Titre : Alliés
Auteur : Syhdaal
Genre : Yaoi
Base : Weiss Kreuz
Couples : Brad x Schu x Yohji, Jei x Ken.
Disclaimer : Non, aucun de ces persos ne m'appartient (quel dommage…), enfin tout le monde le sait hein ! Je m'en sers juste de façon éhontée pour satisfaire mes délires de malade mentale.
Trois chapitres en trois mois ? Il va tomber des grenouilles bleues.
J'suis motivée en ce moment, faut pas laisser filer ça sinon je vais encore mettre 5 ans à sortir le prochain chapitre. Croyez-le ou non, je me marre mais j'ai quand même super honte de moi.
Vamos !
Warning : Poissonnnnnn d'avriiiiiiiil[S1] ! Et non, rien. Sortez les violons, neuneuseries ahead.
/ Blablabla. / : Conversations télépathiques
Alliés
Chapitre 23
Farfarello avait disparu. Il avait bien fallu que Brad se rende à l'évidence après avoir fait deux fois le tour de la villa et de la propriété. Jei était parti et Ken était au trente-sixième dessous, passant de la panique au chagrin. Yohji essayait de lui soutirer des informations mais l'interrogatoire commençait à sérieusement entamer le peu de calme que Ken possédait encore.
– Il t'a dit quelque chose ? Hier ?
– Non, rien de spécial.
– Avant alors ?
– Je te dis qu'il m'a rien dit ! S'énerva Ken complètement excédé.
Des objets commencèrent à trembler sérieusement sur les étagères derrière eux et Schuldig décida de prendre les choses en main avant d'avoir à remplacer toute la cuisine où ils s'étaient retranchés. Autant Yohji savait apaiser ses équipiers en temps de crise existentielle, autant il était incapable de calmer le jeu quand l'heure était aux règlements de compte. Il poussa Ken dans une chaise avant de s'agenouiller devant lui. Le garçon avait baissé les yeux, essayant de se rappeler ce qu'il avait pu faire de travers pour que tout parte encore en sucette. Qu'est-ce qu'il avait fait ? Ou peut-être que c'était ce qu'il n'avait pas fait, pas dit ? Il avait bien une vague idée mais il ne pensait pas… De toute façon, il n'était pas connu pour penser. Schuldig lui toucha la main pour attirer son attention et le sortir de ses pensées pleines de reproches. Pas la peine de le laisser s'enfermer là-dedans, il ne tenait pas à devoir gérer une crise d'angoisse. Malgré le vent de panique qui soufflait sur la demeure, ils n'avaient pas réveillé les autres et Nagi se serait pas là en cas de pépin.
– Okay. Faut que tu te calmes, d'accord ? Il y a forcément une explication.
– Non, non. Je pensais… Je sais pas, j'ai dû faire une connerie, j'en sais rien, dit-il en passant une main dans ses cheveux, quasiment au bord des larmes.
Pour le moment, il arrivait à se maîtriser mais Schu n'était pas sûr que ça allait durer. Brad sirotait un café appuyé contre un meuble. Il n'avait même pas mis ses lunettes, signe qu'il était au moins aussi perturbé qu'eux par la disparition de Farfarello. Etait-il parti faire un tour ? Sorti en ville ? Il était insupportablement imprévisible, après la discussion qu'ils avaient eu la veille, c'était un comble que cet imbécile se soit tiré sans même laisser un mot sur le frigo.
– Si, vous vous êtes dit quelque chose, il y a deux jours, non ? Demanda Brad.
– Quoi ?
– Je vous ai entendu. Dans ta chambre.
Ken vira d'abord écarlate avant de comprendre qu'il parlait de la discussion qu'ils avaient eue.
– C'était un accident, je ne faisais que passer, expliqua Brad avec plus de douceur en voyant Ken redevenir livide.
Ses mains tremblaient. Yohji passa une main sur son épaule pour le calmer. Ils ne pouvaient pas se permettre un autre incident aujourd'hui, l'absence de Farfarello mettait déjà tout le monde sur les nerfs.
– Je… C'est parce que j'ai pas… Que je lui ai pas…
Schuldig, toujours à genoux devant lui, attrapa à ses mains pour les immobiliser. Malgré la bonne température de la pièce, Ken était transi de froid. Il l'entendait se repasser une conversation un peu flottante, à propos de l'amour. C'était donc si sérieux ? Brad lui avait dit qu'il voulait parler à Farfarello mais il n'avait pas pensé que c'était Farfarello lui-même qui avait parlé d'amour. Schuldig se rendit compte qu'il n'avait pas exactement mesuré l'ampleur de ses sentiments envers Ken. Correction : il n'avait pas mesuré l'ampleur de leurs sentiments.
– Non, il n'est pas parti pour ça. Il n'est pas du genre à attendre ce genre de confession. T'inquiète pas.
Lui connaissait bien Farfarello et s'il n'aurait jamais pensé que quelque chose se tisserait entre lui et Ken, il savait aussi pertinemment que Farfarello était un homme d'actions et de gestes plus que de paroles. Et Ken avait déjà eu suffisamment de gestes d'affection à son égard pour lui prouver son attachement. Farfarello le taquinait juste, même s'il y avait sûrement un petit fond de vérité là-dedans.
– Non, il y a forcément une autre explication, commenta Brad avant de se diriger vers son bureau…
Qu'il trouva sans-dessus-dessous.
– Le sale petit con, gronda Brad en constatant que son caisson verrouillé avait été forcé de façon très évidente.
Caisson dans lequel il conservait des informations succinctes sur le lieu où il avait isolé Aya, dans le cas où il arriverait quelque chose à Schuldig ou lui.
– Kestudiiis ? Brailla Schu de la cuisine.
– Rien ! Je crois qu'il ne va pas tarder à rentrer, grogna Brad en croisant les bras devant le foutoir général qui avait envahi son bureau.
Il en connaissait un pour qui ça allait sérieusement chauffer. Rectification. Ca allait carrément chier.
######
Quelqu'un arrivait.
Schuldig, peut-être ? Ce n'était pas prévu, mais il arrivait que le télépathe lui rende une visite lorsque la tension se faisait trop lourde à la villa. L'ambiance n'était pas toujours au beau fixe entre les sept assassins qui restaient là bas, parqué comme des animaux sur les ordres de Crawford qui évitaient au maximum les sorties. D'autant qu'ils n'avaient pas toujours été en bons termes…
Il ne se leva même pas pour jeter un coup d'œil à la fenêtre, restant plongé dans son livre quand une présence particulière lui fit tendre l'oreille. Ce n'était pas Schuldig. Mais ça ne pouvait pas être lui. Il ne savait pas où il était ! ... Non ?
Il se leva précipitamment pour courir jusqu'à la porte et l'atteignit au moment où celle-ci s'ouvrait sur la silhouette massive et pourtant élancée de Jei. Il resta un moment bouche bée devant cette apparition qui semblait être une chimère sortie de son esprit, puis comprenant que Farfarello se tenait vraiment devant lui, il tendit la main vers lui pour le toucher, s'assurer de sa présence. S'assurer que ce n'était pas une autre des illusions fabriquées par sa conscience malade et délirante. Jei se contenta de prendre sa main et de l'attirer à lui, dans une étreinte ferme et solide mais brève. Son cadet attrapa sa main et le tira hors de l'habitation, l'entraînant sans plus d'explications vers une voiture garée non loin de là. Farfarello avait son permis ? Il en doutait… Un peu comme il doutait de sa capacité à conduire.
Il crut qu'ils ne rallieraient jamais la villa des assassins en un seul morceau et qui plus est, vivants.
Quand Jei se gara dans l'allée et qu'il put enfin descendre, Aya prit deux inspirations profondes. La première pour être sûr qu'il était encore en vie et que de l'air pouvait toujours descendre dans ses poumons comprimés par l'heure qu'il avait passé en apnée à la place du mort. La seconde pour s'imprégner de l'atmosphère bienfaisante de la maison qui avait été la sienne quelques mois auparavant. Son kidnapper ne lui laissa cependant pas le temps de s'attarder sur ce dernier point, l'entraînant vers le jardin, ne s'arrêtant même pas devant Yohji qui les suivit du regard l'air complètement abasourdi et la mâchoire fracassée sur ses chaussures. Aya eut tout juste le temps de lui faire un signe de la main. Farfarello le guidait dans la propriété, l'air indifférent, il savait où il allait. Ils se dirigèrent vers le fond du jardin, sous le saule pleureur. Là où Ken et Nagi s'entraînaient. Aya apercevait déjà au loin deux silhouettes qui semblaient assises par terre au pied de l'arbre, comme dans son souvenir. Farfarello grinça des dents quand Schuldig chuchota entre ses oreilles.
/ Farf, mon vieux, t'as intérêt à avoir une bonne explication paske le chef est pas content du tout. /
Un vague « Ca lui arrive d'être content ? » fut sa seule réponse et Schuldig soupira avant d'avertir Brad, déjà en train de se ruer dehors, que Farfarello avait réintégré la propriété. Schu le rattrapa de justesse par sa ceinture pour éviter le meurtre pur et simple. Ce serait dommage de gâcher une journée aussi ensoleillée et il avait comme dans l'idée que le sang partirait mal du tapis de l'entrée.
A l'extérieur, c'est Loulou probablement couché près de Nagi, qui donna l'alerte. Il releva la tête et fonça vers les deux arrivants. Son démarrage en trombe interpella les deux têtes brunes qui se relevèrent et Aya vit clairement Nagi se passer une main sur le visage d'un air absolument consterné. Lui aussi subodorait sans doute l'engueulade monumentale dont lui et Jei allaient écoper. Quant à Ken, il avait l'air abasourdi. Le jeune homme se détourna brièvement et il vit Nagi lui toucher le bras. Personnellement, Aya en aurait bien profité pour s'enfuir parce que même s'il crevait d'envie de voir Ken, maintenant qu'il était au pied du mur, il n'était déjà plus aussi sûr de pouvoir gérer ça. Loulou se jeta sur lui, lui faisant fête et le reniflant avec insistance. Nagi commença à s'éloigner pour retourner à la maison et il leur fit un petit signe de la main en passant près d'eux :
– Salut, je rentre, leur dit-il pour toute explication avant de siffler son chien et de s'éclipser.
Il préférait les laisser savourer leurs retrouvailles. Et Schu aurait bien besoin de quelqu'un pour empêcher Brad d'étrangler Farfie. Avec le départ de Nagi, Ken jonglait avec l'envie de se mettre à rire ou pleurer de joie. Ou peut-être à péter les dents de Farfarello, juste pour lui faire comprendre qu'on ne se tirait pas du lit au petit matin sans laisser d'adresse. Farfarello se tenait tranquillement devant lui comme s'il n'était jamais parti, vêtu de noir et de bleu foncé comme souvent, et à côté de lui… A côté de lui se tenait Aya. Il semblait aller mieux que lors de son départ précipité, gardant néanmoins cette sorte de hauteur glacée qui avait toujours fait son charme. Il portait un jean fané et des baskets pleines de terre, et un pull noir. C'était tellement pas son style de porter des vêtements aussi décontractés. On aurait presque dit une autre personne. Ils se dévisagèrent un moment et Aya finit par se lancer.
– Salut…
Au son de sa voix, Ken sortit de sa transe et le serra dans ses bras. Aya répondit timidement à son étreinte. Il avait toujours été nul avec les autres, surtout avec Ken, et s'il avait peur des réactions de son ami, il craignait encore plus les siennes.
– Tu m'as manqué, dit Ken contre son épaule avant de se reculer précipitamment, de presser un baiser sur ses lèvres et de le serrer contre lui à nouveau.
Aya ne résista pas, trop sonné pour avoir le temps de réagir. Il enfouit son visage dans l'épaule du jeune homme en espérant ravaler ses larmes ou au moins les cacher. Il n'avait pas pensé qu'il aurait cette réaction. Il avait passé les derniers mois à s'imaginer ce qu'il ferait, ce qu'il dirait et il était là, au bord des larmes dans les bras de Ken. Une caresse glissa dans son dos. Farfie l'avait enlacé à son tour. Un sanglot secoua ses épaules. Ca faisait tellement longtemps que personne ne l'avait touché.
– Désolé, murmura-t-il en se reculant et en passant une main sur son visage.
Il avait honte de sa réaction. Une main toucha ses cheveux et Aya sentit des lèvres fraîches sur sa tempe. Il releva la tête pour voir presque un sourire sur les lèvres pâle de Jei. Les « messages » transmis par Schuldig et Ken lui revinrent en mémoire et il rougit mais s'appuya quand même contre lui lorsqu'un bras s'enroula autour de ses épaules. Ken prit sa main pour attirer son attention et lui dédia un sourire rassurant.
– Ca va ?
La question fut posée avec tant d'honnêteté qu'il ne sut pas quoi répondre. Il était franchement soulagé d'être revenu, libéré[S2] même, mais dans le fond il n'était pas au mieux de sa forme. Il avait peur, il sentait que les choses avaient changé ici, que la dynamique, l'équilibre n'étaient plus tout à fait les mêmes qu'avant. C'était peut-être juste parce qu'il avait été absent longtemps. Un peu mal à l'aise, il fit un vague signe de tête pour toute réponse. Farfarello resserra un peu son étreinte autour de ses épaules comme s'il percevait ses émotions troublées et son geste le réconforta tout de suite. Il lisait certainement dans son attitude. L'Irlandais était comme lui, il avait beaucoup de difficulté avec les émotions, il savait mieux lire les gestes et les mots du corps que les sentiments. Ken serra gentiment sa main et il reporta son attention sur lui.
– Ca va aller Aya.
– Je… J'suis pas sûr…
Tout à coup, il lui sembla impossible d'affronter les autres dans la maison. L'air lui manquait rien que d'y penser. Il recula instinctivement mais Ken ne lâcha pas sa main et lui lança un regard calme. Oui, il y avait eu du changement. Il semblait plus serein, plus stable qu'avant.
– T'inquiète pas.
Etrangement rassuré par la main de Ken dans la sienne et la présence de Farfarello juste à sa droite, il marcha vers la maison où tous les autres attendaient. Il faudrait affronter les retrouvailles et surtout, les règlements de compte. Aya avait comme dans l'idée que Brad n'allait pas se réjouir de le revoir aussi vite. Il vit Yohji se précipiter dans l'entrée pour l'enlacer, le serrant fort contre lui.
– Alors Aya-kun, tu t'es fait désirer ?
Yohji lui dédia un sourire à la fois ravageur et chaleureux, ses mains dans ses cheveux. Lui devait être complètement écarlate mais il lui tendit un sourire un peu timide. C'était rare de le voir avec ce genre de réaction.
– J'espère que tu es revenu pour de bon.
– J'espère aussi.
– C'est bon de te revoir.
Aya le serra un peu plus fort contre lui. Ca lui avait manqué cette franche camaraderie, faite de disputes, de bons conseils et de vannes gentillettes. Yohji lui avait manqué. Le grand blond jeta un bras en travers de ses épaules et l'entraina vers le salon où tous les autres attendaient. Omi et Nagi étaient assis l'un près de l'autre. Brad avait l'air de faire les cent pas et Schuldig s'était assis, essayant probablement d'obtenir de Crawford qu'il se tienne tranquille. On aurait dit un gosse !
– Arrête de tourniquer, tu vas faire un trou dans le parquet.
Brad s'immobilisa pour rétorquer mais il vit Aya dans l'encadrement de la porte. Omi se leva pour l'enlacer avec joie et son ami lui rendit son étreinte avec un sourire.
– Aya-kun ! Ca va ? Tu m'as manqué !
– Ca va... Tu m'as manqué aussi.
Aya le serra dans ses bras et caressa ses cheveux, touchant au passage l'épaule de Nagi qui s'était rapproché pour lui souhaiter la bienvenue.
– Ca va mieux ?
– Oui, merci Nagi. Et toi ?
Nagi rougit un peu et haussa les épaules, gêné. Aya avait partagé ses cauchemars, il savait ce qui le hantait, il avait vu ce qui lui avait été fait.
– Tu vois quoi. Ca va mieux mais…
L'adolescent s'étendait rarement, quel que soit le sujet, et même si tout le monde connaissait sa situation, il ne s'était confié qu'à Ken, et avait abordé le sujet avec Omi, à demi-mots. Aya, lui, avait tout vu.
– Il faut du temps, lui dit-il tout bas.
– Vi... Merci Aya-kun.
Aya toucha brièvement ses cheveux en signe de réconfort et Nagi lui sourit. Visiblement, il n'était pas le seul à avoir fait des progrès ces derniers mois. Nagi avait une force de caractère impressionnante. Il se redressa pour affronter les deux autres, le plus dur pour la fin. Il voulait juste savoir s'il pouvait compter sur le soutien de Schuldig ou pas.
Du coin de l'œil, il vit Omi prendre Nagi par la main et l'attirer un peu à l'écart pour lui laisser le temps de se remettre de ses émotions. Il était quand même des choses dont il était difficile de parler, même à mots couverts. Farfarello venait de les rejoindre pour s'assurer que tout allait bien chez les gamins et Ken se plaça légèrement en retrait, une présence silencieuse à ses côtés, à mi-chemin entre lui et les plus jeunes, prêt à intervenir d'un côté comme de l'autre.
– T'aurais au moins pu passer un coup de fil, qu'on tartine trois toasts et qu'on trouve du champagne ! L'alpagua Schuldig avec un demi-sourire aux lèvres.
/ Tu te sens prêt ? /
/ Ca va Schu. /
/ T'es sûr ? Non paske si tu tombes dans les pommes, là, Brad va vraiment finir par buter quelqu'un. /
Brad s'était immobilisé et attendait les bras croisés, une moue très critique aux lèvres.
– Aya.
– Bonjour Crawford…
Il vit le voyant inspirer, expirer, essayant visiblement de contrôler son énervement. Ca n'était pas prévu et il avait horreur de ce qui était imprévu.
– C'est magnifique tout ça, très touchant, et tout et tout, mais t'as pas un peu l'impression que c'est un peu prématuré ? Dit Brad en se pinçant la racine du nez.
Le retour prématuré d'Aya bouleversait absolument le peu de plans qu'il avait réussi à établir jusque là. Le Weiss n'était pas prêt à réintégrer la maison, ses protections, ses défenses restaient trop faibles pour lui garantir un peu de sérénité. Farfarello ne se rendait pas compte du danger auquel il l'exposait en le ramenant si tôt.
– Oh Brad ! Râla Schuldig en s'allumant derechef une cigarette, signe qu'il était très nerveux lui aussi.
– Vous z'avez pas bien l'air de vous rendre compte, là, cingla Crawford en les toisant tous du plus haut qu'il put.
Parfois, Aya l'enviait de faire une tête de plus que tout le monde, rien que pour ça. Lui n'avait jamais réussit à obtenir le même silence terrifié. Ca devait être la taille. Ou les lunettes. Aya vit Brad jeter un regard furieux à quelque chose qui se trouvait juste derrière son épaule et se tourna pour voir Farfarello campé à ses côtés, imitant la position de Ken. Farfarello qui se payait visiblement le culot d'afficher un petit sourire satisfait et Brad avait l'air de lutter contre une furieuse envie de l'étrangler, là, tout de suite, maintenant.
– Ecoute, c'était pas… Je voulais rentrer, d'accord ? On en avait parlé mais…
Schuldig avait appuyé ses coudes sur ses genoux et regardait ses pieds, visiblement pas décidé à prendre parti. Il tirait distraitement sur sa cigarette et si personne ne lui avait crié dessus, Aya supposa que c'était parce qu'il faisait diversion. Brad se posa sur l'accoudoir du canapé en soupirant. Ils avaient parlé plusieurs fois de son possible retour mais chaque fois, Brad lui avait dit qu'il était trop tôt, qu'il ne pouvait pas le mettre en danger à nouveau.
– Je sais mais c'est dangereux pour toi d'être ici. Je n'ai pas d'autre solution Aya.
– Mais ça fait deux mois… Peut-être que…
– Oui, peut-être que, ou peut-être pas, et peut-être que cette fois, tu t'en remettras pas !
Silence dans la salle. C'était lui qui avait décidé qu'Aya devait partir pour son bien et celui de tous. Il avait retourné le problème dans tous les sens et c'était sa seule option pour limiter les dégâts au sein de leur petite communauté déjà bien instable. Il devait déjà gérer les crises de Farfarello au quotidien, les écarts de Schuldig et les hallucinations d'Omi. Il ne pouvait pas se permettre d'en avoir un autre qui glisserait lentement mais sûrement vers l'aliénation.
– Je prends le risque, déclara Aya en se redressant.
Yohji décida d'intervenir avant que ça ne se transforme en dispute. Aya prit le temps de l'observer un instant. Ses mouvements étaient toujours élégants et fluides, toujours gracieux. Yohji se déplaçait toujours avec l'aisance du chat qui lui prêtait son nom de code. Il le vit se couler près de Brad et toucher son bras, remarquant la tension qui quitta immédiatement les épaules de l'aîné. Il vit le sourire tendre, très privé qu'ils échangèrent et la caresse que Brad abandonna sur le dos de sa main. Schuldig avait relevé la tête pour les regarder, un demi-sourire flottant sur ses lèvres fines. Le télépathe dût l'entendre car il tourna la tête vers lui avec un sourcil arqué. Parfois, Schuldig ne l'entendait pas clairement, il percevait juste quelques mots, quelques bribes de pensées incomplètes. Les enseignements des Schwarz faisaient des merveilles… Aya reporta son attention sur Yohji et le vit tendre une tasse de café à son amant avec un sourire décidément amoureux. Oui, ici aussi il y avait eu du changement. Yohji avait enfin trouvé sa place. Et Brad venait de se calmer. Schu caressa la cuisse de son compagnon et se leva pour rejoindre Aya.
– Bon, vu qu'il est là de toute façon, on ne va pas le faire dormir dans la niche.
– A propos de niche…
– Quoi ? Fit Schu d'un air soupçonneux, flairant déjà l'arnaque.
– Il faut aller rechercher Artémis.
– Artémis ? Demanda Omi.
– La chienne.
– Ah, et voilà ! Maintenant les conditions de reddition, râla Schuldig en rallumant sa cigarette que Brad lui ôta aussitôt du bec pour en prendre une longue, lonnnngue bouffée.
– Hé ma clope !
– Shuddup.
– Hé mais comment tu me parles toi, espèce de vieux quatzieux !
Regard polaire de l'aîné et promesse silencieuse de dormir sur le canapé.
– Ca vaut pas Cat's Eyes, glissa Nagi à Omi qui entonna le générique à voix basse.
Brad les gratifia d'une moue pincée pendant qu'Omi se gondolait sur le canapé et que Nagi attaquait le refrain d'une voix de fausset. Ces deux là s'amusaient décidemment beaucoup trop en ce moment. Mais il ne pouvait pas cracher dans la soupe, lui qui aurait vendu son âme pour que Nagi retrouve la joie de vivre.
– Et si elle ne s'entend pas avec Loulou ? Demanda Yohji en ignorant le massacre musical et en gratouillant le doberman qui s'était vautré avec bonheur sur ses genoux.
Bien sûr, Schuldig s'était fait un plaisir de geindre comme jamais à son retour après avoir découvert la colocataire d'Aya, ils étaient donc au courant du secret de polichinelle que Brad avait gardé juste pour le plaisir de faire bisquer un peu son cher et tendre de télépathe.
– On avisera. C'est ma chienne, je veux qu'elle soit là, dit Aya.
La détermination dans sa voix fit fleurir quelques sourires ici et là.
– Sa majesté a parlé, conclut Brad en se servant et avalant une rasade de whisky.
– Un chien, un diamant, je vous préviens, menaça Schuldig en affichant une moue particulièrement féminine.
Tout le monde se mit à rire et Brad avala son verre cul sec en se disant qu'il lui faudrait vraiment quelque chose de plus fort d'ici la fin de la journée. Un aller-retour cabane-du-bout-du-monde-villa plus tard, et une chienne d'une trentaine de kilos se rua sur Schuldig, la seule personne qu'elle connaissait dans la maison. Elle se vautra sur ses genoux, salissant allègrement son pantalon clair de terre et de bave gluante.
– Ah je le savais que ça finirait comme ça, râla le télépathe en essayant de décoller l'animal crotté de son pantalon beige.
– Mon pôv « chou » ! T'as vraiment pô d'chance, se moqua Nagi en riant.
– 'Témis. Attaque. Mais attaqueuh ! Espèce de saleté d'iench pourri, va.
– Deuxième du nom, gloussa Nagi les larmes aux yeux.
Artémis, saleté d'iench pourri deuxième du nom, se contenta de regarder Schuldig en piétinant de joie, la langue pendant sur le côté dans ce qui ressemblait curieusement à un sourire. Schuldig décida qu'il haïssait les chiens, les chats, les bestioles et finalement plus ou moins la totalité des mammifères sur terre.
– La ferme, morveux.
Mention spéciale pour ceux qui se déplaçaient à deux pattes.
– Oh la vache, je vais jamais m'en remettre !
– Nag' me l'énerve pas, dit Brad d'un air royalement indifférent en passant derrière eux.
– Braaad ! Mais dis-leur qu'on n'a pas l'budget ni la place pour un aut' clébs qui puuuuue !
– On a un terrain de presque un hectare et une maison de trois-cent mètre carrés. J'pense qu'on est large niveau densité d'population, commenta le grand brun en attaquant son sixième café de la journée.
– Je veux dix diamants !
– Nope, pas de budget pour ça, observa Farfarello en échangeant un regard avec Brad qui l'observait par-dessus le bord de sa tasse.
Le regard caramel de Crawford se réchauffa le temps de la plaisanterie mais une discussion sérieuse allait s'imposer. Farfarello se demanda un instant s'il pourrait y échapper et quelles en seraient les conséquences. Puis il réalisa qu'en fait, il s'en fichait.
Brad continua de se faire un sang d'encre tout le reste de la journée et toute la soirée. La chambre d'Aya se trouvait en face de celle de Ken, il y avait donc un peu de distance entre eux. Il n'y avait en tous cas pas assez de distance pour limiter les dégâts en cas de crise. Sa chambre à lui, où squattaient allègrement Schu et Yohji, se trouvait à l'opposé de l'étage. C'était une distance de sécurité, certes faible, mais qui avait au moins le mérite d'exister. Brad aurait bien demandé à Ken et Farfarello de camper dans le salon par sécurité mais les deux garçons passaient à nouveau la nuit ensemble dans la chambre de Ken. P't-être qu'il faudrait quand même qu'il fasse un cours d'éducation sexuelle à Farf, finalement. Avait-il seulement la notion de l'utilisation du préservatif ? Oh qu'il ne voulait pas avoir ce genre de discussion avec Farfarello !
Brad soupira et s'enferma dans la salle de bain. Il avait besoin de tranquillité. Il se décida pour une douche brûlante, hésitant franchement à passer une heure sous le jet d'eau chaude qui délassait ses épaules nouées. Il était tellement crispé qu'il avait mal partout. Si tout se passait bien cette nuit, il pourrait peut-être même se payer le luxe de partir à l'aube faire un footing histoire de calmer ses nerfs. Il aurait tout donné pour enchaîner des longueurs à la piscine, l'eau avait toujours été la seule chose qui l'apaisait en temps de stress. Il repensa brièvement à la réflexion que Schuldig avait eue le jour où ils avaient ramené Loulou. Omi aurait lancé l'idée d'une piscine. Une idée alléchante dont tout le monde saurait faire bon usage, dommage que les fonds nécessaires à leur survie s'amenuisaient à vue d'œil. Les missions se faisaient rares et s'il en avait quelques unes à programmer, il perdait un temps considérable à vérifier les connexions, relations et origines de leurs employeurs pour éviter de tomber dans un piège. Il restait persuadé que leur disparition n'avait pas dupé tout le monde… Mais impossible de savoir s'il devait mettre ça sur le compte de son habituelle paranoïa ou si c'était bel et bien un indice que lui soufflait son don.
Il avait sauvegardé avec les Weiss des sommes d'argent confortables qui devaient leur permettre de fuir en cas de problème, mais leurs charges s'élevaient assez vite au quotidien. Les dégâts en tous genre que causaient les psychiques en général et leurs « nouveau-nés » en particulier s'ajoutaient à l'addition déjà bien salée. Il traîna encore un peu sous la douche, histoire de chasser les comptes de sa tête. La banqueroute n'était quand même pas pour demain la veille !
Un peu plus serein, il entra dans sa chambre où le silence régnait. Yohji dormait déjà mais Schuldig haussa un sourcil devant sa mine déconfite. Brad se glissa en silence près de son compagnon aux cheveux roux. Il ne voulait pas réveiller Yohji.
– Ca va ? Lui souffla Schuldig en caressant ses cheveux.
Il avait l'air épuisé.
– J'suis crevé.
– Repose-toi, amour.
Brad roula sur le dos et frotta ses yeux fatigués. Il avait mal à la tête et il ne savait comment allait se passer la journée du lendemain. Il prévoyait déjà une mise au point houleuse avec Farfarello et au moins une autre dispute mais avec qui, il ne voyait pas encore. Nagi, peut-être ?
Il jeta un bras en travers de ses yeux et pensa à la piscine de ses rêves, à la fraîcheur de l'eau. Mieux, à un océan d'un bleu infini, un ciel d'un azur lumineux et au bruit des vagues si réconfortant.
Près de lui, sa main posée sur son torse qui se soulevait paisiblement, Schuldig sourit en l'entendant glisser dans le sommeil en rêvant à une immensité bleue, un vent pur et un soleil caressant.
######
Brad mettait de l'ordre dans son bureau quand une silhouette s'appuya dans l'encadrement de la porte qu'il avait laissée ouverte. L'œil unique de Farfarello suivait ses gestes d'un regard nonchalant.
– Tu tombes bien. Entre.
Farfarello entra dans le bureau et ferma la porte derrière lui. Il s'avança et croisa les bras, penchant légèrement la tête pour indiquer qu'il écoutait. Contrairement à la dernière fois, il ne prit pas de siège et Brad ne l'y invita pas. Son leader semblait excessivement crispé et c'était un fait assez rare pour être noté. Farfarello détailla brièvement sa façon nerveuse de bouger, très peu dans ses habitudes. Brad était généralement maître lui-même en quasiment toute circonstance, il savait faire preuve d'un calme et de nerfs à toute épreuve, pourtant il était debout derrière son bureau, mettant un semblant d'ordre dans les papiers dérangés par Farfarello avec des gestes saccadés.
– J'ai vu Aya ce matin. Il avait l'air crevé.
– Hm. Il a mal dormi.
Brad laissa tomber sa paperasse et se redressa en soufflant :
– Sans rire ?
Farfarello resta impassible.
– Mais est-ce que tu te rends compte au moins ? Est-ce que tu as la moindre idée de la connerie que t'es en train de faire ?
– Il ne supportait pas la solitude !
– C'était pour son bien ! Hurla Brad en tapant du poing sur la table.
– CA L'AURAIT TUÉ !
Brad haussa un sourcil devant son éclat de voix aussi lucide que surprenant. On était loin des vociférations démentielles auxquelles Farfarello l'avait habitué.
– Et c'est vrai que ça, toi, ça te dérange maintenant les gens qui meurent, surtout les Weiss.
Farfarello lui jeta un regard assassin.
– Les choses changent.
– Effectivement.
– Les gens aussi.
– Oh pitié, bientôt tu vas me parler d'amour ?
– Toi, cracha Farfarello, tu es devenu incapable de prendre les décisions depuis ce qui est arrivé à Nagi.
Brad se figea, devenant carrément livide. Ses mains agrippèrent si fort le bord du bureau que ses phalanges blanchirent.
– Je t'interdis...
– Ca fait quoi de savoir qu'on est incapable de protéger les gens qu'on aime, Brad ? Demanda Farfarello en penchant légèrement la tête sur le côté avec un sourire mauvais[S3] .
– Incapable ? Mais j'ai tout géré, TOUT ! Notre disparition, notre survie, je vous ai caché, j'ai tout risqué pour vous !
– Sauf mourir.
Le regard plein de fureur, Brad se redressa lentement. Il se refusait à céder à l'hystérie devant Farfarello. Il perdrait toute crédibilité, mais là, l'envie furieuse de lui démonter la tête était particulièrement difficile à réprimer.
– Et qu'est-ce que je dois faire ? Non parce que plutôt que de m'emmerder à essayer de nous trouver de quoi bouffer, à essayer de nous planquer, je pourrai aussi tous vous planter là et voir comment vous vous en tireriez sans moi, qu'est-ce que t'en dis, Jei ?
Farfarello haussa les épaules et lui tourna le dos pour sortir.
– Vous seriez morts sous exactement dix-huit jours. Mais t'as raison, ça m'amuse d'être là, planqué comme un rat alors que nous devrions écraser ce monde pour tout ce qu'il nous a fait.
Farfarello se figea, la main crispée sur la poignée de porte, prenant pour la première fois conscience à la fois du pouvoir immense de Brad sur eux et de sa responsabilité écrasante.
– So ? S'enquit Crawford derrière lui.
Il pouvait presque voir cet insupportable sourire arrogant. Sans un mot de plus, il sortit et referma la porte derrière lui. Sur son chemin, il vit Schuldig le regarder d'un air indéchiffrable. Sans doute un peu blessé, un peu trahi. Le télépathe se demandait sûrement s'il devait choisir son camp, et malgré leurs liens, il savait qu'il choisirait Brad sans l'ombre d'une hésitation.
– Farfie…
– Non.
La réponse fut sans appel et Jei sortit dehors et quitta la résidence malgré les appels de Nagi derrière lui. Ken réagit au quart de tour et enfila ses bottines de cuir en marmonnant. Lui aussi était en embuscade avec Schuldig, Nagi et plus ou moins tous les autres. Il jeta un regard noir à Brad par-dessous ses mèches trop longues en le voyant s'approcher de lui, visiblement fâché. Ca tombait bien, lui non plus n'était pas de très bonne humeur depuis qu'il avait vu Jei claquer la porte.
– Et tu comptes faire quoi, là ? Lui demanda Brad les mains sur les hanches.
– Je vais le chercher.
– Il ne t'écoutera pas.
– Oui, bah toi non plus il t'écoute pas alors ça changera pas grand-chose, rétorqua le brun en passant sa veste.
– Ken, faut pas que tu sortes.
– Quoi ? Tu veux que je le laisse dehors dans cet état alors qu'il est sûrement à deux doigts de faire une connerie ?
– T'inquiète pas va, c'est pas le genre à se foutre sous un train, persiffla Crawford d'un air passablement exaspéré et un brin odieux, il le savait.
– Ah ! T'es trop con ! Fit Ken en claquant la porte.
Il marcha le long de l'allée d'un pas rageur en ignorant plus ou moins le brouhaha général derrière lui. Aya n'avait rien dit mais il avait vu ses yeux mauves suivre le départ de Farfarello d'un air un peu paniqué.
– Ah, allez tous vous faire foutre, hein, grommela le brun en sortant dans la rue, reclaquant le lourd portail derrière lui d'une pichenette de télékinésie, histoire de faire un peu de bruit.
Il prit un moment pour décider vers quel côté Farfie avait pu partir puis opta pour la droite, un peu au hasard. Il ne pouvait pas dire qu'il connaissait le quartier comme sa poche puisque leurs sorties étaient réduites mais ils avaient tous dû faire des reconnaissances de jour comme de nuit au cas où ils auraient dû fuir en catastrophe. Sa première idée fut la bonne car il trouva son amant au coin de la rue. Farfarello était hors de lui, il le voyait rien qu'à la ligne de ses épaules et à sa façon de marcher.
– Farfie !
– Qu'est-ce que tu fais là ?
– Selon toi ? Tu peux pas te tirer comme ça, ça craint !
– Et pourquoi pas ?
– Je commence par quoi ? Nagi ? Schu ? Pis moi, tu t'en fous ? Non, parce que vu que tu te tires déjà au petit matin sans laisser d'adresse, hein, c'est pas grave, je sais que t'en as rien à foutre.
Farfarello le saisit brusquement par le bras et il sursauta.
– Hey, tu me fais mal.
– J'en ai « rien à foutre » ? C'est ce que tu penses ?
Ken lui renvoya un regard aussi noir que placide.
– Oui, c'est pour ça que je viens de m'engueuler avec Crawford et que j'ai claqué la porte pour venir te chercher.
Un peu déstabilisé par sa réponse, Farfarello le lâcha.
– Quoi ?
Ken s'ébroua pour se débarrasser de lui et croisa les bras d'un air clairement agacé.
– Tu comprends rien.
– Non, avoua Farfarello, complètement désorienté par son comportement.
Ken lui courait après dans la rue juste pour l'agresser et lui faire des reproches puis lui disait s'être disputé avec Crawford. Rien de tout ça n'avait de sens. Il était trop habitué à voir les choses toutes noires ou toutes blanches. Souvent, il ne comprenait pas l'infinité de nuances entre les deux[S4] .
– Bah c'est bien, au moins tu le reconnais.
– Tu as dit que tu t'étais disputé avec Crawford ?
– Ouais, j'l'ai traité d'con, lâcha Ken en retournant vers la maison.
Farfarello haussa les sourcils devant son aveu. Ce n'était pas vraiment étonnant de la part de Ken mais c'était toujours étonnant pour lui de voir quelqu'un s'opposer à Crawford pour prendre sa défense. Ce n'était pas la première fois que Ken le faisait.
– Oh ça va, la prochaine fois j'mettrai les formes, je dirai « mal-comprenant ».
– Pardon ?
– Malvoyant, malentendant… Et mal-comprenant ! Mais comme toi non plus tu comprends que dalle… J'sais même pas pourquoi je te parle, grommela le brun en mettant un coup de pied dans un caillou qui ricocha dans une porte de voiture.
L'alarme stridente se déclencha et Ken fronça le nez.
– Merteuh… On se tire ! Lui lança-t-il en détalant dans la rue à toute vitesse.
Farfarello s'élança à sa suite, amusé de le voir accélérer quand il commença à le rattraper. Ken n'avait plus la même rapidité qu'avant mais il avait encore des ressources et Farfarello sourit en le voyant bondir par-dessus une barrière pour essayer de le semer. Il voulait jouer. Farfarello franchit la barrière d'un bond sans perdre son rythme, voyant Ken tourner au coin de la rue pour finalement bifurquer au dernier moment dans un tout petit parc où ils effrayèrent quelques vieilles dames en sautant par-dessus les bancs. Ken détala avec un éclat de rire sonore après s'être faufilé entre les jeux pour enfants, reprenant finalement la direction de la maison. A bout de souffle, Ken s'adossa à un mur. Ils se poursuivaient dans le quartier en riant depuis tout à l'heure et son corps criait au-secours.
– Ah la vache, je crois que j'ai perdu un bout de poumon dans la rue d'à côté.
Farfarello s'arrêta près de lui, à peine essoufflé et une moue critique pinça les lèvres de Ken.
– T'as de la chance toi, t'as une pêche d'enfer.
Farfarello lui dédia un sourire plein de dents en se penchant sur lui.
– Tu ramollis.
– Pff !
Ken se laissa tomber par terre, il était lessivé. Farfarello s'assit près de lui.
– On rentre ?
– Hm mh.
Ken sourit et posa sa tête sur son épaule le temps de reprendre son souffle. Il fallait rentrer. Affronter les autres, affronter Brad. Peut-être même s'excuser. Ken leva les yeux vers le ciel bleu, une moue pensive aux lèvres. Oui, peut-être.
La main de Farfarello glissa dans ses cheveux puis sur sa joue et il soupira, se laissant bercer par ses caresses. Il serait toujours temps de rentrer un peu plus tard.
######
Le soir même, Schuldig monta au deuxième étage et frappa doucement à la porte de Nagi avec une petite idée derrière la tête. Et il aurait besoin de Nagi pour la mettre au point. Son plus jeune ami était le meilleur des partenaires quand il s'agissait d'échafauder des plans en cachette.
– Salut bébé, j'peux entrer ? Demanda-t-il en passant sa tête par la porte entrouverte.
Nagi leva un regard étonné sur lui. Il lisait un manga.
– Oui, vas-y.
Schuldig s'installa sur le lit de Nagi, repliant ses longues jambes pour s'asseoir en tailleur.
– Tu lis quoi ?
– Black Butler.
– C'est bien ?
– Pas mal.
– Ca va les cauchemars ? Demanda Schu en feuilletant rapidement le livre qui mettait en scène un gosse avec un bandeau sur l'œil et son diable de majordome.
Peut-être qu'il y jetterait un œil s'il avait le temps.
– Ca va… répondit Nagi en restant un peu évasif.
– Tu sais que si tu as besoin de parler…
– Je sais Schu. Merci. C'est juste que…
Nagi soupira.
– J'ai pas envie de te faire pitié.
– C'est vrai que j'suis tellement du genre à avoir pitié des autres. Nan mais attends, j'ai une réputation à tenir, moi, dit Schuldig pour dédramatiser en jetant le bouquin sur l'oreiller.
Sa réflexion fit quand même rire Nagi. Il savait que l'adolescent avait peur qu'ils le voient comme une créature fragile, pitoyable, mais il n'imaginait pas à quel point il avait fait preuve de plus de force qu'eux tous réunis jusque là. Schuldig supposa qu'il s'en rendrait compte plus tard, avec le recul. Il décida de se lancer sur le sujet qui l'amenait ce soir.
– Mon p'tit clou, j'ai besoin de ton avis et de tes petits doigts potelés.
– Vi ?
– Comme tu le sais, c'est bientôt l'anniv' de notre bon vieux Brad.
– Oui, le quatre, murmura distraitement Nagi en jetant un regard à son téléphone portable.
Le temps passait vite. Malgré l'absence d'Aya, les évènements les avaient tenus bien occupés.
– Tu sais, il est crevé, tout ça, tout ça…
– Oui, j'ai vu, c'est pas la grande forme.
Schuldig soupira avec un sourire un peu désabusé :
– Ouais… Du coup, je me disais qu'on pourrait organiser un petit voyage. Il adore la mer et ça ferait du bien à tout le monde de se tirer un peu d'ici.
– Mais c'est une super idée !
– J'avais pensé à Okinawa mais c'est la seule plage que je connais.
– Justement, c'est trop connu. Il y a des plages moins fréquentées, dit Nagi en réfléchissant rapidement.
Il n'avait pas eu l'occasion de beaucoup voyager à travers le Japon dans sa courte vie, mais il avait entendu parler de quelques endroits qui valaient le détour.
_ J'espérai bien que tu aurais ça dans ta manche. Tu connais des destinations plus discrètes ?
_ J'avais entendu parler d'Asakawa Ozuna[S5] . C'est assez désert, même en pleine saison. Il parait que c'est super beau.
_ C'est où ?
_ Au sud de Shikoku. En plus, il devrait faire bon.
_ Ah Nag', t'es un amour ! Dit Schuldig en le prenant dans ses bras.
Nagi pouffa de rire et lui rendit son étreinte, se laissant un peu bercer par les bras nerveux du télépathe.
_ Oui, bon t'emballe pas ! Faut déjà organiser le voyage et réserver, parce que si on lui laisse le choix, Brad refusera ! Il va en faire une maladie, même si c'est pour lui. Surtout si c'est pour lui !
_ T'inquiète, il peut pas me résister !
Notes : Outre le fait que je craque complètement en aparté (je sais que vous adorez lire mes petits comm'-foireux-qui-gâchent-l'ambiance), on se focalise encore une fois pas mal sur le trio infernal. Je me demande bien ce que je vais en faire, de ces trois-là. Ah pis il commence à sérieusement me gaver le Farf, il fait que ce qu'il veut. J'ai des scènes qui s'rajoutent de partout et qu'étaient même pas prévues. Pff.
Ce chapitre est susceptible de subir une réécriture prochaine car je ne suis absolument pas satisfaite de la fin, mais je vous préviendrai si jamais je me décide.
Merci pour votre lecture et votre soutien !
Commentaires :
[S1] Les petits poissons dans l'eau ! Nagent, nagent, nagent, nagent, nageuuuh ! Les petits poissooons dans l'eauuu nagent aussi bien que les grooos !
Ca y est, rupture psychotique.
[S2] Aya chantant « Libéréééé, Délivréééé »
Rah c'est trop nul, j'sais pas dessiner mais ça ferait une parodie d'enfer XD
[S3] Moui, Bradounet n'a pas tort quand il dit que c'est un sale petit con. Il mériterait bien un taquet ou deux dans ses dents là quand même.
[S4] Ah bah les nuances de gris, ça fait un carton pourtant. Faut sortir, mon vieux Farf.
[S5] Merci Google pour me permettre d'accéder en trois clics à des recherches aussi disparates que « choc hypovolémique » ou « les plages du Japon ». J'ai choisi au pifomètre une plage dite calme. Si vous avez mieux à me proposer, n'hésitez pas !
