Titre : Alliés

Auteur : Syhdaal

Genre : Yaoi (notez que je passe enfin de Shonen ai à Yaoi)

Base : Weiss Kreuz

Couples : Brad x Schu… Et Yohji (si vous êtes sages)… Et plein d'autres choses mais j'avoue qu'il va me falloir du temps pour mettre ça en place...

Disclaimer : Non, aucun de ces persos ne m'appartient (quel dommage…), enfin tout le monde le sait hein ! Je m'en sers juste de façon éhontée pour satisfaire mes délires de malade mentale.

*Regarde par la fenêtre en agitant la main* Bye-byyyye Ayan !

Allez, je me débarrasse de qui, maintenant ?

Warning : Un (mini) lemon en fin de chapitre. Avec qui ? Ah bah y faut lire pour ça !

/ Blablabla. / : Conversations télépathiques


Alliés

Chapitre 19

Omi s'éveilla avec des images d'horreur sur la rétine. Suffoquant, il se jeta au bas de son lit pour se ruer dans la chambre attenante à la sienne sans même prendre le temps de reprendre son souffle. Il entra dans la chambre de Nagi sans s'annoncer, ouvrant la porte à la volée. Il arrivait trop tard, le garçon avait déjà entaillé profondément un de ses poignets. Il y avait du sang partout et il ne parvenait pas à trouver sa voix pour appeler à l'aide, trop horrifié par la scène peinte en écarlate. La lumière nocturne se reflétait sur le poignet ouvert et le sang qui coulait de la blessure. Il avisa le verre et le flacon de somnifères vide posé sur la table de chevet. Il l'avait fait. Il avait cédé, il l'avait fait.

– Oh non, oh non pas ça pitié pas ça…

Il empoigna ses épaules et le secoua violemment pour obtenir une réponse.

– Nagi ! Nagi ! Appela-t-il terrifié de ne pas avoir de réaction.

Les yeux bleus du garçon roulèrent dans leurs orbites. Ses pupilles semblaient béantes. Il confectionna rapidement un pansement de fortune pour essayer de stopper l'hémorragie et courut chercher de l'aide à l'étage inférieur. Il se précipita dans la chambre de Ken et le traîna avec lui jusqu'à l'étage. Les autres n'étaient pas là, en mission, mais il n'avait pas le temps de leur en vouloir. L'aîné le suivit sans comprendre pourquoi il était à ce point paniqué, incapable qu'il était d'articuler une phrase cohérente en dehors de « c'est Nagi ! ». Le retour à la chambre de Nagi lui parut interminable et Ken passa devant lui pour se pencher sur le petit corps inanimé.

– Merde ! Nagi !

Titubant, la poitrine serrée par des hoquets peinés, Omi se laissa tomber au sol en sanglotant, murmurant des choses insensées. Nagi allait mourir, maintenant il le savait, ce n'était pas un de ses délires. Son ami allait mourir.

– Il l'a pas fait dans le bon sens.

Omi renifla avec fébrilité, sa peur refluant un peu. Les mots étaient curieusement calmes. La voix aussi.

– T'es sûr ?

Il vit Ken se tourner vers lui pour lui parler mais fut incapable d'entendre ce qu'il disait.

– Ken ? Ken !

La silhouette de Ken s'effaça sous ses yeux et son cœur cogna fort dans sa poitrine, faisant un bon dans ses entrailles. Il ouvrit la bouche pour crier mais sentit un poids sur ses épaules et quand il trouva sa voix, ce fut pour hoqueter et ouvrir les yeux dans sa chambre, trouvant Ken, le vrai, penché sur lui d'un air inquiet.

– Omi ? Calme-toi, ça va.

– … Nagi ?

– Il dort.

– T'es sûr ?

Un écho.

Ken lui jeta un regard inquiet et ouvrit le tiroir de la table de nuit pour prendre l'arme à feu qui s'y cachait et la mettre dans la main d'Omi. Un geste pas forcément nécessaire mais qui apaiserait le garçon le temps qu'il fasse l'aller-retour. Les réveils étaient de plus en plus chaotiques pour le blond depuis quelques temps – depuis qu'Aya était parti – et ils avaient de plus en plus de difficulté à lui faire reprendre pied dans la réalité et à le rassurer. Il avait préféré couper court en lui confiant le pistolet, en pensant distraitement qu'au rythme où ça allait, ils ne pourraient peut-être bientôt plus se permettre de lui confier une arme. Il se sermonna intérieurement pour ses pensées négatives, les dissipant avant qu'elles ne lui portent la poisse.

– Ne bouge pas, ordonna-t-il en se levant pour aller vérifier si tout allait bien de l'autre côté de la cloison.

Dans le couloir, il trouva Loulou roulé en boule devant la porte. Le grand chien noir ouvrit un œil en le voyant approcher mais ne daigna pas se pousser pour le laisser passer. Ken grogna et poussa doucement le battant, se penchant dans un équilibre un peu précaire pour ne pas avoir à enjamber le chien et pouvoir jeter un coup d'œil dans la chambre de Nagi. L'adolescent s'éveilla en sursaut à ce moment-là, alerté par le léger frottement de la porte qui s'ouvrait.

– C'est moi Nag', c'est rien, rendors-toi.

Le garçon ouvrit de grands yeux bleus et Ken y lut un peu d'effroi. Il lui dédia un sourire pour le rassurer, sachant que le plus jeune devinerait ses traits même dans l'obscurité.

– Tout va bien. Omi a fait un cauchemar. Rendors-toi.

– T'es sûr ?

– Oui. Je te raconterai demain. Désolé Nagi.

Le petit brun hocha la tête et Ken referma la porte en silence, ignorant le ronflement agacé du chien dérangé dans sa somnolence pour retourner auprès d'Omi. Le blondinet attendait, les mains crispées sur le pistolet que Ken eut tôt fait de reprendre et de ranger. Il remarqua qu'il avait laissé la sécurité. C'était peut-être mieux.

– Tout va bien, il dormait.

– Tu es sûr qu'il va bien ? Qu'il a pas fait un malaise dans son sommeil ou…

– Il s'est réveillé, il m'a parlé. Ca va. Maintenant, faut que tu te calmes et que tu te rendormes.

– Il était mort Ken, je l'ai vu.

Ken poussa un soupir en passant une main lasse dans ses cheveux sombres.

– Omi… Ecoute, je sais pas ce que tu vois mais ça ne se passe pas toujours comme dans tes rêves apparemment.

– Si c'était une prémonition ?

– Il faudra en parler à Crawford.

– Je lui ai déjà dit ce que je voyais, il n'a aucune idée de ce que c'est, il ne voit pas les mêmes choses que moi !

Ken observa un court instant de silence avant de reprendre la parole.

– Alors ce qu'il faut savoir, c'est qui a les bonnes visions, c'est ça ?

– C'est moi. J'ai les pires.

Ken trouva un peu difficile d'avaler sa salive, un sentiment de malaise lui serrant la gorge. La logique d'Omi n'était pas la plus mauvaise et ils devaient se préparer au pire dans leur situation. On les cherchait sûrement toujours plus ou moins malgré leurs morts orchestrées. Il y avait bien eu un voyant pour contredire les affirmations de la compagnie aérienne qui leur avait servi de couverture.

Il était monté pour jeter un œil sur le blondinet qui avait de la fièvre depuis la nuit dernière : une de ces poussées devenues habituelles pour Omi et lui, mais toujours à surveiller de près à cause de leur fulgurance. Il avait trouvé le garçon en train de cauchemarder, comme souvent. Il se redressa un peu et se laissa retomber sur la chaise au chevet du lit. Au temps pour la nuit tranquille, il faudrait tout raconter à Crawford dès que possible.

C'était finalement Yohji qui avait fait office de bureau des doléances le lendemain matin, écoutant attentivement Ken et Omi raconter les évènements de la nuit. Enfin, surtout Omi parce que Ken n'avait pas grand-chose à dire à part qu'il était là au moment du réveil. Depuis qu'Aya était parti, ils avaient recommencés à prendre des tours de veille au chevet du cadet des Weiss car les cauchemars avaient empiré. Au début, ils avaient tous pensé que c'était une idée, mais il avait fallu qu'ils se rendent à l'évidence : son état ne s'améliorait pas. Schuldig avait dit que c'était comme si sa conscience se branchait peu à peu sur une autre fréquence, une qui ne diffuserait que des ondes morbides. Crawford était branché sur celle du futur, et Omi sur celle de la mort. Yohji avait rigolé en disant que dans le fond, ça ne différait pas vraiment, puisque la mort était le futur de tout le monde en général mais le regard noir que lui avait lancé Schuldig l'avait fait taire.

« Il est branché sur la radio de la mort. Ca ne veut pas dire que ses visions sont fausses. On doit se méfier. »

Et le dernier rêve était particulièrement dérangeant puisque c'était Nagi qu'il avait vu mort par suicide. Un fait troublant. Mais demander tout de go à Nagi s'il avait envisagé de se foutre en l'air prochainement ne paraissait être l'idée du siècle. Schuldig avait raison, il allait falloir ouvrir l'œil et ne pas se laisser bercer par la fausse impression de sécurité qu'ils avaient depuis qu'ils vivaient reclus ici. En l'absence de Crawford, parti avant-hier ravitailler Aya et s'assurer qu'il n'était pas mort dévoré par des écureuils, c'était à Schuldig et Yohji que revenaient l'honneur de gérer les crises.

– On n'a pas de chef et c'est l'bordel ! C'est toujours pareil ! Râla Schu en tirant sur une clope.

Yohji haussa les épaules en se renfonçant dans le siège de bureau confortable. Schuldig regardait par la fenêtre pour souffler sa fumée à l'extérieur et Ken avait gardé le silence depuis le début, le menton appuyé sur son genou replié. Brad cumulait les fonctions de leader, d'aîné et de prescient, autant dire le tiercé gagnant pour eux qui avaient plus vite tendance à s'en remettre à son avis, même si c'était pour ne pas le suivre, au grand dam du susnommé. Et Aya non plus n'était pas là…

– Ben on va faire sans chef, soupira Yohji en s'étirant. On devrait noter les visions d'Omi en attendant qu'il revienne. Et pour Nagi…

– Je lui demanderai, dit Ken en sortant de son silence.

– Ce serait peut-être mieux si Schu s'en occupait.

– Je lui ai dit que je lui raconterai, j'en profiterai pour demander. Enfin… Bref.

– « Salut Nag', ça roule ? Au fait, t'as pas des envies de te défenestrer en ce moment ? » « Moi ? Oh non, je pensais à bouffer de l'arsenic pour changer », je sens qu'il va bien l'prendre, railla Schu sur un ton plus léger.

Son humour noir eut le mérite d'arracher des sourires aux deux autres garçons.

– Promis, je ne lui suggèrerai rien d'autre qu'une corde.

– Keeeeeen !

– C'est toi qu'a commencé.

– BREF ! Fit Schuldig en touchant machinalement le bois du bureau après avoir jeté sa cigarette consumée par la fenêtre, savourant à l'avance le cri de rage de Brad quand il trouverait le mégot dans un pot de géraniums en friche.

Il traversa le bureau, la main sur la poignée de porte, prenant la pose un instant.

– Votre mission si vous l'acceptez : toi tu gères le gamin qui voit des morts, et toi celui qui va peut-être se pendre incessamment sous peu. Et moi… Moi, je m'occupe du chien qui a fait caca dans le couloir, déclara-t-il en apercevant un gros cadeau laissé par Loulou juste devant la porte du bureau.

Des fois qu'on aurait voulu éviter de marcher dedans.

– Saleté d'iench pouuuuu-rriiiiii !

Derrière lui, il entendit des ricanements à peine dissimulés qui se turent quand il jeta un regard noir par-dessus son épaule pour voir que Yohji et Ken affichaient l'air innocent du faon qui vient de naître.

– … Mwééééééé. Faites gaffe.

Se retournant vers sa « mission », Schuldig soupira :

– Je hais ce clebs. LOULOU !

######

Nagi eut ce jour-là beaucoup de peine à sauver la vie de son chien que Schuldig menaçait d'écorcher, de dépecer et découper en rondelles pour le ragout du soir. Apparemment, il aurait eu un accident dans un couloir, sauf que Nagi, lui, n'avait rien vu et comme il l'avait sorti, il s'étonnait un peu des élucubrations de Schuldig.

– C'est pas Loulou, je l'ai sorti et il est PROPRE !

– Ce clébard est une nuisaaaaaaaaaance ! Je te dis qu'il a fait devant le bureau de Brad !

– J'ai rien vu. Pis comment tu sais que c'est Loulou, d'abord ?!

– Ah ben non, j'ai oublié. C'est moi ! Bien sûr, c'est moi ! J'avais envie je me suis dit, tiens, là, je vais faire caca, ça sera bien[S1] .

Nagi se contenta d'éclater de rire.

– Oui, ça doit être ça, une envie pressante !

– Nagiiiii !

Un autre éclat de rire et le gamin claquait la porte, son insupportable clébard collé aux basques et le manteau jeté sur l'épaule pour aller rejoindre Ken dehors histoire de profiter un peu du temps clément. Il retrouva le jeune homme en train de taper dans un ballon qui rebondissait contre le mur d'enceinte.

– Hey Ken-kun !

Le brun arrêta son ballon d'un habile jeu de jambes et de se tourna vers lui avec un sourire.

– T'as réussi à sauver Loulou des griffes du télépathe ?

– Bof, rien de pire que d'habitude ! S'esclaffa Nagi en lançant une balle rebondissante à son chien qui s'empressa de filer ventre à terre pour la récupérer.

– C'est quoi le programme alors ?

– Justement, j'ai un truc à te demander, dit Nagi en se rapprochant un peu.

– Vas-y.

– Apprends-moi à me défendre, s'il te plait.

– Pardon ?

– Apprends-moi à me défendre.

– Mais avec ton pouvoir… Commença Ken en sentant déjà venir la réponse.

– Tu sais que c'est pas toujours suffisant ! Alors apprends-moi à me battre s'il te plait, à faire le poids contre un agresseur, demanda le garçon avec une telle détermination que Ken en resta un moment interdit.

D'un coup, il se rendit compte qu'il ne ferait vraiment pas bon lui poser la délicate question prévue. Nagi était relativement réservé même si avec tout le temps qu'ils passaient ensemble, ils avaient été amenés à se faire quelques confidences. Bien sûr, il n'eut pas vraiment besoin de lui demander pourquoi.

– Pourquoi tu me demandes ça à moi ?

– Je ne peux pas demander à Brad : il est jamais là en ce moment et franchement, ça serait remuer le couteau dans la plaie. Schu est trop rapide et bon, tu le connais, il jouerait pas le jeu. Et Farfie, il ne voudrait pas me faire mal mais il ne sait pas toujours contrôler sa force… Et honnêtement, j'ai pas envie de me faire péter le bras en cinq minutes.

Avec tout le temps que Nagi passait à essayer de lui inculquer quelques rudiments de contrôle psychique, il pouvait bien lui renvoyer la balle. Au fil de leurs entraînements, l'adolescent avait déjà évoqué la possibilité de pratiquer un sport de combat et Ken lui avait proposé de l'aider, à l'occasion. Il était juste un peu étonné que ça arrive le jour où Omi avait fait un rêve de mauvais augure.

– Tu… Veux bien ?

– Moi ça ne me pose pas de problèmes, je te l'ai déjà dit. Par contre, je ne sais pas comment je vais faire pour éviter de te casser un bras à la première séance. T'as des bases en auto-défense ?

– Je suis plus costaud que j'en ai l'air ! Et pis je suis télékinésiste, j'ai pas besoin de bases normalement, déclara Nagi d'un ton un brin arrogant qui arracha un sourire à son interlocuteur.

– D'accord, d'accord. On va commencer par apprendre à parer et à esquiver les coups. Mais je ne suis pas spécialiste en arts martiaux donc je peux pas t'apprendre les méthodes miracles de Bruce Lee…

Nagi acquiesça.

– Ensuite, je t'apprendrais quelques prises efficaces au corps à corps, même pour un petit gabarit comme toi : clefs de bras, immobilisations et quelques projections si possible. Est-ce que ça te convient ?

– Tu penses que ce sera efficace si je me retrouve sans mes pouvoirs ?

– Franchement, contre plusieurs hommes bâtis comme Farfarello, ça fera pas de miracles mais ça pourrait suffire à sauver ta peau. On est tous limités. Moi non plus je ferai pas le poids.

– Mais toi tu fuirais pas.

– J'ai été conçu sans la case « instinct de survie », c'est pas une référence.

Nagi éclata de rire.

– Okay, okay. Au fait, t'avais dit que tu me raconterais. Tu sais pour hier soir, ajouta-t-il devant le regard interrogateur.

– Ah oui.

Ken s'assit par terre sur la couverture un peu crado qui servait pour l'heure de panier à Loulou. Il poussa gentiment le chien qui ronfla un peu mais daigna se lever pour laisser Nagi s'asseoir à sa place. Loulou tourna un moment avant de se laisser tomber lourdement près de son jeune maître, posant sa tête sur sa cuisse de Nagi.

– En fait, il a fait une poussée de fièvre et tu sais comment c'est. Il a fait des cauchemars et quand il s'est réveillé, il a demandé après toi.

– Il était bien réveillé ou…

– Je sais pas vraiment. Il avait l'air un peu paniqué mais chaque fois qu'il se réveille c'est le même cirque, alors je ne me suis pas trop inquiété mais j'ai préféré aller vérifier quand même chez toi si tout allait bien.

– Et tout allait bien.

– Et tout allait bien, confirma Ken.

– Il a rêvé de quoi pour que tu prennes le risque de me réveiller à quatre heures du mat' ? La fin du monde ? Tu sais que le sommeil c'est sacré ! Taquina Nagi.

Le visage de Ken se rembrunit.

– Ben justement…

L'aîné du duo marqua une pause et Nagi attendit patiemment qu'il en vienne aux faits. La fin du monde, vraiment ? Pas crédible.

– Ecoute, il a rêvé que tu t'étais ouvert les veines.

Et là, ce fut le choc.

Nagi le fixa un instant bouche bée avant de refermer la bouche et de cligner des yeux.

– Ah ouais, quand même.

Ken lui dédia un petit sourire désabusé.

– Oui. Alors tu te doutes que…

Il s'interrompit et passa une main dans ses cheveux en soupirant avant de reprendre :

– Ecoute, on s'inquiète tous et… Franchement, t'y pense ? T'y as pensé ?

– Et toi ? T'as… Jamais eu envie ?

Ah déjà, ça partait mal s'il commençait par lui renvoyer la question, ça voulait dire qu'il avait quelque chose sur le cœur.

– Si. Après Kase je me disais que de toute façon… Ca valait plus le coup de continuer. Omi, Yohji et Aya… Ne suffisaient pas.

– Pourquoi tu l'as pas fait ?

Sujet sensible s'il en était, songea Ken en se donnant du courage. Après tout, Nagi lui avait déjà fait des confidences bien pires que ça.

– J'ai pas eu la force ou le courage, appelle-ça comme tu veux. Je me disais qu'après tout ce que j'avais morflé, y avait sûrement un truc mieux après. Qu'après avoir touché le fond, on ne pouvait que remonter. Enfin, c'est surtout Omi qui disait ça.

– Et alors ?

– Je me suis laissé du temps. Ca allait mieux. Puis y a eu Akira.

« C'était pire que tout. »

– Et puis y a eu vous, poursuivit Ken sans s'attarder sur ces souvenirs bien sombres, trop sombres.

– Et qu'est-ce que ça a changé ? Tu as toujours des morts sur la conscience. Tu es malade maintenant et c'est notre faute… Et puis, tu es devenu…

– Quoi, Nag' ? Un monstre comme toi, c'est ça ?

Nagi tiqua visiblement, gêné. Il avait appris à composer avec ses habilités extraordinaires qui faisaient partie de lui, mais ça n'avait pas toujours été facile. Et il se disait que ça irait mieux plus tard, quand il serait plus grand, plus fort que ça. Quand il aurait quitté cette adolescence pleine de doutes, de questions sans réponses et de violence. Il savait qu'il ne pourrait jamais faire sans cette télékinésie chevillée au corps, il avait appris à vivre avec son anormalité. Mais si seulement il n'y avait que ça !

– Je suppose que ça n'a pas dû être facile pour toi dans le passé. Pour vous. Nous on essaye d'apprendre et comme franchement… On s'en sort pas terrible non plus. Enfin bon…

Nagi hocha lentement la tête, tripotant les lacets de ses baskets.

– C'est pas facile.

– Tu sais, c'est super cliché de dire ça, c'est même l'hôpital qui se fout de la charité… Mais c'est quand même précieux la vie, non ?

– Ouais. Ca dépend la vie de qui, quoi… Souvent je me dis que si j'avais été plus fort, on n'en serait pas là.

– Faut pas dire ça. Et puis on n'y peut plus grand-chose maintenant. Faut juste... Aller de l'avant, conclut Ken en faisant un geste évasif.

– Comment on peut aller de l'avant alors qu'on sait même pas si on sera vivants dans six mois ?

– Ben ça, faudrait plutôt demander à Crawford, nan ?

– Bof, y m'répondra même pas, lâcha Nagi avec un soupir en gratouillant les oreilles de Loulou avant de tourner la tête vers le portail de la demeure qui semblait être en train de tourner silencieusement sur ses gonds.

– En parlant du loup… C'est pas Brad qui rentre, là-bas ?

Question plus rhétorique qu'autre chose puisque Brad était le seul à l'extérieur (avec Aya) en ce moment même. Ils se levèrent pour aller à la rencontre du leader des Schwarz, en espérant qu'il leur amènerait de bonnes nouvelles. Comme à son habitude, Crawford fut donc assailli dès le portail de la propriété franchi. Loulou devançait sa voiture et il craignait toujours que l'animal passe sous les roues dans son enthousiasme. Il n'était pas sorti du véhicule que tout le monde était déjà agglutiné à sa portière, lui demandant si tout allait bien, si Aya était vivant, s'il supportait l'isolement, si son empathie faisait des siennes et moi aussi ça va, merci de demander. Il garda donc les lèvres scellées jusqu'à ce qu'il soit installé dans la cuisine avec une tasse de café corsé. Yohji et Schuldig venaient de rappliquer d'il ne savait trop où, sans doute prévenus par les deux plus jeunes garçons croisés dans le jardin. En dehors de Farfarello et Omi, toute sa petite troupe était présente et attendait plus ou moins patiemment qu'il daigne lever les yeux.

– Je vous écoute, messieurs.

Après un bref silence et un regard échangé, Schuldig se lança.

– Ben écoute, on n'sait pas par où commencer. Si tu nous racontais comment ça se passe pour Aya ?

– Comme ça devrait se passer.

Réponse énigmatique s'il en était qui ne sembla pas satisfaire outre mesure les quatre jeunes hommes plantés devant lui comme autant de gardes menaçants.

– C'est pas une réponse ça Brad, intervint Yohji. Surtout que…

– Surtout que ? S'enquit le grand brun avec un petit sourire.

Yohji poussa un petit soupir et un regard fut échangé parmi les quatre garçons.

– Omi a recommencé à rêver.

– Et de quoi rêve-t-il ?

– De trucs morbides, répondit Schuldig. En soit, ça n'a rien de bien nouveau mais cette fois, ça va très loin. Il a décrit la scène avec une précision… Ecoute Brad, le gosse a un problème et on n'a pas de solution.

– Ca répond pas à ma question, observa Brad en touillant son café par habitude.

– Il m'a vu en train de m'ouvrir les veines.

La déclaration plongea la cuisine dans un silence grave, et les yeux bruns étonnés de Crawford se posèrent sur Nagi : il ne s'attendait pas vraiment à ça. Derrière les quatre garçons, il vit Farfarello louvoyer dans le couloir, faisant mine de ne pas écouter alors qu'en réalité, il écoutait très bien.

« Et pas discret avec ça… »

– Ah… Bien. Et à propos de ça, toi tu…

Nagi croisa les bras et lui dédia un regard plein de défiance qui fit frémir un sourire sur les lèvres de Schuldig. Leur bébé grandissait à vue d'œil.

– Non, je ne prévois pas de me faire hara-kiri dans les trois prochains jours mais t'inquiète pas, je t'enverrai un SMS, des fois que tu sois pas là.

Brad arqua un sourcil à cette fronde plutôt inhabituelle, ignorant le ricanement sous cape de Ken et Schuldig. Yohji affichait lui aussi un sourire amusé à la boutade mais ça ne l'empêcha pas de reprendre sur un ton sérieux.

– Ses rêves, ses visions – quoi que ce soit – ne s'améliorent pas. Et Schu a dit pour autant que tout n'était pas forcément faux. On fait quoi avec ça, nous ?

– Non, ça ne veut pas dire que c'est faux, c'est sûr. Maintenant… Se fier à cent pour cent à ses visions serait une erreur.

– Donc à quoi se fie-t-on ?

– A moi, en espérant que je vois tout au bon moment.

Silence, soupirs et regards soucieux.

– Est-ce que… La possibilité, je dis bien la possibilité, qu'il soit en train de perdre le sens des réalités est à envisager ? Demanda Yohji après avoir échangé un coup d'œil inquiet avec Ken.

Crawford posa sa tasse.

– Oui.

Yohji se redressa comme s'il avait été piqué et la bouche de Ken prit un pli anxieux. Un silence de mort fit écho au leader des Schwarz et il se racla la gorge au bout d'un moment, se demandant comment leur faire son annonce après avoir lâché une telle bombe. Les deux membres de Weiss encore à peu près en état allaient mal le prendre, c'était sûr, mais comme souvent il lui fallait aller droit au but et passer du coq à l'âne, quitte à paraître totalement insensible. Il devrait sans doute s'expliquer en long, en large et en travers sur Aya mais ça attendrait un peu. Il préférait garder les bonnes nouvelles pour la fin, ce qui ne serait pas un luxe vu la tournure que prenait la conversation…

– J'ai du travail pour vous.

Les quatre garçons semblèrent tendre l'oreille et derrière eux, Brad aperçu le jeune homme balafré s'appuyer en silence contre le chambranle de la porte, cette fois l'air intéressé. Pour le moment, personne à part lui ne semblait l'avoir remarqué.

« Pas terrible les assassins surentraînés, » songea-t-il un peu amusé.

– Une infiltration de nuit. J'aurai besoin de tout le monde. Je vous en dirai plus quand j'aurai achevé la transaction.

Tous hochèrent la tête dans un ensemble quasi militaire. Chassez le naturel… Dès qu'on parlait « travail », ils passaient tous en mode professionnel. C'était tellement déroutant même après des semaines d'inactivité que Brad s'interrogea encore une fois sincèrement sur leur capacité à vivre une vie normale.

– Voilà.

– Quoi, tu disparais trois jours et c'est tout ? Pas de nouvelles d'Aya, pas de petits mots gentils et en plus, du boulot ? Fit Schuldig.

Brad sourit en portant à nouveau sa tasse à ses lèvres. Son café avait refroidi.

– Oui.

L'homme aux longs cheveux flamboyants leva les yeux eu ciel avec un grognement exaspéré.

– Je rêve.

Le sourire de Brad perdura un peu, prenant une tournure plus amusée.

– Ne t'inquiète pas chéri, tu prends le relais auprès d'Aya dès la semaine prochaine. Tu pourras voir par toi-même.

Schuldig souffla d'un air excédé.

– Bah j'te préviens, y a intérêt qu'y ai la télé dans ton bled, là…

######

C'était une soirée relativement calme, placée sous le signe de la relâche. Nagi et Omi s'étaient isolés au second pour une bataille dantesque de jeux vidéos en se gavant de bonbons acidulés pendant qu'au rez-de-chaussée, c'était soirée poker[S2] sur fond de musique jazzy pour les aînés. Le blondinet allait curieusement bien depuis son dernier cauchemar en date et du coup, Nagi en avait profité pour qu'ils passent un peu de temps ensemble, loin de leurs préoccupations habituelles.

Crawford se faisait un plaisir de plumer Schuldig que sa chance légendaire avait abandonnée. Il l'avait d'ailleurs placé près de lui pour parer à toute tricherie, connaissant le caractère roublard du télépathe. Yohji venait de ramasser une main gagnante et quant à Farfarello, il observait le jeu avec intérêt, misant en silence.

Schuldig allait resservir une tournée de tequila mais Crawford posa sa main sur le verre de Ken, le plus jeune à table. Le cadet leva les yeux sur Crawford, sans comprendre.

– Tu en as eu assez, je crois, dit-il gentiment.

– Pardon ? S'irrita Ken en se redressant brusquement, piqué au vif.

Il les regardait jouer d'un œil morne depuis un long moment. Il avait perdu le compte des minutes (des heures) depuis qu'il avait laissé ses cartes, un nombre incalculable de mains plus tôt. Il n'avait pas le moral et se contentait de siroter son verre d'alcool sans conviction, les regardant s'affronter à coup de suites de cartes plus ou moins chanceuses.

– Il n'a pas tort Kenken. Tu ne dois même pas être en état de te lever.

– Désolé de pas être un sac à vin comme toi, rétorqua le brun d'un ton acerbe à Yohji qui faillit en avaler sa cigarette.

Schuldig éclata franchement de rire pendant que Crawford se permettait un sourire devant la remarque cinglante du jeune homme.

– Tu devrais aller te coucher. Tu es en train de t'endormir sur la table, conseilla ce dernier avec patience.

– J'ai pas envie, répliqua le brun du tac au tac d'un air buté.

Yohji poussa un soupir et leva les yeux au ciel en posant ses cartes sur la table

– Kenken, sois raisonnable.

– Et si j'ai pas envie ? J'ai vingt ans non ?

– Kenken, ce n'est pas ce que je voulais dire… Commença Yohji en se pinçant l'arrête du nez par-dessous ses éternelles lunettes noires, sentant que la discussion allait être difficile.

– Arrête de m'appeler Kenken ! Siffla le brun, ulcéré.

Schuldig se fendait franchement la poire en arrière plan à présent, laissant Yohji se débattre avec son coéquipier d'une visible mauvaise humeur. Farfarello se contentait d'observer la scène en silence, comme toujours. Il posa finalement ces cartes à son tour et se leva, s'approchant du jeune homme qui faisait de la résistance. Ken était souvent sujet à des accès de tristesse depuis le départ de Aya et ils le savaient tous. Aujourd'hui était un de ces jours où il n'avait envie de rien faire. Il avait participé un moment à la partie de poker puis avait rendu les armes, un peu dépité. Le cœur n'y était pas.

Agacé par l'insistance de Yohji, Ken se redressa en croisant les bras d'un air qui disait clairement qu'il ne bougerait que lorsqu'il l'aurait décidé. Farfarello posa une main sur sa tête et Ken leva un regard agacé sur lui qui s'adoucit aussitôt en rencontrant son regard doré. L'Irlandais se pencha sur lui et passa ses bras autour de son cou, comme pour lui confier quelque chose qui ne devait être entendu que d'eux seuls. Crawford échangea un regard amusé avec Schuldig devant la scène et le rouquin lui tendit un verre avec un sourire tendre. Yohji se passa une main dans les cheveux, décidant de se rallumer une cigarette en espérant que Farfarello saurait raisonner leur tête de mule. Ils semblèrent échanger quelques mots puis Ken acquiesça finalement d'un air las. Le brun semblait sur le point de se lever mais Farfarello le prit de vitesse, passant un bras musclé sous ses genoux et un autre autour de ses épaules pour le soulever avec une facilité déconcertante.

– Farf non !

– Tiens-toi ou je te lâche, menaça le borgne d'une voix malicieuse à son oreille.

– Pose-moi ! Tout de suite !

Les joues du plus jeune s'enflammèrent devant l'air ravi de Yohji qui savourait sa revanche autant qu'il adorait voir Ken se faire taquiner. Ce dernier était d'ailleurs fort occupé à fusiller Farfarello du regard pour qu'il lui rende sa liberté.

– Faaaarrrrf !

Amusé de sa réaction, Jei lui dédia un petit sourire moqueur tout en secouant doucement la tête pour le narguer. Vaincu, Ken poussa un soupir dépité, comprenant qu'il ne gagnerait pas cette bataille.

– Tes bras, réclama Jei d'une voix douce.

Ken accepta finalement de passer ses bras autour du cou de Farfie, adressant un signe de la main au trio qui les regardait partir vers les escaliers en souriant. Ken soupira à nouveau en cachant son visage dans l'épaule de son ami.

– Tu redescendras ? Interpella Schuldig en se réinstallant sur sa chaise.

– Continuez sans moi, répondit simplement Jei à ses compagnons de jeu.

A priori, il ne comptait pas redescendre, ou en tous cas pas tout de suite. Lorsqu'ils furent hors de vue des autres, Ken prit la parole, relevant un peu la tête pour parler :

– Farfie, pose-moi s'il te plait. Je ne suis ni ivre, ni impotent.

– Ca ne me dérange pas.

– Ce n'est pas la question. Pose-moi s'il te plait, demanda Ken en essayant de rester patient et diplomate.

– Non.

– Pose-moi par terre bordel !

Au temps pour la patience et la diplomatie !

– Tu ne voudrais pas qu'on tombe dans les escaliers, hm ?

Ken décida de laisser tomber la conversation, profitant du voyage. C'aurait été mentir que de dire qu'il se sentait mal serré dans les bras de Farfarello. Il s'y sentait même trop bien et ça le gênait. D'autant qu'il était encore capable de marcher sans assistance. Ils arrivèrent finalement à l'étage et Farfarello poursuivit sa route jusqu'à la chambre de Ken dont la porte était comme souvent restée ouverte et il ne daigna le lâcher que sur son lit. Ken se redressa avec un soupir. La tête lui tournait à présent et il avait chaud. Farfarello ouvrit la fenêtre sans un mot, laissant l'air plus frais de la nuit s'engouffrer dans sa chambre puis vint s'installer près de lui. Ken leva un regard plein de tristesse sur lui et il tendit la main pour caresser ses cheveux bruns dont il connaissait par cœur la douceur.

– Il me manque, dit finalement Ken.

– Je sais, répondit simplement Jei.

– Et je sais que tu sais, c'est ça ?

L'aîné ne répondit rien, continuant ses caresses en silence. Il savait que ça le détendait.

– Il ne te manque pas, à toi ?

– Il me manque beaucoup de choses, déclara Farfarello en observant l'ancien footballeur professionnel tripoter ses manches de sweat-shirt d'un air gêné.

Mal à l'aise, comme souvent. Le brun leva un regard interrogateur sur lui, peu sûr de voir où il voulait en venir. Farfarello laissa retomber sa main.

– Il te manque quoi ?

– Sanity.

– Ah, ça… De toute façon, c'est pas comme s'il nous restait beaucoup de santé mentale à nous. Moi le premier, ajouta-t-il tout bas plus pour lui-même que pour Farfarello.

Farf imita sa position, s'asseyant en tailleur face à lui et prit le temps de réfléchir à ce qu'il allait lui dire. Ken lui reprochait souvent de ne pas se livrer suffisamment et le brun avait également besoin de réponses claires de temps à autres.

– Normality[S3] .

– On tue des gens Farf. On a tous commencé plus ou moins tôt, pour des raisons différentes. Et nous on est en train de muter, alors ma notion de la normalité a été légèrement bousculée dernièrement. Quoi d'autre ? J'ai réponse à tout, tu sais, ajouta-t-il avec un sourire plus lumineux.

Jei se permit un sourire et celui de Ken s'élargit. Aucun des Weiss ne supportaient les changements qui s'opéraient en eux. Entre la faiblesse physique des uns et les troubles de contrôle des autres, leur vie avait été complètement chamboulée. D'autant qu'ils avaient dû fuir le seul refuge qu'ils avaient. Farfarello marqua une pause, égrenant les secondes en silence puis se lança sous le regard calme mais curieux de Ken qui attendait patiemment la suite de la conversation.

– Beauty.

– Qu-quoi ?

Ken s'attendait à beaucoup de choses mais pas à ça. Farf haussa les épaules d'un air désintéressé, mais l'autre garçon savait qu'il venait de lui faire une confession d'une importance capitale. Quelque chose qu'il n'avait jamais osé prononcer tout haut devant quelqu'un d'autre. Jei se haïssait pour beaucoup de raisons, il le savait. Il se trouvait monstrueux et à bien des égards, même s'il pouvait comprendre certaines de ces raisons pendant que d'autres lui paraissait totalement incongrues.

– Moi je te trouve très attirant, avoua Ken sans pouvoir s'empêcher de rougir.

Finalement, Crawford avait raison : il avait largement eu sa dose pour parler de cette façon. Il fallait vraiment qu'il apprenne à se contrôler, il n'en pouvait plus de rougir à tout bout de champ, dès que quelqu'un l'asticotait un peu. C'était le job d'Omi, pas le sien ! Entre les taquineries de Yohji, les actions de Farfarello et ses propres maladresses, il n'en finissait plus d'être embarrassé.

Jei eut un demi-sourire et déplia ses longs membres avec une grâce féline pour ramper vers lui. Ken recula doucement, se penchant en arrière à mesure qu'il marchait sur lui jusqu'à ce que son dos entre en contact avec son matelas, surplombé par Farfarello. Et il se retrouvait encore en position de faiblesse ! A croire que c'était le destin… Ou qu'il était vraiment un uke suprême comme ne cessait de le taquiner Yohji. Conscient de sa position embarrassante (où il s'était mis tout seul comme un grand), il retint sa respiration avec l'étrange impression d'être en train de se liquéfier de honte. Le pire dans l'histoire ? Il réagissait de façon très embarrassante à la proximité de Jei et ça n'allait pas tarder à se voir.

– Vraiment ? Questionna l'Irlandais d'une voix si basse qu'elle lui fit l'effet de se répercuter dans tout son corps.

Ils étaient si proches que Ken pouvait sentir son souffle caresser ses lèvres[S4] , la chaleur de son corps se répandre sur le sien.

– Vraiment.

– Il me manque autre chose.

– Quoi ? Murmura le brun sans oser bouger un cil sous le regard perçant de Farfarello.

– Love[S5] , déclara l'aîné sans ciller.

Sa respiration de bloqua dans sa gorge au moment où Jei prononça le mot qu'il redoutait d'entendre. Qu'il tremblait d'envie d'entendre. Les lèvres de Jei survolaient les siennes sans les toucher, hésitantes. Jei ne voulait pas s'imposer à lui, ne voulait pas lui forcer la main. Les mains peu assurées de Ken remontèrent le long de ses bras, glissant sur ses épaules, son regard plongé dans le sien. Puis il franchit la distance qui les séparait pour unir leurs lèvres en un baiser timide et incertain[S6] . Jei le laissa mener la danse, répondant au baiser avec douceur, se refusant à le brusquer. Le baiser se fit plus ardent et la chaleur les submergea tous les deux, foudroyante. Jei pressa son corps contre celui du brun, goûtant l'intérieur de sa bouche, savourant son odeur et la douceur de sa peau sous ses mains. Une main du plus jeune se crispa dans ses cheveux courts pendant qu'il continuait d'explorer son corps, oubliant toute retenue. Il ne voulait pas le brusquer ou aller trop loin mais le parfum de Ken enivrait ses sens et ses soupirs lui tournaient la tête. Il savait que passé un certain cap, il aurait du mal à se retenir. Il perdit tout sens commun quand les baisers de Ken se firent plus agressifs et que les mains du jeune homme s'aventurèrent un peu plus bas sur ses hanches.

Ses mains glissèrent sous le sweat-shirt de Ken, évitant avec adresse les cicatrices qu'il savait être là sans s'y arrêter une seule seconde, remontant ses mains pour caresser son torse et l'obliger à se débarrasser du vêtement devenu encombrant. Ken s'exécuta volontiers, réclamant la même faveur de son côté en saisissant l'ourlet de son tee-shirt noir moulant pour l'inviter à le retirer. Jei se redressa brièvement pour s'en débarrasser d'un geste ample et le jeter au sol avant d'enlacer à nouveau Ken avec passion, explorant les courbes de son corps, sentant les mains du brun parcourir le sien avec frénésie. Ken ne quittait plus ses lèvres et il sentait l'Irlandais devenir dur à travers le tissu épais de son jean noir. Leurs baisers se firent plus ardents et leurs caresses plus appuyées de secondes en secondes jusqu'à ce que la main habile de Jei ne remonte sur sa jambe, glissant vers l'intérieur de sa cuisse, lui faisant prendre conscience qu'il était dans le même état d'excitation que son partenaire. Le brun se tendit au contact intime, inattendu, mais se laissa aller avec un murmure de plaisir quand Jei embrassa sa gorge découverte. La main de Jei remonta à nouveau, cette fois jusqu'à sa ceinture qui fut rapidement défaite ainsi que le haut de son pantalon.

– Jei… C'est pas… J'ai jamais…Gémit doucement le plus jeune avec un soupir d'abandon.

– Shh... Susurra l'Irlandais en glissant sa main à l'intérieur de son jean à présent trop étroit.

– Ah !

Ken arqua son dos sous les caresses très intimes de Jei qui s'empara de son membre gonflé par l'excitation avant de commencer un va-et-vient d'une douloureuse lenteur. La surprise passée, Ken voulu lui rendre ses caresses, dégrafant le haut de son jean noir et s'insinuant à l'intérieur. Il glissa sous la ceinture élastique de son boxer avec aisance. Lorsque ses doigts timides effleurèrent la virilité de Jei, ce dernier eut un gémissement de plaisir très intéressant. Le désir balaya tous les doutes qu'ils auraient pu avoir, les précipitant dans un abîme de plaisir. Ecrasant toutes ses inhibitions sous un coup de talon, Ken commença à faire aller sa main sur le membre dur de son partenaire, suivant ses instincts et ses envies. Jei soupira de plaisir à son oreille, provoquant chez lui un frisson brutal. Les instants qui suivirent se perdirent dans un brouillard de sensualité, jusqu'à ce que la tension devienne insoutenable pour chacun d'eux. Se sentant proche de l'extase, Jei accéléra ses mouvements et sentit Ken se tordre sous lui avec frénésie, des gémissements sans retenue tombant de sa bouche. Les caresses se firent plus brutales, le besoin remplaçant la passion. Ken cria quand l'orgasme le frappa de plein fouet, libérant une vague d'énergie psychique qui fit trembler les murs de la chambre, le laissant pantelant. Quelques instants plus tard, le corps entier de Jei se tendit avant de se libérer dans un long gémissement de plaisir, incapable se retenir plus avant. Le silence retomba sur la chambre, juste troublé par le bruit de leur respiration. Ken se blottit dans les bras de Jei, à bout de souffle. La respiration de l'Irlandais glissa sur sa joue empourprée et il posa son front contre sa tempe le temps de reprendre son souffle. Jei sourit contre sa peau et embrassa sa joue, dégageant quelques mèches de cheveux sombres et humides de son regard.

– Ca va ? Murmura-t-il très doucement.

Ken ouvrit la bouche sans pouvoir trouver sa voix, incapable de réaliser ce qu'il venait de vivre, de faire. La main de son compagnon glissa sur sa joue avec une infinie douceur et il reprit peu à peu conscience de son environnement… Sa chambre, et de Jei serré contre lui. Jei qui avait seulement voulu satisfaire ses désirs, faisant systématiquement passer ses besoins avant les siens. Il rougit sous le regard intense de son ami… Devait-il dire amant à présent ?

Il n'avait pas pensé que la situation irait aussi loin.

L'image d'Aya s'imposa très clairement à lui comme un rappel de sa conscience et il se sentit franchement coupable. Qu'avait-il fait, alors qu'il était amoureux de l'autre jeune homme ? Il était tombé dans les bras de Farfarello sans réfléchir une seconde aux conséquences de ses actes. Et il n'avait pas protesté quand il l'avait embrassé, serré contre lui. Quant au reste… La tête lui tournait tant il était pris de remords. Et il était entièrement responsable de ce qu'il venait de se passer entre eux. Farfie n'aurait jamais insisté s'il avait repoussé ses avances comme d'habitude. Comme d'habitude…

– Qu'est-ce qu'on a fait[S7] ? Souffla-t-il si bas que Jei dû tendre l'oreille pour saisir sa phrase.

– Ran ne dira rien, dit-il simplement devant son brusque accès de culpabilité.

Ken s'empourpra un peu plus. Il fallait qu'il trouve quelque chose de sensé à dire, ou à faire, avant de perdre les pédales.

– On a besoin d'une douche, articula-t-il finalement d'une voix tremblante.

Le jeune homme aux cheveux argentés éclata de rire. La réflexion lui paraissait tellement incongrue qu'elle méritait bien un fou-rire. Il pouvait presque voir les remords tourbillonner au-dessus de la tête de Ken.

– Ben quoi ? Marmonna le brun, un peu vexé par son accès de joie.

– Et le romantisme, alors ?

– Ben… Commença Ken en jetant un coup d'œil à leurs pantalons et leurs ventres souillés.

– Pas faux... Concéda Farfarello avec un sourire indulgent en se redressant, attrapant son tee-shirt pour nettoyer rapidement les traces de leurs étreintes.

Ken soupira avec abandon, décidant de remettre son cas de conscience à plus tard. Il avait aimé faire ça avec Jei, il s'était sentit bien. Et ça faisait tellement longtemps qu'il se sentait mal qu'il était content, pour une fois, de se sentir bien, même si sa culpabilité gâchait en grande partie son euphorie. Il avait l'impression d'avoir trompé Jei, quelque part, alors qu'il ne voulait que lui, là, tout de suite. Jei continua de lui caresser les cheveux, lui laissant du temps pour se remettre de ses émotions et reprendre son souffle. D'autant que l'explosion de télékinésie qui lui avait échappé n'avait pas dû être sans conséquences pour lui. Ils restèrent un certain temps enlacés puis finalement, Ken leva les yeux sur lui en sentant la torpeur s'installer entre eux :

– J'ai vraiment besoin de prendre une douche avant de m'endormir, Jei.

L'autre jeune homme lui dédia un petit sourire et se redressa, l'aidant à faire de même. Il enlaça ses épaules et l'aida à se mettre debout, lui faisant prendre conscience que ses jambes étaient franchement faiblardes après une telle expérience. Chancelant, Ken accepta son aide précieuse et se laissa emmener à la salle de bain, attrapant au passage un short bleu en toile légère et un large tee-shirt blanc.

Farfarello l'accompagna jusqu'à la salle de bain et le laissa seul, profitant de ce laps de temps pour aller lui-même chercher des vêtements plus confortables. Ils échangèrent finalement les places et Ken réintégra sa chambre, laissant sa porte ouverte… Espérant secrètement que Farfarello viendrait le rejoindre. Il dû s'endormir car il rouvrit les yeux pour voir Jei s'asseoir près de lui avec discrétion.

– Rendors-toi. Il est tard.

– Tu restes ?

Jei continua de jouer négligemment avec un de ses couteaux mais acquiesça avec un petit sourire.

– Merci… Murmura Ken avant de sombrer à nouveau dans le sommeil.

######

– Wow. C'était quoi ça ? Demanda Yohji en levant les yeux vers le plafond au son de la déflagration assourdie qui venait de leur faire lever la tête.

Schuldig échangea un regard complice avec Brad et ricana.

– Je comprends pourquoi il ne voulait pas qu'on l'attende.

– Pardon ? S'étonna Yohji sans comprendre.

Crawford se permit un demi-sourire et abattit un brelan de dames sur la table, ramassant effectivement la mise.

– Soit Ken a piqué une grosse colère, soit il s'est, disons… Laissé aller.

Yohji le regarda interloqué avant de prendre conscience de la situation lorsque Schuldig lui envoya quelques images très suggestives de ce qu'ils pouvaient faire tous les trois une fois la nuit venue. Et il ne parlait pas d'une partie de cartes.

– Tu crois qu'ils ont… ? Nooooon ! Et comment c'est possible, moi je…

– Il est beaucoup moins expérimenté que toi dans certains domaines, expliqua Schuldig d'une voix malicieuse. Et il est beaucoup moins apte à contrôler son pouvoir. Mixe le tout et ça nous donne une jolie p'tite explosion !

– Et toi aussi Yohji, tu as eu quelques accidents, rappelle-toi, fit Brad d'un ton taquin.

– Ah… Mais c'est pas pareil… Avec vous deux… Oh, Ken va être effondré de savoir qu'on est tous au courant !

Schuldig jeta un petit coup d'œil vers le plafond.

– Apparemment, il s'en veut déjà d'avoir cédé… Il pense à Aya.

– C'est un peu tard, observa Brad en prenant une gorgée de whisky qu'il avait troqué contre la téquila.

– Ne l'espionne pas ! Fit Yohji à Schuldig en ignorant le commentaire du leader des Schwarz.

– Désolé Yohtan, mais le gamin pense un peu trop fort. Si ça peut te consoler, il…

– Je ne veux PAS savoir ! C'est sa vie privée, je ne veux pas savoir, déclara Yohji, agacé.

Ken viendrait sans doute le trouver le lendemain pour se confier de toute manière. C'était déjà assez dur comme ça d'avoir un semblant de vie privée quand on vivait à huit sous le même toit, d'autant que la tâche se compliquait lourdement avec des psychiques, surtout avec ceux qui possédaient des pouvoirs de type mentaux…

– Ouais, t'as pas tort. Désolé, admit Schuldig, conscient d'avoir été indiscret.

– C'est pas ta faute si tu entends les pensées des gens, soupira Yohji pendant que Crawford redistribuait les cartes pour un tour

– Nan t'as raison. C'est sûr que c'est pas facile d'avoir de l'intimité ici… Entre nous, on n'avait pas ce problème parce qu'on avait tous des boucliers assez stables pour nous garantir une certaine discrétion. Mais c'est quelque chose dont vous ne disposez pas. On doit tous faire avec. Enfin, surtout moi, expliqua Schuldig

– Imaginez un peu ce que je peux voir parfois, s'amusa Crawford.

– Heureusement pour nous, tu es une vraie tombe, ricana Schuldig.

– Ouais, un calme à toute épreuve ! Moi j'ai hâte de voir sa réaction quand Nagi va lui ramener son premier amour à la maison. Déjà que Tot ça passait pas.

– Un calibre quarante-cinq, répondit simplement l'Américain sans ciller en retournant une carte sur le tapis de jeu d'un beau vert bouteille nauséeux.

– Imagine si Nagi avait été une fille ! S'esclaffa Schuldig, mort de rire à l'idée d'un papa Crawford accueillant le premier petit ami de sa chère enfant avec une carabine à la main.

Yohji éclata de rire lorsque Schuldig lui envoya une image très claire de la scène imaginée, avec dans le rôle du petit ami un jeune homme quaterback grand, blond, stupide et outrageusement stéréotypé.

/ Mais ça irait peut-être mieux avec ce visage… / Souffla le télépathe entre ses oreilles, gommant le garçon sans visage et le remplaçant par la silhouette beaucoup plus délicate d'un adolescent blond aux immenses yeux bleus, coiffé d'une éternelle casquette et portant un long short noir à l'allure bien familière.

Yohji haussa un sourcil tout en s'allumant une nouvelle cigarette.

/ Intéressant. Tu as remarqué, toi aussi ? /

/ Tu étais détective Yohtan. Je suis télépathe ! /

– C'est très impoli ce que vous faites, dit Crawford d'une voix basse terriblement séductrice en leur jetant un coup d'œil par-dessous ses lunettes.

Schuldig éclata de rire :

– Sorry ! Tu me pardonnes ?

– Ah, mais je ne pardonne pas comme ça moi, s'amusa le grand brun avec un sourire en coin.

Schuldig se leva avec une expression indéchiffrable, passant derrière lui en caressant d'un doigt taquin la ligne de ses épaules larges. Il fit le tour de la table avec un léger déhanché, s'approcha de Yohji et posa sa main sur son épaule gauche pour le contourner avant d'enjamber ses longues jambes sans hésitation, s'installant sur ses genoux.

Crawford s'accouda à la table de jeu d'un air très intéressé, échangeant avec Yohji un regard plein de malice. Puis l'aîné des Weiss reporta son attention sur Schuldig qui planta son regard bleu électrique dans le sien, délibérément provocateur. Il enlaça les épaules de Yohji en se cambrant un peu, à la fois pour se frotter à Yohji et faire profiter Crawford du spectacle. Les cheveux fous et le regard espiègle, Schu se fit un plaisir de se mettre un onduler légèrement sur la musique diffusée dans la pièce, ne quittant Yohji du regard que pour achever Crawford d'un coup de reins langoureux et autrement plus suggestif. Brad était incapable de détourner les yeux du spectacle qui lui était donné, profitant pleinement du petit show du télépathe qui commença à défaire sa ceinture avec des gestes lascifs… Jusqu'à ce qu'il se relève brusquement, ceinture à la main et déhanché outrageusement provocant pour disparaître dans le couloir.

– Mais comme c'est un show interdit aux moins de vingt-deux ans, faut me suivre à l'étage pour voir la suite ! A plus mes p'tits chous !

Les deux autres se regardèrent et se levèrent avec précipitation, prenant à peine le temps d'éteindre la lumière avant de poursuivre Schuldig qui était déjà en haut des escaliers avec un éclat de rire, se réfugiant dans leur chambre. Il claqua la porte derrière lui avant de se jeter sur le lit et de prendre une pose hyper cambrée aussi clichée que douloureuse en les attendant. Trois secondes plus tard, la porte s'ouvrit sur Brad et Yohji qui le dévorèrent du regard. Un autre éclat de rire retentit jusque dans le couloir quand la porte claqua derrière eux[S8] …

La nuit fut de courte durée. Un étrange pressentiment arracha Crawford à son sommeil un peu agité, lui intimant de se lever. Il avait à peine mis la main sur ses lunettes que les hurlements de terreur commencèrent. Schuldig et Yohji se jetèrent au sol pour attraper leurs armes respectives pendant qu'il se précipitait dans le couloir, armé. Les cris venaient de là et il s'imaginait déjà voir plusieurs corps ensanglantés dispersés sur le sol mais il n'y avait qu'Omi, debout au milieu du couloir, livide et hystérique. Le garçon pointait quelque chose du doigt et Crawford tressaillit tant la scène lui rappela le jour où le gamin avait eu une vision tout éveillé en plein repas, la première d'une longue série. Machinalement, il tourna la tête pour voir ce que le garçon désignait en hurlant avec les yeux quasi révulsés d'horreur. Rien. Que dalle. Peanuts. Comprenant qu'il n'y avait aucun danger immédiat dont il pourrait se débarrasser avec un gros calibre, il réenclencha la sécurité de son arme et la posa au sol, s'approchant du garçon paniqué avec précaution. Les autres avaient tous rappliqué, armes à la main et bouche bée devant la scène.

Omi ne réagit même pas à leur présence, continuant à hurler des choses insensées et maintenant qu'il était sûr de ne pas avoir se battre avec un escadron de la mort envoyé par Kritiker, Rosenkreuz ou Dieu savait qui, Brad prit une seconde pour écouter les mots quasi-incompréhensibles criés par le garçon.

« Yohji. »

– Omi calme-toi, calme-toi !

Un hoquet de stupeur en arrière-plan lui apprit que Nagi venait de dégringoler les escaliers en catastrophe, pistolet en main et prêt à tirer, son chien sur ses talons. Il trébucha dans le couloir, rattrapé de justesse par Ken pour l'empêcher de trop s'approcher du gamin en pleine crise de delirium. Farfarello lui confisqua son arme à feu avant d'avoir un autre accident à gérer.

– YOHJI YOHJI YOHJI !

Aux grands maux les grands remèdes, et Schuldig leva la main lorsqu'il comprit que non, Omi ne se calmerait pas juste avec des mots rassurants. La gifle claqua fort sur la joue de l'adolescent, lui tournant la tête et stoppant instantanément la crise d'hystérie. Crawford le rattrapa de justesse en voyant ses jambes se dérober sous lui. Il se laissa aller au sol avec le jeune garçon tremblant qui claquait des dents. Il lui prit doucement la tête pour le forcer à voir ce qu'il y avait devant lui.

– Regarde Omi ! Regarde !

Les yeux bleus terrorisés balayèrent la scène, les gens… S'arrêtant sur Yohji, son ami, son équipier, son frère.

– Regarde-le, il est vivant, il est là. Il. Est. Là.

Yohji fit un pas en avant, tombant à genoux devant le blondinet terrifié qui gémissait doucement. Il passa une main dans ses cheveux clairs.

– Je suis là Omi. Regarde, je suis vivant, je suis là. Tout va bien.

Une petite main toucha sa joue et les sanglots éclatèrent dans la pièce, laissant l'adolescent faible et pantelant dans les bras de Crawford. L'aîné desserra un peu son étreinte, sentant le garçon s'écrouler entre ses bras.

– Je t'ai vu, je t'ai vu là, pendu et mort, t'étais MORT y avait du sang ton cou brisé t'étais mort !

Les yeux verts de Yohji se posèrent sur le visage de Brad. Son amant pinça les lèvres, navré. Il n'avait pas de réponse, pas d'explication à un tel déchaînement de cauchemars et d'hallucinations morbides en si peu de temps. L'adolescent continua à pleurer, effondré. Si ce qu'il voyait n'était pas vrai, alors il devenait cinglé.

Après ça, il fallut rassurer tout le monde (surtout les plus jeunes), essayer de ramener le calme dans les rangs (chez les moins jeunes), remettre Omi au lit (après l'avoir sédaté) et s'occuper du chien agité qui allait et venait dans les jambes de tous le monde. Lorsqu'enfin Omi fut soigneusement bordé et les autres gamins recouchés, Brad s'appuya sur la porte avec un soupir atterré.

– Alors ?

Il releva la tête, un peu étonné de ne pas les avoir entendus approcher. Son regard brun chaud se posant sur Schuldig. Qu'il avait l'air inquiet, ce garçon… Près de lui, Yohji n'avait pas meilleure mine. Brad soupira encore.

– Il glisse vers une autre réalité.

– Il devient fou, quoi.

Brad marqua une pause. Il ne voulait pas s'avancer sur un tel sujet, le cerveau de l'être humain était si complexe. Comment être sûr ?

– L'aliénation… Est une possibilité à envisager, oui.

« Plus que jamais. »


Notes : C'est culcul[S9] , hein ?

Ouais, je sais.

J'ai beau sabrer un tas de passages que je publierai peut-être un jour (ou pas), il y en a toujours plus à mettre et je ne sais plus par quel bout commencer. Désespoir !

Dans l'absolu, j'ai d'autres scènes à placer mais ça ne ferait que rallonger les chapitres comme le déroulement de la fic qui sont déjà assez longs comme ça. Alors j'essaye de prendre sur moi pour ne pas me laisser envahir par mes tendances à toujours tout délayer encore et encore et encore, mais du coup, j'ai l'impression de sauter du coq à l'âne…

La dernière scène par exemple, n'était pas prévue au programme. Après avoir passé les cinq derniers jours à me dire « J'la mets, j'la mets pas, j'la mets pas, j'la mets… », j'ai décidé qu'elle n'apportait rien de plus mais que comme j'avais déjà dû modifier un dialogue plus haut pour l'intégrer j'allais quand même la poster, culcul-la-praline pas crédible et non-apportage au scénar be damned.

J'étais plus à ça près.

A vous de me dire.

Commentaires :

[S1] Si vous vous demandez, oui, c'est du vécu mdr. On a des disputes très constructives dans cette baraque.

[S2] Oui c'est très mode le poker depuis quelques temps même si je rate un peu le coche vu que ça a dû être écrit y a deux ans… Bref.

[S3] Normalcy, normality ? J'ai un doute sur le terme adéquat. Oui je sais, quand on n'sait pas parler l'angliche, on s'abstient.

[S4] Si je hurle « VAS-Y ROULE LUI UNE PELLE ! » plus fort à la prochaine relecture, les voisins vont finir par appeler la police… Et l'asile.

[S5] L'auteur lève les yeux au ciel. T'avais pas plus neuneu ? Ben nan…

[S6] LA PELLE LA PELLE LA PELLE ! Erf kof kof, désolée. Je craque.

[S7] Qu'est-ce que J'AI fait tu veux dire ? Faut m'achever maintenant, c'est plus possible !

[S8] Avouez, vous maudissez l'auteur pour sa flemme à écrire une autre scène un peu hot. Désolée, c'est pas vraiment mon fort !

[S9] Et pas crédible…