Titre : Alliés

Auteur : Syhdaal

Genre : Shonen ai

Base : Weiss Kreuz

Couples : Brad x Schu… Et Yohji (si vous êtes sages)… Et plein d'autres choses mais j'avoue qu'il va me falloir du temps pour mettre ça en place...

Disclaimer : Non, aucun de ces persos ne m'appartient (quel dommage…), enfin tout le monde le sait hein ! Je m'en sers juste de façon éhontée pour satisfaire mes délires de malade mentale.

Je suis de retouuur ! Pour vous jouer un mauvais touuur erf erf erf kof… Désolée, références pourries + retombée en enfance avec un jeu pokémon qu'il faut bac+5 pour comprendre = de graves désordres mentaux. Quoi « on t'a bercée trop près du mur » ? Bon, oui, peut-être.

Ajoutez à cela un ordinateur mort bravement au combat, suite à une rencontre avec un logiciel vicieux et/ou une chute mortelle du haut de l'accoudoir de mon trône habituel, deux nouveaux arrivants à la maison pour compléter ma ménagerie et trois rates monoboules[S1] , dont une qui n'aura pas survécu à la malédiction… Ben nous avons fait un saut temporel du plein hiver à la fin de l'été, autant pour mon respect du timing pour une fois, ah là là…

J'entame donc un nouveau chapitre (chapitre 13 ça porte malheur oh oh oh ! En tous cas il aura mis le temps celui-là !) qui va certainement en intéresser d'autres…

Et si je m'occupais du cas de ce cher Aya-kun ?

Pourquoi pas…

Ou p't-être de celui de Farfarello, qui n'en finit plus de m'embêter celui-là. Sinon, qu'est-ce qu'il devient notre Omi-kun national ? Toujours en mode larve[S2] ?

/ Blablabla. / : Conversations télépathiques


Alliés

Chapitre 13

Omi se réveilla les mains plaquées sur sa bouche pour étouffer son hurlement. Des cauchemars, toujours des cauchemars. Des scènes de vie qui ne lui appartenaient pas, des morts qu'il n'avait pas causées. Des gens sauvagement assassinés, mutilés par des fous dangereux. Ca ne s'arrêtait jamais. Ses nuits croulaient sous les défunts et les cadavres, ses rêves étouffaient sous la mort. Comme pour lui confirmer tous ses soupçons et l'intuition qu'il avait qu'il ne survivrait jamais à ça. Comme s'il n'avait pas été prévu qu'il survive. La seule issue qu'il pouvait trouver à la malédiction qui s'était abattue sur lui était la mort.

Il essaya longuement de se tranquilliser, de respirer calmement pour apaiser les battements affolés de son cœur et l'angoisse qui lui nouait l'estomac. Il lui fallut finalement se rendre à l'évidence : il ne pourrait se rendormir sans aide et même ses larmes intarissables ne l'apaisaient pas. Tendant la main pour fouiller dans le tiroir de sa table de nuit, il constata qu'il n'avait plus un seul des calmants qu'il prenait en cas de grosse panique. C'était devenu une habitude à présent. Se droguer pour tomber dans un sommeil profond, presque sans rêves. Sans morts. Alors il avait la paix les deux ou trois petites heures qui précédaient le lever du soleil. Il ne pouvait plus se permettre de manquer de sommeil dans son état de faiblesse. Omi soupira, étouffant un hoquet douloureux. En attendant, il n'avait rien à sa portée et il ne voulait pas rester ici, seul avec ses cauchemars et sa folie. Il se voyait mal aller déranger Nagi et devrait d'ailleurs rester aussi silencieux que possible s'il décidait de sortir de sa chambre. Nagi avait un sommeil très léger et se réveillait au moindre craquement, terrifié à l'idée que quelqu'un ait pu pénétrer dans l'enceinte de la maison. Cette pensée angoissante l'habitait lui aussi, mais ses propres cauchemars lui pesaient déjà trop. Conscient qu'il avait besoin d'aide, il passa rapidement ses options en revue : il pouvait se traîner jusqu'à la salle de bain au risque de réveiller Nagi pour y trouver des médicaments mais sa réserve de sédatifs était probablement vide. Crawford surveillait de près sa consommation de peur qu'il ne devienne complètement dépendant des benzodiazépines dont il se gavait à longueur de journée. Il se refusait à tirer le petit brun de son sommeil pour quelque raison que ce soit mais se savait incapable de se rendormir dans son état de nerfs.

Ravalant quelques sanglots, il resta longtemps à réfléchir assis en tailleur son lit à contempler sa porte de chambre fermée. Finalement, il passa ses mains sur ses joues pour les sécher et se leva pour quitter sa chambre le plus silencieusement possible. Sur la pointe des pieds, il traversa le couloir et tendit l'oreille en direction de la porte de Nagi pour s'assurer que son ami dormait toujours. Il disparut finalement dans les escaliers, toujours à pas de loups et en essayant de garder son équilibre malgré son épuisement. Il était très fatigué et se sentait nauséeux mais il réussit à rallier le premier étage pour se diriger immédiatement vers la chambre de son ami le plus proche avant de changer d'avis. Il frappa doucement à la porte de Ken à la fois avec l'espoir d'obtenir une réponse tout en souhaitant ne pas le réveiller. Il se mettrait peut-être en colère… D'un autre côté, il ne voyait pas vers qui d'autre se tourner. Aya ? Le roux le renverrait certainement dans sa chambre sans ménagement. Yohji ? Le grand blond ne se dérangerait sans doute pas pour si peu et le renverrait se coucher avec une accolade amicale en lui disant que ça irait. Et il ne se voyait pas aller réveiller les Schwarz pendant ses terreurs nocturnes. Un peu tremblant, il posa la main sur la poignée et entrouvrit la porte, étonné de n'avoir pas déjà eu une réponse. Ils étaient des assassins. Ils ne dormaient jamais vraiment, normalement…

Ken s'éveilla en sursaut en entendant les petits coups contre sa porte et se tendit, prêt à frapper, attrapant par réflexe le couteau à lame crantée dissimulé entre sa tête de lit et son matelas. Ce ne fut que lorsqu'il reconnut la silhouette délicate d'Omi dans l'encadrement de sa porte qu'il se détendit et baissa sa garde. Il entendait l'adolescent respirer avec difficulté. Nul doute que ses tourments ne devaient plus être supportables s'il était venu jusqu'à lui en pleine nuit. Subodorant une grosse crise d'angoisse, il posa son arme et se leva rapidement pour aller à sa rencontre tout en actionnant l'interrupteur de sa lampe de chevet, illuminant la chambre d'une lumière tamisée.

– Omi ?

– Ken-kun…

– Entre, dit-il en parcourant la distance qui les séparait.

Le petit blond tâtonna jusqu'à lui, marchant avec une difficulté certaine. Craignant un malaise, Ken ne se fit pas prier pour lui attraper le bras et le guider jusqu'à son lit où il le laissa s'asseoir pendant qu'il s'agenouillait devant lui pour le questionner, l'examinant d'un œil averti malgré sa fatigue. Omi avait toujours le visage marqué de cernes à présent et le poids qu'il avait perdu consécutivement à son affection lui donnait un air d'enfant malade. Il nota les yeux rouges et légèrement gonflés. Tout indiquait que des larmes avaient été versées alors qu'il était seul dans sa chambre.

– Ca ne va pas ?

Ca n'allait visiblement pas, mais il avait besoin de connaître la réponse du gamin à sa question pour gérer la situation. Omi secoua la tête en fermant les yeux, une expression de souffrance sur le visage. Ken frotta doucement ses bras en signe de réconfort. Il avait répondu honnêtement à sa question, un signe qu'il admettait enfin ce qui lui arrivait. Et qu'il admettait avoir besoin d'aide.

– Dis-moi ce qui ne va pas. Tu as mal ?

– Je fais des cauchemars… Y a des gens morts partout, c'est horrible, dit-il d'une voix étranglée.

– Je croyais que ça ne faisait pas peur ?

– Ceux qui me parlent ça va. Mais les autres ! La nuit c'est horrible ! S'exclama-t-il dans un sanglot.

Ken l'enlaça sans plus attendre en lui frottant doucement le dos en cercles apaisants pour le calmer. Son autre main se glissa dans ses cheveux clairs en une caresse rassurante.

– Ca va aller Omittchi. Schuldig va trouver une solution, tu pourras fermer ton esprit avec de l'entraînement.

– Et si je n'y arrivais pas ? Ken, je suis en train de perdre la tête… Je suis en train de devenir fou !

– Mais non Omi. Tu es juste très fatigué. Ca va s'arranger.

– Ca s'arrangera jamais !

– Ca ira. Je te promets, jura Ken sans quitter son regard bleu noyé.

Avec un hoquet, le petit blond cacha son visage dans l'épaule de son ami pour laisser libre court à ses sanglots torturés. Ken se redressa sans le lâcher et s'adossa au mur contre lequel son lit était poussé, continuant de masser sa nuque pour le calmer. Omi pleura longtemps et lorsque les sanglots s'apaisèrent finalement, il resta immobile, sa joue posée sur l'épaule de son ami qui le berçait doucement. Il avait la tête vide et se sentait engourdi. Il pensa vaguement que le sommeil viendrait peut-être plus facilement dans son état de fatigue. Ken de son côté réfléchissait aux solutions à mettre en place pour soulager Omi. La seule personne qui serait capable de remédier au moins partiellement au problème était Schuldig, et il avait déjà fort à faire à surveiller tout le monde. Tout ce qu'il pouvait faire pour le moment, c'était lui tenir la main en espérant que ça suffirait à le faire tenir debout.

– Je peux dormir ici ?

– Tu as vraiment besoin de demander ? S'enquit Ken avec un sourire en se reculant un peu pour pouvoir regarder son visage.

Omi renifla et afficha une petite moue contrite bien qu'adorable.

– Ben quand même…

– T'inquiète. Allez viens, on va te passer un peu d'eau sur le visage, ça ira mieux après, répondit le brun en effaçant les traces de ses larmes

Il l'aida à se lever et à aller jusqu'à la salle de bain attenante à sa chambre où Omi se rafraîchit et accepta de boire un verre d'eau avant d'aller se recoucher en sa compagnie. Ils se couchèrent finalement dans une ambiance plus sereine. Omi respirait déjà mieux une fois calmé. Il se coucha sur le côté avec Ken serré contre son dos, un bras passé en travers de sa taille. Le petit blond saisit sa main et la serra contre lui, entremêlant leurs doigts :

– Je peux ?

– Oui.

Omi avait souvent tendance à tenir sa main ou tripoter son tee-shirt quand il dormait avec lui. Sans doute cela le rassurait-il un peu plus lors de ses nuits agitées. Ca ne le dérangeait pas. Il se plongea dans ses pensées, attendant de voir si Omi s'assoupissait réellement avant de fermer les yeux pour se rendormir à son tour. Un quart d'heure plus tard, la respiration calme et profonde du petit blond lui appris qu'il s'était bel et bien laissé emporter par le sommeil et qu'il pouvait lui aussi se rendormir.

Schuldig se décolla du mur du couloir contre lequel il s'était appuyé avec un petit soupir. Il passa une main dans ses longs cheveux emmêlés par le sommeil avant de se diriger vers une des salles de bains de l'étage pour y répéter les mêmes gestes que le cadet des Weiss. Après avoir bu un grand verre d'eau, il décida de réintégrer sa chambre sur la pointe des pieds pour ne réveiller personne. Il se glissa dans les draps qu'il utilisait rarement. D'habitude, il dormait avec Brad presque tous les soirs, ou Yohji quand il acceptait sa présence.

Mais cette nuit, il avait besoin d'être seul.

Une porte s'entrouvrit une heure plus tard, donnant sur une chambre rarement utilisée et plongée dans l'obscurité. Les yeux bleu foncé scannèrent rapidement la pièce, s'arrêtant sur une forme pelotonnée sous les couvertures au milieu du grand lit froid. Il fit quelques pas hésitants puis se décida finalement à poser une main sur l'épaule du jeune homme qui dormait. Ca le gênait de le tirer de son sommeil, d'autant que pour être venu s'isoler, il devait en avoir besoin mais il n'arriverait à dormir qu'une fois rassuré.

– Nagi ? Fit une voix ensommeillée.

– Omi n'est plus dans sa chambre…

Schuldig grogna. Le petit blond étant la source du mal de crâne qu'il se coltinait depuis deux heures du matin, il savait bien qu'il n'était pas dans son lit.

– Ouais je sais. Il dort avec Ken.

– Ah. D'accord… Je vais te laisser dormir alors.

Schuldig passa ses mains sur son visage. Depuis le temps, Nagi n'hésitait normalement plus à réclamer ce qu'il voulait lorsque quelque chose n'allait pas.

– Naaaag ! Pourquoi t'es là ?

– Je m'inquiétais, j'ai entendu du bruit… Et Omi-kun n'était plus dans sa chambre.

– Ca j'avais compris ! Fit Schuldig en roulant sur le côté pour le fixer d'un œil bleu vert acéré.

Le gamin vêtu d'un pyjama trop grand et dépareillé piqua un fard.

– Okay, j'avoue j'ai fait un cauchemar, finit-il par dire.

Schu soupira et ouvrit ses draps d'un geste blasé tout en lui faisant de la place.

– Grimpe morveux, j'ai des heures de sommeil à rattraper.

Le visage contrit de Nagi s'illumina d'un sourire et il grimpa sur le lit de Schuldig, se vautrant avec bonheur à sa place déjà bien chauffée par le télépathe.

– Ah c'est malin, maintenant j'ai froid les fesses.

– T'as qu'à pas dormir en string, ricana Nagi en se serrant contre lui pour glaner un max de chaleur.

– Fais gaffe ou tu dors sur le paillasson. Mais t'as les pieds gelés en plus !

Nagi pouffa de rire avant de se rencogner un peu plus dans les bras du télépathe qui émit un petit claquement de langue agacé.

– Bon allez, fini les conneries, moi j'me lève plus pour vous les gosses, la prochaine couche à changer c'est pour papa, dit-il en bâillant avant se servir de Nagi comme d'une bouillote pour le reste de la nuit.

######

– Nous reprenons du service, déclara Crawford à fin d'un repas, sans plus de préavis.

Aya faillit recracher le contenu de son verre sur un Omi décomposé en face de lui pendant que Ken en faisait tomber sa fourchette et que Yohji se raclait la gorge :

– Euh… Si vite ? Hasarda-t-il en fouillant machinalement ses poches pour y pêcher son paquet de cigarettes.

– Malheureusement, il faut bien que je vous nourrisse et je me vois mal aller chasser le bison tous les matins.

Schuldig et Nagi échangèrent un regard circonspect au trait d'humour de leur aîné. Brad devait vraiment être nerveux pour dire des choses pareilles. Mais depuis quelques temps, il se lâchait le vieux. Le poids des soucis, sans doute.

– Mais comment t'as fait pour trouver des clients ? Alors qu'on est supposé être morts ? Demanda Yohji en fichant une clope au coin de ses lèvres.

– J'ai des contacts. Le monde fourmille d'employeurs potentiels qui ont besoin de garde rapprochée, d'hommes de main pour faire le sale boulot ou d'enquêteurs particulièrement doués. Donc, nous reprenons du service.

Tous s'immobilisèrent en voyant Aya sortir un briquet de nulle part pour allumer la cigarette de Yohji qui semblait encore à la recherche de deux silex pour pouvoir s'envoyer sa dose de nicotine.

– Ben quoi ? Fit Aya devant leurs regards de ruminants hallucinés.

– Il me faut un télépathe, un télékinésiste et deux personnes capables d'assurer le combat.

– Okay, fit Nagi sans sourciller.

– Non, pas toi Nagi. Tu n'es pas prêt.

– Quoi pas prêt ?

– J'emmène Ken.

– Mais il est PAS prêt ! S'écria Nagi en jetant ses couverts dans son assiette.

– Ben pour le combat je ferai l'affaire. Pour la télékinésie c'est pas garanti, dit Ken, peu sûr d'être à la hauteur d'une mission vu son état physique actuel.

– Il faudra bien. Nagi, tu restes ici en cas de problème. Omi n'est pas en état et Farfarello n'est pas nécessaire à la mission. J'ai besoin que tu restes pour assurer nos arrières.

– D'accord, se résigna l'adolescent à contrecœur.

Ca ne lui plaisait pas de laisser Ken y aller alors que pour le moment, il n'arrivait que très rarement à conjurer sa télékinésie volontairement et toujours sans contrôler la puissance. La peur et la douleur étaient communément les premiers éléments déclencheurs d'un pouvoir psychique avec la colère, chacun de ses sentiments survenant généralement dans des conditions de danger immédiat. Ken ne pouvait pour le moment s'appuyer que sur ça. La volonté ne venait qu'après. Yohji arrivait nettement mieux à gérer l'appel de son pouvoir et devait surtout se concentrer sur la puissance du courant qu'il manipulait.

– Donc j'emmène le reste des Weiss et Schuldig.

– Ca fait beaucoup, non ? Demanda Yohji en avisant le petit spasme nerveux dont semblait être prise la main d'Aya assis près de lui.

Le leader des Weiss n'avait pas encore pris la parole et il crispa sa main gauche sur son genou pour maîtriser ses tremblements. Yohji posa discrètement sa main sur la sienne sous la table pour le rassurer. Aya leva un regard oscillant entre surprise et énervement (« de où tu m'touches ? »), et maîtrisa à grand peine la rougeur qui menaçait de s'étaler sur ses joues pâles. Le grand blond lui glissa un objet de forme rectangulaire entre les doigts avant d'échanger un bref regard avec lui.

Son paquet de cigarettes. Aya lui aurait bien sauté dessus pour l'embrasser pour une fois ! Voire pour lui rouler la pelle de sa vie, ça l'aurait calmé le Kudoh.

Schuldig haussa un sourcil aux pensées débordantes de reconnaissance qui suintaient de l'esprit du rouquin, habituellement si renfermé, mais ne dit rien en voyant le regard mauvais que lui jeta Aya.

« Tu parles, tu meures. »

/ T'énerve pas bishônen ! / Ricana Schuldig malgré la tension qui régnait autour de la table.

/ Bish… TA GUEULE ! /

Schuldig se mit à hurler de rire sans aucune raison, élicitant de la part de ses camarades un regard semblable à celui qu'avait reçu Aya un peu plus tôt.

/ Mate-moi ça Aya-kun : C'est la journée du merlan ! / Ricana le télépathe carrément mort de rire.

/ Il est frais mon poissoooon ! / Rajouta Aya gagné par l'hilarité du télépathe.

/ Elle est belle ma moruuuuuuuue ! /

Quand le leader des Weiss se mit lui aussi à hurler de rire, Crawford poussa un soupir. Si même Fujimiya s'y mettait, il était pas sorti de l'auberge…

Leur première mission depuis des mois. Ken et Yohji en piaffaient d'impatience à la simple idée de pouvoir retourner à une vie plus active. Bien sûr, ils avaient peur. Ils étaient même terrifiés de partir pour une mission après de si longs mois d'enfermement et d'inactivité : seraient-ils encore à la hauteur ? Seraient-ils encore capables de porter le coup fatal à un adversaire ?

Mais ils savaient au fond d'eux que la peur était saine. Ne pas avoir peur avant d'aller défier la Mort était la plus certaine des façons de lui succomber.

Crawford, sous son allure placide était en réalité particulièrement nerveux de devoir partir en mission avec les Weiss. D'une part parce qu'il ignorait ce qui allait pouvoir se passer, n'ayant pu obtenir de son pouvoir capricieux aucune information. D'autre part car il emmenait Yohji, Ken et Aya les trois seuls membres de Weiss aptes à partir en mission. Le problème était que ni Yohji, ni Ken n'étaient encore capables de bien maîtriser leurs nouvelles habilités psychiques et qu'Aya présentait une inconnue considérable car il n'avait pas encore développé la sienne, ce qui les mettait dans une situation particulièrement délicate. Il emmenait aussi Schuldig qui serait son seul allié en cas de problème. Il ne pouvait laisser Omi et Nagi sans surveillance aussi il avait demandé à Farfarello d'être particulièrement vigilant en leur absence. Farf avait juste acquiescé d'un air peu concerné, comme d'habitude. La maison était dotée d'un bon système de surveillance et lui-même était un expert en matière d'intrusion. D'autant qu'une maison habitée uniquement par des assassins était forcément truffée d'armes. Chaque garçon conservait dans sa chambre, en plus de ses armes personnelles au moins une arme à feu et une arme blanche à portée de main. Dans la table de nuit, sous le matelas, derrière la porte, scotchée sous le bureau… Juste au cas où…

Crawford avait choisi de ne pas emmener Nagi car il estimait que l'adolescent n'était pas encore capable de reprendre les armes et surtout qu'il devait absolument rester deux personnes fiables à la maison. Farfarello et Nagi formaient une équipe équilibrée que ce soit en attaque ou en défense. Et comme Omi était dans l'incapacité de faire quoi que ce soit, il fallait quelqu'un à demeure pour le protéger en cas d'attaque.

Peut-être était-ce juste une conséquence de sa paranoïa galopante mais il craignait d'être toujours sous surveillance. Peut-être qu'on attendait qu'ils s'éloignent juste assez les uns des autres pour lancer une attaque contre leur nouvelle demeure. C'était sa hantise. Partir en mission avec la peur terrible qu'à leur retour, ceux qu'ils avaient laissés derrière eux ne seraient plus là.

Schuldig affichait lui aussi un air décontracté mais ne l'était pas vraiment : il partageait les craintes de son amant et répugnait à laisser Nagi, Omi et Farf à la maison sans personne d'autre. Mais il leur fallait un tireur, un télépathe, un télékinésiste et également des hommes capables d'assurer un combat rapproché ou à distance. D'autant que Yohji et Ken savaient manipuler les explosifs à bon escient.

– Ca va ? Demanda Crawford à son amant qui n'en menait visiblement pas large.

– Faudra bien… Soupira Schuldig en réajustant sa veste noire.

Il s'immobilisa et demanda brusquement :

– Tu as vu quelque chose ?

– Non. Mais ça devrait bien se passer. Nous sommes en supériorité numérique.

En temps normal, ils n'auraient pas eu besoin d'être aussi nombreux. Mais Crawford et Schu savaient qu'ils risquaient un accident et leurs informations sur le site de la mission laissaient à désirer. Dans les deux cas de figure, que ce soit une explosion psychique de leurs équipiers ou une mauvaise évaluation des forces de leurs adversaires, ils avaient besoin de renforts et d'être plus nombreux que prévu.

Crawford se laissa aller à ses angoisses et refit le tour de l'équipement des assassins plusieurs fois, jusqu'à ce que Yohji ne lui crie de les laisser tranquilles pour qu'ils puissent se préparer en paix. Ken vérifiait encore et encore le mécanisme de ses griffes de tigre[S3] pendant que son ami testait la solidité de son filin d'acier.

Aya était enfermé dans sa chambre comme avant chaque départ en mission, se préparant dans le silence et l'obscurité. C'était sa façon à lui de se concentrer sur son travail et de préparer son esprit à affronter une mission après de nombreuses semaines d'inactivité.

Yohji actionna sa montre dans l'obscurité du jardin. Tout avait l'air d'être en parfait état de marche. Il ne se séparait jamais de son arme même dans le civil car il pouvait se permettre de la transporter absolument partout. Aya finit par les rejoindre dans le séjour en tenue de mission, katana à la main.

Pour l'occasion, Crawford avait tenu à réunir Nagi et Omi au rez-de-chaussée en cas de problème. Les deux adolescents n'avaient pas objecté, comprenant qu'il était nécessaire qu'ils se préparent à toute éventualité. Omi fut installé sur le canapé enveloppé d'une couverture pendant que Schuldig échangeait quelques mots avec Farfarello avant le départ.

– Fais bien attention aux gamins. On reste en contact.

– Hm mh…

– Farfie, c'est important.

– Ca ira, se contenta de répondre l'Irlandais avec un air peu concerné, comme d'habitude.

Schuldig savait qu'il n'en tirerait rien de plus et il se tourna vers son amant. Crawford peinait à dissimuler sa nervosité, c'était dire s'il était perturbé. Enfin bien sûr, les autres ne voyaient rien qu'un Oracle un peu pressé d'en finir avec un sale boulot, mais lui le connaissait mieux que personne et la façon qu'il avait de réajuster sa cravate noire indiquait qu'il donnait juste un peu mieux le change qu'eux tous réunis.

– Tout le monde est prêt ? Lança Crawford en glissant d'autres chargeurs dans les poches de ses vêtements sombres.

– Ouuiiiii !

– Ca, c'est un oui enthousiaste, nota Schuldig non sans amusement.

Les missions avaient fait partie de leur quotidien pendant si longtemps et le manque d'activité aidant… Ils étaient tous plus ou moins impatients de reprendre du service. Schu savait que ça n'avait pas forcément à voir avec le bonheur de retrouver les missions d'exécution. Mais Crawford savait ménager ses protégés. Ils n'auraient normalement pas à tuer quelqu'un ce soir, juste à récupérer des données et quelques dossiers sensibles. Cependant, ils y allaient tout en sachant qu'ils devraient peut-être salir leurs mains.

Pas que ce soit un plaisir, pour aucun d'eux… Sauf peut-être pour Farfarello corrigea mentalement le télépathe. Mais Farfie avait ses raisons d'être ce qu'il était. Et s'il n'était certainement pas une innocente victime du système, il n'était pas pour autant responsable de ce qu'il était devenu. Il continuait d'expier des péchés qu'il n'avait pas commis, portant sur ses épaules le poids des fautes d'autres personnes.

Pour autant, les Weiss tremblaient d'impatience et d'anticipation. Ils crevaient d'envie de partir en mission.

Il sentait la trouille terrible qui leur nouait l'estomac et l'adrénaline qui commençait à pulser dans leurs veines, les poussant en avant. Etrange mélange de peur panique et de désir bouillonnant de courir à la confrontation. Ken était celui qui trépignait le plus à l'idée de se dérouiller. Yohji suivait de peu sous ses dehors tranquilles. Quant à Aya, il essayait péniblement de faire le vide dans son esprit et de passer en mode « mission » sans vraiment y parvenir. Crawford le sortit de ses pensées :

– Il est l'heure, dit finalement l'Oracle en réajustant ses lunettes du bout des doigts.

Nagi échangea un regard un peu anxieux avec Omi. Ils étaient debout dans le hall d'entrée, le petit blond appuyé contre un mur, près de Crawford.

Farfarello était là, attendant patiemment que les choses se passent, son regard empli de désintérêt.

Crawford passa ses troupes en revue.

Schuldig s'était plus lourdement équipé qu'à l'accoutumée, gardant sous sa veste pas moins de trois pistolets chargés de munitions à gros calibres et une quantité impressionnante d'armes blanches.

– Paré à toute éventualité, Chef ! Dit Schuldig en se mettant au garde-à-vous.

Crawford eut un petit sourire en coin qui s'effaça rapidement. Yohji tirait sur sa clope éteinte en tripotant sa montre et Aya attendait le départ, appuyé contre un mur d'un air parfaitement impassible, son fourreau à la main. Ken échangeait quelques mots avec Omi en attendant le départ. Sur tous les jeunes visages qui l'entouraient, il pouvait lire de la tension et une appréhension à peine contenue.

– Prêt ? Demanda Crawford à Aya

– Hn.

– Nous y allons.

Et ils disparurent dans l'obscurité avec un silence effrayant, se fondant dans les ombres avec une aisance insoupçonnée. Nagi jeta un dernier coup d'œil au jardin maintenant désert. Les assassins étaient déjà loin.

– Bon, ils sont partis.

Omi acquiesça en silence, la mine sombre. Ils réintégrèrent le salon sous le regard calme de Farfarello qui décida d'aller faire le tour de la propriété par sécurité. Nagi avisa le pistolet automatique laissé sur la table de la salle à manger à son intention par Crawford et déglutit avec difficulté. Omi en avait un autre à portée de main sur la table de salon. Seraient-ils capables de s'en servir assez bien en cas de besoin ?

Les deux pistolets étaient là, posés entre deux magazines et la télécommande de la télévision ou près d'une coupe de fruits. Leur métal sombre dénotait avec ces objets familiers, rendant leur présence plus dérangeante encore. Nagi soupira, prenant sa propre arme de poing pour la garder à portée de main et alluma la télévision en sourdine. Il échangea un regard avec Omi et ils attendirent le retour de Farfarello dans un silence éloquent.

Finalement, l'Irlandais réapparut et leur signala que tout allait bien par un petit signe de la main. Les deux gamins lâchèrent un soupir énorme et s'autorisèrent à regarder le programme télévisé d'un œil distrait.

Il fallait attendre.

######

La mission se déroulait bien jusque là. Ils avaient enfin atteint le sous-sol numéro deux, celui de la chambre forte qu'ils devaient forcer pour récupérer le contenu de leur mission. Ken avait placé les bombes assisté de Yohji par la force de l'habitude puis le grand blond avait plus ou moins rejoint Crawford en arrière, laissant sa place à Schuldig le temps de faire sauter la porte blindée. Aya surveillait les alentours katana en main, tendu au possible. Schuldig annonça la mise à feu et ils se mirent tous à couvert pour se protéger de l'explosion. Ken enclencha le détonateur et deux choses se produisirent simultanément. La première, c'est que Schuldig et lui se rendirent compte avec horreur qu'ils avaient eu la main un peu lourde sur les explosifs. Entre deux hurlements paniqués, ils se jetèrent au sol le plus loin possible pour éviter de se faire rôtir. Aya, Yohji et Crawford furent surpris par la puissance inattendue de l'explosion et complètement déstabilisés, commettant l'erreur de baisser leur garde le temps de s'assurer que personne n'était blessé.

La seconde est que dans le chaos ambiant, alors que des débris enflammés tombaient encore un peu partout, Aya fut le seul à remarquer le vigile armé jusqu'aux dents qui fonçait sur eux et qui tira sans sommation.

Les deux poseurs de bombes étaient atteints de surdité momentanée, réduits à se hurler dessus pour se comprendre pendant que Crawford dégainait pour couvrir Aya. Mais les flammes avaient plombé sa vision nocturne et il n'y voyait plus aussi bien maintenant que l'obscurité était revenue. Yohji était à distance, tentant de prendre leur ennemi à revers jusqu'à ce que d'autres tirs se fassent entendre sans qu'ils ne puissent localiser le deuxième homme efficacement dans la confusion.

Aya se jeta sur le premier vigile qui était le plus avancé pour le neutraliser sans tenir compte du tireur embusqué. Il avançait à découvert malgré les cris de Crawford qui ne parvenait toujours pas à isoler le second tireur. Après avoir désarmé son adversaire et l'avoir acculé contre un mur, il allait lui porter le coup de grâce sans aucune hésitation, retrouvant ses réflexes d'assassin jusqu'à ce qu'il ne s'immobilise purement et simplement dans son élan meurtrier. Crawford lui cria de se mettre à couvert, sans succès.

Abyssinian était paralysé.

Il regardait sa cible, l'homme qu'il devait abattre et il était paralysé de terreur, ses pieds englués au sol. Un cri retentit derrière lui, lui ordonnant de se mettre à terre. Aya ne réagit pas, trop enveloppé dans sa panique.

Il y avait des vigiles dans le bâtiment. C'était une éventualité à laquelle ils étaient tous préparés, et le cas échéant, ils étaient mandatés pour éliminer les gêneurs mais Aya était incapable de bouger.

Son cœur allait finir par exploser s'il continuait de cogner aussi violemment contre ses côtes. C'était à peine s'il pouvait respirer tant ses poumons étaient comprimés par la terreur. Il était submergé par une vague glaciale d'effroi et entendait des choses étranges qui résonnaient entre ses oreilles. Ca lui faisait atrocement mal. Toutes ces voix, tous ces cris et cette douleur… Cette douleur qui le clouait au sol, incapable d'esquisser le moindre geste pour se défendre !

Il ne vit pas le deuxième homme approcher vers lui, le tenant en joue.

Contrairement au reste de son équipe. Mais Schuldig avait été projeté au sol par le souffle de l'explosion qu'ils avaient provoqué quelques secondes plus tôt pour accéder à l'immense coffre fort qui recelait de précieuses informations. Apparemment, ils avaient très mal dosé les explosifs. Le souci c'est que Yohji était trop loin pour intervenir, de même que Crawford. Il ne restait donc que Ken qui était à ses côtés, un peu sonné, mais qui avait sa télékinésie. C'était pour cette raison qu'ils l'avaient emmené malgré son manque de contrôle et sa faiblesse physique.

– Siberian ! S'écria le télépathe en se relevant pour le rejoindre.

– J'y arrive pas !

– FAIS-LE ! Hurla Crawford en accélérant vers Aya pour le mettre à terre avant qu'il ne se fasse tirer dessus.

A genoux au sol, Ken faillit céder à sa panique. Aya allait se faire tuer s'il n'y arrivait pas, il devait y arriver. Il devait y arriver ! Pris de panique, il fit la seule chose qui pouvait lui permettre de conjurer de la télékinésie sans réfléchir : il jeta son gant gauche à terre et se planta une lame dans la paume en serrant les dents. Un râle de douleur lui échappa, couvert par une détonation assourdissante. Crawford plongea au sol par réflexe. Au même moment, une puissante vague d'énergie percuta le type qui venait de tirer sur Aya, balayant tout sur son passage, et l'envoya s'écraser sans pitié contre le mur du fond qui se fêla littéralement.

Le corps retomba lentement au sol, accompagné par une rivière de sang et d'autres fluides plus épais. Deux filins d'acier jaillirent pour s'enrouler autour de la gorge de la première cible qui n'avait toujours pas bougé dans l'espoir bien vain de passer inaperçue. Balinese tira.

L'homme cessa de respirer et s'écroula à son tour.

Tout danger enfin écarté, Schuldig et Crawford se relevèrent pour se ruer vers Aya qui venait de s'effondrer au sol en hurlant de douleur. Schuldig fut le premier à ses côtés, cherchant la blessure, persuadé qu'il avait pris une balle. Yohji quant à lui était déjà en train de passer un savon à Ken pour la blessure qu'il s'était infligé.

– Petit con ! T'es complètement cinglé ou quoi ?! S'écria le blond en déchirant un morceau de tee-shirt pour faire un pansement de fortune au garçon.

– C'est le seul moyen que j'avais, fais pas chier !

– Tu rigoles ou quoi ?!

– Silence les guignols ! Siffla Schuldig à leur intention.

Les deux Weiss obéirent sans broncher, conscients que ce n'était pas le moment de se disputer. Quand ils se rapprochèrent, les cris de souffrance du rouquin gagnèrent en intensité.

– Non ! NON ! J'AI MAL !

Crawford se rendit alors compte qu'Aya n'avait pas été touché par la balle tirée vers lui. Il n'y avait pas de point d'impact, pas de sang. La télékinésie de Ken avait tout repoussé vers le mur du fond. Pourquoi hurlait-il qu'il avait mal ? Par pitié, que ça ne soit pas ce qu'il craignait le plus…

– Calme-toi !

– J'ai mal ! Ca me fait mal ! Cria Aya en portant ses mains à sa tête, hystérique.

– Qu'est-ce qu'il a ? Murmura Yohji en approchant sa main de son équipier pour essayer de le calmer.

Aya recula vivement en hurlant, terrifié à la simple idée que quelqu'un ne le touche. Il sentait que si Yohji le touchait, il allait avoir mal. Un instinct quasi animal lui hurlait qu'il y avait danger et que personne d'autre ne devait s'approcher.

– NE ME TOUCHE PAS !

Surpris par son éclat de voix, Schuldig faillit le laisser tomber. Puis il observa stupidement le cadavre du vigile au sol, celui dont la proximité physique avait complètement chamboulé Aya. Celui qui avait paralysé Aya. Rien ne pouvait paralyser le leader des Weiss à part un canon de revolver sur la tempe de sa petite sœur. Comment avait-il pu mettre aussi longtemps à comprendre ? Lui, alors qu'il savait mieux que personne ce que venait de vivre Aya.

– Reculez, vous deux ! Ordonna-t-il à l'intention de Yohji et Ken.

Les deux membres de Weiss le regardèrent d'un air étonné, les bras ballants, sans comprendre. Le premier nageait en pleine confusion, inquiet pour son équipier tandis que le second, à moitié sourd pour l'occasion, était à deux doigts de céder à la panique.

– En arrière ! Faites ce que je vous dis, siffla le télépathe.

Ce dernier força Aya à se redresser malgré ses gémissements de douleur et posa sa main sur son front.

– Aya, qu'est-ce que tu sens ?

Le rouquin leva un regard apeuré sur lui.

– Je… Je ne sais pas. J'ai mal…

– Aya, concentre-toi.

Aya inspira brièvement.

– C'est toi… Oh mon dieu… J'vais être malade…

Schuldig ne put retenir un léger sourire et passa sa main sur son front glacé, sentant les nausées du Weiss s'amplifier via sa propre empathie.

– Je vous présente Abyssinian, empathe de son état.

Crawford afficha un air désespéré. C'était pire que ce qu'il pensait ! Deux énormes vagues de surprise mêlée d'appréhension frappèrent Aya de plein fouet et il faillit tourner de l'œil en encaissant les émotions de Yohji et Ken réunis.

– Scheisse ! Brad occupe-toi de lui ! S'écria Schuldig en poussant Aya sans ménagement dans les bras de son leader.

Aya gémit et porta de nouveau ses mains gantées de cuir noir à ses tempes douloureuses, se blottissant dans les bras solides de Crawford. Schuldig se hâta de s'éloigner, entraînant avec lui Yohji et Ken. Après tout, ils n'avaient pas fait sauter la porte scellée pour rien, alors autant qu'ils finissent le travail pendant que Brad s'occupait d'Aya. Eux ne pouvaient rien faire de plus pour lui. Crawford poussa un soupir blasé. Son pouvoir était décidemment bien capricieux pour ne pas l'avoir averti de ce qui allait se passer ce soir. Il força le rouquin à se redresser, s'arrangeant néanmoins pour qu'il garde un contact physique avec lui. Ca n'était pas grand-chose par rapport au choc que son esprit venait d'encaisser, mais ça le préserverait le temps qu'ils regagnent la villa. En espérant qu'ils y arrivent sans encombre.

– Pourquoi… Avec toi je n'entends rien ? Demanda le plus jeune en haletant doucement, essayant tant bien que mal de rester éveillé et de se concentrer sur sa respiration plutôt que sur sa souffrance.

Crawford se fendit d'un rictus amusé.

– Je dispose des meilleurs boucliers mentaux de l'équipe. C'est ce qui t'empêche de m'entendre.

Aya soupira.

– Ca fait du bien.

– Je sais. Lève-toi maintenant.

L'Américain se releva, entraînant Aya avec lui et le soutenant jusqu'à la chambre forte sans pour autant trop s'en approcher. Le rouquin venait de s'affaiblir brusquement et il peinait à aligner quelques pas. Enfin, Schuldig, Ken et Yohji réapparurent, papiers et porte-documents précieux en mains avec données numériques top secrètes en prime. Il était urgent de quitter les lieux. Leurs forces se trouvaient diminuées de deux hommes maintenant que Brad devait porter Aya pour fuir le lieu de la mission. Crawford donna ses instructions à voix basse, interdisant à quiconque outre Schuldig et lui-même de toucher Aya. Son pouvoir s'était déclaré de façon brutale et l'esprit d'un empathe était fragile. Il ne voulait surtout pas risquer un indicent qui pourrait tourner au drame et plonger le roux dans le coma. Ken ouvrait le chemin pendant que Schuldig et Yohji plaçait les explosifs derrière eux, assurant leurs arrières à tous.

Le retour fut chaotique et ils durent s'arrêter plusieurs fois en cours de route pour permettre au leader des Weiss de soulager ses nausées violentes.

Quand finalement ils furent de retour chez eux, Crawford souleva de nouveau Aya pour l'emporter à l'intérieur de la maison. Le rouquin grelottait, à demi conscient, incapable de se focaliser plus de trente secondes sur quelque chose. Ils eurent le soulagement de trouver Farfarello, Omi et Nagi dans le salon tous les trois et toujours éveillés (et bien vivants). Omi était pelotonné sous une couverture chaude regardant la télévision d'un œil ensommeillé, Nagi tapotait distraitement sur son ordinateur portable tandis que Farfarello regardait justement dans leur direction. Il se leva pour les accueillir, suivi de Nagi qui aidait néanmoins Omi à se déplacer pour venir aux nouvelles. Le petit blond ne supportait plus d'être mis à l'écart à cause de sa faiblesse et houspillait généralement la personne la plus proche de lui pour ne pas être laissé en arrière.

– Il est blessé ? S'inquiéta-t-il en voyant Aya blême, le visage marqué de cernes sombres être emporté par Brad en direction des escaliers.

A moins que son pouvoir ne se soit déclaré, se dit le petit blond au moment où Schuldig ouvrait la bouche pour confirmer ses doutes.

– Non, il est empathe, répondit l'Allemand la mine sombre en suivant Crawford qui attaquait la montée jusqu'au premier étage.

Aya devait être momentanément isolé, le temps de se remettre de ses émotions. Yohji et Ken ayant été délibérément écartés, ils décidèrent de prendre des nouvelles de leurs amis restés à la maison et d'en profiter pour se remettre de leurs émotions.

– Tu ne dors pas, toi ? Demanda gentiment Yohji à Omi en lui ébouriffant les cheveux.

– Non, tu vois… Ca s'est bien passé ?

– Aya nous a fait une crise de tétanie en pleine mission, les bombes nous ont pété à la figure et Kenken a explosé un mur. A part ça, pas trop mal, lâcha Yohji d'un ton blasé.

Nagi se tourna vers son élève attitré, un peu surpris par la déclaration de Yohji.

– Tu as cassé un mur ? Comme ça ?

– Ben… Commença le brun en rougissant, commençant à tripoter nerveusement ses griffes sans trop savoir que répondre.

Certes, il avait réussit à repousser l'attaquant, la balle et à l'encastrer dans le mur assez fort pour le tuer, ce qui était plus ou moins le but de la manœuvre à la base. Mais il n'avait pas su gérer la puissance de l'énergie et encore moins l'appeler à sa guise.

– Blague à part, tu peux être fier de lui Nagi-chan, il a réussi l'attaque « plaquage au mur ». Même s'il a dû sacrifier un litre de sang et trois tendons pour l'occasion.

– Oh ça va !

– T'es blessé ? S'inquiéta Omi en localisant immédiatement le lambeau de tee-shirt noir imbibé de sang qui comprimait sa main gauche.

– C'est rien !

– Tu as… Commença Nagi sans pouvoir terminer sa phrase.

Farfarello attrapa le brun par le bras et le traîna dans la cuisine.

– Hey… Hey ! Ca va j'te dis, lâche-moi ! Faaarfiiiiiiiie !

Farfarello lui jeta un regard polaire qui suffit à le faire taire. Yohji émit un petit sifflement admiratif de là où il était dans le couloir avec Nagi et Omi.

– Un regard pour lui clouer le bec. On n'a pas vu ça depuis le regarddelamortquitue d'Aya-kun. Ca ou lui mettre quelque chose dans la bouche, dit le grand blond en s'allumant une dernière cigarette pour la nuit.

– Un croûton d'pain ? Suggéra Nagi d'un air innocent.

Un éclat de rire secoua l'assemblée, provoquant un regard assassin du brun, incapable de se défaire de la poigne d'acier de Farfarello qui avait ôté la bande de tissu noir pour laver la plaie à grande eau.

– Ouaïeuh ! Mais tu m'fais mal !

Un hurlement de rire retentit carrément dans leurs dos et Ken se retourna pour leur faire un signe très gracieux avec son majeur, ce qui ne fit bien sûr que renforcer leur hilarité.

– Et arrête de te marrer toi, je t'ai vu ! S'écria Ken en voyant un sourire en coin s'afficher très clairement sur le visage de Farfarello.

– Mais aïeuh gros sadique ! Tu l'as fait exprès ! Et arrêtez d'rire vous !

Jei se contenta de le regarder d'un air hautement amusé avec en fond sonore les hurlements de rire des gamins et de Yohji. Finalement il força Ken à s'asseoir sur une des chaises, ce que le jeune homme fit de mauvaise grâce, boudant ouvertement. Yohji décida de calmer son fou-rire et s'approcha pour jeter un œil à la blessure du brun à la lumière. Rien de bien grave mais il n'y avait tout de même pas été de main morte.

– Tu arrives à bouger ta main ?

– Ca va, j'vais pas en mourir. Va plutôt prendre une douche, t'as l'air crevé. Et désinfecte tout ça, là ! Fit Ken en désignant les égratignures que Yohji avait récoltées pendant la mission, suite à l'explosion ratée notamment.

– Ca va aller ?

– Oui, c'est bon ! Allez dehors ! Dit le brun pour se débarrasser de son aîné.

Que Yohji reste là n'aiderait pas plus. Ils étaient tous fatigués, alors si l'un d'entre eux pouvait au moins aller se coucher plus tôt, c'était toujours ça de pris. Nagi entra dans la cuisine, prenant le relais pour faire un pansement digne de ce nom à Ken. C'était souvent lui qui était de corvée de pansements en général. Il avait bien fallu qu'il apprenne : il était arrivé dans le passé que Schuldig ou même Crawford reviennent blessés à la maison, et Farfarello n'était généralement pas d'une grande aide dans ces cas là.

– Alors c'est vrai pour le mur ?

Ken leva les yeux sur le petit brun qui était concentré sur la désinfection de la plaie.

– Oui… Mais j'ai un peu cassé le mur.

Nagi pencha légèrement la tête de côté et l'observa d'un air taquin.

– C'est pas grave, à ce niveau, l'important c'est le résultat, dit-il en riant doucement. On verra plus tard pour la visée.

Ken rougit, se rappelant sa mésaventure avec les legos… Il en était venu à haïr ces maudits petits bouts de plastiques créés dans l'unique but de le faire souffrir. Omi s'était rapproché lui aussi, s'installant sur une chaise près de son meilleur ami en attendant que Nagi termine son travail. Farfarello était toujours dans les parages, faisant machinalement chauffer de l'eau en prévision. Le cadet des Schwarz avait à peine posé le dernier sparadrap sur sa main malmenée que Yohji refit son apparition.

– T'étais pas monté ? Demanda Omi en s'étonnant de son retour si rapide.

– Si mais Schu et Brad ont quelque chose à nous dire. Je remets donc ma douche à plus tard.

– Vous croyez que ça va aller, pour Aya ? Interrogea Ken en jetant un coup d'œil au cadet des Schwarz.

– Difficile à dire. L'empathie, c'est proche de la télépathie. Les pouvoirs mentaux sont des pouvoirs très perturbants pour la psyché humaine, expliqua Nagi.

– J'te le fais pas dire, marmonna le petit blond.

– Les pouvoirs psychiques mentaux ne peuvent pas être muselés contrairement pouvoirs reposant sur la kinésie. Comme c'est impossible de les conjurer ou de les mettre en sommeil du fait de leur activité permanente, les psychiques qui ont des dons mentaux doivent surtout se concentrer sur la maîtrise et la gestion de leur puissance. Selon Schuldig, même si l'étape « conjuration » disparaissait plus ou moins du processus d'apprentissage, ce n'est pas plus facile à maîtriser.

– Tu m'as cassé le moral, Nagi-kun, dit doucement Omi.

– Désolé. C'est un fait, dit Nagi avec un petit sourire d'excuse.

Schuldig et Crawford entrèrent à ce moment dans la cuisine, l'air passablement exténués.

– Bon, ben voilà, on y est, déclara le roux en se laissant choir sur un siège.

– Comment va-t-il ? Demanda directement Omi.

– Il est en état de choc. Il doit se reposer, comme vous tous. Vu sa fragilité, il serait mieux qu'il soit isolé au moins cette nuit, répondit Schuldig.

– Vous allez devoir dormir en bas, déclara Crawford en s'adressant à Ken et Farfarello. Il faut le préserver au moins cette nuit pour qu'il se repose sans émission parasite directe.

– Notre présence est un danger pour lui… Fit Ken en connaissant par avance la réponse.

– Pour le moment, oui.

– Mais demain le problème ne sera pas réglé pour autant.

– Non, effectivement. Il faudra très vite le stabiliser. Son entraînement commencera dès qu'il sera capable de se lever.

– Ca ira selon toi ? Interrogea à son tour Yohji.

– Espérons-le, se contenta de répondre Crawford. Pour cette nuit au moins, vous dormirez en bas par précaution. Vu que vous êtes ses voisins directs, il risquerait de capter vos émotions. Inutile d'en rajouter pour ce soir.

Bien sûr, il ne fit pas mention que ses « voisins directs » de chambres étaient aussi les deux personnes qui avaient le plus maille à partir avec Aya en dehors de ses deux autres équipiers. Il y avait donc de plus grandes chances pour que le roux canalise leurs émotions plutôt que celles des autres en dehors de leur proximité physique, ce qu'il ne voulait surtout pas risquer cette nuit. Pendant qu'il s'installait au chevet du Weiss endormi pour servir de bouclier, les autres habitants se préparaient au coucher. Les trois salles de bains de la demeure furent investies à tour de rôle par les assassins de retour de mission. Chacun rejoignit sa chambre, sauf les deux voisins direct d'Aya qui étaient contraints et forcés de camper au rez-de-chaussée pour une nuit au moins.

Ken et Farfarello s'étaient installés dans le salon pour un camping provisoire, investissant chacun un des canapés. Ken se laissa tomber sur son oreiller et sa couette avec un soupir bruyant. Il était épuisé mais savait qu'il ne dormirait probablement pas cette nuit. Une conséquence du stress de la mission. En général, il regardait la télévision jusqu'aux premières lueurs de l'aube, quand le sommeil l'emportait enfin une demi-heure avant que son réveil ne sonne. Yohji avait tendance à faire ça aussi.

Farfarello était en train de glisser un couteau sous son oreiller et un autre au sol, à portée de main. Ken lui jeta un coup d'œil rapide mais averti. Sans doute avait-il d'autres armes sur lui. Lui n'était pas désarmé mais ne poussait pas la paranoïa à glisser ses griffes sous son matelas… Il aurait surtout risqué de se crever un œil en déclenchant le mécanisme dans son sommeil.

– Si tu fais des trous dans le canapé, Crawford va te tuer, observa le brun en se débarrassant de quelques coussins superflus.

– Si quelqu'un te fait des trous dedans, Crawford me tuera effectivement.

– Ca va, j'sais me défendre.

– Hm mh.

– Ca veut dire quoi, ça ?

Farfarello haussa les épaules avec un petit sourire énigmatique.

– Tss.

Malgré ses habitudes, Ken s'assoupit pour une fois rapidement, laissant à Farfarello le soin d'éteindre la télévision qui jouait en sourdine. Lui errait au rez-de-chaussée de la demeure en attendant le sommeil, qui il le savait, ne viendrait pas avant de longues heures.

Plus tard, Farfarello leva le nez en entendant Ken s'agiter dans son sommeil. Il avait pourtant sombré dans un sommeil assez profond quelques heures plus tôt, épuisé par la mission. Lui ne dormait pas, trop occupé à réfléchir.

Il attendit de voir s'il se calmait, en proie à un cauchemar ou si la situation évoluait. Quand Ken commença à gémir dans son sommeil, il se leva pour s'approcher de lui. Un prénom franchit ses lèvres, à peine prononcé.

– ... Kase…

Apparemment, c'était bien un mauvais rêve qui perturbait le jeune homme.

– Shh… Souffla l'Irlandais en passant sa main dans les cheveux sombres de Ken.

Un autre gémissement, de douleur cette fois, s'éleva dans le salon obscurci et la main de Ken se tendit. Farfarello l'attrapa au vol, sentant les doigts du jeune homme se crisper avec force sur sa peau pâle. Quelque chose n'allait pas. Sentant des vibrations d'origine psychique s'agiter autour du Weiss endormi, il décida de le réveiller avant d'avoir à gérer une explosion de télékinésie en pleine nuit. La télévision n'y survivrait probablement pas et Schuldig lui arracherait sans aucun doute l'œil qui lui restait pour n'avoir pas su préserver son précieux écran plat…

– Ken, appela-t-il en posant une main sur son épaule pour le secouer.

Il n'eut pas l'occasion de terminer son geste car le brun s'éveilla avec un sursaut, prenant brusquement conscience que quelqu'un tenait sa main, était près de lui et qu'il aurait dû être seul dans sa chambre. Son regard désorienté se posa sur le visage tranquille de Farfarello qui lui renvoya un regard calme. Ce dernier avait légèrement reculé au moment où l'autre garçon s'était réveillé, par sécurité. Farfarello ne craignait pas de prendre un coup car il n'aurait de toute façon pas mal mais il ne voulait pas ajouter à son stress évident alors qu'il cauchemardait. Ken haletait presque, peinant à reprendre son souffle et le sang battait à ses tempes. Devinant son malaise, Farfarello effleura son front brûlant : il avait de la fièvre.

– Jei…

Ken se remémora où il était et pourquoi Farfarello était avec lui avant d'avoir un haut-le-cœur violent. Portant une main à sa bouche et crispant l'autre sur son ventre en se redressant, il se força à respirer pour calmer ses nausées et parer à tout incident.

– Debout, dit l'aîné en le forçant à se lever et en l'entraînant avec lui jusqu'aux toilettes.

Ken résista un instant, lui faisant signe que ça allait passer mais une nausée plus violente que les autres eu raison de ses bonnes résolutions. Une main apaisante glissa dans son dos tandis qu'il toussait de la bile brûlante pendant ce qui lui sembla une durée interminable. Il n'avait pas manqué de remarquer le liquide rouge qui maculait à présent la porcelaine blanche. Il allait devoir faire un brin de ménage, quoique ça devenait une habitude pluriquotidienne de récurer les toilettes pour Omi et lui depuis quelques mois…

– Du sang, observa calmement Farfarello.

– Fallait bien que ça arrive, râla Ken en se forçant à inspirer profondément pour faire passer les nausées qui l'assaillaient toujours.

– Ca fait longtemps ?

– J'ai cru que ça allait mieux… Mais ça a recommencé. Le sang c'était la suite logique.

– Personne n'est au courant.

Ce n'était pas une question. Ken confirma l'information d'un signe de tête en grimaçant, prenant le verre d'eau que Farfarello lui tendait, peu sûr d'être capable de l'avaler sans le recracher aussitôt.

– Non. Ca ne concerne personne d'autre.

– Omi voudrait savoir.

– T'oserais pas ! S'exclama le brun en tournant un regard noir vers lui.

Farfarello se contenta de le fixer sans mot dire, affichant clairement son opinion sur le sujet. Il ne se gênerait certainement pas pour divulguer l'information à qui de droit. Et Omi serait sans doute le choix le plus judicieux.

– Ne t'en mêle pas ! Il a pas besoin de savoir. Pis laisse moi vomir tranquille !

– C'est toi qui vois, se contenta de répondre Farfarello d'un air totalement inexpressif.

Ken secoua la tête d'un air incrédule. Farfarello était ni plus ni moins en train de lui faire du chantage. Mais il n'avait même pas de chose à échanger, non, c'était juste pour le plaisir de l'ennuyer. Il se redressa un peu, guettant un vertige qui ne vint pas et fit quelques pas sans encombre.

– Je vais à la salle de bain. Va te recoucher.

Farfarello le suivit du regard dans les escaliers qui montaient au premier étage. Farfarello comptait silencieusement les minutes et tendait l'oreille. Il était sur le point d'aller voir si le jeune homme n'avait pas fait un malaise dans la salle d'eau quand Ken redescendit, une quinzaine de minutes plus tard.

– Tu dors pas ?

Farfarello secoua la tête, le regardant se laisser à nouveau tomber sur son lit pour la nuit.

– Médicaments ?

– Antiémétiques.

– … Pas efficaces, ajouta le brun après un moment de réflexion.

Il se redressa pour s'asseoir correctement, le visage dans les mains. Il soupira, se concentrant sur sa respiration pour faire passer la douleur dans sa tête. Dans son corps. Sans compter que les nausées s'accompagnaient forcément de maux de ventre. Et Omi qui supportait ça du matin au soir sans se plaindre. Quel courage !

Il n'arriverait pas à se rendormir de sitôt. Farfarello l'observait toujours plus ou moins et il l'entendit se lever. L'Irlandais vint s'asseoir près de lui, glissant sa main large sur sa nuque douloureuse pour la masser légèrement.

– Merci mais c'est pas la peine Farfie.

– Pourquoi ?

Ken poussa un soupir vaincu, secouant la tête.

– J'ai mal, dit-il doucement.

– Je ne peux pas compatir, répondit Jei avec un doux ton d'excuse.

Sa réflexion arracha un petit sourire à Ken. La fatigue et le stress de la mission ajoutés à son malaise, il se sentait un peu déprimé mais Farfarello avait tendance à alléger son humeur malgré la douleur.

– Parfois je t'envie de ne pas avoir mal. Mais je suppose qu'insensibilité du corps ne rime pas avec insensibilité du cœur, hein ? Dit-il en lui jetant un coup d'œil.

Comme toujours, Farfarello lui renvoya un regard très calme, inexpressif, signe qu'il réfléchissait sans doute à la réponse qu'il allait lui donner. Curieusement, il ne répondit rien, se contentant d'un petit signe de la tête presque imperceptible pour qui ne le connaissait pas.

– Hm…

– Moi c'est celle du cœur qu'il me manque. Les autres douleurs, je peux vivre avec.

La main de Jei se fit plus caressante sur sa nuque et son cou, pour le rassurer.

– Ca va aller.

– Tu crois ?

Farfarello acquiesça légèrement.

– Dors.

– J'y arriverai pas.

– Je ne te demande pas ton avis, murmura un souffle chaud à son oreille.

Ken s'empourpra furieusement en sentant la respiration de Farf sur la peau sensible de son cou, signe qu'il s'était rapproché de lui sans qu'il s'en rende compte. Il allait tourner la tête pour lui répondre, voire le repousser quand il se sentit brusquement engourdi et la tête lourde. Ses yeux se fermèrent alors qu'une petite voix dans un coin de son esprit lui faisait la réflexion que Farfarello n'avait pas à sa connaissance le pouvoir d'endormir les gens…


Note : Je tiens à vous dire un grand merci pour tous vos messages d'encouragement, quelle que soit la fanfiction ! Vos p'tits mots sont des merveilles pour moi et savent illuminer mes journées souvent désertées par l'inspiration.

Je note également que certains d'entre vous sont très perspicaces et ce depuis le début. Bon, j'avoue que j'me suis grillée niveau suspeeeennns sur les derniers chapitres mais après tout, où serait le jeu ?

Pis maintenir le mystère, ça n'a jamais été mon truc, je suis trop « pieds dans le plat ». Oui oui, gaffeuse quoi.

Sinon, je tenais également à m'excuser pour les longues périodes de sécheresse entre deux publications de chapitre. Non seulement je suis lente (et un peu feignasse sur les bords), mais à ma lenteur habituelle est venue s'ajouter un souci d'ordre technique puisque j'ai réussi à casser mon ordinateur comme je le disais plus haut. Le temps que je boude, que je me tâte, que j'en rachète un et que je le reboude (oui je suis capable de faire la gueule à un objet[S4] …) et que finalement je me mette un coup de pied au cul pour le paramétrer et le saturer de données inutiles, ben me voilà…

J'ai également noté pendant ce temps que FFnet avait changé ses réglages et que les mises en pages de pas mal de fics du site avaient plus ou moins été chamboulées. Dire que j'avais trouvé un moyen de marquer mes parties de chapitres sans mettre une barre de séparation, bref j'suis deg mais je m'occuperai de remettre tout ça au propre plus tard en espérant que la mise en page tienne, ce coup-ci.

Et côté fics : j'ai plein de bouts de chapitres qui se baladent à droite à gauche, Haunted House est toujours plus ou moins en correction même si j'arrive pas à pondre mon chapitre 8 qui n'en finit plus de me prendre la tête malgré les suggestions éminemment intéressantes de Dark-Yasha, mon soutien moral et recopieuse de brouillons d'fics à ses heures... Quand y a des brouillons à recopier quoi !

Sinon, mes one-shots foireux en deux parties ne sont pas près d'être bouclés pour ceux que ça intéressent… Désolée ! Ah si, j'avais commencé à gribouiller un début de chapitre 4 pour Limbo mais celle là je sais pas si je la finirai un jour, sans compter qu'elle risque de virer grave SF, un peu comme Alliés quoi.

Ah oui, j'allais oublier : je pense vous proposer un petit jeu à la publication du chapitre 14, j'espère que ça vous tentera de participer !

BREF ! Tout ça pour dire, merci pour votre lecture !

Commentaires :

[S1] Ah, le monoboulisme ! Ne demandez rien, c'est une longue histoire…

[S2] Ben y a huit persos à gérer quand même, alors un au placard ça me facilite la tâche, j'avoue mdr !

[S3] En anglais, tout le monde appelle ça des Bugnuks, ça viendrait de l'hindi Bagh Nakh. En français, j'utilise quoi, moi ? La traduction anglaise, française ou japonaise ? Ca fait un bail que ça m'travaille, mais bon c'est vrai que c'est secondaire lol.

[S4] Si ça peut vous éclairer sur la profondeur de mon déséquilibre mental…