Ce que vous attendiez toutes. La libération de Sammy ! (il était temps). Mais ne vous croyez pas débarrassé de Dean trop vite ^^
Sam restait immobile, le regard perdu dans le vague. Il ne voyait plus rien. Il n'entendait plus rien. Il ne sentait plus rien. Il ne ressentait plus rien.
Une statue de cire aurait eu l'air plus vivante.
Parfois, des cris, de la douleur, le sortait de sa transe. Il apercevait Dean, qui le frappait, hurlait, pétait les plombs. Il attendait une réaction de son petit frère.
Le démon avait tout essayé, de la douceur la plus excessive à la douleur la plus intense.
Oh, Sam criait. Il pleurait de douleur, se débattait et avait encore plus mal quand il employait un membre abîmé par la torture. Mais les traits de son visage restaient vides. Sans émotion. Ce n'étaient que des réflexes de survie.
Les seuls moments où Dean parvenait encore à percer sa carapace, c'était durant ce moment où il l'emmenait se laver. Durant les instants où l'eau touchait la peau du chasseur, ses yeux verts s'écarquillaient de terreur à l'idée de ce qui allait suivre, ses lèvres s'entrouvraient, dévoilant des dents plus si blanches, plus si droites, et la plupart du temps, il tentait de vomir quelque chose qui ressemblait à de l'eau.
Et puis, il le sortait de la baignoire, et les coups de poings, de pieds de l'humain étaient plus combatifs, menés par la peur et l'énergie du désespoir. Et les larmes qu'il laissait couler étaient réelles. De l'horreur, de la terreur, de la douleur. Du sang, de la sueur.
Dean aimait ce cocktail explosif. Alors quand il s'agissait de tout ces ingrédients, appartenant à Sammy, ça le faisait bander presque sur le coup.
Sam ne parvenait pas à s'empêcher d'y penser.
C'était ça que Dean ignorait.
L'esprit du chasseur était son meilleur bourreau.
Quand il était immobile, silencieux, réfugié au fond de sa tête parce que l'extérieur était trop dur à gérer, ce n'était pas du répit.
C'était une nouvelle torture.
Il entendait les cris rauques de Dean, résonnant dans ses oreilles
Il sentait tous les muscles de Dean contre son dos, l'arrière de ses cuisses.
En lui.
Et il sentait la saleté invisible qui couvrait son corps. Sa peau, qu'il avait envie de frotter, de lacérer avec les ongles jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien. Ses cheveux, qu'il voulait couper, arracher, que son démon de frère semblait tant aimer, au point de glisser ses mains dedans quand il jouissait.
Mais cette saleté n'était pas qu'à la surface. Elle parcourait ses veines, ses muscles, ses os, ses organes. Il avait du sang de démon dans les veines. Environ cinquante pour cent de son patrimoine génétique, il le partageait avec Dean. Il était comme Dean. Certes, il lui manquait les yeux noirs, mais il était comme lui. Un monstre.
Sam aurait aimé ne plus être lui.
Il aurait aimé ne plus être rien du tout.
Sam et Dean échangèrent un long regard. Correction : Dean fixa Sam dans les yeux un long moment, pendant que ce dernier, enfermé dans sa torture intérieure, ne réagissait pas, essayant de se concentrer sur la réalité plutôt que sur les souvenirs que lui envoyait son esprit.
_ Hey, Sammy !
Douceur, aujourd'hui, analysa machinalement son esprit, mais aussitôt, l'attention de Sam fut renvoyée dans les odieuses rétrospectives.
_ Comment tu vas, aujourd'hui ?
Pas de réponse. Il n'y en avait jamais.
_ Sam, réponds, bordel de merde !
La gentillesse forcée venait de laisser la place à la colère. Après quelques imprécations, Dean lui fêla trois côtes à l'aide de deux coups de poings vigoureux, puis l'étouffa presque jusqu'à l'évanouissement.
Comme toujours, le corps de Sam se débattit.
Comme toujours, l'esprit de Sam resta coincé dans ses souvenirs.
Il aurait préféré sentir la douleur.
Pas un mot construit ne sortit de sa bouche.
Plus de suppliques.
Plus de provocations.
Son corps vide de tout sentiment leva la tête vers Dean pour croiser son regard. Dans ses prunelles vertes, il pouvait déceler de la colère, mais également de la peur.
Peur d'avoir cassé son jouet.
Peur d'avoir perdu son frère.
Quelques semaines auparavant, Sam aurait espéré que ce soit la deuxième hypothèse.
Sa froide logique lui expliqua immédiatement que c'était la première, et il la cru. Parce que c'était le cas.
_ Sammy, toi et moi on va faire un truc. Je vais me casser disons… Deux semaines. C'est beaucoup deux semaines. Pendant ce temps, tu vas te remettre de cette connerie, et quand je reviendrais, tu crieras comme avant. Tu pleurnicheras, tu me suppliera de te tuer, de ne pas te faire de mal, et tout.
C'était presque du désespoir qu'il lisait dans les yeux de Dean.
Il resta silencieux. Comme toujours.
Une fois de plus, les lèvres de Dean se posèrent sur celles de Sam. Pour la première fois, avec douceur. Comme pour sceller un contrat. Il serait caduc : Sam n'avait plus d'âme à vendre.
Sam avait les yeux fermés quand il entendit le bruit à côté de lui. Les deux semaines étaient-elles déjà écoulées ? Ou Dean en avait-il eu marre avant ?
Il entrouvrit l'œil droit, d'où provenait le bruit, et aperçut à travers ses cils, le démon en train de changer la perfusion.
Trop intelligent.
Il ne mourrait pas de sitôt, apparemment.
Sam avait toujours cru que quand les gens n'étaient ni morts ni vivants, ils étaient forcément des vampires, anges, démons, monstres et autres horribles choses qu'il chassait à l'époque.
Il s'était trompé.
On pouvait avoir un cœur qui battait, n'être ni vivant, ni mort, ne même plus être humain, et tout de même exister.
L'exemple en était avec lui.
Sam se réveilla. Pas de sursaut, cette fois. Il ouvrit les yeux, plus par automatisme qu'autre chose. Il y avait cet instant de répit, entre le moment où il se réveillait, et celui où son esprit l'obligeait à replonger dans ses souvenirs.
Mais tout son être fut soudain stoppé dans ces moments du quotidien.
Ce n'était pas Dean qui l'avait réveillé en ouvrant la porte.
Il rêvait.
L'homme qui avait ouvert la porte, et qui s'avançait à présent dans la pièce, était de taille moyenne. Ses cheveux noirs étaient ébouriffés, comme s'il sortait du lit. Son trench-coat beige était ouvert, et dévoilait toujours la même chemise, toujours la même cravate. Il était le même qu'à leur première rencontre.
Sam rêvait, il le savait.
Il avait déjà pensé un nombre incalculable de fois qu'il viendrait le sauver. Dans ses scénarios favoris, c'était Dean qui venait, mais l'ange était son numéro deux. Après venait Crowley, c'était dire à quel point il était désespéré.
Il vit le visage de l'ange se crisper.
_ Sam… murmura-t-il d'une voix rauque.
Sam ne dit rien. Son cœur ne battait pas plus vite.
Il savait qu'il rêvait.
Le meilleur moyen de ne plus avoir de faux-espoirs était d'ignorer ce rêve stupide.
Il tourna la tête, ferma les yeux.
Il ne sortirait jamais de cette chambre.
Castiel était dissimulé derrière la maison, tâchant de déterminer s'il s'agissait d'un piège. Crowley en était capable, après tout. Il y resta plusieurs jours, cachant ses pouvoirs du mieux possible, observant les allées et venues de Dean.
Cette maison était comme toutes les autres, dans un des nombreux petits villages qui vivaient privés de technologies avancées telles que les iLentille, ou autres dernières innovations, se contentant des appareils préhistoriques tels qu'ordinateurs, téléphones, ou encore tablettes.
Une jolie maisonnette de plein pied, avec un joli jardinet possédant même un parterre de fleurs. Pas exactement le genre d'endroit où il aurait cherché Dean.
Il attendit exactement huit jours, cachés où il était, afin de connaître les habitudes de Dean. Ce ne fut que le neuvième jour qu'il entra dans la maison, un quart d'heure après le départ du démon.
Là encore, à l'intérieur, tout était normal. Ancienne cuisine, fonctionnant à l'électricité. Idem pour la salle de bain. Le démon devait avoir le mal de son temps.
Un détail attira l'attention de Castiel : le sang dans la baignoire. Dean s'était-il blessé, ou était-ce le sang de quelqu'un d'autre ? De Sam ?
Mais pas la moindre preuve d'un autre occupant dans le reste de la maison.
Le lit était défait, et des traces de sperme maculaient les draps. L'aîné des Winchester avait toujours aimé les femmes, et manifestement, le fait d'être un démon ne changeait pas les choses.
L'ange commençait à être agacé. Crowley lui avait-il menti ? Très vite, sa colère se changea en inquiétude : Dean avait-il finalement tué Sam ?
Il retourna dans la cuisine, ouvrit les placards. Dans le congélateur, il trouva des poches de plasma et d'une solution transparente. Si son cœur avait battu selon ses émotions, celui de Castiel aurait accéléré. Dean n'avait pas besoin de ça. Il le gardait pour quelqu'un d'autre.
Il se représenta la maison, d'abord de dehors, puis de l'intérieur. Quelque chose clochait. Il y avait un espace qui n'était occupé par rien.
L'ange mit quelques instants à comprendre, et ouvrit l'armoire, poussant les vestes et les chemises sur les cintres. Et derrière se dessina…
Une porte.
Il l'ouvrit rapidement, soulagé de ne rencontrer aucune résistance.
Rien ne l'avait préparé au spectacle qui l'attendait à l'intérieur.
La pièce était petite, mais vide à l'exception d'un lit.
Un lit dans lequel reposait quelqu'un qu'il avait connu un jour.
L'un de ses meilleurs amis.
Si Castiel n'avait pas su de qui il s'agissait, il ne l'aurait sans doute pas reconnu.
Une barbe d'une quinzaine de jours, des cheveux en bataille, des traits tirés, le regard vide d'un zombie.
L'ange ouvrit la bouche sous le choc.
Depuis combien de temps Sam était-il ici ?
Son regard vert le toisa – lui passa dessus sans le voir.
_ Sam…
Et le chasseur tourna la tête.
Castiel en fut presque heureux. Il ne pourrait pas voir ses larmes.
Ça ne pouvait pas être Sam. Pas le Sam Winchester qu'il avait connu.
Je suis désolé, avait-il envie de crier. Il était prêt à supplier son pardon. Mais ce n'était pas le moment.
À pas lents, il s'approcha du lit. Sam ne réagit pas.
_ Dean reviendra d'ici une demi-heure, articula Castiel, se fichant de parler dans le vide. Je vais te détacher, d'accord ?
Aucune réponse. Une larme coula de l'œil gauche de Castiel.
Il devait se reprendre. Rapidement, il défit les nœuds trop serrés qui entravaient le poignet droit de Sam. Pas une réaction. Son bras ne bougea pas, comme s'il était toujours attaché.
Ce fut en se penchant que Castiel eut droit à un aperçu sanglant des tortures que Dean avait infligé à son frère. Le corps de Sam était nu, et couvert de cicatrices et blessures en tout genre. Ses pieds n'avaient plus d'ongles. Ses jambes étaient déformées, et…
Il tressaillit. Des clous dépassaient des cuisses autrefois fermes et musclées de Sam.
Ce n'était pas le moment de se laisser aller à du sentimentalisme.
Il ne pourrait jamais soigner tout ça d'un coup. Plutôt que de gâcher bêtement son énergie et se retrouver désarmé si Dean revenait en avance, Castiel glissa ses bras sous le corps inerte de Sam, tentant de ne toucher aucune plaie, ce qui était impossible. Pour ça, il aurait fallu ne pas toucher Sam.
Il le souleva, ignorant les gémissements du chasseur :
_ Ce sera bientôt fini, promit-il à mi-voix. Je te le jure, Sam. Tout sera bientôt fini.
Dean rentra en sifflotant. Les deux dernière semaines avaient été longues, mais elles étaient enfin finies. Sam allait recommencer à gueuler, qu'il le veuille ou non. C'était même carrément mieux s'il ne le voulait pas. Son instinct lui souffla que quelque chose clochait quand il trouva la porte ouverte. Immédiatement, son air désinvolte le quitta, et il entra, sur ses gardes.
_ Je sais qu'il y a quelqu'un ! prévint-il d'une voix calme, sa main se refermant sur un couteau caché derrière le porte-manteau.
_ Si vous vous montrez, je ne porterais pas plainte, lança-t-il d'une voix douce.
Quelqu'un avait retourné sa maison, laissé tous les placards de la cuisine et de la chambre ouverts.
_ Enfin, disons que je ne vous tuerais pas, corrigea-t-il, laissant ressortir son côté démoniaque. Pas trop lentement, en tout cas…
Le congélateur était ouvert, et le tiroir réfrigéré contenant ce qu'il destinait à Sam l'était également.
Le cœur du démon s'accéléra. Quelqu'un était venu ici, avec la manifeste intention de trouver quelque chose. Quelqu'un.
Il se précipita vers l'armoire qui dissimulait la porte de la chambre de Sam, faillit hurler en voyant les cintres écartés.
À l'intérieur, la chambre était vide. La corde qui maintenant Sam attaché au lit était défaite.
_ Non ! hurla-t-il, assez fort pour se déchirer les cordes vocales. NOOOOOOOOOON !
Sam n'avait pas le droit de partir. Pas après huit ans passé ensemble. Pas après huit ans à s'habituer à lui, à ses provocations, à ses rires amers, à ses pleurs et à ses gémissements.
_ SAAAAAM ! cria-t-il.
Il n'avait pas pu aller bien loin. Pas avec des jambes en vrac et une santé instable. Pas avec des envies suicidaires.
Pas tout seul.
Le démon se figea. Réfléchit. Employant chaque fibre de son pouvoir à vérifier si un autre être inhumain était entré dans cette pièce. Il décela la forte présence de Crowley, environ un mois et demi plus tôt. Et une ombre dissimulée, n'utilisant pas ses pouvoirs. Angélique.
Castiel.
Un sourire carnassier se dessina sur ses lèvres.
Le fils de pute allait payer. Et si jamais il décidait d'accorder à Sammy ce qu'il voulait… Son cœur se glaça d'effroi à cette idée. Il avait gardé Sam en vie, toutes ces années. C'était son boulot de grand frère. Jamais il ne l'aurait laissé mourir.
Si jamais Castiel mettait fin aux souffrances de Sam… Des larmes de rage coulèrent des yeux verts de Dean. Il n'avait pas fait tout ça pour rien. Avec lui, Sam ne serait jamais mort. Il avait veillé sur Sam comme papa le lui avait demandé des siècles plus tôt, et il avait réussi ! Sammy était encore en vie !
Il frappa des deux poings contre le mur, sans en ressentir la moindre douleur. Il aurait presque aimé que ce soit le cas.
Castiel allait crever, et lui rendre son petit frère. Il n'avait pas le choix.
Il avait toujours su que l'ange voulait se mettre entre eux, et avait presque failli réussir. D'abord proche de Dean, il s'était ensuite rapproché de Sam quand celui-ci faisait des recherches pour le guérir de la marque. Il avait manipulé son petit frère, lui avait dit que ce que Dean devenait n'était pas bien.
Ce qu'il était devenu était très bien, et si l'angelot manipulateur n'avait pas été là, Dean aurait eu bon espoir de rallier Sammy à sa cause. Un peu de son sang, un peu de sexe, un peu de sentiments, et il l'aurait tenu par les couilles. Ensuite, les frères Winchester auraient pu parcourir le monde ensemble, le mettre à feu et à sang, vivant enfin une vie libre et sans trop de dangers. Une vie heureuse.
Il en avait eu des projets pour Sam, mais Castiel avait tout gâché, avait plongé son frère du mauvais côté, celui des perdants, des « défenseurs du bien et blablabla ». Et à cause de ça, pour le garder avec lui, Dean était obligé de faire souffrir son petit frère. Pas que ça le gênait, au contraire, ça le faisait bander.
Mais, merde, l'avoir à ses côtés, consentant, avec des yeux noirs et un grand sourire, c'était encore plus sexy. Les deux démons auraient été les maîtres du monde.
_ Foutu connard, je vais te retrouver, et je vais te tuer. Et après je récupérerais Sammy. C'est mon Sammy, pauvre enfoiré, menaça-t-il pour lui-même. Il t'appartiendra jamais comme il m'a appartenu. Et si tu crois te débarrasser de moi comme ça, tu te trompe. Sam voudra me rejoindre. Il ne tiendra jamais sans moi. C'est sûr.
Oui, c'était certain.
Peut-être que Dean ne pouvait pas vivre sans son frère, mais l'inverse était également vrai. Peu importait combien Dean le blesserait. Sam aurait toujours besoin de Dean pour vivre.
Voilà... ça fait bizarre d'écrire du point de vue de Dean, mais j'aime bien ! D'une certaine manière, il se considère encore comme le frère de Sam, d'une façon étrange et malsaine ! En tout cas, j'aime bien ^^
Mais ne croyez pas que Sam s'en sortira comme ça...
