Je plaide coupable : mes chapitres sont de plus en plus courts. Je vous rassure (ou pas), le prochain est plus long. Et plus horrible. Celui-là est encore tranquille. Sinon, c'est le retour de Crowley ^^ Il nous avait manqué, non ? A moi oui, en tout cas.
Bon, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture !
Sam se réveilla, des cernes sous les yeux. Il dormait de plus en plus mal, ces derniers temps, et il savourait chaque instant de sommeil, plus encore quand il rêvait de son frère. Comme toujours depuis des milliers de sommeils, tout son corps le faisait souffrir. Des doigts fins de sa main droite, il tenta l'impossible, soit atteindre le dos de sa main. Comme il le faisait souvent ces derniers temps, il parvint à attraper le fil de la perfusion, et tira d'un coup sec. Il grimaça, mais l'infime douleur de l'aiguille arrachant des lambeaux de peau ne le faisait plus réellement souffrir depuis longtemps.
Il passa sa langue sur ses lèvres, et afficha un rictus. Il avait oublié sa lèvre fendue. Et dire qu'à côté de ça, son frère venait le voir fréquemment pour le raser et lui couper les cheveux. Jamais trop court, bien sûr. Dean tenait à ce que les mèches de Sam restent à leur niveau initial, frôlant simplement ses épaules.
Il ignorait quand est-ce qu'il avait entendu la voix de quelqu'un d'autre que Dean pour la dernière fois… Il y avait eu Crowley, une fois, au téléphone… Peut-être une quinzaine de sommeils auparavant.
_ Hello mon Sammy préféré ! claironna Dean en entrant.
Et derrière lui, traînant les pieds… Sam écarquilla les yeux.
_ Tu te rappelle de lui, mon petit frère chéri, j'ai pas besoin de te le présenter…
Crowley.
_ Salut Sam, commenta le roi de l'enfer.
Le chasseur ne répondit rien. Dire que pendant un temps, il avait considéré Crowley comme un allié, voire comme un ami. Quel crétin il avait été.
_ Ça fait longtemps qu'il est là ? demanda Crowley d'une voix désinvolte.
Tout le corps de Sam se tendit, et il réprima un gémissement de douleur à ce mouvement involontaire. Enfin, il saurait combien de siècles il avait passé dans cette foutue chambre.
Pas si stupide, le démon se pencha à l'oreille de son ami, et y murmura quelques mots.
Sam vit un éclair de pitié passer dans les yeux de Crowley. Comme s'il avait besoin de ça. Ce n'était pas la pitié de Crowley, fut-il le roi de l'enfer, qui le sauverait. Qui le libérerait.
Le chasseur avait appris à être silencieux, même quand il savait qu'il allait souffrir. Il gardait ses cris pour quand la douleur se présentait. Mais, presque malgré lui, il se mordit la lèvre inférieure en voyant Dean sortir un paquet d'allumettes. Son hoquet de douleur quand ses dents entaillèrent sa lèvre déjà fendue fut clairement audible, et agrandit le sourire de son frère.
La nouvelle passion de Dean : les allumettes et leurs usages multiples.
Il avait déjà de nombreuses cicatrices de brûlures qui en attestait.
_ Tu veux tester, Crow' ? proposa Dean.
_ Je te laisse à ton… orgasme, répondit calmement le démon, avec un sourire qui indiquait que seul Dean pouvait comprendre la blague qui le fit par ailleurs éclater de rire.
_ Putain, ouais. Je savais que t'étais pas un pote pour rien.
Le blond craqua l'allumette, qui s'enflamma immédiatement. Sam ferma les yeux. Il connaissait la suite, savait que c'était plus simple quand il ne voyait pas arriver la flamme.
Une lueur dérangée brillait dans les yeux de Dean, songea-t-il, ses paupières baissées. Comme si le fait d'avoir un spectateur l'encourageait.
Dean lâcha l'allumette sur la main gauche de Sam, celle bandée et attachée contre sa poitrine. Aussitôt, son poignet s'enflamma. Le chasseur, au-delà de la douleur et de ses hurlements, ne parvint à penser qu'une chose : il était un crétin. Il avait cru que Dean voulait le désinfecter la dernière fois qu'il lui avait versé une bouteille de rhum sur la main. Maintenant il comprenait.
Très rapidement, ses cordes vocales le brûlèrent, ses yeux secs de larmes qu'il avait déjà trop versé. Dean attendit quelques éternités, sous le regard fasciné de Crowley, pour éteindre le feu, à l'aide d'un torchon humide puis d'un seau d'eau.
_ Fascinant, commenta le roi de l'enfer quand le silence s'abattit sur la pièce.
_ Encore, ce n'était pas grand-chose, râla Dean. Sincèrement, là, Sammy, je suis déçu. J'attendais tellement plus de toi, petit frère. C'était limite au niveau des cris, et tu ne t'es même pas débattu.
Un rire amer menaça de s'échapper de la bouche de l'humain, qui se contint juste à temps : son frère détestait ça, et il avait dépassé la période de provocation. A présent, il était concentré sur une seule chose : survivre sans souffrir… ou mourir. Combien de fois avait-il supplié Dean de le tuer ? Il avait arrêté quand il avait compris que cela mettait Dean en rage.
_ Tu allais dire quelque chose, Sam ? demanda le chevalier de l'enfer.
Il resta obstinément silencieux. C'était peut-être de la provocation, c'est vrai, mais il avait ses limites. Il était un Winchester, ou du moins, il l'avait été avant que Dean ne le dépouille de son humanité.
Calmement, lentement, Dean se rendit du côté droit du lit de Sam, et attrapa l'aiguille qu'il serrait entre ses doigts.
_ Encore raté, Sammy.
Sans douceur, il enfonça l'aiguille dans une des veines bleues ressortant sur la peau livide de Sam, et lui tapota la tête :
_ Mais c'était bien tenté, mon petit frère chéri. Je suis content de voir que tu ne cède pas. C'est adorable, cette façon que tu as de continuer de lutter tout en me suppliant de te tuer.
Les mots sortirent tout seul. Sam fut soudain incapable de les contenir, et il se mit à injurier Dean sans parvenir à s'arrêter.
_ Espèce d'enfoiré de fils de pute ! Connard de salopard de mes deux ! Foutu monstre !
Et cela continuait. Et plus fort il hurlait, plus les larmes coulaient, et plus le sourire de son frère semblait s'agrandir.
_ Et arrête de te marrer, putain ! cria Sam d'une voix cassée, tirant sur ses liens pour se jeter sur Dean.
Le démon explosa de rire :
_ Ça me fait tellement de bien de te voir comme ça, Sammy. Tellement… détruit.
Sam réunit le peu de forces qu'il lui restait pour cracher au visage de Dean, qui ne parut pas apprécier. Le rire de son frère se transforma en rictus, alors qu'il lui agrippait les cheveux – si Sam s'en sortait, il se promit de tout raser. Ils offraient une trop bonne prise à tous ses ennemis – et l'obligeait à le regarder dans les yeux :
_ Je vais te briser, Sammy. Je te le jure.
Les lèvres du démon s'écrasèrent sur les siennes avec brutalité, et sa langue pénétra sa bouche sans plus de douceur.
Quand il s'écarta enfin, Sam sut qu'ils avaient tous deux pensé à la même chose, alors qu'un sourire victorieux s'affichait sur le visage de son frère.
« Si ce n'est pas déjà le cas. »
Crowley regarda ce qu'il restait de Sam Winchester.
Plus grand-chose, pour être honnête.
Ses jambes étaient ensanglantées et déformées, et il doutait que l'humain puisse remarcher un jour. Bordel, il baignait dans sa merde et sa pisse, et ça ne semblait même pas le déranger.
Il avait maigri, perdu de sa carrure. On pouvait voir son torse à travers son t-shirt blanc déchiré, tout aussi ensanglanté que ses jambes. Il était couvert de cicatrices. Brûlures, ou blessures à arme blanche, ou quelque chose qui ressemblait à de l'acide, et il en passait et des meilleures.
Et son visage, qui ressemblait à un steak tartare, comme s'il était tombé tête la première sur du béton ou des graviers. Sa lèvre inférieure était fendue, il avait un œil au beurre noir qui datait visiblement, et des hématomes un peu partout, traces de poings et griffures.
Mais le plus impressionnant, c'était ses yeux. Ses yeux verts, si brillants d'intelligence, de joie de vivre, et de cette touche d'innocence propre à Sam Winchester. Il n'avait jamais vu aucun chasseur, après tant d'années de service et une enfance comme celle qu'il avait vécu, encore doté de cette lueur unique aux enfants, comme il n'avait jamais vu de chasseur aussi idéaliste.
C'était réglé. Dean avait fait tout le boulot. Les yeux de Sam Winchester ne brillaient plus que de peur, de colère, de souffrance et de rage, et ce à de rares moments, quand son frère était là. Quand ils étaient entrés, les prunelles de Sam étaient ternes. Mortes.
Il avait cru qu'il allait vomir, quand Dean lui avait dit depuis combien de temps Sam était emprisonné ici, incapable de bouger et nourri à la perfusion. Il n'était pourtant pas émotif, quoi que ces derniers temps, ce soit sujet à la discussion.
Sept ans et neuf mois. Presque huit ans.
Et après, Dean s'étonnait que Sam ne lutte plus autant qu'avant.
A nouveau, il pensa à Castiel. Il était clair que le chevalier de l'enfer n'avait pas la moindre intention de tuer son frère, et avait plutôt l'intention de poursuivre ses tortures pour l'éternité. Devait-il prévenir l'ange ? Le bien de Sam Winchester valait-il la peine de risquer sa vie ?
Comme ça, tout de suite, il aurait dit non.
De plus, à bien y réfléchir, Sam avait peu de chance de retrouver une vie normale, même s'il s'en sortait. Il serait toujours hanté par ce que Dean lui avait fait subir. Toujours marqué, jamais il ne vivrait une vie véritablement heureuse.
Les Winchester avaient-ils déjà vécu une vie normale ou heureuse ? Peu importait. Avaient-ils déjà survécu à des choses auxquelles personne d'autre n'aurait survécu ? Très certainement.
_ Je vais aux chiottes, annonça Dean.
Quatre-cent ans de vie n'avaient pas amélioré son langage.
_ Tu peux t'éclater, si tu veux, tant que tu ne me le tue pas.
Et sur ces mots, le démon sortit. Sam, le regard dans le vide, ne parut pas s'en apercevoir. A nouveau, Crowley pouvait le comprendre. Son frère venait de lui rouler quelque chose qui aurait pu ressembler à la pelle du siècle si Sam n'avait pas été attaché, et qui, du coup, était plus un viol buccal.
_ Sam…
Le chasseur ne répondit pas, tournant simplement doucement la tête vers lui. C'est là que Crowley pu voir les traces dans son cou. Il n'y avait que des hématomes, Dean ne voulant sans doute pas tenter le diable, mais de formes en tout genre. Le roi y reconnaissait des traces de doigts et de cordes, mais les autres lui étaient inconnues.
_ Tu as l'air… mal en point.
Un sacré euphémisme. Il avait l'air agonisant.
Pourtant, Sam ne releva pas. Son visage se tordit en une grimace sombre, et il jeta un regard rapide à la porte :
_ Crowley…
Son nom était une supplique.
_ Fais-le, je t'en supplie…
Tout en lui, son visage, sa voix, son corps, tout en Sam Winchester disait exactement ce que Crowley entendait. « Je t'en supplie. Tue-moi »
Crowley se souvenait d'une époque où le fier Sam Winchester n'aurait supplié que pour une seule chose : la vie de son frère.
_ Dean me tuerait, répondit-il calmement.
Sans cela, sans cette peur pour sa vie, il l'aurait fait. Il aurait achevé Sam comme il aurait achevé un animal blessé. Mais il tenait à sa vie plus qu'à la mort de Sam.
_ Combien de temps ça fait, que je suis ici ? demanda le chasseur d'une voix fatiguée.
Le démon se mordit les lèvres, et ne répondit pas.
_ Mets fin à notre contrat, articula l'humain sans qu'un son ne sorte de sa bouche. Je t'en prie…
_ Dean a été très clair là-dessus également.
_ Tu es le roi de l'enfer, murmura Sam. Putain, tu parles… Le chien de Dean, ce serait plus juste…
_ Je tiens à ma vie, c'est tout. Et je ne la risquerais pas pour t'aider à te suicider, Sam.
Un ricanement rauque sortit de la gorge abîmée du blessé, qui ferma les yeux quelques instants.
_ Un salopard de lâche…
Le poing de Crowley partit tout seul, brisant le nez de Sam, qui se mit à tousser, alors qu'une gerbe de sang coulait de ses narines.
_ Allez, Crowley. C'est tout ce que tu sais faire ?
Les yeux verts étaient remplis de larmes de douleur, mais sa bouche se tordit en un rictus provoquant :
_ Tu ne tapes pas très fort, pour un connard. Ça m'étonne que Dean ne t'ait pas encore détrôné.
_ Ta gueule, grogna le démon.
_ C'est tout ce que tu as à répondre ?
Le chasseur cracha un peu de sang, ses dents blanches tâchées par le liquide écarlate.
_ Bordel de Dieu, Crow', tu es vraiment décevant. Tu m'étonnes que Rowena m'aie demandé de te tuer… Moi je t'aurais noyé à la naissance.
Les deux mains de Crowley trouvèrent facilement la zone sensible du cou de Sam, au cri de douleur qu'il poussa.
Et il le vit sur son visage. Quelque chose, rien de véritablement défini. Comme une grimace. Dérangé. Sam était dérangé. Et il voulait que Crowley le tue. Le démon était loin d'avoir le self-contrôle de Dean. Il était sur le point de le faire, juste pour faire taire le chasseur.
Le cœur battant, le roi s'écarta, laissant Sam prendre une profonde inspiration, qui le fit manifestement souffrir, vu la grimace qu'il esquissa.
_ Alors, tu t'es éclaté ? demanda Dean en entrant, une bière à la main.
Il haussa un sourcil, amusé par le sang qui coulait du nez de Sam :
_ On dirait bien que oui. Tu bois un coup, Crow' ?
_ Dehors, répondit Crowley, le souffle court. Pas ici.
Si le démon comprit ce qui s'était passé, il ne dit rien, ce contentant d'indiquer la porte à Crowley. La dernière vision que le roi de l'enfer eut de Sam, fut celle d'un homme agonisant, effondré sur un lit, le regard perdu dans le vide.
_ Ça a l'air de t'avoir éprouvé, commenta Dean en lui tendant une bière.
_ Ton frère est malin, marmonna Crowley. Doué.
_ Très. Si tu savais le nombre de fois où j'ai failli le tuer. Il est tellement provocateur. Enfin bon… Il l'était plus il y a quelques années.
_ Tu n'arriveras sans doute jamais à faire pire que ce que tu lui as fait.
_ J'ai encore beaucoup d'imagination, et un bon millier de joujoux qui n'ont jamais servi. J'ai pas encore fait les chocs électriques.
_ Ce n'est pas ce que je voulais dire.
Il l'avait compris à la manière dont Sam s'était raidi quand son frère l'avait violemment embrassé. Ce que Dean avait du faire à Sam… Une barrière que même lui n'avait jamais franchi.
_ Qu'est-ce que tu voulais dire, alors ? insista Dean.
_ Disons que beaucoup de gens s'accordent à dire que rien n'est pire qu'un viol, répondit Crowley avec réticence, comme si ne pas prononcer ce mot changerait les choses.
Brusquement, le visage de Dean se fit rêveur, son sourire éclairant son visage. Le roi de l'enfer sentit son cœur battre à tout rompre, alors qu'il comprenait ce qu'il venait de faire.
_ Une putain de bonne idée, murmura le chevalier de l'enfer entre ses dents.
Si les démons avaient pu avoir des vertiges, Crowley en aurait eu, en comprenant qu'il venait d'offrir à Sam Winchester la torture qui l'achèverait définitivement.
Oui, je suis un monstre. Un horrible monstre. Au passage, la fiction passera en rating M au prochain chapitre, parce que... vous vous doutez. On remercie Crowley, les enfants !
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