Titre : Alliés
Auteur : Syhdaal
Genre : Shonen ai
Base : Weiss Kreuz
Couples : Brad x Schu… Et Yohji (si vous êtes sages)… Et plein d'autres choses mais j'avoue qu'il va me falloir du temps pour mettre ça en place...
Disclaimer : Non, aucun de ces persos ne m'appartient (quel dommage…), enfin tout le monde le sait hein ! Je m'en sers juste de façon éhontée pour satisfaire mes délires de malade mentale.
Bon, le chapitre 15 fut long et pénible à sortir et je ne peux pas vous cacher que si j'ai eu du mal à l'écrire, je ne le trouve pas vraiment satisfaisant que ce soit au niveau de la longueur ou du contenu mais bon… J'avais des passages à placer. On dira que c'est la faute de Yohji et de ses états d'âme. Ah il m'a plombé le moral, l'affreux personnage !
Si on se penchait un peu sur les autres et qu'on laissait Yohji digérer ses aventures (trop) sentimentales ?
/ Blablabla. / : Conversations télépathiques
Alliés
Chapitre 16
Lorsque trois petits coups discrets furent frappés à sa porte, Farfarello se redressa, curieux. Il avait toujours eu le sommeil très léger et dormait peu, fait probablement dû aux éternelles conversations qu'il avait avec lui-même en son for intérieur. Ken dormait près de lui, allongé sur le ventre et le visage enfoui dans un oreiller. Il ne s'était même pas déshabillé et avait passé la nuit en jean. Le Schwarz se leva de son lit sans le tirer de son sommeil pour aller voir ce qu'on lui voulait. Il soupçonnait que ce soit Aya ou Omi, à la recherche de Ken. Il ouvrit la porte, rencontrant un regard lilas inquiet qui confirma ses premiers soupçons. Aya se tenait devant lui, la mine fatiguée et le visage marqué. Il semblait se perdre dans son pull noir un peu trop grand et était visiblement gêné d'être là.
– Bonjour Jei… Je voulais juste savoir si…
– Il est là, répondit l'Irlandais en s'effaçant pour qu'Aya puisse jeter un coup d'œil dans sa chambre.
Il vit le rouquin se tendre lorsque ses yeux se posèrent sur la silhouette endormie dans son lit. Le borgne ne cilla pas devant son trouble, le laissant reprendre la parole. Aya leva un regard blessé sur lui, qu'il masqua bien vite. Mais son éclat de panique fugitif n'avait pas échappé au plus jeune qui se contenta de faire un pas vers lui pour sonder son regard avec une once d'amusement.
– Tu as mal.
– Non.
– Je le sais.
– Je… J'ai mal dormi.
– C'est normal. Lui aussi.
– Et toi ?
– Je ne dors pas.
Aya hocha la tête, laissant son regard glisser vers le jeune homme endormi.
– Si tu veux lui parler, tu peux.
– Je ne veux pas le réveiller.
– Ce n'est pas un problème, dit Farfarello d'un air entendu.
Au même moment, Ken s'agita dans son sommeil et déplaça sa main à côté de lui, cherchant plus ou moins consciemment la présence Farfarello près de lui. Sentant qu'il était seul, il ouvrit les yeux pour constater que Jei n'était effectivement plus près de lui et dirigea son regard fatigué vers la lumière qui s'échappait de la porte ouverte. Il identifia Jei et une autre personne.
Aya était là.
« Fwwwwwwuck ! »
La journée commençait mal.
Il se redressa un peu, sans savoir quoi faire, essayant de se donner une once de contenance sans y parvenir. Sa mine froissée, ses cheveux emmêlés et la belle trace d'oreiller qui devait barrer sa joue avec élégance n'aidait pas vraiment à améliorer le tableau déjà peu glorieux à son goût. Aya et Farf gardaient le silence, chose qui n'avait rien d'étonnant en règle générale mais il aurait bien aimé que quelqu'un se décide à ouvrir la bouche pour briser la glace. Comprenant à voir leur visages impassibles que ce serait à lui de se charger de cette tâche un peu délicate, il opta pour la simplicité.
– Salut, murmura-t-il d'une voix enrouée de sommeil.
Aya sembla s'animer au son de sa voix, faisant un timide pas en avant.
– Ken, je…
Ken soupira, sentant qu'il n'allait pas échapper à la confrontation. La journée de la veille avait été un peu rude pour ses nerfs et c'était auprès de Jei qu'il était venu chercher du réconfort. Quelque chose qui se produisait de plus en plus souvent dernièrement. Quand avait-il cessé de se tourner systématiquement vers Omi ou Yohji ? Omi toujours plongé dans un demi-coma, Yohji toujours en train de patauger dans son complexe ménage à trois… Et lui-même toujours plus ou moins englué dans ses problèmes sentimentaux avec Aya. Et Jei dans tout ça ? Il ne se contentait pas de lui tenir la main en lui disant que ça irait, comme l'auraient fait Omi ou Yohji. Sinon, bien sûr, tout aurait été beaucoup plus simple. Quelle blague.
En tout cas, il s'était réveillé dans la nuit, trouvant Jei toujours à ses côtés et plongé dans la lecture d'un ouvrage qu'il connaissait bien à la lueur tamisée de sa lampe de chevet. Ainsi, il lisait la Bible ? Bof, bof, bof… Lorsqu'il s'était aperçu de son réveil, Jei avait passé une main dans ses cheveux en lui demandant s'il était toujours en colère. Une question un peu étrange de sa part, mais au final, il était plus blessé qu'en colère. La colère, ça soulageait, ça endormait un peu la douleur. Puis Jei lui avait expliqué avec ses mots qu'Aya n'était pas entièrement fautif pour l'accident de la veille, qu'il ne pouvait pas être tenu responsable d'éprouver des émotions qui n'étaient pas les siennes.
– Schuldig a toujours ressentit des choses qui lui étaient étrangères. Maintenant, lui aussi.
– Ca n'excuse pas tout.
– L'aliénation n'en est pas une, avait doucement dit Farfarello.
Ken lui avait jeté un coup d'œil circonspect, tout en sachant que Farfarello n'avait pas tort.
– Ouais. N'empêche.
– Vas-tu lui reprocher d'éprouver des émotions qui ne sont pas les siennes ?
– Pas les siennes, hein ? Ca se voit que t'as raté des épisodes, toi.
– Hm. Lesquels ?
Il entendait presque le petit sourire railleur étirer ses lèvres pâles.
– Laisse tomber.
Ken s'était recouché en grognant, songeant avec agacement au baiser passionné échangé pendant une coupure de courant, puis à celui de Noël…
– Argh ! Je le déteste ! Avait sifflé le brun en cognant rageusement dans son oreiller, provoquant chez Jei un petit rire un brin railleur.
Ken lui avait jeté un regard noir, grommelant des choses inintelligibles pendant un moment en maltraitant son oreiller puis avait fini par se calmer avec quelques caresses dans ses cheveux (« Gentil kittycat ! » « M'appelle pas comme ça ! »), pour finalement se rendormir, bercé par les murmures de Farfarello qui avait repris sa lecture.
Et maintenant qu'il avait un peu digéré l'incident de la veille, Aya était là, devant lui, gêné au possible. Son embarras lui donnait l'air d'un enfant qui avait grandit trop vite, gauche et empoté. Sa voix s'était un peu étranglée et il n'avait pas réussi à finir sa phrase.
Pas étonnant, songea Ken. Il fallait aussi souligner à sa décharge que le leader des Weiss n'était pas un habitué de ce genre de situation. Il ne s'excusait jamais. Il ne faisait jamais le premier pas, sauf en de rares moments.
Bien sûr, il lui en voulait, mais au final, il n'était pas vraiment rancunier. La preuve, il avait même pardonné à Kase. Comme quoi, même deux tentatives de meurtres c'était pardonnable quand on aimait suffisamment la personne. Ken se fit la réflexion qu'il devrait peut-être être un peu plus exigeant à l'avenir avant d'accorder son pardon. Il se demanda si Aya comptait le tuer lui aussi. Pourrait-il lui pardonner ? Après tout, il lui avait déjà brisé le cœur, il ne restait plus grand-chose à faire. A moins qu'il ne soit venu lui apporter un rouleau de scotch sur un plateau d'argent pour essayer de réparer ses bêtises.
« Mouais, compte là-dessus mon petit gars ! »
Il chassa ses pensées qui commençaient à friser le délire pour reporter son attention sur Aya. Il avait le teint encore plus pâle que d'habitude par contraste avec ses vêtements noirs, et aussi probablement parce qu'il était fatigué. Et surtout, Ken le trouvait mignon avec ses yeux baissés et ses joues rouges. C'était touchant de le voir là, pataugeant dans sa maladresse comme un gamin. Il décida cependant d'abréger son calvaire en prenant la parole pour éviter d'y passer la nuit… Ou plutôt le reste de la journée.
– Ecoute Aya…
– Je suis désolé ! Dit brusquement le roux avec, semblait-il, une certaine difficulté.
– Trop tard, c'est fait de toute façon, fit Ken en haussant les épaules.
– T'es en colère.
Ken jeta un coup d'œil à Farfarello qui avait refermé la porte et se tenait adossé au mur les bras croisés, derrière Aya. L'Irlandais lui renvoya un regard calme et il détecta un petit sourire sur ses lèvres, pour l'encourager, sans doute. Ou alors c'était juste parce que la situation l'amusait au plus haut point.
Il était donc seul face à Aya qui ouvrit à nouveau la bouche pour parler.
– Je suis désolé, répéta-t-il en levant enfin les yeux pour rencontrer le regard brun de son interlocuteur.
Il avait l'air sincère et Ken savait qu'il l'était. Aya mentait rarement, même s'il l'avait traité de menteur la veille.
– Je sais.
– C'est pas ce que je voulais, Ken. Je suis vraiment…
– Désolé, oui je sais ! C'est bon, on oublie ! Coupa Ken en relevant la tête avec un sourire.
Il n'avait pas vraiment envie de sourire, parce que ça lui avait fait mal. Mais il ne pouvait pas non plus rester en froid avec Aya, c'était au-dessus de ses forces. Paradoxe. Il avait envie de lui en vouloir, et dans une certaine mesure, il lui en voulait. Mais il n'y arrivait pas vraiment… Incapable de se mettre d'accord sur ses sentiments, il décida de passer à autre chose. Il pourrait toujours se morfondre plus tard.
– Mais…
– C'est pas ta faute Aya. Jei m'a expliqué c'est juste… J'étais en colère, je pensais que tu revenais sur ce que tu avais dit, tout ça…
Aya baissa la tête, penaud.
– Navré.
Le brun leva les yeux au ciel, agacé. Ca allait finir par le faire culpabiliser de voir Aya se répandre en excuses. C'était tellement pas son genre, en plus.
– Tu l'as déjà dit. Répète-le encore une fois et je te frappe.
– Gomen.
Ken agita sa main avec un petit sourire espiègle :
– Attention, elle va tomber !
– Okay, j'ai compris, capitula Aya. Bon, je vais vous laisser…
– Vu l'heure, je ne vais pas me rendormir de toute façon.
– Tu te lèves ?
– Bah, vu que je suis debout, en même temps… Ca vous gène pas si je prends la salle de bain en premier ?
Farfarello secoua la tête et Aya lui fit signe d'y aller, se préparant à lui emboîter le pas… Plus ou moins. Le sourire amusé que le borgne affichait ne lui échappa pas et il s'arrêta pour le toiser d'un regard critique et, il l'espérait, glacial.
– Quoi ?
– Rien.
– Hn.
Aya avisa le lit défait du coin de l'œil, commençant à se sentir un peu irrité. Il ne savait même pas pourquoi il était venu ici directement plutôt que d'aller chercher Ken chez Omi ou au salon. Il aurait aussi pu être dans la salle de sport ou à l'extérieur. Mais il s'était dirigé directement vers la chambre de Jei en voyant que Ken n'était pas dans la sienne. Il avait su qu'il le trouverait ici et même si ça lui déplaisait fortement, il avait pris son courage à deux mains pour affronter le dragon dans son antre.
– Tu ne perds pas de temps, observa finalement Aya au bout d'un long moment de silence.
Le sourire de Jei s'élargit, railleur.
– Jaloux ?
Aya lui jeta un regard noir, résistant à l'envie brusque et irrépressible de le frapper. Ouais, il avait bien envie de lui écraser sa main dans la tronche.
– Non, rétorqua-t-il en réussissant à maîtriser sa voix et ses pulsions de violence.
Quoiqu'il aurait bien laissé cours aux dernières.
– Menteur.
Aya sentit la chaleur lui monter au visage, serrant les poings. Finalement…
– Tais-toi !
Ah, ça y est. Il avait presque crié. Il n'y avait vraiment que lui pour l'agacer à ce point dans pareille situation. Au moins, Ken n'avait pas l'air de trop lui en vouloir, ce qui allégeait un peu le poids qu'il avait sur l'estomac. Il ne sut pas vraiment combien de temps ils restèrent là à se fixer en chien de faïence, mais Ken passa sa tête par la porte en les regardant d'un air étonné. Il avait enfilé un jean large et un tee-shirt bleu à manches longues et les cheveux encore humides.
– Vous êtes encore là ?
Aya sursauta, comme pris en faute et secoua la tête.
– J'allais descendre.
– Alors attends-moi, je prends une veste et je t'accompagne. Tu peux prendre ma place Farfie.
L'Irlandais acquiesça, attrapant des vêtements propres dans ses tiroirs puis se débarrassant de son tee-shirt d'un geste ample. Même Aya en resta bouche bée. Avisant leurs expressions estomaquées, Farfarello leur jeta un regard interrogateur. Il ne voyait pas ce qui les choquait. Ce n'était pas comme s'ils n'avaient jamais vu un homme torse nu. Etaient-ils pudiques à ce point ?
– Quoi ?
Ken avait l'air complètement sidéré mais réussit tout de même à articuler :
– T'es… T'es tatoué ?
Comprenant enfin ce qui les interloquait à ce point, il jeta un petit coup d'œil par-dessus son épaule.
– Oui.
A question stupide…
Aya en resta coi tandis que Ken s'approchait de lui pour voir de plus près le motif qui s'étalait sur tout son dos. Il tendit la main pour effleurer les lignes d'un noir profond qui couraient sur sa peau, sentant le léger relief de l'encre sous ses doigts.
– C'est super beau. Je n'avais jamais remarqué[S1] …
– Vraiment ?
Les ailes qui cascadaient dans son dos avaient demandé des heures de travail, toutes en finesse et en dégradés d'ombres. Un dessin indélébile qui marquait sa peau à jamais.
– C'est toi qui l'as dessiné ?
– Schuldig.
– C'est hallucinant, comment t'as fait pour nous cacher ça aussi longtemps ? S'extasia Ken, fasciné par les lignes qui dansaient sur sa peau.
Jei haussa les épaules. Il n'avait rien à cacher. C'est juste qu'il ne se promenait pas forcément à moitié nu en plein hiver. Il n'y avait pas prêté attention, supposant que les Weiss savaient. D'autant que le tatouage en lui-même n'était pas si vieux. Aya de son côté n'avait rien dit, se contentant d'admirer le travail d'artiste qui enluminait son dos. Chaque plume était dessinée, toute en finesse et en petits détails qui donnaient l'illusion qu'une véritable paire d'ailes était repliée dans son dos. Impressionnant. Mais il ne commenta pas, sa réserve habituelle chevillée au corps. Finalement, Jei partit investir la salle de bains tandis que les deux autres ralliaient ensemble le rez-de-chaussée.
– Je trouve ça fascinant, pas toi ? Fit Ken tout en descendant les escaliers.
– Hm. Mais ça fait…
– Quoi ? Mafieux[S2] ? S'amusa Ken avec un petit rire en détectant une légère rougeur sur les joues de son leader.
– Bof, on n'est plus à ça près, non ? T'aime pas ? Poursuivit-il devant son air un brin gêné.
Aya lui jeta un regard un peu timide.
– Si. C'est vraiment beau.
Ken lui dédia un sourire chaleureux.
– Je trouve aussi.
Ils intégrèrent la cuisine pour y trouver Loulou qui piaffait d'impatience… Hésitant visiblement entre réclamer la porte ou les croquettes. L'appel de l'extérieur fut le plus fort et Ken lui ouvrit la porte pour qu'il puisse profiter du jardin. Chacun se mit ensuite devoir de préparer son petit déjeuner en silence jusqu'à ce que Ken ne reprenne la parole, après s'être assuré d'un regard qu'ils étaient bien seuls aux alentours. Il y avait peu de chance qu'ils soient dérangés pour le moment, la seule autre personne debout dans la maison étant Farfarello.
– Dis Aya…
– Hm ? Fit l'interpellé en continuant de préparer la première cafetière du matin qu'il allait partager avec Crawford et Yohji pendant que Ken fouillait un placard pour y pêcher des céréales.
Il ne le voyait pas, mais Ken sembla hésiter avant de reprendre la parole, d'une voix plus basse.
– Je ne sais pas si tu as remarqué…
– Qu'est-ce qu'il y a ?
– Je trouve qu'Omi a encore perdu du poids.
Aya lui jeta un petit coup d'œil en biais. Oui, bien sûr, il avait remarqué. Omi allait particulièrement mal ces derniers jours et il mettait notamment ça sur le compte de la traditionnelle déprime d'anniversaire. Mais Omi n'était pas le seul concerné…
– Ce n'est pas le seul, observa-t-il.
Ken chassa le dernier commentaire d'un geste agacé de la main et se retourna pour lui faire face, posant au passage sa brique de lait sur la table.
– Nan, c'est pas ça que je veux dire.
Aya se tourna vers lui, un peu étonné par l'agacement qu'il sentit dans la voix de son équipier. Il avait l'air un peu énervé, sans doute par son commentaire mais Aya ne put s'empêcher de remarquer l'ombre plus marquée qui soulignait sa clavicule…
– Je t'écoute, déclara Aya avec patience.
Ken avait la mauvaise habitude de s'inquiéter des autres plus que de lui-même, et si Omi était effectivement en mauvaise condition physique, l'ancien footballeur n'allait guère mieux.
– C'est peut-être juste moi, je me fais peut-être des idées mais…
– Ken.
Le brun sembla hésiter puis se lança finalement, se tendant comme s'il craignait de recevoir un coup.
– C'est quand la dernière fois que tu l'as vu manger ?
Aya lui renvoya un regard surpris… Enfin, pour qui le connaissait suffisamment pour discerner la surprise, la joie ou la colère sur son visage lisse.
– Pardon ?
– Laisse, fit Ken en secouant la tête et en allant s'asseoir à la table. Ca doit être moi.
Aya attrapa son café et s'installa près de lui, contemplant sa dernière question en silence.
– Je ne sais pas, dit-il finalement quelques longues minutes plus tard alors que Ken avait le nez plongé dans ses céréales.
– Quoi ?
– La dernière fois que je l'ai vu manger.
Ken reposa sa cuillère sur la table avec un petit claquement métallique, levant sur lui un regard soucieux.
– Nan. C'est juste que je me fais des idées, c'est obligé.
Aya lui jeta un regard indéchiffrable.
– C'est obligé, répéta Ken en baissant les yeux sur son bol.
Le petit déjeuner se poursuivit dans le silence, chacun des deux hommes ruminant la conversation un peu obscure… Aya entendit gratter à la porte et se leva pour permettre à Loulou de réintégrer l'intérieur de la maison. Le chien se secoua, et trottina jusqu'à sa gamelle où l'attendait sa pitance du jour. Aya observa le chien aux grandes pattes gratter un peu près de sa gamelle pour attirer leur attention dans l'espoir de leur faire assez pitié pour obtenir un peu de rab… Le rouquin eut un petit sourire. En fermant les yeux, il pouvait presque revoir la petite cuisine du Koneko qu'ils partageaient encore quelques mois plus tôt. L'odeur du café, Ken qui prenait son petit déjeuner en silence, regardant par la fenêtre d'un air un peu rêveur, le gros chat qui se faisait les griffes avec un plaisir non dissimulé sur le mur de l'entrée de bon matin pour réclamer sa pâtée à l'odeur insupportable… Omi qui dévalait les escaliers en courant, leur criant qu'il était en retard et Yohji qui hululait une malédiction à son encontre pour avoir troublé son si précieux sommeil.
Le temps parait ses souvenirs d'un halo doré de nostalgie. Même les jours pénibles et douloureux qu'ils y avaient passés semblaient moins durs à présent. L'illusion du temps qui passe…
Remontant un peu plus loin, il pouvait entendre le rire de sa petite sœur, quand c'était encore elle qui partait courant pour l'école.
– A quoi tu penses ?
Aya tourna la tête vers Ken qui l'observait d'un air curieux.
– Hm ?
– J'sais pas, tu souris. C'est assez rare pour être noté, surtout avant midi, taquina le brun.
Aya sourit à nouveau, incapable de se retenir.
– Je me disais juste…
Ken l'encouragea à poursuivre d'un sourire mais Aya sembla rattrapé par sa timidité.
– Le Koneko… Commença-t-il sans vraiment trouver ses mots.
– Ouais. Ca me manque aussi, termina Ken pour lui.
Aya acquiesça simplement.
######
Schuldig avait décidé de laisser un peu de liberté à Aya et d'interrompre sa journée d'entraînement déjà bien ralentie par le mal de crâne mémorable installé entre les tempes du leader des Weiss. Une partie de lui aurait bien voulu le forcer à continuer. Ils n'auraient pas toujours tout leur temps et il se pouvait fort qu'ils en viennent trop vite à court…
Mais Brad lui avait expressément demandé de ne pas pousser les Weiss au-delà de leurs limites.
« Ca n'apporte jamais rien de bon. Rappelle-toi. »
Oui, il se rappelait trop bien des séances de torture endurées pendant de longues heures dans les salles glaciales et aseptisées de ce centre maudit, là-bas, en Allemagne. Des nuits interminables, de la douleur à n'en plus finir, poussés au-delà des limites de leurs corps d'enfants pour se réveiller d'un long cauchemar, vautrés dans leurs fluides corporels. Il soupira en repensant au nombre de fois où il était tombé à genoux au sol, suppliant que ça s'arrête, pour qu'on l'achève pendant que son corps exténué se tordait de spasmes et qu'il crachait de la bile acide. Un vrai remix de l'Exorciste, version longue. Du sang, de la sueur et des larmes. Que du bonheur.
Ils avaient tous les lèvres abîmées, les yeux rouges et les vêtements sales à Rosenkreuz. Ils avaient tous le cœur, le corps et la voix brisés. Si ça n'avait pas été pour Brad, il ne s'en serait jamais sorti. Survivre à Rosenkreuz, c'était déjà un miracle. Aucune faille… Ou presque, puisqu'ils avaient réussi à les tromper jusqu'au dernier moment. Une pensée qui lui rendait toujours le sourire. Avoir damé le pion à Rosenkreuz n'était pas donné à grand monde.
Schuldig enfonça ses mains dans ses poches en ralliant le deuxième étage. Il avait une deuxième victime en vue après Aya, et devait se pencher sur le cas d'Omi. Il n'en avait pas souvent l'occasion à cause des baisses de forme de l'adolescent dont l'état physique s'était dégradé à vue d'œil ces derniers mois. Ils s'efforçaient tous de garder un œil sur lui sans l'étouffer mais toutes leurs attentions ne pouvaient réussir à le soulager.
Omi faisait ce qu'il pouvait pour dissimuler son trouble au quotidien. Il le sentait sur le fil, à deux doigts de lâcher prise. Il n'avait pas voulu affoler Aya ou Yohji, mais il savait bien que les choses allaient moins bien qu'il n'y paraissait vraiment.
Et à côté de ça, il y avait Nagi… D'ailleurs !
Il arriva enfin sur le palier du deuxième étage et jeta un coup d'œil à la pièce encombrée de cartons et d'objets électroniques en face des chambres des garçons. Nagi avait timidement suggéré d'y faire une sorte de salle de jeu mais pour le moment, ils y avaient surtout entassé tous les trucs qu'on ne savait pas mettre ailleurs. Ecrans d'ordinateurs, tas de connectiques dépassées, CD, DVD et même vieilles disquettes et clés USB en vrac. Un vrai foutoir dans lequel seuls les deux cadets de la troupe étaient capables d'y retrouver leurs petits.
Schu haussa les épaules : chacun son job !
Il tendit l'oreille en entendant quelques gloussements étouffés et passa sa tête par la porte de chambre d'Omi. Les deux ados étaient assis par terre, les yeux fixés sur l'énorme écran d'ordinateur du blond, les images projetant des lueurs éthérées sur leurs visages juvéniles.
– Hey ! Lança-t-il en guise de salut.
Nagi et Omi levèrent les yeux vers lui dans un bel ensemble, lui décochant le même sourire espiègle.
– Hey Schu !
– Vous matez quoi les gamins ? Fit le roux en se penchant un peu.
– Un film porno, lança Nagi en reportant son attention sur l'écran.
– Noooooon ?!
Il n'en fallut pas plus à Schuldig pour sautiller dans la chambre pour s'installer près d'eux et attrapa un paquet de guimauves qui trainait au sol pour l'ouvrir. Brad en aurait fait une attaque ! Il le tendit à Nagi, assis juste à côté de lui qui piocha dedans sans même lever les yeux de l'écran avant de le faire passer à Omi.
– C'est quoi en fait ? Demanda Schu en essayant de distinguer une tête connue parmi les scènes colorées qui lui évoquèrent vaguement un teen-movie américain bien connu.
– Another Gay Movie[S3] . C'est marrant.
– Ah.
– C'est quoi le truc sur lequel il a appuyé là le gars?
– Une alarme pour jeu SM, répondit Schuldig sans lever les yeux de l'écran, fasciné par les images.
– Comment tu sais ça toi ? Interrogea Omi.
– Ca mon p'tit chat, c'est personnel !
– Des années d'expérience ! Ricana Nagi en avalant un biscuit au chocolat.
Le roux lui envoya un petit coup de poing dans l'épaule, le faisant rouler en arrière alors que le brun hurlait de rire.
– Hey !
Ils se chamaillèrent jusqu'à la scène suivante, où la conversation à l'écran prit un tour qu'ils ne saisirent pas tout de suite à propos de chocolats belges et qui impliquait l'utilisation d'une table basse en verre[S4] .
Un triple cri d'horreur résonna brusquement jusqu'au grenier…
######
Omi ouvrit les yeux et tourna la tête pour observer l'endroit où il était. Il ne se souvenait pas être monté dans sa chambre hier soir. Les contours familiers du mobilier étaient nimbés d'une couleur bleutée. Il avait encore dû s'endormir sans tirer ses rideaux. Un peu nauséeux, il s'extirpa de ses couvertures et se redressa un peu vite car la tête lui tourna. Il prit le temps de stabiliser sa vision un peu floue et sortit dans le couloir sur la pointe des pieds, frottant ses yeux pour essayer d'améliorer la netteté de sa vue, mais sans succès. C'était récurrent en ce moment. Même sa vue le lâchait, ou alors c'était juste l'obscurité ambiante. Il jeta machinalement un coup d'œil à la porte attenante à la sienne et il constata que le coussin de Loulou était vide. Le chien devait dormir au rez-de-chaussée. Il traversa le couloir pour rejoindre la salle de bain qu'il partageait avec Nagi et eut la désagréable surprise de trouver la porte fermée.
– Fait chier, jura-t-il en passant sa main dans ses cheveux blonds emmêlés.
Soit le pêne s'était bloqué et ça devrait attendre demain, soit quelqu'un avait verrouillé la porte hier soir et ça devrait aussi attendre demain. Si c'était Crawford, il allait le lui payer très cher. L'aîné du groupe surveillait de très près sa consommation de calmants et ça n'était pas la première fois qu'il se trouvait à court de médicaments. Pourtant, il n'avait pas vraiment l'impression d'en abuser. Soupirant, il attaqua la descente des escaliers jusqu'au rez-de-chaussée, une main toujours appuyée contre le mur pour ne pas tomber, sentant les petites irrégularités de la peinture glisser sous ses doigts. Il arriva finalement en bas de l'interminable volée d'escaliers en réussissant à ne pas se casser la figure, ce qui était en soit un petit exploit. Il n'était même pas essoufflé. Peut-être que son corps s'habituait, finalement ? Mouais…
Omi posa un pied sur le carrelage froid et sentit un courant d'air glacial l'envelopper. Il frotta ses bras frissonnant et fit quelques pas pour aller dans la cuisine. Bizarre, Loulou ne s'était pas manifesté. Sa main tâtonna pour trouver l'interrupteur et une lumière blanche inonda la pièce avec un léger bourdonnement, l'aveuglant quelques secondes.
– Oh.
Il rouvrit les yeux. Ce n'était pas la cuisine de la villa. Il ne connaissait pas cet endroit. C'était une pièce inconnue, froide. Blanche. Où était-il ?
Omi tourna la tête pour essayer de déterminer où il était et comment il était arrivé là. Il avait peut-être fait une crise de somnambulisme et s'était réveillé ici ? Parce que le froid du carrelage qui anesthésiait ses pieds nus était bien réel. En fait, il était frigorifié. Un peu étonné, Omi inspira.
L'odeur était bizarrement familière. Une odeur de désinfectant. Aseptisée.
Ca lui rappelait la chambre d'hôpital à laquelle Schuldig l'avait arraché quelques mois plus tôt. Relevant la tête pour forcer ses yeux à distinguer quelque chose dans la luminosité froide que projetaient les néons. Il savait qu'il n'était pas à la villa, à présent. Ils n'avaient pas de néons dans la cuisine. Seul le léger grésillement des tubes lumineux résonnait dans la pièce. Une pièce dont il ne distinguait pas vraiment les murs, d'ailleurs.
Omi laissa ses yeux bleus vagabonder. Il y avait quelque chose devant lui. C'était long et rectangulaire. Et y avait quelque chose dessus.
Une table d'autopsie.
Ses doigts coururent sur le rebord, effleurant le coin métallique et froid qui n'était pas recouvert par un drap blanc. Et sous ce drap, il y avait un corps. Un humain, un cadavre.
Un cadavre.
Le mot résonna plusieurs fois dans sa tête, étrangement familier. Ses doigts le picotaient avec insistance. Omi se mordit la lèvre. Il avait peur de ce qu'il trouverait sous ce drap. Serait-ce son propre visage qu'il contemplerait ?
Celui d'un de ses amis ?
Il attrapa un coin du tissu immaculé, aussi blanc que le reste de la pièce et le releva d'un geste vif. Sa respiration se coinça dans sa gorge.
Des yeux morts regardaient le plafond blanc. Des yeux noisette. Des cheveux de la même couleur. Un corps d'enfant.
– Keï.
Comme dans un cauchemar, le visage exsangue de l'enfant se tourna vers lui, le fixant de ses yeux sans vie.
Omi crut un instant qu'il allait se mettre à parler car ses lèvres semblaient bouger, mais il n'entendit rien d'autre que le sang qui courait dans ses veines avec un bruit assourdissant, la brûlure qui commençait à se répandre sous sa peau, à l'intérieur de son corps, insoutenable.
Terrifié, il hurla.
Il se réveilla en sursaut, trempé de sueur, un cri au bord des lèvres. Pris de panique, il se jeta hors de son lit pour se précipiter dans le couloir. Loulou se réveilla en sursaut lorsqu'il jaillit de sa chambre comme un diable hors de sa boîte, étouffant un jappement. Omi se rua dans les escaliers, ratant une marche dans sa précipitation et chutant avec un cri et un fracas épouvantable. Il réussit à se rétablir de justesse en se rattrapant à la rampe (et en se déboîtant à moitié une épaule dans le processus) et atterrit finalement sur le palier du premier étage où son vacarme avait déjà donné l'alerte. Alors qu'il se redressait péniblement en appelant à l'aide, la porte d'Aya s'ouvrit la première.
– Omi !
– Aya-kun ! Aya-kun !
– Qu'est-ce qui se passe, t'es malade ?!
– A… Aya ! C'est Keï, c'est Keï ! S'exclama précipitamment l'adolescent d'une voix hachée, incapable de reprendre correctement son souffle.
Les autres débarquaient eux aussi, tous alertés par tant de bruit en plein milieu de la nuit. Aya avait lâché son katana pour aider Omi à se redresser, mais il n'était pas le seul à être sorti l'arme à la main. Ils étaient tous là, lui demandant si ça allait, ce qu'il se passait. Les yeux bleus paniqués d'Omi passèrent de Yohji à Schuldig, glissant sur Ken et Farfarello qui se tenait plus en retrait pour arrêter sa course sur Crawford.
– Il est mort ! Je l'ai vu, il est mort !
Aya le tenait toujours près de lui malgré les émotions tumultueuses qu'il sentait l'envahir petit à petit. Seule la présence de Brad près d'eux pour faire tampon lui permettait de ne pas tourner de l'œil, à coup sûr.
– Omi, qui est mort ? Demanda Yohji en essayant de prendre les choses le plus rationnellement possible.
Même si avoir son plus jeune équipier hurlant que quelqu'un était mort en plein milieu de la nuit parce qu'il l'avait vu n'était pas la chose la plus rationnelle au monde… Comme quoi, on se raccrochait toujours à ce qu'on pouvait en temps de crise.
Entre deux hoquets, Omi réussit finalement à prendre une inspiration et à prononcer son prénom.
– Keï est mort !
Une vague d'exclamation parcouru le petit groupe, que Nagi venait de rejoindre, un peu effrayé par tant d'agitation. Le cadet des Schwarz effleura la main de Farfie qui le laissa se serrer contre lui, laissant un bras reposer autour de ses épaules.
– Farfie, qu'est-ce qui se passe ? Souffla-t-il pour ne pas attirer l'attention des autres sur lui.
Brad aurait vite fait de le réexpédier au lit, et malgré tout, il n'était plus un enfant.
Farfarello haussa les épaules.
– Quelqu'un est mort.
– Il l'a vu ?
– Hm.
Nagi continua à observer la scène en silence avec Farfarello. Omi avait l'air passablement secoué et essoufflé mais il essayait de s'expliquer sur ce qu'il avait vu. La mort de quelqu'un, apparemment.
– Tu l'as vu mourir ? Demanda Yohji, l'air inquiet.
– Non, non ! Je l'ai vu mort !
« Subtile nuance, mais nuance tout de même, » songea Nagi en touchant machinalement la tête de son chien qui était venu se serrer contre sa jambe.
De là où il était, il pouvait voir l'inquiétude sur tous les visages, mais surtout très présente chez les Weiss. Il n'arrivait pas à savoir de qui ils parlaient exactement. Schuldig lui jeta un coup d'œil par-dessus l'épaule d'Omi qui leur tournait le dos.
/ Nagi, tu devrais aller te recoucher. /
/ Ca va. Il se passe quoi ? /
/ Je ne suis pas sûr. Je te dirai. Va te recoucher, ce serait mieux. /
/ J'suis plus un gosse ! /
/ Prends ma chambre si tu ne veux pas remonter tout seul. /
/ On verra. /
Schuldig reporta son attention sur le petit blond qui essayait péniblement d'expliquer ce qu'il avait vu sans vraiment y parvenir compte tenu de son émoi.
– Je pensais que j'étais dans la cuisine mais en fait j'étais dans une morgue. Il faisait super froid et y avait une table… Et dessus y avait un drap avec un corps en dessous. Et c'était Keï.
– Omi, c'est peut-être simplement un cauchemar, temporisa Ken.
Les yeux bleus se perdirent dans le regard de Ken un bref instant et le brun tressaillit sous les prunelles azur.
– Crois-moi. C'était pas qu'un cauchemar. Il est mort. Je le sais.
– Tu es sûr de toi ? Demanda Ken en serrant les dents à la réponse qu'il allait obtenir.
Parce qu'ils savaient tous qu'Omi avait raison. Une sorte d'intuition qui leur disait que le cadet des Weiss n'affabulait pas, n'hallucinait pas. Il avait déjà prouvé qu'il pouvait voir des choses.
– Keï est décédé, prononça lentement Omi.
La conviction dans sa voix ne faisait aucun doute. Pour lui, Keï, le petit garçon qu'ils avaient recueilli l'espace de quelques semaines, n'était plus qu'un corps sans vie conservé dans la chambre réfrigérée d'une morgue anonyme.
Crawford se redressa en soupirant.
– N'était-il pas censé être placé en famille d'accueil ?
Il n'eut pour toute réponse qu'un regard assassin des quatre Weiss.
– Ne me regardez pas comme ça, ce n'est pas moi qui ai tué ce gosse. Si vous voulez vous en prendre à quelqu'un, prenez-vous-en à Kritiker, déclara-t-il en croisant les bras.
Aya renifla avec dédain en secouant la tête.
– Bien sûr. Personne n'y est pour rien.
– Aya…
– Tu n'as rien vu ? Demanda-t-il en s'adressant à Brad.
– Je ne vois pas tout. Je ne sais même pas ce que ce gosse faisait chez vous. Si j'avais su qu'il avait un lien avec tout ça, je vous aurais éloignés de lui en premier lieu.
– Un lien avec tout ça « quoi » ? Fit Yohji en tendant la main pour stabiliser Omi qui semblait d'un coup beaucoup plus vert.
– Ce gosse a forcément quelque chose de spécial. Enfin. Avait, soupira l'aîné du groupe en passant une main dans ses cheveux ébouriffés.
– De toute façon, il est mort, dit Schuldig.
Aya et Ken levèrent les yeux au ciel dans un bel ensemble. Au temps pour le tact !
– « De toute façon » ? Il n'avait rien demandé, Schuldig ! S'exclama Omi en le fusillant du regard.
– Du calme chaton. Nous n'y pouvons plus rien s'il est effectivement mort comme tu sembles en être persuadé.
– Alors quoi ? On va se recoucher tranquille ?
– Quitte à paraitre totalement insensible, oui, on va se recoucher tranquille, répondit le télépathe.
– Mais…
– Omi, que veux-tu qu'on fasse ? Il est mort. Tu l'as dit toi-même. C'est pas comme si y avait encore une urgence… Termina Schuldig en haussant les épaules.
Toute réponse qu'Omi aurait pu avoir mourut avant d'avoir atteint ses lèvres. Schuldig avait tristement raison.
Keï était mort. Il n'y avait plus de retour en arrière possible.
Omi poussa un soupir, ses épaules s'affaissant sous le poids de sa tristesse. Schu lui tapota l'épaule en guise de réconfort.
– Navré Omi. On ne peut rien faire de plus. Il faudrait aller se recoucher maintenant.
– J'dormirai jamais, murmura l'adolescent en passant une main dans ses cheveux.
– Brad ne verra pas d'inconvénient à ce que tu aies un petit coup de pouce pour cette nuit. T'as besoin de dormir.
Omi se mordilla la lèvre, essayant de prendre une décision. Mais les faits étaient là. Il avait réveillé tout le monde pour rien. Il aurait même dû y penser avant de descendre comme un fou pour trouver ses équipiers. Et même s'il n'avait pas été mort, qu'auraient-ils fait ? Keï était sans doute à des dizaines, peut-être des centaines de kilomètres de là.
– D'ailleurs, on a tous besoin de dormir, déclara Yohji avec un soupir.
Aya et Ken acquiescèrent en silence, pendant que Farfarello et Nagi se rapprochaient de quelques pas. Nagi se sépara de son compagnon pour s'approcher d'Omi et lui toucha le bras pour attirer son attention. Le petit blond leva sur lui un regard morne.
– Je t'ai réveillé ? Désolé.
– C'est pas grave. Tu remontes ?
Omi hocha la tête en silence, acceptant le petit cachet que Crawford plaça dans sa main sans que personne ne le voie.
– J'ai pas le choix, de toute façon. A demain.
– A demain, Omi.
– Essayez de dormir, d'accord ?
– Si ça ne va pas, vous descendez, okay ? Glissa discrètement Ken à Nagi quand il les salua d'un signe de tête.
Ils les regardèrent remonter à l'étage en silence, Omi guidé par Nagi qui l'emmenait le long des escaliers. Dès qu'ils furent hors de vue, un soupir général résonna dans le couloir.
– Ca craint, observa Ken.
Près de lui, Aya acquiesça en silence. Yohji secoua la tête d'un air fatigué.
– Il est trop tard. On en parlera demain.
C'est sur ces mots que chacun regagna sa chambre. Omi et Nagi furent sans doute les seuls à dormir vraiment cette nuit-là. Le lendemain, ils en parlèrent, sans pourtant réussir à trouver une corrélation cohérente entre la mort présumée du petit garçon et les Weiss.
Yohji avait simplement émis l'hypothèse d'une coïncidence. Keï était peut-être simplement décédé d'un accident ou d'une maladie et Omi en avait rêvé, simplement. Comme il rêvait d'autres choses en ce moment. Le cadet des Weiss quant à lui était persuadé qu'il s'agissait d'autre chose que d'un accident et que ça avait un lien avec eux. Mais qu'avait-il à avancer comme argument à part son intuition ?
D'autant qu'ils pouvaient difficilement enquêter sur un tel sujet. Nagi avait proposé de faire quelques recherches mais Crawford et Aya s'y étaient opposés. Keï avait été placé par Kritiker. Ils ne pouvaient pas prendre le risque de tomber dans une embuscade, quel que soit l'appât.
Les Weiss avaient donc passé leur tristesse sous silence, réfléchissant ensemble à ce qui avait pu tuer cet enfant de cinq ans à peine.
Quelques temps avaient passés, les amenant lentement mais sûrement aux dates d'anniversaires tant redoutées. Yohji avait accepté juste pour se débarrasser de Schuldig qui le harcelait dans le seul but de mettre un peu d'ambiance dans la maison. La déprime recommençait à gagner du terrain dans les rangs et Schuldig savait que cela avait tout à voir avec les derniers évènements en date ainsi que leur confinement prolongé. Aucun des garçons ne supportait plus de rester dans les limites de la propriété et les tensions commençaient à s'accumuler peu à peu… Menaçant d'exploser.
Crawford faisait son possible pour limiter les dégâts mais il était des choses qu'on ne pouvait pas contrôler… Comme les visions cauchemardesques d'Omi, les catastrophes engendrées par Ken, les mauvais rêves de Nagi ou encore l'adorable toutou qui avait commencé à faire ses dents sur la paire de chaussures préférée de Schuldig ou la veste d'Aya, entre autres.
Omi avait finalement cédé lui aussi, juste parce que Yohji était près de lui pour le soutenir dans cette difficile épreuve de soufflage de bougie… C'était sans prétention, ni l'un, ni l'autre n'étant très enthousiaste à cette idée vu l'ambiance et ils se soutenaient mutuellement. Pour Yohji, ils s'étaient décidés pour une écharpe vu qu'il passait son temps en tee-shirt. Pour Omi… Nagi avait proposé quelque chose et avait immédiatement été suivi par Ken alors que les autres étaient restés plutôt réservés. Omi déballa donc un paquet dont il sortit un tee-shirt noir tout ce qu'il y avait de plus banal, mais il semblait y avoir une inscription dessus. Il déplia le tissu et…
– I see dead people ? Lut-il un peu incrédule.
Crawford secoua la tête d'un air consterné pendant qu'Aya tendait le dos en se demandant comment l'adolescent allait prendre ce cadeau au vu des derniers évènements en date. Il savait que le garçon ruminait toujours la mort présumée de Keï, incapable de se défaire des images du visage figé de l'enfant. Après un silence qui leur sembla interminable, un sourire illumina finalement le visage pâle d'Omi et il éclata de rire.
– C'est trop fort ! J'adore ! Merci !
Les aînés de la troupe relâchèrent un énorme soupir de soulagement pendant que Schuldig et Nagi s'attaquaient à la distribution des assiettes et des gâteaux. Ainsi, leur blondinet n'avait pas perdu son sens de l'humour malgré sa maladie et la mélancolie des dernières semaines. Une soirée de plus qui s'achevait… Dans une relative bonne humeur, un évènement relativement rare ces derniers temps.
Ken et Yohji finissaient de débarrasser la table de la salle à manger aussi silencieusement que possible. Omi s'était endormi dans le canapé du salon et vu son épuisement, ils avaient décidé d'un commun accord de le laisser dormir au rez-de-chaussée plutôt que de le déranger une énième fois dans son sommeil léger pour un autre voyage au second. Et même si c'était un poids plume, transporter quelqu'un dans des escaliers n'était jamais vraiment une mince affaire… Crawford avait envoyé Nagi se coucher un peu plus tôt pendant qu'il faisait son habituel tour de la propriété avec Farfarello. Aya aussi était à l'extérieur pour prendre l'air avant de rejoindre sa chambre pendant que Schuldig remettait rapidement de l'ordre dans la cuisine sur la pointe des pieds.
Ils entendirent la porte d'entrée s'ouvrir. Aya passa devant la porte, leur adressant un petit signe de la main pour leur indiquait qu'il montait se coucher. Farfarello et Crawford le suivirent en silence.
Le regard de Yohji se posa sur leur cadet endormi et il poussa un petit soupir. Ken suivit son regard. Il avait l'air fragile, leur tireur d'élite. Qui aurait put croire que ce gamin était un tueur à gages des plus doués ? Ken coupa la lumière près de lui pour le laisser dormir en paix et sortit du salon à pas de loup pour rejoindre Yohji, appuyé contre l'encadrement de la porte. L'aîné des Weiss regardait son plus jeune équipier d'un air pensif, plongé dans des réflexions que Ken savait peu engageantes.
– Il va mal, dit doucement Yohji.
Ken se contenta d'acquiescer, la mine grave.
– Hm. Qu'est-ce qu'on peut faire ? Demanda Yohji à voix basse pour ne pas tirer Omi de son sommeil.
Ken jeta un coup d'œil à son jeune ami pour s'assurer qu'il n'était pas sortit de sa torpeur. Il y avait peu de chances de toute façon : il était trop faible ces derniers jours.
– On ne peut rien faire, déclara-t-il finalement d'une voix lasse.
– On va droit à la catastrophe.
– Il le sait. Il s'en fiche. Dans sa tête il est déjà mort. Plutôt que de morfler plusieurs fois par jour, il prend le mal à la source.
– Il y a forcément une solution.
– Yohji, tu ne passes pas ta journée à rendre tout ce que tu as le malheur d'avaler. Moi je comprends.
– Ken, dis-moi que ça t'a ne serait-ce qu'effleuré l'esprit et…
– Oui Yohji, vu les douleurs que j'en retire, ça m'a plus qu'effleuré l'esprit ! Rétorqua Ken d'un ton sec.
Il se détourna pour prendre la direction de sa chambre.
– … Mais moi je veux vivre, ajouta-t-il si bas que Yohji faillit ne pas l'entendre.
Notes : Et ben !
Il aura pris le temps aussi, celui-là. Ceci dit, il est presque 4 heures du mat' et… Y a pas, fallait que je le termine.
Des idées pour la suite ?
Je devrais reprendre la trame initialement prévue dans le prochain chapitre, si aucune autre idée saugrenue ne vient encore secouer tout ça.
Merci pour votre lecture et vos encouragements !
Commentaires :
[S1] Vous non plus, je parie !
J'ai souffert de revérifier tous mes chapitres pour voir si on ne voyait pas son dos nu, mais a priori c'est bon !
[S2] Je sais que les tatouages sont relativement mal perçus au Japon, mais bon, on est en 2011 quand même alors je suppose que les mentalités doivent quand même évoluer, petit à petit… Centimètre par centimètre, lol. Mais je ne trouve rien de sérieux sur le sujet pour étayer ma thèse donc si vous avez quelque chose à me proposer, je suis preneuse.
[S3] Genre de American Pie gay à prendre au 36ème degré. Amateurs d'humour subtil, s'abstenir. Certains passages sont carrément ignobles mais tellement drôles. Merci le potzo pour m'avoir fait découvrir une telle merveille cinématographique XD. Par contre, pour l'avoir vu en français très récemment, c'est carrément plus vulgos mdr. On dit merci la barrière de la langue !
[S4] Bouhahahaha, j'en ris encore ! Perso j'étais scandalisée.
