Titre : Alliés

Auteur : Syhdaal

Genre : Yaoi

Base : Weiss Kreuz

Couples : Brad x Schu x Yohji, Jei x Ken.

Disclaimer : Non, aucun de ces persos ne m'appartient (quel dommage…), enfin tout le monde le sait hein ! Je m'en sers juste de façon éhontée pour satisfaire mes délires de malade mentale.

Alors, après ce court aller-retour en forêt, ça dit quoi à la Villa ? Si le précédent chapitre se focalisait sur Aya et Schu, celui-ci est centré sur Farfie et Ken. Malgré l'absence des autres, j'espère que ça vous plaira.

Warning : Un autre mini-lemon ? Diantre, il va en tomber des choses.

/ Blablabla. / : Conversations télépathiques


Alliés

Chapitre 22

Il y avait des jours avec, et des jours sans. Aujourd'hui, pour Nagi, c'était visiblement un jour sans. Il avait passé une nuit d'enfer à se retourner pour fuir les cauchemars, revoyant en boucle les mêmes images affreuses. Il revoyait la cellule, les jambes de ses agresseurs alors que lui était vautré au sol, le bâillon nauséabond enfoncé dans sa bouche. Il sentait les mains sur son corps, dans ses cheveux, les mots cruels, les insultes.

Et après, venait la douleur.

Il avait trouvé Omi à son chevet, inquiet et pâle comme la mort.

– C'est fini. Juste un cauchemar.

Juste un cauchemar. Par la porte entrebâillée, Loulou passa sa tête noire et Nagi fit un geste pour l'appeler près de lui. Le chien n'avait en principe pas le droit de rentrer dans les chambres, mais le deuxième étage était leur fief, et personne ne venait vérifier si oui ou non le chien ronflait au pied du lit. Omi sourit quand Loulou grimpa aisément sur le lit, se couchant immédiatement près de son petit maître. Nagi lui caressa la tête en soupirant.

– J'ai dû te réveiller.

– Bof, à charge de revanche, taquina Omi avec un clin d'œil.

Ils passaient leur temps à se réveiller, voire à se veiller l'un l'autre. Pas de question, pas de jugement et chacun sa croix. C'était mieux comme ça.

– On descend ? Proposa Nagi. J'imagine que t'as pas faim, mais bon…

– Hé ben figure-toi que si !

– Noooon ?

– Si. Même que je mangerais une vache, j'ai une dalle d'enfer, affirma Omi en souriant.

Nagi éclata de rire. Le voir dire ça avec un large sourire sur son visage émacié, alors que son tee-shirt trop grand baillait sur une épaule famélique, c'était vraiment la bonne blague de la journée. Ils descendirent au rez-de-chaussée pour y voir la table déjà mise et Crawford aux fourneaux, en train de faire du bacon grillé et des œufs. Il y avait déjà du riz et un plat d'omelette sur la table avec du jus d'orange, du lait, du pain, de la confiture et même des céréales et autres viennoiseries. Il avait prévu pour tout le monde.

– C'est toi qui fais le petit-déj' ? Demanda Nagi, ébahi en s'approchant de lui.

Brad leur dédia un sourire et déposa au passage un baiser sur les cheveux de son fils adoptif.

– Il parait que vous avez faim, je n'allais pas laisser les autres vous empoisonner.

Effectivement… Avec le départ d'Aya, c'était un cordon bleu de moins dans la maison. Crawford maniait les casseroles avec dextérité et Schuldig était lui aussi capable de cuisiner mais se limitait généralement à des plats de chez lui, de préférence avec plein de viande. Du côté des Weiss, si Omi pouvait survivre seul avec des nouilles instantanées, Yohji et Ken étaient pour ainsi dire commis à la poubelle et aux épluchures, au même titre que Farfarello. Quant aux capacités culinaires de Nagi, elles se limitaient souvent à réchauffer du surgelé mais comme c'était toujours Brad qui se tapait la popote, il n'avait pas vraiment à se forcer.

– Ah tu sais toujours tout, c'est agaçant, râla l'adolescent en se mettant à table.

– Plains-toi, se moqua gentiment Brad en déposant du bacon dans son assiette et dans celle d'Omi avant de retourner à la cuisinière.

La table était mise pour tout le monde mais ils étaient les seuls à être là pour le moment. Pour autant, l'odeur délicieuse qui montait de la cuisine eut tôt fait d'attirer les autres. Deux têtes curieuses, une blonde et une brune, se penchèrent à la porte avec de grands sourires. Yohji et Ken se marrèrent un peu à l'idée d'un Brad en tablier à froufous avant que Crawford ne les interpelle sans même se retourner.

– Venez manger.

– Tu vois, très agaçant, dit Nagi à Omi la bouche pleine d'œufs brouillés.

– On parle pas la bouche pleine, morveux, fit Schuldig apparu de nulle part en lui mettant une petite claque à l'arrière de la tête.

Nagi le fit trébucher d'une pichenette psychique sans même lever les yeux pendant qu'Omi pouffait de rire à côté de lui.

– Du calme les gosses, j'emmène personne à l'hôpital, dit Yohji en s'installant devant un bol qui devait contenir un litre de café.

Farfarello louvoyait dans le couloir et c'est Ken qui l'interpela, obtenant même de lui qu'il s'assoit à table alors que c'était quelque chose qu'il ne faisait que rarement. Sautant sur l'occasion, un Nagi euphorique l'apostropha en lui servant une assiette énorme.

– Hey Farfie, t'as faim ?

Le borgne accepta même le plat sans renâcler. Schuldig haussa un sourcil franchement perplexe et se retourna pour échanger un regard avec Brad qui avait délaissé un court instant ses casseroles pour voir le miracle de ses yeux.

/ T'as vu ça ? /

/ Will wonders never cease… / S'amusa Crawford en grattant le fond de sa poêle antiadhésive qui adhérait à mort.

« Saloperie d'poêle de merteuh ! »

– Brad, ton langage, lâcha Schu en enfournant une énorme fourchettée dans sa bouche.

Il s'attira en tout et pour tout cinq haussements de sourcils perplexes.

– Vous devriez pas faire ça tous en même temps, vous êtes flippants, dit-il en faisant passer sa bouchée avec un grand verre de lait.

– Et toi tu devrais arrêter de répondre à ce que les gens pensent, t'es flippant, rétorqua Nagi.

– Non mais regardez qui parle. Le trou du cul de quinze ans capable de raser un immeuble de dix étages. Pas flippant du tout !

– Plus un, lâcha Ken en avalant une cuillère de céréales.

– Ah oui, j'oubliais, on a deux trous du cul capables de raser un immeuble de dix étages, corrigea Schuldig.

– Héééé !

– Il s'est regardé l'autre avec ses cheveux fluos et ses pantalons de follasse ? On dirait Priscilla Folle du Désert ! Se moqua Nagi, décidemment d'une humeur bien trop joyeuse pendant que Ken étouffait son fou-rire dans l'épaule de Farfarello, assis près de lui.

– Nagi, c'est officiel, je vais te crucifier.

– Mort sur la croix, ça, c'est une mort con[S1] … Lâcha Farfarello tellement bas que personne ne faillit l'entendre.

Près de lui, Ken et Nagi éclatèrent de rire.

– Qu'entends-je ? Jei Farfarello faisant de l'humour ? Mais il va tomber d'la mer…

– Schu, coupa Brad en revenant s'asseoir.

– Bah quoi ? Attends, j'ai même pas encore commencé sur le cas du taré aux terminaisons nerveuses déficientes ni de notre défibrillateur perso.

– Hey, taisez-vous, moi je fais marcher les morts, vous pouvez pas me battre, fit Omi.

– Oui, bah forcément, si tu mets la résurrection sur la table, on peut pas lutter, rétorqua Ken.

– Et les zombies, ajouta Nagi.

– Et les zombies, conclut Schuldig.

– Mais y en a qui mangent là, intervint Yohji en essayant de se beurrer une tartine sans penser à un cadavre en putréfaction.

– Oh Yohji, mais pourquoi tu penses à ça !

– Mais c'est vous qui parlez zombies dégueus à table !

– On n'a jamais dit dégueu, répliqua Omi. Et mes zombies ne sont pas dégueus.

– Ils sont morts, c'est dégueu.

– Oui, bah te plains pas, j'aurai pu attirer les grosses mites.

– C'est bon on a déjà Farfie, dit Nagi mort de rire.

Brad pouffa de rire dans son chocolat chaud.

– C'est vrai que tu détruis tes fringues à une vitesse, toi !

– Et encore, t'as pas vu les miennes, marmonna Ken sans réfléchir, le nez dans son bol.

Fou-rire général et piquage de fard en règle du garçon qui s'était encore rendu compte trop tard de sa bêtise. Le petit déjeuner se poursuivit sur le même ton joyeux, une véritable bouffée d'oxygène pour tout le monde. Une fois la table débarrassée, ce fut atelier peinture et dessin pour Omi qui finissait de faire décorer son plâtre par ses amis. Schuldig avait fait le dessin principal, un beau dragon chinois s'élevant au milieu de tourbillons d'eau. Les autres avaient laissé de petits dessins un peu partout. Nagi avait même poussé le vice à décalquer un pikachu pendant que Ken rigolait en dessinant un petit Link brandissant son épée. Ils se disputaient gentiment la place et gribouillaient à tour de rôle, comme ils pouvaient.

– Un vrai plâtre de geek, commenta Yohji en se penchant sur l'amas coloré qu'était devenu le plâtre du gamin.

– Nagi, tu veux pas me faire un mog ?

– Un mog ? Carrément !

– Oublie pas l'pompon, fit Ken en tirant la langue alors qu'il dessinait un gros chomp dans un coin.

– Oh j'hallucine, commenta Schu avec un feutre entre les dents, en train de fignoler un chrysanthème.

Son trait n'était pas exceptionnel vu le support un peu irrégulier, mais ça ne rendait pas trop mal.

– Moui. Bon. On n'en fera pas un tableau de maître mais ça fera l'affaire, lâcha Schuldig d'un air critique.

– T'as pris un motif de tatouage ? Demanda Yohji avant de se vautrer dans une chaise pour feuilleter le journal, posant ses pieds sur le bord de la table.

Omi haussa une épaule en rougissant.

– Le dessin est joli. Pis Schu dit qu'en Europe c'est pas pareil.

– Non, c'est sûr, grommela le télépathe en essayant quand même de rectifier un tracé.

– J'imagine déjà la tronche du docteur qui va lui retirer le plâtre.

– Oui, bah je les emmerde, si ils savent pas apprécier l'art, c'est pas mon problème. Tadaaa ! Dit Schu en se redressant.

– J'devrai exposer, j'ferai un malheur.

Son dragon d'eau côtoyait certes pokémons et autres yoshis vert fluo, mais bon… Nagi et Ken n'avaient pas encore poussé le vice à dessiner une tête de Hello Kitty, tout n'était peut-être pas perdu.

– Quoi, tu pains ? Demanda Omi.

– Non, je crée moi môssieur, rétorqua le jeune homme en rejetant une longue mèche derrière son épaule.

– Oui, comme les dessins de quéquettes géantes cachés derrière les meubles dans la chambre de Brad, c'est ça ? Rigola Nagi.

– Nan, t'as pas fait ça ?

– Il a dessiné un zgeg rose énorme avec des ailes[S2] . Imagine la tête de Brad, cafta Nagi sans hésiter.

– D'où l'expression rose comme une bite, commenta Yohji d'un air royalement désintéressé, toujours plongé dans le journal pendant que Ken se marrait.

Omi éclata de rire.

– Oh oui, j'imagine !

– C'est subversif. J'adore peindre des beutes.

– Des beu-beutes ? Balbutia Omi entre deux salves de rire.

– T'es taré Schu, fit Nagi.

– J'suis un artiste, c'est pas pareil.

– Il est taré ! S'exclama un Omi tellement mort de rire qu'il en pleurait.

Un jouet de chien cracra traversa la pièce pour aller s'écraser sur la tête de Schu qui poussa un cri de pucelle outragée. Brad passait par hasard dans le coin, visiblement.

– Les pénis ailés rose fluo c'est PAS artistique ! Ni subversif ! Râla le grand brun en remettant ses lunettes en place.

Nagi le soupçonna d'avoir un autre truc cradingue à balancer à Schu et s'écarta très légèrement de la ligne de tir, juste au cas où.

– Nope. Ca blesse juste Dieu, conclut un Farfie dont les lèvres ne frémissaient presque pas.

Le nounours plein de bave et de terre rata sa cible de presque rien.

######

Plus tard dans l'après-midi, sans vraiment savoir comment ni pourquoi, Ken tomba dans une embuscade de Farfarello qui l'attendait dans sa chambre. Farfie l'avait pris dans ses bras et ils avaient fini par s'asseoir par terre, toujours serrés l'un contre l'autre. Lui était assis appuyé contre le mur et Farfarello était serré contre lui, le visage dissimulé au creux de son épaule. Il avait enserré sa taille de ses bras musclés et l'avait plus ou moins coincé.

Ken soupira en espérant que Yohji ou Schuldig ne viendraient pas à passer par ici… Ni Omi, ni Nagi non plus d'ailleurs. Brad serait peut-être le seul à ne pas se moquer, et c'était pas garanti ! Farfarello commença à embrasser la peau sensible de sa gorge et il frissonna.

– Farfie…

– Hm ?

– Farf, arrête s'il te plait…

Ce qu'il faisait chaud d'un coup ici… Ken aurait donné beaucoup pour une fenêtre ouverte et la bise fraîche qui soufflait sur le jardin. Ca aurait peut-être calmé ses ardeurs.

– J'ai envie de toi.

Ken tressaillit. Le souffle chaud de Jei dans son cou le troublait beaucoup. Il eut la nette impression que la température ambiante avait encore monté d'une dizaine de degrés. Si ça continuait, il allait finir par fondre. Littéralement. Il n'aurait pas cru que ça lui ferait si plaisir d'entendre ces mots un jour… Il n'aurait pas non plus cru que ça l'embarrasserait autant. Il fallait qu'il trouve quelque chose à dire avant de se laisser aller pour de bon. Jei avait fait tomber toutes ses barrières, ou presque.

– Il n'y a pas que ça…

– Quoi ?

– Farfie, il n'y a pas que le désir… Ou la colère.

– Il y a quoi alors ? Murmura Farfarello en se redressant pour plonger son regard dans le sien.

– Tu sais…

– Non. Dis-moi.

– Farf ! Grogna le brun, agacé.

Le jeune homme borgne lui fit un petit sourire amusé.

– Love ?

– Oui…

– D'you love me ?

– Farf…

– Answer me, murmura Jei en frottant doucement sa joue contre la sienne.

– Je…

Ken sentit sa voix rester bloquée dans sa gorge quand Farfarello décida de tracer la ligne de son cou d'une bouche malicieuse.

– Farf !

– Quoi ?

– Tu m'influences !

– Nope.

– Jei !

######

Enfermé dans son bureau, Brad cherchait en lui le courage d'affronter ce qui allait suivre. Il avait demandé à Farfarello de venir le voir. La veille, alors qu'il allait pêcher des vêtements propres pour Aya en prévision de son prochain voyage au fond des bois, il avait entendu par accident ce qui se disait dans la chambre de Ken. Bon, ça aurait été parfaitement un accident s'il n'avait fait que passer devant la porte entrouverte mais sa curiosité dévorante avait été la plus forte. Il avait décidé de tendre l'oreille en entendant Farfarello, leur sociopathe-psychopathe-névrosé-psychotique-congénitalement-analgésique parler d'amour. Comme quoi, les merveilles ne s'arrêtaient décidément jamais. Il savait que l'amour, c'était la seule chose à pouvoir soigner Jei en partie de toute cette haine, le purger de cette noirceur qu'il portait comme un carcan. Pourtant, dans un autre futur, un qui désormais n'existait plus, c'était une femme, une magicienne qu'il avait vu aux côtés de Jei.

La discussion qu'il prévoyait d'avoir avec Farfarello s'avérait d'autant plus difficile pour lui que son don ne lui avait rien appris sur ce qui allait se passer, que Schuldig avait décrété qu'il ne voulait pas s'en mêler, et que Yohji, fidèle à lui-même, avait rétorqué « chacun sa croix, moi je gère l'autre. ». Bande de lâcheurs. Il entendit des bruits de pas dans le couloir et la porte s'ouvrit sur Farfarello qui entra sans frapper.

– Assieds-toi Jei. Il faut qu'on parle… Commença Brad le nez dans de la paperasse.

Dans le doute, faire semblant d'être occupé.

– C'est pour un travail ?

– Non. Je voudrais te parler de Ken.

Farfarello se rembrunit d'office et il croisa les bras. Brad lui jeta un regard par-dessus ses lunettes et sourit franchement devant son renfrognement d'ado mal léché.

– Fais pas cette tête, tu as passé l'âge d'être sermonné, non ?

– Quoi alors ?

– Tu… C'est un peu délicat, je ne pensais pas avoir ce genre de discussion avec toi, avoua Brad en ôtant ses lunettes et en se redressant.

Il aurait tellement voulu que Schuldig soit là mais le roux avait catégoriquement refusé de s'en mêler et avait préféré passer sa journée avec Nagi et Omi en ville pour le ravitaillement. C'était le télépathe le plus proche de Farfarello au sein de leur petit groupe, c'était lui qui le gérait souvent au quotidien, lui qui avait su établir les premiers contacts difficiles au début.

Farfarello haussa un sourcil fin par-dessus son cache-œil. Sa moue avait pris un pli critique.

– Farf, il va falloir que tu m'aides sur ce coup-là, l'encouragea Brad.

– Quoi, tu veux me faire un cours d'éducation sexuelle ?

– Euh… Pourquoi, t'en as besoin ?

Brad eut besoin de se mettre une grande baffe virtuelle pour se souvenir que malgré ses troubles mentaux, sa force d'ours déchaîné et ses manières un peu brut de décoffrage, Jei n'avait que vingt ans. Et il n'était clairement la personne la plus sociable aux alentours. Alors oui, peut-être qu'il en avait effectivement besoin. Par chance, ni lui, ni l'objet de son affection n'étant apte à tomber enceinte, il n'avait déjà pas à s'occuper de la contraception.

– Non. J'ai grandit avec Schuldig.

– Pas faux.

Même si grandir n'était pas forcément le terme approprié. Farfarello était le dernier arrivé. Schuldig avait quasiment toujours été à ses côtés, ils se connaissaient depuis longtemps mais leur relation n'avait changé qu'au cours des deux dernières années. Nagi avait été trouvé par Schuldig à l'âge de sept ans et avait intégré leur équipe un an plus tard. Quant à Jei, Brad avait hérité de lui quand il avait seize ans. Il y avait déjà tellement à faire pour le contrôler et le gérer au quotidien que leurs interactions avaient surtout tenu de la survie pure et simple au début. Il fallait garder Jei en vie et essayer de ne pas se faire tuer, de ne pas provoquer de crise et de gérer les dommages collatéraux. Dur, dur d'être chef d'équipe… Du coup, s'il avait maintes fois eu des discussions sérieuses dans l'espoir de mettre du plomb dans la tête de Schuldig, et quelques autres avec Nagi pour le recadrer, Farfarello était trop asocial pour qu'il doive le faire. Sauf que maintenant… Les choses avaient changé.

– Ecoute…

– Qu'est-ce que tu veux Crawford ?

Brad soupira et pinça les lèvres et Farfarello ravala un rictus narquois. Il avait l'air bien embêté leur grand leader sans peur et sans reproche.

– Te mettre en garde.

– Contre quoi ?

– Tout ça… Tu es conscient que ce genre de relation…

– Viens en au fait ! Siffla le borgne avec agacement.

Il n'avait pas beaucoup de patience, et parler de ça avec Crawford ne lui convenait pas vraiment. Brad soupira à nouveau, décidant d'employer une autre stratégie.

– Farf, je veux que tu saches que… Même si tu n'as que faire d'une approbation, on te la donne.

– Quoi ? Tu me donnes ta bénédiction ? Demanda Farfarello franchement amusé par sa déclaration.

– Oui, on te donne notre bénédiction, poursuivit Brad d'un coup trèèèèès ennuyé par le sourire qu'affichait l'autre jeune homme.

– Maintenant que j'ai la bénédiction de pôpa et môman, je peux peut-être aller demander sa main à son vieux padre, non ? Qu'en dirait Yohji ? Se marra clairement le cadet.

– Jeiiiii ! Geignit Brad en se cognant le front sur son bureau, complètement démoralisé.

A croire que le voir dans cet état de désespoir le rendait particulièrement loquace, leur resident taré.

– Bah quoi ?

– Tu ne m'aides pas, là.

– Pas vraiment, nan, rétorqua l'Irlandais en lui dédiant un sourire très satisfait et le menton fièrement relevé.

– …Tu préférerais avoir cette conversation avec Nagi ?

Brad reposa son front sur son bureau en râlant. Pis c'était quoi cette façon de parler ? Il avait décidément passé trop de temps avec Schu et Nagi. Et Ken.

– Parle pas d'malheur…

######

Farfarello ferma la porte du bureau de Crawford derrière lui et fit quelques pas dans le couloir. Il allait sortir en sifflant le chien, mais Loulou se rua vers lui tête baissée en se cognant dans ses jambes. Le chien avait parfois un peu de problème d'adhérence sur le carrelage. Il était visiblement couché devant les escaliers. Un peu étonné par cet endroit inhabituel pour l'animal, il s'aperçut de la présence de Ken qui venait de se relever. Il l'attendait ?

– Qu'est-ce que tu fais là ?

Ken haussa une épaule.

– Je t'attendais. Il voulait quoi ?

– Me parler.

– De quoi ?

Farfarello le guida vers le salon d'une main dans le dos.

– De toi.

Ken leva les yeux sur lui, le visage pâle et le regard inquiet, quelque chose qu'il masqua très vite pour le remplacer par… Quoi ? De la résignation ? Il n'avait jamais été très doué avec les gens en général, et les sentiments en particulier. Il n'était jamais sûr de saisir tout à fait les sous-entendus et les doubles sens. Il avait trop longtemps été privé de contacts humains pour avoir appris tout ça en grandissant, à l'époque où se faisait justement cette initiation capitale.

Alors apprendre à lire les expressions de Ken, c'est ce qu'il avait dû faire en premier après la débâcle du Koneko. Heureusement pour lui, le jeune homme portait la plupart de ses émotions sur son visage, toujours honnête et spontané. C'était étonnant quelque part qu'il ne les dissimule pas mieux après avoir vécu tout ce qu'il avait vécu, mais Farfarello l'avait déjà vu tenir tête à plus costaud que lui avec une détermination sans faille, signe que quoiqu'en pense Brad, Schuldig, ou même Nagi ou lui, ça n'avait rien d'une faiblesse.

– Je n'ai pas besoin de son accord pour faire ce que je veux.

– Et qu'est-ce que tu veux ? Murmura Ken en se disant qu'il fallait vraiment qu'il arrête de tendre le bâton pour se faire battre.

Farfarello l'attira contre lui. Ken se détendit visiblement dans ses bras, nouant ses mains derrière son dos. Il sentit Jei déposer un baiser sur ses cheveux puis il lui releva le visage pour l'embrasser. Ken piqua un fard. Il était particulièrement timoré en public et ça, Jei le savait mais il en profitait quand même. Jei se recula et lui sourit franchement, amusé par la rougeur de ses joues.

– On va prendre l'air ? Proposa-t-il en claquant des doigts pour que Loulou le suive.

Le chien trotta jusqu'à la porte et s'engouffra dehors. Il faisait froid même avec le retour du soleil printanier et Ken prit quand même le temps d'enfiler une veste. Jei haussa les épaules en murmura un « petite nature » narquois, évitant de justesse un lancer de bonnet. Loulou détala à fond de balle vers le portail pour revenir vers eux et courir comme un fou autour des deux garçons. Farfarello ramassa un jouet qui trainait et lui lança le plus loin possible. Le chien se rua sur le joujou en caoutchouc fluo avant de se mettre à courir vers un oiseau qui picorait plus loin. Ken pouffa de rire en voyant le doberman refermer ses dents sur du vide et recommencer son manège une bonne dizaine de fois. Increvable ! Ils passèrent un bon moment à jouer au ballon avec Loulou puis Ken s'aventura vers un des endroits les plus éloignés de la maison, sous le saule en bordure de propriété qu'il affectionnait particulièrement. Il y travaillait avec Nagi, y parlait avec Yohji. Il y passait du temps avec Farfie, aussi. De toute la propriété, c'était ce coin-là son préféré. Yohji aimait la terrasse ensoleillée même en hiver, Aya le fond du jardin où il rêvassait ou la serre fleurie qu'ils entretenaient tant bien que mal depuis leur arrivée ici. Omi aimait bien s'asseoir sur les marches de l'entrée, avec Nagi aussi. Brad appréciait de se détendre sur l'arrière de la maison, et Schuldig, lui, était bien là où Brad et Yohji étaient bien. C'était mignon, songea le brun en pensant à leur trio infernal mais ô combien complémentaire. Il leva le nez vers le ciel et se demanda si Aya voyait la même chose que lui, s'il était loin ou pas. Farfarello dû deviner ses pensées car il lui demanda tout bas :

– Il te manque ?

Ken lui jeta un regard un peu étonné puis il sourit, relevant la tête vers le ciel. Des traînées colorées commençaient à apparaître loin au-dessus de leurs têtes, il était tard.

– Il me manque beaucoup de choses Farfie…

Le jeune homme borgne l'attira à lui et déposa un baiser sur son front.

– Je sais.

– On rentre ? Suggéra le cadet en passant un bras autour de sa taille.

Un vent froid venait de se lever, Farfarello acquiesça et ils rentrèrent au chaud. La maison était calme en cette fin d'après-midi. Brad s'était endormi devant la télévision et Nagi dormait dans ses bras, allongé de tout son long sur son aîné qui lui servait à la fois de matelas et d'oreiller. Attendri, Ken déposa une couverture sur les deux endormis et ils quittèrent la pièce sur la pointe des pieds. Les autres étaient probablement dans leurs chambres. Ken profita d'un crochet par la salle de bain pour se changer et laissa sa place à Farfie. Il s'allongea sur son lit avec le nez dans son oreiller et se mit à rêvasser. Une main chaude se glissa sous son tee-shirt, le ramenant à la réalité. Le matelas s'affaissa sous le poids de Farfarello. Il lui jeta un coup d'œil rapide. Il s'était changé aussi mais Farfie n'avait pas la même notion de vêtements confortables que lui qui avait enfilé un large maillot et un bermuda de toile trop grand. Farfarello portait un pantalon cargo noir et un débardeur ultra moulant de la même couleur. Mais qui donc lui achetait ses vêtements ? C'était bien trop près du corps pour être honnête, Ken vota donc pour Schuldig voire, Nagi qui sous ses airs innocents adorait jouer les fashionistas dans le sillon de son aîné télépathe. Il tourna de nouveau la tête, la douleur dans ses épaules le contraignant à retourner à sa position initiale.

– Tu dors là ? Demanda-t-il.

Farfarello continuait ses caresses dans son dos, allant et venant sur sa peau douce.

– Pourquoi pas…

– Je t'oblige pas, fit Ken en soupirant de plaisir sous les doigts habiles de son compagnon.

Depuis que leur relation avait pris un tour plus intime, ils s'étaient très nettement rapprochés, surtout en public. Personne n'avait posé de questions mais il avait bien vu les regards entendus que les autres partageaient en les voyant toujours ensemble. Les doigts de Jei se baladaient sur son dos, suivant la courbe de sa colonne vertébrale, descendant jusqu'à sa ceinture de jean. Contre son oreiller, Ken rougit. Ils n'avaient rien fait de plus depuis la dernière fois. Il était timide et n'osait pas prendre les devants et Jei ne le forçait jamais mais il avait le chic pour le mettre dans des situations embarrassantes. Les doigts taquins s'amusèrent un peu sur la ligne de sa ceinture, glissant sous le tissu de quelques millimètres puis remontèrent vers son dos. Farfarello bougea pour s'asseoir sur ses cuisses. Il allait remonter le tee-shirt de Ken pour avoir le champ libre mais le brun se tortilla, s'agitant pour fuir ses mains.

– Non… Non !

Il réussit à se retourner sous lui, lui dédiant un regard franchement chagriné. Jei soupira devant sa méfiance et s'assit sur ses talons entre ses jambes, reposant ses mains sur ses cuisses.

– Nous avons tous nos cicatrices, dit-il avec douceur.

Ken hésita visiblement, très gêné. Jei comprit qu'il allait devoir le bousculer un peu pour qu'il abandonne ses réserves. Ca devenait ridicule. Surtout que lui n'était franchement pas homme à s'arrêter sur quelques cicatrices. Ken devait bien se douter qu'il n'avait pas avoir honte, surtout devant lui.

– Laisse-moi voir, demanda Farfarello.

– Non, s'il te plait…

– Tu me fais confiance ?

– Oui.

– Alors laisse-toi faire.

Ken respira profondément se forçant à se détendre. Il savait que c'était bête, qu'il ne pourrait pas se cacher éternellement. Ca faisait longtemps qu'il fuyait les miroirs ou évitait de se changer en public comme c'était courant à l'époque de la J-League. Ca faisait aussi plusieurs années qu'il déclinait systématiquement les sorties piscine ou plage, ou alors qu'il ne quittait pas son tee-shirt en prétextant un coup de soleil. Yuriko avait été la seule exception. Elle avait vu mais n'avait rien dit, rien demandé.

Les cicatrices prenaient une bonne partie de son flanc gauche, elles commençaient un peu au-dessus de sa taille et descendaient jusqu'au haut de sa jambe. Ca lui sautait aux yeux tous les jours depuis l'accident. Les mains tendres de Jei glissèrent sur sa peau endommagée, prenant en compte l'étendue des dégâts. Ken dramatisait, comme toujours. Les cicatrices des brûlures étaient bien présentes mais sans être non plus extrêmement flagrantes.

– Ils t'ont bien soigné.

– Je sais mais…

– Oublie ça. Moi, je ne les vois pas.

Ken détourna les yeux, conscient que Jei lui renvoyait plus ou moins les paroles qu'il avait eues pour lui quelques temps auparavant. Jei caressa sa peau du bout des doigts et l'invita à ôter complètement son tee-shirt. Vaincu mais étrangement réconforté, Ken se débarrassa de son maillot de foot trop grand, une vieille relique qu'il portait encore de temps en temps.

– Allez, retourne-toi.

– Y en a aussi… dans le dos.

– Ken, je m'en contrefous, lui dit Farfarello avec toute la patience dont il disposait.

Et il n'en avait pas des masses, c'était bien connu.

– Mais pas moi.

Farfie le fit rouler sur le ventre sans lui demander son avis et s'installa à califourchon sur lui pour l'empêcher de se retourner. Il reprit son massage, dénouant la tension qu'il trouva dans ses épaules et Ken murmura de soulagement sous ses doigts habiles.

– Ca me fait super mal là…

Jei longea l'omoplate du bout des doigts et appuya fermement sur un point précis, faisant sursauter l'autre garçon.

– Aïe !

– Tu as forcé ?

– Non… J'ai mal depuis la dernière mission… Quand t'appuies fort ça me fait moins mal.

– C'est les endorphines. Ca passera avec du repos.

– Moui…

Farfarello décida de le taquiner un peu et se pencha pour embrasser sa nuque. Rien de très pressant mais ce fut assez pour le faire sursauter à nouveau.

– Je t'ai fait peur ?

– Faaarf.

Il rit un peu. Il ne riait pas beaucoup en général mais Ken arrivait à le faire rire, à lui donner une joie de vivre qu'il ne se souvenait pas avoir déjà connue. Ou si, peut-être avant, il y avait tellement longtemps que ça semblait appartenir à une autre vie. Il s'allongea près de lui et Ken glissa aussitôt ses mains sur lui et l'embrassa, attrapant le bas de son débardeur du bout des doigts. Il sourit contre ses lèvres et sentit l'autre jeune homme continuer ses caresses, encouragé par ses baisers un peu plus pressants. Ken réussit finalement à lui ôter son haut moulant, découvrant sa peau d'albâtre pendant que Farfarello s'attaquait à sa gorge découverte, suçotant le creux de son cou. Il fit glisser sa main sur les pectoraux musclés, glissant sur ses flancs, son ventre… Il y avait des cicatrices sur son corps, mais c'était peu comparé à ses bras et ses cuisses. Ken remarqua ce qu'il identifia comme d'anciennes blessures par balles, des traces de lacérations qui venaient peut-être de leur enlèvement, des mois auparavant. Il glissa ses doigts sur son flanc et sursauta. Il venait de sentir quatre cicatrices boursoufflées parfaitement parallèles. Elles étaient relativement récentes et il savait reconnaître son travail. Il ne les avait jamais remarquées avant.

– C'est moi ?

– Oui.

Ken soupira, l'air abattu.

– Pardon.

– C'est du passé, le réconforta l'Irlandais.

Un bref sourire étira les lèvres de Ken et il se pencha pour embrasser la peau endommagée.

– Mais si tu veux te faire pardonner…

Ken pouffa de rire.

– Tu perds pas le nord toi.

Ken planta un baiser sur ses lèvres et finit par gagner la lutte contre sa ceinture et lui retirer son pantalon. Il poussa un petit cri offusqué qui fit franchement rigoler son compagnon.

– T'as pas de sous-vêtements ?

– Pas quand je dors avec toi.

Ken vira pivoine devant son sourire plein de dents.

– T'es grave.

Il lui ôta tout de même son pantalon et Jei se trouva nu, allongé près de lui, contre lui. Ca faisait beaucoup d'émotions pour aujourd'hui. Ken le toucha avec des mains timides, explorant son corps, embrassant ses lèvres, son cou. Jei lui rendit ses caresses, le laissant aller à son rythme. Ken se coula le long de son corps, embrassant sa peau pâle et chaude, effleurant tout son corps pour lui arracher des frissons. Il se redressa un peu, le rouge aux joues, les yeux assombris de désir. Jei vit qu'il tremblait un peu.

– Je… Je voudrais…

Ken balbutiait, les joues enflammées et à moitié nu au-dessus de lui. Il n'allait probablement pas pouvoir se retenir très longtemps avant de l'attraper et de lui faire l'amour… Jei passa sa main sur sa joue, tendrement.

– Qu'est-ce que tu veux ?

Ken avala visiblement sa salive, incapable de dire ce qui lui brûlait les lèvres. Il baissa les yeux, Farfarello était nu et dire qu'il était beau, ça ne résumait même pas la chose.

– Je voudrais…

– Dis-moi ?

Incapable de parler, Ken s'agenouilla entre ses jambes et prit pour une fois le temps de le détailler malgré sa nudité. Ils étaient proches, très proches mais il était terriblement complexé dès qu'il s'agissait de situations un peu intimes, et ça le paralysait de devoir prendre les devants. Mais pour une fois, il devait bien ça à Jei. Il posa ses mains sur ses cuisses nues, sentant les muscles puissants rouler sous la peau blanche. Ses mains glissèrent lentement, remontant jusqu'à ses hanches étroites. Il se lécha les lèvres. Jei avait un corps de rêve, les épaules larges et solides, des abdominaux quadrillés… Ken dû s'empourprer un peu plus, ses yeux glissant sur son érection imposante. Un corps de rêve…

« J'vais m'sentir mal… »

– Tu n'es pas obligé… Si ça te gène, murmura Jei en comprenant ses intentions.

– Si… Je veux le faire.

Etait-il en train de rougir ? Ken baissa les yeux sous son regard intense et glissa un peu plus bas le long de son corps. Les mains tremblantes et le cœur battant, il toucha doucement le membre dressé de Jei avant de le prendre en bouche. Un gémissement de plaisir s'éleva dans la chambre et Ken s'aventura un peu plus loin, entamant un lent va et vient sur sa verge. Il caressa ses cuisses, ses hanches en essayant de faire au mieux, de lui donner du plaisir. Il jeta un coup d'œil à Jei pour voir s'il était sur la bonne voie et vit qu'il le regardait. Son regard était ardent et Ken frissonna en donnant un coup de langue à sa virilité. Un râle de pur plaisir lui apprit qu'il était sur la bonne voie. Il joua un moment avec son gland avant reprendre son membre en bouche fit glisser ses lèvres autour de la hampe de chair.

Ken continua ses caresses avec plus d'assurance, rassuré par les réactions qu'il obtenait de Jei. Il voulait lui faire plaisir, lui donner du plaisir. Que ce soit juste pour lui, pour une fois. A chaque fois, Jei faisait passer son plaisir en dernier, ses besoins en derniers. Il donnait toujours tout à Ken et ne prenait rien pour lui. Il était temps qu'il lui rende la pareille. Il sentait son corps se tendre sous ses doigts, sous ses lèvres.

– Oh je vais venir…

Quelques instants plus tard, Jei jouit entre ses lèvres avec un cri d'abandon. Ken se redressa doucement, passant discrètement ses doigts sur sa bouche aux lèvres rougies. Jei reprenait son souffle, le regard dans le lointain. Ken allait se rallonger près de lui mais Jei attrapa son poignet et l'attira contre lui, enroulant son corps nu et chaud autour du sien, emmêlant ses jambes avec les siennes. Un baiser sur son front, puis sur ses lèvres, et un souffle plein de tendresse.

– Merci.

Les mains brûlantes de Jei s'insinuèrent entre eux, jusqu'à sa braguette et il s'agita, fuyant le contact très intime.

– Non… Non, c'est…

– Pourquoi [S3] ? Murmura son amant, plein d'incompréhension.

Car il avait envie, c'était évident. Il avait envie qu'on le touche, qu'on lui donne du plaisir. Jei n'arrivait pas à comprendre sa démarche, ne voyant pas vraiment où il voulait en venir.

– Non… Je voulais que ce soit seulement pour toi, juste pour toi, souffla Ken les yeux embués, le souffle court.

– Mais et toi ?

– C'est pas grave.

Touché, Jei l'embrassa avec amour, caressant de nouveau son corps. Ken avait voulu lui faire un cadeau. C'était vraiment… Il n'avait pas de mot. Il ne savait pas quand on avait fait passer ses besoins à lui en premier, ses envies, juste pour lui faire plaisir. Avant Ken, il ne se souvenait pas que ça ait pu arriver. Il prit le visage de Ken entre ses mains et lui donna un baiser profond avant de laisser une de ses mains s'aventurer sur le ventre du brun, ses hanches et Ken soupira de plaisir en murmurant son nom. Il glissa sa main sous ses vêtements et Ken se tordit avec un gémissement, avide de contact mais essayant quelque part de lui échapper. Il avait baissé la tête, le visage caché contre l'épaule de son amant.

– Regarde-moi. Je veux te voir, dit Jei en relevant fermement son visage.

Les yeux bruns de Ken semblaient plus sombres encore que d'habitude, il avait les joues rouges, les cheveux fous… Jei pressa un baiser brûlant sur ses lèvres entrouvertes en caressant sa virilité. Accroché à lui, une main toujours crispée sur son torse, Ken gémit ouvertement quand Jei accéléra ses mouvements, serrant légèrement plus fort, le caressant avec des mains habiles pour l'amener au bord de l'extase. Ken eut un sursaut et rejeta la tête en arrière quand son corps se tendit avec l'orgasme. Il se libéra avec un cri. Quelques objets chutèrent ici et là mais aucun d'eux n'y prêta attention. Jei l'embrassa de nouveau, le ramenant à lui, tout doucement, en l'enlaçant.

– T'es dingue… Souffla Ken.

– C'est ce qu'on ma dit.

Ken éclata d'un rire joyeux, blotti dans ses bras.

– T'es vraiment dingue !

Jei embrassa sa chevelure avec un sourire. L'enthousiasme de Ken était contagieux et il se mit à rire. Décidemment, il arrivait de moins en moins à se souvenir de tout ce qu'il y avait eu avant. Le brun soupira de bonheur dans ses bras et allait poser sa tête sur son torse mais remarqua un beau set de griffures toutes fraîches. Ca ne saignait pas, mais ce n'était pas loin. Décidemment…

– Désolé… Murmura Ken en effleurant les traces rouges et boursoufflées.

Il marquait déjà, un des inconvénients d'avoir une peau aussi pâle.

– Tu m'as marqué ? S'amusa Farfarello en souriant devant son air gêné.

– J'ai pas fait exprès.

Jei éclata de rire.

– Ca me dérange pas !

Porter une marque que Ken lui avait faite pendant leurs étreintes, ça aussi c'était un cadeau. Ceci dit, il voyait déjà une tâche sombre sur la peau de sa gorge, là où il avait peut-être un peu insisté avec sa bouche. Ken en ferait à coup sûr une maladie mais tant pis. Il lui tendit de quoi se nettoyer rapidement et le serra contre lui, et Ken posa sa tête sur son torse, se laissant bercer par les battements de son cœur.

######

Ken se réveilla en sursaut avec le sentiment que quelque chose n'allait pas. Il se redressa et regarda son réveil. Sept heures. Farfarello n'était pas là mais il n'y avait rien d'anormal à ce qu'il ait déserté son lit. Un peu angoissé, il tituba hors de son lit et enfila rapidement un jean et un sweat-shirt. Il tâtonna dans le couloir, c'était le silence complet mais ça non plus ça n'avait rien d'anormal à cette heure là. Incapable de ravaler son malaise, il traversa le couloir pour aller dans la chambre juste en face de la sienne, celle de Ran. Vide, fatalement. A côté, celle de Jei. Vide aussi. Avec de plus en plus l'impression que quelque chose n'allait pas, il vérifia les deux salles de bain de l'étage, monta au second pour vérifier si Jei n'était pas avec Nagi, ou même Omi. Personne. Inquiet, il descendit au rez-de-chaussée où il ne trouva que Loulou qui l'attendait les oreilles frémissantes, patientant jusqu'à ce que le premier levé du jour lui ouvre. Il laissa sortir le chien, persuadé qu'il aurait été plus agité si quelque chose n'allait pas, s'il y avait eu une intrusion. Ken se dirigea ensuite vers le sous-sol. Si la salle de mission initialement prévue ne servait plus que de stockage pour leur matériel et leur stock de nourriture, il y avait toujours la cellule de rétention de Farfarello.

– Jei ? Appela-t-il d'une voix étranglée en poussant la porte de sa cellule.

Personne. En désespoir de cause, il sortit dans le jardin après s'être armé, faisant le tour de la maison pieds-nus. Loulou courait déjà après un oiseau, mais point de Farfarello. Paniqué, Ken rentra et remonta au premier en courant, frappant directement à la porte de Brad. L'Américain venait visiblement de se réveiller, il était en train de s'habiller.

– Ken ? Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda-t-il visiblement étonné de le voir dans cet état de si bon matin.

– Je ne trouve plus Farf !

– Quoi ? Il doit être dehors ou avec Na… Commença Brad mais Ken le coupa aussitôt, ne le laissant pas terminer sa phrase.

– Non ! Je le trouve plus, il est parti.

Brad n'eut que le temps de tendre la main pour le stabiliser en le voyant devenir blanc comme un linge, presque au bord du malaise.

– Il est parti, répéta Ken.


Notes : Malgré les années, mon amour pour le mauvais humour et les neuneuseries ne s'étiole point. Ca fout la trouille, hein ?

Commentaires :

[S1] Directement emprunté à Jérémy Ferrari, je plaide coupable.

[S2] Si j'vous dis que c'est inspiré – littéralement plagié – de la réalité, vous m'croyez ?

[S3] PARCE QUEUUUUUUUH ! Notez comme j'aime gâcher le moment. 3 lime en 4 chapitres, vindiou, j'vais bientôt faire dans le gayporn pur et simple.