder. Ken s'aperçut pour sa part que plus d'une heure était passée depuis ce qu'il s'était passé avec son leader. Il était resté longtemps, sans s'en rendre compte, dans la chambre d'Aya, à réfléchir. Schuldig, de son côté, poursuivait son étude de la jaquette, perplexe :

– Touilite ? C'est quoi ça, ça s'mange[S3] ? Lâcha Schuldig en exagérant volontairement sa prononciation juste pour le plaisir de voir Nagi partir au quart de tour.

– Twilight ! Touaïlaïteuh ! Tu sais le film ! Mais siiiii avec le gars qui a aussi joué dans Harry Potter même qu'il est mort !

– Nagi, arrête, tu me fais peur, fit Schuldig très sérieusement en posant sa main sur le front de son jeune ami.

– Débile ! Râla l'adolescent en s'ébrouant et en reprenant son film.

– Beh Nag, tu vas où ?

– Mater mon DVD[S4] avec Omi. Lui au moins, il a un minimum de culture cinématographique !

Schuldig le regarda partir avec un sourire narquois aux lèvres, jetant un œil à la boîte du DVD. Effectivement, le gars avait une bonne tête de vampire. Le nouveau Lestat peut-être ? Il n'avait même pas parlé de la demoiselle pourtant bien mignonne sur la jaquette. A croire que leur mauvaise influence avait déteint sur leur plus jeune protégé.

– Mais c'est que la relève est assurée. Dommage, je ne serai jamais tonton.

– Bah, t'as qu'à adopter, rétorqua Ken.

– J'y pense, figure-toi…

######

Il y avait donc eu un évènement de taille dans la maison. Deux étages plus haut, Omi s'était réveillé pendant qu'Aya le veillait, suite à son petit souci avec Ken qu'il souhaitait éviter pour la journée. Dès qu'il ouvrit les yeux, Aya se pencha sur lui, sa main se portant instinctivement sur son front. Pour une fois, il semblait avoir une température corporelle normale. A la réflexion, il semblait bien moins pâle que la veille. Il décida d'y voir un signe de bon augure : si Omi se remettait, cela signifiait qu'ils survivraient probablement.

– Comment tu te sens, Omi ?

– J'ai mal… Aya-kun, il y a des choses… Je ne sais pas quoi faire.

– Ca va aller, rassura Aya en lui passant une main sur le front.

– On sait tous les deux que non.

– Shh. Ne te fatigue pas.

Il y eut un moment de silence durant lequel Omi se redressa dans son lit, luttant un moment contre le poids des multiples couvertures sous lesquelles il croulait.

– Aya-kun…

– Hm ?

– Yohtan… Comment va-t-il ?

– Comment tu le sais ?

Omi avait été inconscient le jour où Yohji avait « explosé ». Comme il n'avait presque pas émergé depuis ce jour, les Weiss n'avaient pas eu l'occasion de le mettre au courant. De plus, ils ne voulaient pas l'inquiéter inutilement ce qui n'arrangerait pas sa santé.

– Je… ne sais pas. On me l'a dit.

– Qui te l'a dit ? Demanda Aya, curieux.

Les Weiss n'étaient pas les seuls à se relayer au chevet du petit blond, mais Crawford avait lourdement insisté sur le fait qu'il était inutile d'informer Omi, vu sa santé déjà instable. Ils avaient donc décidé qu'il était inutile d'ajouter à son fardeau en lui racontant l'accident ayant eu lieu quelques temps plus tôt avec Yohji. A moins que quelqu'un ne l'ait mentionné pendant son sommeil et que sa mémoire ait tout de même intégré l'information. Tout était possible. Il tendit l'oreille, intéressé. En tous cas, rien ne l'avait préparé à la réponse qu'Omi allait lui donner :

– … Ouka…

– Pardon ? Hoqueta Aya, peu sûr d'avoir bien compris.

Omi devait délirer, Ouka était morte depuis bien longtemps. Il savait que la jeune fille avait été très proche de lui, dans tous les sens du terme, mais cette affabulation ne lui ressemblait pas.

– Ouka, répéta le petit blond avec plus d'aplomb. Alors, pour Yohji…

– Il va bien, ne t'en fais pas.

– Hm…

Aya profita de son réveil pour lui faire boire un peu d'eau, histoire de maintenir un minimum son niveau d'hydratation. Il était rare qu'Omi se sente suffisamment bien pour rester éveillé assez longtemps et tenir une conversation. Peut-être que son état s'améliorait. Aya tenta de s'en persuader, malgré ses appréhensions. Il n'aimait pas voir Omi dans un était presque comateux. Ca lui rappelait trop Aya-chan et ça lui faisait mal. Il avait passé tant d'heures à la veiller, à lui parler, à espérer qu'elle s'éveille enfin avec la crainte terrible qu'elle resterait peut-être endormie pour toujours, incapable de lui répondre.

Omi reprit la parole : il semblait bien plus en forme aujourd'hui…

– C'est de l'électricité, c'est ça ?

Aya acquiesça.

– Elle me l'a dit aussi.

– Omi, Ouka est…

– Morte, je sais, coupa le cadet des Weiss.

Ca n'avait pas de sens. Il soutenait que la jeune fille décédée lui avait parlé, tout en étant parfaitement conscient qu'elle avait disparu. Il décida de mettre cette étrange conversation sur le compte des antalgiques dont Omi était gavé pour la douleur. A forte dose, ça faisait délirer…

Ils restèrent dans un silence confortable un moment puis Aya décida de tenter sa chance : peut-être que l'adolescent accepterait de manger quelque chose aujourd'hui.

– Tu as faim ?

– Hm… Un peu. Mais est-ce que je vais garder la nourriture ?

Aya haussa les épaules.

– De toute façon, il va bien falloir que tu avales quelque chose. Je vais descendre te chercher quelque chose, si tu v…

Quelqu'un frappa doucement à la porte au même moment.

_Oui ? Lança Aya, sûr qu'Omi ne lui en voudrait pas de répondre pour lui.

La porte tourna doucement sur ses gonds et la tête de Nagi apparut dans l'embrasure.

– Bonjour euh…

– Nagi-kun.

Le garçon sembla hésiter un peu devant les deux Weiss puis se lança finalement.

– Ca va ? Tu n'as pas mal ? Schuldig a dit que tu étais réveillé, alors je me suis dit…

– Ca va aujourd'hui.

– Tu tombes bien, je descends lui chercher de quoi manger, tu peux rester avec lui ? Demanda Aya en se levant.

– Euh oui, pas de problèmes… Enfin, si Omi est d'accord ? Hasarda le petit brun en dirigeant son regard bleu foncé sur la mince silhouette alitée.

Omi eut un sourire pâle, mais un sourire tout de même.

– Bien sûr.

Aya acquiesça et les laissa en tête à tête le temps qu'il aille chercher de la nourriture. Il est vrai qu'il n'accordait qu'une confiance limitée aux Schwarz mais Nagi n'avait jamais fait preuve d'agressivité envers un membre des Weiss hors d'une mission, et encore moins depuis leur agression. Nagi s'approcha du lit où Omi était assis. Il avait beaucoup maigri. Un seau était à portée de main, pour les nausées fréquentes.

– J'ouvre les rideaux où tu préfères rester dans le noir ?

– Oh, ouvre-les. J'ai besoin d'air, de toute façon.

– Okay, on aère la chambre alors, mais pas longtemps. Ca vaut pas le coup que tu attrapes une pneumonie.

Omi eut un petit rire en le regardant s'affairer dans sa chambre. Il savait que Nagi venait régulièrement le voir et sa chambre était celle juste à côté de la sienne. Chaque soir, avant de se coucher, le benjamin des Schwarz venait jeter un œil dans sa chambre, vérifiant qu'il allait bien, qu'il n'avait besoin de rien. Parfois, il était réveillé et le regardait faire, s'il n'avait pas la force de parler, à moitié abruti qu'il était par les médicaments qu'il absorbait quotidiennement. Lorsqu'il était capable d'articuler intelligiblement, ils échangeaient quelques mots. Nagi paraissait s'inquiéter sincèrement pour sa santé et lorsqu'il était malade durant la nuit, il était arrivé que le petit télékinésiste au sommeil léger vienne le réconforter par sa simple présence, passant une main sur son front ou dans son dos pendant qu'il crachait la bile qui lui brûlait l'intérieur du corps un peu plus à chaque fois.

Nagi déposa une veste de coton chaude sur les épaules du garçon vêtu d'un pyjama bleu avant d'ouvrir la fenêtre en grand, laissant entrer l'air pur de la soirée dans la chambre.

– C'est pas faux. Mais je me sens bien aujourd'hui… C'est quoi ? demanda-t-il en désignant ce que Nagi avait dans la main en entrant dans sa chambre.

– Oh. Je euh… J'ai apporté un film. Je me suis dit que ça te changerait, si ça t'intéresse.

– C'est une bonne idée, vu que je ne peux pas me lever de toute façon.

– Tu préfères peut-être te reposer ?

– Je dors tout le temps… Je ne te promets pas de tenir tout le long du film mais je ferai un effort ! Lança-t-il avec un sourire radieux.

Ca faisait longtemps que Nagi ne lui avait pas vu une telle expression. C'était bon de retrouver le véritable Omi Tsukiyono, son adversaire attitré, plutôt que cette ombre maladive qui somnolait tout le temps. Il ne doutait pas de sa guérison, mais sentait que ça prendrait du temps.

Il en profita pour glisser le disque dans le lecteur de DVD et alluma la télévision. Aya n'allait pas tarder à revenir avec de quoi manger pour le petit blond, il lancerait le film après qu'il se soit sustenté.

D'ailleurs, la porte s'ouvrit à nouveau sur Aya qui transportait un plateau de nourriture, suivit de Ken qui était quand même venu jeter un œil sur son ami, se décidant à remonter avec Aya qui semblait on ne peut plus mal à l'aise pour une obscure raison. Tant pis ! Omi et Nagi ne loupèrent ni l'air proprement constipé qui s'étalait sur le visage du leader des Weiss ni le rougissement sur celui de Ken.

– Hey Omittchi, Comment tu te sens ?

– Ken-kun ! Oui, ça va, t'inquiète pas.

– Je n'ai pas trouvé Yohji mais il passera te voir dès qu'il sera rentré.

– Pas de problème.

Aya lui déposa le plateau sur les genoux sans piper mot : il avait ramené des nouilles bien chaudes, fruits et yaourts, un jus de fruit et de l'eau. Il avait même pensé à prendre un paquet de gâteaux au chocolat, les préférés d'Omi. Et il savait de source sûre que Nagi en raffolait aussi.

– Tiens, mange ce que tu veux.

– Merci Aya-kun, fit le petit blond avec un sourire.

– Hn. Pense à fermer la fenêtre Nagi, dit Aya après avoir jeté un œil à la chambre du malade.

Nagi avait pensé à l'aérer maintenant qu'Omi était parfaitement réveillé. Il savait qu'il pouvait lui faire confiance de ce côté-là.

– Oui !

Aya leur dédia un sourire très léger, presque invisible et passa une main dans les cheveux d'Omi, prenant au passage discrètement sa température.

– Je vous laisse. Appelez s'il y a besoin de quoi que ce soit.

– Merci !

Aya tourna les talons et quitta la chambre le rouge aux joues, n'osant pas regarder Ken dans les yeux. Il prit la direction du jardin : prendre l'air lui ferait du bien. Ken haussa les épaules aux regards interrogateurs que lui lancèrent les deux hackers, signe qu'il s'expliquerait un jour… Ou pas :

– Si tout va bien, je vais vous laisser aussi. Je repasserai plus tard avec Yohji si tu es toujours réveillé. Bye !

– Bye Ken-kun.

– Tu lances le film Nagi-kun ?

– Vi ! Je ferme la fenêtre avant et c'est bon.

Omi se décala vers un côté de son lit, laissant la place à Nagi de s'installer et le petit brun lança le film. Ils étaient partis pour deux heures de romance entre un vampire et une humaine.

– Tu connais l'histoire ?

– Y parait que ça fait un carton alors je me suis laissé tenté.

– Le vampire est terrible ! Lança Omi.

Nagi lui dédia un sourire hilare :

– Je le kiffe ! Mais il vaut pas Jack Sparrow[S5] !

– Oui mais qui peut lutter contre Johnny Depp ?

Ils échangèrent un regard avant de partir ensemble d'un rire tonitruant et passèrent tout le film à commenter sur le romantisme dégoulinant du scénario en se gavant de gâteaux.

######

Aya retrouva Yohji qui errait à l'extérieur de sa maison, traînant son désoeuvrement dans la propriété.

– Tiens, Aya-kun.

– Yohji…

– Ca n'a pas l'air d'aller, observa le grand blond.

– Je pourrai te dire la même chose.

– Ah… Je suppose qu'il va bien falloir que je m'y habitue. Désolé pour la coupure de courant, tout à l'heure.

Aya eut un bref sourire plein d'amertume.

– C'est pas grave.

– Et toi, qu'est-ce qui t'amène à venir te morfondre dans le jardin sans même une veste par ce temps ?

Aya leva le nez. Effectivement, il faisait gris et assez froid. On était début Novembre, ce qui n'avait de fait, rien d'étonnant. Puis il soupira.

– Cœur qui soupire… Lâcha Yohji d'un air connaisseur et amusé.

– Ouais…

– Allons Aya, que s'est-il passé ?

– Rien de grave, je suppose… Il doit me détester, ajouta-t-il après un moment de silence.

– Je ne pense pas, mais si tu m'expliquais ton souci, je suis sûr que je pourrai t'éclairer, dit Yohji en l'invitant à s'asseoir dans l'herbe un peu humide à ses côtés.

Aya s'exécuta, s'asseyant en tailleur aux côtés de Yohji qui avait étendu ses longues jambes devant lui. Il regarda vers le ciel d'un bleu d'encre en s'appuyant sur ses mains, inspirant l'air pur qui soufflait dans le jardin.

Ca leur changeait de la mégalopole, c'était sûr !

Aya regardait devant lui, perdu dans ses pensées. Peut-être songeait-il à sa petite sœur, si loin de lui à présent, quelque part en France[S6] . Crawford avait fait en sorte qu'elle soit mise en sécurité dès qu'ils avaient déménagé, pour ne pas risquer sa vie. Kritiker aurait très bien pu se servir d'elle pour faire pression sur Ran. Une fois Aya-chan et Ran en leur possession, il aurait été très facile de convaincre le reste des Weiss de se rendre… Voire même les Schwarz.

– Aya-kun, appela doucement le grand blond pour le ramener à la réalité tout en sortant un paquet de cigarettes de sa poche.

Il était rare qu'il emploie le « -kun » avec Aya, mais c'était souvent pour le taquiner. Le rouquin se tourna vers lui, ses yeux améthyste pleins d'inquiétude étaient saisissants par contraste avec sa peau de porcelaine.

– Je peux t'en prendre une ?

Yohji balbutia, étonné, en lui tendant son paquet par réflexe malgré sa surprise :

– Euh… Ben oui… Mais tu fumes ?

– Ca m'arrive, répondit simplement le roux en prenant une cigarette à son tour.

Yohji sortit son briquet et enflamma l'extrémité de leurs deux cigarettes, prit une longue bouffée et expira avec plaisir :

– Je t'écoute.

– Je discutai avec Ken, dans ma chambre… Il m'aidait à déballer mes cartons, pour tu sais… Ranger un peu.

Yohji eut un petit sourire. Il lui avait fait la réflexion la veille.

– Et là, la lumière s'est éteinte. On rigolait tout les deux, je ne sais même plus à propos de quoi et là…

– Tu ne l'as pas frappé quand même ?

– Non, je l'ai embrassé.

– Oh Aya !

Le ton était à la fois réprobateur et incrédule.

– Oui, je sais Yohji, je sais !

Yohji ne put retenir un petit rire au ton dramatique du jeune homme. Il passa amicalement un bras autour de son cou et lui administra une petite tape sur l'épaule au passage.

– Et il a dit quoi ?

– Que c'était pas ma faute. Que ce n'était pas grave.

– Tu l'as voulu, non ?

– Yohji, je ne sais même pas ce qu'il m'a pris ! Je me suis jeté sur lui.

– Il ne t'a pas repoussé en hurlant, ni cassé la gueule. Connaissant Ken, c'est déjà pas mal.

– C'est tout le problème, j'aurai préféré… Je ne veux pas abuser.

– Ce n'est pas grave, il l'a dit.

– Tu sais très bien que c'est grave. Yohji, on vit ensemble, on travaille ensemble, on tue ensemble ! On ne peut pas se permettre d'être gêné chaque fois que l'autre est dans la même pièce, d'être embarrassé à chaque fois qu'on se touche !

– Oui, je situe bien le problème Aya. A part rester éloigné de lui, tu n'as pas vraiment le choix.

Il entendit Aya pousser un soupir à fendre l'âme près de lui.

– Mais si tu ne peux pas t'empêcher de lui sauter dessus dès que vous êtes tous les deux dans une pièce sombre, sors avec lui et on n'en parle plus !

– Hors de question !

A la véhémence du rouquin, Yohji comprit que ce n'était pas gagné. Ils se tournaient autour depuis si longtemps que ça en devenait insupportable. Officiellement, il n'était pas au courant de la déclaration que Ken lui avait faite mais bien sûr, il le savait. C'était un peu de sa faute d'ailleurs, lui qui poussait le brun à admettre ses sentiments aurait dû s'abstenir. Déjà qu'il était incapable de gérer les siens !

Il nota d'ailleurs que si Aya n'avait pas rangé ses cartons comme il le lui avait conseillé et s'il n'y avait pas eu de coupure de courant tout à l'heure, ça ne se serait jamais passé.

– Désolé Aya.

– C'est pas ta faute… Dit-il tout bas en haussant les épaules.

– Peut-être que si, à la réflexion, murmura Yohji en tirant sur sa clope, si bas qu'il faillit ne pas l'entendre.

Aya haussa un sourcil et lui jeta un regard en biais mais Yohji ne le regardait plus, perdu dans ses pensées. Ils finirent ensemble leur pause cigarette et réintégrèrent la maison. La pénombre s'était encore épaissie pendant leur petite escapade à l'extérieur et la fraîcheur était tombée sur leurs épaules, plus vivace.

Schuldig les accueillit avec un petit sourire, les informant que le dîner serait servi dans une heure, le temps pour Omi et Nagi de voir la fin de leur film. Le petit blond tenait bon jusque là, prêt à les rejoindre le temps d'une soirée pour la première fois depuis plus de quinze jours.

L'annonce de sa présence ramena un peu d'optimisme dans la troupe, et Yohji profita d'avoir Aya et Schuldig sous la main pendant une heure pour les traîner tous les deux au salon en leur proposant une partie de cartes. Ce serait une excuse pour remonter le moral à Aya et peut-être même permettre aux deux rouquins d'être un peu plus souvent ensemble sans se sauter à la gorge : connaissant leurs relations houleuses et les capacités de tricheries de Schu, la soirée promettait d'être animée !


Notes : Bon ben ça, c'est le chapitre à classer dans le genre : qui ne fait rien avancer.

J'accepte les coups de fouets, les jets de caillasses et jets de chaussons (je suis très douée au lancer de chausson, toute catégorie)…

Sinon, je m'excuse pour la mise en page un peu bordélique, mais j'ai toujours des difficultés avec le système de .

Si je saute du coq à l'âne durant les chapitres, c'est parce qu'il y a en théorie une séparation signalée par des sauts de lignes, invisibles à la publication sur le site (mais je travaille à la solution). Si le format vous gêne vraiment à la lecture (j'ai visualisé, c'est pas super confort), contactez-moi, je peux toujours vous envoyer personnellement l'histoire en format HTML.

Encore merci à tous pour votre lecture et vos encouragements !

Prochain épisode à paraître : bientôt (si, si, je mens pas j'vous jure, le temps que je finisse la mise en page mdr… Qui a dit « Dans 6 mois » ?!) !

Commentaires :

[S1] Pour faire une super crête, ni clou ni vis !

[S2] Chaussette orpheline : chaussette dont la moitié s'est perdue entre la machine à laver et l'armoire mdr.

[S3] Ah, j'pouvais pas résister yarf yarf yarf. La faute à mes copines un peu barges et folles de Robert Pattinson ! Bon, il vaut quand même pas Johnny Depp…

[S4] A l'époque où j'ai écrit ces lignes (Avril 2009 à peu près), le DVD n'était pas sorti mdr.

[S5] LE CAPITAINE JACK SPARROW ! Tiens, voilà que nous sommes suivis par des pierres, c'est bien la première fois !

[S6] Dans le manga il est spécifié qu'elle veut faire une école d'infirmières à l'étranger me semble t-il, je l'avais donc envoyée en France ! Bah oui, faut bien être chauvin de temps en temps !