Titre : Alliés
Auteur : Syhdaal
Genre : Shonen ai
Base : Weiss Kreuz
Couples : Brad x Schu… Et Yohji (si vous êtes sages)… Et plein d'autres choses mais j'avoue qu'il va me falloir du temps pour mettre ça en place...
Disclaimer : Non, aucun de ces persos ne m'appartient (quel dommage…), enfin tout le monde le sait hein ! Je m'en sers juste de façon éhontée pour satisfaire mes délires de malade mentale.
Alors, voilà, on est dans le vif du sujet. A la base, je voulais retarder encore tout ça d'un chapitre mais à part créer un gros lemon bien baveux et complètement inopiné de toutes pièces, j'aurai rien eu à mettre d'autre dans ce chapitre, du coup j'ai abrégé un peu mes délais !
Quoi vous voulez le lemon ? Maiiiiiiiiiiiiiieuh c'était une blaaaaaaaagueuh !
D'ailleurs, je voulais poster ce chapitre avant le début du mois d'Octobre mais bon on ne contrôle pas tout.
Encore une fois, j'essaye de me corriger et de laisser un peu mes chouchous de côté pour faire de la place aux autres mais chassez le naturel…
Prenons Crawford par exemple… Ah Bradounet, ce cher Bradounet. Que vais-je bien pouvoir faire de lui ? Je dois vous avouer que si vous le voyez moins que les autres à part en tant que grande figure paternelle (ou garde-chiourme mdr) c'est parce que je n'ai jamais été capable de gérer correctement ce personnage, à l'instar de Yohji. Les autres me posent moins de problèmes pour écrire.
Pas qu'ils soient inintéressants, loin de là. Mais je fais un blocage sur Crawford lol. J'ai dû parler avec trop de fans de lui, allez savoir… Oui, Brad a toujours eu de ferventes admiratrices (j'ai des noms ! J'n'ai pas peur des dénonciations !)... Moi je préfère Kenken (non ?), moins glamour mais plus marrant.
Alliés
Chapitre 14
Crawford était le premier levé, comme souvent. Il y avait d'autres lèves-tôt à la maison mais aujourd'hui il était seul sur le front, attendant le réveil de son dernier protégé en date. Il s'amusa du partage des chambres en voyant Schuldig se blottir contre lui pour l'empêcher de partir. Les étages étaient scindés en deux par les escaliers et on observait la même configuration au premier et au second. Les chambres de Crawford et Yohji étaient côte à côte et en face se trouvaient celle de Schuldig ainsi que la plus spacieuse des deux salles de bains du premier. A l'opposé de l'étage, on pouvait trouver la chambre de Farfarello, la plus éloignée de toutes, et celle d'Aya. La deuxième salle de bain et la chambre de Ken leur faisaient face. Si Crawford dormait systématiquement dans sa chambre, en général avec Schu, Yohji avait plutôt tendance à s'isoler dans la sienne et il lui arrivait de la regagner au petit matin quand il passait la nuit avec ses deux amants.
Schu, au contraire, n'aimait pas vraiment dormir seul et lorsqu'il s'isolait, c'était que sa télépathie le nécessitait. Crawford savait que c'était un besoin. Même si au petit matin il finissait généralement par le retrouver avec Farf, voire Nagi, comme la dernière fois. Un étrange hasard, sans doute…
Comme il s'était levé assez tôt ce matin pour jeter un œil sur Aya, entres autres, Schuldig s'était levé en même temps que lui en râlant qu'il était inhumain de l'abandonner si tôt le matin alors qu'il faisait encore nuit noire.
– Schu, on est en plein hiver ! Avait soufflé Crawford. C'est normal qu'il fasse nuit à huit heures du matin !
Le télépathe avait juste haussé les épaules et était sortit de la chambre à présent vide pour aller se recoucher dans celle de Yohji. Le grand blond avait grogné lorsque la porte de sa chambre s'était ouverte à cause de la lumière du couloir mais laissa Schuldig se coucher près de lui sans broncher, l'enlaçant avec tendresse.
– Yohtan…
– Il est quelle heure ? Geignit l'interpellé en jetant un bras en travers de ses yeux pour se protéger.
– Huit heures. Bonne fin de nuit, répondit la voix douce de Brad, debout dans le couloir.
Yohji lui jeta un coup d'œil endormi, juste pour voir un petit sourire sur le visage de son aîné avant que celui-ci ne referme la porte, les laissant dormir pour le reste de la matinée.
Brad fit un crochet par sa chambre pour vérifier qu'Aya se portait bien. Il s'éveillerait en début de soirée, quand la nuit serait déjà tombée en cette période hivernale. Farfarello était déjà en train de vagabonder au rez-de-chaussée après avoir fait son premier tour autour de la maison aux aurores. Ken dormait toujours profondément et personne n'avait eu le cœur de le réveiller même si on approchait de midi. Omi n'avait pas ouvert un œil, lessivé d'être resté éveillé une partie de la nuit pour attendre ses équipiers. Nagi avait tout de même émergé aux alentours de dix heures du matin et était descendu tenir compagnie à son tuteur. Brad n'avait put s'empêcher de rire franchement quand il l'avait retrouvé endormi dans un canapé trois quarts d'heure plus tard, sa tête sur les genoux de Farfarello immobilisé pour l'occasion. Crawford laissa couler : ils avaient tous besoin de repos. Et Farfarello passait le temps en jouant négligemment avec quelques armes blanches.
Ce n'est qu'en fin de journée qu'Aya s'éveilla ce jour là. Il émergea du sommeil avec difficulté. Sa nuit avait été épuisante, pleine de rêves étranges et de cauchemars effrayants et insensés. Ses yeux lui faisaient mal. Il ne faisait pas complètement noir dans la chambre. Sa lampe de chevet avait été allumée mais quelqu'un avait jeté un tee-shirt sur l'abat jour pour tamiser la lumière.
– Bonjour Aya. Comment tu te sens ?
Aya tourna la tête pour voir Schuldig près de lui. Le télépathe lui dédia un petit sourire, tendant la main pour effleurer son front chaud. Il ouvrit la bouche pour lui répondre mais sans réussir à trouver sa voix. Schuldig l'aida à se redresser et porta un verre à ses lèvres, devinant qu'il avait la gorge sèche. Aya pris quelques gorgées d'eau fraîche et inspira profondément.
– Ca va, croassa-t-il finalement d'une voix très enrouée.
Avait-il pris un coup de froid ? Ou avait-il trop crié la veille ? Il ne se souvenait pas de tout ce qui s'était passé avec précision durant la mission…
– Tu peux mentir à tout le monde ici sauf à moi.
Aya lui jeta un coup d'œil méfiant et fatigué. Il n'avait pas l'habitude de dévoiler ses faiblesses à ses compagnons les plus proches, alors à un de ses anciens ennemis…
– Nous ne sommes plus ennemis depuis un bon moment.
Oui, il savait bien ça. C'est juste que ça lui permettait de justifier ses réticences face à sa conscience qui lui soufflait de plus en plus souvent qu'il fallait qu'il aille un peu de l'avant. Il corrigea finalement sa réponse en décidant pour une fois d'être honnête avec une personne autre qu'un de ses amis :
– Je me sens mal.
– C'est normal. Tu as déjà bien récupéré pour te réveiller si vite.
– Je suis ravi, grogna Aya en portant ses mains à ses tempes douloureuses.
– Comme leurs chambres sont les plus proches, Farf et Ken ont dormi en bas pour ne pas te perturber. Mais non, pas ensemble, ajouta finalement le télépathe en souriant.
– Oh pitié !
Schuldig eut un petit rire amusé.
– Ne va pas me dire que ça ne t'intéresse pas.
– T'as pas de l'aspirine plutôt ? Dit Aya en changeant effrontément de sujet.
– J'ai tout prévu, sourit Schu en lui tendant des cachets qu'Aya avala aussitôt avant de se rallonger.
– J'ai mal…
Schuldig changea de place, quittant sa chaise de garde malade pour s'installer sur le bord de son lit. Il prit le temps de le détailler avant de parler. Sa peau était plus pâle que d'habitude, couleur de craie. Ses yeux étaient fatigués et il sentait sa douleur sur le bout de ses doigts. Il n'allait pas s'en remettre facilement, lui non plus. Quelques jours de repos complet seraient nécessaires pour qu'il récupère un peu de ses forces et qu'il soit prêt à affronter l'entraînement pénible qui les attendait tous.
– Tu vas te reposer pendant un moment. Il faut t'habituer avant de retourner près des autres sinon tu vas tomber dans les pommes à la première émotion un peu trop forte.
– Je suis quoi en fait ?
– Tu as un pouvoir d'empathie.
– Je suis comme toi, alors ?
– Bien joué, mais non. Même si je suis probablement la personne que tu peux maudire pour avoir hérité de cette habilité en particulier.
– Ah… Y avait déjà Ken et Nagi. Et Omi voit des choses aussi…
Schuldig sourit. Ainsi, il avait remarqué ? Tout n'était peut-être pas perdu. Il avait toujours perçu Aya comme un sombre connard insensible. Du moins en surface. Aya était un jeune homme très timide qui mourrait d'inquiétude pour sa petite sœur. Aya ne savait pas gérer son environnement autrement que par des rapports de force et quelques réflexions cinglantes bien ajustées. Ou par l'indifférence. C'était facile.
Mais ça allait changer.
Ce type de pouvoir changeait toujours la donne.
– Effectivement. Tu n'es pas comme moi, pas vraiment. Tu as développé une empathie très puissante.
– L'empathie c'est les émotions. Quelle différence avec toi ?
– Moi je suis un télépathe. J'entends tes pensées mais je ne sens pas tes émotions. La différence est là. Sauf qu'en tant que télépathe je dispose d'une empathie naturelle. Elle est plus ou moins sensible selon le télépathe.
– Je ne te suis pas…
Schuldig marqua une pause, le temps de chercher comment expliquer ça. Ce qu'il vivait, ce qu'il ressentait au quotidien. D'autant que lui possédait forcément les deux pouvoirs. Un des mystères des pouvoirs psychiques. Il pensait surtout que c'était parce qu'il était en contact direct avec la psyché de son entourage et que de fait, le pouvoir captait aussi bien les pensées que les émotions. L'inverse n'était pas évident car un empathe n'était bien souvent qu'empathe. Et c'était déjà pas mal !
– Hm… Quand tu as peur, je l'entends donc je le sais. Toi, tu vas le sentir comme hier, ce sera très vivace voire violent. Le sentiment sera en toi. C'est assez difficile à expliquer avec des mots. Tu as eu un aperçu hier.
– C'était l'horreur. J'entendais des… trucs.
– Moi j'entends des voix. Je t'entends toi, j'entends les autres. Parfois, je m'entends même plus penser, c'est le cas de le dire.
– Ca fait mal ?
Schuldig le regarda un moment sans mot dire, cherchant son regard. Il ne voulait pas lui faire peur mais ne pouvait lui cacher la vérité. D'autant que le pouvoir d'Aya était vraisemblablement tiré du sien et qu'ils seraient amenés à travailler ensemble. Si Crawford s'occupait de Yohji et Nagi de Ken, il héritait forcément du dernier larron. Omi était un cas particulier qui demandait l'attention de tous selon les évènements. Crawford tentait d'en apprendre plus sur ses visions pendant que Schuldig essayait de trouver un moyen pour en minimiser l'impact. Farfarello et Nagi, à leur façon, pouvaient aussi le soulager un peu de son fardeau. Tournant de nouveau ses réflexions vers Aya qui attendait visiblement sa réponse avec angoisse, il dit :
– Oui. Ca fait mal.
– Mal comment ? Demanda Aya du bout des lèvres.
– Migraines à se taper la tête au mur. Mal aux oreilles quand les autres sont trop bruyants. Mal au cœur quand ils ont mal. Bref, c'est l'horreur.
– Okay…
– Pour toi ça risque d'être pire, prévint l'aîné. Si quelqu'un se brûle tu vas le sentir, si quelqu'un a le cœur brisé, tu auras le cœur brisé.
– Super…
– Bienvenue dans mon monde ! S'exclama Schu avec un sourire cynique. Mais ne t'en fait pas, y a un moyen de limiter tout ça
– L'entraînement ?
– Oui. Même punition que les autres. Et vu ta situation, c'est moi qui vais m'en charger
– Ah…
– Cache ta joie ! On s'sent aimé, c'est dire !
Sa phrase arracha un petit sourire à Aya, mais il s'inquiétait un peu de leur collaboration future… Ils avaient eu de nombreux différents et s'entendaient assez mal en général, fait sans doute dû à leurs deux caractères aussi éprouvants que diamétralement opposés. Pour autant, il leur était arrivé de partager quelques moments d'hilarité aussi drôles qu'inattendus.
– T'inquiète Aya. Tu vas bien te marrer avec moi ! Ca te changera et me dis pas que tu aurais préféré Crawford comme prof !
– Il est moins bruyant…
Schuldig éclata de rire.
– Ca je te l'accorde. D'ailleurs, il pourra faire parapluie de temps en temps : c'est le meilleur remède à la migraine que je connaisse, dit-il avec un petit clin d'œil malicieux.
Peut-être que travailler avec Schuldig ne serait pas aussi pénible qu'il le craignait, finalement. Schuldig resta encore un peu à son chevet mais il eu tôt fait de replonger dans une inconscience peuplée de songes dérangeants.
Il se réveilla en pleine nuit pour trouver Crawford à son chevet qui lui tendit un verre d'eau et de la nourriture. L'Oracle avait tout prévu, comme toujours.
– Bienvenue au club, dit-il en souriant.
Aya lui avait finalement rendu son sourire en prenant le verre où fondaient doucement deux comprimés effervescents d'antalgique.
– Tu dois avoir faim ? Demanda le leader des Schwarz en s'asseyant près de lui.
Le rouquin hésita un instant mais son estomac le prit de cours, grognant sourdement. Il rougit jusqu'à la racine des cheveux pendant que Brad éclatait de rire.
– Je vois, t'es affamé, observa le brun en déposant un plateau chargé de nourriture sur ses genoux.
– Un peu…
– C'est normal. Ca demande beaucoup d'énergie de se remettre de ce genre de choc. Mange ce que tu veux.
– Merci.
– Comment tu te sens ?
– Complètement lessivé… Avoua Aya en picorant dans son assiette.
Crawford eut de nouveau un sourire. Il était rare que le jeune leader des Weiss admette ses faiblesses, et devant lui, qui plus est.
– Tu vas te reposer le temps qu'il faudra. Rien ne presse. Ton entraînement risque d'être difficile.
– Oui, Schuldig m'a déjà dit ça…
– Ca ira Aya. Nous sommes là pour ça.
Oui.
Ils étaient là pour ça.
Aya mangea finalement un peu avant de se rendormir jusqu'au lendemain matin. Là encore il n'était pas seul à son réveil, Schuldig et Crawford se relayant au pied de son lit pendant les trois jours qu'il passa alité, incapable de réunir suffisamment de forces pour se lever.
Et comme l'avait dit Crawford, son entraînement commença. Plus rapide, plus intense que celui des autres.
Brad et Schuldig avaient mis un point d'honneur à le former plus au plus vite à protéger son esprit. Pour éviter les incidents, qui selon Brad, risquaient fort de leur prendre beaucoup, beaucoup de temps…
– Tu as vu quelque chose ? Demanda Schuldig un soir où ils étaient tous les deux.
– C'est très vague.
– Mais encore ?
– Je sais qu'on va au devant de pas mal de problèmes.
– Ca, on le savait déjà, déclara le roux d'un air agacé.
Il n'aimait que Brad fasse son mystérieux. Et il faisait ça souvent, récemment.
– Rien de très précis. Mais ton élève risque de nous donner du fil à retordre, plus que les autres.
Schuldig avait seulement soupiré et s'était renfoncé dans le fauteuil confortable du bureau de Brad. Il avait pris la place du chef pour une fois et Crawford s'était installé en face de lui, accoudé au bureau, ses lunettes posées devant lui. Brad lui jeta un petit coup d'œil et le télépathe put lire dans ses yeux toute la lassitude de son amant. Ils allaient visiblement au devant de grandes difficultés…
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Un hurlement de terreur résonna dans l'immense demeure. Sentant qu'il s'agissait d'un problème majeur et pas seulement d'un simple cauchemar, Crawford s'extirpa rapidement de son lit, attrapant ses lunettes au passage pour sortir dans le couloir le plus rapidement possible, suivi de Schuldig. Il localisa bien vite la source du cri qui l'avait tiré de son sommeil léger. La personne qui hurlait, c'était Aya. Il jura et courut vers la chambre de son ancien opposant pour y entrer avant les autres. Yohji, Ken et Farfarello étaient également dans le couloir mais aucun n'osa entrer à la suite de Schuldig. Ils savaient qu'ils ne devaient pas s'approcher d'Aya dans ces cas là, sauf en dernier recours : si Brad ou Schuldig n'étaient pas là.
Aya cauchemardait souvent depuis la déclaration de ses pouvoirs. Enfin… Comme chacun d'eux, Aya cauchemardait. Les missions, les meurtres, les victimes, le sang, la culpabilité… Il faisait des cauchemars bien sûr, mais il se réveillait rarement en hurlant. Ca lui était arrivé, quelques rares fois, par le passé. Chaque fois il avait trouvé un de ses équipiers auprès de lui pour le réveiller.
Mais les choses avaient changé.
Aya se tordait de douleur dans ses draps malmenés, appelant désespérément à l'aide. Crawford, en s'approchant pour le sortir de son cauchemar, saisit in extremis le sens des mots qui franchissaient ses lèvres en un cri torturé.
– Non non ! Brad ! A l'aide !
Il fallut un instant à Crawford pour comprendre que ce n'était pas Aya qui prononçait ces mots…
– ... SCHU AIDE MOI FARFIE JE T'EN PRIE ARRETEZ J'AI MAL J'AI MAL !
… Mais Nagi.
– Schuldig, va réveiller Nagi, vite, ordonna-t-il d'une voix où le rouquin put déceler un soupçon de panique.
Crawford attendit quelques instants, et Aya s'éveilla en sursaut, au moment même où Nagi quittait le sommeil à l'étage au-dessus. Le rouquin ouvrit des yeux terrifiés et se redressa brusquement en plaquant une main sur sa bouche. Il repoussa Crawford et bondit hors de sa chambre. Il ne vit pas Yohji, Farfarello et Ken qui étaient dans le couloir. Aya courut jusqu'à la salle de bain la plus proche, à savoir celle attenante à la chambre de Ken et atteignit les toilettes une seconde avant de rendre son dîner. Ses haut-le-cœur étaient insoutenables, il avait mal.
Il sentit une main chaude sur son front, qui retenait ses mèches trop longues. Aya continua de tousser, des larmes de rage et de douleur roulant sur ses joues, jusqu'à ce qu'il ne puisse plus recracher que de la bile.
Sa gorge le brûlait. Des mains douces l'aidèrent à se redresser et le guidèrent jusqu'au lavabo. Instinctivement, Aya tendit la main vers le robinet d'eau froide qu'il tourna et passa sa tête sous l'eau glacée, manquant presque de se noyer. Il se rinça plusieurs fois la bouche avant de se redresser enfin et de voir la personne qui l'avait soutenu. Le regard brun inquiet de Ken l'interrogeait en silence.
– Ca va, murmura Aya pour toute réponse à la question muette de son ami.
– Tu es sûr ?
– Oui… Merci Ken. Je vais… Prendre une douche.
Le brun passa une main sur le front de son ami, inquiet. Aya avait chaud. Le rouquin esquissa un bref et pâle sourire, qui, il l'espérait, rassurerait Ken. Ce dernier acquiesça et sortit de la salle de bain :
– Si tu as besoin de quelque chose…
Aya hocha la tête. Il referma la porte sur son ami et la verrouilla. Il passa une main sur son visage.
Quelle horreur. Il avait tout vu, tout ressentit, en même temps que Nagi.
Un cauchemar.
Il ôta ses vêtements et entra dans la baignoire, tentant d'oublier sa nuit sous le jet d'eau brûlante.
Le télépathe avait quitté la chambre en courant, se précipitant à l'étage pour atteindre la chambre de Nagi, d'où aucun son ne s'échappait. Il entra sans préavis, et se dirigea vers le lit poussé contre le mur le plus éloigné de la porte. Nagi était roulé en boule sous sa couverture, pâle et enfiévré. Il frissonnait. Schuldig posa sa main sur l'épaule du petit et le secoua doucement. Le garçon s'éveilla en sursaut et eut un mouvement de recul instinctif.
– C'est moi bébé.
Nagi se frotta les yeux d'un petit poing serré et tourna son immense regard bleu vers son ami.
– Qu'est-ce qu'il y a ?
– Tu faisais un cauchemar.
Nagi tiqua visiblement.
– Non.
– Aya hurle depuis cinq minutes en bas, dit doucement Schuldig en s'asseyant sur le rebord du lit.
– Oh. Désolé, murmura Nagi en détournant la tête, honteux.
– Nagi, regarde-moi.
Le garçon refusa de soutenir le regard bleu du télépathe. Celui-ci attrapa son menton et l'obligea gentiment à se tourner vers lui.
– Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
– Tu n'y peux rien.
– Je pourrai…
Nagi haussa les épaules. Schuldig soupira. Il n'avait plus versé une larme depuis son réveil chez les Weiss, plusieurs mois auparavant. Il se contentait de vivre. Sans faire plus que ça. Schu l'attira contre lui, l'entourant de ses bras. Nagi se laissa faire, acceptant le contact sans broncher, ni pour une fois, se dérober. Le rouquin enfouit son visage dans la chevelure douce du garçon.
– Nagi-chan.
– Oui.
– Je peux faire quelque chose… Je peux te faire oublier, proposa Schuldig du bout des lèvres en inspirant le parfum citronné de sa chevelure.
– Schuldig.
Les deux Schwarz se tournèrent vers la porte. La carrure solide de Crawford se découpait dans la lumière du couloir. Le voyant entra dans la chambre, s'approchant du lit. Il posa sa main sur la tête de Nagi et s'abaissa pour pouvoir le regarder dans les yeux.
– Comment tu te sens ?
– Comme d'hab.
– Nagi.
Le petit brun haussa les épaules et Brad poussa un soupir face à son attitude si réservée, presque apathique.
– Si ça ne va pas, dis-le-moi.
– Personne n'y peut rien, soupira l'adolescent.
– Moi je peux, s'obstina le télépathe.
Crawford plongea son regard dans celui de Schuldig, probablement pour échanger quelques paroles mentales. L'Américain soupira. Après tout, c'était peut-être une solution…
Si ça pouvait permettre à Nagi de repartir à zéro, qui était-il pour s'y opposer ?
Schuldig serra Nagi un peu plus fort contre lui :
– Nagi-chan… Je pourrai prendre tes souvenirs, souffla-t-il.
Nagi leva les yeux sur lui, presque choqué.
– Mais…
Le cadet des Schwarz se retourna vers son leader. Brad lui dédia un petit sourire.
– C'est à toi de décider Nagi.
Nagi se mordit la lèvre. Il ne savait pas.
C'était tellement tentant. Oublier, tout simplement. Schuldig pourrait prendre ces souvenirs précis et les arracher de sa mémoire. Alors, il serait en paix. Il ne subsisterait plus que son enfance. Ca, il avait réussi à le surmonter, il pouvait vivre avec. Il pouvait vivre avec Rosenkreuz, il pouvait vivre avec les accidents de télékinésie et même avec les rares morts qu'il avait causées tant en mission qu'au cours de sa vie… Toujours en état de légitime défense.
Il pouvait vivre en sachant qu'il ne reverrait jamais son premier amour. Mais il y avait des choses qu'il ne se sentait pas la force de porter sur ses épaules, et ce désastre en faisait partie.
Devait-il accepter la proposition de ses aînés ?
Oublier… Tout simplement.
Comme si ça n'avait jamais existé.
– Non, s'entendit-il répondre.
Mais les autres, eux, ils se souviendraient. Alors que lui ignorerait tout de ce qui s'était passé.
– Tu es sûr ? Demanda Schuldig.
Supporterait-il de voir leurs regards peinés, plein de pitié pour lui ?
– Je ne veux pas… Perdre ma mémoire. Pas maintenant.
Il n'y avait pas de place pour la pitié dans sa vie.
– C'est toi qui choisis Nagi… Mais… C'est une offre valable dans la limite des stocks disponibles ! S'amusa le télépathe avec un petit sourire.
Nagi pouffa de rire.
– Oui, oui. Merci.
– Nagi, sérieusement… Si tu changes d'avis, je peux…
– Ca ira Schu, coupa doucement le garçon.
Crawford ne put retenir un sourire attendri. Il fit signe à Schuldig qu'il était temps de le laisser pour qu'il puisse s'endormir. Le télépathe plaqua un énorme baiser sur la joue du garçon et se leva.
– Bonne nuit Nagi-chan.
– Bonne nuit…
Nagi leva les yeux sur Crawford qui n'avait toujours pas bougé.
– Dans tous les cas, je suis fier de toi, déclara Brad en le bordant soigneusement.
– Tu es bien installé ?
Nagi hocha la tête.
– Si ça ne va pas, nous sommes en bas. Omi est à côté. Les Weiss sont là aussi. N'hésite pas.
– Oui.
– Bien. Bonne nuit Nagi, souhaita Crawford en déposant un baiser sur son front.
– Bonne nuit Brad.
Le leader des Schwarz lui dédia un dernier sourire avant de refermer la porte. Nagi irait bien pour cette nuit. Il redescendit au premier étage, relevant au passage un bruit d'eau provenant de la salle de bain située au fond du couloir. Probablement Aya. Sa réaction ne l'étonnait pas. Il haussa un sourcil à la présence de Farfarello et Ken toujours dans le couloir à cette heure tardive.
– Allez vous recoucher. Il ne sortira pas avant trois bons quarts d'heure.
Ken hocha la tête, Farfarello ne réagit pas.
« Ho et puis j'm'en fiche. »
Trop fatigué pour se battre avec ses protégés, Crawford passa son chemin, se hâtant de rejoindre sa chambre où l'attendaient Schuldig et Yohji pelotonnés l'un contre l'autre. Il savait que la nuit se déroulerait bien pour le reste de sa petite troupe. Il se glissa enfin dans son lit, ôtant ses lunettes. Yohji ouvrit un œil en lui permettant de s'installer contre son dos.
– Il dort ?
– Hm.
– Et Aya ?
– Ca ira. Dors maintenant.
Yohji hocha lentement la tête, et enfouit son visage dans la chevelure rousse de Schuldig avec délices. Il sentit Crawford déposer un léger baiser sur sa nuque, tout en caressant la joue de Schu qui somnolait déjà.
Dans le couloir, Ken jeta un dernier regard à la porte close de la salle de bain et soupira avant d'informer Farfarello qu'il retournait se coucher. L'Irlandais hocha la tête, s'assurant qu'il allait bien se remettre au lit avant de retourner lui aussi dans sa chambre, laissant sa porte entrouverte.
Lorsqu'Aya sortit enfin de sa douche brûlante, il se sécha rapidement et entoura ses hanches minces d'une serviette qu'il maintenait d'une main tout en se séchant les cheveux de l'autre. Le rouquin se décida enfin à retourner vers sa chambre, épuisé.
Alors qu'il arrivait à sa porte toujours ouverte, il se sentit pris d'un vertige. Deux mains solides se glissèrent sous ses épaules, l'empêchant de s'effondrer. Aya se sentit soulevé par quelqu'un et finalement déposé sur son lit. La pièce tanguait autour de lui et il porta ses mains à son visage dans l'espoir bien vain de stabiliser sa vision. Son tournis se calma et il leva les yeux pour voir Farfarello qui lui souriait étrangement.
– Jolie vue.
Aya prit soudain conscience de sa mise pour le moins… Dénudée. Pendant son étourdissement, sa serviette l'avait lâchement abandonné au regard lubrique de leur psychopathe pervers. Il rougit et se couvrit comme il put, s'entortillant dans ses couvertures mais son vertige le rattrapa. Finalement, épuisé, il abandonna. Il décida qu'il était bien trop fatigué pour se formaliser de sa nudité et du sourire amusé de Farfarello. Le jeune homme borgne s'agenouilla à ses côtés, l'aidant à se couvrir. Il passa sa main dans les cheveux humides d'Aya.
– Quoi ? Interrogea calmement ce dernier.
– Tu es mignon comme ça.
– Farfarello, grogna-t-il pour toute réponse sur un ton d'avertissement.
L'interpellé pouffa de rire, continuant ses caresses dans la chevelure sanguine de son compagnon. Il l'observa un long moment, jusqu'à ce qu'Aya, gêné par l'intensité de son regard, ne se mette à s'agiter.
– Qu'est-ce que tu veux ?
– Savoir si tu vas bien.
– Ca va. Maintenant, laisse-moi dormir, j'ai mal au crâne.
Farfarello ne bougea pas, continuant de caresser les cheveux du rouquin, inlassablement.
– Fa…
Aya ne put finir ce qu'il voulait dire car Farfarello prit à ce moment possession de ses lèvres. Il se redressa pour se placer au dessus du rouquin. Aya gémit dans sa bouche, tentant de faire quelque chose… Le repousser, l'attirer, n'importe quoi.
Jei emprisonna ses mains au-dessus de sa tête avec une seule des siennes et approfondit le baiser, n'hésitant pas à envahir la bouche de son compagnon. Aya gémit plus fort quand il sentit l'autre main de l'homme glisser sur la peau de son ventre brûlant. Farfarello rompit le baiser, lui permettant de reprendre son souffle.
Il observa le rouquin un long moment. Ses joues étaient rouges, son souffle court, il haletait et son regard… Ses yeux améthyste étaient assombris de désir. L'Irlandais se pencha de nouveau sur lui pour l'embrasser, plus doucement cette fois, puis se recula.
– Je suis désolé.
– Pourquoi ? Souffla Aya.
– Je pourrai profiter de toi… Mais tu ne veux pas vraiment.
Aya tenta de se redresser mais Farfarello l'en empêcha d'une main. Il interrogea son cadet du regard. Il ne comprenait pas. Farfarello ne désirait visiblement pas la même chose que lui et il se mordit la lèvre, confus. Il s'était laissé aller l'espace d'une seconde et s'en voulait déjà, sentant les remords s'installer. Il n'aurait pas dû. Qu'est-ce qui lui avait pris ? Il ne s'était pas contrôlé… Ca ne lui était jamais arrivé avant. Il n'avait jamais laissé ses envies, ses désirs prendre le pas sur sa raison.
Une main glissa avec tendresse le long de sa joue, l'arrachant à ses pensées.
– Ce n'est pas ton désir que tu sens… C'est le mien.
Aya rougit violemment mais les mots de Farfarello lui firent l'effet d'une douche froide.
– Mais…
Farfarello se pencha sur lui pour chuchoter quelques mots au creux de l'oreille.
– Un empathe est fragile. On peut l'abuser facilement pour ce genre de chose… Tu comprends, Ran ?
Aya déglutit avec difficulté en hochant la tête. Il en avait presque les larmes aux yeux. Farfarello lui dédia un sourire doux, bien loin de ses habitudes.
– Ca va, dit-il en caressant sa joue. Je vais te laisser dormir maintenant.
Dans un réflexe, Aya attrapa son poignet. Il ne voulait pas être seul. Pas après un tel cauchemar.
Pas ce soir.
– Reste.
Le jeune homme aux cheveux argentés soupira.
– Tu ne vas pas le regretter ?
– Juste pour dormir. S'il te plait, Jei.
Là, il le prenait par les sentiments. Non seulement, il disait « s'il te plait » mais en plus, il l'appelait par son prénom. Son vrai prénom.
– D'accord.
Aya s'écarta pour lui faire de la place, sentant Farfarello se glisser à ses côtés. Le rouquin hésita un moment avant de se serrer contre lui. Farfarello sourit et passa un bras autour de ses épaules.
Ils passeraient une bonne nuit.
Le lendemain matin, Aya s'éveilla avec la sensation agréable d'être au chaud… Etrange, lui qui frissonnait toujours le matin. Il ouvrit un œil pour voir le visage endormi de Farfarello.
Dans son lit ?!
Bah oui.
C'est alors que les évènements de la veille lui revinrent en mémoire et il déglutit difficilement au souvenir des émotions terribles dont Nagi l'avait involontairement assailli.
Il inspira profondément pour se calmer et ne pas céder à la panique. La présence de Jei lui avait été bénéfique, il n'avait pas fait de cauchemar de la nuit malgré la proximité physique de l'autre homme… Il avait appris de Schuldig que le contact amplifiait souvent ses réactions.
Il devait se lever mais il n'en avait pas vraiment envie. C'était agréable de ne pas faire de rêves bizarres pour une fois. Et de se réveiller au chaud. Aya soupira, presque involontairement. Farf était presque adorable comme ça (même si adorable et Farfarello n'allaient selon lui pas dans la même phrase), ses courts cheveux d'un argent mousseux appelaient les caresses. Le rouquin ne put se retenir et passa sa main dans les mèches pâles et douces de Jei.
Ce dernier ouvrit son œil unique et l'ancra immédiatement dans le regard d'Aya.
Aucun des deux ne parla, et Aya se plut à rester ainsi tranquillement face à quelqu'un, sans pour une fois se sentir jugé. Finalement, Jei esquissa une ombre de sourire et glissa sa main dans les cheveux rouges de son compagnon, lui rendant ses caresses.
– Il faut se lever, murmura Aya.
– Hm mh.
– Jei…
– Tu peux encore te reposer.
– J'ai assez dormi ces derniers temps.
Jei afficha un petit sourire et se leva avec grâce. Il était assez tôt. Tout le monde dormait encore et il devait monter voir Nagi pour s'assurer que tout allait bien. Aya lui emboîta le pas, attrapant un sweat-shirt pour descendre au rez-de-chaussée pendant que Jei entrouvrait silencieusement la porte de Ken.
– Jei ! Qu'est-ce que tu fais ? Souffla Aya.
L'Irlandais posa un doigt sur sa bouche et jeta un coup d'œil dans la chambre plongée dans la pénombre. Ken dormait à poings fermés, le visage enfoui dans son oreiller, ses couvertures sans dessus dessous. Aya ne put empêcher un sourire de poindre sur ses lèvres pâles et échangea un bref regard avec son compagnon qui lui fit un petit signe de tête. Aya entra finalement sur la pointe des pieds pour border soigneusement le brun qui ne bougea pas d'un cil, assommé de fatigue, avant de ressortir tout aussi discrètement. Jei lui dédia un petit sourire en coin et referma la porte dans un silence complet.
– Je vais voir Nagi, informa-t-il simplement en prenant la direction du second pendant qu'Aya ralliait le rez-de-chaussée.
Aujourd'hui devait être une grosse journée d'entraînement pour eux tous. Il se demandait comment il allait faire pour appliquer les enseignements de Schuldig pour se créer un bouclier mental. Schuldig lui avait conseillé de procéder par visualisation, d'imaginer un mur étanche autour de ses pensées, de son esprit. Ca lui paraissait tellement abstrait… Il doutait d'y arriver un jour. Et ça l'épuisait ! Schu et Crawford étaient toujours sur son dos, le poussant presque au-delà de ses limites physiques.
– C'est bon, j'en peux plus ! Avait grogné Aya en se laissant tomber sur le canapé du salon.
– Aya, on ne le fait pas par plaisir, c'est pour ton bien, expliqua Schuldig avec toute la patience dont il pouvait faire preuve en temps de crise.
Et tout le monde savait qu'il avait peu de patience.
Et Aya faisait de la résistance.
Crawford avait raison quand il disait que celui là leur donnerait plus de fil à retordre que les autres !
– T'es une plaie Fujimiya ! Concentre-toi un peu !
– Mais c'est facile à dire pour toi, t'es né avec ça dans la tête !
– Ouais ben c'est déjà pas de la tarte quand on né avec, alors pitié, fais un effort !
– Je fais ce que je veux ! Et j'ai pas envie d'faire un effort, déclara le leader des Weiss d'un ton bougon en croisant les bras d'un air buté.
– Non, chéri, tu fais ce que tu peux, corrigea Schuldig avec une pointe de mesquinerie.
Et leurs chamailleries se poursuivirent toute la journée sous les yeux consternés de Brad et Yohji qui étaient eux même en plein entraînement sur la terrasse avec vue directe sur le salon par les baies vitrées.
– Ils sont pénibles… Commenta Crawford en tendant une tasse de thé à son compagnon.
– Moi je trouve qu'ils font la paire. Tu verras dans quelques temps, on pourra plus les séparer, s'amusa le grand blond en s'allumant une cigarette.
– Schu et Aya ? Ca m'étonnerait !
– Et si on parlait de Ran, plutôt, hm ?
– Voilà qui va au-delà de mes compétences en matière de prescience.
– Tu paries ? Suggéra Yohji en tirant sur sa clope avec un amusement non dissimulé.
– Nan.
C'est alors qu'un coussin traversa la pièce, suivi d'un livre et d'une télécommande.
– Combien tu mises, déjà ? Fit Crawford.
De l'autre côté du jardin, Ken et Nagi s'étaient installés sous leur arbre préféré pour travailler à l'écart des autres et limiter les dégâts, comme toujours. La conversation allait bon train sur la dernière mission et Ken lui racontait comment ils avaient failli se faire rôtir par leurs propres bombes, un peu trop chargées à la préparation.
– Si tu me racontais comment tu as fait pour pulvériser le mur ?
– J'espère que j'aurai jamais à refaire ça. C'était… Trop bizarre. Mais tu avais raison. Je n'ai pu compter que sur la douleur.
Ken se mit à ronger machinalement ronger l'ongle de son index. Sa main gauche lui faisait toujours mal mais ça allait, il n'avait pas entaillé trop profondément sa chair pendant la mission.
– Ouais, c'est pas super agréable, accorda Nagi avec un petit sourire en coin.
– Tu l'as déjà fait ?
– Ca m'est arrivé… Au début. C'est presque de l'automutilation, mais si ça peut sauver ta peau… Et l'avantage de la technique « plaquage au mur » c'est qu'on ne laisse pas d'empreintes digitales.
– Ca fait longtemps ?
– Quoi ?
– Que tu tues des gens.
Le regard bleu foncé de Nagi se perdit dans le vague, plein de mélancolie. Ken savait qu'il n'aurait peut-être pas dû poser cette question, mais il avait rarement vu Nagi tenir une arme. Et il ne l'avait jamais vu abattre quelqu'un, contrairement à ses équipiers. Il s'était un moment demandé si le garçon avait déjà pris une vie. Malheureusement, il semblait que oui. Il aurait voulu que ce soit différent. Qu'au moins l'un d'entre eux échappe aux assassinats. Et Nagi était le plus jeune, ça n'aurait été que justice. Nagi se mit à parler, interrompant le fil de ses pensées peu réjouissantes. Les mots que le garçon prononça ne l'étaient guère plus.
– Ils disent que j'ai tué mes parents. Je ne m'en souviens pas. J'étais trop petit. Je me souviens juste qu'ils criaient tout le temps. Tout le temps. Je crois que parfois, il y avait des coups aussi. Sans doute ai-je piqué une grosse colère…
Ken ignorait qui étaient « ils », mais supposa qu'il s'agissait de Rosenkreuz. Alors ce gamin aurait tué ses parents dans une explosion de pouvoir ? Il supposa avec justesse que lui-même n'était pas à plaindre. C'était une terrible façon de commencer dans la vie. Ensuite, il avait sans doute vécu en orphelinat, puis dans la rue comme il l'avait déjà mentionné… Et Schwarz l'avait finalement trouvé pour l'envoyer à Rosenkreuz.
– Je suis désolé.
– Bah c'est pas grave, dit Nagi en haussant les épaules. Je te l'ai dit, je me souviens pas. Crawford m'a toujours affirmé le contraire, ceci dit. Il m'a toujours dit de me méfier de ce qu'ils disaient, qu'ils mentaient pour maintenir un ascendant sur les psychiques, surtout les enfants.
– Et ben, c'est pas gai…
– Et toi ? Comment tu as atterri chez Kritiker ?
– C'est une longue histoire. J'étais footballeur professionnel mais j'ai été viré de la J-League pour tricherie… En fait, il s'est avéré que ma boisson avait été droguée par un proche. Après ça, je me suis retrouvé dans un incendie. C'est Kritiker qui est venu me chercher. Ma réputation a été blanchie post-mortem, relata Ken sans hésiter : si Nagi avait pu lui dévoiler son enfance, il pouvait bien lui raconter la sienne !
– C'est pas très joyeux non plus. C'est peu de chose, mais ta famille a dû être soulagée que tu aies été réhabilité… Même si c'est juste pour l'honneur.
– Je viens d'un orphelinat.
– Désolé, je savais pas.
– T'excuse pas. Au moins, j'ai connu mes parents. T'as dû passer par là toi aussi.
– Ouais, mais je suis pas resté longtemps. Les autres gamins me détestaient, avoua le cadet sans trop savoir pourquoi il confiait cette information sensible à Ken.
Ils avaient longtemps été des opposants mais ils partageaient à présent le même don, ça lui paraissait être une raison suffisante. Et puis Ken n'était pas du genre à se servir de cette information pour le blesser.
– Comment ça se fait ?
– Parce que je suis un monstre, répondit simplement Nagi d'une voix détachée, mais l'autre put discerner dans ses yeux une ombre de souffrance.
Ken lui jeta un regard empli de sympathie et lui tapota l'épaule dans un geste de réconfort. Il adorait les enfants pour leur candeur et leur insouciance. Mais il savait qu'ils pouvaient également être d'une grande cruauté, surtout entre eux. Les gosses reniflaient la différence à des kilomètres à la ronde. Et Nagi était différent.
– Ca va pas fort, hein ? Demanda l'aîné en détaillant d'un œil averti son professeur pour la journée qui lui sembla soudainement bien abattu.
Nagi avait les traits tirés aujourd'hui, une conséquence de la très mauvaise nuit qu'il avait passé. Il semblait de plus en plus fatigué dernièrement. Ken subodorait qu'il ne tarderait pas à tomber malade si les choses ne se calmaient pas. Il savait d'expérience que certains traumatismes empiraient avec le temps, un boulet qu'on trainait toute sa vie et qui grossissait un peu plus à chaque pas en avant… Si Nagi commençait à freiner sous le poids des souvenirs, il cesserait probablement d'avancer un jour ou l'autre. Il avait connu ça lui aussi. Pas facile de se relever quand toute votre vie vous avait été arrachée en une seconde.
– Mouais… Les cauchemars, tout ça… Je me demande quand est-ce que j'aurai la paix, bougonna Nagi en tripotant le bout de son écharpe.
– Si tu me posais la question pour des meurtres, je te répondrai : sans doute jamais. Pour ça, je ne sais pas Nagi.
Nagi soupira, se laissant aller sur l'épaisse couverture sur laquelle ils travaillaient à l'extérieur. Après tout, il gelait presque et comme ils étaient contraints de travailler en extérieur, ils étaient non seulement chaudement habillés mais en plus ils avaient une sorte de tapis de sol imperméable qui les protégeait de la température glaciale de la terre.
– Ken-kun…
– Hm ?
– Je peux te dire quelque chose ?
– Bien sûr.
– Ce qu'il s'est passé là bas. Même Schuldig ne le sait pas.
– Tu n'en as jamais parlé avec eux ?
Nagi fit un petit non de la tête, incapable de lever les yeux pour rencontrer son regard. Voilà aussi qui expliquait les nombreux cauchemars et les terreurs nocturnes du gamin une fois la nuit tombée. S'il n'avait même pas eu la force d'en parler avec un de ses amis, ça ne devait pas soulager le poids qui pesait visiblement sur ses épaules. Nagi poursuivit, toujours les yeux baissés. Toujours en train de tripoter son écharpe et ses manches.
Incapable de se maîtriser.
– Tu sais, c'était les geôliers nos tortionnaires, pas les scientifiques. Y avait plusieurs vigiles, des mercenaires je crois… Ils étaient trois. Normalement on n'aurait pas dû être blessés pendant notre captivité. Mais l'équipe qui nous a capturés s'est fait un plaisir de nous rendre des visites régulières pour quelques passages à tabac. Farf et Brad n'y ont pas échappé non plus… Ils étaient pas contents d'avoir laissé filer Schuldig.
Il n'avait pas réussi à en parler à Brad. Le voyant s'en voulait déjà tellement. Schuldig se doutait de quelque chose, mais il avait trop honte pour lui en parler. Quant à Jei, il aurait sans doute piqué une terrible crise et ce n'était pas ce qu'il voulait, pas ce dont il avait besoin. Il ne voulait pas que ses équipiers le regardent comme une petite chose fragile ou avec pitié. Alors il ne pouvait pas se livrer à eux. Ce n'était pas encore le moment.
Il ne restait que Ken, la seule autre personne dont il était assez proche pour pouvoir parler. Et Ken l'avait soigné ce jour là. Il savait.
Il entrecroisa ses doigts, ses phalanges blêmissant sous l'effort.
Incapable de se calmer.
– Mais si vous étiez supposés être des sujets d'études importants…
Ken hésita un moment en voyant l'expression quasi horrifiée de Nagi aux mots qu'il avait employé. Il enroula son bras autour des épaules frêles de l'adolescent qui lui semblait sur le point de fondre en larmes. Nagi se laissa faire, s'appuyant contre lui pour trouver un peu de réconfort et de chaleur. Il se sentait frigorifié malgré les vêtements chauds qu'il portait. Ken poursuivit, choisissant ses mots avec précaution :
– Pour eux je veux dire. Ils se sont forcément rendu compte des maltraitances.
Nagi acquiesça d'un petit signe de tête, toujours sans le regarder, continuant de se tordre frénétiquement les mains.
Incapable de se contrôler.
– Ouais… Mais le problème, c'est que le temps que les blouses blanches s'en aperçoivent et qu'ils virent les trois types… Ils ont eu le temps d'être au courant et de faire un dernier tour de garde pour nous « dire au revoir ». C'était une sorte de vendetta contre leurs employeurs si j'ai bien compris. Ils avaient été mal payés et maintenant ils étaient virés comme des malpropres. Ca leur a pas plu. Et c'était pas des enfants de chœur, visiblement…
– Comment tu sais tout ça ?
– Ils me l'ont dit. Ils me parlaient beaucoup, à moi. J'étais leur préféré, dit-il d'une voix calme, ne résistant pas à la grimace de dégoût qui s'afficha sur son visage pâle.
Ken resserra un peu son étreinte. Ce que Nagi sous-entendait avec un tel détachement était dramatique.
Incapable de s'en relever.
– Ken-kun, tu sais… Ca… Ca…
– Dis-moi, encouragea gentiment Ken sans le presser.
Nagi déglutit, inspira… Nerveux. Tendu.
Honteux.
– Ca ne s'est pas passé qu'une fois, tu sais…
Humilié.
Ken ferma brièvement les yeux, l'attirant dans une véritable étreinte. Nagi ne se déroba pas, se laissant aller contre lui.
– Je suis désolé. Si seulement on avait pu arriver plus tôt…
– C'est la faute de personne. Mais j'ai tellement de colère. Je suis tellement en colère… Murmura le garçon d'une voix brisée.
« J'ai tellement mal. Pourquoi moi ? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? ».
– Ca va aller, Nagi.
– Tout le monde me dit ça. Même moi je me dis ça. Mais j'ai l'impression que ça n'ira plus jamais.
– Il faut du temps. Beaucoup de temps.
Nagi ferma un instant les yeux, mesurant de l'ampleur de sa confidence.
Oui, il faudrait définitivement beaucoup de temps.
Peut-être toute une vie[S1] .
######
L'après-midi était bien avancé et Crawford avait mis fin à l'entraînement des Weiss pour la journée qui avait été relativement chargée. Il avait tenu un conciliabule avec ses deux amants et Farfarello avant de prononcer le rassemblement. Schuldig était chargé de réunir tout le monde au salon, tâche dont il s'acquitta avec quelques hurlements bien sentis au grand désespoir d'Aya qui eut les tympans vrillés pour l'occasion.
– Tout l'monde sur le pont les gamins ! Réunion d'famille !
Aya se rencogna dans son fauteuil avec un livre dans les mains, faisant mine d'être particulièrement absorbé par son ouvrage alors qu'en réalité il avait très, très mal à la tête. Ecouter Schuldig pendant trois heures sur les tenants et les aboutissants de l'empathie n'y était sûrement pas étranger…
Nagi et Ken avaient déjà rallié le salon pour s'y réchauffer un peu plus tôt et Schu avait crû déceler chez son plus jeune équipier un étrange mélange de soulagement et de tristesse. Mais il ne loupa certainement pas les yeux légèrement rouges de l'adolescent. Il n'eut pas le temps de l'interroger car Nagi se dirigea immédiatement vers la salle de bain, laissant Ken rassurer brièvement le télépathe sur son état. Omi était descendu une heure plus tôt, attendant la fin de l'entrainement pour avoir un peu de compagnie et profiter de la présence d'Aya. Lorsqu'ils furent enfin tous réunis, excepté Crawford, Schu s'éclaircit la gorge d'un air très théâtral :
– Mesdames, mesdemoiselles, messieurs… Hm, y a pas beaucoup d'monsieurs, ici... Ouuuf ! Hey ! Pas de lancers de coussins les morveux !
Quelques rires fusèrent et Schuldig se recoiffa d'une main en reprenant son discours.
– Bref, je disais… Il y a une surprise dehors. Une joulie, joulie surprise. Genre cadeau empoisonné selon moi, mais bon…
– Schu, allez !
Schu leva le nez un court instant. Brad venait de lui donner le signal.
– Je vous invite donc à me suivre dans le jardin pour découvrir ce qu'on vous a préparé.
– Quoi, vous avez fait creuser une piscine en quinze minutes ? S'amusa Omi devant ses grands airs mystérieux.
– Hmmm… Nan ! Ceci dit, c'est une bonne idée, je la soumettrai au grand patron quand j'aurai un créneau.
Il se retourna et fit glisser une des baies vitrées du salon pour sortir dehors, et voyant que personne ne lui emboîtait le pas, il se retourna :
– Ben alors ? Qui m'aime me suive !
Personne ne réagit.
– Hey ! Mais tu pourrais te lever toi au moins ! S'écria Schuldig à Yohji qui pouffait de rire sur l'épaule d'Aya.
Un éclat de rire général secoua l'assemblée et Yohji lui emboîta finalement le pas après avoir calmé son hilarité, faisant signe aux autres de suivre. Farfarello marchait en première ligne avec eux et les quatre autres garçons échangèrent un regard intrigué. Ces trois là semblaient être dans la confidence. Aya haussa les épaules d'un air stoïque et suivit le mouvement. Omi, Ken et Nagi fermaient la marche sans trop savoir ce qui les attendait.
Finalement, Schuldig, Yohji et Farfarello s'immobilisèrent à bonne distance. Ils étaient en plein milieu du jardin et de loin, les autres pouvaient apercevoir la chevelure noire de Crawford. Schuldig se retourna et fit signe aux trois plus jeunes de la troupe de se hâter, s'arrangeant toujours plus ou moins pour leur cacher la vue.
– Allez, on attend que vous.
– Oui, oui, on arrive, râla Omi à bout de souffle.
Il s'était appuyé sur l'épaule de Nagi et Ken lui tenait le bras pour l'aider à progresser car il était assez fatigué aujourd'hui.
– Bon alors, dit le petit blond en reprenant sa respiration. C'est quoi cette surprise ?
Schuldig leur dédia un sourire et invita les trois cadets à avancer un peu. Farfarello et Yohji s'écartèrent d'un même mouvement, leur laissant le champ libre pour passer et voir…
Brad debout au milieu du jardin, un petit sourire aux lèvres. Jusque là rien d'exceptionnel si ce n'était le sourire alors qu'il piétinait dans la boue depuis cinq minutes, ce qui n'était définitivement pas le genre de Brad. A ses pieds était assis un magnifique chien, racé et élégant à la robe noire et feu, au museau fin et aux oreilles fièrement dressées vers le ciel.
– Waouh !
– Oh il est trop beau !
– On peut le caresser ?
– Bien sûr.
Les plus jeunes s'approchèrent pour caresser l'animal qui se redressa immédiatement d'un air ravi d'avoir autant d'attention d'un coup. Il mit un coup de langue sur la main de Nagi qui éclata de rire pendant qu'Omi et Ken en profitaient le gratouiller derrière les oreilles.
– Il est magnifique ! Mais pourquoi ? Demanda Nagi en se tournant vers son tuteur.
– En fait Nagi, c'est pour toi. Nous avons pensé, d'un commun accord, que ça serait bien pour toi.
– Pour moi ? Fit l'adolescent, éberlué.
– C'est un Doberman. C'est une race de défense qui se dresse très bien, expliqua Schuldig.
– Parce que… Parce que je t'ai dit que j'avais peur ? Tu n'étais pas obligé… Dit doucement Nagi en levant un regard bleu océan sur Crawford
Il était très touché. Il savait que tous s'inquiétaient pour lui mais il n'aurait jamais pensé… C'était un présent magnifique.
– En fait, l'idée vient de Farfarello. Et puis ça mettra un peu d'ambiance dans la maison. Je penchais pour un Berger Allemand mais on a déjà Schuldig. J'aurai pu lui mettre un collier et le faire dormir devant ta porte mais il aboie beaucoup pour pas grand-chose, tu le connais, lâcha Brad avec un petit sourire.
– Heeeeeeeeeeeeeeey !
– Tu vois ?
– Je… Je sais pas quoi dire… Merci Brad. Merci à tous…
– Tu étais au courant Aya-kun ? Demanda Ken en venant se placer près de son aîné.
Aya lui jeta un petit coup d'œil et acquiesça d'un petit hochement de tête.
– C'est une belle surprise mais vous êtes quand même d'affreux petits cachottiers, s'amusa Omi en abandonnant une dernière caresse sur la tête noire du chien.
Nagi éclata de rire.
– C'est vrai qu'ils ont fait fort niveau complot ce coup-ci !
Omi lui dédia un sourire. Nagi semblait aux anges. C'était le principal.
Le jeune garçon n'allait pas très bien ces derniers temps, il l'avait remarqué lui aussi. Il savait pour les nombreux cauchemars. A eux deux, ils détenaient sûrement un record du monde !
– Comment il s'appelle ? Demanda alors le petit brun en levant les yeux sur Crawford.
– Il n'a pas vraiment de nom pour le moment, on s'est dit que ça te ferait plaisir de le choisir.
Nagi échangea un regard avec Omi, près de lui.
– Je n'ai pas vraiment d'idée…
– Un nom mignon ? Suggéra le petit blond.
– Comme ?
– Je sais pas, Choupinet ou Momo ? J'ai pas d'idée mais je trouve ça marrant un prénom de Bisounours sur un chien pareil[S2] .
– Oui, j'aime bien l'idée.
– Il a quel âge, sinon ? Demanda Omi en lui laissant le temps de la réflexion.
– Cinq mois.
– Loulou.
– Quoi ?
– Loulou, répéta Nagi. Ca ira bien avec ses grandes dents ! Dit-il en riant aux éclats tandis que le chien lui lavait la figure à grands coups de langue.
Les autres échangèrent un regard. La logique de Nagi leur échappait, mais le chien avait l'air absolument ravi et le gamin aussi.
– Ca pense un chien ? Glissa Yohji à Schuldig.
– Sûrement mais on n'est pas branchés sur la même fréquence radio, je crois…
– Ah…
– Et bien voilà, Loulou sera le chien de la maison maintenant. Et je vous préviens que tout le monde devra mettre la main à la pâte, avertit Crawford.
– Je ne ramasse rien, je vous préviens ! Lança Schu.
– Ca c'est ce qu'on verra, s'amusa Brad en lui volant un rapide baiser.
Nagi et Omi restèrent un long moment à jouer avec le chien sous le regard attendri des autres, jusqu'à ce que la lumière ne commence à décliner en cette fin de journée, définitivement bien chargée. Finalement, épuisé, Omi se décida à regagner l'intérieur avant de tomber malade en compagnie de Yohji. Aya et Ken suivirent peu de temps après en compagnie de Farfarello le temps que Schuldig termine sa cigarette à l'extérieur.
L'après-midi touchait à sa fin, Aya et Ken décidèrent de s'atteler à la préparation du dîner dont l'heure approchait à grand pas. Pendant ce temps, Yohji et Schuldig tenaient compagnie au cadet des Weiss dans le séjour mais Omi s'excusa rapidement pour monter se reposer dans sa chambre, très fatigué par sa journée.
Les repas étaient préparés à tour de rôle, même si les plus faibles étaient dispensés selon leur état de santé. Aujourd'hui, c'était normalement le tour de Nagi et Crawford mais Aya et Ken s'étaient proposés pour les remplacer vu qu'ils étaient déjà dans la cuisine pour la vaisselle. Et Ken avait confié à demi-mots à Aya que Nagi n'allait pas très bien et qu'il serait bien de le laisser souffler un peu avec son tuteur et son nouveau compagnon.
– Il t'a parlé ?
– Oui. C'est pas la joie. Enfin, tu dois savoir, non ? Demanda le brun en faisant allusion à son récent cauchemar.
Aya lui jeta un coup d'œil rapide avant de baisser les yeux sur ses ustensiles de cuisine. Ken eu le temps de voir passer la souffrance dans son regard couleur lilas mais l'aîné avait rapidement détourné la tête pour s'absorber dans une autre tâche. Aya avait soigné Nagi ce jour-là. Lui aussi savait ce qu'il s'était passé. Mais les souvenirs que Nagi ressassait la nuit… Comment faisait-il pour ne pas perdre la raison ? Les images qui tournoyaient dans la tête de l'adolescent, ils les partageaient à présent. Nagi était venu le trouver à son réveil pour se répandre en excuses d'une voix tremblante. Il n'avait pas voulu l'assaillir de la sorte. Il n'avait pas voulu que quelqu'un d'autre sache, mais c'était trop tard. Sur le coup, Aya n'avait pas su quoi lui répondre, perturbé, touché, par tant d'émotion et de fragilité. Puis il lui avait dit que ce n'était pas sa faute et qu'il n'était pas responsable. Le gamin avait acquiescé et était parti rejoindre Farfarello au salon, ne le quittant pas du reste de la matinée.
– Oui, dit-il simplement.
– Aya, ça va ?
Aya passa sa main sur son visage avec un soupir. Non, ça n'allait pas très bien. Il était fatigué, la nuit avait été carrément atroce et la journée très fatigante. S'il avait demandé à s'occuper du repas, c'est parce que faire la cuisine lui changeait les idées et que la présence de Ken lui faisait du bien même s'il entendait sourdement ses émotions. Normalement, il pouvait supporter la présence de ses équipiers dans des situations calmes comme celle-ci. Du moins c'était la théorie de Schuldig et il allait bien falloir la tester, alors c'était le moment ou jamais.
Et puis officiellement, il était là pour superviser Ken dans la cuisine et éviter la carbonisation du repas. Le jeune homme était trop distrait pour son bien et avait tendance à ne pas vraiment surveiller la cuisson, s'occupant du rangement ou de la vaisselle en oubliant complètement ses plats sur le feu.
– Ca va. Un peu fatigué.
– Force pas trop, c'est pas le moment de faire un malaise.
– Et te laisser seul faire à manger ? Non merci, je tiens à ma vie, dit Aya d'un air impassible.
Un petit rire fusa derrière lui. Aya aimait bien le taquiner sur ce sujet en général, d'autant que le roux écopait souvent de la supervision du champ de bataille quand il était de corvée de repas.
– Tu laves les tomates ou tu préfères éplucher les oignons ? Reprit Aya en se tournant vers lui.
– Tu me laisses pas la cuisson ?
– Nan, je refuse de manger un truc cramé et saupoudré de piment de Cayenne[S3] .
– C'est pas ma faute si vous mangez tous des trucs fadasses.
– C'est pas ma faute si tu surveilles pas ta casserole. Allez, épluchage, répliqua Aya en lui tendant une planche et un couteau de cuisine.
– Ouais, ouais… Fit Ken en attrapant une allumette qu'il coinça entre ses lèvres[S4] pour protéger ses yeux des émanations irritantes des oignons.
Ils avaient tout juste terminé de préparer l'entrée quand des éclats de voix leurs parvinrent. Levant le nez de leurs casseroles, ils échangèrent un regard. Ca n'avait pas l'air d'être grave mais ils reconnurent la voix de Yohji et celle de Schuldig.
Une querelle amoureuse, peut-être ?
Ils en eurent la confirmation quelques minutes plus tard, quand Schuldig entra en coup de vent, visiblement très contrarié. Ils ne s'expliquaient pas cette ambiance pour le moins électrique alors qu'ils étaient tous les deux très souriants quelques temps auparavant.
– J'en ai marre ! C'est jamais le moment avec toi, tu ne veux jamais en parler !
– Il est tard, je suis fatigué. Donc non, je ne veux pas en parler.
– Ah c'est facile comme ça ! Tu vas, tu viens, tu prends ce qui t'arrange et le reste ? Aux chiottes ! S'exclama Schuldig en levant les mains au ciel.
– Schuldig, c'est vraiment pas le moment ! Rétorqua le grand blond en avisant Aya et Ken qui les regardaient se disputer, abasourdis.
– Je m'en contrefous ! Je veux des réponses !
– J'ai besoin d'air, ça te va comme réponse ! S'écria Yohji visiblement excédé.
– Ben fallait le dire si je t'étouffais à ce point, je t'aurai pas imposé ma présence depuis des mois !
Yohji se pinça l'arrête du nez en inspirant profondément, sentant que la situation s'envenimait considérablement.
– Tu veux quoi Schuldig ? Des serments d'amour éternel ? Désolé c'est pas le genre de la maison.
– Un peu de considération, ça serait déjà pas mal. Je ne suis pas là pour meubler tes soirées Yohji !
– Oh pitié ! Ca n'avait pas l'air de te déranger avant.
Schuldig blêmit visiblement, les poings serrés.
– Pitié ? Répéta le télépathe avec un regard assassin.
– Pitié ?! La nuit c'est bien toi qui viens me trouver pourtant ?! Pour qui tu me prends ?!
Yohji se figea et lui jeta un regard furieux, le laissant muet pour le compte. Schuldig était à l'autre bout de la cuisine, debout et tendu au possible le fusillant du regard. Aya poussa un soupir en se levant pour continuer son travail, ignorant royalement les deux hommes qui se disputaient et se concentra sur sa respiration plutôt que sur la colère qui pesait sur son esprit. Ken lui jeta un regard pour s'assurer que ça allait, surveillant les deux autres du coin de l'œil. Ca avait l'air sérieux. La phrase laissée en suspend par Schuldig ne laissait guère de place à l'imagination. Les yeux de Yohji lançaient des éclairs et il espérait qu'il n'y aurait pas de dérapage d'ordre psychique vu l'état d'énervement des deux amants. Et Crawford qui n'était pas à proximité...
Aya n'était pas très loin de Yohji et faisait mine de s'occuper d'un plat tout en gardant un œil sur Yohji qui semblait furieux. Il n'avait pas envie de gérer une bagarre et ce n'était pas vraiment le genre du grand blond mais Schuldig s'était montré agressif. Et Yohji n'hésitait pas à se défendre. Il laissa éclater sa colère, pendant qu'Aya avisait les poings de l'aîné des Weiss, serrés si fort que ses phalanges en étaient blanches.
– Ben je sais pas, mais dis-le Schuldig ! Tu l'as sur le bout de la langue. Pour qui je te prends ? Allez dis-leur, que je te prends pour une pu…
La gifle retentit fort dans la cuisine.
Aya reprit sa main, vacillant légèrement, pâle comme un linge. Schuldig avait porté une main tremblante à sa bouche pour étouffer son exclamation de surprise. Ken resta les bras ballants, incapable de faire quoi que ce soit devant ce qui venait de se passer.
– C'est vraiment ce que tu penses de moi ? Fit Yohji d'une voix dangereusement basse en dardant un regard vert foncé sur Schuldig.
Schuldig détourna les yeux, incapable de soutenir son regard accusateur.
– Yoh… Yohji pardon je… Balbutia Aya, confus.
Il ne savait pas ce qu'il lui avait pris. Le geste était parti tout seul et il n'avait pas pu le retenir. L'envie de le frapper était devenue physique, viscérale. Et le coup était partit, sans qu'il puisse rien faire pour se raisonner. Il mit un moment à comprendre que ce n'était pas lui qui avait frappé Yohji, mais Schuldig.
Ken attrapa le bras de Schuldig et l'entraîna à l'extérieur avant que la situation ne dégénère pour de bon, laissant Aya et Yohji en tête à tête. Il savait que Yohji ne riposterait pas, trop abasourdi par le geste de son cadet pour lui en vouloir, d'autant qu'il n'en était pas responsable. Quant à Aya, il avait vraiment l'air choqué parce qu'il venait de lui arriver mais Yohji allait sûrement rester près de lui le temps qu'il reprenne ses esprits.
Schuldig se laissa tomber sur la terrasse, incapable de faire un pas de plus. Il ramena ses genoux sous son menton et cacha son visage dans ses bras.
– Schuldig, ça va ?
Il secoua la tête. Ken s'accroupit près de lui pour voir son visage.
– Tu veux que j'appelle Brad ?
– Non.
Il allait poser une autre question mais Schuldig le prit de court.
– Reste un peu.
– D'accord.
Ken s'installa près de lui et attendit que l'Allemand reprenne son calme et qu'il décide de parler.
– Et merde, dit finalement Schuldig en passant ses mains sur son visage.
– Ce n'est pas grave, tu sais.
– Tu as vu son regard ?
Ken haussa les épaules. Oui, Yohji était en colère. Très en colère.
Ca arrivait assez rarement pour qu'on y prête attention. Mais Yohji était très fatigué en ce moment et il avait remarqué qu'il avait du mal à trouver sa place… Dans sa relation avec Schuldig et Crawford, du moins.
Yohji était quelqu'un qui faisait son chemin sans forcément se préoccuper des autres. Il avait souvent été taxé d'égoïste pour ça. Il l'était. Mais Ken le savait plein d'attention et de tendresse pour ses équipiers, même s'il était capable de blesser quelqu'un par son incroyable désinvolture en matière de sentiments. Le séducteur croyait pouvoir dissiper une phrase très blessante d'un simple geste. Comme si ça allait s'effacer, tout simplement, comme si ça n'avait jamais existé. Mais les blessures ne s'effaçaient pas… Et Yohji le savait. Car Yohji avait eu assez mal pour le reste de sa vie à cause des autres. Alors il avait appris à faire comme si les autres n'existaient pas. Ou plutôt, comme si les autres ne sentaient pas. Il agissait comme s'il était le seul à avoir mal. En sale égocentrique narcissique et insensible !
– T'en fais pas. Il a fait son connard, répondit Ken avec un petit sourire.
Schuldig lui jeta un petit coup d'œil timide.
– Ca lui arrive souvent ?
– Ca lui arrive quand il est mal. Et en ce moment, il est vraiment pas bien.
– Il t'a parlé ?
– Non. Yohji ne parle pas beaucoup tu sais. Même à nous. Il faut entendre ce qu'il ne dit pas.
« Comme Aya. »
Schuldig eut un petit sourire. C'est sûr, la communication n'était franchement pas leur point fort aux petits Weiss !
– Je vois.
– Laisse-le réfléchir. Il reviendra tout seul comme un grand, quand il sera calmé.
– Je l'ai giflé quand même.
– Aya l'a giflé. Sous ton influence, mais c'est Aya. Ca l'a tellement pris au dépourvu qu'il n'a pas riposté. Pis entre nous, moi je trouve qu'il ne l'a pas volé non plus. Même si je lui aurai plutôt pété le nez mais bon…
– Ah ?
– Il a pas été sympa sur ce coup là, je trouve. Ce qu'il t'a dit c'était pas correct, surtout qu'on était là. Après… Yohji a ses raisons, comme nous tous. Et t'y a pas été de main morte non plus.
– Hm…
Le silence s'installa entre eux pour un moment et ils se contentèrent de regarder au loin les ombres qui se propageaient à une vitesse folle dans le jardin.
– Tu sais, je ne l'ai jamais vu regarder quelqu'un comme il te regarde. Sauf Asuka.
– Hein ?
Ken lui dédia un sourire.
– Quoi ? Tu es télépathe, tu devrais savoir, non ? Dit-il en se levant et en époussetant son jean.
Il s'étira rapidement puis ajouta :
– Je te laisse réfléchir. Je vais voir si Aya a n'a pas provoqué une autre bagarre…
Le brun réintégra la maison pour le laisser seul avec ses pensées et se dirigea vers le salon où il trouva Aya effondré dans le canapé sous l'œil inquiet de Yohji.
– Ca ne va pas ? Demanda le brun à voix basse.
– Il a eu une grosse baisse de tension.
– Je vais très bien ! Vint la voix étouffée d'Aya qui était en apnée dans son coussin.
– Ca crève les yeux, rétorqua Yohji.
Il semblait aller bien mais ils se connaissaient depuis trop longtemps pour que Ken se laisse duper par sa nonchalance. Il avisa Farfarello assis dans un fauteuil et qu'il n'avait pas remarqué jusque là.
– En parlant d'crever un œil…
Farf se leva avec un petit sourire amusé, agitant légèrement son index dans sa direction.
– D'accord, d'accord, pas de mauvais humour, capitula Ken avec un petit rire.
Il regarda Farfarello s'approcher d'Aya et lui effleurer les cheveux du bout des doigts pour attirer son attention. Le roux leva le nez avec difficulté, ouvrant péniblement un œil.
– Aspirine ?
– Whisky ? Répondit Aya avec un grognement.
Farfie se contenta de secouer la tête et lui tendit un comprimé blanc.
– T'en as toujours sur toi ?
– Hm mh, acquiesça l'Irlandais sans ciller.
Aya poussa un soupir et daigna finalement se redresser, passant une main dans ses cheveux à la fois pour se recoiffer et soulager un peu son crâne douloureux.
– Et j'avale ça comment, moi ? Bougonna-t-il plus pour lui-même que pour les autres.
Yohji se permit un sourire lorsque Farf attrapa une bouteille de whisky dans le meuble qui leur servait de bar et la tendit au rouquin qui gémit :
– Eww… J'crois que je vais vomir…
Finalement, jugeant que les blagues les plus courtes étaient les meilleures, Farfarello lui tendit une petite bouteille d'eau qu'Aya prit avec gratitude pour enfin avaler son cachet d'aspirine. Yohji pouffa de rire et Ken sourit franchement devant la scène pour le moins divertissante. Aya allait bien en dehors de sa migraine, c'était le principal. Il se tourna vers Yohji pour lui parler, prenant bien soin de ne pas mêler Farfarello et Aya à la conversation.
– Tu devrais aller le voir.
– Non, c'est bon.
– Yohji.
– Il s'en remettra.
– Et toi ?
« Tu t'en remettras ? »
Ses lèvres se pincèrent. Ce sous-entendu ne lui plaisait pas.
Il n'aimait pas ce genre d'allusions muettes. Elles lui renvoyaient ses propres faiblesses en plein visage.
– Ca va.
Ken le jaugea un instant et soupira. Yohji ne l'avouerait jamais à personne mais il était très clair que les mots de Schuldig l'avaient touché, voire heurté. Mais ils devraient régler le problème tous les deux. Même Crawford ne pourrait pas faire grand-chose vu l'état d'énervement des deux amants.
En attendant, il leur fallait un peu de temps pour digérer la dispute et se remettre de leurs émotions. Et ça valait aussi pour Aya qui s'était de nouveau laissé tomber sans élégance sur son accoudoir de canapé sous l'œil très amusé de Farfarello. Yohji poussa un soupir et se laissa choir près d'Aya, provoquant un grondement d'ours mal léché de la part du rouquin.
– Allez Aya-kun, fais-moi un peu de place.
– Mais tu peux pas aller t'affaler ailleurs que sur moi ?
– Hey, sois gentil, j'ai besoin d'amour là, tout de suite. Et je sais que tu débooooooordes d'amour pour moi !
– Et moi j'ai besoin de respirer. Et je ne déborde de rien du tout ! Rétorqua Aya en poussant Yohji de façon à avoir un peu plus de place.
Farfarello et Ken échangèrent un regard amusé devant les chamailleries des aînés de Weiss. Au moins, Yohji souriait avec Aya, même si ce n'était pas vraiment ce qu'il ressentait…
De son côté, assis sur la dalle froide de la terrasse, Schuldig soupira et secoua la tête, passant de nouveau ses mains sur son visage. Quel fiasco.
Tout était de sa faute.
Il avait poussé Yohji à bout.
Mais cela faisait des semaines, des mois que Yohji jouait les électrons libres, incapable de se fixer une bonne fois pour toute. Son indécision et ses hésitations le dérangeaient de plus en plus, lui qui avait tant besoin de stabilité.
Il resta longtemps à regarder la nuit tomber sur le jardin, refusant de réintégrer la maison même lorsque Crawford vint aux nouvelles, s'inquiétant de son absence. Ca faisait des heures qu'il était là, transi de froid à attendre que ça passe. Sa colère ou sa douleur, il ne savait pas vraiment.
Brad avait obtenu de Yohji qu'il lui raconte la dispute à demi-mots, et il espérait pouvoir tirer le télépathe de sa bouderie mais sans succès :
– Bien… Je vous laisse régler ça, alors, avait-il dit en le laissant de nouveau seul, comprenant qu'il ne tirerait rien du télépathe pour le moment.
Schuldig pouvait passer des jours, voire même des semaines entières plongé dans un mutisme effrayant quand quelque chose le dérangeait. Brad savait qu'il était inutile d'insister. Schu viendrait lui parler le moment venu, quand il l'aurait décidé. Quand ça irait mieux.
Ce qui s'était passé avec Yohji l'avait blessé.
Le roux soupira de nouveau. Il avait vraiment fait le con… Il resta immobile, incapable de trouver le courage d'affronter de nouveau Yohji après un tel dérapage. Il remonta à nouveau ses genoux sous son menton et posa sa tête sur ses bras croisés, et il attendit, plongé dans ses pensées.
– Schu… Appela une voix douce derrière lui.
– Qu'est-ce que tu veux ? Fit Schuldig d'une voix lasse.
Il n'avait pas envie de se battre ce soir. Il était trop fatigué. Et Crawford avait refusé d'intervenir, les laissant régler ce problème tous seuls. Au point qu'il était même allé se coucher tout seul, le sale type.
Enfin, c'était vrai qu'il lui avait demandé aussi, mais bon Brad aurait pu insister un peu.
« Lâcheur ! » Songea Schuldig en grinçant des dents avec énervement, plein d'une manifeste mauvaise foi.
Il se sentait carrément seul au monde, maintenant. Yohji ne lui adressait pas la parole et Brad s'était volontairement mis en retrait pour ne pas avoir à intervenir dans cette querelle. Il se voyait mal aller pleurer sur l'épaule de Nagi et solliciter Farfarello était hors de propos. Quoique découper quelques légumes en tranches fines avec Farfie aurait eu le mérite de le détendre un peu… Voire transformer quelqu'un qu'il connaissait en descente de lit plutôt que de martyriser de pauvres courgettes, ça lui aurait bien plu !
– Je m'excuse.
– Quoi ?
– J'ai dit : je m'excuse, répéta Yohji un peu plus fort.
– Pourquoi ?
Yohji haussa les épaules, les mains dans ses poches.
– Tu ne vas quand même pas rester là toute la nuit ?
– Et pourquoi pas ?
– Tu vas tomber malade.
– Qu'est-ce que ça peut te faire ?
– Je ne veux pas que tu tombes malade.
Schu renifla avec dédain et tourna légèrement la tête sur le côté apercevant les jambes de Yohji juste derrière lui. Il n'avait pas vu qu'il était si proche de lui.
– Pourquoi ?
– Arrête les « pourquoi » et regarde-moi Schuldig.
– Nan.
– S'il te plait.
Schuldig poussa un soupir. Il faisait nuit, il était gelé et Yohji était accroupit derrière lui, attendant patiemment qu'il daigne se retourner. Et Yohji avait une patience infinie… Une qualité nécessaire pour un détective privé.
Il compta jusqu'à vingt et tourna la tête pour rencontrer le visage calme de Yohji. Son amant avait l'air très serein mais il ne voyait pas ses yeux. Depuis qu'il avait récupéré une paire de lunettes à Noël, il ne les quittait plus. Une bien mauvaise habitude pour quelqu'un qui manipulait l'électricité. Et il ne portait bien sûr pas de solaires en vulgaire plastique[S5] …
Une main glissa dans ses cheveux, finissant sa course sur sa joue et il se laissa aller à la caresse pleine de tendresse, si familière qu'elle en était douloureuse.
– Excuse-moi, murmura le roux.
– Je suis allé trop loin, dit doucement Yohji.
– J'y suis pas non plus allé avec le dos de la cuillère…
– C'est vrai, acquiesça Yohji avec un sourire.
Schuldig lui rendit un sourire un peu vacillant.
Yohji était si prompt à lui pardonner ses erreurs alors que lui-même était terriblement rancunier. Une des séquelles héritées de Rosenkreuz, sans doute… Brad lui répondrait sûrement qu'il avait toujours eu mauvais caractère et que Rosenkreuz n'avait rien à voir là dedans.
Enfin ! Il fallait bien un coupable dans l'histoire !
Il leva un regard bleu sur Yohji qui lui souriait gentiment. Tendant la main, il lui ôta ses lunettes noires pour voir ses yeux. Yohji eut un mouvement de recul.
– Attends…
Schuldig l'ignora et lui retira finalement ses lunettes. On était en pleine nuit de toute façon, il n'en avait pas besoin. Il voulait juste voir ses yeux. Ses yeux d'un vert si doux… La seule lumière qui filtrait un peu dans l'obscurité provenait de la fenêtre de la cuisine.
Il détailla son visage avec attention. Yohji avait les yeux rouges. La même rougeur qu'il avait pu observer sur le visage de Nagi, un peu plus tôt dans la journée.
– T'as pleuré ?
– Non. Et toi ? Murmura Yohji.
– Non, répondit Schuldig en détournant la tête, reprenant sa position initiale, le regard tourné vers le jardin.
Une perle cristalline dévala la courbe de sa joue, brillant étrangement sous le clair de lune. Derrière lui, Yohji bougea pour s'asseoir à sa droite. Schuldig posa sa tête sur son épaule, ses cheveux flamboyants glissant devant son visage.
Non, il ne pleurait pas pour ça. Parce que les assassins ne pleuraient pas.
Au premier étage, appuyé sur le rebord de sa fenêtre avec un petit sourire, Crawford leva le nez vers le ciel dégagé et piqueté d'étoiles dont il ne connaissait pas le nom. Il allait faire très froid cette nuit[S6] .
Mais pas pour tout le monde.
Notes : Et voilà, un nouveau pensionnaire pour les p'tits gars ! Comme quoi Farfie a de la suite dans les idées. Et vous l'aurez compris, la star du moment, c'est Nagi !
Je m'interrogeais sur la race d'un beau chien de garde et de défense, de préférence de grande taille…
Après consultation du mâle de la maison, mon choix s'est arrêté sur… Tadam, roulement de tambour ! Un Doberman. Et j'ai appris par la même occasion que la taille des oreilles était interdite en France depuis 2004. Et comme d'un point de vue purement esthétique (j'ai pas dit éthique, attention !), je trouve que le Doberman a plus de gueule avec des oreilles taillées ben il aura les oreilles pointues pour la fic. N'appelez pas la SPA : aucun animal ne sera maltraité pour les besoins de cette fic, promis ! Pour Schuschu, je promets pas par contre... Et pour ma défense j'ai toujours connu les Dob aux oreilles pointues, une conséquence de mon grand âge ah ah.
Sinon, je n'ai pas de faible particulier pour cette race, même si je lui trouve un port d'une noblesse à faire pâlir d'envie le Prince Charles ! Voyons le bon côté des choses, il ira très bien avec Crawford : même port hautain et mêmes grandes dents qui rayent le plancher.
Mais BREF (comme dirait Pépin[S7] ) : chose promise, chose due !
Je vous propose un petit jeu pour me faire pardonner les longs mois de sécheresse (pour ne pas dire la traversée du désert) qui se sont écoulés entre la publication du chapitre 12 et celle du chapitre 13…
Pendant ce temps, je n'ai certes pas avancé sur mes chapitres, mais j'ai gribouillé pas mal de bouts d'fics.
J'ai écrit récemment quelques p'tites scènes olé olé pour ne pas dire de mini lemounets. J'en mets donc une en jeu. Dans cette scène, le personnage principal est Farfarello.
Celui qui trouve quel(s) est(sont) son(ses) partenaire(s) a droit à une avant première (n'oubliez pas d'me laisser un moyen pour vous envoyer le cadeau, je suis incapable d'utiliser correctement les fonctionnalités de FFnet)…
Ces scènes ne seront incluses que bien plus tard dans la fic et c'est vrai que ce n'est pas vraiment dans mes habitudes mais bon, c'est pour le fun, j'avais envie[S8] !
Ah oui, j'oubliais : Am (recopieuse de brouillons d'fics et harceleuse spécialiste) et Cla (testeuse de fics et commentatrice professionnelle) vous êtes disqualifiées d'office, sinon c'est pas du jeu ! Non, je ne suis pas cruelle, elles ont déjà les avants premières. Et pour les résultats, vous pouvez jeter un p'tit coup d'oeil sur mon profil.
Sinon, j'voulais vous dire… J'ai planifié jusqu'au chapitre 17, étonnant, hein ? Moi qui suis incapable de faire un plan pour quoi que ce soit !
Vous êtes de supers lecteurs… Vous me remerciez de poster un chapitre après presque un an de silence alors que je mérite franchement des coups de pied au cul, pas des merci !
Arrrrrrrrrrrrrrrrrgh[S9] !
Enfin ça me fait super plaisir, vous pouvez même pas imaginer mais comment dire… Ah c'est trop d'émotion, j'vais me jeter du haut d'un trottoir ça va me calmer.
Et merci à vous !
Commentaires :
[S1] Cette réflexion là fait plus ou moins écho à une phrase d'une autre fic que j'aurai dû finir depuis longtemps… Un jour peut-être, vous la découvrirez !
[S2] Enfin je sais pas vous, mais moi j'trouve ça marrant.
[S3] Comme je suis connue pour ne JAMAIS faire la cuisine, j'ai toujours au moins un cuistot à domicile. Le problème c'est qu'ils ont tous une légère tendance à partir dans des expériences culinaires très piquantes. Genre les coquillettes au piment de Cayenne de mon meilleur pote ou le rizotto bourré de poivre de mon cher et tendre… Que du bonheur.
[S4] Une astuce testée et approuvée pour ceux qui ne la connaissent pas.
[S5] Hey moi j'en ai en vulgaire plastoc et elles sont très bien !
[S6] Ca, c'est le quart d'heure neuneu et hors sujet de l'auteur.
[S7] Une blague que mon meilleur pote affectionne particulièrement. Cherchez pas…
[S8] C'est le quart d'heure Happy Hour de l'auteur. Ca arrive.
[S9] Ca c'est le quart d'heure hystérie de l'auteur, ça lui prend souvent aussi faut pas faire attention… Je m'étale beaucoup dans mes blablas de fin de fics en ce moment, vous trouvez pas ?
