C'est parti pour le troisième chapitre. Sam souffre (pour changer. Est-ce qu'il y a un chapitre où il ne souffre pas ?), et Dean s'amuse. Et c'est le grand retour de Crowley ! (putain, j'aime Crowley).
Bon, je vous souhaite une bonne lecture !
Sam était-il fou ? C'était la question qu'il se posait. Avait-il rêvé les menaces de son frère ? Il était peut-être juste en hôpital psychiatrique. Mais sa jambe qu'il n'avait plus bougé depuis une cinquantaine de sommeil lui rappelait que non. Elle le faisait encore souffrir, moins qu'avant, mais encore.
Une cinquantaine de sommeil. Il retint un rire rauque qui aurait terminé en hystérie. C'était comme ça qu'il comptait, à présent. Il avait l'impression d'être à la fois narcoleptique et insomniaque, de dormir peu et tout le temps.
Et pour la première fois, un bruit qui ne venait pas de lui résonna dans ses oreilles. Une porte qui s'ouvrait. A sa grande horreur, il sentit un sourire épanoui se former sur son visage. Dean apparut dans la pièce.
_ Salut, Sammy, ça va ?
Sam dut serrer les lèvres pour ne rien dire, pour ne pas laisser éclater une espèce de joie malsaine. Il n'avait rien imaginé. Dean était vraiment là.
_ Beurk, ça schlingue vraiment, commenta son frère en plissant le nez. Franchement dégueulasse, Sammy.
_ A qui la faute ? rétorqua le chasseur, serrant les poings.
Le démon s'assit à côté de lui, se pencha vers lui, et lui mordilla le lobe de l'oreille. Apeuré, surpris, dégoûté, Sam se recula comme il pouvait.
_ Dean, espèce d'enfoiré, murmura le blond, tout doucement. Dean, putain de connard sors-moi de là. Je t'en supplie. Je t'en supplie, grand frère. Sauve-moi comme avant. Redeviens mon grand frère, mon protecteur. Rends-moi cette partie de mon cœur que tu m'as prise en partant. Je t'en supplie, grand frère. J'ai besoin de toi.
Il récitait ces mots comme une leçon bien apprise, d'un ton calme, doux, presque monotone. Le cadet se sentit étouffer, ses propres mots, ses insultes, ses suppliques, répétés par son bourreau.
_ Tu étais là… Toujours… Tout le long…
_ A ton avis, Sammy, qui attendait que tu sombre dans un sommeil léger et agité pour changer le contenu de la perf', ou pour vérifier que ta jambe ne s'infecte pas, histoire que tu ne meurs pas ?
Un grand sourire dément éclaira le visage de Dean, qui poursuivit :
_ Tu étais si drôle, petit frère. A parler, dans le vide. A sangloter, à hurler, à te débattre, à te faire souffrir, tout seul, comme un grand. Tu étais ton propre bourreau, Sammy, et c'était beau. C'était beau de voir comment tu te débrouillais pour tenter de rester sain d'esprit. Et comment, petit à petit, ta folie gagnait du terrain.
Sam sentit la colère le gagner. Dean n'avait pas le droit de faire ça. Il n'en avait pas le droit !
_ Quand je te regardais, Sam, le temps s'accélérait. Tout à coup, il faisait nuit, et je m'apercevais que j'avais passé la journée à t'observer.
Sam se débattit, ignorant la douleur qui émanait de sa jambe toujours endolorie, bourrant les côtes de son frère de coups de genoux, de coudes.
_ Putain de fils de pute ! hurla-t-il assez fort pour que sa voix soit rauque à la fin de l'insulte. ESPECE D'ENFOIRE ! JE TE HAIS ! JE TE HAIS SALE MONSTRE !
Et sans qu'il comprenne ce qui se passe, une douleur déchira son bassin. Un coup de poing de son frère, qui arborait fièrement un sourire satisfait.
_ Content que tu aies retrouvé ta combativité, petit frère. Maintenant, je vais pouvoir m'amuser. Tu veux que je te montre quelque chose ?
_ J'ai vraiment le choix ? demanda Sam d'une voix cassé, son regard toisant Dean d'un air méprisant.
_ Hum, non. C'est vrai, tu as raison.
Dean lui tourna le dos, sortit un instant, laissant la porte entrouverte, et revint immédiatement, une bouteille d'eau en apparence normale.
_ Tu veux que je fasse quoi avec ça ?
_ Bois.
Le chasseur partit d'un rire sans joie :
_ Va crever, Dean. Je suis déjà hydraté par tes soins, tu te rappelle ?
Il agita comme il put sa main menottée à la tête de lit, où plongeait l'aiguille de la perfusion.
_ Regarde, c'est potable, répondit Dean d'un air innocent en buvant une gorgée.
_ Ce qui est sans danger pour un démon ne l'est pas pour un humain, Dean, ne me prends pas pour un crétin.
Le sourire du démon se fit glacial :
_ Écoute-moi bien espèce de petit enculé, tu vas faire ce que je te dis de faire, sinon je vais perdre patience, et ça va faire très mal. Compris ?
Pour toute réponse, le chasseur agita sa main bandée et attachée contre son torse, pour lui montrer son majeur tendu. C'était stupide. Il était stupide. Mais il avait cette foutue fierté Winchester qui l'empêchait de faire ce qu'on attendait de lui.
Gardant ce même sourire glacial, Dean attrapa le menton de Sam et l'obligea à ouvrir la bouche, enfonçant son coude dans sa trachée par la même occasion, le faisant tousser, gémir. Et, ses lèvres se retroussant avec un petit air mutin, il versa l'eau, si c'en était bien.
Sam hurla.
C'était bien de l'eau.
Brûlante. Bouillante.
_ Avale, ordonna le démon, ses yeux noirs réduits à deux fentes.
Le premier réflexe du chasseur fut de tout lui recracher au visage, et même pas par esprit de contradiction. Il avait mal, tellement mal. Sa langue, son palais, même ses gencives le brûlaient.
Dean ne parut pas apprécier le traitement, mais Sam était trop enveloppé dans un brouillard de douleur, de chaleur pour y prêter attention. Il avait mal. Il lui fallait de la glace, tout de suite.
Quand il ouvrit grand la bouche, sans même que le démon ne l'y oblige, c'était dans l'espérance d'avoir de l'air frais, froid. Juste, autre chose que cette horrible brûlure.
Quand la nouvelle vague de chaleur déferla dans sa bouche, il voulut hurler à nouveau, s'étouffa, alors qu'on le forçait à fermer la bouche. Quand il déglutit par réflexe, tout son corps se mit à brûler sous la force du liquide brûlant. Il sentit de l'eau remonter dans ses canaux nasaux, ressortir par son nez, tandis que de l'autre côté, dans son dos, il ressentait la chaleur, pouvait dire avec exactitude quel chemin elle empruntait.
_ Bien, commenta Dean. Et ne t'avise plus de recommencer ce que tu m'as fait là, Sammy.
Pour tout « au revoir », il lui jeta le reste du liquide à la figure, le laissant dans ce lit trempé et dégueulasse, la douleur imprégnant tout son corps, haletant, sanglotant.
Sam mit plusieurs sommeils à se remettre du traitement que lui avait infligé Dean, des sommeils pleins de cauchemars. La chaleur avait ravivé les souvenirs des deux incendies qui avaient fondamentalement modifié sa vie, l'avaient ruinée, et il en cauchemardait tous les sommeils.
Il avait envie de fondre en larmes chaque fois qu'il déglutissait, et son œil droit lui faisait cruellement payer l'eau qu'il avait reçu. Il resta fermé pendant plus de cinq sommeils. Seules des larmes, brûlantes, comme par hasard, s'en échappaient.
La leçon avait été apprise. Il ne fallait pas contrarier Dean. Surtout pas. Chaque fois qu'il pensait au regard de son frère à ce moment-là, son cœur battait plus vite, et de nouvelles larmes perlaient à ses yeux.
Il n'était pas prêt, quand Dean poussa à nouveau la porte, ce jour-là. Ses yeux étaient mi-clos, et il ressortait d'un cauchemar horrible où il était de retour dans la Cage, mais où à la place de Lucifer, il y retrouvait son frère aîné.
_ N-non, balbutia-t-il, en voyant le démon s'approcher à pas lents.
_ Si, répondit doucement Dean. Comment vas-tu petit frère ?
Pas de réponse. Sam n'en avait pas à fournir.
_ Si je te donne quelque chose à boire, maintenant, Sammy, tu boiras ?
Pour toute réponse, l'estomac du chasseur s'agita convulsivement, et quand il vomit sur les genoux de son frère, ce ne fut qu'un mélange de bave et de liquide transparent. En bref, de l'eau en plus dégueulasse parce que ça sortait de son ventre encrassé.
_ Mauvaise réponse, commenta le démon, en attrapant Sam à la gorge.
Il sentit sa vision s'obscurcir. L'oubli. Le noir. Enfin. Mais non, au moment où le chasseur allait sombrer dans le néant, la main se retira, et, encore par un de ces foutus réflexes, Sam avala une grande bouffée d'air, grimaçant au passage quand ses poumons brûlés se rappelèrent à lui.
Aussitôt, la pièce s'éclaircit, et le visage de son frère redevint net.
_ N'allons pas trop vite, mon petit frère chéri. J'ai envie de m'amuser un peu.
Il se demanda si Dean faisait exprès de s'asseoir sur la jambe qu'il avait cassé des jours, des mois, des décennies plus tôt. Sa respiration sifflante, il se contenta de tenter d'inspirer calmement.
_ J'ai toujours voulu savoir un truc, Sammy. A ton avis, combien de temps un mec reste-t-il conscient avec un couteau dans le ventre ?
Quoi ? Non, il n'allait quand même pas…
Mais si. Très calmement, savourant la peur dans les yeux du chasseur, le démon sortit une lame angélique.
Comme un flash-back, Sam se rappela qu'un de leur passe-temps favori était de piquer ce genre de lames à Castiel. C'était à celui qui en aurait le plus, comme des gamins qui tenteraient de voler des bonbons dans une épicerie.
Et ce fut très lentement qu'il planta la lame dans le corps de Sam. D'abord, elle traversa sa main, le faisant hurler, se débattre comme il pouvait – soit, pas du tout – puis elle s'avança jusque dans la zone fragile de son ventre. Il sentit le sang envahir son t-shirt, tentant de se concentrer sur cette sensation plutôt que sur la douleur qui dévorait tout dans son esprit, ne laissant que des cendres derrière elle.
_ On dirait que je vais devoir ajouter une perf' de sang, commenta Dean d'une voix déformée, comme s'ils étaient dans une église. Reste conscient, Sammy.
Une très légère brûlure sur sa joue comparée à celle qui déchirait son corps. Il avait mal, tellement mal. Trop mal pour s'évanouir. Sa douleur était telle qu'il n'arrivait à se concentrer sur rien d'autre.
MAL ! MAL ! PITIE QUE ÇA S'ARRÊTE !
_ DEAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAN !
Tout à coup, des yeux verts se plantèrent dans les siens, calmes, doux.
_ Du calme, frangin, je vais t'aider.
Une seule chose dans son esprit. OUI ! PITIE !
_ Dean…
_ Du calme, petit frère. Ça fait mal, si je fais ça ?
Et tout à coup, un déchirement dans son ventre, et une nouvelle vague de douleur.
_ Manifestement oui. Ça va aller, petit frère, reste avec moi, d'accord ?
Un monstre. Un frère. Deux idées contrastées dans son esprit, et au milieu, la douleur. Il avait besoin de toute l'aide possible – ET C'ETAIT DEAN.
DEAN, à qui tout son être exprimait une sincère confiance.
_ Une minute trente, murmura son frère à son oreille. Tu peux faire mieux que ça, petit frère.
Une nouvelle vague de douleur, émanant d'ailleurs. De sa jambe, sa cuisse.
Sam ferma les yeux. Il ne voulait pas voir ça. Le rouge sang qui envahissait son champ de vision.
_ Tu me déçois beaucoup, Sam.
Désolé, pensa-t-il. J'aimerais faire mieux, Dean. J'aimerais que tu sois fier de moi, je l'aimerais tellement.
Noir.
Crowley se sentait seul. Ridicule. Il était le roi de l'enfer, il pouvait se trouver des amis, n'importe où, non ? Et bien non. Les gens qui étaient amis avec lui le faisaient soit par peur, soit par opportunisme.
Non, tous n'avaient pas agi ainsi.
Deux hommes apparurent dans son esprit. Les mêmes yeux verts, mais leur ressemblance physique s'arrêtait là. L'un était de taille moyenne, l'autre un géant. L'un était blond, l'autre brun. L'un était un démon, l'autre son sacrifice.
Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas vu Dean ou Sam Winchester. Quatre siècles pour le plus jeune, une cinquantaine d'années pour l'aîné.
Marrant. La dernière fois qu'il avait vu Sam Winchester, ils s'étaient parfaitement entendus, chose qui ne leur était jamais arrivé avant. Il s'était toujours senti plus proche de Dean. Cependant, quand Sam lui avait proposé son âme quand il mourrait contre l'immortalité de son corps, il avait ressenti une telle pitié devant un dévouement pareil envers son frère et les humains en général. Ce type mourrait pour une société qui n'en avait rien à foutre de lui. Sans réfléchir, il avait refusé son âme. Il voulait juste sa sécurité, et comptait sur Sam pour l'assurer.
Oui, il était plus proche de Dean, qui lui ressemblait plus. Le démon, après tout, mentait, trompait, tuait – dans le dos de son frère – et surtout, pouvait passer des nuits entières dans des bars.
Oui, c'était certain, il avait véritablement besoin de parler à Dean.
Le chevalier de l'enfer répondit à la première sonnerie :
_ C'est pas vraiment le moment, là.
Adorable. Crowley ne dit rien, puis comprit en entendant les cris rauques et les gémissements. De douleur, pas de plaisir.
_ Je vois ça. Tu t'éclate bien, Squirrell.
_ Je te raconte même pas. C'est meilleur qu'un putain d'orgasme.
Euh, il y avait des limites aux joies de la torture, tout de même. Pourtant, Crowley resta silencieux, son esprit soudain attiré par le souvenir d'une superbe ange rousse. Hum. Il n'allait pas perdre son temps à penser à cette garce… morte à cause de cet enfoiré de Metatron qui allait payer pour ça.
_ Mouais.
_ Pas convaincu ?
_ Non, Dean. Sincèrement pas. Rien ne vaut mieux qu'un orgasme à part peut-être deux.
Dean eut un rire rauque, semblant véritablement amusé.
_ Et mieux que deux, c'est trois, c'est ça ? Crow', sérieux, si t'as jamais ressenti ça, c'est que t'a pas pris la bonne victime.
_ Tu me laisse essayer la tienne ?
_ Va crever, Crowley. Il est à moi.
Un « toi, va crever, Dean » haletant, gémissant, lui parvint. Fatigué.
_ Enfin bref. Si tu savais comme je m'éclate, Crow'. Je joue à ce jeu-là, tu sais ? Heu… Docteur Maboul. Avec mon gentil petit patient éveillé, bien sûr. Et il ne vas pas s'aviser de me claquer entre les doigts, n'est-ce pas Sammy ?
Le téléphone fut précipitamment posé, alors que Crowley entendait Dean s'affairer à l'autre bout du fil. Le roi des démons était stupéfait, et surtout, très inquiet.
« Sammy »
Dean avait Sam. Comment… ?
Bordel, il devait prévenir Castiel. Après tout, Caïn avait été clair. S'il devait y avoir trois victimes de Dean, ce serait l'ange, le démon, et le Moose.
Bon Dieu.
_ Ouais, je suis là, désolé, reprit Dean après plusieurs minutes de silence. Enfin bon, mon occupation du moment, c'est punir mon adorable petit frère qui avait décidé qu'il en avait marre et qu'il préférait crever plutôt que de vivre une vie où j'étais là à chaque coin de rue. J'ai pas trop apprécié, alors je le lui fais payer. Enfin bref, il a eu la bonne idée de boire l'acide que je réservais à ses jambes, tu vois le genre. Je me suis retrouvée avec des capacités de médecin que je n'imaginais même pas. Je l'ai forcé à vomir, tout ça, et maintenant, je crois que j'ai une grosse envie de lui faire bouffer sa merde. Pas au sens littéral, je ne suis pas un monstre, quand même.
Dean s'esclaffa, alors que Crowley restait figé.
_ Bref, je vais sans doute lui casser deux trois trucs, et m'assurer qu'il garde sa perf', hein petit frère ? Et puis, tu vois le truc, m'amuser un peu, quoi… Il ne faut pas qu'il se croie tout permis, non plus. Mais l'option lui faire bouffer sa merde reste une éventualité, alors on se calme, Sammy, ok ?
Un grognement presque animal retentit au bout du fil, et le roi de l'enfer mit quelques instants à comprendre que la supplique de Sam Winchester lui était destinée :
_ Je t'en supplie… Annule notre contrat…
Toute sa vie il avait entendu ça quand lui et ses chiens venaient chercher l'âme promise. Pourtant, Crowley se sentit presque touché par cette demande. Mais immédiatement, Dean se chargea de rappeler qui était le chef :
_ Crowley, si tu fais ça, je te traquerais. Et je te tuerais. Tu es prévenu. Et toi, Sam, putain, tu vas prendre cher.
_ Dean. On pourrait se voir, un de ces quatre ? Genre, pour boire un coup…
_ Écoute, pour l'instant je suis plutôt à fond sur mon adorable frangin. Mais tu peux venir, si tu veux. Je pourrais même te laisser t'amuser un peu.
Crowley ne sut pas trop ce qui lui prit. Peut-être la perspective de retrouver un proche… Dans tous, les cas, la réponse sortit immédiatement :
_ Avec grand plaisir.
Voilà, voilà. J'espère que ça vous a plu ! Dans le prochain chapitre, je vous promet le retour d'un personnage oublié, et une chose qui risque de bien vous traumatiser ! Mais le pire est à venir ! Bisous ^^
