Titre : Alliés

Auteur : Syhdaal

Genre : Shonen ai

Base : Weiss Kreuz

Couples : Brad x Schu… Et Yohji (si vous êtes sages)… Et plein d'autres choses mais j'avoue qu'il va me falloir du temps pour mettre ça en place...

Disclaimer : Non, aucun de ces persos ne m'appartient (quel dommage…), enfin tout le monde le sait hein ! Je m'en sers juste de façon éhontée pour satisfaire mes délires de malade mentale.

Alors, les pronostics ?

Qui passe à la casserole ce coup-ci ?

Oui, bon j'ai foiré mon précédent chapitre, je devais le faire et finalement c'était beaucoup trop long donc j'ai préféré le mettre dans celui-ci, je plaide coupable !

Allez hop hop hop ! Action !

/ Blablabla. / : Conversations télépathiques


Alliés

Chapitre 9

L'état d'Omi s'était sensiblement amélioré au fil des jours suivant, lui permettant de rester plus longtemps en compagnie de ses compagnons, bien qu'il finissait souvent par s'assoupir sur l'épaule généreuse qui se trouvait à côté de lui à ce moment là.

Pour l'heure, la soirée était bien avancée et le petit blond commençait à piquer du nez sérieusement, s'appuyant contre Aya qui observait d'un œil distrait à la fois la télévision qui jouait en sourdine un vieux film comique, la partie de dames qui se jouait entre Schuldig et Crawford, et Nagi qui défiait Yohji à un jeu de stratégie nommé Reversi[S1] dans lequel il fallait placer un pion à chaque extrémité d'un alignement des pions adverses afin de les retourner pour les prendre. Nagi était encore en train d'encadrer une énième ligne de pions blancs appartenant à Yohji pour les lui retourner. Force lui était de constater que le petit menait pour le moment. Il n'avait pas saisi toutes les règles mais ça lui semblait suffisamment intéressant pour qu'il s'y intéresse ultérieurement. Il avait un livre ouvert sur les genoux sans vraiment parvenir à se concentrer sur les mots imprimés devant lui. Il décida de se dégourdir les jambes un peu, en profitant pour déposer une couverture chaude sur les épaules d'Omi à présent parfaitement endormi. Sa santé restait fragile.

Farfarello traînait à l'extérieur comme tous les soirs, semblant apprendre par cœur la configuration de la propriété jusqu'à la moindre motte de terre. Ken les avait abandonné plus tôt, se sentant patraque. Yohji l'avait envoyé se coucher avec une aspirine en début de soirée et il ne faisait nul doute que le brun dormait profondément. Il n'avait guère eu le courage de lui parler à nouveau depuis la semaine dernière où il avait légèrement dérapé… Ahem, dans sa bouche.

Aya dégagea une mèche de cheveux blonds du front d'Omi. La fièvre n'était pas revenue et il dormait paisiblement. Une exclamation incrédule tira Aya de ses pensées. Yohji venait de perdre face à Nagi :

– Ah naaaaaan ! T'es doué Nagi-chan, reconnut l'ex détective privé en s'étirant après une demi-heure de bataille acharnée pour sauver ses pions.

– Merci… Dit Nagi du bout des lèvres, s'empourprant légèrement.

– Ah, c'est moi qui lui ai tout appris ! Déclara Schuldig plein de fierté.

– Toi ? Mais t'es incapable de tenir toute une partie sans tricher ! La preuve ! Accusa Brad en prenant le roux en flagrant délit de vol de pièces.

– Mais non Braddy, t'as une hallu ! Mentit effrontément le rouquin en planquant une poignée de jetons blancs dans sa poche.

Nagi et Yohji ricanaient dans leur coin et même Aya sentit un sourire le tirailler au coin des lèvres. Schuldig était vraiment impossible !

/ Merci du compliment mon p'tit chat ! /

/ C'est pas un compliment. Ca veut juste dire que tu es invivable, / Rétorqua mentalement Aya.

/ Oui, mais avec moi on se marre bien ! Et attends de voir ce que je vais lui faire au Crawford… /

Aya étouffa un rire en secouant la tête, décidant de reporter son attention sur son livre.

– Schuuuuuuuu ! Je vais t'étraaaaangler ! Grinça Crawford, une veine inquiétante gonflant sur sa tempe.

– Bon, moi je vais me coucher, annonça Nagi en se levant avant que son tuteur ne strangule effectivement leur télépathe kleptomane.

– On fera la revanche plus tard, proposa Yohji.

– Pas de problèmes, acquiesça le petit brun. Bonne nuit ! Ajouta-t-il avant de s'éclipser pour monter se coucher.

Aya jeta un coup d'œil à sa montre : il est vrai qu'il se faisait tard mais pour l'heure, Schuldig ne semblait pas à court de facéties douteuses. Il faudrait aussi qu'il pense à aller coucher Omi dans son lit, il y serait mieux installé que roulé en boule sur le sofa. Etonnant qu'il puisse dormir malgré le bruit ambiant. Comprenez la voix de crécelle de Schuldig et son incessant babillage.

– Oh, une bouteille d'aérosol parfumé à l'orchidée de Pétaouchnock ! S'extasia Schuldig en ignorant ouvertement Brad qui semblait proprement sur le point de lui arracher la tête avec les dents.

Yohji sautilla en mode Tigrou-sous-acides pour rejoindre son compère de tou(s les)jours afin de se pencher plus complaisamment sur l'objet de son attention :

– Vingt-trois fois six ?

– Cent trente-huit[S2] ! S'écria Schu du tac au tac qui connaissait la réponse par cœur avant de se mettre à s'esclaffer bruyamment.

Yohji se mit lui aussi à rire, saisi d'une hilarité inexplicable, sous le regard exaspéré de Brad et celui plus ou moins blasé d'Aya.

– Nan chérèèèèèèèè, on dit : « Oh, pas plus tard qu'il y a vingt minutes » ! Reprit le grand blond en jetant un regard plus ou moins goguenard au leader des Schwarz.

– Je peux savoir de quoi tu parles ? Gronda ledit leader dont la patience fondait comme neige au soleil.

– Ah, pas d'fausse modestie Bradounet !

– Ne m'appelle p…

– Bradinou alors !

– Yohji !

Les deux compères partirent d'un éclat de rire tonitruant. Aya se permit lui aussi de rire et haussa les épaules en signe d'impuissance lorsque Crawford se tourna vers lui en espérant trouver du soutien du côté du leader des Weiss.

– J'ai les mêmes à la maison, offrit-il pour toute explication.

L'Américain roula des yeux exaspérés et se laissa tomber dans le canapé, au bord du désespoir.

– Mais qu'est-ce que je vais faire de ça, franchement ?

– Confie-les à un vétérinaire, je suis sûr qu'il te fera un prix de groupe pour l'euthanasie, lâcha Aya, pince-sans-rire.

– Tu crois ? Nan, il me faut un exterminateur à ce niveau.

– Hey !

Ah, les deux plaies avaient fini de se gondoler et leur prêtaient enfin attention. Il allait leur lancer une réplique cinglante de son crû mais se figea brusquement, pris d'un horrible pressentiment. Quelque chose ne tournait pas rond, l'air s'agitait autour d'eux et ce n'était pas normal. Schu et Yohji l'observèrent un peu surpris. Rien n'avait changé dans le salon. La télévision fonctionnait toujours, Omi dormait toujours profondément pelotonné sous sa couverture à proximité d'Aya. Le rouquin s'étonnait lui aussi de son changement d'attitude.

Un fracas assourdissant résonna au dessus de leur tête, au premier étage. Les quatre adultes s'entre-regardèrent un court instant, avant d'entendre un hurlement de panique.

En l'espace de quelques secondes, ils furent à l'étage, gravissant la volée d'escaliers qui les séparaient des chambres à coucher. Brad courut directement jusqu'au fond du couloir. Une seule personne dormait ici ce soir.

C'était Ken.

L'Oracle ouvrit la porte de la chambre à la volée, abasourdi par le spectacle qui se jouait devant lui.

Ken était assis sur son lit et recroquevillé contre le mur, hurlant à l'aide, terrifié par ce qui se passait dans sa chambre.

Une véritable tornade de pouvoir tourbillonnait au milieu de la pièce assombrie.

– Merde !

– Qu'est-ce qui se passe ? Crawford ! S'écria Aya.

– Allez me chercher Nagi, grinça l'aîné du groupe.

– Pourqu…

– DEPECHE ! Rugit le brun à Schuldig qui détala en direction du second sans demander son reste.

Yohji fit un pas pour entrer dans la chambre. Il avait vu la panique dans les yeux de son ami. Ken était littéralement terrorisé par ce qui se passait autour de lui. Et la souffrance qu'il lisait sur son visage n'avait rien pour le rassurer. La force qui l'entourait avait emporté des objets dans le petit cyclone qui s'était formé autour de lui.

Yohji allait se diriger vers son ami sans se soucier du danger mais Aya et Crawford le saisirent par le bras au même moment.

– Ne bouge pas, tu vas être déchiqueté.

– Mais enfin vous ne voyez pas qu'il panique !

Pendant ce temps, la voix hachée de Ken lui parvenait par intermittence.

– ... 'Tan…Yohtan ! J'ai mal ! Appela l'ancien footballeur d'une voix où perçait le désespoir.

C'est à ce moment que Schuldig reparut en traînant à moitié un Nagi ensommeillé derrière lui. Le gamin était connu pour s'endormir très vite malgré un sommeil léger. Crawford saisit le garçon par les épaules et ancra son regard dans le sien.

– Nagi, j'ai besoin que tu fasses quelque chose pour moi.

– C'est de la télékinésie, c'est ça ?

– Oui.

– Je l'ai senti.

– Tu penses pouvoir l'arrêter ?

– Je ne sais pas...

Crawford laissa son cadet jeter un coup d'œil dans la chambre de Ken pour qu'il puisse juger de l'ampleur de la situation.

– C'est la cata, souffla Nagi. Il est complètement incontrôlable…

– C'est ce que je craignais, marmonna Crawford si bas que seul Nagi et Schuldig purent deviner ses paroles.

– Il faut neutraliser son pouvoir, dit doucement Nagi.

– Et comment on fait ? Aya, de plus en plus affecté par ce qui se passait.

Il avait vu Omi, puis Yohji dans le même état de panique à peine une semaine auparavant, et maintenant c'était au tour de Ken de hurler à l'aide à s'en briser les cordes vocales.

– Je peux le mettre K.O., proposa Schuldig qui tendait déjà son esprit vers celui du jeune homme.

La peur panique qu'il y voyait n'annonçait rien de bon.

– Et puis quoi, risquer l'accident cérébral[S3] ? Gronda Crawford à son intention. Non… Nagi, tu ne peux vraiment pas le contenir ?

Leur échange avait été très rapide, ne durant que quelques secondes. Nagi expira doucement, et tendit ses mains devant lui, pour se protéger. Le heurt de deux flux télékinésiques pouvait provoquer des retours de flamme assez violents. Il tenta d'insinuer son pouvoir le plus doucement possible dans celui de Ken, sans forcer. Mais le vent rageur ne calmait pas sa colère. Nagi y mit un peu plus de puissance, « poussant » brusquement en avant. Ken hurla de douleur, se tordant sur son lit. Son pouvoir lui faisait mal.

– Si je force, ça va le tuer. Je ne peux pas passer au-dessus de son pouvoir.

– J'y vais, fit soudainement Aya.

Il se tourna vers Nagi en ignorant les protestations de sources diverses qui s'élevaient autour de lui.

– Est-ce que tu penses… Que tu peux me protéger ?

Il était rare qu'Aya, grand leader des Weiss demande quoi que ce soit, et d'une façon presque polie. Nagi hocha la tête en silence, se préparant mentalement à l'effort qu'il allait devoir fournir dans les prochaines secondes.

– Ken ! Appela le rouquin en entrant précautionneusement dans la chambre.

– Aya ! J'ai mal ! Ca brûle, j'ai mal !

– Ken ne panique pas, j'arrive.

Aya entra, en priant très fort pour que Nagi réussisse à le protéger de la puissance psychique de Ken.

/ Ne panique pas. Si tu te calmes, ça va s'arrêter. Tu dois le vouloir. / Souffla soudainement Schuldig dans l'esprit du Weiss à travers un voile de terreur.

/ Je n'y arrive pas, j'ai mal ! C'est horrible ça me brûle, j'ai mal ! /

La réponse paniquée de Ken inquiéta Schuldig qui en fit part à son leader. Bien sûr, comme Yohji avant lui, il ne savait pas comment arrêter son pouvoir et la douleur ajoutait à sa détresse. Si Aya parvenait à lui faire reprendre ses esprits, ça irait, dans le cas contraire… Il faudrait qu'il force les barrières mentales du garçon pour stopper son pouvoir. Et ça pouvait faire des dégâts pour les deux personnes impliquées.

Reportant son attention sur Aya, il vit que le rouquin avait évité de justesse un objet qui passait près de sa tête… Ou Nagi l'avait dévié pour lui. Enfin, Aya put atteindre le lit où son ami était prostré contre le mur, incapable de bouger. Il attrapa le bras de Ken et l'attira contre lui. Cette diversion permit au garçon de s'arracher un court instant à sa panique pour s'effondrer dans les bras de son leader. Le rouquin relâcha le soupir de soulagement qui menaçait de l'étouffer, calmant les battements de son coeur : il avait eu une sacrée trouille et ne s'en était même pas rendu compte. Il passa sa main dans les cheveux du garçon, lui murmurant des paroles rassurantes comme Brad l'avait fait pour Yohji auparavant.

– Calme-toi, maintenant. Je suis là, ça va aller. Calme-toi.

Aya songea que c'était là des paroles bien prétentieuses mais avec un peu de chance, l'ascendant qu'il avait d'habitude sur ses équipiers agirait en leur faveur. Le brun ravala un sanglot avec difficulté, se forçant à prendre une profonde inspiration. Aya était là, ça irait. Il tenta de s'en persuader malgré le feu qui rampait sous sa peau.

– Qu'est-ce que je dois faire ?

– Ne panique pas. Force-le à s'arrêter. Tu peux le faire.

– Facile à dire, articula difficilement le brun en cachant son visage dans le pull d'Aya.

– Ken, calme-toi, laisse Nagi et Schuldig t'aider, ça va aller.

Alors qu'il tentait désespérément de museler sa terreur et le pouvoir, il sentit une vague de sérénité l'envahir. Sur le seuil, Schuldig s'était accroché à Brad pour rester debout. Passer les barrières mentales érigées par la panique du garçon dans le but de projeter son empathie sur lui avait été plus difficile que prévu. Nagi profita de l'apaisement dans la télékinésie libérée par Ken pour l'étouffer peu à peu sous son propre pouvoir. En l'espace de quelques instants, le pouvoir reflua, disparaissant totalement.

Nagi poussa un énorme soupir et s'appuya sur Yohji, soulagé. Schuldig sentit soudainement le besoin de s'asseoir, pris d'un brusque étourdissement.

– Schu ! Ca va ?

– Ouais, un coup de barre…

Dans la chambre, Aya soupira lui aussi, faisant écho à ses acolytes. Ken avait glissé dans une vague torpeur qui avait permis au rouquin de ne plus craindre pour sa vie. Il nota distraitement qu'il sentait les os du garçon sous son tee-shirt… Il faudrait qu'il pense à le faire manger un peu plus.

– Ken, ça va ?

– J'ai rêvé…

Pourquoi diable lui disait-il ça ?

– De quoi ?

– Du feu… De Kase…

Ainsi, il était en train de cauchemarder au moment du déclenchement de ses pouvoirs. La violence de ses souvenirs avait sans doute déclenché l'explosion de la télékinésie. Il faudrait qu'il en touche un mot à Crawford.

– Il va bien ?

Aya leva les yeux sur Yohji qu'il n'avait pas vu s'approcher puis reporta son attention sur Ken. Aya se permit un sourire affectueux que seul le grand blond put entrevoir.

– Ca à l'air d'aller.

Yohji passa une main dans les cheveux de Ken qui leva lentement sur lui des yeux éteints. Il devait être épuisé.

– Ca va maintenant, Kenken.

L'ancien détective jeta un regard à Aya. Le rouquin lui rendit son regard, froid et impassible comme toujours.

– Je crois que tu as fais une belle boulette ce jour-là.

Aya fronça les sourcils, ne saisissant pas.

– Quoi ?

– Tu sais très bien de quoi je parle, dit Yohji en souriant, passant délibérément sa main dans la chevelure brune de Ken.

Aya le fusilla du regard.

– Tu t'oublies Yohji, gronda-t-il d'une voix sourde.

– Mouais… Désolé Aya-kun.

– Hn.

Dehors, Schuldig se vit forcé de se relever par Crawford qui l'autorisa à s'appuyer sur lui. L'Oracle dédia un petit sourire à Nagi, le remerciant pour son aide précieuse.

– Retourne te coucher, il se fait tard.

Le petit brun acquiesça.

– Nagi.

– Oui ?

– Tu penses être capable de t'occuper de lui ?

– Je suppose que je n'ai pas le choix.

– Pas vraiment, dit Crawford en esquissant de nouveau un sourire amusé. Schuldig, retiens-toi, tu es lourd.

– Tu pourrais au moins m'porter, j'suis pas un sac à patate qu'on peut impunément traîner !

– T'es un gros sac tout court, lança Nagi par-dessus son épaule en riant doucement.

Schuldig en resta bouche bée. C'était la première fois qu'il l'entendait faire de l'humour en public depuis leur agression.

– Hey ! Protesta-t-il après un délai de réaction de plusieurs secondes.

Nagi se contenta de lui jeter un coup d'œil par-dessus son épaule et de lui dédier un rictus presque narquois. Yohji reparut à ce moment précis à leurs côtés. Il s'amusa de l'échange entre les deux Schwarz et partagea un regard plus ou moins amusé avec Brad qui soutenait toujours le télépathe d'une main. Il attendit que Nagi ait disparut de leur champ de vision pour prendre la parole :

– Tu avais raison. Il est solide en fait.

– C'est un pic, c'est un roc, que dis-je c'est une péninsule, grimaça joyeusement Schuldig en se redressant.

– Tu connais tes classiques toi ? S'amusa Crawford.

– Ouais, ça m'arrive de lire des livres où y a pas d'images des fois ! Déclara Schuldig d'un air solennel.

– Oui, des fois seulement… Je crois qu'il est temps de les laisser, reprit Yohji en désignant discrètement Aya et Ken. Je vais m'occuper d'Omi, c'est fou qu'il ne se soit même pas réveillé avec tout ce vacarme.

– Il est encore faible, soupira Crawford.

– C'est toi qui disais qu'il s'en remettrait.

– J'espère avoir vu juste.

« Cette fois… »

Schu dédia un petit sourire à son leader.

/ Ne t'inquiète pas. / Souffla-t-il dans son esprit.

/ Je ne m'inquiète pas. /

/ Nagi ne t'en veux pas, tu sais. Omi te fait confiance. Ne te torture pas. /

Il n'obtint pour toute réponse qu'un léger soupir mental, presque imperceptible. Schu se laissa docilement conduire à la chambre de Crawford, où Yohji les rejoindrait probablement plus tard...

De son côté, Aya était partagé sur ce qu'il devait faire… Ou pas. Ken semblait relativement secoué même si Schu avait aidé à calmer ses nerfs. Mais les effets de l'empathie ne tarderaient pas à s'estomper. Il l'aurait bien laissé se débrouiller tout seul mais si jamais il paniquait encore et que la télékinésie revenait, Crawford aurait probablement sa peau pour les dégâts matériels pendant que Yohji et Schuldig le blâmeraient pour avoir laissé Ken livré à lui-même.

– Ken, il faut te recoucher maintenant, dit-il d'une voix plus froide qu'il ne l'aurait voulu.

Le brun leva sur lui un regard blessé. Aya leva les yeux au ciel, l'air exaspéré.

– Je ne vais quand même pas rester avec toi toute la nuit.

– S'il te plait.

Aya sentit sa belle détermination s'envoler sous le regard couleur chocolat du garçon. Ca serait une terrible tentation de rester avec lui et il ne savait pas s'il y résisterait. Mais pour l'heure, ce n'était pas vraiment de ça dont l'autre avait besoin.

– Je vais me changer, déclara le rouquin en se levant.

« Je suis faible, faiiiiible ! » Se morigéna le roux en se rendant dans sa chambre, hésitant à passer par la salle de bain pour une douche glacée express.

Ken le laissa partir, persuadé qu'il reviendrait… Du moins il l'espérait. Peu après le départ d'Aya, une tête argentée fit son apparition dans l'embrasure. L'œil doré scanna la chambre qui était sans dessus dessous, dans un état bien plus désordonné qu'à l'accoutumée. En fait de désordre, une tornade semblait retourné la pièce obscure.

– You made a mess.

– Hm.

Farfarello fit quelques pas et s'approcha du lit.

– You all right ?

Ken haussa faiblement les épaules.

– Je ne sais pas.

– Afraid ? S'amusa l'Irlandais en posant une main sur sa hanche.

– Non. Terrifié, corrigea Ken en relevant la tête vers son compagnon.

Ce dernier dû sentir la peur profonde qui tenaillait le brun car il s'avança et posa sa main sur sa tête. Un signe de réconfort qu'il avait souvent envers Nagi.

– Ca va aller, affirma-t-il avec son aplomb habituel.

Farfarello releva soudain la tête. Aya venait de revenir, vêtu de manière plus confortable (un pantalon de pyjama noir délavé et un tee-shirt large) et deux gros oreillers sous le bras. Les deux hommes s'observèrent un long moment en silence. Puis Aya passa son chemin, s'installant sur le lit de Ken. Le brun s'appuya inconsciemment contre lui. Farfarello haussa un sourcil, quelque peu amusé par la situation.

Il savait bien ce qu'il s'était passé entre eux. Ken le lui avait raconté, comme il lui avait réclamé lors de leur rencontre dans cet endroit désert où le brun était venu se changer les idées. Il fut tiré de ses pensées par la main qui se tendait vers lui. Il baissa les yeux pour voir qu'elle appartenait, sans surprise, à Ken. Farfarello la contempla un instant puis glissa sa main dans celle qui lui était tendue. Ken l'attira faiblement à lui, lui laissant tout le temps nécessaire pour se dérober s'il le souhaitait. Farfie s'installa lui aussi aux côtés du jeune homme, la main de Ken fermement emprisonnée dans la sienne. Il nota au passage que le rouquin avait passé un bras négligent autour des épaules du cadet. Possessif, en plus de ça… Il se cala confortablement contre le mur tout en conservant la proximité physique qu'il partageait avec le tout nouveau télékinésiste. Ken souffla doucement, se concentrant sur sa respiration le temps que son corps reprenne une température normale. La douleur qui brûlait dans ses veines commençait enfin à refluer. Avec un peu de chance, peut-être même qu'il dormirait et qu'il ne ferait pas de cauchemar si Aya et Farfie restaient près de lui. Aya s'installa plus confortablement et tendit un de ses oreillers à Farfarello qui haussa un sourcil.

– Dans ton jour de générosité ?

– Profite, ça va pas durer.

Farfarello sourit pour toute réponse et attrapa le coussin moelleux qu'il plaça dans son dos. Ken profita de cet instant pour s'étirer comme un félin, une petite larme se formant au coin des yeux. Aya et Farfarello s'entre-regardèrent. Ils pensaient à la même chose.

« Kawaii ! »

Ken frotta ses yeux puis se pelotonna un peu plus contre les deux hommes. Il avait chaud, il se sentait en sécurité… Bref, il était bien pour résumer. Il décida de ne pas songer au lendemain où la confrontation avec Aya et Farfarello promettait d'être difficile. Le retour à la normale était toujours difficile. Chassant ces pensées désagréables, il se laissa glisser dans son lit, imité par ses deux compagnons pour la nuit.

– Je peux éteindre ? Murmura Aya.

– Hm…

L'Irlandais se contenta de lui dédier un petit signe affirmatif de la tête. La chambre fut plongée dans la pénombre. Ken sombra rapidement dans le sommeil, le front appuyé sur la poitrine musclée de Farfarello, avec Aya serré contre son dos. Farfarello les veilla un peu plus longtemps, prenant le temps de penser. Il pensait beaucoup… Surtout la nuit. Le sommeil finit par l'emporter, et il s'endormit avec un bras protecteur passé en travers des deux corps qui dormaient paisiblement.

######

Aya s'éveilla le premier. Il jeta un œil à Ken enveloppé dans ses bras qui dormait toujours profondément, vérifiant malgré tout s'il respirait : un réflexe. Nul doute qu'il ne se réveillerait pas de sitôt vu la force qu'il avait déployée la veille. Yohji avait passé deux jours à dormir, sans aucune aide. Bon, Yohji n'était peut-être pas une référence en bonne marmotte qu'il était. Puis il leva les yeux avec la bizarre impression que quelque chose n'était pas en place. Farfarello n'était plus là.

Sans doute les avait-il laissé aux premières lueurs de l'aube. Il avait déjà remarqué que l'Irlandais dormait peu.

Cette nuit avait été une répétition de cette fameuse nuit où ils avaient hébergés les Schwarz en totalité au Koneko. Ken avait hérité du gardiennage de Farf pour la nuit et il n'avait pas eu le cœur de le laisser seul. Il s'était inquiété, même si le Berserker avait été drogué et qu'ils avaient aperçu une facette de sa personnalité particulièrement joueuse pour la nuit. Le lendemain aussi, Farfarello avait disparu et ils l'avaient retrouvé dans la chambre de Nagi, veillant son plus jeune équipier.

Aya soupira.

Devait-il laisser Ken seul ou pas ?

Il jeta un coup d'œil au réveil du jeune homme : il était huit heures du matin. Ses habitudes de lève-tôt le rattrapaient. Il se glissa hors du lit avec délicatesse, ne voulant pas tirer son compagnon de son sommeil et s'étira longuement. Se retournant vers le lit où était étendu Ken, il parut débattre avec lui-même, hésita… Puis envoya finalement tous ses doutes par la fenêtre et se pencha sur Ken pour déposer un baiser sur sa joue :

– Pardonne-moi, murmura-t-il.

Des mots qu'il serait incapable de prononcer tout haut devant lui. Le garçon murmura dans son sommeil. Aya crut entendre son nom, mais sans certitude.

Avait-il rêvé ? C'était sans doute son imagination qui lui jouait des tours. Ca lui apprendrait à écraser tous ses sentiments d'un coup de talon !

Il sortit de la chambre sur la pointe des pieds, refermant la porte avec soin derrière lui. Bien sûr, il ne tarda pas à croiser Schuldig qui lui dédia un sourire goguenard.

– Bien dormi ? S'enquit le télépathe d'une voix chantante.

– Hn.

– Oh allez Aya, raconnnnnte !

– Y a rien à raconter, encore un commentaire et je te rase la tête, menaça Aya en tournant les talons sans plus lui prêter attention.

– T'as vraiment besoin de tirer un coup ! Lança Schuldig dans son dos avec un éclat de rire.

Aya s'arrêta net, ôta son chausson et lui lança en pleine face. Schuldig esquiva de peu le boulet de cano… Le projectile.

– He…

Le deuxième chausson ne manqua pas sa cible.

– Ouarf ! Tu vas le payeeer !

Il n'en fallut pas plus pour que Crawford ouvre la porte de sa chambre à la volée, faisant sursauter les deux roux. Aya n'était pas passé loin de la crise cardiaque tant l'irruption de Crawford… A moitié nu… dans le couloir à huit heures du matin avait été violente.

– Tu veux pas la fermer deux minutes pour une fois que je m'autorise une grasse matinée ?! Siffla-t-il en fusillant Schuldig du regard.

L'Allemand afficha immédiatement une moue boudeuse, ne se gênant pas au passage pour reluquer ouvertement son amant de haut en bas :

– C'est ta faute, c'est toi qui m'as fichu dehors…

– J'ai besoin de dormir Schuldig ! Si tu veux faire mumuse avec Yohji, va dans ta chambre !

Sur ce, la porte claqua. Aya lui jeta un regard incrédule. Schuldig haussa les épaules, d'un air habitué :

– Oui, c'est son jour grasse mat'. Bon ben comme il l'a si aimablement suggéré, j'vais rejoindre Yohtan moi…

Aya se détourna finalement et descendit prendre son petit déjeuner. Il trouva Farfarello déjà dans la cuisine en train de fouiller dans les placards.

– Bonjour.

L'Irlandais lui jeta un coup d'œil.

– Salut.

Ils étaient seuls vu l'heure matinale. Aya décida de se faire un énorme bol de café, le temps de se réveiller. Il était souvent levé tôt mais malgré ça, il était un peu lent au démarrage. Attendant que son précieux breuvage noir filtre dans la cafetière, il laissa ses pensées vagabonder…

– Tu es le prochain, tu sais.

– Pardon ?

Zut ! Il avait perdu le fil de ses pensées. Farfarello ne le regardait même pas, admirant les ombres dans le jardin en buvant un thé. Le jour ne tarderait pas à installer définitivement sa lumière grisâtre pour la courte journée.

– Oui, je sais, dit-il finalement.

– Tu n'as pas l'air effrayé.

Aya haussa les épaules. Pour le moment, ce n'était pas lui qui avait le plus de problèmes.

– Ca fait mal ?

– Quoi ? Demanda Farfarello.

– Un pouvoir psychique.

– Je suis mal placé pour répondre, dit le borgne avec un petit sourire énigmatique.

– Je suis sûr du contraire.

Le jeune garçon aux cheveux argentés haussa un sourcil, amusé. Se pourrait-il que le leader des petits chats soit le plus perceptif d'entre tous ?

– Ton tour viendra.

– Ce n'est pas mon tour qui m'inquiète, dit brusquement Aya.

– Qui, alors ?

Etonnant : il avait perçut qu'il ne voulait pas parler de quelque chose mais de quelqu'un.

– Omi.

Farfarello s'adossa au mur, sirotant sa tasse de thé à la mente brûlant, l'invitant à poursuivre.

– Il a dit avoir parlé à Ouka, cette fille que tu as… Enfin tu sais.

Aya n'était pas sûr qu'il saisisse l'allusion.

– Ah, la progéniture de Takatori, lâcha l'autre d'un air dédaigneux.

Aya acquiesça. Farfarello ne semblait pas regretter son geste. C'était pourtant lui qui avait appuyé sur la détente, tirant le coup fatal qui prendrait la vie de l'adolescente. Un moment de silence s'étira entre eux, jusqu'à ce qu'il s'approche de lui. Il le regarda faire, impassible. Lorsque l'autre homme fut à quelques centimètres de lui, le dominant de sa plus haute stature, il se dit qu'il était peut-être temps de réagir mais n'en fit rien.

Le Schwarz se pencha sur lui et susurra à son oreille :

– Tu doutes de lui ?

Le cœur d'Aya rata un battement : Farfarello était si proche de lui qu'il pouvait sentir la chaleur qui émanait de son corps sur sa peau, sa respiration sur son cou.

Aya entendit ensuite très distinctement un petit choc. Farfarello venait de poser sa tasse juste derrière lui, sur le comptoir auquel il était adossé. Il se détendit visiblement, relâchant un souffle qu'il avait instinctivement retenu. Sentant le changement dans l'attitude du rouquin, Farfie décida de jouer un peu : il pressa ses lèvres sur la peau pâle et sensible du cou qui s'étalait sous ses yeux. Aya émit un petit son étranglé, entre l'étonnement et le soupir.

Puis il se redressa, un sourire espiègle sur les lèvres pour constater l'effet qu'il avait eu sur le Weiss. Aya était pétrifié, bouche bée et une jolie ligne rouge décorait son visage d'une joue à l'autre… Et surtout, il paraissait incapable de respirer.

Farfarello lui dédia un sourire plein de dents et tourna les talons, le laissant digérer son étonnement.

Dans la cuisine, Aya réussit avec beaucoup de mal à calmer les battements affolés de son petit cœur fragile. La nuit qu'il avait passé serré contre l'objet de ses pensées, respirant son parfum, obligé de s'enfoncer les ongles dans la paume de la main pour s'empêcher de céder à la tentation, l'esclandre de Crawford et maintenant ça ! Il n'allait définitivement pas survivre à sa journée !

Schuldig avait peut-être raison, finalement…

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Ken finit par émerger dans l'après-midi, toujours assez fatigué mais avec suffisamment d'énergie pour se traîner jusqu'à la cuisine et s'y empiffrer. Il mourrait de faim. Omi lui jeta un regard épaté : ça faisait bien longtemps que lui-même n'avait pas pu manger à loisir.

– Ken-kun, tu vas être malade.

– Je sais, je m'en fous ! Déclara le brun en engloutissant son troisième bol de céréales.

Le petit blond lui jeta un regard dubitatif puis décida de poser la question qui lui brûlait la langue depuis que Yohji lui avait raconté les évènements de la veille.

– Tu as bien dormi ?

Le sportif s'arrêta net dans son repas et s'empourpra férocement. Il reposa sa cuillère et poussa un soupir à fendre l'âme.

– Si tu savais…

Omi eut un petit rire qui menaça de se transformer en toux sévère, aussi calma-t-il rapidement son hilarité naissante. On aurait dit une collégienne énamourée.

– Ca va ? S'inquiéta le brun.

– T'en fais pas. Raconte-moi plutôt.

– Il n'y a rien à raconter. Je suis tombé dans le coma dès qu'Aya a éteint la lumière.

– Noooon ?

Vu la mine dépitée de Ken, il fut bien obligé de le croire. Il n'allait pas non plus lui jeter la pierre : lui-même commençait seulement à récupérer de son explosion psychique personnelle et était encore très fatigué, restant éveillé moins de huit heures dans la journée. Yohji avait eu plus de chance mais s'épuisait aussi facilement en cas d'accident électrique.

– Et avec Farfie ? Lança brusquement Nagi qui jusque là avait gardé le silence, plongé dans une revue de cinéma.

– Ben quoi ? Demanda Ken en ouvrant de grands yeux chocolat, la cuillère entre les dents.

Omi et Nagi échangèrent un regard complice.

« L'innocence même ! »

Ken haussa les épaules et se mit à recompter ses céréales… Y en avait une en forme de bateau pirate juste là…

Un pirate… Avec un bandeau sur l'œil ?

Il termina sa nourriture et débarrassa la table, se sentant subitement nauséeux. Omi avait raison, il allait être malade. Encore !

– Bon, j'vais prendre une douche, annonça-t-il aux deux cadets de la troupe qui se chamaillaient gentiment pour savoir quel serait le prochain film qu'ils regarderaient.

Se gaver de films était devenu leur activité favorite du moment entre deux siestes d'Omi. Le duo menaçait de devenir inséparable. Ken eut un petit sourire. S'ils s'entendaient bien, c'était tant mieux. Après tout, ils étaient un peu jeunes pour vivre totalement en isolement[S4] .

######

Aya entra dans la salle de bain sans crier gare, son esprit trop embrumé pour porter attention au fait que : un, la douche fonctionnait deux, il y avait de la buée partout trois, il venait de marcher sur ce qui ressemblait vaguement à un tapis de bain roulé en boule et quatre, il n'avait même pas fermé la porte.

Levant les yeux, il se trouva nez à nez avec Ken.

Dans la douche. Son cœur allait définitivement le lâcher avant la fin de la journée.

Son regard descendit et remonta aussitôt, presque instinctivement, sur le corps de son équipier et il s'empourpra furieusement. Ses yeux violets s'attardèrent imperceptiblement sur le flanc gauche de son ami, sa taille, ses hanches et plus bas, le haut de sa cuisse… Couverts de cicatrices qui semblaient s'étendre dans son dos. Ken de son côté rougit jusqu'à la racine des cheveux et tendit la main vers une serviette qui sembla sauter dans sa paume ouverte pour s'en couvrir.

– Aya ?!

– Désolé ! S'écria Aya en même temps.

Un silence mortel s'abattit sur eux, à peine troublé par le bruit que faisait la douche. Aya allait se retourner et quitter la pièce sans un mot, le rouge aux joues. Au moment où il se retournait, il vit Yohji en train de s'esclaffer sur le seuil de la porte, un tas de vêtements dans les bras. Un peu plus loin, il lui sembla distinguer le timbre plus marqué de Schuldig, mais il n'en fut pas tout à fait certain.

– Ah ah ! Trop puissant Aya-kun ! S'exclama-t-il avant de prendre la poudre d'escampette.

Aya se retourna un court instant vers Ken pour échanger avec lui un regard étonné mais l'expression décomposée de son ami l'alerta. Le brun venait d'enjamber à moitié la baignoire et restait figé, le teint livide.

– Ken ?

– Mes habits…

– Pardon ? Dit Aya, peu sûr de comprendre où il voulait en venir.

– Il… Il a pris… Mes habits… Bégaya le brun, d'un air accablé.

Aya fit quelques pas dans le couloir. Bien sûr Yohji, avait disparu.

– Yohji ! Appela le roux d'une voix forte.

Seul le silence lui répondit, pas même un ricanement. Il réintégra la pièce en haussant les épaules en signe d'ignorance. Ken s'extirpa de la baignoire, plus ou moins couvert par sa serviette de bain dans le processus. Le regard d'Aya tomba sur le bas de son dos et sur son flanc.

– Des brûlures ?

Ken se retourna vivement, plaquant son bras sur son corps pour dissimuler les traces.

– Ne regarde pas !

Le brun lui semblait sur le point de s'effondrer.

– Ne regarde pas, s'il te plait, murmura-t-il en détournant les yeux à la recherche de vêtements que Yohji ne lui aurait pas pris.

Bien sûr, il ne restait rien, pas même une chaussette. Sentant sa gêne, Aya ouvrit un placard et posa sur ses épaules un immense drap de bain pour le couvrir.

– Merci. Quelle journée pourrie, maugréa le footballeur en s'enveloppant dans sa serviette et en se laissant tomber par terre, se remettant de ses émotions.

– Comment les as-tu eues ?

– Quoi ?

– Tes cicatrices. Je ne me souviens pas d'une mission où…

– Non, coupa Ken. C'était avant mon recrutement. Je me suis retrouvé dans un entrepôt en feu. J'aurai dû mourir mais Kritiker… Bref.

Il avait détourné les yeux, une fois encore, fuyant son regard.

– Je suis désolé, dit doucement Aya en s'asseyant près de lui sur le carrelage humide.

Ken leva un regard curieux sur lui. Aya ne s'excusait jamais.

– Tu n'as qu'à finir ta douche et retourner dans ta chambre.

Le brun eut un rire amer.

– Tu ne connais pas Yohji, il va m'agresser au bout du couloir pour prendre des photos !

– Il ne ferait pas ça…

Ken lui jeta un regard éloquent.

– Je t'accompagne ? Proposa Aya après un instant de réflexion dont la conclusion était que oui, Yohji était tout à fait capable de faire ça et que c'était même ce à quoi il passait le plus clair de son temps.

– Ca risque de l'encourager…

Ils restèrent un moment dans le silence, puis Aya décida de reprendre la parole.

– Je t'accompagne à ta chambre, viens.

– Non.

– Pourquoi ?

– Yohji m'a piqué mes fringues parce que tu étais là.

– Pourquoi ? Répéta de nouveau l'aîné.

Ken lui jeta un regard torve :

– Je dois vraiment te faire un dessin ?

– Il est au courant ? Demanda Aya du bout des lèvres en songeant aux évènements qui s'étaient passés entre Ken et lui quelques temps auparavant.

– Evidemment ! C'est Yohji, il est toujours au courant de tout !

– Tu lui as dit, déclara le rouquin d'un ton légèrement accusateur.

– Oui, je lui en ai parlé mais il savait déjà depuis longtemps.

Le leader des Weiss poussa un soupir désespéré. Yohji en entremetteur, voilà qui n'arrangeait pas ses affaires déjà bien compliquées. Maintenant, il n'avait plus qu'à convaincre son ami de traverser le couloir avec lui pour le raccompagner à sa chambre. Il se doutait que Yohji avait fait un coup tordu uniquement pour les mettre dans l'embarras tous les deux.

– On ne va pas passer la nuit ici à cause de Yohji.

– Je sortirai quand je serai sûr qu'il aura quitté ce pays avec son foutu appareil photo.

– Ken…

– Je refuse de me retrouver à poil sur des photos parce que tu es entré dans la salle de bain sans frapper !

– La porte était ouverte ! Protesta Aya dont la patience fondait comme neige au soleil. Et puis au pire, c'est pas si dramatique Yohji a des photos compromettantes de tout le monde, c'est son boulot !

– Regarde-moi ! J'ai des cicatrices, des marques partout ! S'exclama Ken, les yeux brillants.

Ah, c'était donc ça. Il avait honte de ses blessures. Voilà qui expliquait bien des choses. Aya hésita un moment avant de prononcer la phrase qui lui brûlait les lèvres depuis qu'il était tombé face à lui dans la salle de bain :

– Tu as un très beau corps, dit-il doucement.

Il vit les joues de son ami s'embraser de nouveau et en tira une secrète satisfaction. Ken était toujours sensible à ses paroles, voilà qui n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd.

– Ca te va bien de dire ça toi, t'as un corps parfait ! Contra Ken en fixant son regard sur ses mains sans même chercher à dissimuler la rougeur de ses joues.

– Non.

– Prouve-le.

Aya lui dédia un sourire amusé et se leva pour aller fermer la porte de la salle de bain avant de se placer devant lui en lui tournant le dos et Ken crut entendre très distinctement le cliquetis d'une ceinture qu'on enlève.

– Euh… Tu fais quoi là ? Ho, je plaisantais ! S'écria le brun d'une voix qui lui sembla monter brusquement dans les aigus.

– Tais-toi et regarde. Moi aussi j'ai ma cicatrice honteuse et crois-moi, je n'ai aucun intérêt à ce que cette info filtre.

Aya baissa son jean noir, slip compris pour découvrir un quart de fesse blanche qu'il pointa du doigt. Il aperçu une petite cicatrice de forme circulaire.

– Tu vois là ? J'ai pris une balle.

– Quoi ? Noooooon ?!

Le brun pouffa de rire.

– Tu t'es fais plombé les fesses ? Demanda-t-il incrédule.

– Je t'interdis de rire.

– C'est pour ça que tu sonnes toujours aux portiques de sécurités ? Ah c'est trop fort ! Moi qui croyais que t'avais une plaque dans la jambe !

– Non, j'ai une balle dans les fesses[S5] , lâcha le rouquin d'un air plus ou moins amusé en se rhabillant. Alors, rassuré ?

– C'est le scoop du siècle, si Yohji savait ça, t'aurai pas fini d'en entendre parler !

– Mais comme tu sais garder un secret, tu l'emporteras dans la tombe, n'est-ce pas ?

– Ca dépend, tu comptes me tuer dans les minutes qui viennent ?

– Ca peut se faire, menaça gentiment Aya. Allez, lève-toi, je ferai garde du corps pour cette fois.

– Mais Yohji…

– Je lui casserai la figure plus tard pour sa mauvaise blague.

– Mon héro, s'extasia Ken. Avec sa balle dans les miches ! Ajouta-t-il tout bas avant de partir dans un ricanement incontrôlé.

– Arrête de te gondoler, sinon je te laisse moisir ici avec les champignons.

– Oui chef, bien chef. Pfffrrrrrrr hi hi hi !

Ils réussirent à rallier la chambre du brun mais Aya en fut quitte pour poursuivre Yohji un certain temps dans les couloirs après l'avoir raccompagné pour qu'il puisse se changer en paix. Lorsqu'il retourna vers la chambre de Ken, Yohji sur ses talons, il le trouva habillé en train de se sécher les cheveux.

– Yohji est mort, ça y est ? Demanda-t-il à Aya qui s'appuya contre la porte d'un air blasé en désignant le grand blond du pouce.

– Dis pas ça d'un air plein d'espoir, sale gosse, grogna la voix de l'intéressé.

– Malheureusement, non. Crawford a mis son veto sur les meurtres dans la maison.

Ken se contenta de jeter un regard noir à Yohji :

– Dommage, je t'aurais aidé à cacher le corps.

– Oh Kenkennnnn ! Me fais pas ça à moi, je t'aiiiime

– Dégage ! Non pas de câlins ! YOHJI ! Aya aide-moi !

Aya se contenta de sourire aux pitreries de ses deux amis. Finalement après une lutte gentillette de dix minutes, ils redescendirent au rez-de-chaussée une fois Ken correctement habillé. Il portait un jean et un tee-shirt mais Yohji avait insisté pour qu'il prenne une veste de jogging en coton. La fatigue qui suivait la déclaration des habilités psychiques les affaiblissait beaucoup et il était hors de question qu'il tombe malade. Emmitouflé dans son sweat-shirt, Ken eut donc l'autorisation de les accompagner au salon où il finit par s'assoupir dans le canapé en compagnie d'Omi avant que la nuit ne tombe tout à fait. Aya et Yohji échangèrent un regard mi-attendri, mi-amusé.

– C'est trop mignon !

– Vous les porterez dans leur chambre… Rappela Crawford, peu enclin à ce qu'ils passent la nuit aussi mal installés.

Ils avaient déjà assez de difficultés sans en plus y rajouter un torticolis !


Notes : Ce chapitre aura été très rapide à venir mais c'est normal j'avais qu'à faire du collage mdr.

Oui, je dois vous avouer un truc, c'est que j'écris pas « à la suite » mais que j'écris des passages de bouts d'fics à droite à gauche et seulement après je fais du collage et je remplis les trous. Résultat, j'ai déjà la fin de la fic, mais pas le milieu !

Merci pour vos reviews !

Commentaires :

[S1] Le Reversi porte aussi le nom d'une pièce de Shakespeare (pas de pub !). C'est assez marrant, même pour moi qui suis une grosse buse !

[S2] [Private Joke] Seuls ceux qui lisent certains magazines connus pour leurs couvertures avec des hommes à moitiés nus et trèèèès virils dessus peuvent comprendre, pardonnez-moi !

[S3] Et finir la tête penchée, comme mon rat mdr !

[S4] Manque plus que les caméras remarque et c'est Secret Story (oui, le Loft c'est dépassé !) mdr.

[S5]Totalement fantaisiste, j'ignore si des éclats de balle peuvent faire sonner un portique d'aéroport mais bon, c'est pour le fun.