Titre : Alliés

Auteur : Syhdaal

Genre : Shonen ai

Base : Weiss Kreuz

Couples : Brad x Schu… Et Yohji (si vous êtes sages)… Et plein d'autres choses mais j'avoue qu'il va me falloir du temps pour mettre ça en place...

Disclaimer : Non, aucun de ces persos ne m'appartient (quel dommage…), enfin tout le monde le sait hein ! Je m'en sers juste de façon éhontée pour satisfaire mes délires de malade mentale.

Oh oh oh ! Que d'enthousiasme pour ne pas attendre encore une longue année (à ce rythme là, on sera morts avant de voir la fin de ce roman fleuve mouhahahah). Merci pour vos reviews et vos encouragements !

Donc du coup, ça reporte non pas à l'année prochaine, mais à la semaine prochaine, c'est plus acceptable comme délai ? Mdr !

En tous cas, après un p'tit break pour se pencher sur les états d'âme du Yohji-kun, je m'en retourne à mes chouchous que tout le monde connaît. Je m'excuse d'avance pour la niaiserie avancée de ce chapitre. Je ramollis avec l'âge… Sinon, qui vais-je martyriser aujourd'hui ? Allez, au menu, un Irlandais borgne et légèrement déséquilibré.

Qui n'en veut du Farfiiiiiiie ?

Don't like Farfie, don't read.

Like Farfie ? Don't read either ! Ca vaudra mieux pour son image de marque ah ah !


Alliés

Chapitre 11

Farfarello errait dans la cuisine sans but apparent lorsque Ken l'y rejoignit avec l'idée de se faire un thé brûlant. Il était frigorifié malgré la température ambiante mais mit cela sur le compte de la maladie. Son état variait selon les jours, comme Omi : un jour il pouvait se lever, le lendemain il était cloué au lit avec de la fièvre.

– Ca va ? Demanda-t-il en jetant un coup d'œil au Schwarz tout en mettant de l'eau à chauffer.

– Hm mh…

Ken fit quelques pas dans la cuisine en rangeant machinalement quelques objets qui traînaient le temps que son eau se mette à bouillir. Farfarello fixa le brun un long moment, jusqu'à ce que Ken ne s'aperçoive de son regard insistant. Puis Farfarello s'approcha de lui sans ciller, une expression indéchiffrable sur le visage. Instinctivement, Ken recula sous le poids de son regard de loup jusqu'à buter contre le comptoir de la cuisine. Jei baissa le regard, l'observant avec patience. Ken se sentit rougir et détourna les yeux, mais l'instant d'après, il sentit deux mains le saisir pour le déposer sans effort apparent sur le comptoir.

– Far...

– Chut.

Ken rougit de plus belle, sentant la bouche chaude et délicieuse de l'Irlandais couvrir la sienne. Il tenta faiblement de le repousser, mais il n'en avait pas vraiment envie. Il s'abandonna presque mais lorsque deux mains se glissèrent sous son tee-shirt, effleurant sa peau à cet endroit, il retrouva soudainement ses esprits, sursautant violemment. Les étagères à leurs côtés s'effondrèrent brutalement avec un vacarme épouvantable. Paniqué, Ken repoussa Farfarello et s'enfuit, évitant de justesse Aya qui venait s'enquérir de la situation. Le rouquin fronça les sourcils en voyant les ustensiles de cuisine sur le sol, les étagères renversées et juste devant lui, Farfarello.

– T'aurais pu y aller doucement. On n'a pas besoin de ça, dit-il finalement après un silence qui avait duré quelques instants.

Farfarello le fixa sans rien dire, mais Aya détecta une tension dans ses épaules qui traduisait son agacement.

– Qu'est-ce que tu as fait pour le mettre dans cet état ?

– Rien.

– Hn.

Aya allait quitter la pièce pour retourner à ses occupations, mais il se tourna une dernière fois vers Farfarello.

– Ne le force pas… Il est fragile.

Farfarello fixa d'un œil brillant de rage un des couteaux de cuisine éparpillés sur le sol, croisant les bras et inspirant profondément pour apaiser sa colère avant d'exploser. Ca faisait longtemps qu'il n'avait pas cédé à ses pulsions de violence.

Crawford lui administrait depuis toujours des traitements pour le maintenir sous contrôle. Les premiers médicaments étaient prescrits par Esset : amplifiant son agressivité juste pour le plonger dans un état proche du coma végétatif en dehors des missions où il n'était pas nécessaire. Au fil du temps, Crawford avait, avec l'aide de Schuldig, cessé de lui administré ses drogues dangereuses pour son corps et son esprit pour modifier la médication afin de lui permettre de s'adapter à un mode de vie normal.

De son côté, Ken avait fuit pour se terrer dans le sanctuaire de sa chambre où personne n'oserait le suivre. Il farfouilla un moment dans le carton où il avait entassé ses magazines de sport pour en feuilleter un sans grande conviction, jusqu'à ce qu'il tombe sur un de ses plus vieux trésors, un de ceux qu'il gardait précieusement hors de la portée de tous. Un de ceux de l'époque de la J-League. Il y avait une interview de lui dans celui-là. La première qu'il avait donnée, avec Kase à ses côtés. Il sentit une vague de nostalgie se profiler au loin avec toute l'amertume qu'elle charriait forcément. Poussant un soupir rageur, il renvoya le magazine moisir dans son carton sans douceur en se laissant tomber sur son lit.

« Je sens que ça va être une mauvaise journée… »

Après avoir regardé un long moment son plafond désespérément blanc (faudrait qu'il pense à mettre des plaques décoratives en polystyrène, au moins, il aurait des carrés à compter), il roula hors de son lit et empoigna un tee-shirt pour monter au second pour inspecter la salle de sport et peut-être même s'en servir pour la première fois depuis leur arrivée. Il y trouva des tapis de sols, des altères de poids divers, un banc de musculation complet avec barre, poids et leg, un vélo d'appartement, un rameur…

Aya avait dit qu'il manquerait un ou deux équipements, mais finalement y avait déjà le principal. Un stepper peut-être ? Il haussa les épaules et commença par un rapide échauffement pour dérouiller ses articulations et ses muscles endoloris par tant d'inertie. C'est vrai qu'ils n'avaient pas eu l'occasion de faire beaucoup d'exercice depuis leur arrivée presque deux mois auparavant. Et après être tombé malade, il n'en avait pas vraiment eu la force non plus. Il se sentait toujours faiblard mais avait décidé de passer outre : il avait trop besoin de se vider la tête et le sport avait toujours été un exutoire vital pour lui.

Il immobilisa ses pieds sous une des barres d'altères et inspira profondément pour chercher le courage d'enchaîner quelques abdominaux. Les premiers mouvements furent difficiles mais il continua d'enchaîner les exercices tout en ressassant les derniers évènements. Omi restait dans un piteux état malgré sa dernière crise en date. Yohji n'allait guère mieux depuis l'accident, croulant sous le poids de sa culpabilité alors que Schuldig lui, s'était plutôt bien remis même s'il avait été très secoué. Quant à lui, il avait encore cassé quelque chose ce matin, à croire que ce n'était pas un simple cauchemar et qu'il allait réellement devoir vivre avec cette malédiction toute sa vie. Il se fit la réflexion que Nagi s'en accommodait plutôt bien, mais le garçon avait toujours fait preuve d'un self-control impressionnant pour son jeune âge. Grinçant des dents en se redressant une énième fois pour ramener son menton au niveau de ses genoux pliés, il se remémora pourquoi il était là. Comme si tous ses soucis avec Aya ne suffisaient pas, il fallait que Farfarello qui avait un comportement plus qu'ambigu envers lui s'y mette aussi. Avaient-ils tous décidé de le rendre dingue ?

Pourquoi Farfarello avait-il décidé de lui faire un coup pareil ce matin alors que n'importe qui aurait pu les surprendre ? Et surtout, pourquoi n'avait-il même pas essayé de résister ? Ca ne lui avait même pas effleuré l'esprit de repousser Farf alors que la situation était terriblement embarrassante.

Plongé trop profondément dans ses pensées, seule une petite partie de son esprit enregistra les bruits de pas derrière lui, signe qu'il n'était plus seul dans la salle de sport. Ignorant royalement la personne (que son cerveau identifia comme étant Schuldig après avoir entraperçut une masse orange fluo), il continua de ruminer son énervement grandissant en se concentrant sur ses exercices, les dents serrées.

Nul doute que Jei lui en voulait sûrement pour son comportement immature : il avait été incapable de trouver sa voix pour dire non. Ca aurait été bien plus simple et ça leur aurait évité ce malentendu… Il ne savait même pas ce qu'il voulait au final ! Il faisait tout de travers et si rien n'allait, c'était entièrement de sa faute. Et dire qu'il était totalement incapable de remettre de l'ordre dans sa vie. Son cœur se serra mais il souffla pour évacuer la tension et continuer sa gymnastique sans faiblir malgré le trouble qui commençait à s'accumuler en lui.

Et si Aya les avait surpris ? Il l'avait bousculé en fuyant tout à l'heure, signe qu'il n'avait pas été très loin de la scène. Peut-être même qu'il avait tout vu ?

Lorsque la certitude glaçante qu'Aya avait tout vu s'imposa à lui, il se figea d'angoisse. Son cœur battait contre ses côtes à lui faire mal, sa respiration était erratique et une vague de terreur l'envahit brusquement. Un fracas assourdissant le projeta au sol, désorienté. Se relevant avec difficulté après un moment de pur chaos, il aperçut Schuldig couché au sol qui le fixait d'un air abasourdi.

– Qu'est-ce…

– Ca va ?

– Je… Ne sais pas... Murmura le brun en regardant autour de lui, sans comprendre.

Ses yeux sombres détaillèrent la salle de sport. En désordre. Des objets avaient changés de place, des choses étaient tombées… Et surtout, il repéra ici et là des éléments métalliques, des éclats d'objets, éparpillés un peu partout dans la pièce. Il comprit, en détaillant les pièces détachées qu'il s'agissait des éléments du rameur qui était juste à côté de lui pendant qu'il faisait ses abdos. Et il prit brusquement conscience de ce qui venait de se passer. C'est comme si son esprit avait un instant refuser d'assembler les pièces du puzzle sur ce qui venait de transpirer.

Il aurait pu tuer Schuldig. Quelqu'un aurait pu être gravement blessé par une des projections. Terrifié par ce qu'il venait de faire, sa frayeur le submergea et il sentit des larmes brûlantes faire leur chemin sur ses joues livides.

– C'est… C'est ma faute, déclara le brun en mesurant l'ampleur de la catastrophe qu'il avait provoquée.

– C'est pas grave, commença Schuldig en s'approchant de lui pour le réconforter en sentant la détresse qui irradiait du Weiss.

– Si… C'est ma faute…

Ken passa sa main sur son visage pour étouffer ses sanglots, incapable de stopper la crise de larmes qui le saisissait. Schuldig lui prit la main en essayant de le rassurer comme il pouvait, appelant mentalement Crawford au passage pour qu'il vienne lui porter assistance et mesurer l'étendue des dégâts.

– Calme-toi, c'était un accident, ça arrive…

Secoués de violents hoquets, il n'arrivait pas se reprendre malgré les paroles réconfortantes de Schuldig qui essayait désespérément de l'apaiser en attendant l'arrivée de l'équipe de rescousse, à savoir Crawford et Aya. Les deux leaders sauraient sans doute le rassurer mais lui en était incapable. Et la panique de Ken commençait à le gagner, son bouclier mental personnel ployant sous les assauts émotionnels du jeune homme inconsolable.

– Ken, calme-toi allez s'il te plait, arrête de pleurer, ça ne sert à rien, c'est pas grave… Ken, écoute-moi…

Le rouquin serrait les mains du plus jeune entre les siennes, dans l'espoir de garder un lien avec lui. Ken était en train de sombrer dans une véritable crise d'hystérie et si les renforts n'arrivaient pas bientôt, Schuldig sentait que ses propres nerfs ne tarderaient pas à lâcher également. A sa surprise, ce ne fut ni Brad, ni Aya qui franchirent la porte de la salle mais Farfarello. Le jeune homme borgne examina la situation l'espace d'une seconde et s'approcha d'eux à grands pas. Schuldig lui céda sa place, son compagnon attirant Ken à lui pour l'entourer d'une étreinte solide.

Physique.

Concrète.

Enfin quelque chose de réel sur quoi Ken pourrait se reposer quelques instants. Il se laissa aller dans les bras de Farfarello sans aucune résistance. Schuldig recula doucement, pour ne pas les troubler, entendant le Weiss appeler inlassablement le nom de l'Irlandais.

– Farfie, Farfie, Farfie, Farfie !

– Shh… Calm down and it will be allright… Shh Angel... Calm down...

Quelques mots murmurés en anglais que Schuldig comprit même s'il n'était pas sûr que Ken, dans l'état où il était, puisse saisir le sens des quelques mots qui lui étaient chuchotés. Il les laissa seuls. Il fit quelques pas et s'appuya contre un mur pour parfaire à nouveau son bouclier psychique. Ca allait lui prendre quelques minutes. L'éclat du jeune homme l'avait pris par surprise et son empathie naturelle en tant que télépathe en avait pris un sacré coup dans l'aile. A peine avait-il parcouru les quelques mètres le menant aux escaliers qui redescendaient au premier étage qu'il entendit un hurlement.

La voix de Ken.

Il se sentit le sang quitter son visage alors qu'il retournait sur ses pas, pâle comme un mort.

– Farfarello ! Arrête arrête tu me fais mal ! Lâche-moi Farfie !

– Farfarello STOP ! Hurla Schuldig avant même de savoir ce qui se passait.

Arrivé dans la pièce, il eu le souffle coupé par la scène qui se jouait devant lui. Farfarello secouait Ken violemment en hurlant des choses incompréhensibles. Le jeune homme immobilisé était incapable de se défaire de son agresseur.

« Oh non, oh non, il recommence ! »

Une vague de panique saisit Schuldig alors qu'il se précipitait pour empoigner Farfarello aux épaules, pour tenter de le faire lâcher prise. D'un geste, le jeune homme aux cheveux argentés l'envoya de l'autre côté de la pièce. Le rouquin venait se cogner la tête assez fort contre le sol dans sa chute et éprouvait des difficultés à se redresser. Il était sur le point d'appeler Brad à l'aide quand il perçut des bruits de courses dans le couloir. Alerté par le vacarme, Brad arrivait enfin à la rescousse, comme il devait le faire avant l'apparition de Farfie.

– ARRETE J'AI MAL ARRETE JEI LACHE-MOI ! Hurla Ken terrorisé par la folie qui se peignait sur les traits de Farfarello.

– Farfarello !

La voix de Brad claqua dans l'air comme un coup violent. L'interpellé eut un moment d'hésitation et cessa de maltraiter sa victime l'espace d'une seconde. Crawford profita de ce temps d'arrêt pour lui sauter dessus et le faire lâcher prise avant que sa crise n'ait de terribles conséquences. Aya qui suivait le leader des Schwarz ne se fit pas prier pour prêter main forte à Crawford afin de maîtriser Farfarello qui plongeait un peu plus dans son délire. Schuldig qui se relevait péniblement de sa chute monumentale tenta d'aider lui aussi mais Brad lui aboya de ne pas s'approcher davantage et d'appeler Yohji au secours. Le rouquin se traîna hors de la salle de sport pour apercevoir Yohji et Nagi qui couraient vers lui, alarmés par tant de hurlements. Schuldig eu juste le temps de tendre la main pour indiquer à Yohji qu'il y avait un problème que son ami se ruait déjà dans la pièce.

– Ca va ? S'inquiéta Nagi en le dépassant, fléchettes tranquillisantes en main.

– Ca va, mal tombé, expliqua-t-il simplement en retournant vers la salle avec anxiété.

Les cris de Farfarello s'étaient mués en un hurlement quasi animal. Crawford, Aya et Yohji ne furent pas trop de trois pour le maîtriser pendant que Nagi lui injectait une substance sédative puissante d'un geste précis. Des années de pratique… En quelques instants, le corps nerveux et fort de Farfarello se détendit indiquant qu'il sombrait dans une inconscience dépourvue de rêves. Crawford relâcha son équipier avec un peu plus de douceur et soupira.

– Ca faisait longtemps…

Schuldig hocha simplement la tête, appuyé contre le chambranle de la porte puis il se dirigea vers Ken pour s'assurer qu'il n'était pas blessé. Des hématomes apparaissaient déjà sur ses bras, là où les mains de Farfarello l'avaient serré. Il avait également une coupure sanguinolente sur la joue gauche. En dehors de ça et de son état de choc, il avait l'air de se porter bien.

– Ken ?

– Je comprends pas… Je l'ai mis en colère, il était tellement en colère, je comprends pas, balbutia-t-il, choqué.

– Il a fait une crise de démence. Tu n'y peux rien.

– Mais il m'a crié dessus, il m'a crié dessus alors que je n'avais rien fait, dit le brun en levant des yeux rouges et humides vers le télépathe.

Schuldig retint de justesse un soupir accablé. Les Weiss ignoraient tout des crises de Farfarello. Ils ne l'avaient jamais vu perdre la tête au point de tout réduire en pièces dans la maison, de s'en prendre physiquement à ses équipiers… Ou a lui-même. Il s'était crevé l'œil gauche dans un de ses délires. A l'époque, il avait à peine dix-huit ans. C'était lui qui l'avait trouvé, qui avait été obligé d'endiguer l'hémorragie avant de l'emmener aux urgences. Après ça, ils avaient décidé avec Crawford de tenter une sorte de rééducation pour qu'il puisse vivre normalement.

Schuldig avait longtemps maintenu une sorte de cage mentale sur son esprit trop virulent pour être laissé libre. Jusqu'à ce qu'il puisse enfin penser par lui-même et sortir de cette spirale infernale de meurtres sauvages et insensés, de crises de rage terribles aussi dangereuses pour lui que pour son entourage. Il avait fallut un an d'efforts et de sacrifices pour arriver à un tel résultat. Néanmoins et malgré tous ces efforts, il demeurait Farfarello, le Berserker. Une contrariété de trop, un trop plein d'énergie ou de colère mal canalisée… Et il explosait. Quant à savoir ce qui avait provoqué sa rage…

Schuldig chassa ses pensées et se tourna vers Nagi, s'introduisant dans son esprit pour le rassurer sur l'état de Farfie. Le petit brun acquiesça en silence pendant que Yohji, Crawford et Aya s'occupaient de descendre Farfarello inconscient dans sa cellule. Ken se releva péniblement et suivit le cortège en silence au rez-de-chaussée où il fut poussé dans le canapé du salon par Schuldig qui suivait de près. Crawford laissa un instant les aînés des Weiss pour s'approcher des deux victimes de Farfarello. Il s'adressa d'abord à Ken qui semblait un peu égaré :

– Tu m'expliqueras plus tard ce qui s'est passé, d'accord ?

Le brun hocha la tête, sachant pertinemment que ce n'était pas dans les habitudes de Crawford de remettre des explications à plus tard. Mais à l'heure actuelle, il s'en fichait éperdument. Crawford examina rapidement Schuldig, faisant glisser ses mains sur sa tête douloureuse. Le télépathe grimaça lorsque les mains effleurèrent l'arrière de son crâne.

– Quatre cent neurones en moins, taquina Crawford en vérifiant qu'il ne s'était pas entaillé le cuir chevelu dans sa chute.

– Si ça continue, il va plus m'en rester beaucoup…

– Tu as la poisse en ce moment, renchérit Nagi en lui tendant un pain de glace avant de panser les égratignures de l'autre garçon.

Nagi désinfecta la plaie du bout des doigts mais Ken eut tout de même un mouvement de recul lorsqu'il toucha sa pommette ensanglantée.

– Il t'a frappé ?

– C'est rien, murmura l'autre en chassant gentiment sa main.

– Farfie est très fort. Dis-moi s'il t'a frappé.

– Ca va.

Nagi leva les yeux au ciel avec un soupir exaspéré. Qu'avaient-ils tous à être aussi réticents à se faire soigner ? Il se laissait faire lui après tout. Crawford les laissa un moment aux bons soins de Nagi qui se dépêtrait comme il pouvait de cette tâche plutôt ardue, descendant au sous-sol voir comment Yohji et Aya s'en sortaient avec Farfarello. Malgré l'injection de calmants et la camisole, il était doué d'une force peu commune et deux hommes ne suffiraient jamais à le maîtriser si jamais il venait à se réveiller et à replonger dans une crise de démence. Ceci dit, il n'avait pas encore entendu de hurlement de bête sauvage résonner dans la maison ce qui signifiait que son psychopathe n'était pas en train de démembrer un des Weiss et de faire du second son repas de midi. Il fut néanmoins soulagé de constater que Farfarello était toujours plongé dans son inconscience artificielle et que les deux aînés de Weiss l'attachaient consciencieusement à son lit. Crawford se retint de leur dire que c'était inutile. D'une façon ou d'une autre, Farfarello arrivait toujours à se défaire de ses liens. Il le soupçonnait d'ailleurs de pouvoir déboîter ses articulations à volonté pour arriver à ses fins. Vu qu'il ne ressentait pas la douleur, Brad se doutait qu'il avait trouvé ce moyen pour modifier son corps de façon à se glisser un peu où il voulait, ou hors de ce qu'il voulait, même s'il ne l'avait jamais pris en flagrant délit. Les deux Weiss avaient fini leur séance de ligotage, et rejoignirent Crawford qui vérifiait la solidité des entraves d'une main experte avant de boucler la cellule. Il avait un moment eut la faiblesse de penser que les crises délirantes de Farfarello avaient disparues. C'était la première fois qu'il en avait une en plus de six mois : un véritable record. Jamais Farfarello n'avait tenu aussi longtemps avant de d'exploser de nouveau.

Pour l'heure, il était relativement maîtrisé et Brad décida d'en savoir plus sur la question. Ces dernières années, il avait remarqué que Farf pétait rarement un plomb sans raison. Quelque chose avait dû le mettre très en colère, mais quoi ? Crawford repartit donc vers le salon où Nagi s'occupait de Schuldig pendant que Ken restait assis sans bouger sur son coin de canapé en fixant ses mains.

– Ca ira ?

– Je survivrai Nagi.

– Bon, si tu as des nausées ou…

– Je sais, coupa Schuldig qui se massait doucement le crâne en espérant faire passer la douleur.

Nagi lui adressa un regard contrarié et jeta un petit coup d'œil à Crawford qui venait d'entrer dans le salon, l'air grave.

– Nagi, Schu, vous pouvez disposer.

– Qu'est-ce qui se passe ? Interrompit une voix faiblarde du seuil de la porte.

Les quatre visages se tournèrent vivement pour voir Omi, appuyé contre le chambranle de la porte pour se tenir en équilibre. Des cernes violets mangeaient son visage livide et il était essoufflé, peinant à respirer.

– Omi !

– Mais qu'est-ce que tu fais debout ?

Le petit blond avança de quelques pas vacillants pour se rapprocher des autres. Crawford, qui était le plus proche de lui, lui prit le bras et l'aida à s'asseoir avant qu'il ne s'évanouisse d'épuisement à leurs pieds.

– Qu'est-ce qui se passe ? Répéta Omi en ignorant les commentaires désapprobateurs qui s'élevaient dans la pièce.

– Rien Omi. Pourquoi tu t'es levé ? Demanda Ken en l'invitant à s'asseoir avec un sourire un peu terne au goût de tous.

– Tu mens vraiment mal. C'est quoi, ça ? Rétorqua le cadet des Weiss en désignant le pansement qui ornait sa joue ainsi que la glace que tenait Schuldig contre sa bosse en cours de formation.

– Rien de grave. On est tombé tous les deux dans les escaliers. Comment tu te sens ?

– C'était ça les cris ?

– Ouais, t'aurai dû voir ça, c'était pas triste, grogna Schuldig en soutenant le brun avant qu'il ne s'empêtre dans son mensonge.

Crawford resta impassible pendant que Nagi remballait les pansements, indifférent. Il n'était pas vraiment d'accord sur le fait de mentir à Omi « pour le protéger ». L'adolescent était certes éprouvé, mais c'était le cerveau des Weiss, le leader cérébral et s'il venait à apprendre qu'on lui mentait sur ce qui se produisait dans la maison il en serait sûrement très irrité. Il se sentirait même trahi d'être ainsi relégué au rang de pauvre petit malade, trop fragile pour supporter les évènements, trop faible pour se défendre.

– Omi, tu n'aurais pas dû te lever, dit Ken à voix basse en passant sa main sur son front.

Il ne fut guère étonné de constater qu'il avait encore de la fièvre et jeta un coup d'œil à Crawford. Il savait généralement quelle était la conduite à tenir en cas de soucis de santé. Yohji et Aya avaient également choisi leur moment pour réintégrer le salon en entendant la voix douce de leur plus jeune compagnon.

– Ca va… Je m'inquiétai.

– Tu devrais retourner te coucher, intervint Crawford en prenant sa température à son tour.

– J'en ai marre, je dors tout le temps, protesta l'adolescent

– Tu as besoin de repos.

Omi soupira, vaincu. Il était très fatigué et avait mobilisé toutes ses forces pour descendre les deux étages qui le séparaient du rez-de-chaussée malgré son épuisement chronique. Schuldig se leva avec précaution, à l'affût d'une sensation de vertige ou de malaise qu'il ne perçut finalement pas. Il fit signe à Nagi de le suivre, juste au cas où…

Finalement, Omi laissa tomber les explications vaseuses de tout le monde, décidant qu'il enquêterait plus tard sur les évènements de la journée. Aya s'empressa de lui proposer quelque chose à manger pendant que Yohji lui tenait compagnie sur le canapé du salon pour garder un œil sur lui. Ken en profita pour tenter une sortie mais fut rattrapé par Crawford dans le couloir. Il prit les devants, sachant qu'il allait devoir s'expliquer :

– Désolé… Marmonna le brun, devançant Crawford.

– Désolé de quoi, Ken ?

– Tout ça, dit-il en faisant un geste vague.

– Que s'est-il passé, exactement ?

– Je sais pas. Il a pété un plomb, il hurlait des trucs que j'ai pas compris, répondit le sportif en passant une main légèrement tremblante dans ses cheveux.

– Juste avant, qu'est-ce qu'il se passait ? Tu étais avec Schuldig, non ?

– Ouais… J'ai encore cassé quelque chose. Et Farf est arrivé alors Schuldig nous a laissé et puis il a piqué une crise, j'arrivais pas à me calmer il me hurlait dessus. J'ai paniqué.

– Je vois. Tu travailleras avec Nagi quelques temps. Il pourra t'aider à maîtriser la télékinésie.

– D'accord…

Crawford hocha la tête et le laissa, sans doute pour rejoindre Schuldig, laissant le brun à ses réflexions. Décidemment, ce n'était pas son jour, il captait vraiment rien aujourd'hui. Il ferait sans doute mieux d'aller se coucher… Oui, c'était la meilleure solution finalement.

La journée suivi son cours pour toute la petite troupe, excepté pour Farfarello, toujours plongé dans un état comateux proche du sommeil et Ken qui dormait à poings fermés dans sa chambre. Yohji s'était affalé dans le salon devant la télé, un livre à portée de main en cas de programmation décevante, Aya s'était isolé avec Omi dans la véranda pour rempoter quelques plantes. Le petit blond avait insisté pour faire quelque chose, malgré son état de faiblesse. Crawford, de son côté, s'était enfermé dans son bureau pour travailler sur quelques dossiers qui le préoccupaient depuis plusieurs jours déjà. Enfin... Il avait surtout besoin d'un calme parfait pour se concentrer sur l'avenir, aussi s'était-il enfermé quelques heures pour pouvoir tomber dans cette sorte de méditation qui pouvait provoquer ses visions. Nagi, quant à lui, était en plein rangement de sa chambre, son dernier cauchemar en date ayant provoqué le retournement de tous ses tiroirs pendant que Schuldig, enfin remis de ses émotions, avait décidé de papillonner à droite et à gauche, rendant visite à tout le monde, allant du jardin au bureau pour se promener.

Plusieurs heures plus tard, Ken émergea péniblement de son sommeil, avec difficulté. Il avait mal au crâne et se sentait complètement lessivé malgré ses longues heures de sommeil. Le brun se tourna lentement vers son réveil. C'était la nuit. Quatre heures du matin passées. Sans savoir pourquoi, il se sentit soudainement mal. Très mal. Il ravala ses larmes et décida de se secouer un peu et de se lever. Il avait besoin d'air.

Juste vêtu d'un short et d'un tee-shirt noirs, il sortit de sa chambre à tâtons, descendit les escaliers et se dirigea directement dehors, dans le jardin. Une fois à l'air libre, il frissonna. Il faisait si froid. On était début Décembre après tout. Il resta un long moment dehors immobile à regarder dans le noir puis quand il en eut assez d'être gelé, il décida de rentrer avant d'attraper une pneumonie.

Une question l'assaillit soudainement.

Où était Farfarello ?

En bas ? Dans sa prison ?

C'était sa faute.

S'il n'avait pas hurlé et paniqué comme le dernier des imbéciles, Farfie ne serait pas enfermé.

Arrivé devant la porte qui menait aux escaliers du sous-sol aménagé, il décida de descendre. Il se retrouvait à quelques pas de la porte blindée de la pièce-prison.

Il s'approcha un peu.

Pas de bruit. Farfarello dormait sûrement.

Il s'approcha en silence, posant sa main sur la porte de métal froid.

– Who's there !

Ken sursauta. Il ne s'y attendait pas.

Devait-il répondre ? Il ne savait pas… Farfarello risquait de se mettre en colère de nouveau.

– Ken ? C'est toi ?

La voix était plus douce d'un coup. Comment avait-il su ? Cette fois-ci, il répondit malgré l'angoisse rampante qui l'étreignait.

– Hai.

Ken s'agenouilla. Au pied de la porte, il y avait une petite trappe, un panneau d'acier qui coulissait pour permettre de passer un plateau à l'intérieur. Il poussa d'un coup sec et le panneau glissa sur le côté.

– Ken ?

– Gomen.

Ken glissa sa main par l'ouverture, anxieux. Farfarello pouvait lui arracher le bras dans un accès de colère, il le savait. Farfarello pouvait lui faire très mal, il le savait. Une main tiède se glissa dans la sienne. Une vague de soulagement lava ses craintes. Alors, il ne lui en voulait pas ?

– Pardon Farfie, je voulais pas te mettre en colère, je voulais pas que tu m'en veuilles, je suis désolé, dit-il très vite d'une voix tremblante, le front appuyé contre le métal froid de la porte blindée.

Il sentait déjà les larmes glisser sur ses joues, incapable de se retenir. Il n'en pouvait plus, il ne voulait pas que Farfarello soit en colère contre lui. L'étreinte se resserra autour de sa main tremblante.

– J'aurai pu te tuer. Je suis un monstre. I'm sorry…

– Moi aussi, moi aussi…

Ken s'effondra sur le sol, sa main fermement agrippée à celle de Farfarello. Par la petite trappe, malgré l'obscurité, il pouvait distinguer le corps de Farfarello, allongé sur le sol de la même façon que lui.

– Reste avec moi, souffla la voix éraillée du jeune Irlandais.

– Oui, oui je te promets, je te promets.

– Ne pleure pas… Arrête, s'il te plait… Ken…

Ken passa sa main libre sur son visage trempé, désirant effacer ses larmes inutiles. Un peu de sa culpabilité s'envola avec les paroles de Jei.

– ... Gomen…

Il sentit soudain la main de Farfie quitter la sienne. Pris de peur, il se calma immédiatement lorsqu'il sentit une caresse sur son visage. Farfarello venait de passer sa main par l'étroite ouverture pour sécher ses larmes. Ken prit sa main entre les siennes et déposa un baiser sur sa paume. Farfarello continua de lui caresser le visage jusqu'à ce qu'il se calme. Finalement, Ken s'assoupit sur le sol froid, apaisé. Farfarello continua ses caresses jusqu'à ce que le jour se lève.

######

Quelques heures plus tard, alors que tout le monde était déjà debout depuis un bon moment, Omi manifesta son inquiétude pour son ami le plus proche. Il ne lui en voulait pas pour son petit mensonge de la veille, car bien sûr il était au courant, quelqu'un lui ayant soufflé la vérité dans son sommeil. Aya semblait du même avis pendant que Yohji tentait de calmer les ardeurs de tout le monde en prenant les choses avec philosophie.

– Il est sûrement fatigué. Laissez-le se reposer.

Exaspéré, Aya avait finalement ouvert la porte de la chambre de Ken pour constater qu'il n'était pas dans son lit.

– Il est peut-être allé courir ? Supposa Yohji en coulant un regard à Crawford qui restait totalement indifférent à l'agitation ambiante, plongé dans sa tasse de café et dans un livre autrement plus intéressant que de telles futilités.

Après tout, il n'y avait pas mort d'homme… Et il savait que Ken n'était pas très loin mais voir Aya s'agiter dans tous les sens avec cette expression contrite sur le visage l'amusait beaucoup. Le leader des Weiss muselait ses émotions depuis bien trop longtemps et les soucis accumulés depuis quelques mois menaçaient de faire craquer la carapace de glace de leur jeune combattant.

– Ca m'étonnerait, rétorqua Schuldig en se levant de la table de la cuisine et en s'arrachant à son journal.

– Tu vas où Schu ?

– Voir ce que devient Farf. Et Ken.

Intrigué, Aya décida de suivre le télépathe jusqu'au sous-sol. Ils restèrent un instant figés par la scène. Ken dormait par terre, roulé en boule contre la porte blindée dont la petite trappe avait été ouverte. Une main très pâle en sortait et reposait sur sa main. Aya resta un long moment interdit, hésitant entre la surprise et la colère. Schuldig prit les choses en main et s'approcha avec précaution pour réveiller Ken.

– Hey, debout…

Le brun sursauta et ouvrit les yeux. Son sommeil avait sans doute été très léger vu les conditions.

– Salut Schu…

– Lève-toi, faut que je libère ton chéri, murmura Schuldig.

Ken s'empourpra immédiatement, comme il l'avait prévu.

– C'est pas…

– Allez hop, debout ! Sourit le rouquin en l'aidant à se relever d'un bond.

Il le colla ensuite dans les bras d'Aya qui, pour le moment, n'était pas d'une grande utilité.

– Qu'est-ce que tu fais ici, toi ? Interrogea le rouquin d'un air inquisiteur et, nota le télépathe, glacial.

– Euh… Yo Aya.

– Ken.

Ah, il était également en colère, ajouta mentalement Schuldig

– Ben…

Schuldig coupa court à leur discussion en déverrouillant et en ouvrant la porte blindée. Farfarello s'était réveillé au moment où Schuldig avait mis les pieds dans le sous-sol. Il s'était redressé et attendait patiemment, assis en tailleur devant la porte, que son équipier daigne lui ouvrir.

– Salut Farf.

– Salut.

– Bien dormi ?

– Hn.

Schu lui tendit la main. Farfarello la saisit pour se relever. A ce moment, Ken fit quelques pas vers le jeune homme aux cheveux argentés, hésitant. Farfarello eut un léger sourire. Ken avait encore les yeux rougis d'avoir pleuré cette nuit. Il passa sa main sur la joue du jeune homme. Mû par une soudaine impulsion, Ken prit Farfarello dans ses bras. Il était plus grand que lui, tellement plus solide.

– Excuse-moi.

Farfie glissa une main dans les cheveux ébouriffés de Ken.

– I hurt you…'M sorry Ken.

Ni Schuldig, ni Aya n'entendirent les paroles échangées par les deux garçons, mais le télépathe sentit une onde maléfique de jalousie lui brûler les neurones. Aya avait comme qui dirait des envies de mordre… Schu retint son envie limite méchante de lui dire qu'après tout, il n'avait que ce qu'il méritait. Au lieu de ça, il fit son plus grand sourire, et, à la limite de la mesquinerie, se tourna vers Aya en lui disant d'un ton mielleux à vomir :

– C'est trop mignon tu trouves pas ?

– Hn.

Vexé comme un pou, Aya tourna les talons et remonta à l'étage tandis que Schuldig se mit à ricaner devant la mine circonspecte de Ken. Farfarello, lui, avait parfaitement saisit ce que Schu venait de faire.

– Not nice.

– J'adore ça. Après tout, il a qu'à s'en prendre qu'à lui ! Ken, tu peux le lâcher tu sais, il s'envolera pas !

Ken rougit de nouveau et se sépara lentement de Farfarello en gardant les yeux baissés.

– Euh… J'vais prendre une douche… Dit-il avant de disparaître à son tour dans les étages supérieurs.

– Va, Kenken ! Alors Farfie, si tu me disais ce qui t'a pris hier ? Dit l'Allemand avec un ton plus sérieux cette fois.

Farfarello s'assombrit visiblement, peu enclin à entamer cette conversation quand la nuit si plaisante avait plus ou moins réparé ses erreurs.

– Hn.

– Farf, que tu le veuilles ou non, va falloir que tu me dises ! Crawford attend des explications. Alors rends-moi des comptes à moi, et je m'arrangerai pour qu'il ne te punisse pas.

– Pour la punition, c'est trop tard.

Schuldig tiqua aux quelques mots de son ami.

– Qu'est-ce que t'as fait ?

Il commença à l'inspecter sous tous les angles, inquiet à l'idée qu'il aurait encore pu s'infliger en vain des blessures dans l'espoir de souffrir un jour. A son grand soulagement il ne trouva rien de visible, pas de traces de sang ou d'oreilles manquantes, ce qui était somme toute plutôt rassurant.

– Farf !

Le cadet des deux eu un claquement de langue agacé et détourna la tête avec indifférence. Si Schuldig ne comprenait pas et bien tant pis pour lui. Le rouquin le regarda tout à coup d'un air légèrement surpris. Il venait de saisir.

– Oh. Tu as grandi Farfie.

Farfarello haussa les épaules.

– Je lui ai fait du mal.

– Avant, tu ne t'en serais pas soucié.

Sa punition, c'était d'avoir eu mal. Pour de vrai.

– Allez viens, on remonte. Je vais te faire une omelette à tomber par terre.

– Je n'ai pas faim.

– Oh, sois sympa, tu vas bien manger à table, c'est moi qui fais le déjeuner !

– Schuldig, je n'ai pas envie…

– Tu me dois bien ça, t'as failli me briser les os !

– Je suis désolé.

– T'inquiète, t'es pardonné mon Farfounet ! S'exclama Schuldig en éclatant de rire au surnom stupide dont il adorait affubler Farfarello.

L'intéressé, lui, n'avait pas l'air enchanté au vu du regard noir qu'il lui jeta. Schuldig lui dédia un sourire désarmant pour le convaincre de le suivre. L'Irlandais acquiesça. C'est vrai qu'il lui devait bien ça, pour une fois. Schuldig n'était pas en colère contre lui, il connaissait ses crises et savait que c'était inévitable. Il savait qu'il devait énormément au télépathe pour avoir plongé, encore et encore, dans les profondeurs chaotiques de son esprit malade pour le forcer à émerger. Pour forcer Jei à revenir. Le soutien de Nagi avait également été d'un grand secours les nuits où il était submergé par tant de remords et de cauchemars. Quant à Crawford, il avait petit à petit modifié les prescriptions médicamenteuses qui lui étaient destinées pour lui permettre d'avoir un comportement plus sain. Schwarz lui avait permis, à lui qui était aussi socialement inadapté que monstrueux, de vivre une vie presque normale. Il avait conscience de son déséquilibre mental, de cette mince ligne qu'il ne devait pas franchir sous peine de plonger dans une de ses terribles crises de fureur.

Mais quelque chose s'était rompu dans son esprit lorsqu'il avait vu Ken dans un tel état de souffrance, sachant qu'il était incapable de compatir à cette douleur qu'il ne sentait pas. Il n'avait pas supporté sa détresse et avait replongé dans la sienne, blessant Ken et Schuldig dans son accès de folie. Il secoua la tête pour chasser ses pensées, celles qui ne cesseraient de le tourmenter la nuit venue, et suivit Schuldig à l'étage où il fut accueilli avec chaleur par Nagi, mort d'inquiétude pour lui.

Aya se contenta de lui jeter un regard glacial, espérant le congeler sur place. Sentant l'animosité qui émanait du rouquin, Yohji lui posa une main sur l'épaule avec un sourire pour le calmer.

– Ta tension, Aya-kun.

– Hn.

Le déjeuner fut servi trois-quarts d'heures plus tard et devait se dérouler sans anicroches. La discussion allait bon train, mais Schuldig remarqua que Nagi ne faisait que chipoter dans son assiette.

– Tu n'as pas faim ? Suggéra-t-il tout bas.

Nagi haussa les épaules d'un air peu intéressé. Schuldig n'aimait pas le voir bouder son assiette, surtout quand c'était lui le cuistot du jour. En dehors de ces considérations, Nagi avait vite tendance à négliger sa santé, surtout depuis leur agression. Schuldig décida de le laisser tranquille le temps du repas et retourna à la conversation animée qui se tenait entre Yohji, Crawford et Omi. Le petit blond s'était joint à eux car il n'en pouvait plus de rester confiné dans sa chambre où la folie le guettait chaque fois qu'il fermait un œil. Il n'avait pas avalé grand-chose mais faisait la conversation à ses aînés, s'arrangeant même pour dérider un peu Aya dont l'humeur s'était passablement renfrognée depuis la matinée.

Un léger bourdonnement remplissait l'air depuis le début du repas, quasiment inaudible mais bien présent. C'est comme si des ondes invisibles quoique presque palpables s'élevaient dans l'air. Ken leva les yeux de son assiette, dérangé par ce chuintement agaçant que personne ne semblait entendre autour de la table. Etonnant qu'il soit dérangé par un si petit bruit vu le brouhaha ambiant qui régnait dans l'immense cuisine. Il nota que Farfarello aussi avait levé le nez, son unique œil doré posé sur son plus jeune équipier. Le Weiss tourna lui aussi son attention sur Nagi qui leva les yeux en percevant le poids de leurs regards. Ses yeux bleu foncé allèrent de Farfarello à Ken, indiquant au premier de ne pas s'inquiéter et rassurant le second d'un regard.

« Ce n'est pas toi, c'est moi. »

C'était de la télékinésie qui vibrait dans l'air de cette façon. Celle de Nagi. Le petit brun avait baissé la tête pour dissimuler son trouble, et un observateur averti aurait pu voir que ses minces épaules tremblaient légèrement, tendues. Finalement, n'y tenant plus, il repoussa son assiette et se leva brusquement pour quitter la table sans un mot.

– Nagi !

Crawford reposa ses couverts et se leva à son tour :

– Excusez-moi.

Il partit à la recherche de Nagi, qui, comme il l'avait pensé, n'était pas allé très loin. Il le trouva terré dans le salon, pelotonné contre l'accoudoir de l'immense canapé d'angle, ses genoux ramenés sous le menton. Crawford s'installa près de lui sans dire un mot puis voyant que Nagi ne se décidait pas à ouvrir la bouche, il prit les devants :

– Qu'est-ce qui ne va pas ?

– Tout va bien.

– Ce n'est pas ce qu'indique ton comportement.

Nagi eut un claquement de langue agacée, détournant la tête pour fixer avec une certaine colère le mur à ses côtés. Tout pour ne pas regarder Crawford dans les yeux. L'aîné leva les yeux au ciel. Lui n'était pas comme Farfarello : il ne percevait pas les volutes invisibles de pouvoir qui tournoyaient autour de l'adolescent dès qu'il s'énervait un peu. Mais il voyait venir les accidents. Et il semblait que la colère de Nagi, pour quelque raison qu'elle fût, soit sur le point de provoquer un bel accident dont son canapé ne se remettrait pas de sitôt.

– Nagi, appela l'Oracle d'une voix plus douce.

Le garçon finit par tourner la tête vers lui, acceptant enfin de rencontrer son regard.

– Dis-moi ce qu'il y a.

– Je fais des cauchemars.

Le regard accablé du garçon lui apprit sans difficulté à quoi il pouvait rêver. Bien sûr, il savait ce qui tourmentait son cadet dans l'obscurité de sa chambre la nuit, ce qui le hantait depuis plusieurs mois sans qu'il puisse trouver un semblant de paix. Il connaissait les pensées qui torturaient son esprit si fragile à présent.

« Pourquoi ? Pourquoi moi ? C'est tellement injuste ! »

Les mêmes cauchemars, les mêmes pensées l'habitaient lui aussi depuis leur libération. Brad attira brusquement Nagi à lui, l'enlaçant avec une tendresse toute particulière :

– Je suis désolé. Si tu savais Nagi…

– Je sais… C'est pas ta faute… Murmura la voix du gamin avec un léger hoquet, avertissant Crawford que les larmes n'étaient pas loin.

– Je suis tellement désolé…

– Faut pas. Je t'en veux pas. Mais…

La voix du garçon se brisa et il enfouit son visage dans le cou de son tuteur avec l'espoir de retenir ses sanglots :

– ... J'ai tellement mal !

Crawford se contenta d'étouffer un soupir plein de culpabilité. Il avait le cœur brisé de ce qui était arrivé à Nagi, et tout était sa faute. C'était un poids terrible avec lequel il devait vivre chaque jour. Il ne souhaitait que de voir Nagi guérir, fut-ce au prix de sa propre existence, mais il ne désirait rien de plus que voir guérir cet enfant qu'il avait élevé comme son propre fils. Mais comment avait-il le droit de demander sa guérison alors qu'il était l'unique responsable de son état ?

Les conséquences de ces actes avaient été terribles. C'était sa punition et il devait vivre avec.

– Je sais que ça ira mieux avec le temps. Je sais que ça finira par faire moins mal, murmura Nagi d'une voix fragile. Mais pour le moment j'ai l'impression qu'on m'a arraché le coeur.

– Nagi…

– Je survivrai, mais il me faut plus de temps, murmura le garçon les yeux brillants de larmes contenues.

Crawford le serra un peu plus fort dans ses bras, touché au-delà des mots. Nagi lui demandait du temps, à lui alors qu'il était le responsable de son état. Il lui laisserait tout le temps qu'il faudrait.

– Je survivrai, répéta le garçon avec un peu plus d'assurance cette fois, une lueur de détermination vacillant au fond de son regard bleu saphir.

– Promets-moi.

– Je te promets Brad.


Notes : Je m'excuse platement pour cette grande overdose de sucre, mais j'me soigne, si, si !

Je vous avais prévenus, l'image de marque de Farfie en prend un sacré coup mdr. Mais l'avantage de Farf c'est qu'on peut en faire à peu près ce qu'on veut : ça va du dangereux psychopathe aux tendances schizophrènes au génie incompris en passant par l'être profondément stupide qui ne sert que de chien de garde.

Quant à Naginounet, ben… Je l'ai martyrisé dans Meilleurs Ennemis, c'était voulu, ça me fait une raison de torturer Brad ah ah !

Sinon, le prochain chapitre arrive (j'espère) incessamment sous peu.

Merci pour votre soutien !