Titre : Alliés
Auteur : Syhdaal
Genre : Yaoi
Base : Weiss Kreuz
Couples : Brad x Schu x Yohji, Jei x Ken.
Disclaimer : Non, aucun de ces persos ne m'appartient (quel dommage…), enfin tout le monde le sait hein ! Je m'en sers juste de façon éhontée pour satisfaire mes délires de malade mentale.
Quarante ans plus tard, Syhd réagit et s'excuse platement…
Bien, bien, bien. J'vous dirais bien que je suis vivante, mais le postage de chapitre en est une preuve flagrante. Ce chapitre a mis une éternité à sortir, j'ai un gros souci pour liquider cette fanfiction, mais va bien falloir que j'y arrive. Alooooors, un p'tit tour du côté des têtes rouges, il se passe quoi ?
Warning : Et ben naaaaan, plus d'lemon ! Faut pas rêver non plus.
– Blablabla. : Conversations téléphoniques
Alliés
Chapitre 21
C'est un soupir désespéré qui franchit les lèvres de Schuldig quand il fit une nouvelle fois le tour du propriétaire, mais juste mentalement. Nan, parce que là, tout de suite, en tendant les bras il touchait à la fois le plafond, la gazinière, le mur du fond, la porte d'entrée et celle de la chambre.
Crawford allait le lui payer très cher. Genre, très très cher. Genre, beaucoup de diamants. Des fois, il se disait qu'il aurait bien aimé être une fille rien que pour ça, pour pouvoir réclamer des chaussures et des diamants en dédommagement sans risquer d'apercevoir le sourire moqueur de Farfarello. Non, à la réflexion ce rustre se fendrait toujours la poire mais peut-être qu'il pourrait espérer lui casser la figure sans représailles immédiates. Il soupira à nouveau.
Y avait même pas internet !
Sérieux, il voulait quoi le Crawford, le voir pendu au bout d'une corde ? Nan, parce que là... Là, c'était étonnant que même Aya le Glaçon ne se soit pas suicidé en mettant la tête dans le four vu l'ennui mortel qu'il sentait poindre à l'horizon. Dire que Yohji s'était marré quand il avait embarqué un jeu de cartes... Ca serait pas du luxe. Quant à l'aménagement, il était d'une austérité phénoménale.
– C'est pas le grand luxe mais bon, dit Aya comme s'il avait lu ses pensées.
– Mouais, grommela Schu en laissant tomber son sac au sol. Rassure-moi t'as au moins l'eau courante ?
Une ombre de sourire étira les lèvres pâles de son petit protégé.
– Oui, t'inquiète pas, y a une chasse d'eau.
– Tant mieux ! Il est hors de question que j'aille faire pipi dans des chiottes où y a pas de chasse d'eau !
Aya pouffa de rire, ravi de revoir quelqu'un et en particulier Schuldig. Le télépathe n'avait pas tort quand il lui proclamait qu'avec lui on ne s'ennuyait pas. Ca lui changerait ! Schuldig jeta un coup d'œil au matériel de nettoyage déjà bien usé.
– Pitié, me dis pas que t'en es réduit à faire le ménage pour passer le temps ?
Aya lui jeta un regard navré.
– J'vais mourriiiiiiiiiiir !
######
En début d'après midi, alors qu'ils étaient en train de faire un peu le point sur les progrès d'Aya, un grattement insistant à la porte fit bondir Schuldig.
– C'est quoi ça ?
Aya lui, ouvrit tout naturellement la porte et laissa entrer l'auteur du grattement, un gros chien. Genre, plus gros que Loulou. Genre, le chien qui te bouffe le bras jusqu'à l'épaule quand tu lui tends un bout de viande. Aya gratouilla le chien qui piétina allègrement avec ses pattes mouillées et pleines de terre et toutes crapoteuses autour de lui. Pas étonnant qu'il fasse si souvent le ménage, du coup.
– Je réitère. C'est quoi ça ?
– Un chien.
Schuldig leva les yeux sur Aya qui affichait presque un sourire. Presque.
– Oh non Fujimiya, même pas en rêve ! Faudra m'passer sur le corps !
– Ca peut s'faire, persiffla Aya en lâchant le cou de l'animal qui se jeta sur Schuldig pour lui faire la fête.
Le genre gros câlin avec la gueule pleine de dents, roulage de pelle en règle avec la langue et haleine de chacal mal lavé. Le télépathe tituba, peinant à se rattraper sous les trente kilos de muscles qui se vautrèrent sur lui à cœur joie.
– Arrière monstre ! Tu pues dégage ! Mon tee-shirt quoi !
– Naaaaaaaan ! MAIS ARRÊTE DE ME LÉCHER LA POMME ! Ayaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !
Aya pouffa de rire.
– Allez viens ma belle, viens, appela-t-il au bout d'un moment en prenant pitié de son ami.
Le chien tout gris sautilla jusqu'à lui, léchant et mordillant la main tendue avec enthousiasme.
– Nan mais je rêve, perdu au milieu des bois t'arrives à te faire un pote ?
– Une.
– Pardon ?
– C'est une fille.
– Désolé, je ne soulève pas les jupes des chiens pour vérifier.
Aya gratouillait l'animal qui remuait la queue avec vigueur. Il n'était pas bien vieux ce chien et il avait l'air en pleine forme.
– Tu l'as trouvée où ?
– Dans le coin, près de la route. Je pense qu'elle a été abandonnée en fait...
– Ah.
Ca, c'était moche. Les bêtes lui étaient assez indifférentes en général et s'il ne se qualifiait pas comme un ami des animaux, il n'aimait pas les voir abandonnées ou maltraitées. Elles ne demandaient rien à personne. Mais à choisir, il préférait les poissons rouges. Ca ne demandait pas grand-chose, ça ne puait pas, ça ne mangeait pas les chaussures et ça ne pensait pas. Pas qu'il entende les pensées des animaux. C'était surtout… Des instincts, des émotions. Ca ne se traduisait pas en mots, mais c'était un bourdonnement de plus à ajouter au bruit perpétuel qu'il avait dans la tête.
– Tu la nourris ? Demanda-t-il en avisant la casserole pleine d'eau dans un recoin de la kitchenette mais pas d'écuelle de nourriture.
– Oui, en général mais je la soupçonne de chasser.
– Je m'y connais pas trop en cabots mais on dirait Balto, observa Schuldig en détaillant l'épaisse fourrure grise, la silhouette lupoïde ainsi que les dents et les oreilles pointues.
C'était un bel animal, sûr… Radicalement différent de Loulou le Doberman aux dents affûtées mais tout aussi majestueux.
– Balto ?
– C'est un vieux dessin animé. Et donc tu l'as prise en pitié quand ?
– Y a à peu près un mois.
Un… Mois ? Schuldig fit un rapide calcul mental. Oh il connaissait quelqu'un qui allait dormir quelques temps dans la baignoire !
– Brad était au courant ?
Aya leva des yeux coupables sur lui avec l'air du gamin surpris la main dans le pot à cookies… Jusqu'au coude !
– Oups ?
– Quoi « oups » ? Comment ça « oups » ? Vous m'avez fait venir ici alors qu'y a même pas d'eau chaude et en plus, je dois me taper un autre chien qui pue ? Nan mais je rêve !
– Schuuuu...
Aya leva des yeux faussement exaspérés face à la comédie de son compagnon. Brad lui avait glissé la dernière fois que Schuldig était une véritable drama-queen. La chienne frotta sa tête avec délectation sur le pantalon clair de Schuldig, y laissant une belle trace de bave bien gluante[S1] .
– Laissez-moi mourriiiiiiiiiiir ! Geignit le roux en levant la tête vers le ciel.
Aya, lui, éclata de rire.
######
La nuit venue, Schuldig soupira face au plafond. Même dormir était ennuyeux dans ce trou pourri. Au moins, avant, il pouvait bénéficier des ondes oniriques des autres mais là, niet, que dalle, peau d'balle ! Il se retourna en râlant, essayant de trouver une position confortable entre l'accoudoir qui lui brisait la nuque et le ressort qui essayait de lui transpercer le dos. Et ce maudit chien qui passait visiblement une bonne partie de son temps à relâcher du méthane dans l'atmosphère étriquée de la petite baraque, quelle misère.
– Hey cul pourri !
La chienne releva la tête d'un air curieux.
– Tu schlingues ma vieille ! Oui toi là, tu pues !
L'animal se leva pour s'approcher de lui et frotter sa truffe mouillée sur son visage.
– Non… Non, reste couchée. Couchée j'ai dit ! Me monte pas dessus, non ! Et merdeuh.
Trente kilos de clébard sur les jambes plus tard, Schuldig se cogna répétitivement la tête sur l'accoudoir.
– … De la place de la dignité humaine dans ce trou pourri… Introduction… Mais sans déconner, il te donne quoi à bouffer pour que tu pues autant ?! Ah la vache, c'est du concentré de boule puante.
Il soupira et se replongea dans ses pensées en essayant d'ignorer la masse lourde qui immobilisait ses jambes pour le compte. Au bout de vingt-quatre heures, il avait constaté qu'Aya avait bien progressé en leur absence à tous et qu'il avait trouvé une technique pour se recentrer et se protéger. Schuldig n'en revenait pas qu'il y soit parvenu si rapidement. C'est qu'il faisait preuve d'une capacité d'adaptation ce petit !
Pas que ce soit très étonnant, il était passé en quelques secondes de la vie d'adolescent sage à tueur à gages sanguinaire, puis à leader de tueurs à gages sanguinaires, puis à leader de tueurs à gages sanguinaires et doués de pouvoirs psychiques. Normal comme évolution de carrière, quoi.
A croire que si on lui mettait des branchies il apprendrait à respirer sous l'eau en moins de trois secondes chrono. C'était affreusement agaçant et en même temps, il était assez fier de son petit protégé attitré. Aya avait toujours eu la rage de vaincre. Voire, peut-être la rage tout court. En parlant de ça… Il essaya de bouger ses jambes et la chienne, dérangée dans sa somnolence, souffla bruyamment, laissant échapper un soupir et un râle, droit sur son visage.
– Parce qu'en plus t'as la gueule qui pue du cul ?
######
Le lendemain, entre deux esquives de chien baveux et un bon loquetage du sol, Aya invita Schuldig à faire un tour dehors histoire de prendre l'air plutôt que de se marcher dessus dans leur masure de trois mètres sur trois.
– Allez, dis tout à tonton Schuldig, je sais que tu meures d'envie de demander, taquina le télépathe en lui faisant un sourire ravageur.
Il n'en fallu pas plus pour qu'Aya se lance dans un véritable interrogatoire.
– Comment ça va à la maison ?
– Ca dépend qui… Yohji fait des progrès hallucinants.
– Ah ? Il gère bien ?
– Oui, il a trouvé le moyen de charger et décharger des piles ou des petites batteries par exemple. Le souci, c'est qu'il pompe systématiquement le jus de la télécommande ou des portables quand il est fatigué, du coup, c'est un peu la crise le soir, mais ça va. Il est puni et il ne peut plus choisir le programme télé mais comme il n'aime que les vieux coucous, on s'en porte pas plus mal.
Aya continua d'avancer avec un sourire. Tous les autres lui manquaient, la villa lui manquait, mais ne plus pouvoir se confier à Yohji en cas de coup dur, c'était parfois pesant. Il attendait en piaffant d'impatience les visites de Crawford et n'était que trop heureux d'avoir Schuldig à ses côtés. Près de lui, le télépathe dissimula à grand peine un sourire en l'entendant réfléchir. Ah, si on lui avait dit ça un an plus tôt…
– Et Omi ? J'imagine que ça ne s'est pas amélioré ?
Schuldig lui dédia un sourire désolé.
– Non. Il fait des rêves absolument atroces. On fait ce qu'on peut.
– Du genre ?
– Du genre suicide, pendaison, ouvrage de veines et morts qui parlent. Rien de neuf, quoi.
– Et sa santé ? Il mange ?
– Pas plus… Désolé. Son état n'empire pas, c'est le principal. Yohji le bourre de compléments alimentaires hypercaloriques pour limiter les dégâts, mais bon…
Il passa volontairement sous silence le fait que son pouvoir se soit physiquement déclaré. Vu la nature de ses aptitudes, il ne voulait pas angoisser Aya plus que de raison. L'empathe soupira, visiblement préoccupé. Il avait peur, très peur pour Omi mais si Schu disait que ça ne s'envenimait pas, c'était toujours ça.
– Je pensais que Nagi aurait pu faire quelque chose…
– Il essaye. Dès qu'il peut, il lui fait avaler des bonbons devant la télé, mais c'est pas gagné tu sais… C'est pas gagné.
– Tu penses qu'il s'en sortira ? Franchement ?
Ce fut au tour de Schuldig de soupirer.
– J'sais pas trop… On avait peur qu'il se décourage et c'est en train d'arriver, du coup, Nag' et Ken le secouent un peu de temps en temps. En parlant de lui… Quoique, vu que t'as rien demandé, j'imagine que ça ne t'intéresse pas ? S'enquit Schuldig avec un sourire en esquivant une claque sur le bras en riant.
– Schuuu !
– Oh je t'en prie, vous vous faites des yeux de merlans frits à longueur de journée, va p't-être falloir y aller un de ces jours, nan ?
– Nan.
– Ah, mon pauvre Aya, t'es vraiment indécrottable. Bref. Ken va bien.
– C'est vrai ? Demanda Aya du bout des lèvres.
Schuldig leva les yeux sur lui, voyant son regard mauve devenir mélancolique. Donc, Ken lui manquait un peu plus que les autres. C'était toujours dur d'arracher des aveux à Aya, pour n'importe quoi. Schuldig y arrivait sans doute mieux que les autres parce qu'il aimait bien l'asticoter et qu'en plus, il lisait ses pensées. Ca lui donnait un avantage non négligeable pour lui tirer les vers du nez.
– Oui. Il est à peu près stable en ce moment. Il avance à petits pas, mais on ne peut pas brûler les étapes avec la télékinésie.
– D'accord... Et Jei ?
Le dernier mais pas le moindre. « Jei ». Ca lui avait sans doute échappé, il ne s'était probablement même pas rendu compte qu'il l'avait appelé comme ça.
– Egal à lui-même.
– Pas de crises ?
– Rien d'aussi dramatique que la dernière fois. Mais il m'a laissé un message pour toi, dit Schu en se penchant rapidement sur lui pour embrasser ses lèvres avant de reculer d'un bond.
Des fois qu'Aya aurait essayé de lui arracher la tête ou de le priver de sa précieuse virilité. Aussi rouge que ses cheveux, Aya ouvrit des yeux ronds.
– Tu fous quoi, là ?!
– On ne tue pas le messager Fujimiya ! S'esclaffa Schuldig en esquivant une grosse racine sur le chemin.
– Bien sûr, Farf y aurait sans doute mis plus de sentiments en plus de sa grande langue mais tu comprends, je n'meuh permettrai pas d'empiéter sur la chasse gardée d'un ami !
Aya sembla devenir carrément violet mais il baissa la tête et le dépassa sans mot dire, le menant jusqu'à une aire un peu plus dégagée où se trouvait un étang. La chienne était là, pataugeant avec délice dans l'eau boueuse et Schuldig grimaça quand elle leva la tête pour ensuite courir vers eux.
– Je sens que ma garde-robe ne va pas résister à ce séjour, marmonna-t-il une fraction de seconde avant de faire un pas de côté.
Il évita avec adresse l'animal qui fit immédiatement volte-face, pensant que c'était un jeu. Ah, elle était rapide malgré ses grosses pattes un peu maladroites qui tapaient le sol pour jouer, essayant de l'attraper. Schuldig rit un peu en tournant autour d'elle plus vite qu'elle ne pouvait le suivre et elle finit par se coucher dans cette position typique de jeu, prête à bondir. Aya se mit à rire franchement en la voyant s'élancer vers Schuldig mais ne rencontrant que du vent. Elle recommença, prête à lui sauter dessus puis finalement décida d'une autre stratégie en recommençant à courir autour de lui.
– Allez, ça y est, on arrête, lança Schuldig en faisant un dernier tour autour d'Aya pour voir si elle changeait de cible.
– Je crois qu'elle t'aime bien.
Schuldig s'arrêta, sentant deux grosses pattes avant le toucher en plein milieu du dos, laissant à n'en pas douter des dégoulinures très esthétiques à l'arrière de son manteau.
– Bah oui, c'est ma veine, forcément ! Chien pourri va !
Aya agita la main et la chienne vint se vautrer contre sa cuisse, condamnant par la même occasion son jean. Il avait appris à ne plus porter que des vieux vêtements délavés depuis qu'il l'avait trouvée, mais Brad n'avait pas dû passer le message à Schuldig, trop heureux de le voir galérer avec une autre boule de poils. Finalement, Aya désigna un tronc d'arbre abattu pas très loin. Il était mouillé, pourri et couvert de mousse mais ça lui servait de banc à l'occasion, quand il ne faisait pas trop mauvais. Une fois qu'ils furent assis, la chienne fila entre les arbres. Elle ne tarderait pas à rallier la maison pour obtenir sa pitance du soir.
– C'est quoi son nom ?
– Elle n'en a pas. J'avais pensé à la déesse grecque de la chasse, Thémis, je crois...
– Je crois que tu confonds avec Artémis, corrigea Schuldig en souriant.
– Peut-être ?
– C'est la Déesse de la chasse, la Diane Chasseresse. Thémis c'est une Titanide, la fille de Gaïa, si ma mémoire est bonne… Et on sait tous qu'elle est mauvaise, ajouta Schuldig en marmonnant.
– Oh, t'es calé.
Schuldig haussa les épaules.
– J'aime bien la mythologie. C'est plus sympa que le monothéisme, et crois-moi, j'en ai bouffé de la Bible avec le Farf, soupira-t-il en levant les yeux au ciel.
Au sens littéral, se souvint-il quand il avait dit une vacherie de trop devant Jei, qui n'avait pas toléré le blasphème et lui avait quasiment enfoncé l'Apocalypse dans la gorge. C'était Nagi qui l'avait sauvé de justesse en désintégrant le livre et en sauvant plus ou moins sa vie. A l'époque, Jei était un brin plus colérique… Quoique ça lui arrivait encore de jeter des livres saints au visage de ceux qui l'agaçaient, mais se prendre l'Ancien Testament dans la gueule c'était toujours mieux qu'un tanto avec une lame de trente centimètres. Comme quoi, y avait du mieux dans le fond.
Aya lui jeta un regard en coin avant de se redresser un peu pour regarder au loin. La chienne ne devrait pas tarder à revenir pour les suivre jusqu'à la maison, à moins qu'elle n'attende déjà devant la porte. Ce n'était pas impossible. Au moins, elle n'approchait pas de la route, ça le rassurait infiniment. Il ne voulait pas la voir revenir blessée, ou pire, ne pas la voir revenir.
– Si on m'avait dit y a un an qu'on aurait ce genre de conversations… Dit Aya.
– Ouais. Les choses changent.
– Comme quoi rien n'est éternel… Takatori, Esset… Ils ne sont plus là.
– Pas faux. Et nous… On est toujours là, c'est juste qu'on a changé. Y a que Rosenkreuz qui refuse de crever, grommela le télépathe en enfonçant son talon dans la terre meuble devant lui.
Aya perçut d'emblée le ressentiment dans sa voix.
– Comment t'as atterri là-bas toi ?
Schuldig s'arrêta brusquement de s'acharner sur le sol avec ses chaussures avant de tourner la tête vers lui. Ils devaient avoir l'air de deux ados en pleine confidence, assis de cette façon sur le tronc qui leur servait de banc.
– On est venu me chercher. Chez mes parents. Ils m'ont trouvé et ils m'ont pris parce que mes parents ne voulaient pas me laisser partir dans leur école pour « surdoués ». Bref.
– Tu avais quel âge ?
Schuldig haussa les épaules.
– J'sais plus trop. Huit ou neuf ans, je pense mais ça devient flou maintenant… Faudrait demander au vieux.
– … C'est vrai alors ? Tu perds la mémoire ?
Schuldig eut un sourire un peu amer.
– Brad ne raconte pas tant d'âneries que ça, tu vois… Mais ouais, je perds la mémoire. C'est comme une maladie dégénérescente du cerveau sauf que même si demain on trouvait un remède miracle à Alzheimer, moi je serai condamné quand même.
– On trouvera bien une solution.
Schuldig lui jeta un regard franchement amusé.
– Ah, et si on m'avait dit un jour que toi tu essayerais de me remonter le moral !
– Oui, mon immense bonté me perdra. J'ai un faible pour les âmes perdues.
– Modeste, en plus de ça ! Sûrement pour ça que Farfie te kiffe, persiffla Schuldig en riant franchement.
Devant son air vexé, Schuldig éclata de rire en passant un bras autour de ses épaules pour le secouer un peu.
– Ah ma biche ! Fais pas la tête alouette. En parlant de tête…
– Quoi ? Fit Aya, s'attendant à une vanne sur sa coupe d'homme des bois.
– On n'a jamais touché un cheveu de ta sœur, tu sais.
Aya tourna vivement la tête vers lui. Il s'était attendu à beaucoup de choses, mais pas à ça.
– Elle va bien ?
– Brad la fait surveiller par je ne sais quel moyen, il m'a dit que tout se passait bien. Enfin, je voulais te le dire mais j'ai jamais vraiment eu l'occasion avec tout ce bordel alors voilà, je te le dis.
– Ah, c'est bien… Dit Aya visiblement à court d'arguments.
– Aucun d'entre nous n'a jamais posé la main sur elle. Ni les Schreient, d'ailleurs. Elles l'avaient bien soignée et elles ont plus ou moins empêché Masafumi de s'en approcher… Qui sait ce qu'il aurait pu lui faire, celui-là, marmonna Schu plus pour lui-même que pour Aya.
– Quand je pense qu'Omi était de la même famille…
Schuldig passa très clairement sous silence qu'Omi, qui était sérieusement toqué depuis six mois (ça Aya le savait), était lui aussi capable de donner vie à des monstres. Peut-être que c'était le destin, finalement. Ils rallièrent la maison peu de temps après pour se réchauffer. La chienne tournait déjà devant la porte. Schuldig était finalement plutôt content qu'Aya ne soit pas complètement seul. Mais un jour, Aya rentrerait à la maison et il savait d'avance qu'il serait hors de question de la laisser ici livrée à elle-même. Ca voulait dire qu'à part lui trouver une autre famille, il serait contraint et forcé de cohabiter avec un autre sac à puces. La vie était décidemment cruelle avec lui, et surtout avec ses chaussures.
– Allez rentre charogne, t'as faim, j'suis sûr, râla Schuldig en ouvrant la porte.
La chienne lui marcha sur les pieds dans sa hâte et Aya ricana un peu derrière lui.
– Et voilà, adopté ! Dit-il un peu moqueur.
– Pff, vous aurez tous ma peau avec vos cabots, grogna Schuldig en se déchaussant.
– Oh, j'parlais pas du chien.
– La ferme tête rouge.
######
Schuldig venait de sortir pour une pause cigarette à rallonge en compagnie de la chienne et Aya attrapa le téléphone portable d'une main tremblante. Schu avait oublié son téléphone portable sur la table où ils mangeaient et ne s'en était pas rendu compte, où du moins avait fait semblant de ne rien voir. Aya tablait plutôt sur la dernière hypothèse, sinon Schuldig n'aurait pas abandonné son portable bien en évidence alors qu'il ne s'en séparait jamais. Il n'était quand même pas stupide à ce point. Lui avait dû se défaire de son téléphone. Il avait bien un bipeur, juste de quoi appeler Crawford à la rescousse en cas de problème, mais sinon, il avait dû se séparer de son portable. Brad ne voulait pas qu'il se fasse repérer et il ne voulait pas non plus de relations téléphoniques qui ne feraient que le perturber.
Mouais.
Pas comme si la solitude extrême était perturbante… Plusieurs sonneries retentirent et il piaffait d'impatience. Il avait peur, aussi. Il espérait ne pas s'être trompé dans le numéro : ils changeaient tous fréquemment de téléphones portables à intervalles irréguliers afin de semer Kritiker ou n'importe qui d'autres. Il n'avait plus qu'à espérer que Ken ne l'avait pas changé durant le mois qui venait de s'écouler ou que Schu avait bien réenregistré le bon numéro. Chacun avait tiré au sort les initiales qu'il utilisait dans son répertoire pour identifier les numéros, histoire de brouiller les pistes au cas où. Certains avaient les initiales des prénoms, les autres celles des noms de code. Il passa un « A » et plusieurs syllabes Ba, Be et Bo qui correspondaient respectivement à Balinese, Berserker et Bombay avant de se rendre en fin de répertoire pour sélectionner le « S » et attendit. Schu avait le même répertoire que lui.
– Allo Schu ?
La voix était un peu faiblarde mais bien reconnaissable. Un sourire de soulagement étendit ses lèvres pendant qu'il rassemblait son courage pour parler mais il avait la bouche sèche.
– Qui est-ce ? Interrogea son interlocuteur d'une voix plus méfiante en n'entendant aucune réponse.
Aya se ressaisit et balbutia finalement quelques mots pour se présenter :
– Ken c'est, c'est moi. Aya.
La première question fusa, pleine d'inquiétude.
– Ca va ?
– Ca peut aller.
– Schu t'a laissé son téléphone ? Demanda Ken en baissant la voix comme s'il craignait d'être entendu.
Aya le soupçonna d'être à portée d'écoute des autres membres de la maisonnée. Crawford piquerait une crise s'il découvrait son incartade, mais il décida de l'envoyer un peu se faire voir.
– Pas vraiment... Il est sorti fumer, avoua Aya.
De l'autre côté de la ligne, Aya entendit Ken bouger et se déplacer. Il avait bien compris que si lui n'était pas vraiment censé parler à Aya, Aya n'était pas du tout censé l'appeler.
– Ah… Okay. Attends, je monte à l'étage… Pourquoi… Tu appelles alors ?
– Euh je… Tu… Je me demandais si tu allais bien.
Un silence bref s'installa, lui signalant que Ken réfléchissait sans doute à sa réponse.
– Ca va, dit-il finalement.
– Tu es guéri ?
– Pas vraiment mais je gère… Brad dit que ça passera un jour.
– Et Omi ?
– Ca se stabilise, mais pas d'amélioration visible. Yohji va bien aussi... J'crois qu'il est amoureux.
Ken rit doucement et Aya sourit franchement. C'était une bonne nouvelle. Puis Ken ajouta :
– Tu leur manques, tu sais.
– Et toi ? Je ne te manque pas ? Demanda Aya si abruptement qu'il se sentit rougir férocement au moment où les mots franchissaient ses lèvres.
Oh il aurait mieux fait de se taire ! Déjà que ce coup de téléphone lui valait la couronne de roi des abrutis… Si Brad l'apprenait, ça allait définitivement barder pour son matricule. Quant à Schuldig, il était de plus en plus persuadé qu'il l'avait laissé faire sciemment.
– Si, bien sûr, répondit Ken d'une voix un peu tremblante.
Aya ne sut dire si c'était de l'embarras ou de l'incertitude. Il allait reprendre la parole mais entendit quelqu'un s'adresser à Ken d'une voix si basse qu'il ne put en identifier le possesseur.
– Farfie dit qu'il s'ennuie, transmis Ken.
– Moi aussi… Murmura Aya d'une voix presque assourdie par l'émotion.
Le « message » transmis par Farfarello, le deuxième en quelques jours, avait de quoi le faire chavirer. Il se laissa tomber sur le petit sofa avant que ses jambes ne le trahissent.
– Brad dit qu'il doit appeler Schuldig, indiqua soudainement Ken.
Il devait aller et venir dans les escaliers pour espionner discrètement ce qui se passait en bas.
– Je vais raccrocher dans ce cas.
– Attends Aya. Demande-lui de te ramener.
– Pardon ?
– Demande-lui de te ramener, répéta le brun avec une détermination qu'il ne lui avait plus entendue depuis longtemps.
– Je…
Aya inspira profondément pour dissiper son trouble qui transpirait jusque dans sa voix. Ken devait l'entendre à des kilomètres de là.
– Je ne… Je dois y aller Ken. Au revoir.
– Au revoir…
Aya raccrocha le téléphone et resta assis là pendant un moment. Schuldig ne rentra que cinq bonnes minutes plus tard, le trouvant au même endroit, assis, le regard dans le vague et son portable dans la main. Alors il avait bien mordu à l'hameçon mais visiblement, ça ne lui avait pas remonté le moral, contrairement à ce qu'il espérait. Il s'était dit que si Aya appelait quelqu'un (et il avait d'emblée tablé sur Ken) ça lui apporterait un peu de baume au cœur, mais apparemment il s'était trompé.
– Ne, Aya-kun ?
Aya leva un regard un peu triste sur lui mais il lui sourit légèrement, d'un air gêné.
– Ca ne va pas ?
– Je… J'ai téléphoné à Ken et…
– Ah, adieu mon forfait prépayé, gémit Schuldig d'un air théâtral.
– Pardon. J'aurai pas dû, murmura Aya la tête baissée.
Schu se laissa tomber sur le canapé près de lui en roulant des yeux exaspérés.
– Oh, arrête. Bientôt c'est flagellation en place publique. Accouche Aya, je pensais que ça te remonterait le moral mais c'est pas le cas. Qu'est-ce que je peux faire ?
Aya inspira profondément. Ken avait raison, il devait rentrer. Il se lança :
– Quand est-ce que je pourrais rentrer ?
– Je ne sais pas.
Aya passa une main sur son visage, détournant les yeux.
– Il faut que tu te laisses du temps. Je sais que c'est long Aya mais c'est encore un peu tôt je pense.
– Combien de temps ? J'en ai encore pour combien de temps à rester enfermé ici ?
Schuldig tapota ses lèvres du bout des doigts, réfléchissant au problème. L'énervement était compréhensible car malgré son caractère outrageusement solitaire, Aya était passé d'une villa de huit personnes remuantes à une sombre cabane de chasse dans les bois. La chienne soulageait son isolement mais il s'ennuyait ferme et lui le savait plus que tous, l'être humain n'était pas fait pour vivre seul. Même ce bon vieux Bear Grills le disait entre deux ingestions de larves gluantes et de pisse filtrée à la chaussette. On pouvait survivre trois jours sans eau, trois semaines sans nourriture, trois mois sans contact humain. Ca faisait déjà six longues semaines qu'il était seul et les psychiques doués de pouvoirs mentaux type télépathie, empathie, psychométrie ou même relevage de zombies avaient un besoin viscéral d'être entourés, même si ça pouvait causer leur perte à chaque instant.
– On va voir à ça…
Notes : Court, très court chapitre (pour moi) composé presque uniquement de dialogues et bablotages. A la base, je l'avais purement et simplement supprimé mais comme je n'arrive pas à avancer depuis que je l'ai sabré, il faut prendre une décision. Idem pour la chienne initialement prévue au scénario, j'ai failli « la couper au montage » mais comme elle existe déjà dans de futurs chapitres, je l'ai gardée. Cet animal a fait son apparition très tôt dans la fic comme compagne pour Loulou, bieeeen avant que j'hérite moi-même de ma chienne qui n'a qu'un an… Ceci dit, je rigole bien quand je me relis et que je vois à quel point je suis lucide. Ah pis chez moi les bestioles ça marche au minimum par binôme[S2] , même en fiction.
Commentaires :
[S1] Vous aussi vous connaissez cette trace bien dégueu qui s'étale sur votre pantalon d'un noir parfait au moment de retourner au taf ?
[S2] Ouais, c'est le début des emmerdes quoi. Vaut mieux prendre une fougère c'est moins envahissant comme passion. J'ai une propension connue à m'embarrasser de bestioles toutes plus pourries les unes que les autres.
