Titre : Alliés
Auteur : Syhdaal
Genre : Shonen ai
Base : Weiss Kreuz
Couples : Brad x Schu… Et Yohji (si vous êtes sages)… Et plein d'autres choses mais j'avoue qu'il va me falloir du temps pour mettre ça en place...
Disclaimer : Non, aucun de ces persos ne m'appartient (quel dommage…), enfin tout le monde le sait hein ! Je m'en sers juste de façon éhontée pour satisfaire mes délires de malade mentale.
C'est Noyeeeeeeeeeeeeeel !
Bon, pour une fois que je calcule presque bien mon coup à un mois près, on va pas pleurer.
Ces passages sont écrits depuis plus d'un an mais je me disais : si je m'arrange pour les publier pendant les fêtes de fin d'années, ça tomberait pile poil. Puis je me suis dit : laisse tomber, Noël c'est trop loin, t'auras sûrement fait les chapitres avant.
Bien sûr, c'est sans compter sur ma lenteur légendaire et ma paresse proverbiale. Je me suis mis un coup de pied au cul le 1er Décembre 2009 pour pouvoir boucler trois chapitres en un mois et tenir mon timing à deux semaines près. Ben vous savez quoi, ce fut évidemment du domaine de l'impossible pour moi qui suis une feignasse reconnue.
Ah oui, Meilleurs Vœux à tous (honte à moi, j'avais oublié…) !
/ Blablabla. / : Conversations télépathiques
Alliés
Chapitre 12
Quelques jours plus tard et suite aux derniers évènements en date, il fut décidé que les leçons pour apprendre aux Weiss à maîtriser leurs nouvelles aptitudes commenceraient plus tôt que prévu, notamment pour Ken et Yohji, parfaitement incapables de maîtriser leur puissance.
Nagi avait traîné donc Ken au fond du jardin malgré la température hivernale pour une petite leçon de maîtrise programmée par Crawford dans l'espoir que son plus jeune équipier puisse faire quelque chose pour endiguer le problème « télékinésie explosive » de Ken. Avec un peu de chance, Nagi réussirait à lui inculquer quelques rudiments de contrôles télékinésiques, ce qui les soulagerait tous. Ils installèrent une épaisse couverture au sol leur permettant de s'asseoir sans avoir d'engelures aux fesses. Ils pratiquaient loin de tout pour éviter les accidents, car il y en aurait au début. Lorsque Ken serait plus apte à se contrôler, ils pourraient s'entraîner à l'intérieur, sur des tâches demandant plus de précision. Nagi savait taper à distance sur un clavier d'ordinateur. Cela demandait une grande précision et une certaine concentration mais il était un puissant télékinésiste, et surtout il avait des années d'entraînement et de pratique derrière lui.
Si Schuldig et Crawford avaient raison, la télékinésie de Ken était directement tirée de la sienne. Avec un peu de chance, il pourrait même limiter les dégâts en cas de dérapage. Nagi s'était longtemps interrogé sur le fait que les Weiss semblaient avoir été scindés en deux groupes : les deux cadets étaient malades, sans aucune explication tandis que les aînés se portaient bien physiquement. De la même façon, il était à peu près sûr que lorsqu'Aya s'éveillerait, il ne s'agirait pas d'un pouvoir physique mais bien mental. Omi disposait d'une habilité psychique mentale (quoiqu'il puisse voir), et Ken, avec la télékinésie, d'un pouvoir incontestablement physique. Yohji avait développé un pouvoir physique générant de l'électricité. Aya devait donc en toute logique compléter le tableau mais là encore, Crawford lui avait dit être sans certitude. Et si Omi voyait des choses, à la façon du leader des Schwarz et que Ken pouvait faire bouger les objets par la pensée tout comme lui, Yohji avait hérité d'un don qui leur était parfaitement étranger.
« Quoiqu'à la réflexion, Farfarello aussi est un véritable concentré d'énergie… » S'amusa Nagi en prenant le sac qu'il avait emmené avec lui pour la première leçon de Ken.
Il s'installa et vida le contenu d'un sac sur le sol. Des pièces de plastique coloré s'éparpillèrent sur la couverture installée par terre et Ken haussa un sourcil incrédule :
« Des legos ? »
– Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda l'adolescent.
– Rien mais… C'est pour quoi faire ? Interrogea Ken en désignant les jouets du doigt.
– C'est avec ça que Brad m'a appris à maîtriser ma télékinésie. Je pense que ça devrait t'aider aussi.
Le brun se permit une moue dubitative. Vu le manque de contrôle absolu qu'il avait sur sa toute nouvelle habilité et la trouille qu'il en avait, il doutait fortement qu'un jeu de construction en plastique multicolore l'aide dans son apprentissage… Mais bon, il n'était pas non plus spécialiste en la matière alors si Nagi pouvait l'aider, il voulait bien faire de son mieux pour appliquer ses conseils. Nagi fit signe à Ken, un peu raide, de s'installer plus confortablement. Ils étaient tranquilles, loin de toute agitation sous les branches nues d'un grand arbre du jardin et assez à l'écart de la route et de la maison pour ne pas être perturbés.
– Tu te sens assez bien pour ça ? Si ça ne va pas on peut rentrer, il fait froid, proposa Nagi.
– C'est gentil, ça va aller.
Nagi l'observa un instant, guettant tout signe de fatigue : il ne tenait pas à devoir rapatrier un corps inconscient à la maison et Ken gardait des faiblesses depuis l'apparition de la télékinésie.
– Bon. Tu es prêt ?
– Tu me fais une démonstration d'abord ?
– Tu vas être découragé après, le prévint Nagi avec un demi-sourire.
Ken sourit aussi. Ca faisait plaisir de constater que Nagi avait repris des forces depuis… Avant.
– Tant pis, je cours le risque.
– Bon, accroche-toi alors.
Nagi se leva et s'immobilisa. Plusieurs dizaines de cubes de plastique multicolores s'élevèrent devant lui, gravitant autour de son corps comme des planètes en orbite autour d'une étoile. Il ne bougea pas, ne leva même pas le petit doigt et le mouvement s'accéléra. Les pièces stoppèrent alors net, en apesanteur, comme si quelqu'un avait arrêté le temps. Ken regardait, fasciné, alors que les multiples blocs de plastiques s'assemblaient et se désassemblaient à une vitesse impressionnante pour former des figures différentes, tour à tour un avion, une voiture et même un dinosaure[S1] . Finalement, Nagi décida que cela suffisait pour le moment, et les jouets retombèrent doucement au sol, bien rangés.
– Wow… Souffla Ken. Je pourrai faire ça, moi ?
– Avec de l'entraînement, oui.
– Mouais…
Nagi s'agenouilla devant Ken et posa un bloc dans sa main.
– Pas de pessimisme. On va commencer simple. Tu fais comme moi. Tu soulèves le bloc et tu le maintiens juste quelques secondes à la même hauteur.
– Okay.
Nagi mit un lego dans la main tendue du brun.
– Vas-y.
Ken fixa le petit bloc, se concentrant dessus. Il n'arrivait pas souvent à conjurer sa télékinésie volontairement, en général elle se déclenchait lorsqu'il était en proie à une trop forte émotion… Et bien souvent, ça finissait avec quelques débris de verre ou de bois, voire un nez cassé. Le lego ne se soulevait toujours pas. Ken grogna et redoubla d'efforts. Pourquoi diable cette fichue télékinésie refusait de fonctionner quand il le voulait ? Nagi attendait patiemment un résultat, quel qu'il soit. Lui était né avec cette aptitude particulière, elle faisait partie de lui à sa naissance et de fait, il avait toujours plus ou moins su l'appeler à lui sans pour autant la maîtriser. L'aîné, profondément agacé de ne pas réussir à faire quelque chose d'aussi simple, projeta inconsciemment sa colère sur le jouet. Le bloc explosa littéralement, écorchant au passage la joue de Nagi. Ken se mit à paniquer :
– Oh pardon, je suis désolé, ça va ? Nagi réponds-moi !
Un peu étonné, Nagi passa sa main sur sa joue, qui le tiraillait d'une piqûre cinglante. Il regarda ses doigts. Il saignait.
– C'est… Pas grave.
– Pardonnnnnnnnn !
– Ca va Ken.
– J'suis un gros nul !
– Mais non, il te faut juste un peu d'entraînement… Commença par rassurer Nagi.
– J'suis un incapaaaaaaaaaaaaaaaaaaable !
Nagi soupira. Bon c'est vrai que s'il n'arrivait pas à maîtriser cet exercice tout simple, il allait falloir y passer du temps mais il faudrait bien qu'il apprenne à contrôler son pouvoir sinon ils finiraient tous par y passer. Donc, autant faire avec et avancer. De toute façon, il ne pouvait décemment pas maîtriser quelque chose qui ne lui était pas inné. Et ce n'était déjà pas une mince affaire de maîtriser un pouvoir inné…
– Maîtriser une telle force, ce n'est pas facile tu sais. Ca ne se fait pas sans mal. Moi je me suis blessé plus d'une fois en faisant exploser un objet que je faisais léviter.
– Donc, c'est normal ? Fit Ken d'un air sceptique.
– Faire léviter un objet, même petit, ça demande beaucoup de concentration au début. Un peu comme…
Nagi s'interrompit, cherchant les mots adéquats pour s'expliquer.
– Tu es plutôt calé en sport, non ?
– Oui. Quel rapport ?
– Générer de la télékinésie, c'est un peu comme contracter un muscle dont on ne se sert pas souvent. Tu vois ce que je veux dire ?
Ken acquiesça. Nagi avait volontairement fait le rapprochement avec le sport et l'exercice physique pour lui expliquer le fonctionnement de leur don. La seule différence était que tout se passait dans leur cerveau.
– Donc avec de l'entraînement, on peut bouger ce muscle à volonté ?
– C'est ça. De la même façon, une trop forte sollicitation d'un muscle peut entraîner des courbatures. Pour nous c'est pareil : on a mal au crâne et le pouvoir est engourdi. L'utiliser devient douloureux voire dangereux. Tu ne dois jamais forcer dessus.
– Les conséquences ?
– Diverses, répondit Nagi en haussant les épaules. Hémorragie cérébrale en général. A l'hôpital, les médecins ne voient que la rupture d'anévrisme : une grande cause de décès chez les psychiques. Dans certains cas un peu plus rares, la tension à laquelle le corps est soumis provoque un arrêt cardiaque. Certains sont morts parce que leurs organes avaient explosés…
Ken acquiesça, saisissant parfaitement les tenants et les aboutissants de la maîtrise de la télékinésie. D'où l'importance de limiter la sollicitation du pouvoir, surtout à l'entraînement : il fallait éviter le claquage… Il se força néanmoins à ne pas afficher une mine dégoûtée quand l'image suggérée par Nagi prit forme dans son esprit un peu trop fertile.
– En tous cas, c'est ce qui se disait dans les dortoirs de Rosenkreuz… Conclut Nagi d'un ton plus confidentiel.
– Tu y as été, toi, à Rosenkreuz ?
– Pas longtemps en fait, j'ai dû y rester un mois ou deux. Schuldig m'a trouvé dans la rue et j'ai été expédié à Rosenkreuz peu de temps après. Crawford a ensuite usé de son influence auprès des trois vieilles ganaches de Esset pour me récupérer au plus vite en disant que j'étais « indispensable à la réalisation du plan ». Il ne voulait pas que je sois formaté comme les autres parce que j'étais jeune.
– Tu ne les portais pas dans ton cœur on dirait.
– Ils se prenaient pour les maîtres du monde. Mais ils n'avaient même pas la force de me résister à moi alors que je n'ai que quinze ans.
– Ton pouvoir évolue ?
– En théorie, chez un psychique normalement constitué, le pouvoir prend de l'importance avec l'âge et l'entraînement, jusqu'à un certain point bien sûr.
– Et pour moi ?
– Aucune idée. Si Brad a raison et que ta télékinésie est tirée de la mienne, on devrait avoir à peu près le même niveau de puissance.
– Nagi, tu es en train de me dire que j'ai la force de raser cette maison ? Demanda Ken d'une voix sourde en désignant leur demeure.
– En théorie oui… Et même plus.
– C'est foutu, on va droit dans le mur, murmura le brun en prenant sa tête dans ses mains d'un air effondré.
– Faut pas dire ça, ça ira. Et puis vois le bon côté des choses, pour le moment tu n'as tué personne par écrasement en le projetant contre un mur.
– Très drôle. Juste comme ça, t'avais quel âge, toi, quand t'as commencé ? Demanda Ken, se remettant de sa séance d'apitoiement.
Nagi se trémoussa, l'air un peu gêné.
– Schu m'a ramené vers mes sept ans je crois…
– Ah. J'me sens quiche, d'un coup…
Nagi éclata de rire. Finalement, ça ne serait peut-être pas si dur que ça s'il avait de l'humour.
De son côté, Yohji avait hérité d'un professeur un peu plus rigide. Crawford faisait ce qu'il pouvait mais n'avait pas encore trouvé une astuce pour limiter les dégâts en cas d'explosion et si Yohji était doté d'une grande patience, Schuldig l'était beaucoup moins.
– Tu crois que tu pourrais allumer une ampoule à distance ?
– La faire exploser c'est sûr, l'allumer, beaucoup moins.
– Ben arrête au moins de faire griller mon radio réveil ! Geignit le roux en s'allumant une cigarette.
– Schu si c'est pour nous perturber, tu peux aller ennuyer quelqu'un d'autre ! Cingla Crawford, agacé par les pitreries de son amant.
L'interpellé afficha une moue boudeuse puis rejeta une de ses longues mèches de cheveux orange derrière son épaule.
– T'as raison. Je vais aller enquiquiner Aya. Avec un peu de chance, il pètera un plomb et on sera fixé sur son don.
Sur ces bonnes paroles, Schuldig se leva du siège où il était vautré pour filer à la recherche du leader des Weiss. Son idée initiale tourna court car Aya était introuvable mais il rencontra Farfarello qui errait comme une âme en peine dans les couloirs. Un regard lui apprit que le jeune homme s'ennuyait profondément.
– On va ranger la salle de sport si tu veux ?
– Hn.
– Allez Farf, boude pas. C'est pas ta faute.
– La faute à qui, alors ? Rétorqua le balafré d'un ton lourd de sens.
– Okay, okay. Je laisse tomber.
Du côté de Crawford et Yohji, les choses n'avançaient guère :
– Inutile, je n'y arriverai jamais !
– Je ne te connaissais pas si défaitiste.
– Désolé, j'en ai plein le dos. Ca ne serait plus facile de chercher un moyen de supprimer ces habilités ? Suggéra Yohji.
C'était en réalité un secret espoir qu'il caressait depuis le déclenchement de sa propre malédiction. Crawford haussa un sourcil, s'amusant de sa réflexion. « Bargaining. »
La troisième étape jusqu'à la phase finale de l'acceptation. Qu'il avait hâte d'y être ! Ca les soulagerait tous.
– J'ai déjà envisagé cette possibilité, avec celle que ça ne soit que temporaire. Malheureusement, il semblerait que ça ne soit pas possible. Je ne vois pas comment on pourrait renverser le processus. Et tu n'es pas le plus à plaindre de la troupe, lui rappela gentiment Crawford.
– C'est sûr. Si c'était possible, c'est Omi qu'il faudrait en faire profiter en priorité.
– On peut toujours espérer. Pour le moment, je te suggère de te concentrer sur ton pouvoir.
Yohji poussa un soupir à fendre l'âme mais tendit les mains devant lui et de petites étincelles firent leur apparition au bout d'un moment, dansant au bout de ses doigts. Par sécurité, ils étaient eux aussi en extérieur pour ne pas risquer un court-circuit ou une explosion. Les petits éclats dorés crépitaient autour de ses mains, sans qu'il en ressente la moindre douleur si ce n'était une légère vague de picotements. Mais sa vision lui faisait l'effet de perdre ses couleurs chaque fois qu'il essayait d'augmenter la force du courant électrique.
– Je n'arrive pas maîtriser la puissance…
– Si tu arrivais générer ton pouvoir et l'arrêter à volonté, nous serions déjà très avancés.
– C'est stupide, marmonna Yohji d'humeur défaitiste.
– Tu as hérité du don de générer l'énergie à volonté. C'est assez rare : je n'ai rencontré qu'un seul psychique capable de faire ça dans le passé. Si je me souviens bien, elle puisait dans son propre corps l'énergie qu'elle transformait en courant électrique.
– Tu as rencontré quelqu'un comme ça ? S'intéressa brusquement Yohji.
Ca changeait tout. Si Crawford avait une idée de ce qu'il pouvait faire, cela changeait une partie des paramètres. Il n'avancerait plus à l'aveugle sur ce qu'il était capable de faire et vice versa.
– Oui mais j'étais très jeune. Mes souvenirs sont assez flous. C'est pour ça que j'ai attendu avant de t'en parler.
– Ah mais t'aurais pas dû ! Tu te rends compte de l'avancée que ça représente ? Au moins on saura à quoi s'en tenir.
– Je ne veux pas t'induire en erreur.
– En erreur ? Mais je nage dans l'horreur, c'est pas mieux mon vieux Crawford !
– Pardon ?
– Ben quoi, t'as vingt-sept piges quand même.
Une veine protubérante lui fit l'effet de pulser sur la tempe de l'Américain, signe qu'il l'avait sans doute froissé dans sa dignité. Ce genre de sottises, il pouvait les attendre de la part de Schuldig, mais de la part de Yohji, cela l'irritait encore plus.
– Il semblerait que Schuldig déteigne sur toi.
– Ne te vexe pas. Moi j'adore les hommes d'expérience, dit Yohji avec un sourire enjôleur en se levant pour enlacer ses épaules larges et tendues.
Il entendit Crawford soupirer.
– Yohji, ce n'est pas le sujet du jour.
– Je sais, répondit le jeune homme en cachant son visage dans le cou de Crawford, en profitant pour respirer son parfum si délicieux.
Crawford glissa sa main dans les cheveux ondulés de son amant, goûtant leur douceur un moment avant de reprendre :
– Qu'est-ce qui ne va pas ?
– Je n'ai pas envie de faire ça. J'ai peur de blesser quelqu'un.
– Schuldig ?
– Schuldig, toi, Aya ou Ken…Quelle importance, je suis dangereux.
– Tu n'es pas le plus dangereux de cette maison Yohji.
Yohji comprit qu'il faisait référence à la crise de Farfarello, quelques jours auparavant. Le jeune homme n'avait d'ailleurs pas été très présent depuis, gardant ses distances avec les autres habitants de la maison en cas de rechute. Il s'était volontairement isolé dans sa cellule ses derniers jours, refusant catégoriquement de réintégrer sa chambre au premier étage, trop proche de celle de Ken… Et Aya. Le rouquin était d'ailleurs d'une humeur particulièrement massacrante depuis l'éclat de Farfarello. Ce n'était sans doute pas étranger au fait que Schuldig avait retrouvé Ken au sous-sol avec Farfie le lendemain de la crise…
– Tu as remarqué, dit soudain Yohji.
– Hm ?
– Aya.
– Ah, oui. La cécité ne m'a pas encore complètement gagné malgré mon grand âge, tu vois.
Un petit rire s'éleva contre sa gorge, amusé.
– Je plaisantais.
– Je sais.
– Alors, selon toi ?
– Aya est en train de prendre conscience qu'il ne restera pas éternellement le seul maître à bord…
Crawford laissa ses mots en suspens.
– Moi je pense qu'avoir un rival ne lui fera pas de mal… Lâcha Yohji avec une certaine malice : il serait très amusant de voir Aya contraint et forcé à sortir de sa coquille.
– Espérons juste qu'il ne provoquera pas Farfarello en duel. Je ne tiens pas à ramasser des morceaux humains dans le salon.
– Nous comptons tous sur tes dons de voyance pour nous éviter un tel carnage, mon cher Brad.
– Of course. Allez, oublie un peu les autres et remets-toi au travail.
– Oh pitié !
Yohji soupira devant l'expression inflexible de Crawford et s'éloigna un peu de lui pour reprendre ses tentatives. Il tendit à nouveau les mains devant lui (ne voulant pas risquer de perdre un œil dans l'expérience) avant de se concentrer pour générer de l'énergie au bout de ses doigts fins. Il avait l'impression d'avoir trouvé l'astuce pour augmenter la puissance à volonté et décida de tester sa théorie. S'il pouvait puiser à volonté dans l'énergie de son propre corps pour générer du courant comme l'avait dit Brad, ça voulait dire qu'il était forcément limité dans la puissance qu'il pouvait générer et dans la durée. Avec un peu de chance, il ne risquait pas d'en mourir, gardant tout de même en mémoire son dernier accident où son petit cœur fragile lui avait fait l'effet d'être au bord de l'explosion. Se concentrant sur le phénomène qui crépitait au bout de ses doigts, rampant sur ses mains avec un léger picotement, il le visualisa en train de s'amplifier. Les fourmillements remontèrent le long de ses bras et près de lui, il entendit Crawford retenir son souffle. Risquant un coup d'œil sur ses mains, il constata que les arcs électriques entouraient jusqu'à ses avants bras d'une lumière jaune éclatante. Crawford s'était reculé pour rester hors de portée du courant mais suffisamment à proximité pour intervenir en cas de problème.
– Essaye de l'arrêter, maintenant
Instinctivement, sans vraiment savoir sur quel bouton il avait appuyé pour obtenir ce résultat, Yohji fit mentalement le cheminement inverse, voyant, imaginant l'électricité se résorber dans l'air et disparaître totalement, laissant pour seule trace un peu d'électricité statique dans l'air ébouriffant leur cheveux à tous les deux.
Ils relâchèrent tous les deux leur souffle ave un soulagement non dissimulé.
– Wow ! Tu crois que c'était un coup de chance ?
– Je ne sais pas, avoua Crawford, étonné que Yohji ait obtenu si rapidement un résultat probant. Tu peux recommencer ?
– T'es sûr ?
– Vas-y.
– Okay, murmura Yohji en inspirant profondément.
Tendant à nouveau les bras, il renouvela son expérience, rappelant à lui cette force qui ne lui appartenait pas vraiment. Il semblait pourtant qu'il commençait à se l'approprier, à l'apprivoiser pour pouvoir s'en servir à volonté. Une fois de plus, un courant très léger le traversa de la tête aux pieds, picotant sa peau très légèrement. S'il n'avait pas été mieux informé, il aurait pu croire à un frisson mais en réalité, il sentait que c'était l'énergie qu'il rappelait à lui. La vague crépitante glissa jusqu'à ses mains, parcourant son corps jusqu'à ce que des étincelles courent sur sa peau. Invoquant un peu plus de pouvoir malgré la fatigue qui commençait à se faire sentir, il constata que sa vision tournait au gris.
– C'est parfait Yohji. Maintiens encore un peu et arrête-le.
Yohji acquiesça, concentré au maximum sur ce qu'il faisait, tentant là encore d'augmenter la puissance. Il dû faire une erreur car un arc électrique plus puissant que les autres se détacha de ceux rampants sur ses mains pour aller s'écraser sur le sol. Au moment où l'éclair se sépara de lui, sa vision vira au noir.
– Yohji !
– Je vois plus rien !
– Arrête-le !
Trop tard. Le jeune homme s'effondra, portant instinctivement ses mains à ses yeux aveugles. Les grésillements moururent en même temps que l'énergie et sa vue s'éclaircit à nouveau.
– Yohji ? Yohji !
– Ca va… Je crois…
– Assieds-toi un peu, ordonna Crawford en le maintenant d'une main ferme dans le dos.
Il laissa un moment à Yohji pour qu'il reprenne son souffle. Une fois remis de ses émotions, le grand blond leva son visage vers le ciel gris.
– Tout était noir.
– Tu as perdu ton acuité visuelle ?
– Je ne sais pas trop… Quand je tire trop dessus, on dirait que tout perd de la couleur… J'ai dû y aller un peu trop fort.
– Navré, je ne voulais pas te pousser au-delà de tes limites.
Yohji secoua la tête avec un demi-sourire :
– T'inquiète pas. Je m'en sentais capable.
– Et tu penses être capable de te lever ?
Il opina du chef, prenant la main de Crawford pour se remettre sur ses pieds malgré un équilibre un peu vacillant.
– Tu devrais aller t'allonger un peu.
– Ca va aller.
– Si ça ne va pas, va te coucher.
Yohji dissipa le problème d'un petit geste de la main et suivit Crawford à l'intérieur de la maison : ils avaient suffisamment travaillé pour aujourd'hui et ils avaient bien avancé. Crawford l'invita à prendre place sur le canapé avant d'aller mettre de l'eau et du lait à chauffer pour préparer des boissons chaudes. Il sortit de nouveau dans le jardin pour interpeller Ken et Nagi qui semblaient être en pleine discussion. Il supposa que Nagi lui expliquait le fonctionnement de la télékinésie. Lui-même se souvenait que ça n'avait pas été de tout repos d'apprendre à Nagi à se maîtriser. Il leur avait fallu des heures et des heures de travail acharné et un nombre d'objets considérables avaient été sacrifiés dans l'opération. Mais à présent, Nagi était un des télékinésistes les plus puissants de sa génération et comme la puissance n'était rien sans une maîtrise absolue, Nagi était également un des plus doués. Les deux bruns eurent tôt fait de le rejoindre pour se mettre au chaud avec bonheur.
– Alors ?
Les épaules de Ken s'affaissèrent visiblement mais Nagi prit la parole d'un ton plutôt optimiste. Crawford ne manqua cependant pas de remarquer les petites écorchures que les deux garçons affichaient au visage et aux mains, signe qu'il y avait eu des dérapages.
– Il y a du travail c'est sûr, mais on est bien partis. Il faut juste un peu d'entraînement pour l'appeler à volonté mais ça viendra assez vite je pense.
– C'est bien. Yohji a apparemment trouvé l'astuce pour appeler son pouvoir et le résorber à volonté.
– Si vite ? Demanda Nagi sincèrement étonné de la rapidité des résultats.
– Il semblerait.
– Bon… C'est bien alors.
– Allez au salon, je vous amène des chocolats chauds.
Nagi et Ken acquiescèrent en ôtant écharpes et manteaux pour rallier le salon où Yohji semblait se remettre de son entraînement.
– Alors les jeunes, ça s'est bien passé ?
– Vi et pour toi ?
– Ca roule…
– T'as l'air gelé, observa Ken en lui jetant une couverture au passage. Couvre-toi tu vas tomber malade !
Yohji s'emmitoufla avec plaisir dans le plaid que lui avait jeté son ami. Même si on était en hiver, il adorait se balader en tee-shirt trois fois trop petit ou en débardeur : une mauvaise habitude dont il ne se débarrasserait sans doute jamais même avec une pneumonie à la clef. Ils furent rejoints par Aya qui pointa le bout de son nez dans le salon pour prendre des nouvelles de ses coéquipiers, ravi de voir qu'ils se portaient bien même s'il n'en laissa rien paraître. Crawford réapparut de la cuisine en apportant un plateau avec tasses, cuillères, biscuits et bouilloire pour tous.
– Les autres ne vont pas tarder, expliqua-t-il en voyant les regards curieux des autres au nombre de tasses qui se montaient à huit.
Et effectivement, quelques minutes plus tard, Farfarello faisait son entrée suivit de près par Schuldig qui aidait Omi à se déplacer. Le jeune garçon semblait un peu plus en forme que la veille mais ses traits fins étaient tirés, une des conséquences de sa fatigue chronique.
– Merci Schu, dit-il lorsque le télépathe l'aida à s'installer près de Yohji qui partagea immédiatement sa couverture avec lui.
– Tiens chibi.
Omi le remercia avant de s'appuyer contre son épaule et de se serrer contre lui pour glaner un peu de chaleur et de confort. Schuldig distribua à tous tasses et cuillères pendant que Crawford et Aya faisaient le service des boissons chaudes. Omi, Nagi, Ken et Schuldig optèrent pour un chocolat chaud, Farfarello et Aya pour du thé tandis que Crawford et Yohji eux se décidaient pour une énorme tasse de café brûlant.
– Dites, vous fêtez Noël normalement ?
La question attira tous les regards vers Schuldig qui finissait d'avaler un biscuit.
– Ben quoi ?
– On ne fête pas vraiment ce genre d'occasion, on se contente de se faire une bonne bouffe, répondit finalement Yohji après avoir échangé un regard avec ses équipiers.
Près de lui, Omi opina du chef, le nez plongé dans son chocolat chaud.
– Et ça vous dirait de changer vos habitudes ? Proposa l'Allemand avec un sourire malicieux.
Crawford leva les yeux au ciel, persuadé que Schu mijotait son coup depuis un bon moment et qu'il allait tout faire pour que les autres acceptent la proposition. Schuldig adorait fêter l'évènement et recouvrir les murs de guirlandes à paillettes autant que le bel esprit de Noël lui donnait de l'urticaire. Un des nombreux paradoxes du télépathe. Les Weiss s'entreregardèrent, s'interrogeant mutuellement du regard. Ca ne leur semblait pas si saugrenu et ça leur ferait une occasion de passer un bon moment tous ensemble maintenant qu'ils ne vivaient plus à quatre avec leurs névroses mais à huit… Avec encore plus de névroses !
– Pourquoi pas ? Ca nous ferait une occasion de sortir, affirma Yohji, ravi de pouvoir remettre ses vieilles habitudes de traînard au goût du jour.
– C'est vrai que ça fait longtemps qu'on n'a pas mis le nez dehors ! Renchérit Ken avec un regard pétillant à l'idée de pouvoir enfin voir autre chose que les murs de la maison.
– Et on a tous besoin de faire du shopping, rajouta l'aîné des Weiss avec un clin d'œil adressé à ses plus jeunes compagnons.
– Y a le dernier jeu de Kingdom Hearts qui est sorti… Hasarda Omi en échangeant un regard entendu avec Nagi.
– Moi j'ai repéré un film sympa avec Johnny Depp, enchaîna le cadet de la troupe.
– Et toi Farf ? S'enquit Schu en se tournant vers son équipier le plus silencieux.
– J'ai besoin de chaussettes.
– Mais t'es une vraie mite ! T'en fais quoi, tu les manges au petit déj' ?
– A la vitesse où il détruit ses fringues, il faudrait lui offrir une machine à coudre ! S'esclaffa Nagi en riant.
– Nan mais tu le vois franchement faire du tricot ?
– Ca pourrait être marrant mais il risquerait de se mettre une aiguille à tricoter dans l'oreille, taquina Ken en pouffant de rire.
– Moi j'ai du style.
– Je dois me sentir visé ?
– Je ne me balade pas avec une chemise orange fluo autour de la taille.
Les éclats de rires fusèrent de toutes parts et Ken lui tira la langue en représailles. L'Irlandais croisa les bras avec un petit air hautement satisfait de lui-même.
– Hey, laissez ma chemise tranquille c'est un porte-bonheur ! Pourquoi on lui dit rien à Aya et à son pull en laine qui gratte ? On dirait un potiron géant !
– Un… Un potiron ? S'étrangla l'intéressé avec une expression abasourdie.
– Footeux : 1, Potiron : 0 ! Se marra Yohji alors qu'Omi, toujours pelotonné près de lui sous la couverture, piquait un fou rire.
Un éclat de rire général secoua l'assemblée.
– Mais je n'suis pas un légume !
– Ben change de style ! Mets un pull vert, tu ressembleras à une courge !
– Oh !
Un coussin traversa le salon pour aller s'écraser sur le visage hilare de Schuldig qui n'eut pas le temps d'éviter le projectile.
– Haaaaaaaaaan mes cheveuuuuuuux ! Y sont tout électriques !
– Du calme les enfants ! Lança la voix enjouée d'Omi qui avait visiblement repris des couleurs.
– Ce qui me fait penser que je t'ai promis un lisseur, déclara Crawford en avalant une gorgée de café noir.
– Oui ben vu l'énergie que vous mettez tous à me rayer de la carte, il me restera bientôt plus beaucoup de tifs à lisser, répliqua le télépathe en remettant sa longue crinière en place.
– Si tu veux, j'irai même jusqu'à t'offrir une perruque.
– Hey, j'suis pas encore chauve !
– Ca peut s'arranger, s'amusa Farfarello en caressant ouvertement le fil d'un scalpel qu'il avait sortit d'on ne sait où.
– Toi la grosse mite, on t'a pas sonné, rétorqua Schu du tac au tac.
– Grosse dondon.
– Heyyyyyyyyy ! J'ai pas grossi ! J'ai grossi ? Demanda Schu d'un air épouvanté en se tournant vers Nagi.
Le gamin haussa les épaules.
– Ben j'ai remarqué que t'avais ce petit bourrelet là qui repasse par-dessus ta ceinture… Suggéra l'adolescent en lui mettant une pichenette dans les côtes.
– Des poignées d'amour ! Ricana Yohji carrément mort de rire.
– Hein ?! Mais non !
– Attention Schu, la valise n'est pas loin… Taquina Crawford.
Aya se contenta de dissimuler un petit sourire devant l'enthousiasme de tous. Ca faisait tellement longtemps qu'aucun d'eux n'était sortit de la demeure qu'ils étaient absolument aux anges à l'idée de retrouver le monde qu'ils avaient quittés quelques mois auparavant. Ils n'avaient guère eut l'occasion de risquer des sorties à l'extérieur depuis leur emménagement entre les malades, les pouvoirs et les accidents divers depuis leur arrivée. Et comme Crawford faisait ravitailler la maison à distance, ils n'avaient pas été dans la nécessité de sortir à l'extérieur.
– Bon, je vois que tout le monde est d'accord. On va fêter Noyeeeel !
– On n'est pas rendus… Murmura Crawford en entendant Schuldig et Yohji échafauder des plans pour les soirées à venir.
Le temps suivit donc son cours jusqu'à l'arrivée des fêtes de fin d'années, que Schu se faisait un plaisir d'organiser sous l'œil attentif de Crawford. Il n'était pas très à l'aise lors des quelques sorties qu'ils avaient effectués mais les plus jeunes avaient un besoin terrible de changer d'air et de voir autre chose que les huit même visages à longueur de journée. S'il avait craint un accident pendant ces escapades, il avait été extrêmement soulagé de voir que tout s'était finalement bien passé : pas de morts à déplorer. La maison avait pris un autre visage au fil des jours : entre le sapin et les décorations diverses, la demeure s'était transformée en un joyeux foutoir coloré vert, rouge et jaune pour le plus grand plaisir de toute la troupe. Schu avait même mis en place un tirage au sort pour les présents de Noël auxquels il tenait particulièrement. Il avait donc subtilisé une taie d'oreiller et jeté huit bouts de papiers dedans portant les noms de chacun des habitants de la maison.
– C'est symbolique ! Vous piochez un nom et si vous piochez le vôtre, vous recommencez bien sûr ! Promis, je lirai pas vos pensées !
– Schuuuuuuu !
– Ben quoi, j'y peux rien moi si vous pensez comme des mégaphones enragés.
Et là encore, des coussins avaient traversés la pièce par voie aérienne dans l'unique but de l'ensevelir sous des kilos de mousse. Ca avait été un grand moment d'effervescence dans la maison mais Crawford devait reconnaître que son amant savait maintenir en éveil l'intérêt de tous par ses idées aussi saugrenues qu'intéressantes… C'est que le télépathe ne perdait pas le nord !
De son côté, Aya tournait en rond sachant pertinemment que la date fatidique approchait. Ce n'était pas tant affronter la fête de Noël qui l'angoissait, mais plutôt celle qui arrivait la veille… L'anniversaire de Ken. Il aurait vingt ans ce vingt-trois Décembre.
Autant dire dans quelques jours. Ken avait refusé toute célébration, mais c'était sans compter sur le pouvoir de persuasion de Schuldig : en réalité ce n'était qu'une excuse pour faire la fête pendant plusieurs jours de suite.
Les Weiss n'avaient pas vraiment pris l'habitude de fêter les anniversaires, ceux-ci étant trop étroitement liés avec leur vie d'avant… Et les souvenirs qui y étaient liés étaient souvent douloureux. Mais au fil du temps, ils avaient décidé que c'était au moins quatre occasions dans l'année pour se réunir et passer une bonne soirée sans avoir à tuer quelqu'un. Des pizzas commandées par téléphone et un bon film tiré au sort dans toute la vidéothèque faisaient leur bonheur finalement.
Des présents de temps à autres, lorsqu'ils se consultaient suffisamment pour ne pas mettre les pieds dans le plat et acheter le même cadeau en triple exemplaire. L'anecdote avait au moins eu le mérite de le faire rire, lui, Aya Fujimiya et Reine des Glaces de son état.
Mais cette année c'était différent. Ils avaient emménagé avec les Schwarz, loin de ce qu'ils connaissaient. Ils avaient développé des habilités plus ou moins particulières et difficiles à contrôler. Et surtout, Ken lui avait enfin avoué ce qu'il ressentait pour lui, un cadeau du ciel.
Il avait remarqué les regards, les petites attentions… Le repousser avait été difficile, et c'était une épreuve de chaque jour que de garder ses distances avec lui. Il n'arrivait pas toujours à se contrôler en présence du jeune homme qui était devenu l'objet de ses pensées depuis un certain temps déjà. Il était fautif : il avait remarqué mais n'avait rien dit, trop apeuré de voir un jour ses chimères s'effondrer.
Il devait faire quelque chose pour lui, pour s'excuser… D'être ce qu'il était.
Son regard se posa sur un coffret métallique où il gardait les choses qui lui étaient chères : quelques objets, quelques photos. Une boucle d'oreille semblable à celle qu'il arborait. Il voulait offrir à Ken quelque chose de précieux. Il effleura du bout des doigts le lacet de cuir qu'il avait autour du cou et dont le pendentif se perdait sous son pull.
La première lettre de son prénom et une rose gravée dessus, presque invisible. Un présent de sa sœur qu'il chérissait plus que tout.
Un reflet de son âme.
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Ken était dehors, dans le froid, juste vêtu d'un pull. Aya sortit, enveloppé dans son long manteau de cuir noir. Il faisait sombre depuis longtemps, c'était la nuit et Ken était là à regarder le ciel en plein milieu du jardin recouvert de givre.
– Tu ne verras pas d'étoiles ce soir.
Ken se tourna vers lui et Aya put discerner à la lueur qui émanait des fenêtres du rez-de-chaussée que son visage était très pâle. Ses lèvres avaient pris une légère teinte bleutée. Rien d'étonnant à cela, il faisait très froid.
– Je sais. J'avais besoin de prendre l'air, c'est tout.
Sa respiration formait des petits nuages de fumée près de sa bouche. Il avait croisé ses bras sur son corps dans l'espoir de conserver un peu de chaleur malgré le froid glacial qui régnait.
– Quelque chose ne va pas ?
– Si, tout va bien. C'est Noël.
– Justement, dit doucement Aya.
Ken et lui échangèrent un regard entendu. Noël rappelait toujours de mauvais souvenirs. Noël c'était le passé, la nostalgie des belles années oubliées, enfuies… Ou détruites. Les bons souvenirs devenaient un calvaire lors des périodes de Noël pendant que le monde entier et ses médias prônaient le pardon, l'amour et le bel esprit de Noël dans l'hypocrisie générale[S2] . Foutaises.
Eux n'avaient plus que leurs yeux pour pleurer leur vie déchue.
– Tu es gelé, dit alors le rouquin qui s'était rapproché de lui alors qu'il n'y prêtait pas attention.
Une main chaude posée sur sa joue lui communiqua un peu de chaleur, réchauffant instantanément sa peau. Aya était tout près de lui à présent.
– Ca va.
Aya soupira et resta un moment silencieux puis se décida à reprendre la parole.
– Ken…
Le plus jeune leva les yeux sur lui, attendant patiemment mais curieux de découvrir pourquoi Aya était venu le rejoindre dans ce froid glacial alors que tous les autres s'amusaient à l'intérieur. Aya passa ses mains derrière son cou et ôta un collier dont le pendentif était caché sous son pull noir. Il se rapprocha encore de Ken et passa ses mains derrière sa nuque pour accrocher le bijou. Un déclic l'informa que le fermoir était bien en place. Le pendentif en argent tombait sur le torse du jeune homme. Le collier était juste assez long pour pouvoir être dissimulé sous des vêtements. Ken leva sur lui un regard surpris, prenant délicatement le bijou entre ses doigts pour l'examiner.
Un R majuscule.
Et était-ce un dessin gravé sur la lettre ?
– C'est une rose ?
Aya acquiesça.
– C'est un cadeau d'Aya. Je te le donne.
– Pourquoi ?
Aya ne répondit pas immédiatement, se contentant d'inspirer l'air froid et vif qui l'entourait. Sans doute cherchait-il la réponse appropriée. Il nota que Schuldig et Yohji étaient sortis sur le pas de la porte pour les inciter à rentrer. Leur jetant un regard dénué d'intérêt, il se pencha sur Ken pour lui murmurer quelques mots qui ne seraient entendus que de lui.
– Parce que tu es le seul qui me connaisse.
Se redressant, il ôta son manteau et le posa sur les épaules glacées de son ami.
– Aya… Commença le brun avant de se reprendre. Ran, je ne peux pas accepter…
– Il est à toi, Ken. Il n'appartient qu'à toi, dit le roux d'une voix basse en déposant un baiser aussi léger qu'une plume sur son front avant de se détourner et de réintégrer l'intérieur lumineux et chaleureux de la villa.
Ken resta un moment planté là à regarder l'endroit où Ran venait de disparaître puis observa le pendentif. Il venait de lui faire un présent d'une valeur inestimable. Une part de ce qu'il était, de son identité. Le jeune homme décida de rester encore un moment à l'extérieur, jusqu'à ce que Schuldig ne lui ordonne de rentrer, inquiet pour sa santé déjà fragile. Il n'avait pas remarqué l'appareil photo dans les mains de Yohji. A nouveau à l'intérieur, il localisa Ran installé près d'Omi sur un canapé et se dirigea vers lui, sa main enserrant le pendentif si précieux. Une fois derrière lui, Ken se pencha pour murmurer quelques mots à son oreille, enlaçant brièvement ses épaules :
– Merci Ran.
Le roux se tourna vers lui un peu surpris puis lui dédia un de ses rares sourires.
– Joyeux anniversaire, Ken.
Le brun acquiesça avec un sourire et se redressa pour aller rejoindre Yohji qui en profita pour l'entraîner dans une danse endiablée sous le regard amusé de Crawford qui chaperonnait sa petite troupe. Nagi sirotait un cocktail hyper sucré préparé par Farfarello en sa compagnie. Peu de gens le savaient mais Farf avait un faible pour les choses sucrées et était passé maître dans l'art de mélanger des sirops, jus de fruits et autres boissons pour en faire des cocktails plus ou moins alcoolisés. Bien sûr, Schuldig n'y était pas pour rien puisque c'était lui qui avait eu sa période apprenti barman.
– Les choses ne vont pas bien, affirma soudainement l'Irlandais en avalant une gorgée de sa boisson au bubble-gum.
– Quoi ? S'étonna Nagi sans le regarder, surveillant du coin de l'œil l'activité de la bande.
Schu tentait de convaincre Crawford de danser avec lui mais leur leader ne semblait pas enclin à faire montre de ses talents de danseur aux Weiss.
– Tu as entendu.
Nagi tourna la tête vers son ami. Il laissa pour une fois son regard bleu diffuser toute la détresse qu'il mettait tant d'ardeur à dissimuler.
– J'ai peur Farfie, dit-il dans un souffle si faible que Farfarello n'entendit pas les mots lui parvenir par-dessus la musique entraînante qui résonnait dans le grand salon.
Mais il n'eut pas besoin d'entendre sa voix. Il lut les mots sur ses lèvres pâles. Il posa son verre et se rapprocha de Nagi, sentant que la conversation prenait un tour plus secret.
– De quoi as-tu si peur alors que nous sommes là?
– Vous ne serez pas toujours là Farfie… La nuit… S'ils venaient la nuit ?
– Personne ne sait. Nous sommes morts dans un accident, rappela Farfarello avec une patience qui lui était peu commune.
Crawford avait mis en place une supercherie complexe pour faire croire à leur mort… Et à celle des Weiss. Il avait loué un petit avion privé sous un faux nom et avait payé très cher pour que le pilote se taise et fasse disparaitre la carlingue de l'appareil dans l'océan Pacifique. Schuldig avait manipulé l'esprit du pilote pour qu'il oublie jusqu'à leur apparence. L'homme avait besoin d'argent pour disparaître lui aussi du pays, c'était donnant-donnant. Nagi était certes puissant mais il ne pouvait pas simuler un crash aérien. Pas sûr qu'un télékinésiste le puisse, et ils ne voulaient pas d'une mort suspecte qui aurait soulevé des questions.
Le télépathe avait implanté de vagues images d'eux ce jour là dans les esprits des inconnus qui croisaient leur route : hôtesses d'accueil, personnels, quelques voyageurs croisés, rien de très net. Nagi avait même falsifié les enregistrements d'embarquement et les bandes des caméras de vidéo surveillance à l'aide de sa télékinésie, la seule preuve tangible qu'ils étaient passés par là. Ils étaient donc officiellement morts.
Nagi acquiesça lentement, prenant une nouvelle gorgée de sa boisson qui lui parut soudainement bien fade malgré son goût fruité très prononcé. Un peu plus loin, Schuldig avait décidé d'abandonner Brad à son sort et de se trouver un autre partenaire en la personne d'Omi, toujours partant pour s'amuser bien qu'un tantinet souffrant.
– J'ai dit à Brad que je faisais des cauchemars.
Farfarello intégra l'information sans mot dire : il savait pour les cauchemars. Nagi avait toujours eu le sommeil fragile, troublé par des songes épuisants. Mais depuis leur agression, il était rare qu'il passe une nuit paisible sans aide médicamenteuse... Parfois Farfarello passait la nuit au second étage pour veiller sur son sommeil, s'assurant au passage que le cadet des Weiss se portait bien lui aussi.
– Il faut du temps.
– Je sais, dit Nagi en baissant les yeux pour contempler ses mains pâles.
– Mais tu as peur quand même.
Le petit brun acquiesça en silence. Sentant son malaise, Farfarello lui effleura les cheveux.
– Ne t'inquiète pas. Tout ira bientôt mieux.
Le cadet leva un visage étonné sur Farfie qui se contenta de lui renvoyer un regard flegmatique avant de se lever et d'aller se mêler aux autres, abandonnant l'adolescent à ses réflexions. Il rencontra Aya qui était parti s'isoler un peu dans la cuisine, loin de toute l'agitation de la soirée pour calmer sa migraine naissante. Les yeux mauves méfiants le suivirent sans le quitter un seul instant. Farfarello se planta avec un amusement certain devant lui, les bras croisés et une ombre de sourire narquois aux lèvres :
– Quoi ? Finit par demander le roux, agacé.
– Tu es en colère.
– Non. Pourquoi je le serai ?
Farfarello se fendit d'un petit sourire connaisseur :
– C'est un beau présent que tu lui as fait.
– Quoi ? Hoqueta Aya, surpris.
Farfarello aurait été témoin de leur échange ? Il ne s'était aperçu de rien.
– Mais seras-tu à la hauteur... De ce présent ?
Aya fronça les sourcils, peu certain de saisir où l'autre voulait en venir.
– Je ne vois pas en quoi ça te regarde, déclara froidement Aya en lui tournant le dos pour se forcer à l'ignorer.
En réalité, il n'en était pas réellement capable. Derrière lui, Farfarello eut un petit rire amusé puis le silence se fit. Il crut un instant que le jeune homme l'avait laissé seul, mais il eut un violent sursaut lorsqu'un souffle chaud effleura son oreille, lui susurrant quelques mots.
– Et pourquoi ?
Comme la dernière fois, il sentait la chaleur de son corps irradier son dos, sa présence presque insoutenable. A la fois embarrassé et angoissé, il se trouva incapable de bouger mais força sa voix (et son cerveau) à fonctionner.
– Vu ce que tu lui as fait…
Il n'eut pas besoin de se retourner pour percevoir le changement dans l'attitude de Farfarello. Une tension à peine contenue venait d'envahir son corps. Il tourna doucement la tête pour voir que Farfarello avait détourné le visage et qu'il fixait avec énervement un point sur le mur… L'étagère que Ken avait fait tomber ce jour là, avant sa crise.
– C'est à cause de ça ?
– Quoi ?
– La crise.
Le jeune homme derrière lui poussa un petit soupir et il retint son souffle lorsque les mains de Farfarello se posèrent sur le comptoir de part et d'autre de son corps et qu'il le sentit appuyer son front contre sa nuque raide. La chaleur lui monta brusquement au visage tant leur proximité physique l'embarrassait. Son instinct lui hurlait qu'il y avait danger mais il semblait paralysé dans cette fausse étreinte, incapable de bouger avec Farfarello dans son dos.
– Je ne sais pas, fut la seule réponse qu'il obtint.
– Tu ne sais pas ?
Il sentit Farfarello secouer la tête en un signe négatif.
– Je suis un danger pour lui, déclara-t-il d'une voix calme après un moment de silence seulement troublé par la musique qui résonnait à côté.
– Alors éloigne-toi, répondit Aya à voix basse tant il avait la gorge serrée.
Ce qu'il pressentait depuis un certain temps déjà était en train de se concrétiser entre Ken et ce jeune homme si étrange. Il n'avait certes aucun droit de s'interposer entre eux si jamais ils venaient à se rapprocher encore mais ne comptait pas non plus laisser Ken se laisser happer par le dangereux tourbillon que représentait Farfarello. Il était fascinant et à bien des égards… Que ce soit cette étrange beauté stigmatisée ou cette assurance dont il semblait déborder dans certain cas critiques… Sans même parler de sa puissance impressionnante et de son sens acéré de l'observation.
– Le puis-je seulement… Murmura-t-il si bas qu'Aya eut de la peine à saisir ses derniers mots.
Finalement il se redressa, libérant Aya de cette position aussi étrange qu'embarrassante et lui laissa le temps de reprendre ses esprits. Aya se retourna pour sonder un moment son regard doré inexpressif, étonné de ne rien y lire qui pouvait trahir l'étrange conversation qu'ils venaient d'avoir. Le cadet lui tendit alors une petite boîte en plastique qu'il venait de sortir de sa poche. Aya saisit l'objet pour l'examiner. De l'aspirine.
– Comment… ?
– Une intuition.
– Merci Farfarello.
– Jei.
– Comment ?
– Mon prénom c'est Jei.
– Ran.
Il ne savait même pas pourquoi il lui avait révélé son véritable prénom. C'était sorti tout seul, comme une évidence. Jei acquiesça en silence et tourna les talons pour rejoindre les autres. Aya poussa un soupir fatigué. Il ne tarderait sans doute pas à rejoindre sa chambre car il se sentait patraque depuis le matin. Nul doute que les soucis et le mauvais temps avaient eu raison de sa résistance. Il avala un cachet d'aspirine et se décida à rejoindre les autres avant que Yohji ne vienne le chercher lui-même pour l'entraîner dans une danse dont il ne saurait certainement pas de dépêtrer.
D'ailleurs en parlant du loup, il avait réussi à décoincer Crawford de son siège qui daigna finalement lui accorder une danse avant de l'abandonner aux bras de Schu et d'aller inviter Nagi. Le petit brun leva un regard étonné sur son tuteur qui lui tendait la main d'un air très décontracté. Il avait ôté lunettes et cravate, et déboutonné le col de sa chemise ce qui lui donnait comme toujours un air extrêmement jeune. Crawford lui dédia un sourire amusé :
– Allez !
Nagi posa finalement son verre et glissa sa main dans celle de son aîné avec un sourire timide. L'adolescent se leva et Crawford enroula un bras autour de sa taille, lui dédiant un sourire encourageant avant de l'entraîner dans une danse aux pas précis sur une mélodie plus douce. Omi et Ken les regardaient évoluer avec grâce au milieu de la pièce d'un air fasciné.
– Wow…
Les deux amis levèrent le nez pour constater qu'Aya les avait rejoints et qu'il avait lui aussi les yeux rivés sur la scène qui se jouait devant eux.
– Crawford ne lui a pas seulement appris à tuer, déclara une voix rauque derrière eux.
Farfarello s'était rapproché, amusé de leur réaction ébahie. Il est vrai que le spectacle avait quelque chose d'envoûtant, encore plus quand on connaissait l'identité des deux danseurs. Nagi termina son tour de danse sur une petite pirouette qui souleva des salves d'applaudissements parmi ses compagnons. Brad ne put s'empêcher d'afficher un sourire absolument ravi en voyant les joues de son protégé s'enflammer littéralement. Il ébouriffa les cheveux de son jeune partenaire et eut le plaisir de le voir s'empourprer encore plus sous les acclamations de son public.
– Tu danses super bien Nagi-kun ! Félicita Omi en allant à sa rencontre.
– Merci…
– Dis, tu m'apprendras ?
– Oui, avec plaisir. Tu aimes danser ?
– J'adore ça, mais les danses de bal c'est pas mon point fort !
– Je t'apprendrai la lambada, tu verras c'est marrant.
– C'est pas une danse de ton âge ça gamin ! Lança Schuldig qui profita de l'accalmie pour se jeter dans les bras de son amant.
– T'es beau quand tu danses, Braddy !
– Schuuuu ! Gronda gentiment le brun en décollant les bras de Schu ventousés à son cou.
– Ben quoi ?
– T'as bu combien de verres ?
– J'sais plus ! Répondit Schu dans un éclat de rire.
– Je vois. Et si on ouvrait les cadeaux avant que tu ne fasses un coma éthylique, hein ?
– On fait pas un coma éthylique avec quatre verres de punch[S3] , affirma Schuldig très sûr de lui avant de se reprendre :
– Bon okay, ça dépend qui.
– Mouais. Mais nous connaissons tous ta capacité légendaire à éponger les liquides… Lâcha Crawford en lui confisquant son verre plein pour se l'approprier.
Il n'avait pas le courage d'aller jusqu'à la table transformée en buffet/bar pour l'occasion pour se servir et comme Schuldig avait la manie d'avoir des verres pleins disséminés un peu partout dans une pièce et qu'il les y oubliait dès qu'il les avait posé sur un support quelconque, il pouvait bien lui piquer le sien.
– Gnagnagna. T'es juste jaloux parce que j'ai jamais la gueule de bois, mais je suis d'accord. Hey les gamins ! On ouvre les caaaaaadeaaaaaaux ! Rugit-il pour se faire entendre par-dessus le brouhaha des rires, de la musique et des conversations qui allaient bon train.
Les huit garçons se rassemblèrent autour du sapin sous lequel s'étalaient les paquets entourés de rubans et de papiers multicolores pour tous. Crawford endossa le rôle du Père Noël et fit la distribution pour ses jeunes protégés qui se firent un plaisir de mettre en pièces le papier cadeau brillant et le sol du salon se retrouva rapidement enseveli par des boules de papier froissés et bariolés. Yohji eu le plaisir de découvrir une nouvelle paire de lunettes de soleil de type Pilote de la part de Ken pour remplacer celles perdues dans un de ses incidents électriques, qui avait lui-même reçu de Crawford un baladeur mp3 pour accompagner ses séances de sport à l'extérieur. Crawford s'était vu offrir par Farfarello un album d'un grand guitariste : étonnant qu'il l'ait su mais il connaissait ses capacités d'observation… Et d'écoute. Nagi avait offert à son compagnon Irlandais un ouvrage très complet sur les tatouages[S4] , piercings et autres bods mods qui en fascinèrent plus d'un au cours de la soirée et il avait reçu de la part d'Aya un film avec Johnny Depp en tête d'affiche, son idole. Quant au rouquin si discret, Omi avait opté pour un pull noir, histoire de remplacer celui tant décrié qu'il traînait tout le temps et qui le faisait ressembler à une citrouille dans ses bons jours. Schuldig de son côté avait fait présent au petit blond d'un jeu vidéo dont le personnage principal était une louve blanche armée d'un pinceau pour sa précieuse console. Il avait bien aimé le côté artistique des décors directement tirés d'estampes japonaises et savait de source sûre qu'Omi apprécierait aussi. Et pour finir, Yohji lui avait fait cadeau du parfum à l'emballage très british qu'il adorait mais dont il était à court depuis peu.
Tous étaient ravis mais Crawford sortit une nouvelle boîte en carton de dessous le sapin au moment où les remerciements fusaient dans toute la pièce et y pêcha des boîtes colorées pour chacun des garçons :
– Ce n'est pas fini ! Dans notre grande générosité, c'est chocolats pour tout le monde !
– Ouaaaaaaaais !
– Ah c'est trop top !
– Bradounet assuuuuuuure ! Glissa Nagi à Omi et Ken, hilares.
– Naaaag…
– Bradinou ! Renchérit Yohji d'un ton rieur.
– Braddy-chouuuuuuu ! Lança Schuldig écroulé de rire à la vue du visage décomposé de son amant.
– J'ai quand même pas une tête à avoir des surnoms aussi débiles !
– Ca doit être pour le contraste avec son côté homme fort et viril, suggéra Aya d'un air totalement innocent à Yohji qui étouffait un rire sur son épaule.
– Oh tu trouves Brad fort et viril Aya-kun ? S'enquit Schuldig avec un sourire digne du Chat de Cheshire bien décidé à mettre en boîte un maximum de victimes ce soir.
– Comparé à tes manières de princesse, forcément...
– De princesse ? Répéta le télépathe d'un air abasourdi.
Il ne s'était pas attendu à ce que le leader des Weiss s'enhardisse jusqu'à le moucher devant tout le monde avec un tel sens de la répartie. En tous cas, les autres hurlaient de rire.
– Cassé Schuschu[S5] …
– Hannnnnnnnn je vous déteste ! Et m'appelle pas Schuschu toi ! Râla le rouquin en mettant une tape sur l'épaule pâle de Farfarello qui traînait toujours en tee-shirt sans manches malgré les températures hivernales.
La soirée se poursuivit dans la même ambiance joviale et enjouée jusqu'à ce qu'Aya ne s'effondre de sommeil sur un des canapés, Nagi à ses côtés.
– C'est trop mignon, observa Ken en déposant des couvertures sur leurs compagnons endormis pendant que Yohji mitraillait les garçons avec son éternel appareil photo.
Il avait passé la soirée l'appareil photo à la main pour glaner quelques scènes croustillantes ici et là. La soirée s'était terminée assez tardivement et tous avaient été surpris de voir Aya rendre les armes et s'endormir en chien de fusil dans le canapé sur le coup de quatre heures du matin. Nagi avait lui aussi piqué du nez et s'était servi des jambes du leader des Weiss en guise d'oreiller. Omi commençait également à montrer des signes de fatigue et Crawford l'accompagna jusqu'au second, emmenant avec lui un Nagi à présent profondément endormi. Yohji et Schu complotaient pour savoir comment il fallait réveiller le leader des Weiss :
– On pourrait le chatouiller avec une plume ?
– Ou lui mettre la main dans un verre d'eau…
Mais Ken leur coupa l'herbe sous le pied en s'agenouillant près de lui pour le réveiller en douceur :
– Aya ? Aya-kun, réveille-toi…
Les yeux violets un peu embrumés s'ouvrirent et se fixèrent sur son visage souriant en guise d'interrogation.
– Il est quelle heure ?
– Tard. Viens te coucher, tu seras mieux dans ta chambre.
Le rouquin fit un petit « oui » de la tête et prit un moment pour se redresser en frottant ses yeux. Il avait toujours mal au crâne malgré l'aspirine que lui avait donné Jei plus tôt dans la soirée. Ken effleura son front d'une main timide, dégageant les mèches rouges un peu trop longues qui obscurcissaient son regard.
– Tu as chaud. Tout va bien ? Demanda Ken en lui tendant la main pour l'inviter à se relever.
– Ca va, répondit-il une fois debout.
– Vous allez au lit les jeunes ? Interpella Yohji en sirotant un dernier verre.
– Il se fait tard.
– Bonne nuit ! Et pas de bêtises hein ! Lança Schu avec un clin d'œil espiègle.
– Roh ! Et toi Farfie, tu ne montes toujours pas ?
Farfarello, assis en tailleur sur la table qui avait servi de buffet, leva le nez de son livre sur les tatouages et autres scarifications en entendant son nom et tourna la tête vers Ken qui attendait visiblement sa réponse. L'Irlandais au regard d'or sembla réfléchir un instant avant de répondre.
– Je n'ai pas décidé, dit-il simplement en échangeant avec Aya un regard furtif.
– Okay… Bon, bonne nuit, à demain !
– Bonne nuit !
Farfarello leur fit un petit signe de tête en guise de salut et se replongea dans son livre en silence pendant que Schu et Yohji poursuivaient une discussion animée sur le déroulement de la soirée. Crawford reparut à ce moment, s'installant sur une chaise près de ses compagnons.
– Ils dorment ?
– A poings fermés. Et si j'en crois la tête d'Aya, lui non plus ne va pas tarder à dormir comme un bébé.
– Pour ce qui est de dormir… Dit soudainement Farfarello en posant son livre à l'envers, les pages contre la table.
Crawford haussa un sourcil en se tournant vers lui, curieux d'entendre ce que son équipier légèrement dérangé allait bien pouvoir lui déclarer.
– Nagi a peur la nuit.
– Oui, il me l'a dit…
Crawford laissa ses mots en suspens un court instant, prenant une seconde pour s'interroger sur cette soudaine prise de parole sur le sujet de la part de Farfarello.
– … Tu as quelque chose à nous proposer ?
– Oui.
Il tourna son livre pour que Crawford, Yohji et Schuldig puissent voir de plus près ce qui s'étalait sur la page de papier glacé.
– Je ne vois pas où tu veux en venir, Farf... Avoua Crawford en détaillant les tatouages d'artistes divers affichés sur les photographies, qui bien que très beaux n'aideraient sans doute pas Nagi à passer de meilleures nuits.
Farfarello avait certainement une idée en tête mais la fatigue, l'heure tardive et l'alcool absorbé au cours de la soirée avaient eu raison de ses capacités de réflexion. Près de lui Schuldig et Yohji semblaient aussi donner leur langue au chat. Farfarello eut un petit sourire et son doigt se déplaça sur la page pour tapoter un point précis. Crawford plissa les yeux, peu sûr de l'image que son cerveau enregistrait.
– T'es pas sérieux ?
Farfarello lui tendit un verre de whisky sortit de nulle part avec un demi-sourire débordant d'assurance.
– Il est sérieux, conclut Schuldig en se laissant aller contre le dossier de sa chaise d'un air contemplatif.
– C'est peut-être la solution, admit finalement Yohji en terminant sa boisson et en tripotant son appareil photo, décidant d'immortaliser la scène avec Farfarello assis sur la table d'un air grandement satisfait, Crawford penché sur son livre d'un air grandement dubitatif, et Schuldig qui affichait un sourire radieux en les regardant.
Il recommença en tendant le bras pour qu'ils soient capturés tous les quatre en images, avec Schu appuyé sur son épaule. Ils souriaient à l'objectif tous les deux pendant qu'en arrière plan, Farfie semblait désigner quelque chose à Crawford sur la page qu'il scrutait attentivement. Ils finirent par aller se coucher et Farfarello accepta même de rallier sa chambre et non sa cellule pour la première fois depuis plusieurs jours. Yohji abandonna son appareil si précieux sur la table, se laissant le plaisir de le retrouver le lendemain au même endroit sur la table recouverte de papiers cadeau, de boissons, de paquets de chips entamés et d'autres denrées abandonnées. La nuit se déroula paisiblement pour toute la maisonnée et les plus vaillants n'émergèrent qu'aux alentours de midi pendant que les autres prolongeaient leur nuit de quelques heures.
Lorsqu'il vida le contenu de la carte mémoire le lendemain sur son ordinateur, il eut le plaisir d'y redécouvrir tout le déroulement de la soirée : de la préparation au coucher des plus fatigués, le présent d'Aya à Ken dans la pénombre bleue glaciale du jardin, le tour de danse de Nagi et Crawford, une scène étrange qu'il avait capturé entre Farfarello et Aya dans la cuisine à l'abri des regards indiscrets, ou presque… Il se vit également dansant avec Schuldig, puis Crawford… Il ne s'était pas rendu compte que quelqu'un avait subtilisé son appareil pendant qu'il s'offrait un slow tendre avec Brad mais il soupçonnait Omi d'être le photographe mystère, soupçon qui fut confirmé lorsqu'il tomba sur une photo où ils apparaissaient tous sauf le cadet des Weiss. Il s'amusa un moment des photos puis redescendit au rez-de-chaussée où il faillit interrompre une scène pour le moins croustillante…
/ Yohji ! La biblio, ne passe pas par le salon ! /
/ Ah nan ! J'ai raté quelque chose ? /
/ Pas encore, dépêche ! /
Et lui qui avait failli rater ça alors qu'il avait tendu ce piège depuis plusieurs jours avec Schu. Le télépathe était d'ailleurs embusqué dans un recoin de la bibliothèque entre deux portes pour ne pas se faire repérer. Et il n'était pas seul ! Nagi et Omi étaient avec lui, se faisant aussi petits que possible mais leurs yeux bleus brillaient d'une lueur de curiosité dévorante. Quant à ce qu'ils observaient… Yohji s'installa plus confortablement en s'appuyant sans vergogne sur Schuldig qui menaçait de tomber par terre à tout moment. Ken et Aya venaient de tomber nez à nez dans le salon. Yohji remarqua qu'Aya devait sortir de sa douche, ses cheveux étaient encore humides et il n'avait même pas pris la peine de boutonner correctement sa chemise. Il ne doutait pas que toute la magie du moment reposait sur les minces épaules de Nagi qui semblait s'en donner à cœur joie. Omi et Schuldig l'avaient sans doute influencé pour qu'il en vienne à ça. Crawford les surpris à ce moment en flagrant délit d'espionnage mais les jeunes conspirateurs lui clouèrent le bec d'un « Chut ! » furieux et il se rapprocha pour voir ce qui les tenait en haleine.
Ken leva les yeux sur Aya qui se tenait devant lui. Le roux avait une expression neutre sur le visage, comme d'habitude, mais Ken cru détecter dans ses yeux un petit quelque chose ému. Ran et Ken levèrent les yeux au-dessus de leur tête dans un bel ensemble comme attirés par un léger bruissement, et le brun sentit les battements de son cœur brusquement accélérer.
Il allait tuer Yohji.
Et Schuldig.
Et Nagi.
Une branche de gui était suspendue comme par magie juste au-dessus de leurs têtes et Ken se souvenait très clairement que Crawford avait fait la chasse à l'horrible petite plante tout l'après-midi. Nul doute que le petit télékinésiste du groupe était dans le coup, poussé par Yohji et Schuldig. Ran semblait lui aussi embarrassé et un soupçon de carmin colorait ses joues si pâles. Baissant les yeux pour rencontrer le regard sombre de son compagnon, il eut un sourire tremblant : était-ce de la gêne que le brun pouvait lire sur son visage ?
Ken avait déjà cessé de respirer quand les mains de Ran s'étaient posées sur ses épaules pour l'attirer à lui. Un baiser tendre fut échangé. Ken glissa ses mains autour du cou de Ran en s'abandonnant à son étreinte, sentant ses mains glisser dans son dos avec tendresse, puis ils se séparèrent, sans le souffle. Un sourire doux puis :
– Joyeux Noël, Ken.
Il allait le laisser planté là, tout seul, comme la veille après qu'il lui ait fait cadeau de ce collier ? Son caractère enflammé affleura vivement à la surface et il crispa ses mains sur les épaules du rouquin en le poussant rudement contre le mur de la salle à manger.
– Qu'est-ce que tu crois ? Siffla-t-il si bas que seul Ran put l'entendre, les mains crispées sur le col de sa chemise.
– Que tu peux jouer avec moi quand tu en as envie ? Je ne t'appartiens pas !
– Ke…
Ran ne finit jamais sa phrase car des lèvres colériques venaient de prendre possession des siennes sans autre avis. Il se détendit en approfondissant le baiser, explorant la bouche de l'objet de toutes ses pensées. Son bras s'enroula autour de la taille du brun et sa main remonta le long de sa nuque pour se glisser dans ses cheveux sombres. Il avait un instant craint de recevoir un coup : il ne l'aurait peut-être pas volé mais Ken avait choisit une autre façon de manifester son mécontentement en reprenant son baiser. Le brun se recula finalement, les joues en feu et à bout de souffle, hésitant à lui mettre une baffe en s'écriant « goujat ! » d'une voix de crécelle juste pour la forme. Ran était dans le même état mais un son étouffé leur fit tourner la tête sur la gauche. Tous les autres avaient été témoins de la scène pour le moins troublante. Ken laissa échapper un grognement désespéré, persuadé qu'il n'avait pas fini d'en entendre parler avant de tourner les talons et de disparaître du séjour. Ran resta planté là sous les yeux des autres habitants, sentant peu à peu l'agacement le gagner :
– Quoi, vous voulez ma photo ?! Grogna-t-il avant de filer lui aussi en leur tournant délibérément le dos.
Avant de se détourner, il eut la désagréable surprise de voir des sourires carnassiers s'étaler sur tous les visages des affreux personnages qui les avaient observés en douce en train de se rouler le patin du siècle. Ce que Ran ignorait, c'est qu'ils s'étaient tous fait une joie de les mitrailler à grand renfort de téléphones portables et d'appareil photos.
Il ne l'ignora cependant pas longtemps et lorsqu'il trouva des photos de la scène disséminées un peu partout dans la maison, il mit un temps fou à toutes les récupérer... Pour le plus grand plaisir des autres ! Quant à Ken, Yohji lui avait fait cadeau de la plus belle : celle où Ran l'avait timidement enlacé en rougissant pour l'embrasser.
Notes : Oui, c'est un chapitre qui ne sert à rien. J'aime bien faire des chapitres qui servent à rien tous les deux chapitres qui servent à quelque chose, c'est un rythme à prendre mdr.
Non, je n'en suis pas tellement contente, mais pour une fois je crois que tous les personnages ont eu leur place dans un chapitre, ce qui explique sans doute sa longueur. La suite est déjà sur le feu, j'espère pouvoir tenir le rythme de parution actuel mais faut pas trop rêver ! Ma fainéantise n'a pas de limites (lol). Je voulais aussi vous remercier, encore et toujours pour votre lecture et votre soutien !
A part ça, avez-vous des suggestions sur la suite de l'histoire ?
Sinon, après relecture du chapitre au lendemain de sa publication, je m'aperçois qu'il est bourré de fautes. Pardonnez-moi, j'écris jusque tard dans la nuit… Du coup j'ai plus tellement les yeux en face des trous quand je relis le tout après trois heures du mat'… Y manque même des mots, j'halluuuuuuucine !
Commentaires :
[S1] J'ai pas résisté ! UN PTERANODON !
[S2] Je n'ai PAS de problèmes avec Noël. Je le fête quand même. Des fois.
[S3] Petit joueur mdr ! ET UNE BOUTEILLE DE RHUUUUM !
[S4] Faut pas faire attention, c'est ma fixette du moment.
[S5] J'ai fait de Schuschu mon « bouquet mystère » pour ce chapitre. Je trouve qu'il prend bien les vacheries mdrrrrrrr.
