Chapitre 3 - This cold night will turn us all to fools and madmen


Alors, merci, merci merci à toutes les personnes qui ont reviewé ou mis l'histoire en follow/favoris, c'est très encourageant !

Voici, comme toujours, les mots anglais et leur traduction :
House Cup : Coupe des Quatre Maisons
Great Hall : Grande Salle
Slytherin : Serpentard
Longbottom : Londubat
Hogwarts : Poudlard
Apparition : Transplannage
Triplets : Triplés
Defense : Défense (bon, ces deux là je les mets pour le fun)
Ravenclaw : Serdaigle
Whomping Willow : saule cogneur
Quidditch Weekly : Quidditch Hebdo
Half-breed : Hybride
Transfiguration : Métamorphose
Fat Lady : Grosse Dame

Ha, je crois que vous pouvez vous faire une idée du chapitre rien qu'à ces mots !

Edit du 07/04/15 : Version corrigée par Les Nerles mise à jour. Merci à elle :)


Une fois n'est pas coutume, je suis de bonne humeur ce matin, même si j'ai une petite appréhension quant à mes premiers cours qui vont commencer aujourd'hui. Assise dans le Great Hall, qui semble servir de réfectoire, je profite d'un repas sans chant de nymphes. Par réflexe sans doute, je cherche des croissants, avant de me rappeler que nous sommes en Ecosse. Je me sers alors du café pendant que Gemma m'explique le système de la House Cup.

« Je comprends pas l'enjeu en fait. Quel intérêt de gagner ? Vous recevez un truc spécial ?

- Oui, voir la tête des Slytherin forcés de nous applaudir, ricane Gemma.

- La confirmation de notre propre supériorité, renchérit Felix Turpin.

- Et puis, l'honneur ! On était deuxième l'année dernière, c'était trop frustrant ! » renchérit Eileen, souriante, en buvant son jus de citrouille, l'air pas frustrée du tout.

Je porte ma tasse de café à mes lèvres avant de grimacer. J'ai décidé qu'à bientôt dix-sept ans je devais aimer cette boisson, donc j'en prends de plus en plus souvent en espérant réussir un jour à l'apprécier. Pour l'instant mes efforts restent vains. Je vois du coin de l'oeil James Potter s'installer à la table avec Fred Weasley, quelques rangées plus loin. Je ne dois pas être très discrète puisque Gemma suit mon regard.

« T'inquiète, t'es pas la seule à être impressionnée par son nom. Tout le monde l'est, au début.

- Hmmm, j'ai eu une réaction un peu ridicule hier, je dis en grimaçant.

- Oh mais non, m'interrompt Eileen en levant la tête de son jus de citrouille. Regarde, moi par exemple, j'ai bien mis trois mois à oser lui parler.

- Mais pas du tout, l'interrompt Catrin Powell en fronçant les sourcils. Je me rappelle, Longbottom vous avait collés tous les deux dès la première semaine parce que vous vous tapiez la discute pendant son cours.

- Nan, mais c'est pas pareil, c'était un débat sur le Quidditch », répond Eileen, l'interrompant d'un geste de la main, avant de se resservir d'oeuf brouillés.

Personne ne répond à cela et un fantôme passe. Littéralement. L'homme, dont la mort doit remonter au Moyen Âge, salue même plusieurs élèves en s'inclinant. Je lui souris, aussi étrange que cela puisse paraître j'apprécie les spectres. Je m'entendais relativement bien avec Mathilde l'Empresse, qui hantait Beauxbâtons. Enfin, si tant est qu'on puisse bien s'entendre avec une noble millénaire qui a tendance à parler latin plutôt que français. Mon sourire se fane cependant quand je vois la tête de notre visiteur se pencher en retour. Celle-ci se détache alors presque complètement de son cou. J'y distingue même les lambeaux de chair rouge tranchés. Le fantôme continue alors son chemin comme si de rien n'était.

« Beurk, grimace Catrin, ça coupe l'appétit. Même après six ans, je m'y fais pas. »

Moi aussi, je regarde la tranche de viande sur son assiette avec un léger dégoût. Déjà que de la viande dès le matin…

« Enfin, pour revenir à James, reprend Gemma en interrompant mes pensées, il est vraiment super sympa quand on apprend à le connaître. Et pas snob du tout, alors que…

- Gemma, Gemma, on sait déjà tout le bien que tu penses de James, intervient Felix Turpin, moqueur. Si tu veux un conseil, tu devrais plutôt t'intéresser aux célibataires…

- Il y a des relations qui reposent sur l'amitié et rien d'autre, c'est un concept qui te dépasse Turpin ? répond Gemma, soudainement plus agressive.

- Ha non, l'amitié je connais merci, réplique l'intéressé avec froideur. »

Je les regarde tour à tour, un peu choquée du nouveau ton de la conversation. Conversation qui est rapidement interrompue par Malathi Devi, une fille de mon dortoir qui distribue des parchemins à toute la table. Elle me tend mon emploi du temps en papotant avec Eileen. Mon emploi du temps est chargé, mais pas plus que celui de l'année dernière à Beauxbâtons. J'ai le vendredi après-midi de libre, ce qui est une bonne surprise.

Je jette un oeil sur le parchemin de mon voisin, Felix Turpin, avant de hausser les sourcils.

« Mais, tu n'as presque jamais cours, je m'indigne.

- Hein ? C'est toi qui a tout le temps cours, rétorque-t-il.

- Tu ne suis que trois matières ! »

Je manque d'ajouter « et en plus, des matières à la con » mais je me retiens. Eileen intervient.

« Ben c'est la moyenne à Hogwarts en septième année. Moi j'en ai quatre, il y en a qui en suivent encore moins.

- Encore moins ? Mais ils font quoi de leur journées avec huit heures de cours par semaine ?

- Oh oui, que faire quand on a pas cours ? dit Felix d'une voix faussement paniquée.

- Non, mais plus sérieusement, vous avez pas un nombre minimum de matières à suivre ?

- Ben si, une.

- Mais à Beauxbâtons c'est cinq, c'est pour cela que j'ai du en prendre autant ! je m'exclame scandalisée.

- Oui mais à Hogwarts ce sont des cours de niveau avancé, répond Felix. »

Je fronce les sourcils, essayant de bien comprendre sa phrase, qui ressemble fortement à une insulte de l'Académie. Eileen s'en aperçoit et essaye de calmer le jeu.

« Ben on est plus… spécialisés en fait. Mais c'est possible de suivre plus de cours si tu veux. Je crois que le record en septième année est à huit. Après, je ne vois pas comment c'est possible sans potion revigorante. »


Quelques minutes plus tard, je discute dans le hall avec Mathilde et Arthur et on compare nos plannings. Celui d'Arthur ressemble fortement au mien et je remarque que Mathilde a encore plus de cours que moi. Je ne serai probablement pas la seule à souffrir cette année.

« Je comprends pas ce cours, les samedi de Janvier, commence Mathilde en fronçant les sourcils. « Apparition », ça s'appelle. Ils veulent nous apprendre à faire apparaître des objets ? Mais c'est contre les lois de…

- Non non, je la coupe, Apparition ça veut dire Transplanage. »

Mathilde lève les yeux vers moi, le regard accusateur, comme si c'était moi qui avait choisi le terme.

« Mais, ça n'a aucun sens ! Pourquoi ne pas appeler ça Divination, tant qu'on y est ?

- Je vois que ça ne fait pas encore partie du vocabulaire Assimage ? »

Alors que Mathilde s'apprête à répliquer, nous sommes brusquement interrompus par l'arrivée d'une jeune fille à la chevelure rousse. Elle nous sourit et j'oublie instantanément notre conversation. Elle est vraiment très très belle. Je lance un coup d'oeil vers Mathilde et Arthur et je remarque qu'ils la regardent également avec des yeux ronds.

« Désolée, nous lance-t-elle en français avant qu'un silence peu naturel ait le temps de s'installer. J'ai entendu que vous parliez français. Vous venez de Beauxbâtons, c'est ça ? » Elle n'attend pas qu'on lui réponde et enchaîne, toujours en français :

« Je suis française aussi, ma mère était à Beauxbâtons. J'ai des cousins là-bas, vous les connaissez ? Oh, je suis contente que vous soyez là ! J'ai voulu faire l'échange aussi, mais malheureusement mes notes étaient pas suffisantes… Peter Savage est parti lui… Ah, ils étaient tellement cools les français en échange l'année dernière. Si vous avez des questions sur Hogwarts n'hésitez pas ! Ah, je ne me suis pas présentée, je suis Dominique Weasley.

- Comme Fred Weasley ?» je l'interroge alors qu'elle fait une pause pour reprendre son souffle. Ils ne peuvent pas être frères et soeurs. Certes, ils sont tous les deux roux mais… Fred est métis, alors que Dominique est aussi blanche qu'un veaudelune. Un très joli veaudelune avec la faculté de parole, puisqu'elle me répond :

« Oui, c'est mon cousin. Avec James, James Potter, précise-t-elle, notre famille nous appelle les Triplets.

- Tu parles vraiment très bien français, intervient soudainement Mathilde, changeant brusquement de sujet.

- Oh oui, je continue, même si tu as un accent. »

Arthur et Mathilde se tournent vers moi, l'air réprobateur. Dominique Weasley semble quelque peu… déçue ou blessée ? Je réalise que je viens de réagir à la Octavia Rookwood et tente de me rattraper.

« Mais un accent très léger, hein. Il est… euh … charmant. Très mignon. »

Mathilde enchaîne avant que je puisse m'enfoncer plus encore.

« Moi, c'est Mathilde Dauriac. Je suis née moldue, je viens de Belgique.

- Siobhan Meagher, je continue plus sobrement.

- Arthur Penmor » termine Arthur en prononçant son prénom à l'anglaise, ce qui me fait pouffer. Le visage de Dominique s'éclaircit également.

« Arthur ? Comme mon grand père ! » Je retiens encore un rire pendant qu'Arthur le Jeune, pris de court, essaie de rebondir face à cette information. Mais Dominique Weasley ne lui en laisse pas le temps :

« Mes amis m'appellent Dom. Seule ma mère m'appelle Dominique en fait, c'est bizarre comme prénom ici ! ». Je comprends sa douleur. « Le reste de ma famille m'appelle Niki, mais c'est surtout parce que ma soeur s'appelle Victoire.

- Hein ? Quel rapport ? je demande.

- Niki ça veut dire victoire en grec » répond soudainement Arthur.

Comment ça se fait qu'il parle grec ? Je me demande avant de me rappeler qu'il a du suivre comme Mathilde l'option Défixions et Catathèmes à Beauxbâtons. Cela colle bien au personnage. Moi, j'avais pris Jeu de volpaume à la place, ce qui veut dire que je faisais l'idiote sur un balai pendant qu'ils apprenaient une magie antique et millénaire. Je ferais pas la maligne devant un sphinx mais je n'ai aucun regret : la volpaume c'est génial. C'est même de loin mon sport magique préféré.

« Eh bien, tu es brillant toi, c'est ça, Niki ça veut dire victoire », reprend Dominique coupant court à mes réflexions sur la volpaume. « Oh, j'y vais j'ai cours de Defense. A bientôt ! ». Et elle s'éloigne à grandes enjambées, disparaissant aussi vite qu'elle était apparue.

« Bah moi je suis contente de pas avoir choisi ce cours, c'est tellement idiot comme matière Défense contre… commence Mathilde avant d'être interrompue par Arthur.

- Moi aussi j'ai Defense. Tu sais où se trouve la salle ? me demande-t-il affolé.

- Non, c'est juste écrit que c'est au troisième étage » je lui réponds, paniquant également. Et nous nous lançons tous les deux à la poursuite de Dominique « Niki » Weasley.


Nous avons finalement réussi à trouver la salle de Defense against the Dark Arts et le reste de la journée se déroule normalement. Je me rends désormais en potions, le dernier cours de la journée. Je suis toujours de très près les autres élèves pour être sûre de ne pas me perdre dans cet immense château. Là, c'est Malathi Devi et Fred Weasley qui font office de guide. Malathi prend son rôle de préfète de Gryffindor très au sérieux puisqu'elle m'explique toute l'histoire de Hogwarts au passage, m'indiquant quel telle armure a appartenu au Chevalier au Lion et que tel tableau représente le sorcier ayant découvert les propriétés anti-inflammables de la bile de dragon administrée par voie orale. Je jette un oeil au portrait en question, qui, la toque de travers, bombe le torse à la mention de ses exploits. Après avoir changé de couloir Fred Weasley et moi nous lançons alors dans une longue discussion sur le contexte de cette découverte.

« Peut-être qu'il combattait un dragon, et là il tombe la tête la première dans le vomi de dragon. Le dragon crache du feu et il se rend compte que ça lui fait rien ?

- Non… je crois pas qu'il ait pu l'ingérer par accident, même en tombant dedans. Il faudrait qu'il l'avale. Et puis, c'est quand même un coup de chance non ?

- Un coup de chance ?

- Ben les chances qu'un dragon vomisse en combat, puis qu'il tombe dedans, puis qu'il l'ingère sont faibles. A mon avis, il a du l'avaler volontairement.

- C'est ça qui m'inquiète. Peut-être qu'il ne savait pas que c'était de la bile de dragon ? Si ça se trouve, le vomi de dragon ne ressemble pas à du vomi normal.

- Mais comment il aurait découvert ensuite que c'était bien ça qui le rendait ininflammable ? »

Ma dernière remarque plonge Fred Weasley dans une intense réflexion. Nous arrivons dans la salle de classe et il conclut, faussement sérieux, avant de s'asseoir aux côtés de son cousin :

« Il faudrait lui demander, au tableau. A mon avis, il sera trop fier de nous le raconter.

- Je ne sais pas, je continue sur le même ton. Peut-être qu'il faut lui laisser sa part de mystère. »

Je pensais me chercher tranquillement une place quand j'aperçois Mathilde qui me fait signe de la rejoindre. Elle a l'air dans tous ses états.

« Siobhan, tu as amené ta balance ? J'ai oublié la mienne.

- Ben oui, bien sûr » je lui réponds en sortant la balance en question, accompagnée de poids de mesure. A leur vue, Mathilde se prend la tête entre les mains. « Nooon » se lamente-t-elle. Ben quoi ? Elle est très bien, ma balance.

« Ta balance et tes poids sont français ! s'écrie-t-elle.

- Et alors ? »

Mathilde se tourne vers moi, probablement frustrée par mon incompréhension.

« Et alors ? Et alors on est en Grande Bretagne ! » Puis, comme je la regarde sans réagir, elle continue. « Le pays des ounces et des pounds, putain ». Je sursaute en constatant qu'elle vient de jurer.

« Oh, je réalise enfin. Merde, comment j'ai pu oublier ? Euh… on peut peut-être tenter…euh… un sort de conversion non ? » je tente en feuilletant mon manuel de potions à la recherche d'une telle formule. Je suis complètement troll, comment ai-je pu oublier que les sorciers britanniques avaient un autre système de mesure ?

« Laisse tomber on y arrivera pas. Et j'ai pas le temps d'aller chercher ma balance dans le dortoir, celui de Ravenclaw est à l'autre bout du château. »

Je réfléchis à une solution. En regardant autour de moi, je remarque qu'Hannah Gödelmann est à côté d'un autre élève de Durmstrang. Ont-ils eux aussi des problème de balance ? Peut-être qu'ils savaient, eux, que la Grande Bretagne n'avait rien trouvé de mieux pour se distinguer que de ne pas utiliser les grammes et kilogrammes. Mais son voisin s'exclame brusquement « Ach, Drachenscheisse ! ». Je ne parle pas allemand mais j'en conclus qu'ils doivent rencontrer le même problème que nous.

Pour revenir à nos hippogriffes, j'ai bien des vieux poids de mesures d'onces romaines, mais ce n'est probablement pas équivalent à l'ounce britannique. Je lève les yeux vers Fred Weasley, qui se trouve sur la rangée devant moi. Je peux leur demander si lui et James Potter pourraient nous prêter une balance non ?

Oui mais déjà je n'ose toujours pas adresser la parole à son cousin et voisin de table. Ensuite, comment l'appeler, sachant que les gens ici ont tendance à utiliser les noms de famille ? Weasley, ça fait bizarre, déjà parce que des Weasley il y a l'air d'en avoir un paquet. Aussi, je discutais avec lui de vomi de dragon il y a cinq minutes, est-ce qu'on a atteint le niveau de familiarité suffisant pour s'appeler par nos prénoms ?

« Hé, vous pouvez nous prêter une balance ? demande Mathilde à un autre Ravenclaw qui se trouve sur la paillasse à notre gauche.

- Vous en avez pas ?

- Si, mais avec des poids en grammes, répond Mathilde, agacée.

- Pourquoi vous en avez pas avec des ounces ?

- Pourquoi vous utilisez pas le système de mesure international ? » je lui rétorque.

Mr. Ounce semble hésiter mais le regard déterminé de Mathilde le convainc. Sans doute pense-t-il que s'il refuse, elle s'en emparera de force. Je souris, des fois ça a du bon d'avoir une partenaire de potion avec un caractère de ronflak cornu.


Le reste de la semaine s'est déroulé plutôt normalement, c'est à dire que je ne suis pas tombée d'un des nombreux escaliers mouvants, ni perdue dans Hogwarts, ni empoisonnée avec la nourriture britannique. En y repensant, il y a bien eu un incident dans les couloirs où j'ai failli recevoir un sort perdu, mais j'ai eu le réflexe de me décaler au dernier moment et c'est un élève de première ou deuxième année qui s'est mis à hurler de terreur en constatant qu'il devenait chauve.

Bref, une semaine plutôt tranquille et c'est avec plaisir que je suis allée courir dans le parc de Hogwarts avec Gemma et Eileen. Catrin Powell, normalement inséparable de Gemma, a catégoriquement refusé de participer. Je profite de la monotonie de la course pour faire le tri dans mes pensées. Les deux filles ont l'air plutôt sportives, comme moi, et je me demande si je pourrais les convaincre de jouer à la volpaume. L'école est plutôt Quidditch, ce que je comprends, moi aussi j'adore regarder les matchs. Mais la volpaume c'est tellement plus amusant à jouer ! Je souris alors que les rayons du soleil écossais me réchauffent. J'observe le lac au-dessus duquel volent des chevaux argentés et je me laisse bercer par nos respirations saccadées, le bruit régulier de nos pas sur le sol et le chant des oiseaux. J'adore courir.

« Attention… au… Whomping… Willow… me dit brusquement Eileen en me tirant sur le bras pour me faire dévier de chemin.

- Le… quoi ?

- C'est… un arbre… qui… frappe. Faut pas… s'approcher »

Oh. Tant pis pour la promenade paisible autour du parc.

Nous courons encore un bon quart d'heure avant de nous arrêter aux bords du lac. Il fait chaud, et une petite baignade serait bien tentante. L'eau trouble m'inquiète cependant. Gemma se jette à l'eau toute habillée, et je la suis en riant.

« Allez, viens Eileen !

- Oulà, non merci je tiens pas à croiser le calamar géant »

Un calamar géant ? Je suis beaucoup moins détendue, d'un coup. Gemma, elle, éclate de rire encore plus fort. Je sors au bout de quelques minutes, et je m'allonge par terre. De l'herbe va sûrement se coller à mon t-shirt des Punchasouaffles, et je pourrais me sécher d'un coup de baguette, mais j'ai envie de lambiner au soleil.

Aoife, ma soeur, s'était toujours moquée de ma manie de vouloir lézarder ainsi lorsque nous rendions sur les plages méditerranéennes près de chez mes grands-parents. « C'est vain et chiant comme activité, disait-elle. En plus, tu ne bronzes jamais ».

Je soupire. Si ma peau n'arrive pas à devenir hâlée sous le soleil provençal, elle n'y arrivera pas non plus en Ecosse. Ma peau, ni blanche à l'extrême ni délicieusement mate, reste et restera toujours banale. Toutes ces considérations ne m'empêchent pas d'apprécier cette atmosphère si particulière au mois de septembre.

Je perds un peu la notion du temps et je sors de ma rêverie en apercevant un vieil homme très grand, au loin, entrer dans la limite de mon champ de vision. D'ailleurs l'adjectif grand ne suffit pas, il doit faire la même taille que Madame Maxime, la directrice de Beauxbâtons.

« C'est qui ? je demande. Eileen lève la tête de son Quidditch Weekly.

- Lui ? C'est Hagrid.

- Il a euh…

- Une taille mannequin ? C'est normal, c'est un demi-géant. Il est half-breed. »

Je me relève quelque peu pour mieux le regarder, les coudes sur l'herbe. Il semble nettoyer quelque chose sur le sol. Je n'ai jamais vu de demi-géant de ma vie. Quoique peut-être que Madame Maxime… Non, elle a prouvé lors d'un procès que sa taille était due à une potion de croissance.

« Il y a beaucoup d'hybrides dans cette école… Flitwick est… je tente

- Hmm il a des ancêtres gobelin, je crois. Ou elfes.

- Et il y a beaucoup de … non sorciers ? Ici, à Hogwarts ?

- Eh bien, non je ne crois pas. Il y a bien les fantômes, dont Binns, le prof d'histoire. Dominique et Louis Weasley ont des ancêtres vélanes. Oh, et il doit y avoir quelques étudiants loup-garous.

- Mon prof de divination est un centaure aussi, continue Gemma. Sinon c'est tout. »

C'est tout ? Cela fait beaucoup, à mon sens. Je n'ai jamais rencontré de telles créatures en France, à l'exception des fantômes. Je repense à Dominique Weasley, c'est étrange de se dire qu'elle n'est pas complètement humaine. Quant aux loup-garous, ils ne sont pas dangereux avec la potion Tue-loup, mais ça reste étonnant que Hogwarts les accueille aussi ouvertement. Je me rallonge sur le sol. Mes pensées sombres détonnent avec le calme du parc.

Je décide alors de rebondir sur le sujet des professeurs, plutôt que discuter des créatures magiques.

« Tu oublies le prof de Transfiguration, Shafiq, je lance en plaisantant. Ce type n'est pas complètement humain.

- Ew, quelle horreur, c'est à cause de lui que j'ai laissé tomber la métamorphose.

- En même temps, c'est le directeur des Slytherin. Ce qui serait étonnant, c'est qu'il soit sympa.

- C'est sûr. C'est un bon prof, reprend Eileen, mais on tremblait tous avant de rentrer dans sa salle de classe. »

Et nous continuons sur ce notre critique en long, en large et en travers de l'ensemble du corps professoral.


« Hé, j'y pense, ça te dirait de rejoindre le club Daione Sidhe ? » me demande Eileen brusquement, alors que je me sers de tomates. Pour une fois, je ne déjeune pas le samedi chez mes parents à Paris mais bien à Hogwarts, entourée d'adolescents de mon âge. Et de plus jeunes, aussi, je pense en regardant avec dégoût de la soupe dégouliner du menton d'un deuxième année. La question d'Eileen m'arrache à sa contemplation.

« Le club de quoi ?

- C'est le club des étudiants gaéliques de l'école. Y'a des irlandais et écossais. J'en suis la présidente, me répond-elle avec fierté.

- Ouh ben je ne sais pas si j'ai le temps, avec..., je fais un grand signe de la main dans le vide, pff tous les cours que j'ai. »

Eileen a l'air déçue. Je me sens coupable mais un club irlando-écossais ça ne me tente pas du tout. Et le gaélique, ça va bien cinq minutes. Le frère moldu de mon père a bien essayé de m'initier à cette langue qu'il enseigne, mais ça me passionne pas. Pour moi, un club de gaélique sonne terriblement… comme mon oncle, en fait. Vieux.

« Okay, tu as le temps d'y réfléchir. » Elle me fait un sourire auquel je réponds timidement, ne souhaitant pas m'engager. Elle reprend ensuite :

« Et n'hésite pas à en parler à tes amis de Beauxbâtons, Arthur et Mathilde. S'ils ont des origines bretonnes ce serait cool qu'ils rejoignent le club des élèves de Cornouailles. Les pauvres, ils ne sont que deux à faire partie du club, cette année.

- Oui, je leur en parlerai »

Je ne leur en parlerai probablement pas. La conversation est heureusement interrompue par l'arrivée du courrier. Je reconnais la chouette familiale qui se pose à mes côtés. J'ouvre les lettres de ma famille, elles sont datées d'il y a deux jours. Mon frère m'engueule parce que je ne lui ai pas encore envoyé de lettre puis me raconte sa rentrée, mon père me pose diverses questions sur Hogwarts, ma mère m'a écrit un pavé accompagné d'un article d'un journal moldu faisant état d'une série de vols à main armée en Ecosse, précisant « Je sais que ça ne risque pas d'arriver à Hogwarts, mais fais attention, quand même, avec cette vague d'insécurité ». Enfin, ma soeur Aoife, égale à elle même, ne m'a rien envoyé.

Je soupire. J'ai du parchemin à gratter ce soir.

*.*.*

Je me réveille brusquement. L'horloge sur la table de nuit de Malathi indique qu'il est environ deux heures du matin. Je mets ma robe de chambre par dessus mon pyjama. J'ai envie de sortir.

Je quitte le dortoir pour arriver dans la salle commune, qui est toujours aussi calme. Je fais grincer le portrait de la Fat Lady pour arriver dans le couloir. Il est vide et même les tableaux semblent dormir. Je continue mon chemin, l'extérieur du château m'attirant plus fortement qu'un Accio. Je suis dans un état d'excitation étrange, complètement sous adrénaline. Il se passe quelque chose d'intéressant dehors, je pressens avec joie.

Alors que j'arrive au parc d'Hogwarts, tous les éléments rationnels de mon cerveau, qui devraient me prévenir de la stupidité de mes actes et du danger de se faire prendre, semblent être mis en pause. Je continue jusqu'au portail qui mène au quai du Hogwarts Express. Bien évidemment, il est fermé. Je pense à le contourner, avant de me rappeler qu'une barrière invisible entoure Hogwarts et empêche quiconque d'en entrer ou d'en sortir. La frustration me gagne, je veux passer ce portail.

Le vent souffle doucement, les animaux nocturnes poussent des petits cris, les étoiles brillent de mille feux et la température fraîche fait légèrement trembler mon corps. Mais rien de tout cela retient mon attention. Non, mon esprit revient toujours à une seule et même pensée. Il faut que je passe ce portail.


Et... cliffhanger ! N'hésitez pas à commenter pour critiquer, complimenter (si vous voulez !) ou donner vos théories. Et surtout à me dire si je ne suis pas claire des fois, me signaler des fautes de style, me poser des questions sur l'histoire etc etc. Sérieusement, tout retour de votre part m'interesse.

Enfin, le titre du chapitre "This cold night will turn us all to fools and madmen" est extrait du Roi Lear. Voilà, merci d'avoir lu et à bientôt :)