Un chapitre que j'aime moins que les autres. On fait un petit break du côté des tortures de Dean (parce qu'il y a des limites), mais on reprend au prochain chapitre, plus violemment que jamais.

En fait, c'est surtout la première partie que je n'aime pas, je trouve la seconde plutôt pas mal. Mais à vous d'en juger !

Bonne lecture !


Sam se réveilla en sursaut.

_ Hey ! Sammy, ça va ?

Son frère le dévisageait, inquiet. Le jeune homme se redressa, le cœur battant. Pas de bandages. Pas de douleur. Il n'était plus attaché.

_ Je… balbutia-t-il. Je…

_ Ça fait une demi-heure que tu te tortille dans tous les sens. Au début, je voulais pas te réveiller, mais tu semblais terrifié, murmura Dean, ses yeux verts brillant d'inquiétude.

Les souvenirs des dernières années s'entrechoquèrent dans l'esprit de Sam, qui regardait son frère, plus sûr de rien. S'agissait-il d'un piège de Dean pour le briser une fois de plus ? Il lui avait déjà fait un bon milliard de coup l'histoire du frère gentil qui tout à coup lui fêlait trois côtes, ou le tabassait, ou encore un millier d'autres tortures très amusantes aux yeux de son frère.

_ Où on est ? demanda-t-il d'une voix froide, en regardant l'endroit inconnu.

_ Au bunker, où veux-tu qu'on soit ?

Dean semblait véritablement soucieux, lui caressant les cheveux comme il le faisait quand ils étaient enfant et que Sam faisait un énième cauchemar.

Oui, maintenant que Dean le disait, il reconnaissait sa chambre.

_ Castiel est là ?

_ Non, il veille sur Claire. Depuis qu'elle s'est trouvé ce copain, tu sais à quel point il est insupportable.

Cette conversation lui disait quelque chose. Était-il… en train de revivre un souvenir ? Allait-il se réveiller, comme à plusieurs reprises, un espoir emplissant son esprit, attaché dans sa chambre trop blanche ?

_ Sammy, dis-moi ce qui t'arrive. S'il te plaît.

_ J'ai juste fait… un cauchemar… mentit Sam, qui n'y croyait pas réellement.

Tout, dans ce cauchemar, lui avait semblé bien trop vrai.

Gentiment, Dean se glissa sous les couvertures, et obligea son frère à poser sa tête sur ses cuisses :

_ Allez, petit frère, raconte…

_ Dean, j'ai trente-deux ans, tu sais ?

_ Aaaaaaah, tu fais ta crise de la trentaine en retard, en fait.

_ Ce que je voulais te dire, c'est que j'ai passé l'âge…

Pourtant, Sam resta blottit contre son frère, et expliqua :

_ J'ai peur de me rendormir, expliqua-t-il à voix basse. Comme un gosse, tu vois ? Parce que ça paraissait… réel.

Le sourire de Dean était paisible et son regard doux. Ses doigts fins passaient entre les mèches brunes de Sam et frôlaient son cuir chevelu avec délicatesse.

_ Tous les rêves paraissent plus ou moins réels, petit frère. Ce qu'il faut, c'est savoir quand on est véritablement dans la vraie vie. Je suis réel, Sam. Promis.

Il attrapa la main de son frère et la porta contre sa joue. Sam retint un sourire en sentant le picotement provoqué par la barbe de trois jours de Dean.

_ Tu crois que tes rêves sont à ce point réalistes, Sammy ? Je suis là, c'est bien moi. Je te le promet.

_ Mais… Je… C'est…

_ Raconte-moi ton cauchemar, Sammy.

Alors Sam raconta. En frissonnant, retenant des sanglots, il expliqua tout à Dean. La torture, les années d'horreur qu'il avait vécu, et les yeux noirs de son frère aîné. De son protecteur.

Son aîné ne le quitta pas des yeux jusqu'à la fin, mais quand il releva enfin la tête pour fixer le mur d'un air obstiné, sans dire un mot, Sam se redressa, sentant qu'il y avait un problème.

_ Tu peux rester, Sammy, commenta Dean sans le regarder, en inspirant bruyamment.

_ Dean, qu'est-ce que… ?

Il força son frère à tourner la tête, pour croiser son regard vert brouillé par les larmes, mais également par la colère, ce qui instinctivement effraya Sam. La colère de son frère n'avait jamais été bon signe, mais dans ses cauchemars, c'était encore pire.

_ Comment est-ce que tu peux penser que je te ferais des putains de choses pareilles, Sam ?! Comment est-ce que tu peux penser ça un instant ?! Merde ! T'es mon frère, je… C'est le genre de choses que même en imaginant je… j'y penserais pas, merde, Sam !

_ Dean…

_ Est-ce que tu crois que… que c'était le genre de vision que t'avais avant… à cause du sang de démon… ? Que...que ça va vraiment se produire ?

L'éventualité glaça le sang de Sam, qui regarda son frère avec des yeux écarquillés. Bordel, il n'avait pas pensé à un truc pareil. C'était pourtant parfaitement possible. Il n'avait plus autant de visions depuis la mort d'Azazel, mais quelques unes filtraient tout de même parfois.

_ Je… je sais pas… Certaines venaient en rêve, donc… Ouais, je… Je crois que c'est possible…

Ce fut Dean qui craqua, repoussant Sam pour sortir du lit, puis de la chambre.

_ Dean !

Le cadet suivit son frère, inquiet, désolé d'être la cause de ses soucis. Terrorisé à l'idée que ce dont il avait rêvé arrive réellement.

_ Ça ne doit pas arriver, Sam, tu comprends ?! Putain de merde… Je te ferais jamais de mal, tu comprends, et certainement pas pendant plus de quatre-cents ans. Je te le jure, petit frère, je te le jure.

_ Et… et tu comptes faire quoi pour… ?

Le visage de Dean se ferma, alors qu'il fixait son bras avec dégoût. Plus exactement, la marque de Caïn.

_ Si je me le tranche, peut-être que…

_ Non ! cria Sam. Non, Dean, ce n'est pas la bonne solution. Ce… Il n'y a même pas besoin de solutions, ok ? Ce n'était qu'un rêve, frangin. Qu'un rêve.

_ Qu'est-ce que tu en sais ?

_ Je…

Sam sortit le premier prétexte qu'il trouvait. Certes, peut-être qu'il mentait, mais là, maintenant, il avait besoin de Dean, d'un Dean vivant et présent pour lui. Pas d'un Dean déterminé soit à mourir, soit à disparaître pour ne pas le mettre en danger.

_ Je n'ai pas de migraines ! D'habitude, quand j'ai des visions, j'en ai, au point de ne pas pouvoir sortir du lit.

Le regard un peu fou de Dean se calma légèrement.

Sam tenta de se faire tendre, de lui changer les idées.

_ Prouve-moi que tu es bien mon frère, et allons manger un truc devant la télé, d'accord ? On va manger de la bouffe dégueu devant une télé-réalité débile en se foutant de leur gueule, okay ?

Son frère acquiesça, et moins de dix minutes plus tard, ils étaient tous deux affalés sur le canapé.

Sam se sentait mieux qu'il ne s'était jamais senti, détendu. Ou presque. Chaque fois qu'il croisait les prunelles vertes de son frère, encore hantées par la peur de lui faire du mal, il voyait le regard noir, et aussitôt, comme par superposition, s'ajoutait le sourire de requin.

_ Réveille-toi, murmura la voix enjôleuse de son frère.

Et Sam se réveilla. Dans son cœur, la froide étreinte du désespoir se resserra un peu plus.


Claire Novak était devenue une belle femme. Ces yeux bleus avaient cet éclat d'intelligence qu'on ne retrouvait que chez certaines personnes bien particulières, et une impression de douceur se dégageait de son visage en forme de cœur.

Dans son uniforme d'infirmière, elle inspirait confiance. Le genre de femme à qui on aurait confié sans hésiter la vie de son enfant.

Tout cela, Claire le savait. Elle sourit légèrement à Castiel, qui marchait à ses côtés.

_ Je suis contente que tu sois là, avoua-t-elle à mi-voix. Ça faisait longtemps qu'on ne s'était pas vus.

Il hocha la tête, un peu gêné. Depuis que, quelques années plus tôt, il était à nouveau intervenu dans sa vie, ils ne s'étaient plus quittés plus d'une semaine.

Elle se remémora sa joie, quand elle avait cru que Sam l'avait rappelée. En vérité, il s'agissait de Dean, qui ignorait qui était au bout du fil. Et en la voyant répondre, l'ange était intervenu, afin de ne pas risquer la vie de Claire. Il avait eu peur pour elle, et l'avait forcée à raccrocher le téléphone avant de pouvoir ajouter un autre mot. Il ne fallait pas que Dean sache qu'elle était encore en vie. Surtout pas. Sa protection dépendait en grande partie de son anonymat.

_ Pauvre gosse, murmura la blonde pour elle-même en s'arrêtant devant la chambre de l'hôpital psychiatrique dans lequel elle était censé travailler.

_ Il faut qu'on sache, Claire, répondit Castiel, parlant pour la première fois depuis deux heures. Mais sois gentille, d'accord ?

_ Je ne suis plus une gamine, Cas'. Je sais m'y faire avec les ados désorientés, t'inquiète. Toi, sois gentil.

L'infirmière entra dans la chambre, et s'assit tranquillement sur la chaise à côté du lit, où un adolescent aux cheveux bruns ébouriffés et aux yeux gris-verts était allongé. Il ne sembla pas faire grand cas de son arrivée, ne tournant même pas la tête pour la regarder.

_ Bonjour, dit doucement Claire, tentant d'attirer son attention.

_ Qu'est-ce que vous me voulez ? rétorqua l'ado d'un ton cassant, se tournant enfin vers elle.

_ Te parler, Elliot. Simplement te parler.

_ Me parler d'quoi ? Vous êtes pas psy, qu'je sache. J'en vois assez, t'façon.

_ Je te crois, expliqua-t-elle. J'aimerais vraiment que tu m'explique ce qui est arrivé… à… à ta sœur, il y a sept ans. Parce que quand j'ai lu ton dossier, je me suis aperçue que je te croyais. Tout ce que tu as vu, je l'ai également vécu, Elliot.

Un sourire un peu dérangé flotta sur le visage de l'adolescent.

_ C'est ça. Et pourtant, vous, vous êtes du bon côté de l'hôpital. Celui où l'soir, on peut partir, celui où on vous paie pour toutes les conneries qu'vous dites et qui n'servent à rien !

_ Raconte-moi, répéta-t-elle. S'il te plaît.

_ Allez crever. J'suis pas un monstre de foire. Ma sœur s'est faite crever par un connard, c'est ça qu'vous voulez entendre ?

_ Non, répondit Claire, commençant à s'impatienter.

Elle voulait bien être douce et gentille, mais au bout d'un moment, le caractère volcanique qu'elle avait eu à l'adolescence finissait par ressortir. Et à ce rythme-là, ce serait bientôt le cas.

_ Ce que je veux entendre, Elliot, c'est la vraie version, celle qui t'a envoyée ici ! Ça fait sept ans que tu répète la même chose, et pour une fois, quelqu'un est susceptible de te croire, alors raconte-moi !

Le visage d'Elliot se tendit, et d'une voix grave et d'un regard méprisant, il répondit :

_ Vous n'êtes pas une vraie infirmière, vous.

Oups, grillée. Bon tant pis. Claire poursuivit, sortant de son sac une photo de Dean et Sam, l'une des seules qu'elle possédait.

_ Ta description du tueur de ta sœur ressemblait étrangement à ce type. Qu'est-ce que tu en pense ?

_ Vous êtes flic ? demanda le gamin sans jeter un regard à la photographie.

_ Regarde.

Il obéit. Son visage parla pour lui. Il devint blanc comme un linge, déglutit difficilement, et ressembla tout à coup à un jeune enfant, et non plus à un adolescent de seize ans.

_ Que… Il… Il n'était pas humain, murmura-t-il difficilement.

Claire tressaillit, et posa doucement sa main sur l'épaule d'Elliot.

_ Je sais, acquiesça-t-elle.

_ L'autre type, vous l'avez retrouvé ? demanda-t-il d'une voix rauque, retenant un sanglot.

_ Il y en avait deux ?

_ Le… l'autre type sur la photo. Avec les cheveux bruns… Il… Je croyais qu'il était mort… Il l'est… ?

Claire n'entendit plus rien excepté les battements de son cœur résonnant dans ses oreilles. « l'autre type sur la photo – avec les cheveux bruns – mort ». Sam. Le soir où Dean avait tué cette gamine, Edith Jones, il avait également tué son… Non…

Elle sentit les dossiers dégringoler de ses mains, tomber par terre. Dans un bruit indistinct, elle entendit le gamin parler.

_ Claire ! cria Castiel dans son oreille gauche.

Elle tressaillit violemment, et ne s'aperçut qu'elle qu'elle pleurait qu'à ce moment-là.

_ T'as entendu ce qu'il a dit, Castiel… ? interrogea-t-elle d'une voix entrecoupée de sanglots.

_ J'ai entendu, répondit-il, faisant des efforts pour paraître impassible. Sam n'est sans doute pas mort, Claire, il n'y a pas de soucis à se faire.

_ Vous êtes qui ?

Elliot avait l'air méfiant, ce qui se comprenait.

_ Et elle, elle est qui ? J'ai le droit de savoir, non ?

_ Elle s'appelle Claire Novak, et moi Castiel. On recherche l'homme qui… a tué ta sœur.

_ Vous avez aucune chance. Il était pas humain ce type ! Je m'en fous que personne n'veuille m'croire, j'vous préviens. Si vous l'cherchez, vous allez crever. Il avait des yeux noirs, et il pouvait s'téléporter. Et avant de tuer ma sœur, il a tué un autre type. Grand, le style garde du corps. Votre autre type, là, sur la photo. Il était couvert de sang, et mort, vous comprenez ?! Alors, toi avec ton imper d'clodo, et ta copine trop sensible, vous n'avez aucune chance !

_ Sam n'est pas mort, murmura Claire. Dean ne l'aurait pas tué, même en étant un démon.

Seule la remarque sarcastique d'Elliot Jones lui répondit :

_ L'espoir fait vivre.


Voilà... Je ne sais pas pourquoi, j'ai eu le besoin de pénétrer dans les rêves pleins d'espoir de Sam, ça me démangeait, donc voilà, c'est sorti !

Au prochain chapitre, Crowley qui donne une excellente idée à Dean. Autant dire que Sam va déguster (mais si vous êtes là c'est parce que vous aimez ça, bande de sadiques !). J'approche du milieu de la fiction, et les choses ne vont pas tarder à changer, histoire qu'on ne s'endorme pas (rassurez-moi, ce n'est pas le cas ?)

A la prochaine !