Bon, voilà la suite ^^ sur ce coup-là, j'ai pas grand-chose à dire, à part que Sam continue à galérer comme depuis le début de cette fic, en fait !
_ Sam… ?
La voix qui tira le chasseur du sommeil était douce, quoiqu'un peu insistante. Claire, l'infirmière que Castiel avait appelé.
_ Est-ce qu'on peut parler ? demanda-t-elle, consciente qu'il était réveillé.
Il se redressa sur le canapé, content qu'elle l'ait tiré de son sommeil. Le cauchemar qui avait démarré n'était pas le moins terrifiant, au contraire. Dean. Encore Dean. Toujours Dean.
Dean et son lit plus confortable que celui sur lequel il avait été attaché pendant une éternité.
Il soutint son regard bleu, cerné mais brillant d'une excitation à peine contenue. C'était une des choses les plus simples, qui lui rappelait qu'il n'était pas dans un rêve. Les regards de Claire et Castiel, et de Dean étaient fondamentalement différents. Pour les deux premiers, il était bleu, plein de gentillesse et la plupart du temps, de pitié, de peur et de tristesse. Chez Dean, ça oscillait entre vert et noir, entre cruauté et folie.
_ Sam… Tu te rappelle de moi ? interrogea Claire.
Tout dépendait de ce qu'elle voulait dire par rappeler. Elle parut comprendre la question sous-entendue, et expliqua :
_ Je vous ai connu… D… Ton frère et toi, se reprit-elle avant de prononcer le prénom qui provoquait toujours chez Sam les plus longues crises de panique. Quand vous étiez des chasseurs… tous les deux. Avant la marque… Tu m'as connu enfant… Et adolescente. Tu t'en rappelle ?
Il fouilla dans son esprit, dans cette époque bénie qu'avait été les trente premières années de sa vie, à la recherche d'une « Claire », qu'elle soit enfant ou adolescente.
Immédiatement, une adolescente blonde trop maquillée le toisant avec arrogance se démarqua. Langue de vipère, sensible, peste, blessée, dangereuse, sans défense.
_ Claire Novak… répondit-il.
Il dévisagea la belle femme qui lui faisait face. Ses cheveux blonds étaient attachés en une queue-de-cheval plus pratique, elle n'était pas maquillée, et portait un jogging et un t-shirt. Elle était loin de l'adolescente qu'il avait connu.
Il ne demanda pas comment elle était encore en vie. Il ne demanda rien. Chaque mot était économisé au maximum, pesé et réfléchi, avant de sortir de sa bouche.
Mais, parce qu'il la considérait toujours comme une petite fille, au fond, cette jeune femme qui s'était occupée de lui, il marmonna d'une voix aussi douce et gentille qu'il le pouvait, tentant de l'empêcher de trembler :
_ Tu es devenu très jolie…
Elle lui sourit un peu. Un sourire doux, réservé. Bien loin de la gamine exubérante et agaçante au comportement autodestructeur qu'elle avait été.
_ Merci… Je te répondrais bien la même chose, mais tu n'as pas…
Elle s'interrompit. Il savait ce qu'elle allait dire. « Tu n'as pas changé ». Et ç'aurait été un mensonge. Parce qu'il s'était vu dans le miroir, les rares fois où il ne voyait pas Dean. Tout en lui avait changé. Il ne s'était jamais trouvé très beau, mais plutôt potable. Surtout à côté de son frère, il ne tenait pas la comparaison. Sauf que maintenant, il n'avait absolument plus rien de beau, ou même de potable. Ses yeux, seule chose qui avait toujours trouvé grâce pour lui, étaient ternes, son visage couvert de vieux hématomes ou de cicatrices qui ne partiraient sans doute jamais. Comme son torse, où se croisaient marques de brûlures, d'acide, ou d'un bon millier d'armes blanches, ou son dos, où il sentait les blessures de rasoir se rouvrir chaque fois qu'il bougeait. Les marques s'arrêtaient à son bassin, mais Sam les ressentaient encore dans tout son être, les tortures que Dean avait infligé à ses jambes.
Dean.
Dean.
Dean.
Son frère.
Tu n'es pas mon frère.
Bien sûr que si. Dean serait toujours son frère. Toujours.
Il crispa un instant les poings, mais ce fut suffisant pour qu'il sente la douleur remonter dans ses bras, ses épaules.
Le visage blanc de Claire disparut, son regard bleu qui lui servait d'ancre vers le monde réel.
La douleur.
Chaque fois qu'il bougeait d'un millimètre, il la ressentait, cette douleur.
Comme si Dean était encore là.
« Tu ne t'en sortira jamais, sans moi, petit frère. »
Il avait toujours eu raison, son grand frère. Toujours. Il avait toujours veillé sur lui, toujours été présent à tout instant de sa vie, qu'il soit dur et triste ou simplement heureux.
« Sans moi, tu n'es rien. »
Il avait toujours eu raison, son grand frère. Toujours. C'était « les frères Winchester ». C'était toujours les frères Winchester. Pas juste Sam. Sam, tout seul, il n'existait pas. Sam et Dean Winchester. Les frères Winchester.
« Tu as besoin de moi pour vivre, Sammy. »
Il avait toujours eu raison, son grand frère. Toujours. Il avait besoin de lui pour l'aider, le soutenir. Sans Dean… Sans Dean rien n'était possible. Dean était tout. Père et frère, ami et confident, protecteur et… Bourreau.
Bourreau.
Douleur.
« Peu importe ce que je te fais, Sammy. Tu reviendras toujours me supplier de rester avec toi. »
Il avait toujours eu raison, son grand frère. Toujours. Parce que là, maintenant, il avait besoin de lui. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean. Dean Dean Dean Dean Dean Dean Dean Dean DeanDeanDeanDeanDeanDeanDeanDean
_ Dean…
Claire avait bien vu qu'elle l'avait perdu. Juste après qu'elle ait failli gaffer sur le fait que Sam n'était pas censé avoir changé. Il avait changé. Il avait beaucoup changé. Mais bizarrement, elle trouvait une certaine beauté au corps décharné de Sam, un certain charme à ses cicatrices. Il ne retrouverait jamais sa beauté d'antan, et Dieu savait qu'il avait été sexy. Elle se sentit rougir un peu, se rappelant ses fantasmes d'adolescente sur le chasseur calme et raisonnable qu'il était alors. Elle était peut-être une adolescente, à cette époque, mais elle était réaliste. Sam Winchester n'était pas le genre d'homme à coucher avec une « enfant », et il n'était pas non plus le genre à coucher pour une nuit. Parfois, elle avait regretté de ne pas s'être entiché de Dean, qu'elle avait plus considéré comme un ami, un protecteur, presque un père, sur la fin. Parce qu'elle savait qu'avec lui, elle aurait peut-être eu une chance un jour.
Maintenant, elle avait le même âge qu'eux, à peu de choses près. Elle avait changé, eux aussi. Son protecteur et ami était devenu un monstre. Son fantasme et premier amour était brisé.
Parfois, les choses tournaient vraiment de façon merdique.
Claire n'essaya pas de ramener Sam à la réalité. Elle savait qu'elle ne pouvait rien faire. Il était ailleurs. Avec Dean. Son gémissement rauque avait été explicite. Ses yeux verts, paniqués, ouverts dans le vide. Elle se contenta de faire ce qui était en son pouvoir. Elle attrapa doucement sa main droite. Celle à peu près indemne. Lentement, elle lui caressa la paume, puis le dos de la main. Tentant de le retrouver. Espérant qu'il allait revenir avant de se mettre à pleurer comme il le faisait souvent quand il croyait qu'elle dormait.
Il serra son bras gauche contre sa poitrine. Elle vit les bandages qu'il avait laissé sur son poignet. Ils étaient sales, couverts de sang. Elle les frôla du bout des doigts. Ils semblaient noués de façon étrangement soignée.
_ C'est toi qui t'es fait ça ? demanda-t-elle à mi-voix, plus pour elle-même que pour Sam, qui, elle le savait, ne lui répondrait pas.
Ils étaient vieux. Extrêmement vieux. Mais de combien de temps… ?
_ C'est Dean qui me les as fait.
La voix du chasseur la fit sursauter. Des larmes coulaient sur ses joues, et ses mâchoires étaient serrées, comme s'il faisait un effort surhumain. Sa main droite s'était crispée sur la sienne.
_ Je ne les ait jamais enlevés. Lui non plus…
_ À quelle occasion ? interrogea Claire.
_ C'était il y a huit ans. Quand j'ai voulu en finir. Il m'a sauvé la vie.
La jeune femme tressaillit. Il y avait une telle ferveur dans ces mots. « Il m'a sauvé la vie. » Avant de te la rendre impossible ! eut-elle envie de hurler. Avant de te torturer, de te terroriser, de te détruire !
_ Vraiment ? répondit-elle pourtant, d'une voix aussi neutre que possible.
_ Dean ne m'aurait jamais tué, expliqua-t-il, confiant.
C'en était trop.
_ Sam, est-ce que tu te rends compte de ce qu'il t'a fait ?! s'insurgea-t-elle. Tu ne peux pas continuer à l'aimer après ça !
Il parut se prendre la claque de plein fouet, et son visage se métamorphosa :
_ Tu ne m'apprends rien, là, Claire.
Il tremblait un peu. Ses mains, plus particulièrement.
_ Je sais ce qu'il m'a fait mieux que toi. C'est moi qui était sur ce lit, pas toi. Dean m'aime… Il est dérangé, mais il m'aime…
Le pire, c'était qu'il semblait sincèrement convaincu de ses paroles. Il avait beau bafouiller, avoir l'air d'être sur le point de fondre en larmes, et trembler de tout son corps, il était convaincu de ce qu'il disait.
_ Sam ! s'exclama-t-elle. Bon Dieu, arrête un peu ! Reviens sur Terre, enfin !
Elle aussi se sentait sur le point de fondre en larmes.
_ Il ne voulait pas te tuer parce que tu étais la cible parfaite ! Tu étais immortel, mais pas trop ! Tu… Tu…
Elle se mit à sangloter, sans réussir à s'arrêter. Sam ne fit pas un geste vers elle, se renfermant au contraire sur lui-même, passant ses bras autour de ses genoux comme la première fois où elle l'avait vu.
_ Tu n'étais pas là, murmura-t-il d'une voix étouffé. Ni dans mon lit, avec moi, quand il me torturait, ni dans son lit quand il…
Il s'interrompit, et posa la tête sur ses bras. Moins d'un instant plus tard, elle l'entendit pleurer.
Claire, elle, n'y arrivait plus. Son esprit assimilait ce que Sam venait de lui dire. « Ni dans son lit quand il... »
Il n'y avait pas trois-cent choses que Dean avait pu faire dans son lit avec Sam. Et à entendre les sanglots de ce dernier, nul doute qu'il avait été loin d'être consentant.
Elle resta longuement silencieuse.
Sam aussi. Une fois ses sanglots séchés, il resta immobile, sans prononcer un son. Plusieurs heures. Et Claire savait qu'une fois de plus, il n'était pas vraiment là.
Crowley était inquiet. Parce que ça faisait un mois que Castiel ne répondait plus au téléphone. Parce que ça faisait un mois que Dean le harcelait. Il bloquait ses appels, ne décrochaient pas les numéros qu'il ne connaissait pas.
Le Roi de l'Enfer fuyait.
Une fois de plus, il composa le numéro de Castiel, espérant que ce dernier réponde enfin. Rien. Rien, rien, rien !
Il faillit s'énerver, jeter le téléphone par terre, mais n'en fit rien. Avec un calme feint, il glissa le portable dans sa poche, et commanda une autre bouteille de whisky au room-service de l'hôtel. Moins de trois minutes plus tard, on toqua à la porte.
_ Entrez… ordonna le démon d'une voix trainante.
_ Alors on commande du whisky, Crowley ? Du whisky d'un hôtel de seconde zone ? Tu me déçois.
Le roi sentit son sang se glacer. Dean s'adossa contre l'encadrement de la porte avec un petit sourire, débouchant la-dite bouteille de whisky.
_ Dean…
_ J'aimerais jouer à un jeu, Crowley, coupa le chevalier de l'enfer. Ça s'appelle, « coïncidence ou pas ? ». Que Castiel trouve où j'habite un mois et demi après que tu sois venu, coïncidence ou pas ?
_ Totale coïncidence, mentit Crowley, en opposant un visage impassible au sourire de Dean.
_ Fort possible, admit le démon. Et que Castiel, qui croyait Sam mort, se mette en danger pour le retrouver parce qu'une source inconnue le lui avait dit, coïncidence ou pas ?
_ Il est possible que j'ai évoqué la présence de Sam chez toi à Castiel, avoua Crowley, comprenant qu'il ne pourrait pas mentir à tous les coups.
_ Bien… commenta le démon. Et que tu ne répondes plus à aucun de mes coups de fil depuis que Castiel a récupéré mon petit frère et l'a planqué quelque part, coïncidence ou pas ?
Dean avait l'air à bout de nerfs. Prêt à tuer. Comme un drogué à qui on aurait enlevé sa coke. Bordel.
_ Coïncidence, assura Crowley, maîtrisant sa voix pour qu'elle ne tremble pas, ne bafouille pas.
Castiel avait sauvé Sam. Et lui, il allait mourir parce qu'il avait eu pitié. La seule fois dans sa vie où ça lui été arrivé. Il allait le payer chèrement.
_ Menteur.
Le roi de l'enfer ne trouva rien à répondre. Dean reprit, d'une voix glaciale.
_ Tu veux savoir ce que je crois, Crowley ? Je crois que tu m'as balancé à Castiel. Il savait où j'habitais, et aussi que Sam était vivant. Et je pense que c'est de ta faute si mon petit frère m'a été enlevé. Et étrangement, depuis qu'il n'est plus là, tu ne réponds plus au téléphone, Crow'. Tu n'aurais pas peur de moi, quand même ?
Crowley ne répondit pas. Il ne pouvait pas. La peur de mourir lui nouait les cordes vocales.
_ Maintenant, si tu veux rester vivant, tu vas faire exactement ce que je vais te dire, Crowley. Tu vas m'aider à tuer Castiel et à récupérer Sammy.
Crowley et Dean deviennent dangereux, mais qu'on se rassure, le plan de Dean est sur le long terme ! (c'est rassurant ça ?) Bref, je vous dis à la prochaine !
