Bonsoir à tous,
Tout d'abord j'aimerai remercier RoxanneForYou, la seule à m'avoir laissé une review au précédents chapitre ! Mais aussi ceux qui m'ont mis en favoris ou follow et tous ceux qui lisent cette histoire. J'espère ne pas vous avoir fait trop attendre.
Bon alors autant vous prévenir ce chapitre va être.. bizarre. Je vous rapelle pour ceux qui ne se souviennent pas : Siobhàn a été prise d'une envie mystérieuse et irréprésible de sortir dehors. On la retrouve le lendemain matin, dans un état... peut-être pas tout à fait normal. Et l'intrigue prinicipale commence vraiment à se développer.
Comme d'habitude, les mots en anglais :
What's the craic/crack ? Expression usitée en Irlande, signifiant littéralement Comment est le fun ? (= Comment ça va ?). Hors Irlande, elle signifie plutôt "Comment est le crack ?", donc à utiliser avec précaution si vous ne souhiatez pas passer pour un drogué.
Charms : Enchantements
Slytherin : Serpentard
N.E.W.T.S. : Aspics
Galleon : Gallion
Sickle : Mornilles
Ravenclaw : Serdaigle
Thestral : Sombral
Daily Prophet : Gazette du Sorcier
Quidditch Weekly : Quidditch Hebdo
Bonne lecture :)
Edit : du 14/04/2015 : Version betatée mise à jour. Merci aux Nerles :)
Chapitre 4 - Timor mortis conturbat me
Un rayon de soleil matinal chauffe ma peau et me réveille. Je suis au beau milieu d'une pièce que je ne connais pas, qui ressemble à une salle de classe abandonnée. Je me relève, gonflée à bloc. Ha, Merlin est de mon côté aujourd'hui ! Je n'aurai jamais pensé que dormir sur le sol puisse être aussi confortable. C'est une expérience à retenter.
Je sors de la salle en sautillant. Je me remémore la nuit passée, durant laquelle j'ai fait une escapade nocturne sans raison apparente. J'ai dû me perdre sur le chemin du retour avant de m'endormir dans une salle au hasard. Mon sourire s'élargit, c'est la première fois que je dors dans une salle de classe, et c'est génial.
Je suis toujours perdue, d'ailleurs, mais c'est pas plus mal. On est dimanche, c'est le moment ou jamais de découvrir le château. Par exemple, je n'avais encore jamais vu ce tableau d'un homme volant sur un balai autour de ce qui ressemble à des organes d'animaux. Il est en train de dormir apparemment, et un écriteau en dessous du tableau indique Günter le Violent. Il est magnifique.
« Vous êtes magnifique, Günter, je lance au tableau.
- Mpfffm ? »
Le sorcier sort de son sommeil et me lance un regard étonné.
« Oui, je continue. Ce tableau, on dirait un peu un mélange entre les styles assyrien et baroque. Et ce vert, ce vert du ciel, il est différent du bleu de l'océan, mais en même temps, il rappelle le rouge du de votre robe, bien sûr. C'est du génie, quoi. C'est… wouah. Je cherche la salle commune de Gryffindor, c'est par là ? »
Je lui désigne le fond du couloir et là, paf ! Je vois un chandelier ! « Excusez moi Günter, je dis au tableau, il faut que j'aille voir ça », et je m'éloigne sans en savoir plus sur la localisation de ma salle commune.
J'admire le chandelier, et quel chandelier ! Il a des bougies violettes. Je continue d'errer et m'extasier sur le monde alentours. C'est là qu'on peut admirer le romantisme des Britanniques. A Beauxbâtons, il y a des plans partout, donc impossible de se perdre. Alors qu'à Hogwarts, non. On vit au jour le jour, on est libre de se perdre, libre de se retrouver, libre de… rencontrer l'équipe de Quidditch de Gryffindor ? Je m'approche d'eux moitié courant moitié sautant.
« Hey, what's the craic ? je lance à la cantonade.
- Hein ? Tu vas bien ? me répond James Potter.
- Super merci et toi ?
- Siobhán, commence lentement Eileen, qu'est-ce que tu fous en pyjama dans les couloirs à sept heures du matin ?
- Oh ben, je me promenais et bah, je me suis perdue, je continue sans me départir de mon sourire.
- Et euh, tu fais souvent ça ? demande un garçon épais d'une quinzaine d'années.
- Il ne faut pas s'enfoncer dans la routine dans la vie, je lui réponds. Il faut se laisser surprendre. Tu pourrais mourir demain, et alors, auras-tu vécu pleinement ? »
Les joueurs de Gryffindor méditent sur mes paroles. Oh, mais ils ont des balais, eux aussi ! Je n'ai encore jamais volé en intérieur, si c'était l'occasion ? Je m'approche de celui d'une fillette qui recule légèrement en me regardant bizarrement.
« Je crois qu'on lui a lancé un sortilège d'Allégresse, intervient Fred. Ou de confusion.
- Ah bon ? je demande. A qui ?
- A McGonnagal » répond James Potter.
J'éclate de rire. Lancer un sortilège de confusion sur la directrice ? Ce serait trop drôle.
« Eileen, ramène là au dortoir, tu rateras le début de l'échauffement mais tant pis. On peut pas la laisser comme ça » ordonne Fred.
Eileen me prend par la main, main que je balance d'avant en arrière dans un grand mouvement de bras. « Allez, viens » me dit-elle, m'entraînant dans un autre couloir.
Sauf que moi, pas folle, je ne perds pas le fil de mes pensées et garde en tête mon objectif de voler dans les couloirs. Eileen essaye de garder son balai loin de moi sur tout le chemin du retour.
« Mayday, Mayday » lance Eileen en réveillant Gemma. Cette dernière grogne avant de se replonger dans ses couvertures.
« Barre-toi, Eileen, c'est pas ton dortoir !
- Non, mais j'ai besoin de tes services de babysitting.
- Hein ? »
Je ne fais plus attention à la suite de la conversation qui devient un brouhaha incompréhensible car je suis en train de danser en tournant très vite sur moi-même. Je me mets alors à chanter en français.
« Annie aime les baguettes, les baguettes à l'A…
- Silencio ! intervient Gemma. Okay, Eileen, j'ai la situation sous contrôle. »
Gemma émerge de son lit et m'entraîne dans la salle commune, et Eileen retourne à son entraînement. Elle s'assoit à côté de moi sur un canapé près de la cheminée, et me regarde avec un air sérieux. Je me retiens de glousser.
« Siobhán, la situation est grave. Pourquoi tu étais dans les couloirs un dimanche à sept heures du matin ?
- Ben pourquoi pas ? C'est interdit ?
- Ben déjà, oui. Et avec ce genre de pyjama, encore plus. »
Je regarde l'objet du délit. Le bas est en velours vert un peu laminé, et le haut, c'est un t-shirt de l'Association des propriétaires d'aspirateurs volants, dont ma mère fait partie. Je vois pas le problème, bon j'ai de l'herbe un peu partout dessus mais c'est cool l'herbe. Gemma reprend.
« Sérieusement, qu'est-ce que tu faisais dans les couloirs ?
- Eh bien, j'avais envie de sortir. Je me suis perdue sur le retour.
- Pourquoi t'es sortie ? »
Je réfléchis. Bonne question, pourquoi je suis sortie déjà ?
« Tu ne t'en souviens pas ?
- Eh bien pas clairement, je tente.
- Tu ne penses pas que quelqu'un… quelqu'un aurait pu te lancer un sort ?
- Tu veux dire… un Imperium ? je chuchote.
- Oui, ou un sort de confusion. Ou un sort d'Oubliettes. »
Mon esprit émerge lentement, comme si j'essayais de me concentrer après avoir bu beaucoup d'alcool. Cela ne peut pas être un Imperium, parce que je me sens si bien. Je veux dire, je suis profondément heureuse. C'est flippant. Si c'était une conséquence ou un effet secondaire, en fait ? Si les questions que je me posais en ce moment étaient elles aussi causées par un sort ? Si mon esprit n'était plus fiable, tout simplement ? Si je n'avais plus aucun libre arbitre ?
« Oh, je dis, je me fais plus confiance.
- Non mais panique pas, tente de me rassurer Gemma.
- Mais je ne panique pas ! Je suis complètement détendue ! C'est ça qui me fait paniquer ! Je n'arrive pas à paniquer !
- Reprenons depuis le début. Dis-moi ce dont tu te souviens. Tu étais dans ton dortoir, cette nuit. Et ensuite ?
- Et ensuite, j'ai eu envie de sortir. Dans le parc.
- Comme ça ?
- Comme ça. »
Une pause se fait alors que nous réfléchissons.
« Tu penses à ce que je pense ? me demande alors Gemma.
- Oui. Euh attends non, tu penses à quoi ? je réponds.
- Que c'est peut-être quelqu'un du dortoir. »
Gemma prend un faux air de conspirateur. Je rentre dans son jeu et ajoute :
« Ouais, je chuchote, et je suspecte ta pote Catrin. Voldemort en puissance celle-là, je l'ai vue essayer de tuer une mouche hier.
- T'es con, dit Gemma en levant les yeux au ciel.
- Eh, mais si c'était toi ?
- Moi ? s'indigne-t-elle. »
Gemma se lève, la main sur le coeur. « Au nom du ciel, vous me faites injure » lance-t-elle théâtralement. Je pars dans un fou rire qui ne semble pas vouloir s'arrêter.
« Siobhán, tu ris comme ça parce que je suis hyper drôle ou parce que tu es sous l'influence d'un sort bizarre ?
- Je…ne…sais…pas »
Au bout de quelques minutes, je parviens enfin à me calmer.
« Bon et ensuite, s'impatiente Gemma, tu t'es levée et il s'est passé quoi ?
- Ben je suis allée dans le parc...
- Et tu t'es pas fait prendre ? m'interrompt-elle.
- Euh… non.
- La chance du débutant, dit Gemma en grimaçant.
- Donc je suis allée dans le parc et je suis arrivée devant le portail qui mène au quai du Hogwarts Express.
- Et ensuite ? »
Gemma me regarde avec appréhension.
« Et ensuite, j'ai posé une bombe, hurlé « Sang pur toujours » et fait exploser le train.
- Non mais sérieusement, s'agace Gemma.
- Okay ben en fait, ensuite rien.
- Rien ? s'étonne-t-elle.
- Ben oui, j'arrivais pas à passer le portail et je suis rentrée.
- Si c'est un sort d'Imperium, c'est décevant. Te faire aller à un portail ? C'est nul.
- Ben, désolée d'avoir tué personne hein.
- Mais on t'a peut-être lancé un sort d'Oubliettes ?
- Dis pas des trucs comme ça, ça me fait peur. »
En réfléchissant, je me rends compte qu'il n'y a que deux situations possibles : soit je suis sous le coup d'un sortilège, soit je deviens folle.
Ou alors… une crise de somnambulisme m'était déjà arrivée vers Paris, quand j'avais dix ans. Mes souvenirs sont flous mais je me rappelle que ma mère avait été morte d'inquiétude en me retrouvant à Saint Marcel à trois heures du matin.
Je décide de ne pas en parler à Gemma, cependant. Elle est gentille mais on ne se connaît que depuis une semaine, et je préfère éviter de me faire passer pour plus folle que je le suis.
« Bon, on ne devrait pas y prêter trop attention. C'est probablement une blague d'un Slytherin. »
« C'est marrant comment tu prononces la formule » me lance Felix Turpin.
Par malchance, je suis à sa gauche en cours de Charms, l'un des rares cours qu'il suit. Nous sommes en train de répéter le charme de répulsion, en le pratiquant pour repousser des araignées. Je soupire, m'attendant à une remarque idiote et ça n'a pas loupé.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? je réponds, sur la défensive.
- Ben, tu la prononces avec un accent.
- Un accent ?
- Oui, un accent français, » me répond-il comme si c'était évident. Je hausse les sourcils. Comment est-ce possible d'être aussi stupide ?
« C'est toi qui a un accent, je réplique avec maturité. Un accent anglais.
- Ben non, je dis la formule normalement moi.
- A moins que tu sois la réincarnation de Canidia Venefica, ce dont je doute, ta prononciation latine laisse à désirer.
- Non, parce qu'à Hogwarts on apprend à bien prononcer. »
Je veux bien faire des efforts pour m'intégrer, surtout depuis mon épisode de somnambulisme qui date de l'avant-veille. Pour une raison mystérieuse, personne ne s'est moqué de moi à ce sujet et ça ne s'est pas trop ébruité. Il faut croire qu'Hogwarts est moins branché potins que Beauxbâtons. Ma patience a ses limites cependant. C'est là que je me rends compte que si quelqu'un m'a lancé un sortilège d'Allégresse il y a deux jours, les effets ont totalement disparu maintenant.
« Et « débile congénital », je prononce en français, je l'ai dit sans accent ?
- Peut-être, je ne parle pas espagnol. »
Je le fixe un moment, choquée. Je croise alors le regard de son ami Potter. Mes yeux lui lancent un silencieux appel au secours.
« Fais pas attention, intervient Potter. Il dit ça pour te taquiner. Il est comme ça avec tout le monde.
- Non mais attends sérieusement, réplique Turpin en se tournant vers son ami, tu ne trouves pas ça ridicule, la manière dont elle l'a dit ? » Il prend une voix aiguë et haut perchée « Rrrepellllllo Arrranarrum ». Puis il ajoute « Baguette, fromage, grenou, badabum ».
Je vois rouge. C'est une très mauvaise imitation de ma voix. Et puis, grenou ne veut rien dire.
« Parce que Rhipello Ahanahum, je dis d'une voix de camionneur texan aussi grave que possible, c'est mieux ? Tu dois payer un galleon par r correctement prononcé ?
- En fait, intervient Ahmed Hafez, Préfet en Chef de Ravenclaw se trouvant derrière nous, il y a débat sur la prononciation latine de l'époque, entre les r roulés et gutturaux par exemple. On a des renseignements via les peintures romaines et Les Pensines de Marcus Magicus, et on se rend compte qu'il y a différents accents régionaux. Notamment, certains dialectes accentuent l'antépénultième syllabe, alors que d'autres... »
Mais Felix réplique alors qu'Ahmed continue à parler des prononciations antiques qui n'intéressent personne.
« C'est pas prononcer les r « rrrr » qui vous a aidés à vous défaire de Grrrrrindelwald ! Vous étiez tellement nuls que vous avez capitulé immédiatement, heureusement que nous les anglais on était là pour vous sortir de la mouise ! »
Je lui lance un regard noir, comme si j'avais reçu un appel divin m'exhortant à défendre l'honneur français. Ce qui est un peu ridicule, parce que l'honneur français, en France, je m'en fiche comme de ma première bombabouse. Pendant ce temps, Flitwick continue d'écrire au tableau, sans remarquer que l'entente cordiale franco-britannique est sérieusement remise en question dans sa classe. Potter, dans une vaine tentative de médiation, nous exhorte au calme. « On vire au hors-sujet, là » tente-t-il mollement. Mais je l'ignore et hausse la voix :
« Ah ouais ? Et Voldemort c'était un cadeau de l'Angleterre pour nous sortir de la mouise ? »
- Et il y a différentes théories entre les mages pour savoir quelle est l'importance de la prononciation face à la pensée. Il y a un livre intéressant dessus, je peux vous donner les références… continue Ahmed.
- Les gens, on est un peu bruyants là, chuchote Potter.
- Ha ouais, Voldemort ? VOLDEMORT ! Encore un mot français ! Quelle belle langue hein ? »
Bien sûr, c'est de Felix Turpin que provient cette remarque idiote et bien sûr, il vient de la crier dans la salle. Flitwick sursaute et manque de tomber de l'instable pile de livres sur laquelle il se tient.
J'ai envie de répliquer que la France n'est pas responsable si le premier imbécile venu se choisit un nom français pour faire joli, mais la salle est désormais plongée dans un silence de mort. Flitwick nous regarde d'ailleurs comme si on venait d'avadakadavrariser tout le monde dans la pièce.
« Non, mais, commence-t-il. Non mais, une telle… dissipation ! L'année des N.E.W.T.S., non mais, je demande quand même, hein, de la maturité ! Par Merlin ! » nous réprimande-t-il, incrédule, en faisant des grands mouvements de bras. « Eh bien, si c'est comme ça, et c'est triste d'en arriver là, mais avancez vous, tous les deux, ajoute-t-il en nous désignant Turpin et moi, faites une démonstration du sort ! »
Je soupire, Jeanne d'Arc des temps modernes allant au combat, et m'avance vers le centre de la salle, devant le professeur. Felix Turpin fait de même. Flitwick nous ordonne de lancer chacun un sort de répulsion d'araignées sur un cercle tracé à la craie.
« Repello Aranarum » je prononce le plus clairement possible, et Turpin fait de même. Flitwick conjure alors des araignées qui grimpent le long du tableau tout en évitant nos deux cercles. Je serre les dents quand je vois un misérable et imbécile arachnide entrer dans le mien, alors que celui de Turpin est désespérément vide.
« Très bon sort, Mr. Turpin. Miss Meagher, vous avez encore du travail »
Turpin me regarde, victorieux et sourire en coin. « Grande Bretagne 1, France 0. »
« Je pense changer de potion de soin du visage, dit Catrin, ma peau est trop sèche.
- Ah ouais ? je m'exclame, enthousiaste. J'ai une super crème, c'est ma mère qui me la fait, tu t'en mets une fois par semaine, c'est super efficace contre les pores aussi. Et puis c'est pas agressif pour ta peau.
- Une fois par semaine ? Et tu n'as besoin de rien d'autre ?
- Non, je réponds. A Beauxbâtons j'ajoutais de l'eau de la fontaine enchantée. Oh et ma mère m'a aussi fait un savon exfoliant pour le corps, j'en mets à chaque douche.
- T'as de la chance, intervient Gemma. Moi j'achète des produits chez Rothbart, mais c'est un galleon et trois snickles le flacon. »
Je mâche mon morceau de poulet alors que j'essaye de faire la conversion en monnaie française dans ma tête pour avoir une idée de ce que représente une telle somme. Je ne remarque pas Mathilde s'approchant de la table des Gryffindors avant que celle ci me donne une tape dans le dos, manquant de peu de me faire m'étouffer sur mon déjeuner.
« Salut Siobhán ça va ? me demande-t-elle.
- Ouais ça va » je réponds après avoir toussé et avalé de travers.
Mathilde s'installe à côté de moi, accordant à peine un regard à Gemma et Catrin. Elle continue en français, sans se préoccuper de savoir si elle interrompt quelque chose ou si les autres Gryffindor peuvent la comprendre ou non :
« Pas trop déçue d'avoir raté le sort de répulsion tout à l'heure ? »
Je me retiens de lever les yeux au ciel, cette fille est d'un soutien incroyable.
« Ben, savoir que j'ai peut-être mal prononcé toutes les formules latines depuis mes onze ans ça fait un choc, je réponds en anglais.
- C'est pas une histoire de prononciation, m'interrompt Mathilde en repassant au français. Ce que disait… euh… l'autre, là…
- Felix Turpin.
- Oui, Felix Turpin, c'était débile. S'il y a une prononciation supérieure c'est celle du français, c'est bien plus proche du latin que l'anglais. Non, il est juste meilleur que toi en Sortilèges, c'est tout.
- Super » je réponds, sarcastique.
Mathilde se sert à manger alors que je la regarde, suspicieuse.
« Pourquoi tu n'es pas à la table des Ravenclaw ? je demande finalement.
- Oh, il y a eu un malentendu avec les filles de mon dortoir. »
Je regarde le groupe des filles de Ravenclaw de septième année. Elles parlent entre elles avec animation en jetant fréquemment des regards méfiants à Mathilde, qui a l'air gênée.
« Quelle genre de malentendu ? je fais.
- Tu te souviens d'Assimage ? Le parchemin d'apprentissage des langues qui s'enflamme si tu ne révises pas assez de mots par jour ?
- Oui, je réponds, tu avais l'air folle dans le train à parler à un bout de papier.
- Ben voilà. »
Je hausse les sourcils.
« J'ai pas fait mon quota de mots hier et il a un peu pris feu au milieu de la nuit.
- Un peu pris feu ?
- Oui, bon ma table de nuit a brûlé et ça s'est un peu répandu sur les rideaux du lit d'à côté »
Je regarde Mathilde, interdite. Et dire qu'avec une petite excursion nocturne je m'inquiétais déjà du futur de ma vie sociale !
« Mais ça va, reprend Mathilde, il y a pas mort d'homme. Enfin elles l'ont mal pris, donc je me suis dit qu'on pouvait manger ensemble ce midi.
- Ouais, je réponds avec méfiance. Du moment que tu ne mets pas le feu à la table… »
Le reste de la semaine se déroule tranquillement. Mathilde a arrêté la pyromanie et je ne fais plus de balades nocturnes dans le château. Je passe assez peu de temps avec Arthur, ce qui me déçoit. Dans mes rêves les plus fous de fille encore romantique on faisait un peu plus que se croiser en cours et dans les couloirs cette année. Mais bon, il fallait s'y attendre, Arthur n'est pas quelqu'un très social. Au moins, il ne traîne pas avec cette peste d'Octavia Rookwood, c'est déjà ça.
De toute façon j'ai pas besoin de lui. Par exemple, là je fais des pirouettes sur un balai dans le parc avec quelques septième année de Gryffindor, pendant que d'autres sont au sol et nous encouragent. J'essaye de ne pas perdre la face, parce que certains sont vraiment forts. Et que je suis là pour me faire des amis, pas pour finir défigurée.
« Tombe, tombe Potter ! Prends-toi le sol dans ta face ! » hurle Gemma, assise sur un banc. Cette fille est adorable.
Mais je ne prends pas la peine de regarder si Potter va, ou non, réaliser sa pirouette car une forme argentée attire mon oeil. On dirait… un fantôme de cheval volant. C'est bizarre, parce que je ne crois pas qu'un animal puisse prendre une forme spectrale.
« Vous avez vu ça ? Un cheval fantôme ! » je m'exclame, suspendue à mon balai d'une seule main.
Mais personne ne semble le voir et les Gryffindors se tournent vers moi, surpris. Ah non, je suis déjà passée pour folle il y a cinq jours, ça ne va pas recommencer ! Je me me remets en selle, j'espère avec élégance, et me dirige à toute vitesse vers la créature. Je m'arrête à un mètre de lui.
« Là, vous voyez ? ». Mais ils me regardent comme si j'avais définitivement perdu la tête. Je rapproche ma main, qui traverse de quelques centimètres le spectre avant de rencontrer quelque chose de solide.
Quelque chose de solide ? Je retire ma main comme si on l'avait brûlée. J'entends Catrin au loin crier quelque chose d'incompréhensible.
« Qu'est-ce qu'elle dit ? je crie en retour.
- Qu'elle le voit aussi. C'est un Thestral. »
Je vais me poser sur le sol, près du groupe. James Potter, Fred Weasley, Isaac Sternberg et Eileen font de même.
« Un thestral ? je demande sans comprendre.
- Oui, seuls ceux qui ont vu la mort peuvent le voir. »
Oh, un sombral.
« Mais ça ne ressemble pas à ça, je m'entête. C'est sensé être squelettique. Et puis je n'ai vu personne mourir.
- Je peux t'assurer que c'était un Thestral, s'agace Catrin. C'est eux qui nous amènent au château, chaque année. Tu ne les a pas vus ?
- Non, j'étais en barque avec les première année. »
Je me retourne vers l'animal ailé, mais il a disparu. Il y a quand même quelque chose de bizarre. J'ai vu des descriptions de sombrals dans les livres, et bien ce spectre ne ressemblait pas du tout au dessin. C'est comme si je voyais les sombrals un peu… mais pas complètement.
Peut-être que c'est parce que j'ai vu la mort un peu… mais pas complètement également ? Par exemple un animal de compagnie mort ? Quelque chose qui me serait arrivé quand j'étais jeune ?
Je n'ai jamais encore confronté la mort cependant, de près ou de loin. On a bien eu une chouette qui est morte quand j'avais cinq ans, mais je l'ai pas vue mourir. Mon père m'avait dit qu'elle était partie à la retraite des chouettes, ce n'est que bien après que j'ai compris. Et de toutes façons je ne crois pas que les morts d'animaux comptent.
Je n'ai donc jamais vu quelqu'un mourir. Pas que je m'en souvienne. Pas que je m'en souvienne. Est-ce que c'est possible que je l'aie oublié ?
Fred pose la main sur mon bras et c'est là que je me rends compte que je tremble.
« C'est la première fois que tu vois un Thestral ? me demande-t-il d'une voix douce.
- Euh… Oui… il y a en pas beaucoup en France, je crois. »
Je lève les yeux vers le groupe qui s'est formé autour de moi, le ventre noué. J'ai peur de passer pour une folle encore. Mais au contraire, les Gryffindors semblent me regarder avec un certain… respect ? Comme si j'étais la rescapée d'un évènement dramatique qui me rendrait soudainement intéressante. Avec un sentiment d'imposture dans la poitrine, je décide de ne pas démentir. Je ne veux pas passer pour plus instable que je le suis, ni reconnaître que j'ai un mauvais pressentiment.
« Tu as les Daily Prophet des six derniers jours ? je demande à James Potter alors que nous sommes dans la salle commune.
- Euh… oui, pourquoi ?
- Je voudrais suivre un peu la Ligue de Quidditch, je mens.
- Ben tu veux pas Quidditch Weekly plutôt ?
- Non, ils ont un point de vue trop partisan. Et la rubrique du Daily Prophet et de meilleure qualité. »
Je connais pas le magazine Quidditch Weekly, ni la rubrique du Daily Prophet donc je ne sais pas si mon excuse est valable. Le problème ce que je n'ose pas dire à James Potter ce que je cherche vraiment, parce que même à moi je n'ose pas tout à fait me l'avouer.
De plus, je me méfie de lui. Comment peut-on être quelqu'un de fiable tout en étant ami avec Felix Turpin ?
« Ma mère serait ravie d'entendre ça, rit James Potter.
- Huh ?
- C'est elle qui écrit la partie sportive du Daily Prophet.
- Oh oui, tu peux la complimenter de ma part. »
On dirait que mon excuse nulle tourne en ma faveur. James lance un sortilège d'attraction, et un jeune garçon pousse un cri quand il sent une pile de vieux journaux heurter sa nuque. James Potter récupère ceux-ci et me les tend.
Je fais semblant de m'attarder sur la section sportive mais en réalité je passe vite à la rubrique faits divers. Je feuillette tous les exemplaires un à un, aucun ne fait état d'un meurtre ou d'une mort suspecte la semaine dernière.
« Je te les rends, merci, dis-je en m'adressant à James Potter.
- Alors, les Kenmare Kestral ont gagné contre Puddlemere United ? me demande-t-il.
- Euh… oui. »
James Potter me regarde avec sérieux.
« C'était une question piège, le match de Kenmare était contre Caerphilly. »
Ah, je m'en doutais. Je soupire et il reprend :
« Tu cherchais s'il y avait des morts suspectes cette semaine ? » Devant mon regard interrogateur, il précise : « J'y ai pensé aussi.
- Tu as pensé que j'avais tué quelqu'un lors de mon escapade nocturne cette semaine ? je demande, un peu choquée.
- Non... s'indigne-t-il. Attends... tu penses que tu as tué quelqu'un lors de ton escapade nocturne ?
- Pourquoi pas ? J'étais comme sous Imperium. Pour ce que j'en sais quelqu'un a pu altérer ma mémoire. »
James Potter secoue la tête.
« Tu es encore plus parano que moi. Je me suis demandé s'il y avait un lien entre samedi dernier et les Thestrals, mais c'est tout. Tu aurais pu être témoin d'un truc et on t'aurait effacé ce souvenir. Enfin bon, tu vois, il n'y a rien d'étrange dans les journaux.
- Cela ne veut rien dire » je réplique.
Il lève les yeux au ciel.
« Ben, oui, si je tue quelqu'un, je suis tout à fait capable de faire disparaître le corps. Les journaux n'en sauraient rien.
- Ah ouais ? Et tu ferais comment ?
- Un Reducto. Ou un Deprimo, je réponds du tac au tac. »
James Potter éclate de rire.
« Je trouve ça un peu inquiétant que tu aies une réponse toute prête à cette question, me dit-il, faussement effrayé.
- Ne me dis pas que tu n'as jamais pensé à comment faire disparaître un cadavre, Potter, je te croirais pas.
- Tu as raison. Mais je n'utiliserai pas le sort Deprimo, ça ne ferait pas très propre, tu risques surtout d'étaler des morceaux partout. Un Evanesco, ce serait le plus simple. »
Et c'est dans la chaleur de la salle commune de Gryffindor, entourée de rires d'élèves et continuant un débat morbide avec James Potter, que j'oublie un instant l'animosité franco-anglo-irlandaise, les cours trop exigeants, les chevaux fantômes et des cadavres inexistants.
Alors ? Vous avez (pas) aimé ? Pas trop cliché les sombrals ? J'espère vraiment ne pas partir dans tous les sens, hésitez pas à me recadrer :). Oh et si quelqu'un sait comment représenter un saut de ligne sur ffnet... Ce serait assez génial de me le dire !
