Mots en anglais :

Three Broomsticks : Trois Balais
Great Hall : Grande Salle
Bloody Baron : Baron Sanglant

Note :
Ce chapitre vire bizarre, surtout à la fin. C'est un tournant bizarre tout à fait prévu dans l'histoire, depuis longtemps, ne vous inquiétez pas. Merci pour toutes vos reviews passées et à venir (merci spécialement à RoxanneForYou, en fait, seule review du chap précédent !). Désoléee pour le retard dans la publication, ma vie est un peu folle. J'espère que vous apprécierez ce chapitre , mais dans tous les cas je suis curieuse de vos avis.

Enfin, une petite pensée pour Les Nerles qui, encore une fois, s'est abimée les yeux à corriger ce chapitre. Reconnaissance éternelle sur elle.

Résumé des épisodes précédents. Siobhan fait une crise d'insomnie à la mi-Septembre et se souvient sortir de l'école sans raison apparente. Le lendemain, elle n'est pas tout à fait dans son état normal, comme droguée. Elle se rend compte une semaine plus tard qu'un homme est mort, cette nuit là : le chapitre reprend alors qu'elle se trouve devant sa tombe.
Pendant ce temps, Paul son frère se scandalise du fait que sa mère envoie des macarons à leur soeur Aoife, sans leur en donner. Mathilde et Arthur, les deux autres étudiants de Beauxbâtons, travaille avec acharnement pour l'une, continue à être un beau gosse mystérieux et distant pour l'autre.

Chapitre 6 - Opération Eurydice

J'ai probablement quelque chose à voir avec la mort d'Orpheus Zonko.

Bon. Et alors ?

Dans le pire des cas, j'ai tué un vieux. Des vieux, il en meurt tous les jours. Il avait dans les quatre-vingt ans, de toute façon, si ça se trouve il était très malade. Cela aurait pu être plus grave, un enfant avec la vie devant soi par exemple. Et si on m'arrête… non personne le saura jamais.

Non, mais c'était horrible ce que je viens de penser. Vieux ou pas, il méritait de vivre. Et puis, je n'ai tué personne. C'est pas le genre de chose qu'on oublie, quand même.

Il était aussi difficile de nier, lorsque je me trouvais devant sa tombe, de l'humanité d'Orpheus Zonko. Je me sentais si proche de lui, comme si il n'était pas tout à fait parti, juste endormi sous terre et prêt à se réveiller. Un fragment de passé dans un cadavre en décomposition.

« Euh… tu sais, si tu n'aimes pas la Bièreaubeurre, tu n'es pas obligée de la finir, hein. »

Je lève les yeux vers Moria Fawley, une amie de Dominique, et je suis brusquement ramenée dans le bar des Three Broomsticks. Dominique, elle, rit aux éclats avec son cousin Fred, tandis que le reste de la tablée me regarde, attendant une réaction de ma part.

« Ah non, je réponds, c'est délicieux. » Je prends une gorgée de cette boisson magique britannique et essaye de me débarrasser mon esprit de ces images morbides.

« On s'inquiétait, on pensait que tu nous avais quittés, plaisante Eileen.

- Non, non, je suis là, corps et âme » je dis avant de me lancer dans un rire trop aigu qui sonne très faux.

Le groupe se lance un regard étonné.

« Enfin, on parlait d'un sujet capital, reprend Gemma.

- Oui ?

- Oui. August Davies ou Ruben Corner ? »

Je mets quelques secondes à comprendre la question. August Davies étant le chanteur du groupe The Dementors, elle doit me demander lequel des deux hommes je préfère.

« Euh… qui est Ruben Corner ? je demande d'une petite voix.

- Quoi ?! Tu ne le connais pas ?! » s'étrangle Eileen.

Elle repose brusquement sa chope sur la table et renverse sa boisson sur son voisin. « Ma chemise ! » glapit Julius Croaker. La distraction est bienvenue et c'est à coup de rires et de gorgées de ce liquide ambré que j'éloigne Zonko de mon esprit.


Le lendemain matin, je me tartine sans enthousiasme une tranche de pain quand un colis s'écrase sur mon assiette. Je l'ouvre et je retiens mon souffle en apercevant son contenu.

Jamais un lundi n'a aussi bien commencé. Des macarons multicolores s'offrent à mes yeux et j'en salive d'envie. Je me retiens de me jeter dessus comme une malpropre, et je lis le mot qui l'accompagne.


Siobhán, Paul

Puisque la moindre chose prend des proportions inimaginables dans cette famille, je vous donne cette semaine le colis de macarons que maman m'envoie.

Et arrête avec tes larmoiements d'injustice, Paul, il se trouve que maman voulait juste me faire plaisir. Elle est persuadée que je me nourris mal. Il y'a aucune théorie conspirationiste d'enfant préféré là dessous, pitié. T'inquiète, tu restes le petit dernier à sa maman.

En plus, m'envoyer une beuglante à mon lieu de travail pour si peu, Paul, sérieusement ? Tout le monde n'arrête pas de me demander si ma maman me prépare toujours mon goûter, maintenant. J'ai dû expliquer à mon maître que tu avais des problèmes mentaux et un rapport obsessionnel à la nourriture. Au passage, moi aussi je sais envoyer des beuglantes.

Siobhan j'ai bien reçu ta lettre, c'est trop gentil, c'est super que tout se passe bien à Hogwarts. J'y répondrai dans la semaine, mais là je n'ai pas le temps j'ai un papier à écrire (désolée ! Mais je t'écris vite, promis).

Je vous aime,

Bisous,

Aoife


Je lève les yeux au ciel devant le style direct si typique de ma soeur, mais mon attention se reporte bien vite sur mes petits chéris adorés. Mes macarons. J'en porte un à ma bouche.

Hmmmmm…. Vraiment c'est divin. Merci maman, enfin non, merci ma soeur.

« Oulà, tu as un orgasme en plein dans le Great Hall ? me demande James Potter.

- Oh oui », je réponds.

Fred Weasley se tourne vers nous.

« Hein ? Ca devient intéressant par ici. »

Je pose ma moitié de macaron religieusement sur mon assiette.

« Goûtez-en un, mais un seul, pas plus » je précise, paniquée, alors que Potter a déjà sa main dans le paquet. « Vous allez comprendre ».

Ils m'obéissent et après une bouchée je vois à leurs visages qu'ils ont, effectivement, compris. Fred Weasley émet même un grognement. Nous nous regardons les yeux brillants comme si nous avions découvert le sens de la vie.

« Ouh, mais il se passe quoi ici » ? demande Turpin en cassant l'ambiance, avant de voir les macarons. « Oh, je peux en avoir un aussi ? »

Euh, non, imbécile de troll.

« Oui bien sûr, je réponds avec un sourire forcé.

- Prépare toi à un dépucelage culinaire » ajoute James Potter.

A défaut d'une autre forme de dépucelage à laquelle je ne veux en aucun cas prendre part.

« Et je devrais cela à qui ?

- Ma mère. Enfin non ma soeur. C'est compliqué. »

Mon regard noir les défie de faire une blague grivoise sur ma mère ou ma soeur. James Potter ma parait assez orienté là-dessus, mais il me demande plutôt :

« Qu'est-ce qui peut bien être compliqué derrière un envoi de macarons ?

- Ben, c'est ma mère qui les a fait, mais c'est ma soeur qui les a envoyés. »

Turpin fronce les sourcils.

« Ben, c'était pas compliqué à comprendre.

- Non mais c'est parce que mon frère a… Enfin bref non mais mange, je réponds après un soupir, avant que je change d'avis. »

Il s'exécute avec un empressement comique, et peu de temps après son visage s'éclaircit à son tour.

« Oh, dit-il bêtement.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? intervient soudainement Gemma.

- Je viens de me faire dépuceler culinairement par la mère et la soeur de Sioban, répond Turpin.

- Siobhán » je le corrige.

Et laisse ma mère et ma soeur en dehors de tout ça, merci. Gemma nous regarde tour à tour en fronçant les sourcils.

« C'est compliqué » ajoute Turpin mystérieusement. « Son frère est dans le coup, aussi ».

Mais Gemma ne lui prête plus aucune attention, car elle vient de repérer ce que nous sommes en train de manger. Cathadème.

« Oh, des macarons ! s'exclame-t-elle, alertant la moitié du Great Hall. Je peux en avoir un, aussi ? »

Je songe à refuser : si je lui en donne maintenant, je vais devoir en donner à tout le monde, et adieu mes précieux macarons. Mais je ne peux pas en donner à Turpin et pas à elle, et il n'y a pas de manière polie de tous les garder pour moi.

En voyant ces pâtisseries si délicieuses disparaître les unes après les autres, je me promets la prochaine fois de penser moins à ma vie sociale et plus à mon estomac. Ou plus simplement, d'arrêter d'ouvrir mes colis culinaires devant tout le monde.


L'après midi, je me retrouve encore à la table de Gryffindor. C'est fou comme cette salle est le centre de toute le vie de Hogwarts, alors qu'à Beauxbâtons, la cantine n'est ouverte qu'aux heures de repas.

J'attends Mathilde depuis dix minutes, on doit travailler ensemble et comparer nos notes. Je commence à m'impatienter. Un élève de Gryffindor que je ne connais pas me lance un sourire plein d'espoir.

Depuis l'épisode macarons de ce matin, j'ai trouvé une nouvelle popularité à Hogwarts. Les gens me regardent comme si j'allais sortir cette nourriture divine de mon chapeau à tout instant. Une part de moi se réjouit de cette nouvelle situation qui illustre la simplicité des règles sociales de cette école, mais une autre aimerait être appréciée pour autre chose que les pâtisseries de ma mère.

« Salut, me dit brusquement Mathilde, interrompant mes pensées. Désolée du retard.

- Qu'est-ce qui t'est arrivé ?

- Ben, tu m'avais dit qu'on se retrouvait dans le Great Hall, du coup je t'ai attendue dans le hall de l'école.

- Mais non, le Great Hall c'est ici en fait, c'est là où on mange.

- Non mais je sais maintenant, s'agace-t-elle. J'avais juste oublié cinq minutes. Je pensais que t'abusais à me faire poireauter et que comme d'habitude tu voulais pas bosser. »

Elle s'assied à côté de moi et sort ses affaires.

« Il te reste des macarons ?

- Non, je réponds agressivement.

- Oh ça va, je demande juste.

- Ouais, tout le monde demande juste comme tu dis, mais moi résultat j'ai pu en manger qu'un seul.

- Ben c'est de ta faute aussi, personne t'a obligée à en donner à la moitié de la promo. »

Je lui lance un regard noir. Mathilde semble remarquer que c'est un sujet sensible et n'insiste pas plus.

« Bon, alors pour le devoir d'Alchimie…

- Tu veux travailler l'Alchimie ? Je réponds. Il était hyper simple.

- Non mais je sais, je veux juste que tu corriges mon anglais. »

Elle me tend un parchemin, que je ne saisis pas.

« Et ? je demande, alors qu'elle s'impatiente.

- Et je te donne mes recherches en Sortilèges en échange. »

Je hoche la tête et nous nous mettons à travailler dans le calme. Je corrige rapidement le texte de Mathilde. Elle ne fait pas tant de fautes que cela déjà, et l'Alchimie à Hogwarts c'est vraiment simplissime. Ils font en septième année ce que l'on faisait en quatrième.

Bon, c'est aussi parce qu'on commence l'Alchimie en troisième année, alors qu'eux ne peuvent choisir cette option que trois ans plus tard. C'est vraiment le cours repos de la semaine ici, ils sont sont que dix et la prof nous laisse complètement tranquille vu qu'on a déjà vu le programme. La dernière fois, j'ai même sorti un bouquin et lu tranquillement les aventures de Télésphore le Briseur de Sorts. Je suis cette option uniquement car je suis quasiment certaine d'obtenir la note maximale aux N.E.W.T.S.

Je me mets rapidement à un travail intellectuel plus exigeant, la métamorphose. Mais les différentes formes possible de thérianthropie ne m'intéressent pas, et mon esprit vagabonde à nouveau.

Orpheus Zonko. Lui seul sait ce qu'il lui est arrivé…

Mais… est-ce qu'il pourrait me le dire ? je me demande en regardant le Bloody Baron. Le fait qu'il soit mort, ce n'est peut-être pas un obstacle infranchissable. Est-ce que ce serait possible de lui parler, par spiritisme ? Je suis une sorcière, après tout.

Oui, mais si on pouvait parler aux morts, ça se saurait. Ou ça serait interdit. En tout cas, je n'ai jamais entendu parler de cette forme de magie. Quoique… il y a bien une sorcière romaine qui avait le pouvoir de réveiller les morts… mais ça c'est peut être juste des Inferis.

Et puis, si cela existait, cela faciliterait grandement les enquêtes criminelles.

Mon regard se pose alors sur James Potter qui vient d'entrer dans la Grande Salle. Potter… Je repense alors brusquement au discours d'hommage avant la troisième épreuve du dernier Tournoi des Trois Sorciers. C'était un sorcier anglais qui nous avait raconté l'histoire de son fils, champion de son école, et mort en 1994 aux mains du Mage Noir. Il avait dit que Potter avait ramené le cadavre à la demande du mort, ce qui nous avait un peu surpris. En général, une fois qu'on est mort, on n'a plus tellement d'avis à donner.

D'après lui, cependant son fils était réapparu, l'espace d'un court instant, de la baguette de Voldemort. Le père du garçon voulait voir ça comme le signe que l'esprit du garçon lui survivrait.

Donc, il faut que je batte en duel à mort le coupable, qui est peut-être moi.

Cela n'avance à rien. Je dois trouver le responsable pour trouver qui est le responsable. C'est un cas de phénix et d'oeuf. Et sans garantie de résultat, si ça se trouve cela ne va pas marcher et je vais juste mourir. Mourir pour Orpheus Zonko !

Il doit y avoir un autre moyen. J'ai senti une présence devant sa tombe, je le sais maintenant. Il est là, le corps est inerte mais son âme ou un fragment de son âme erre toujours. Je n'ai plus qu'à le retrouver.

« Hé, ça va ? »

Je sursaute brusquement. Cathadème, est-ce que j'étais en train de penser pouvoir contacter feu Orpheus Zonko ? Mais qu'est-ce qui n'allait pas chez moi ? Il suffisait d'un devoir de métamorphose pour que mon esprit dérape complètement.

Conclusion : la théorie de térianthropie brambourgienne nuit à la santé mentale.

« Tu fixes le vide depuis dix minutes, reprend Mathilde. Je pense que tu vas avoir une ride au front à vie. »

Je porte ma main audit front, affolée.

« Ha, je plaisante. Allez, bosse » me dit-elle de sa meilleure voix de Ravenclaw travailleuse.

Je mets de côté mes projets nécromanciens et me replonge dans un soupir sur le schéma des transformations expansives animales.


« Tu t'entends bien avec Dauriac ? » me demande Catrin de but en blanc, alors que nous passons la soirée dans la salle commune. Nous sommes tous avachis de manière assez inélégante dans les fauteuils, fatigués mais avec trop de fierté pour se coucher aussi tôt.

« Mathilde Dauriac ?

- Oui, l'autre fille de Beauxbâtons. »

Bonne question. Je réfléchis. Je ne peux pas me définir comme une proche de Mathilde, mais c'est vrai qu'être nouvelles ensemble à Hogwarts nous pousse à l'entraide. On a peu de points communs au-delà de ça, et elle m'est souvent insupportable.

Je hausse donc les épaules en guise de réponse.

« Elle est hyper bizarre, non ? lance alors Catrin avant de partir dans un petit rire.

- Bizarre ? Oui j'imagine, je réponds sans m'engager.

- Tu sais qu'elle a mis le feu à un dortoir des Ravenclaw ? me dit-elle d'un air de conspirateur.

- C'était un accident » je réplique.

Je ressens un curieux besoin de défendre Mathilde, alors qu'on est pas amies, et que je doute qu'elle me rende la pareille. Et puis, Catrin n'a rien dit de faux jusqu'ici : oui, Mathilde est bizarre, oui elle a mis le feu au dortoir.

Mais cela fait plusieurs jours que je mène une enquête de meurtre où je me considère suspect numéro un. Cela a probablement modifié ma vision de la normalité.

Felix Turpin remarque ma gêne.

« Tu la défends parce qu'elle est française aussi ?

- Alors non, je la défends pas, et elle est pas française, elle est belge.

- Mais tu penses quoi d'elle ? insiste Catrin

- Rien. Je la connais pas bien, en fait.»

Je remarque qu'elle semble attendre plus.

« A mon avis, elle travaille beaucoup trop. Elle a que ça dans la vie. Elle a pas d'amis et est complètement asociale »

Le groupe hoche la tête et un sentiment de déloyauté me frappe juste après avoir sorti ces mots. C'est étrange, je ne suis pas la dernière à critiquer les autres d'habitude. J'ai même probablement balayé la poussière avec son balai, l'année dernière à Beauxbâtons.

Cela ne me dérangeait pas avant, j'ai bien conscience de ne pas être une personne au coeur pur. Et puis, je n'ai rien dit de faux : Mathilde est pas quelqu'un de social, c'est une travailleuse acharnée, c'est indiscutable. Je suis persuadée qu'elle ne m'apprécie pas spécialement et me méprise même un peu.

La discussion continue et j'y participe mollement. Quelques minutes plus tard, je remarque qu'Eileen m'a rejoint. Elle me tire à l'écart et me chuchote.

« Tu as réfléchi au club dont je t'ai parlé ? me demande-t-elle.

- Quel club ? je lui réponds à haute voix.

- Chut ! Le club, Daoine Sidhe…, le club des étudiants irlandais et écossais ! »

Ah… non.

« Bien sûr.

- Et alors ? Tu veux venir ? Vendredi soir, il y a une réunion de présentation.

- Ben, justement… je n'aurais pas le temps cette année. J'ai trop de cours et… »

Je dois résoudre un meurtre dont je suis peut-être la coupable et parler à un mort. En plus, Eileen parle de ce club comme si c'était une secte ou une société secrète, ce qui est très bizarre. Je ne suis pas à Hogwarts pour rejoindre un mouvement séparatiste.

« Et voilà quoi, je peux pas.

- Attends, la présentation ne t'engage à rien. Réfléchis-y cette semaine. »

J'acquiesce tout en cherchant une échappatoire.

« Je vais faire ça, mais là, je suis fatiguée, je vais dormir. Bonne nuit. »

Je monte au dortoir, me couche et en l'espace de quelques minutes je cesse de me poser tant de questions sur Zonko, Mathilde et la secte irlando-écossaise. Je sombre avec soulagement dans les bras de Morphée.


Shiwouuuu,

Je t'écris de l'hôpital et J'AI ENFIN COMPRIS POUR LES CHEVAUX FANTOMES ! Les âmes errent mais les corps les suivent, tu comprends ? Maman veut nous le cacher, mais il faut voir. Méfie-toi. Platon s'est trompé. Tu vois les esprits passés, tu vois ? Parce qu'ils sont là, toujours, ils se diluent mais ne disparaissent pas.

Et du coup, je me rapproche enfin de l'équation de transmission magique : on en revient à une bête équation de propagation dans l'espace ! La physique moldue peut nous aider, je me rapproche, je le sens.

Gros bisous,

Aoifounette.


Aoifounette,

C'est la seconde fois en six mois que tu m'envoies une lettre que tu as écrite bourrée. Cela ne parle plus de licornes cette fois, je te joins une copie de la lettre.

Alors je t'encourage à poursuivre dans cette voie : ces deux lettres font probablement partie de mes préférées, et puis, tu devrais te décoincer plus souvent. Mais, je pense que tu devrais relire le dernier article que tu prévois d'envoyer sur l'équation de transmission magique, nul doute qu'il y aura des corrections à faire.

Amuses toi bien, gros bisous,

Ta soeur qui ne te laissera jamais oublier cette lettre.

P-S : Tu peux toujours continuer à m'envoyer les macarons, de temps en temps ? Je suis la plus populaire de toute l'Ecosse depuis.


Shiwanou,

Effectivement. Il y aura sans doute une troisième fois, mais que cela reste entre nous.

Tu seras rassurée de savoir que je n'ai pas envoyé l'article en l'état à mon chef. Mais, je n'avais pas écrit que des conneries dedans ! Même sous alcool, je suis un génie.

Je n'avais pas tant bu que cela, en plus, et c'est peut-être le plus inquiétant.

Tu n'as pas ce don là cependant ni la majorité sorcière donc travaille sobre petite soeur,

Aoife.

P-S : Pour les macarons, c'est non malheureusement. Maman a arrêté de m'en envoyer depuis que Paul est devenu fou dessus. Donc, retour à la case départ.

P-S2 : Et puis, t'es tout à fait populaire sans, Miss. J'ai-invité-110-personnes-pour-mes-16-ans.


Je rentre dans la bibliothèque de Hogwarts avec une mission : j'ai trois heures, pas une de plus, pour trouver s'il est possible, ou non, de parler aux morts. Je n'arrête pas d'y penser, donc autant essayer.

Si je ne trouve pas, j'abandonne définitivement et je me concentre sur des problèmes plus tangibles comme mes cours, ma vie sociale et comment par Merlin je peux me mettre en couple avec Arthur avant la fin de l'année.

C'est forte de cette résolution que je m'installe à une table libre. Elle est oubliée aussitôt puisque je vois l'objet de mes pensées se diriger vers moi.

« Salut, Siobhán, je voulais te voir, me dit Arthur en souriant. Je peux m'asseoir ?

- Bien sûr, enfin, oui si tu veux. »

Il pose ses affaires alors que j'essaye de rester cool. Est-ce que je peux lui parler de la prochaine sortie à Pré-au-Lard ? Ou quelque chose comme, cela fait longtemps qu'on a pas discuté, on pourrait faire un tour au parc ? On pourrait se baigner dans le lac, il paraît qu'il y a un calamar géant… J'aime les poulpes et… non la conversation prendrait un tour bizarre.

Je jette un oeil à ma poitrine, elle n'est pas bien fournie. Mon meilleur atout ce sont mes jambes, mais je peux pas décemment poser mes jambes sur la table de la bibliothèque.

Oh, Merlin, je deviens tellement stupide. Je fais une fixation sur lui, sur un seul motif, sa beauté, et c'est pathétique. Et pourtant, Mark, mon ex-petit ami a raison, je ne suis plus frigide qu'un sort de glaciation. Il faut que je cède à la tentation avec Arthur et vite : avec un peu de chance, la tentation sera décevante, je me remettrai de cette ridicule obsession, et je redeviendrai saine d'esprit.

« Oh, tu lis un livre sur les runes ? je demande, mon esprit cherchant déjà une insinuation sur le sujet.

- Oui, je suis ce cours. »

Sous le coup de la surprise, j'oublie mon plan drague et fronce les sourcils.

« Mais… ça n'existe pas à Beauxbâtons, cette option.

- Je sais, j'ai quatre années à rattraper.

- Ah.. Euh.. Mais pourquoi ? »

Arthur a l'air gêné.

« Tu vas trouver que je me prends trop la tête sur des théories.

- Non, pas du tout, dis moi, cela m'intéresse. »

Arthur met ses livres de côtés, lance un sort d'insonorisation, et se penche vers moi. Pendant ce temps, mon esprit s'emballe complètement.

« Je trouve que…. C'est fascinant, que c'est le coeur de la Magie, en fait.

- Les runes ? C'est pas la magie la plus puissante, pourtant. On peut faire quelques sorts météorologiques et de protection, mais…

- Mais c'est de la magie sans baguette. Comme les défixions, comme les catathèmes. »

Arthur, d'ordinaire si réservé, se laisse gagner par une sorte de passion. Une passion pour les runes.

« C'est peut-être la magie primordiale, même. C'est présent en Grande Bretagne, en Grèce Antique, dans l'Egypte pharaonique, dans la société babylonienne, dans les récits bibliques… »

Il reprend son souffle, et ne semble plus vouloir s'arrêter. Cathadème.

« Les tables de lois, par exemple, et même dans les dessins préhistoriques. C'est une magie moins puissante, mais elle survit des millénaires à la mort du sorcier. Elle est antérieure à l'apparition de baguette »

Il passe sa main dans ses cheveux, le regard fou.

« Et le principe est incroyable, tu écris quelque chose, et cela devient réel. Et c'est valable pour toute les langues, c'est la pensée, ta pensée, ta magie, quelque chose d'immatériel, que tu matérialises, et c'est peut-être minuscule, mais… »

Arthur part ensuite dans tout un discours sur le lien entre le geste et la pensée, comment il souhaite identifier les différentes types de transmission de magie de l'esprit au solide. Est-ce que c'est le geste, est-ce que c'est le langage. Quelque part, je perds le fil.

« Mais, au final, quelle est la différence entre le symbole et le langage, est-ce que toute écriture, ou symbole, ce n'est pas nécessairement langage, et… »

Il s'interrompt brusquement.

« Je t'ennuie sûrement.

- Non, non pas du tout, c'était euh… très édifiant. On voit que… ça te travaille.

- Je pense que c'est là que se trouve l'essence de la magie, tu vois ? »

Wouah, l'essence de la magie, rien que ça.

Arthur lance un regard à mes affaires étalées n'importe comment.

« Et toi, tu fais quoi ? »

Et moi, qu'est-ce que je fais pendant qu'il s'interroge sur les grands principes de la métamagie ? Je prévois des plans dragues à deux sols. Je suis une hypocrite qui prend les recherches de Mathilde pour mieux la traiter de bêcheuse ensuite. Je suis même incapable de donner des pâtisseries à des gens sans le regretter pendant plusieurs jours.

Comment impressionner quelqu'un comme lui ? Est-ce que je ne devrais pas ranger mes affaires là, maintenant, et revenir à des choses que je sais faire, des choses simples, comme lire des magazines sans intérêt, deux trois exercices de sport et quelques mouvements de baguette ?

Je sors alors le seul truc qui me paraît important de cette semaine, ou même de ma vie, et finalement le seul évènement où je me suis sentie spéciale.

« Je cherche à parler aux morts, parce que je souhaite résoudre un meurtre. »

Comme ça, c'est dit.

Je me rends compte trop tard que je dois expliquer cette phrase. Arthur ouvre grand les yeux, apparemment choqué. On le serait à moins.

Il semble vouloir poser une question, mais je lui déballe tout. Ce qui est arrivé la nuit de samedi, où je suis sortie sans me souvenir de ce que j'ai fait précisément, et mon esprit complètement chamboulé, euphorique le lendemain. Que quelqu'un est mort cette nuit là, et que c'est bien étrange que mon dernier souvenir précis soit devant le portail de Pré-au-Lard, village où il est mort. Que je peux voir les sombrais sans vraiment les voir, et que je pense que Zonko, le vieil homme, est toujours présent, un peu, et peut m'aider à résoudre cette affaire.

Je continue en lui disant que ce n'est pas si fou de parler aux morts, dans un monde où les morts peuvent être vivants, comme les fantômes ou les vampires. Qu'il y a des antécédents dans les textes anciens, latins notamment. Je repense brusquement à la lettre de ma soeur.

« Peut-être que la mort, là aussi on est au coeur de la transmission de la magie. Sorcier ou non, l'âme se décompose peut-être comme le corps, disparaît peu à peu. Certains peuples tiraient aussi leur magie d'un culte des morts, d'un culte des ancêtres, peut-être que l'âme ou… ou… quelque chose qui y ressemble subsiste après la mort, avant de rejoindre une magie, un immatériel… comme le corps rejoint la terre ? Et que cet esprit est toujours joignable pendant ce temps, altéré mais joignable ? »

Je reprends mon souffle quand je me rends compte que je parle de l'âme comme d'un correspondant téléphonique. Je sais que mon discours paraît complètement étrange. Mais bizarrement, mes idées sont plus claires. Je réalise lentement que j'ai repris des théories d'Arthur et de la lettre de ma soeur pour trouver une théorie pas trop bancale. Dire toutes mes pensées à voix haute, c'est une libération. Au final cependant, je ne cherche à justifier qu'une chose.

« J'étais devant sa tombe, il était présent, je le sais. Je suis pas folle. »

Je m'arrête enfin de parler après avoir réalisé que cette phrase doit avoir été prononcée par toutes les personnes ayant des problèmes psychiatriques, justement.

« Tu crois que je suis folle ? »

Evidemment qu'il croit que suis folle. Merlin, à la base je voulais le draguer, pourquoi j'ai parlé de toute cette histoire. Je ferai mieux de lire la section conseil en séduction de Witch Weekly, de résoudre mes problèmes maladifs d'attention et de me concentrer sur le devoir de métamorphose à rendre plutôt que la porosité de la mort. Quelle personne normale fait ça ?

Arthur ouvre la bouche, et ne semble pas savoir que dire. Comment m'expliquer que je suis devenue complètement folle.

« Wouah, Siobhan, tu as vraiment réfléchi à la question… » Mais tu es complètement folle. « Tu soulèves des points intéressants… » Mais tu es complètement folle. « Tu veux de l'aide ? »

« De l'aide ? » je répète bêtement. Pensait-il à un psychomage ?

« Oui, de l'aide pour tes recherches. Sur la mort. »

Oh.

« Oh. Ben c'est sûr que on serait pas trop de deux à chercher sur le sujet. C'est vrai que c'est vaste quoi. »

Arthur acquiesce.

« On commence maintenant ? demande-t-il.

- D'accord. »

Merlin, il prend tout ça plutôt bien, en fait, au point que c'en est étrange. Je connais pas Arthur si bien que cela, si ça se trouve il est pas non plus tout à fait sain d'esprit ?

Peut-être que c'est lui le meurtrier aussi, ou qu'il y a des cadavres pleins les placards, mais prenons le risque. je suis prise d'une inspiration soudaine.

« Appelons ces recherches… l'Opération Eurydice ».


Voilà, n'oubliez pas de donner votre avis ! Le chapitre suivant devrait mettre moins de temps à arriver, la moitié est déjà écrite.

En attendant, qu'avez vous pensé du grand retour d'Arthur ? Est-il digne de confiance, ou a-t-il un plan machiavélique pour piquer les macarons de la famille Meagher ?