Voilà, je me lance dans le deuxième chapitre. Comme promis, Sam morfle (un peu), Dean s'éclate (un peu), et Castiel est de retour avec un personnage mystère (une statue en cookie à celui qui découvre qui c'est !). Bonne lecture !


Ce fut une douleur aiguë au poignet qui réveilla Sam. Son poignet gauche le faisait atrocement souffrir. L'arrière de sa tête le lançait un peu également. Tout son corps était engourdi. Il garda les yeux fermés en grognant. Il n'avait pas envie de se réveiller, de revenir à la réalité. Fuir son frère, encore et encore. Il devait encore être dans la chambre pourrie d'un motel pourri d'une ville pourrie, tout ça dans un état dont personne pas même les habitants ne connaissaient le nom.

Il remua un peu les jambes, et tenta de ramener vers lui sa main droite, qu'il avait enfoui sous son oreiller. Deux constatations lui parvinrent d'un coup. De un, le matelas était plus confortable que ce à quoi il était habitué, de deux, sa main droite n'était pas enfouie sous son oreiller, mais menottée à la tête de lit.

Bordel de merde.

Toute fatigue oubliée, Sam ouvrit les yeux, tirant sur sa main droite.

La pièce où il était était totalement blanche, jusqu'aux draps de son lit. Jusqu'au sol. Jusqu'à ses vêtements, à peu de choses identiques à ceux qu'il portait lors de son internement dans l'aile psychiatrique quand Lucifer avait pris le pouvoir sur lui.

Son poignet gauche était immobilisé contre sa poitrine, et bandé soigneusement.

Tout lui revint en mémoire, et il frissonna, comprenant où il était.

Dean l'avait soigné. Dean le maintenant prisonnier.

Dean l'avait forcé à rester avec lui. Encore. Une fois de plus. Son frère n'avait jamais supporté qu'ils empruntent des voies différentes.

Un profond abattement gagna Sam. Qu'allait-il faire, maintenant ? Sa vie ne lui avait plus été supportable alors qu'il échappait à Dean, alors être à sa merci… C'était mille fois pire.

Il avait été déshabillé, et toutes ses armes lui avaient été enlevé.

La porte, si proche, si lointaine, s'ouvrit, et par réflexe, Sam ferma les yeux. Encore une chose qu'il avait appris de son frère et de son père. Ne pas montrer qu'on était conscient.

_ Je sais que tu es réveillé, Sammy.

Le chasseur garda ses paupières baissées, attendant de voir si ce n'était qu'un coup de bluff de son aîné.

_ Sérieusement, Sammy. Ton petit cœur bat bien trop vite pour une personne endormie.

Retenant un soupir, le cadet ouvrit lentement les yeux, croisant le regard noir de son frère.

_ Dean.

_ Mon petit frère chéri. Comment te sens-tu ?

_ Entravé. Vivant.

_ Si tu étais mort, Sam Winchester, je t'aurais ramené, annonça Dean, se penchant vers lui, dévoilant ses dents dans un sourire de requin, et je te l'aurais fait payer. A un point que tu n'imagine même pas.

_ Je crois que je peux l'imaginer, Dean, répondit Sam avec un rire amer. L'enfer, je connais, la Cage, je connais. Et tu sais quoi ? Tu es pire que ça. Pire que l'apocalypse, pire que toutes les merdes que j'ai affronté. C'est bon. Tu ne pourras pas me faire pire, jamais. T'affronter, toi, mon frère, c'était la plus horrible chose qu'il aurait pu m'arriver. Alors maintenant qu'elle est arrivée, que comptes-tu faire ?

Son discours fut suivi d'un long silence. Dean se mordit la lèvre inférieure, ses yeux verts s'assombrissant malgré lui. Il cligna des yeux. Une fois. Deux fois. Trois fois. Chaque fois, la couleur changeait. Noir la première fois, verts la seconde, à nouveau noir la troisième. Il perdait son calme, lentement, mais sûrement. Sa respiration était forte, trop mesurée. Comme s'il comptait entre ses inspirations et ses expirations.

_ Tu essaie de m'encourager, petit frère. Tu m'expliques que je ne pourrais jamais faire pire que ce que j'ai déjà fait, que je ferais mieux de t'achever maintenant. Tu ne te rends pas compte, hein ?

Quoi ? Sam se retint de poser la question, restant silencieux avec difficulté. Il serra son poing droit, celui coincé au-dessus de sa tête. La main de Dean se referma sur le haut de sa jambe, ses ongles déchirant le tissu blanc de son pantalon, perçant la peau fragile de sa cuisse. La respiration du chasseur s'accéléra, alors qu'il tentait de retenir un gémissement.

_ Tu as raison, Sammy, tu m'encourages quand tu fais ça. Tu ne me donnes envie que d'une chose…

Son frère se pencha assez près pour que Sam puisse sentir son souffle contre ses lèvres, et il ferma les yeux, voulant effacer le regard vert sombre qui le dévisageait, les doigts plantés dans sa cuisse qui le faisaient souffrir, et merde ! Effacer les quatre-cents dernières années ! Il voulait oublier tout ça. Il aurait voulu n'avoir jamais passé ce foutu marché avec Crowley ! Crowley, qui avait tellement eu besoin de lui qu'il n'avait même pas négocié, lui accordant l'immortalité pour qu'il occupe Dean, pour que le démon ne se retrouve pas en danger. Il aurait voulu ne jamais être né, ne jamais avoir existé.

_ … poursuivre, Sammy. Te prouver que tu as tort. Que l'enfer, le vrai, tu ne le connais pas encore. Mais que je peux te le faire connaître, mon petit frère adoré.

Et, d'un geste rapide, Dean planta son coude gauche tout en haut de la cuisse de Sam, le clouant au lit, tandis que de l'autre main, celle enfoncée dans sa chair, il glissait jusque sous son genou, et la levait vivement, brisant le fémur dans un craquement sec.

Sam hurla, se débattant comme il pouvait.

_ Et je t'assure que je peux être très créatif, mon petit Sammy, promit Dean en se levant, quittant la pièce sous les cris de son frère.

Ok, ok, ok, ok… Il devait se calmer. L'esprit pratique de Sam mit quelques minutes à reprendre le dessus sur la douleur, la peur, la colère et l'amertume.

Il ne fallait pas qu'il bouge sa jambe, et son bras gauche non plus, songea-t-il, en repensant à la douleur aiguë qui était remontée jusqu'à son épaule quand il avait essayé.

Il arriverait à s'en sortir. Son frère ne pourrait pas le torturer longtemps.

Son frère ne le torturerait pas. Jamais.

Et Sam haïssait cette part de son esprit qui vivait encore à cette époque. Cette part encore innocente, presque enfantine, qui murmurait « c'est Dean. C'est grand frère. Jamais il ne me ferait de mal. Il me protégera toujours ».

Sauf que Dean n'était plus son grand frère depuis longtemps. Dean avait cessé de le protéger plusieurs siècles auparavant. Dean était un des monstres qu'il était censé tuer.

Il parcourut la chambre du regard, cherchant quelque chose qui pourrait lui servir d'arme. Mais la pièce était vide à l'exception de son lit.

Il était seul, vulnérable.

Dean viendra me sauver.

Dean était celui qui l'avait mis dans cette situation.

Il était seul.


Commença pour Sam une longue attente. Une éternelle attente. Il n'avait aucune notion de date ou d'heure, et ignorait combien de temps il avait été endormi après sa tentative de suicide avortée. Puis survint l'humiliation. Le ventre qui gargouillait, réclamait à manger. Sa vessie qui demandait à se vider. Son esprit qui désirait se soulager.

Il ne savait pas combien de temps il tint. Petit à petit, il se sentait de plus en plus faible. Il se demanda si Dean avait l'intention de le laisser mourir de faim. Non, songea-t-il amèrement, c'était trop doux pour son frère.

Quelques secondes/minutes/heures/jours après sa sortie triomphale, Dean revint, une poche de liquide dans une main. Dans l'autre, il avait… Bon Dieu, c'était une perfusion. Son frère voulait le perfuser.

_ C'est une blague ?

_ Ça ne fait rire personne, rétorqua Dean. Ça, c'est drôle :

Et il enfonça ses doigts peu délicats dans la blessure à la cuisse de Sam, griffant sans vergogne le muscle à vif. Le grognement de son frère, qui ne voulait pas crier, le fit éclater de rire :

_ Bientôt, tout ça te fera penser à des massages, annonça-t-il.

Ou peut-être était-ce une menace ?

Sans plus épiloguer, le démon planta l'aiguille dans la main droite de son frère, toujours maintenue au-dessus de sa tête, et y raccorda la solution transparente.

_ Ce serait trop con que tu meurs de faim, hein, petit frère ?

Est-ce qu'il lisait dans ses pensées ? Avec ses nouveaux pouvoirs, Dean n'arriverait plus jamais à étonner Sam, qui s'attendait à tout. Au pire, plus particulièrement.


Sam avait envie de vomir. L'odeur nauséabonde faisait presque remonter son dernier repas, qui devait pourtant dater de plusieurs jours. Bon Dieu. Il se sentait sale, tellement sale. Pire que son frère. Il ferma les yeux pour ne plus voir les tâches brunes et jaunâtres entre ses jambes.

C'était dégueulasse. Pire que ça.

Comment pouvait-il se laisser toucher par ça ? se demanda-t-il en sentant les larmes lui monter aux yeux. Ce n'était qu'un peu d'urine et de merde. Il avait vécu pire. Il s'était fait torturer, avait vu des amis mourir sous ses yeux. Alors pourquoi maintenant se sentait-il sur le point de craquer ?

Parce que c'est la preuve que tu n'es plus humain, répondit la part de son esprit qui avait étudié tout ça à l'université. Il avait fait un semestre complet sur la torture qu'elle soit physique ou psychologique.

Il n'était plus humain, pas dans le même sens que pour Dean. Dean était un démon. Lui était rabaissé au rang d'animal.

Sam ferma les yeux, tentant de dormir, d'oublier tout ça. Il remua légèrement le bassin, tentant de trouver une meilleure position, et aussitôt, la douleur déchira les brumes de la fatigue, le faisant gémir. Sa jambe brisée le faisait souffrir chaque fois qu'il bougeait. C'était déjà mieux que son poignet gauche que son frère avait attaché contre lui, en travers de son ventre, et dont la douleur se réveillait chaque fois qu'il prenait une inspiration trop brusque, remuait les doigts, ou décalait légèrement son épaule.

Dean n'était pas venu depuis longtemps, et il ne savait pas si cela lui manquait ou pas. Il se sentait seul, et comprit vite que la solitude serait un ennemi aussi dangereux que le démon.

Il aurait du savourer l'absence de Dean, pourtant, son esprit n'attendait qu'une chose, que la porte s'ouvre, et que son frère entre.

Un mélange du syndrome de Stockholm et d'une variante fraternelle du complexe d'Œdipe, songea-t-il, en tentant de se distraire.

Il ignorait combien de jours passèrent sans que Dean ne vienne. Sans lumière pour s'aider, sans horloge ni portable, il était incapable de retrouver une quelconque notion de temps et d'heure.

Il chercha des moyens de s'évader. Quand le découragement le gagnait, il hurlait des insultes à un Dean absent. Il dormit peu, d'un sommeil peu réparateur. Comment pouvait-il dormir paisiblement dans la position où il avait été attaché ? Sa jambe continuait à le faire souffrir au moindre mouvement, mais sa douleur au poignet s'effaçait progressivement.

Parfois, pour s'occuper, il comptait. Son record était d'un milliard trois-cent millions sept-cent milles cinq-cent-quarante-et-un. Il pensait à voix haute, pour ne pas perdre l'usage de la parole, ne pas oublier comment on faisait.

Quand il s'en sentait le courage – soit de plus en plus rarement – il forçait sa jambe valide à faire des étirements, comme il le pouvait dans sa position. La plupart du temps, il s'agissait simplement de remonter son genou le plus haut possible, jusqu'à ce que la douleur se réveille dans sa jambe gauche. Après, il abandonnait.

Et il tentait de se convaincre qu'il ne deviendrait pas fou. Que cette solitude ne l'atteignait pas.

C'était un mensonge, et il en eut la preuve frappante quand tout d'un coup, il s'aperçut que cela faisait une durée indéterminée – mais longue – qu'il répétait le même mot sans discontinuer. « Castiel ».

Bordel, il n'avait pas vu le mec – l'ange – depuis des siècles, alors pourquoi le supplier maintenant, alors qu'il savait que ce dernier ne viendrait pas ?

En fait, il supplia tout le monde de venir le sauver. Jusqu'à Crowley. Jusqu'à Azazel, ce fils de pute. Jusqu'à Lucifer lui-même. Ses parents, Jessica, Bobby, Jodi, tous y passèrent. Il alla même jusqu'à supplier Dean, dans un état second, de venir le sauver. De venir le sauver comme il l'avait toujours fait.

_ N'importe qui, murmura-t-il d'une voix cassé par ses cris incessants. Je vous en supplie.


Castiel l'observait, invisible, impassible. Elle était toujours aussi jolie, la jeune femme d'une trentaine d'années. Assise à son bureau, elle pianotait sur son ordinateur, lui rappelant un chasseur, des siècles auparavant. Elle avait le même air concentré, ses yeux bleus rivés sur l'écran.

Il ferma les yeux, dos au mur, et se remémora. Rapidement, le bruit des touches l'apaisa, et il se représenta la scène. Assis à la table au milieu du bunker, le grand chasseur se mordait la lèvre sans même s'en apercevoir, un air intrigué sur le visage, ses yeux verts soulignés par ses sourcils bruns légèrement froncés, et ce petit pli à l'intersection de son front et de son nez, preuve de sa concentration. Puis, il tourna la tête vers Castiel, souriant : « Hey, Cas' ».

Le son ne vint pas. La voix n'était pas la même. Étrange. Il se souvenait des moindres détails du physique de Sam, de ses moindres réactions, mais il ne se souvenait plus du timbre de sa voix. Et encore. Tout commençait à s'estomper. Sam Winchester disparaissait peu à peu de l'esprit de Castiel. Il s'en voulait atrocement. Parce que Dean, il s'en souvenait. Il se rappelait de tout ce qui concernait l'aîné, de sa manière de sourire quand il voyait une tarte à la beauté de son âme, corrompue par la marque de Caïn.

Au début, il se souvenait de Sam. Il restait proche de lui, tentait de garder le contact. Et petit à petit, le chasseur avait disparu de sa vie, et plus récemment, de ses souvenirs.

Il n'arrivait même pas à se rappeler de son rire. Son rire ! Un son qu'il avait pourtant entendu à plusieurs reprises, et qui l'avait marqué chaque fois ! Pourquoi était-il incapable d'avoir un souvenir convenable de son ami ?

Il revint à la réalité quand la femme ferma son ordinateur dans un claquement sec, manifestement énervée.

_ Fais chier ! jura-t-elle avec beaucoup de délicatesse, comme à son habitude.

Manifestement, Castiel avait été corrompu par le sarcasme des humains.

Elle attrapa son portable, inséra une carte mémoire, et l'alluma. En fond d'écran, elle avait une très vieille photo où elle n'était encore qu'une adolescente.

_ Désolée, murmura-t-elle pour elle-même, entortillant une mèche autour de son long index fin. Désolée, mais je n'en peux plus… J'ai besoin de parler à quelqu'un, et Castiel ne répond pas aux prières.

Castiel resta silencieux. Cela faisait bien longtemps qu'il ne répondait plus à aucune prière. Comme Dean l'aurait dit, il avait bloqué sa « radio angélique ». Il avait préféré se concentrer sur ses proches. Sauf que maintenant, il ne lui restait qu'elle. Et Crowley, quand ils n'étaient pas en froid.

Parcourant ses contacts, elle tapota brièvement sur le nom d'une de ses plus vieilles connaissances.

« Vous êtes bien sur le répondeur de Sam Winchester. Je ne suis pas là pour l'instant, mais laissez un message et je vous rappellerai. »

Elle sourit pour elle-même :

_ Hey, Sam. C'est moi… J'aurais dû me douter que tu serais encore en vie, toi aussi. Je veux dire, les Winchester ne meurent jamais, après tout, j'en ai fait l'expérience la fois où j'ai voulu tuer ton frère. Je… j'avoue que je n'ai aucune idée de comment tu peut encore être encore en vie. Moi je… Castiel ne pouvait pas me laisser mourir, je crois… Il avait besoin de moi. Tu parles. Il ne répond plus à aucun appel. Au final, ces putains de cinq-cent dernières années, je les ait passé seule. Je ne sais même pas pourquoi je t'appelle. Parce que j'ai besoin de parler, je crois. Je… Rappelle, ok ?

Et elle raccrocha. Castiel sentit son cœur se serrer. Elle disait vrai. Il suivait son évolution, caché dans l'ombre, la laissant seule avec son immortalité, parce qu'il n'osait pas aller la voir, et qu'il osait encore moins la quitter.

Elle resta silencieuse une minute. Lui aussi. Il l'écouta respirer doucement, retenant ses larmes. Elle s'était adoucie au cours des années, perdant son caractère de teigne pour un comportement plus adulte.

Et la sonnerie du portable retentit, brisant le charme.

Elle répondit immédiatement, son visage devenant extatique, ses yeux bleus brillant de joie, ses lèvres s'ouvrant pour dévoiler un grand sourire presque enfantin :

_ Sam !


Yolo. J'ai eu du mal, avec ce chapitre, et je le ressens dans mon écriture, et vous, vous en pensez quoi ? Au prochain chapitre, je pense que la fiction passera en M, et si ce n'est pas le prochain, ce sera celui d'après.

Au prochain chapitre, je vous promet le retour du ROI DE L'ENFER ! On applaudit Crowley, s'il vous plaît ^^ (moi, fan ? Mais pas du tout !)

A plus !

Ps: je promettais une statue en cookie à qui découvrirait la mystérieuse inconnue que Castiel stalke, mais plus sérieusement, je vous offre un OS du couple que vous voulez si vous trouvez (évitez le Destiel, y en a déjà assez sur le fandom, et moi j'aime pas trop xD) Voilà, voilà !