Titre : Alliés
Auteur : Syhdaal
Genre : Shonen ai
Base : Weiss Kreuz
Couples : Brad x Schu… Et Yohji (si vous êtes sages)… Et plein d'autres choses mais j'avoue qu'il va me falloir du temps pour mettre ça en place...
Disclaimer : Non, aucun de ces persos ne m'appartient (quel dommage…), enfin tout le monde le sait hein ! Je m'en sers juste de façon éhontée pour satisfaire mes délires de malade mentale.
Bon alors, on va essayer de se le faire plus léger celui là. Pour citer ma chère testeuse : « Nan, mais là, il est temps qu'il y ait un peu de bonheur ! ». Certes, ma p'tite Cla-chan, certes.
Mais c'est juste que la grande explosion de bonheur éternel, c'est pas pour tout de suite.
En fait, pour être honnête, ça va pas aller en s'arrangeant… Ou pas, qui peut savoir ?
Alliés
Chapitre 15
Brad avait réuni tout le monde au salon pour un petit briefing. Maintenant qu'ils étaient tous éveillés et que les entraînements avaient commencés depuis quelques temps déjà (même pour Aya), ils étaient en droit d'avoir des réponses aux questions qu'ils se posaient tous, même s'il craignait de ne pas pouvoir apaiser toutes leurs inquiétudes. Après tout, lui non plus n'en savait pas tant que ça, même s'il avait dû apprendre successivement à Schuldig, Nagi et Farfarello à se maîtriser. Dans chaque cas, ça n'avait pas été de tout repos. Schuldig perpétuellement piétiné par des pensées qui n'étaient pas les siennes, Nagi incapable de canaliser sa télékinésie sans accident, Farfarello en proie à de terribles accès de violence…
– Vous connaissez la théorie du choc en retour ? Demanda-t-il finalement, scrutant leurs visages dans l'attente d'une réponse.
Son équipe attendait patiemment, comprenant qu'il était temps que les Weiss obtiennent quelques réponses. Yohji haussa un sourcil pour le moins étonné.
– Pour Esset, j'étais au courant mais j'ignorais que tu versais dans l'ésotérisme aussi.
– Ta culture générale m'impressionnera toujours Yohji, répondit Brad avec un sourire. Mais je ne parle pas spécialement de l'ésotérisme, plutôt de la façon dont sont les choses.
– Je ne te suis pas, dit Aya, soudainement intéressé par la tournure que prenait la conversation.
Il avait été le dernier à s'éveiller à ses pouvoirs et ça ne se passait pas très bien, d'autant qu'il avait plein de questions sans réponses…
– Certains disent que tout se paye en ce bas monde. Il est connu que les sorciers croient au triple choc. Chez les Tziganes[S1] par exemple, on trouve la même chose : c'est la théorie du choc en retour. C'est aussi ce qu'on pourrait appeler le Karma.
– Et où veux-tu en venir ? Interrogea Yohji, curieux.
– Que cela ne se limite pas à quelques rituels occultes. Nous subissons les conséquences de nos actes chaque jour. Dans notre cas… Nos pouvoirs, qu'ils soient vus comme un don ou une malédiction, ont un prix.
– Quel genre ?
Aya et Yohji échangèrent un regard, peu rassurés. Qu'allait-il encore leur arriver ? Ils décidèrent d'un accord tacite de laisser Crawford poursuivre : il était rare que le leader des Schwarz daigne les éclairer sur les étranges changements qui s'étaient opérés en eux.
– Je vois l'avenir. Mais je deviendrai aveugle et aucun traitement n'y pourra jamais rien. Schuldig connait tout de vous mais presque rien de lui car sa télépathie affaiblit son esprit. Pour preuve : il ne se souvient même plus de son véritable prénom. Nagi possède un don particulièrement puissant mais cela influe sur sa croissance. Il restera de constitution fragile toute sa vie car son pouvoir demande bien trop d'énergie pour son corps. Enfin, Farfarello est un cas particulier : il se régénère particulièrement vite et ne sent pas la douleur mais dispose d'une acuité particulièrement douloureuse de son environnement.
Aya se mit à gigoter sur son siège, gêné. Schuldig, Nagi et Jei restaient plongés dans un mutisme effrayant, parfaitement conscients de ce que Brad venait de dévoiler à leurs anciens ennemis. Yohji inspira profondément, digérant le coup de massue.
– Et pour nous ? Demanda Ken du bout des lèvres, prononçant tout haut ce que ses équipiers ruminaient depuis un moment.
– Je l'ignore. Je ne sais même pas si vous survivrez à ça. Tous les êtres humains ont un potentiel psychique plus ou moins fort. Certains ne le développeront jamais même s'il est très puissant. Ceux qui naissent avec leurs habilités ne peuvent toutefois pas toujours le supporter. Alors pour vous qui n'aviez pas de pouvoirs à la naissance, le développer artificiellement par le biais d'expériences scientifiques c'est… Dangereux.
« La roulette russe. »
– Ca a le mérite d'être honnête, dit doucement Aya.
Bien sûr, dans le fond, ils savaient déjà tout ça. Enfin, le passage sur les Schwarz excepté… Pour eux, l'important était de connaître quels genres de contreparties leur pesait au-dessus de la tête, en plus de la maladie.
– Nous ne pouvons qu'attendre et suivre l'évolution de la chose. Je ne vous l'ai jamais caché, mais nous avançons toujours à l'aveuglette.
– Attendre… Combien de temps ? Demanda lentement Omi, qui avait jusque là écouté en silence, comme souvent.
– Je ne sais pas.
– Non, c'est pas ça Brad. Combien de temps me reste-t-il, à moi ? Demanda le petit blond d'une voix basse.
La question plongea la pièce dans un silence autrement plus gêné.
– Je…
– Ne sais pas, coupa Omi. Personne ne sait, ou plutôt, vous faites tous semblant de ne pas savoir. S'il y en a un qui n'y survivra pas, ce sera moi.
Ken toucha son épaule, surpris qu'il donne voix à ses pires angoisses devant tout le monde. Qu'il parle de ce qui le tourmentait sans relâche la nuit.
– Omi…
– Ne dis pas des choses pareilles, tu vas nous porter la poisse, râla Yohji.
Omi renifla avec énervement.
– Oui bien sûr, c'est pas comme si j'avais déjà l'air d'un mort qui marche.
– C'est bon Omi, on a compris.
– Compris quoi, Yohji ? Que je n'atteindrai jamais mes dix-neuf ans ? Cingla le plus jeune d'un ton venimeux.
– Oui, ben on va s'occuper des dix-huit d'abord si tu veux bien, rétorqua Yohji pour essayer de détourner la conversation sur un sujet autrement plus festif que leur mort probable et prochaine.
Omi baissa la tête avec un soupir, vaincu. Il était fatigué, tellement fatigué… Et ce jour qui approchait.
– Super.
– Tu n'en as pas envie ? Ce n'est pas une obligation de le fêter si tu ne veux pas, demande Yohji d'une voix plus douce.
– Je sais pas, dit Omi avec un soupir las, les yeux toujours fixés sur ses genoux.
Un regard fut échangé discrètement entre les Weiss alors que Ken se penchait sur lui pour lui poser une question.
– Tu veux monter ?
– J'veux bien…
Le brun l'aida à se lever, le laissant saluer le reste du groupe avant de l'accompagner jusqu'à sa chambre au deuxième étage pendant que les autres poursuivaient leur discussion.
– Ken-kun…
– Oui.
– Je…Non, rien, laisse tomber.
– Bah dis-moi, fit Ken en fermant les volets et tirant ses rideaux, plongeant la chambre dans une obscurité presque complète pour qu'il puisse prendre un peu de repos.
– Tu crois que je suis né ce jour-là ou qu'ils m'ont juste donné ça comme date de naissance ?
– Je ne sais pas Omi. Qu'est-ce que ça change ?
– Compte sur moi pour être né un jour qui n'existe même pas, marmonna le blond.
– Tu es là, c'est suffisant.
– J'aurai bien voulu être sûr de quelque chose, pour une fois.
– Hm…
Ken fit quelques pas pour s'asseoir près de lui sur le bord du lit. Omi se contenta de garder le silence, ses yeux bleus perdus dans le vague. Une main réconfortante s'attarda dans ses cheveux et il sentit Ken bouger pour se relever. Il allait sans doute le laisser dormir et rejoindre les autres.
– Garde le moral Omittchi. Demain, il fera jour.
– Ben y s'rait temps, la nuit commence à être longue ! Répondit-il avec une certaine amertume.
Ken eut un petit rire, restant à ses côtés un moment avant de lui souhaiter une bonne nuit et de prendre congé. Une fois seul, Omi s'allongea pour contempler son plafond blanc sur lequel sa petite lampe de chevet projetait des ombres étranges. Celles des quelques objets qu'il avait déballé depuis le déménagement. Pas grand-chose pour ainsi dire, les autres avaient installé le plus gros des meubles et rempli les armoires mais il n'avait pas eu le temps de ranger la plupart de ses cartons. Sa faiblesse avait même gagné du terrain sur son entêtement légendaire… Si ça, ce n'était pas un signe ! Il soupira.
Nagi passerait jeter un œil sur lui un peu plus tard dans la soirée, lorsqu'il monterait lui aussi se coucher. S'il était encore réveillé, ils parleraient sans doute un peu. Sinon le petit brun se glisserait dans sa chambre dans le plus grand silence, de peur de le réveiller. Il avait noté que les cauchemars étaient moins fréquents depuis l'arrivée du jeune chien au pelage noir et feu. Loulou avait rapidement pris ses quartiers devant la porte de son jeune maître, Crawford ayant interdit au chien l'accès des chambres à coucher. Le doberman avait hérité de plusieurs coussins très confortables disséminés un peu partout dans la maison : un à chaque étage supérieur et un autre dans le séjour notamment… Et c'était sans compter la flopée de jouets divers et variés qui jonchaient maintenant le sol de la demeure. Du crocodile en plastique à la balle rebondissante en passant par le frisbee, tout y était… Au grand dam d'Aya qui avait particulièrement le chic pour trébucher dessus. C'était bon d'avoir un animal à la maison, et ça l'apaisait lui aussi de savoir que le chien de garde dormait devant leurs portes une fois la nuit venue.
Il roula sur le côté, emporté par ses réflexions. Même réfléchir à sa journée l'épuisait à présent. A croire qu'il ne lui restait vraiment plus longtemps. Un nouveau soupir lui échappa et il tendit la main pour éteindre sa lampe, plongeant la chambre dans l'obscurité. Il était tellement fatigué… Il ne parlerait probablement pas avec Nagi ce soir, il était déjà trop tard.
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Yohji posa son livre avec un petit soupir, fouillant machinalement dans sa poche pour y prendre son paquet de cigarettes. Il s'en alluma une, et souffla sa fumée vers le ciel gris d'un air pensif. Le temps passait décidément bien vite, capricieux. Les souvenirs eux, restaient intacts, ou presque.
Cruelle ironie, lui qui n'avait jamais été capable d'assumer ses sentiments pour celle qui fut l'amour de sa vie se retrouvait maintenant avec deux prétendants sur les bras, et il craignait fort d'être en train de retourner les sentiments.
Il perçu un petit raclement près de lui et leva les yeux pour voir Loulou s'approcher de lui et quémander quelques gratouilles. Comme il passait le plus clair de son temps sur la terrasse malgré les froids hivernaux, que ce soit pour son laborieux entraînement ou pour lire un bouquin en paix, il s'était trouvé un compagnon que la température glaciale ne dérangeait visiblement pas et qui avait de plus la grande qualité d'être dénué du don de parole. Inutile de préciser que ce dernier fait n'avait pas de prix : ça reposait ses oreilles mises à rude épreuve toute la journée dans la maison. Le chien posa sa tête sur sa cuisse, lui jetant un regard brun plein de sympathie.
– C'est l'angoisse, hein mon gros ? S'amusa-t-il
Le chien lui fit l'effet d'acquiescer en penchant la tête sur le côté. Ou alors c'était juste « gratte-moi derrière l'oreille gauche, là ». La scène lui arracha un sourire. Les oreilles pointues de l'animal s'agitèrent légèrement et il perçut un léger bruit de pas derrière lui. Quelqu'un venait le rejoindre et il tablait soit sur Aya, soit sur Crawford.
– Tu étais là.
C'était Crawford. Aya n'aurait pas parlé. Le grand blond leva la tête vers Brad qui se tenait près de lui, faisant glisser ses doigts sur la tête noire de Loulou par réflexe.
– Je fais grève, déclara Yohji en le regardant s'asseoir dans un des sièges de jardin qui meublaient la terrasse.
Crawford ne put retenir un petit rire devant son ton catégorique.
– Je ne venais pas pour un entraînement.
Pas pour un entraînement, qu'il disait ? Ca ne sentait pas bon pour lui. Yohji écrasa son mégot pour prendre une nouvelle cigarette aussitôt. Ce qui avait tout à voir avec la nervosité qu'il sentait poindre à l'horizon et la discussion sérieuse qui s'annonçait…
– Tu en as déjà fumé seize depuis que tu es là.
Yohji lui jeta un bref coup d'œil.
– Faut bien mourir de quelque chose.
– Ca fait deux heures et demie…
– Ce qui nous fait une moyenne de six clopes et des poussières par heure, lâcha Yohji en inspirant profondément.
Ca sentait vraiment pas bon. Genre la vieille chaussette pourrie abandonnée dans un sac à dos pendant trois semaines. Ou la bouffe de Ken, au choix.
– Yohji.
– Hm…
– Qu'est-ce qui ne va pas ?
Il faillit répondre « rien », par habitude puis se ravisa finalement opta pour la franchise. Il était las de se cacher en permanence. Ca l'épuisait de danser sur des œufs dès qu'il s'agissait des autres et de Schuldig en particulier. Et peut-être qu'après avoir mis les choses à plat, il n'aurait plus à se soucier de ça.
– Je suis si transparent que ça ?
– Tu es assis par moins deux degrés sur la terrasse à fumer cigarettes sur cigarettes alors que c'est bientôt ton anniversaire.
– Je plaide coupable, dit Yohji avec un sourire.
Brad se contenta de l'observer un bref instant, de petits nuages de fumée se formant près de sa bouche. Il devait être gelé. Il n'avait même pas d'écharpe. Yohji se demanda pourquoi il était venu le rejoindre pour lui parler dans de telles conditions. Brad Crawford était peut-être tout simplement fou.
Voilà qui expliquerait bien des choses…
– Tu ne veux pas en parler ?
– Parler de quoi ? Demanda Yohji avec un soupir.
– … De mon ex, avec toi ? Pas très délicat, poursuivit-il d'une voix atone.
– On a tous notre passé, Yohji. Je ne t'ai jamais demandé de faire une croix dessus.
– Schu pourrait me le demander.
– Schu a aussi son passé. Des choses que même moi je ne connais pas.
– Hm… Mais toi, il ne t'entend pas ruminer à longueur de journée.
– C'est la différence. Toi, il t'entend. Si tu scandes son nom à longueur de journée, je peux comprendre que ça lui porte sur les nerfs. Surtout qu'il est très… Exclusif, pour ne pas dire jaloux.
– Ouais…
Brad se pencha en avant pour rencontrer son regard fuyant, posant sa main sur la sienne.
– Elle est morte, Yohji. Je sais que ça te fait mal. Mais tu ne pourras pas ressasser ça toute ta vie.
– Je l'ai tuée.
Un murmure.
– Je sais. Mais ce n'était plus Asuka Murase depuis longtemps. Elle est morte dans cette allée en même temps que son partenaire Yohji Kudoh, détective privé.
– Peut-être, fit simplement le plus jeune en se laissant aller dans son siège, séparant sa main de celle de Brad.
Brad le fixa de ses yeux brun pâle pleins de patience.
– On voudrait tous repartir de zéro, Yohji. Mais Schuldig te dirait que ce n'est pas la plus simple des choses.
Sur ces dernières paroles il se leva avec son élégance habituelle, laissant sa main glisser sur son épaule au passage. Yohji le regarda rentrer dans la maison sans mot dire. Voilà qui n'arrangeait pas ses affaires. Brad avait sans doute raison. Mais il y avait des choses qu'il ne pouvait se résoudre à oublier.
Dommage, si on pouvait juste tout effacer d'un revers de la main, la vie serait sans doute beaucoup plus facile pour tout le monde. Il soupira bruyamment et dispensa quelques caresses affectueuses à Loulou qui tendit le cou pour glaner des cajoleries supplémentaires.
– Ben moi je te le dis mon vieux Loulou, c'est bon une vie de chien.
Le chien dressa une oreille amusée, comme s'il avait compris. Yohji sourit, décidant de terminer sa cigarette et de rentrer à l'intérieur où des températures plus clémentes l'attendaient. Il se releva et prit le temps de s'étirer, faisant craquer avec soulagement certaines de ces articulations engourdies par le froid... Et peut-être un peu plus que ça !
– Ca y est, j'craque de partout. Une vraie biscotte ! S'amusa-t-il avant de réintégrer la maison en compagnie du chien.
– Allez mon gros, on rentre, ça caille trop.
Il fit le tour de la bâtisse pour rentrer par la porte d'entrée et faire un crochet direct par le hall pour se débarrasser de ses chaussures et ses vêtements. A ses côtés, le chien s'ébroua puis trottina jusqu'à la cuisine pour y trouver sa gamelle d'eau et peut-être une friandise. Yohji allait se rendre au salon pour arrêter de ruminer ses sombres pensées quand il croisa Aya dans le couloir. Le roux s'était fait plutôt discret dernièrement, essayant difficilement d'apprivoiser ses nouvelles capacités… Avec bien du mal, comme chacun d'eux. Il se demanda à quoi pouvait songer son coéquipier, piétiné par des émotions qui n'étaient pas les siennes… Lui qui avait déjà tant de mal à gérer ses propres sentiments. Yohji se fit la réflexion que lui-même n'était pas au mieux de sa forme actuellement. En fait, il déprimait carrément. Il faisait beaucoup de cauchemars et ne se sentait guère d'humeur joyeuse. Schuldig culpabilisait de ne pas pouvoir le soulager et lui culpabilisait de faire culpabiliser Schuldig : un vrai cercle vicieux. Vivement le retour du beau temps, ça allègerait sûrement l'humeur triste de la maison. Pour l'heure, il nota que son cadet affichait un air bien préoccupé. A défaut de déborder de joie en ce moment, il pourrait peut-être lui remonter un peu le moral. Ou alors, ils déprimeraient ensemble, ça semblait aussi une bonne idée. Yohji esquissa un sourire à la vision d'Aya et lui en train de s'empiffrer de glace aux cookies devant le film de Dirty Dancing. Ou le Journal de Bridget Jones, oui ça collait mieux.
– Hey, Aya-kun, salua-t-il avec un petit sourire.
Aya leva les yeux sur lui et Yohji put voir la lassitude sur le visage du jeune homme. Il avait l'air épuisé. Il allait lui demander si ça allait et même lui proposer la fameuse glace aux cookies mais en arrivant à sa hauteur, il vit les jambes d'Aya céder sous lui, ne le rattrapant que par pur réflexe.
– Aya !
Yohji empoignant son bras pour lui éviter de s'effondrer tout à fait. C'était juste ! Son autre bras s'enroula autour de la taille mince de son leader, sa main entrant en contact avec la peau brûlante du rouquin. Un courant électrique le parcouru des pieds à la tête au moment où il le toucha. Il aurait voulu le lâcher pour parer à l'accident mais c'était trop tard, il tombait déjà.
Lorsqu'il reprit ses esprits, Yohji mit un moment à se rendre compte de l'endroit où il était. Il reconnu vaguement le couloir. Toutes les couleurs étaient fanées, son regard voilé. Il était à genoux par terre et il y avait un poids sur ses jambes. Baissant ses yeux à la vision floue, il rencontra le regard noyé d'Aya qui murmurait des choses qu'il n'entendait pas. Les mains de l'empathe étaient crispées sur son bras et il tremblait. Aya pleurait. Et des larmes coulaient également sur son visage. Il ne savait pas pourquoi, il se sentait mal. Il était quasiment sourd, tout lui parvenait au travers d'un épais silence cotonneux. Il se demanda vaguement si son électricité n'avait pas causé la perforation d'un de ses tympans. Il n'avait pas mal pourtant, pas vraiment. Il avait juste envie de pleurer…
Il baissa à nouveau la tête pour voir Aya qui semblait lui parler. Il ne l'entendait presque pas. Il avait rarement vu Aya verser des larmes. Il aurait voulu lui demander pourquoi il pleurait, ce qui lui faisait mal. S'il l'avait blessé. Puis quelques mots lui parvinrent, hachés, entrecoupés de silences et de hoquets. Il les devina plus qu'il ne les entendit.
– ... Lé… Je suis déso… Je ne sav… Pas Yoh… Je ne savais pas… Je suis désolé…
« Je ne savais pas, je suis désolé. »
Désolé de quoi ?
Il ne comprenait pas.
Puis il se rendit compte de la présence de Brad, à genoux près de lui, qui essayait désespérément d'obtenir une réponse de sa part. Schuldig était là aussi, inquiet au possible et pâle comme un mort, n'osant pas toucher Aya de peur d'engendrer un autre accident.
Il aperçu Farfarello et Nagi pas très loin, observant la scène à distance. Où était Ken déjà ? Ah oui, cloué au lit depuis deux jours, comme Omi. Et il allait suivre le même chemin vu la migraine impressionnante qui commençait à pulser entre ses tempes.
– ... Aya.
Ah, sa voix fonctionnait de nouveau. Il essaya également de faire obéir ses mains, pour aider Aya à se redresser, essayer de comprendre pourquoi il pleurait en silence. Il avait dû prendre une sacrée décharge. Finalement, Crawford prit son courage à deux mains pour aider Aya à se relever, le plaçant en position assise et s'assurant qu'il n'avait pas de blessures apparentes. Le jeune leader des Weiss n'avaient d'yeux que pour Yohji.
– Yohji, je…
– Il ne t'entend pas, Aya, dit doucement Crawford en l'aidant à s'appuyer contre un mur pour qu'il se remette un peu de ses émotions.
– Mais il...
– Chut, reprends ton calme.
Aya inspira profondément en fermant les yeux, pour stabiliser sa vision, sentant Brad effacer les larmes sur son visage trempé à l'aide d'un mouchoir. Il ne l'aurait pas cru si attentionné pourtant… Mais la présence silencieuse de Crawford près de lui étouffait les bruits des autres, quasi insupportables dans son état de faiblesse. Schu leur jeta un coup d'œil averti, évaluant les dégâts chez l'empathe. Aya s'en remettrait, ça n'était pas aussi grave que la dernière fois, avec Nagi.
Des images d'une femme mince aux yeux bruns et à la courte chevelure sombre. Une casquette, un jean et une chemise d'homme jetée sur un tee-shirt. Un parfum, un rire. Schuldig soupira imperceptiblement et posa la main sur l'épaule de Yohji une fois Aya un peu à l'écart.
– Yohji, tout va bien ?
– Je sais pas.
Un murmure honnête pour toute réponse.
– Farfie, appela le télépathe en aidant Yohji à se relever.
Farfarello s'approcha pour lui prêter main forte, soutenant Yohji jusqu'au salon où ils l'aidèrent à s'allonger dans un des canapés tandis que Brad déposait Aya avec délicatesse un peu plus loin.
– Merci Jei, j'ai besoin d'un verre d'eau et d'aspirine, s'il te plait ? Demanda Schu à voix basse.
Son équipier acquiesça, rejoignant Nagi à l'extérieur de la pièce pour réunir les choses demandées par le télépathe. Lorsqu'il revint avec une bouteille d'eau sous le bras, des verres et du paracétamol, Schu prit directement deux pilules qu'il fit passer à grandes gorgées.
– Merci… Dit-il dans un soupir.
Crawford haussa un sourcil.
– C'était pour toi ?
– Ouais, j'en ai besoin, grogna l'Allemand d'un ton où l'autre sentit poindre l'agacement.
Brad ne rata pas le regard bleu enflammé que le roux posa sur Yohji. Il pouvait sentir sa frustration et sa colère d'ici. Rien de plus normal. Yohji s'était laissé déborder par ses souvenirs au mauvais moment, au mauvais endroit, et Aya avait visiblement partagé ses pensées par malchance.
– Dois-je en déduire qu'une discussion s'impose ? S'enquit Brad avec un calme olympien.
– Possible, fit Schuldig en s'asseyant près de Yohji pour vérifier que ça allait malgré la colère rampante qu'il commençait à ressentir.
Oui, une discussion sérieuse allait s'imposer. Brad avait fait ce qu'il pouvait, mais là… Avoir Yohji qui ressassait ça tout le temps, et maintenant Aya, c'était trop pour ses petites antennes télépathiques. De son côté, Aya accepta de bonne grâce d'avaler le verre d'eau que lui tendait Brad, commençant à se remettre de ses émotions. Il avait un mal de crâne atroce mais là, il sentait surtout qu'il allait avoir besoin de prendre l'air avant de dégobiller sur le joli coussin qui lui servait d'oreiller.
– Bon, personne n'est blessé. On va vous mettre au lit.
– Non… Non, ça va, fit Aya en se redressant péniblement.
Il fit une tentative pour se mettre debout, obstiné, mais Jei tendit la main pour attraper son bras et le stabiliser avant qu'il ne retombe.
– Euh… P't-être pas…
Brad leva les yeux au ciel en s'emparant de l'autre bras du rouquin vacillant :
– C'est pas possible d'être aussi têtu ! Vous pourriez pas me faciliter la tâche, pour une fois ? Fit-il un peu agacé par tant de mauvaise volonté.
Déjà qu'il passait ses journées à leur courir après pour savoir où était chacun des garçons, à quelle heure, en train de faire quoi et avec qui, il aurait aimé que de temps en temps, ne serait-ce que par gratitude pour l'énergie qu'il déployait à éviter les accidents, lesdits garçons soient une chouille plus obéissants que d'habitude. Oh, il ne leur demandait pas d'avoir le doigt sur la couture et d'être au garde à vous (quelle blague, comme si ça avait été seulement envisageable rien qu'avec Schuldig et Aya dans les rangs), mais un semblant de coopération lui aurait fait très, très plaisir.
Et bien sûr, c'était toujours au moment où ça partait en sucette qu'ils décidaient de se rebeller. Ah, quelle misère ! Il allait bientôt lui falloir de l'aspirine à lui aussi. Il devrait peut-être prendre des actions, vu les quantités industrielles qu'ils consommaient tous ici…
Brad Crawford prit une profonde inspiration, ne ratant pas l'ombre de sourire qui s'était dessinée sur les lèvres de Schuldig. Il avait dû penser un peu trop fort, l'énervement sans doute. D'un signe de tête, il indiqua à Jei de se diriger vers la porte vitrée coulissante qui donnait sur la terrasse pour qu'Aya prenne un peu l'air.
– Farfarello, tu restes avec lui ?
L'Irlandais acquiesça en silence, aidant Aya à s'asseoir dans un des sièges que Yohji et Brad avaient occupés quelques temps plus tôt. L'aîné des Schwarz réintégra le salon après s'être assuré qu'Aya n'allait pas tomber en syncope. Quant à Yohji, il serait bon de l'aider à aller se coucher. Les discussions attendraient au moins le lendemain…
Aya se remettait assez difficilement de ses émotions, écroulé de façon peu élégante sur sa chaise. A croire que ça ne se calmerait jamais et cette douleur dans sa tête ! Il poussa un soupir bruyant, sentant une main effleurer son visage avec douceur, dégageant une mèche de cheveux trop longue. Surpris par la caresse, il leva le nez pour rencontrer l'œil unique de Farfarello qui lui renvoya un regard impénétrable. Visage lisse, sans émotion. Un peu comme le sien, et pourtant, il savait que ça bouillonnait sous le masque de glace. Etrange similitude qu'ils partageaient.
– Ca va aller ?
Une question étonnante, de sa part. Farfarello ne demandait pas en général, il affirmait.
– Oui, répondit Aya en passant ses mains dans ses cheveux. Je ne sais pas, ajouta-t-il finalement avec un petit soupir déprimé.
– Hm.
– Schu m'a dit que ça faisait mal.
– Oui.
– Même pour toi ?
– Je n'ai pas mal.
– Mais… Le reste ?
Jei lui jeta un regard interrogateur.
– Je veux dire, pas physiquement, précisa Aya, un peu nerveux.
– Physique, psychologique, psychique, métapsychique. Ce ne sont que des niveaux différents.
– Je ne comprends pas.
– Avoir mal, le sentir, en être conscient. Ne pas le sentir. Je ne le sens pas, j'en ai conscience.
– Tu as conscience que tu devrais avoir mal ?
– Me couper un doigt ne rentre pas dans l'évaluation d'avoir mal. Mais je devrais.
– Okay. Mais ma question…
– N'est pas claire, fit Farfarello avec un demi-sourire.
– Désolé. Ca ne me regarde pas, de toute façon.
Le jeune homme borgne haussa les épaules. Ce genre de considération lui était un peu égal. Mais Aya posait rarement des questions et ça l'amusait toujours de voir ses réactions à chaque réponse. Un frisson parcouru le corps du leader des Weiss. Il n'avait pas pris le temps de se couvrir pour sortir prendre l'air. Lui-même n'avait qu'un fin pull noir sur le dos et même s'il n'était pas particulièrement frileux, il sentait bien qu'ils devraient rentrer avant de prendre un coup de froid.
– On devrait rentrer.
Aya acquiesça. Il s'était calmé, et le froid avait un peu anesthésié ses sens à vif. Et s'il n'entendait pas vraiment Brad, il ne semblait pas non plus entendre Farfarello. C'était quelque chose dont il devrait parler avec Schuldig à l'occasion. Jei se leva et lui tendit la main pour l'aider à faire de même. Un peu surpris, Aya accepta son aide. Il n'avait pas vraiment l'habitude de ce genre d'attention et sentit ses joues s'enflammer avec embarras. C'est donc ensemble qu'ils rentrèrent au chaud, apprenant par Nagi que Yohji était monté se reposer en compagnie de Brad et Schu.
– Je vais monter aussi, annonça Aya en se frottant les mains pour se réchauffer.
Nagi lui dédia un petit sourire.
– Ca ira mieux demain, tu verras.
– J'espère. Bon… A plus tard.
– A plus.
Une fois qu'il fut hors de vue, Nagi leva le nez sur Farfarello avec un petit sourire.
– Bon, les Weiss et les vieux sont au lit, qu'est-ce qu'on fait ?
– Un scrabble ?
– Faaarrrf !
– Un cheesecake, alors ?
– J'aime paaaaaaas !
Jei se fendit d'un sourire quand son regard se posa sur la télévision.
– Film d'horreur et cookies ?
– Film d'horreur et cookies !
La soirée se déroula donc entre dégustation de gâteaux et visionnage intensif de films d'épouvante pour Nagi et Farfarello, aucun des autres habitants ne venant les rejoindre pour la soirée. Loulou en avait profité pour se rouler avec bonheur sur le canapé aux côtés de ses deux compagnons, réclamant juste une sortie de temps à autres.
Le lendemain, l'ambiance était un peu moins à la fête pour Yohji qui dû faire face à la discussion sérieuse, le retour. Le problème, c'était que Schuldig lui réclamait des explications sous l'œil un peu découragé de Brad qui savait très bien que cette conversation ne mènerait pas à grand-chose. Ils tenaient donc la réunion dans la chambre de Crawford, coupant au grand blond toute possibilité de fuite immédiate. Comme quoi, on ne pouvait pas se défiler à tous les coups.
– Yohji, pourquoi tu refuses de me parler ?
– Parler de quoi Schuldig ? Soupira le Weiss en sentant que la discussion allait très vite devenir compliquée.
– De ce qui te perturbe. Ou de ce qui te fait mal.
– Pourquoi tu ne le lis pas si tu tiens tant à le savoir ?
– Je pensais qu'on avait une relation de confiance, que si tu voulais me parler, tu le ferais.
– Le problème est là. Je ne veux pas en parler.
Petit silence. Brad étouffa un soupir, estimant que ça ne prenait pas un tour engageant.
– Tu n'as pas lu ? Demanda finalement Yohji avec une hésitation.
– Non. Je t'entends, mais je ne t'ai pas lu volontairement, même si Brad aide beaucoup à faire tampon.
– Je ne fais pas de miracle, malheureusement, dit le brun avec un petit sourire en remontant ses lunettes du bout des doigts. Et je ne lis que dans l'avenir, ajouta-t-il à l'intention de Yohji.
– Désolé.
– Laisse tomber les fausses excuses Yohji, moi je veux des réponses claires, répondit Schu en essayant de museler son énervement.
– Tu veux que je te dise quoi ? Que je me débecte parce que je pense tout le temps à elle alors que vous êtes là ?
Crawford échangea un rapide coup d'œil avec Schuldig. Ils le savaient depuis le début, mais entendre Yohji se l'avouer, c'était un grand pas en avant.
– Tu te sens coupable, c'est ça ? Demanda le télépathe en s'avançant pour passer glisser ses doigts dans sa chevelure ondulée.
Yohji haussa les épaules avec un grognement, détournant les yeux.
– Vous êtes là, et moi, entre vous deux… C'est pas ma place, ça ne fonctionnera jamais, laissa-t-il tomber avec une amertume à peine contenue.
– Pourquoi ça ne fonctionnerait pas ? Interrogea Crawford avec douceur, espérant réussir à crever enfin l'abcès.
– Vous devriez rester tous les deux, vous êtes… Enfin, regardez-vous, vous êtes faits l'un pour l'autre et moi je suis en train de tout foutre en l'air.
– Ta présence ne gâche rien, Yohji. Nous voulons tous les deux que tu sois là. Cependant, si tu préfères t'éloigner…
– Tu ferais ça ? Demanda Schu en plantant un regard bleu étincelant dans le sien.
– Je… Je ne sais pas Schu. Est-ce que tu peux vivre avec moi alors que je pense à elle tous les jours ? Je… Peux pas t'imposer ça.
– Je pensais que tu étais bien, avec nous, répondit le roux.
– Oui mais… J'ai pas l'impression…
– Tu penses à nous aussi, le coupa Schuldig.
– Pardon ?
– Tu penses à elle. Mais tu penses beaucoup à nous.
– Oui mais…
– Ecoute Yohji, si tu cherches des excuses pour nous tenir à l'écart, crache le morceau et qu'on en finisse parce que moi je supporte plus de pas savoir où je mets les pieds !
Yohji ouvrit la bouche pour protester mais Brad l'interrompit en levant une main apaisante, jetant au passage un regard à Schuldig pour lui intimer de garder le silence quelques instants.
– Yohji.
Le blond leva les yeux sur Crawford, se sentant effroyablement coupable.
– Schu essaye de te dire qu'il a besoin de toi et surtout qu'il a besoin de stabilité.
– Et toi ?
– Il me serait difficile de me passer de toi, avoua Brad avec un sourire. C'est comme ça. Mais il faut que tu comprennes que si tu es ici, c'est parce que nous le voulions tous les deux. Ce que nous voudrions savoir, c'est si toi aussi c'est ce que tu veux.
– Bien sûr mais… Bredouilla Yohji en essayant de rassembler un peu ses esprits éparpillés.
Ca faisait beaucoup d'émotions en si peu de temps pour son petit cœur, surtout venant de Brad.
– Mais quoi ? S'exclama Schuldig d'un air exaspéré.
– Je ne suis pas sûr…
– De quoi, Yohji ? D'être à la hauteur ? Que ça dure toute notre vie ? Même nous on n'en sait rien !
– Même toi, tu ne sais pas ? Demanda Yohji en s'adressant à Brad.
– Le futur change. Chacun de nos choix, de nos gestes l'affecte. Rien n'est écrit, ce qui est somme toute plutôt rassurant, non ?
– Ouais mais comment savoir si c'est bien ?
– On est tous ici assez mal placés pour juger de ce qui est bien, raisonna le voyant.
La preuve, en pensant faire ce qui était bien, il avait plongé un de ses équipiers dans un abîme de souffrances. Il comprenait à présent pourquoi l'enfer était pavé de bonnes intentions…
Yohji leva les yeux au ciel.
– Oui, bon, tu vois ce que je veux dire.
– L'avenir nous le dira.
– Et en attendant ?
L'ancien détective privé ne loupa pas le regard amusé que les deux autres échangèrent.
– On n'a qu'à en profiter, déclara Schuldig d'une voix de velours en s'installant sur ses genoux, joueur.
Il commença à défaire les boutons de sa chemise sans quitter son regard vert qui s'embrasait. Yohji sentit des lèvres se presser sur sa nuque et descendre sur le côté de sa gorge, taquines.
– Fais-nous confiance. Et détends-toi…
######
De l'étage, Aya se dirigea sans réfléchir vers la cuisine. Il savait qu'il y trouverait Ken qui aujourd'hui se sentait bien mieux que la veille et avait pu se lever. Effectivement, il y trouva le brun en compagnie d'Omi et Farfarello. Comme souvent. Il l'interpella et le brun interrompit sa conversation avec Omi pour le saluer avec un sourire.
– Tu peux venir ?
Ken échangea un regard un peu étonné avec Omi mais se leva et le suivit, à la fois curieux et angoissé, se demandant ce que pouvait bien lui vouloir Aya.
Aya pouvait sentir toutes ses émotions sous-jacentes, pas trop bruyantes mais bien là quand même. Mais lui ne se sentait pas très bien : il avait affreusement chaud. Comme si quelque chose le consumait de l'intérieur. Il devait flirter avec le quarante de fièvre.
– Je peux t'aider ? Demanda Ken une fois qu'ils furent un peu à l'écart des autres, dans le couloir.
Le brun savait qu'il y avait eu un incident avec Yohji pendant qu'il dormait. Omi et lui avaient récupéré quelques informations auprès de Nagi surtout qui avait passé presque toute la nuit devant la télévision avec Farfie.
Aya se tourna pour lui faire face, sentant la chaleur lui exploser au visage, foudroyante, plongeant son esprit dans une fébrilité quasi aveuglante. Ken se trouva poussé contre le mur, Aya pressé contre lui qui l'étreignait en lui murmurant des mots passionnés. Le roux étouffa le hoquet de stupeur du jeune homme d'un baiser qui sembla le convaincre de ne pas se débattre.
Ken se laissa faire, répondant à son étreinte, osant à peine croire à son bonheur. Ca faisait si longtemps qu'il en rêvait et même si une lointaine petite voix dans sa tête lui criait que ce n'était pas normal, qu'Aya ne ferait jamais ça, il n'avait plus tout à fait le contrôle de ses gestes. Les mains chaudes d'Aya se glissaient sous ses vêtements, dans ses cheveux, couraient sur son corps mues par une folle frénésie. Aya susurra son prénom à son oreille dans un souffle brûlant.
Un gémissement s'éleva dans la pénombre du couloir.
Puis un cri de surprise.
Une main venait de s'abattre sur l'épaule d'Aya et de les séparer. Ken leva les yeux pour voir Farfarello, l'air courroucé. L'Irlandais fit face à Aya, ses mains crispées sur les épaules plus minces de son aîné et le secoua en criant d'une voix forte :
– Schuldig ! Reprends-toi !
Un hoquet de stupeur saisit le rouquin qui sembla brusquement reprendre pied dans la réalité. Il porta ses mains à son visage avec une plainte et sentit ses jambes l'abandonner. Farfarello grogna mais le soutint sans difficulté apparente. Des bruits de course retentirent dans les escaliers et Omi était lui aussi venu s'enquérir de la situation, interpellé par tant de vacarme et le brusque départ de Farfarello qui était avec lui dans la cuisine.
– Je me sens mal, laisse-moi m'asseoir… Murmura faiblement Aya à Farfie alors que Schuldig déboulait complètement échevelé et les vêtements en désordre dans le couloir.
Farfarello s'exécuta, l'aidant à s'adosser à un mur le temps pour lui de reprendre ses esprits. Il ne faisait aucun doute que le télépathe avait encore une fois envahi les pensées d'Aya sans le vouloir. Crawford fit lui aussi son apparition, apparaissant plus présentable que Schuldig, mais arborant toutefois une chemise froissée dépourvue de cravate. Yohji suivait également, complètement débraillé mais avec l'air aussi décontracté qu'à son habitude.
Aya gémit devant tant d'agitation. Une douleur pulsait déjà violemment contre ses tempes brûlantes. Et il sentait que l'accès de fièvre n'était pas loin.
Schuldig prit rapidement connaissance de la situation, constatant qu'il avait encore empiété sur l'esprit du leader des Weiss. Crawford s'occupait déjà de celui-là, il ne pouvait rien faire de plus. Brad avait la présence la plus calme de la maison, avec Farfarello. Leurs boucliers mentaux étaient terriblement puissants, quoiqu'involontaires concernant le jeune homme borgne. Il tourna la tête sur sa gauche, remarquant Ken qui s'apprêtait à disparaître tout en réajustant discrètement ses vêtements. Il nota que le jeune homme semblait éprouver une détresse particulière. Pas étonnant s'il en croyait la scène que ce dernier se repassait mentalement en boucle. Il suivit le brun discrètement, lui effleurant le bras lorsqu'ils furent à bonne distance des autres. Ken se tourna vers lui, les yeux brillants.
– Je suis désolé, Ken.
Il haussa les épaules.
– Je ne voulais pas envahir son esprit. Je ne pensais pas que…
– C'est rien, coupa sèchement le plus jeune. Je n'ai rien fait pour l'en empêcher de toute façon. Je le connais tellement bien que j'avais même pas remarqué que c'était pas lui qui me parlait, observa-t-il avec colère.
– Il te parlait ?
Ken haussa les épaules de nouveau. Il était au bord des larmes et tremblait légèrement. Schuldig ne savait si c'était de colère ou de chagrin mais n'osait pas s'aventurer dans son esprit pour s'en assurer, de peur de causer un autre incident.
– Ouais.
Schuldig haussa les sourcils en signe d'étonnement. Une personne envahie par l'esprit d'une autre ne parlait qu'à travers celle qui occupait son esprit. Aya n'aurait pas dû parler à Ken, mais à Yohji ou Brad, comme lui le faisait au même moment.
C'était trop étrange, inhabituel.
Puis il comprit que finalement, son entraînement intensif de quelques semaines avait tout de même porté un minimum ses fruits. A moins que ce ne soit la capacité légendaire d'Aya à garder ses distances avec les autres. Aya avait tout de même réussi à bâtir une défense autour de ses pensées les plus secrètes. Seulement, alors qu'il avait involontairement projeté ses émotions hors de son esprit pendant qu'il… Ahem, partageait quelques étreintes avec Brad et Yohji, Aya les avait captées car il était le plus réceptif de tous. Il l'avait seulement influencé. Très fortement, mais il ne l'avait pas envahi. Subtile nuance, mais nuance tout de même.
Aya avait alors dû projeter les émotions de Schuldig sur l'objet de ses propres désirs, Ken. Comme pour confirmer sa déduction, Ken reprit la parole, d'une voix peu stable.
– C'est à moi qu'il parlait. Pas à quelqu'un d'autre. C'est… Dégueulasse de me faire ça maintenant.
Schuldig ne trouva rien à répondre. Lui aussi se serait sentit terriblement trahi si la personne qu'il chérissait s'était rétractée après avoir enfin semblé avouer ses sentiments.
– Il n'avait pas l'intention de te faire du mal… C'est juste qu'à cause de moi il s'est dirigé vers toi. C'est toi qu'il aime.
Oups, il n'aurait peut-être pas dû dire ça…
– Ouais… Bonne blague, murmura Ken en se détournant pour aller s'isoler dans sa chambre où personne ne viendrait le déranger.
Schu soupira en le regardant disparaitre dans les escaliers. Voilà qui n'allait pas améliorer leurs relations déjà bien compliquées. Tous les psychiques perdaient un peu le contrôle en situation d'intimité un peu poussée… Seulement, ils n'avaient pas encore vraiment abordé le sujet avec les Weiss, si ce n'était avec Yohji qui avait tout de même l'avantage d'avoir été le premier à profiter des enseignements des Schwarz. C'était prévu au programme bien sûr mais pas forcément en priorité vu qu'il fallait avant tout éviter les électrocutions mortelles et les plaquages au mur fatals. Schuldig décida de retourner auprès d'Aya pour s'assurer que son protégé allait bien malgré sa mésaventure. Quelle malchance, deux fois en moins de soixante-douze heures, c'était décidemment un peu rude pour lui.
Schu espérait qu'il s'en remettrait sans trop de séquelles…
Plus tard dans la soirée, Aya s'était quelque peu remis de sa mésaventure et ruminait sa stupidité dans l'obscurité de sa chambre, assis par terre dos à sa porte. Schuldig lui avait expliqué qu'il n'était pas fautif, que c'était ses sentiments à lui qui avaient eu des fuites, pour ainsi dire. Sauf qu'Aya savait que ses propres sentiments avaient tendance à fuir son contrôle, et que de fait, Schuldig n'y avait peut-être pas été pour grand-chose dans le malheureux fiasco de la journée.
Il avait dû lui faire tellement de mal par ses gestes qu'il contrôlait à peine. Il voulait lui parler mais n'en trouvait pas vraiment le courage. Il patienta dans l'ombre de sa chambre, jusque tard dans la nuit. Jusqu'à ce qu'il entende finalement les bruits de pas qu'il guettait depuis des heures dans l'ombre. Il savait que c'était Ken sans même ouvrir les yeux pour jeter un œil par le trou de la serrure. Les pas du jeune homme ralentissaient toujours faiblement lorsqu'il passait devant sa porte. Comme s'il attendait quelque chose. Ou peut-être était-ce simplement parce que sa porte était juste en face de la sienne.
Aya inspira profondément et se leva du coin où il était prostré pour sortir. Il devait parler à Ken. Et il savait déjà que ça n'allait pas être évident…
Ouvrant la porte un peu brusquement, il surprit un peu son cadet qui fit un bond à sortir de sa peau en crachant un juron peu aimable. S'apercevant que c'était le rouquin, Ken se détourna sans s'excuser de son petit écart de langage (le dernier de ses soucis) et fit mine de rejoindre sa chambre. Aya constata qu'il était de très mauvaise humeur. Ca n'allait vraiment pas être évident.
– Ken, attends s'il te plait.
– Tu veux quoi ? Rétorqua le jeune homme d'une voix sourde sans se retourner pour le regarder, la main sur la poignée de sa porte déjà entrouverte.
– Je suis désolé. Je veux m'excuser.
– C'est fait. Bonne nuit.
Aya attrapa le bras du garçon pour le retenir, sachant pertinemment qu'il n'apprécierait pas le contact au vu de sa colère évidente.
– Fous-moi la paix, tu trouves pas que t'en as assez fait comme ça ? S'écria le brun en se dégageant avec plus de force qu'il n'était nécessaire.
– Je suis désolé ! Je ne voulais pas te faire ça !
– Mais tu l'as fait ! C'est trop tard.
– Ken je ne voulais pas…
– Parce que je t'ai forcé peut-être ! Siffla Ken en haussant le ton.
– Non mais… Tu peux pas comprendre !
– Ce que je comprends c'est que t'es qu'un salopard qui profite des gens en jouant avec, et ça, ça me DEGOUTE ! Cracha Ken.
– Ken, je ne…
– J'veux plus t'entendre, laisse-moi tranquille !
– KEN !
– Quoi ? Tu veux quoi ? C'est à moi que tu as parlé, je ne me suis pas posé de questions je te faisais confiance, encore un peu je te laissais faire et tu t'en serais même pas rendu compte alors que soi-disant tu voulais qu'on reste amis ! C'est toi qu'est venu, moi je t'avais rien demandé ! T'es qu'un sale menteur Aya[S2] !
Aya resta planté au milieu du couloir, incapable de trouver une réponse à répliquer, ne serait-ce que pour se défendre. Ken lui jeta un regard empli de colère avant de partir s'enfermer dans sa chambre non sans claquer la porte au nez d'Aya. Il s'écroula sur son lit, pris d'un profond désespoir en murmurant quelque chose approchant de « 'foiré d'merde ». Aya soupira, retournant lui aussi s'isoler dans sa chambre dans l'espoir de prendre un peu de repos, priant pour que tout ça ne soit qu'un cauchemar et que tout s'arrangerait à son réveil, le lendemain. Peut-être même qu'il ne se réveillerait pas. Etrangement réconforté par cette idée, il finit par s'endormir, glissant dans un sommeil agité de mauvais rêves jusqu'au matin.
Ken, quant à lui, s'était relevé et avait attendu un moment appuyé contre sa porte, s'assurant qu'Aya avait bien déserté le couloir, puis était sorti sur la pointe des pieds pour rejoindre la chambre jouxtant celle d'Aya. Il ouvrit sans frapper, sachant que l'occupant de la pièce l'avait entendu et l'attendait depuis son altercation avec Aya.
Un sourire amusé l'accueillit. Ken tenta de lui rendre son sourire mais échoua lamentablement. Il secoua la tête d'un air abattu, fit quelques pas pour se laisser tomber sur le lit de Farfarello aux côtés du Schwarz et posa sa tête sur son épaule.
– J'me sens mal Farf.
Farfarello resta silencieux, se contentant de passer un bras autour des épaules de son cadet pour lui apporter un peu de réconfort. Tout ce qui pouvait arriver avec Aya était à chaque fois une véritable déchirure pour le brun, et il le savait. Il se contentait de lui apporter un soutien silencieux.
– Farfie… Je ne sais pas quoi faire…
– A propos de quoi ?
– De tout… Je ne sais pas…
Farfarello baissa le regard vers Ken qui semblait totalement désemparé. Il plaça sa main sous son menton pour lui relever la tête et lui dédia un petit sourire.
– Tu t'inquiètes trop, dit-il doucement en déposa un baiser tendre sur son front, puis sur ses lèvres[S3] .
Ken ne réagit pas, à la fois trop surpris et trop accablé pour tenter quoique ce soit. Jei avait parfois la manie de lui voler des baisers au moment où il s'y attendait le moins. Il haussa les épaules et se laissa aller contre son ami, profitant de son étreinte réconfortante. Farfarello le serra contre lui, l'invitant à s'allonger auprès de lui pour plus de confort. Ken enfouit son visage dans le cou de son aîné en soupirant.
– Jei ?
– Hm.
– Je peux dormir ici cette nuit ?
Pour toute réponse, Jei se contenta de passer sa main dans ses cheveux.
– Merci… Murmura Ken en se serrant plus confortablement contre le corps chaud du jeune balafré.
Quelques larmes s'écrasèrent silencieusement sur l'oreiller du Berserker mais Jei se contenta de veiller sur lui jusqu'à ce que la fatigue l'emporte pour la nuit.
Notes : Ouf !
J'aurai eu du mal à sortir ce chapitre, mais je travaille comme une forcenée dessus depuis ce matin pour y arriver.
Et bien, et bien, que d'émotions pour ce cher Aya-kun. Mais bon, il me faut un souffre-douleur, et l'empathie est toujours une bonne excuse pour le faire grincer des dents, j'adore ça.
Bon, ben c'est pas le tout, mais je vous laisse, j'ai le chapitre 16 sur le feu.
Un grand merci pour vos encouragements, comme toujours !
Commentaires :
[S1] Alors après revérification, c'était effectivement bien chez les Tziganes, mais je ne retrouve plus le livre concerné…
[S2] Là j'hésite à rajouter un « CONNARD ! » retentissant mdr.
[S3] Je sais pas vous, mais moi je trouve qu'il bouffe à tous les râteliers le Farfounet.
