Un personnage que j'avais envie de faire revenir, un tout petit peu de Megstiel (bah ouais, désolée... Moi j'aime bien, contrairement à la majorité des gens !), un tout petit peu de Sam et Claire, et beaucoup, beaucoup, beaucoup de Castiel.
Claire mit du temps à comprendre que quelque chose n'allait pas. Le matin, quand elle se réveillait, Sam était déjà debout. Elle lui demandait comment il allait, ce qu'il avait fait pendant qu'elle dormait. La réponse était automatique. Il allait bien, il avait pris sa douche et mangé le petit déjeuner.
Le doute envahit la jeune femme une semaine après leur arrivée. De une, le bruit de la douche aurait du la réveiller, de deux, la réserve de nourriture ne baissait qu'après son passage dans le frigo et les placards.
Le lendemain matin, elle se réveilla une heure plus tôt. Sam n'était déjà plus au lit. Étrange qu'elle se réveille toutes les nuits chaque fois qu'elle le sentait remuer sous l'emprise de cauchemars et qu'elle ne soit pas réveillée par son départ.
Elle se leva, et se dirigea vers la salle de bain silencieuse. Personne ne prenait de douche à cet instant, elle en était certaine. Sam était debout devant le lavabo, nu. Tout le bas de son corps était d'un écarlate soutenu, et il était en train de se frotter vigoureusement les hanches avec un gant de toilette. Certaines zones sensibles avaient été grattées jusqu'au sang, et manifestement pas pour la première fois. Il mit presque une demie-heure pour finir de se laver, alors que Claire l'observait, discrète, silencieuse. Apeurée.
Enfin, il laissa tomber le gant de toilette dans le lavabo, et se rhabilla, dissimulant tout ce qu'il venait de s'infliger.
Sans la voir, il traversa le couloir, rejoignit la cuisine, inconscient d'être suivi. Il s'affala sur une chaise, l'air fatigué. Il attrapa un pomme, croqua trois bouchées, avant de la jeter dans la poubelle.
Il se releva, alla s'asseoir sur le canapé, alluma la télévision. Elle le trouvait comme ça tous les jours en se levant.
Sam vit immédiatement que quelque chose n'allait pas avec Claire quand elle s'avança vers lui d'un air anxieux.
_ Bonjour, lâcha-t-il quand même.
_ 'lut…
Elle s'installa sur le canapé, se blottit dans ses bras.
_ Comment tu vas ?
_ Bien, mentit-il, comme toujours. J'ai déjà pris ma douche et mon petit déjeuner. Tu devrais y aller aussi.
_ J'irais après, murmura-t-elle d'une voix étouffée par son visage enfoui contre son épaule. Je peux… rester un peu ici ?
Il l'étreignit maladroitement, et lui assura qu'elle pouvait.
Le chasseur tressaillit un peu en sentant ses larmes couler sur son épaule. Claire pleurait, mais c'était le cadet de ses soucis.
Ce n'était pas grand-chose, des larmes. Juste un peu de sel et d'eau. Surtout de l'eau.
Et c'était bien l'eau le problème. Une chose qu'il ne pouvait pas avouer à Claire, qu'il avait réussi à dissimuler à la jeune femme et Castiel. Cette phobie de l'eau. Il pouvait la voir, mais c'était tout. Le moindre contact avec ce liquide le dégoûtait. Non, c'était faux. Ça ne le dégoûtait pas, ça l'horrifiait. Le terrifiait. Lui rappelait ses douches pré-viols. Il n'arrivait même plus à en boire, se contentant de jus d'orange et quelques fois de soda. Quant à la douche, il en était absolument hors de question. Il en était totalement incapable. Dès que de l'eau ruisselait sur sa peau, il replongeait dans ses souvenirs d'épouvante. Alors il faisait comme il pouvait, mentant à Claire. Il se lavait avec un gant de toilette sec, râpant la peau, en arrachant autant qu'il pouvait, tentant avec désespoir d'arracher en même temps cette saloperie qui le salissait, faisait de lui un monstre.
_ Est-ce que tu m'aimes, Sam ?
L'interrogation le prit par surprise. Est-ce que tu m'aimes ? Il n'en avait aucune idée. Aimait-il Claire ? Il lui devait beaucoup, et en avait conscience. Il avait toujours eu de l'affection pour l'adolescente rebelle, et du respect pour la femme adulte vivant à présent avec lui. Il l'appréciait. Comme une sœur, une amie, une protectrice. Non. Non. Non. Il ne pouvait pas aimer Claire comme une sœur. Parce que ce serait trahir Dean. Il n'aimerait jamais personne comme il avait aimé son frère. Une amie, peut-être. Oui, une amie. Et une protectrice. Son infirmière.
Dean avait été tout ce qu'elle était à présent. Unique frère, unique ami, unique protecteur.
Reportait-il l'amour qu'il ressentait pour Dean envers Claire ?
Claire était différente, et il le savait. Alors, oui, peut-être qu'il l'aimait, comme un Winchester pouvait aimer une autre personne que son frère.
_ Oui, finit-il par répondre honnêtement. Oui, Claire, je t'aime.
_ Moi aussi je t'aime, Sam, d'accord ? Je t'aime aussi…
Il ne dit rien, mais n'en pensait pas moins. Elle ne savait pas ce qu'elle disait. Elle ne savait pas qui il était, ce qu'il avait fait. Elle ignorait combien de fois Sam avait supplié Dean de le libérer, ce qu'il aurait été prêt à faire pour ça. Elle ignorait combien Dean avait sali son petit frère, combien ce dernier ressemblait à son aîné.
Elle aimait l'ancien Sam Winchester, qui traînait pourtant déjà son lot de casseroles.
_ Et je sais ce que tu as traversé, tu comprends, Sam ? Je comprends que ça puisse être dur, mais… Mais arrête de me cacher des choses, s'il te plaît. Sinon, je ne m'en sortirais pas. On ne s'en sortira pas.
_ Non, répondit Sam d'une voix rauque. Tu ne sais pas.
Elle resta silencieuse, ses pleurs augmentant.
_ Mais je veux t'aider, tu comprends ? Je le veux notre avenir, Sam ! Alors ne me laisse pas seule avec mes peurs et mes interrogations ! PARLE-MOI !
Les derniers mots étaient hurlés, et les ongles de Claire s'enfoncèrent dans son bras, heurtant d'anciennes cicatrices. Il ne dit rien. Ça ne faisait pas mal, comparé à ce que Dean lui avait fait subir.
Alors Sam parla. Il lui raconta tout ce qu'il n'avait pas dit. Il évoqua ses nouvelles phobies, et son désintéressement de la nourriture. Il n'avait tout simplement pas faim, et avait la nausée quand il mangeait plus de quelques bouchées de quoi que ce soit.
Il lui raconta ses cauchemars.
Et il lui parla des viols.
Meghara était une fille des rues. Minuscule, avec des cheveux noirs coupés courts, elle ne faisait pas ses onze ans. Ses grands yeux chocolats inspiraient la confiance et la gentillesse. C'était d'ailleurs ce qui lui permettait de vivre. Personne ne se méfiait d'une petite fille. Elle se contentait de menus larcins, mais ne crachait pas sur une bourse bien remplie.
Jusqu'au jour où elle s'en prit à la mauvaise victime.
En bousculant l'homme d'une quarantaine d'années, sa main glissa subrepticement dans la poche de son manteau, attrapa la bourse. Elle s'excusa, d'un air désolé, et il lui répondit d'un air un peu agacé, pas même attendri par son regard innocent.
Il mit un instant à comprendre, et elle le vit dans ses yeux. Immédiatement, elle fila aussi vite que ses petites jambes le lui permettaient, virevoltant dans la foule comme seul un enfant pouvait le faire. Elle tourna à l'angle d'une ruelle désaffectée, certaine qu'il ne le retrouverait pas.
Et là, oh effroi. Il l'attendait, la défiant de son regard d'un étrange et terrifiant jaune.
_ Oh, ça, gamine, tu vas payer, grogna-t-il.
Elle ne prit même pas le temps d'écouter la fin de sa phrase, fit volte-face, courant aussi vite qu'elle le pouvait. Elle haletait, au bord de la crise cardiaque, et continuait encore. Elle avait bien trop peur. Elle parcourut au moins trois kilomètres de détour dans la ville avant de s'arrêter, cœur battant.
_ Tu cours vite, petite.
Il était là, calme, sans un cheveu de travers. Elle lui jeta un regard noir, prête à se battre.
_ Du calme, princesse. Je ne te veux pas de mal. Tu cours vite, tu sais ? Et t'es maligne.
_ En plus je sais mordre, menaça Meghara.
_ Vraiment ? Tant mieux, puce. J'ai un marché à te proposer.
Meg ouvrit les yeux en grimaçant. Ses rêves viraient à la mélancolie. La prédiction d'une vieille voyante lui revint à l'esprit, la fit sourire d'un air amer.
« Les deux hommes de ta vie te tueront, gamine. »
Ouais, elle y avait cru. Azazel, premier homme de sa vie, qu'elle avait aimé comme un père, l'avait effectivement tuée, et fait d'elle un démon. Et pendant plusieurs siècles, elle avait cru que l'ange Castiel serait le deuxième, son amant, son amour. Sa licorne. Un rictus apparut sur ses lèvres. Elle avait cru que Crowley la tuerait alors qu'elle protégeait Castiel, mais non, même pas. Ce connard l'avait emprisonnée dans une de ses cellules de l'enfer. Et depuis quatre-cents ans, elle végétait dans cette cellule où Crowley l'avait probablement oubliée.
Dieu seul savait combien elle se faisait royalement chier !
Au moment où elle pensait ça, la porte s'ouvrit, et un homme, trop grand pour être Crowley à moins qu'il n'ait changé son vaisseau ridicule, apparut dans la lumière.
Tiens, tiens. Fascinant.
Dean Winchester.
Castiel parcourut rapidement ses notifications. Trois appels manqués de Crowley. Rien de nouveau en somme. Mais également un appel manqué d'un numéro inconnu, et un message vocal. Intéressé, Castiel déclencha sa messagerie. Une voix rauque résonna dans la pièce.
« Hey, Clarence... »
Une quinte de toux interrompit la démone, et Castiel sentit le sol se dérober sous ses pieds. Meg. C'était la voix de Meg. Meg, qui était morte pour lui quelques siècles plus tôt.
« Je sais que ça fait quelques temps… Mais là, j'ai comme qui dirait, besoin de ton aide… Rapidement… Tu pourrais me rejoindre ? »
La démone égrena une adresse d'une voix saccadée, avant de marmonner un « merci d'avance » étouffé, et de raccrocher.
L'ange n'eut pas un instant d'hésitation. Dans son esprit, une seule chose revenait en boucle. « Elle est vivante. » Meg était vivante. Sa démone était vivante.
Il se téléporta, rejoignit l'adresse qu'elle lui avait donné.
Il y avait un problème.
Malgré son excellente vision nocturne, il mit un instant à la voir, en sous-vêtements blancs, couverte de sang, à genoux, une lame argentée à quelques centimètres de la peau fragile de sa gorge.
Et derrière elle, Crowley.
Les yeux chocolats de l'hôte de la démone brillaient de rage et de désespoir.
_ Espèce de fils de pute ! s'exclama-t-elle, en le fusillant du regard.
Non, pas lui. Castiel n'eut pas le temps de faire volte-face qu'une lame appuyait dans son dos. Et il l'aurait reconnue entre toutes.
_ Dean, murmura-t-il d'une voix rauque.
Un piège. C'était un putain de piège. Ils avaient utilisé Meg pour le retrouver, et par ce biais, retrouver Sam.
_ Hey, Castiel. Tu as quelque chose qui m'appartient.
Il entrait directement dans le vif du sujet.
_ Je ne te dirais rien, répondit l'ange, aussi calmement qu'il le pouvait.
_ Bordel, Clarence ! aboya Meg. Donne-lui ce qu'il veut qu'on en finisse ! Aucun sort et autre conneries ne peut être plus important que ta vie, merde !
_ Un sort ou une connerie ? répéta lentement Dean, avant d'éclater de rire. Bordel de Dieu, Meg, ma pauvre, tu n'as vraiment rien compris ! C'est de Sammy qu'il est question !
Castiel vit ses yeux s'écarquiller un peu, alors qu'elle cherchait à comprendre. Il vit plusieurs hypothèses passer dans son regard sans qu'elle ne s'attarde vraiment sur aucune d'entre elles, avant de lâcher d'une voix incertaine :
_ Et j'imagine que tu veux encore sauver ton petit frère, et que Castiel l'a emprisonné parce qu'il a fait une quelconque connerie, ou qu'il est dangereux.
Ce fut Crowley qui intervint. Manifestement, il avait choisi son camp, malgré la trahison dont il avait fait preuve six mois plus tôt.
_ Toujours pas, salope. Disons plutôt que là, le gentil, c'est Castiel.
_ Et le grand méchant, c'est moi, mais bon, ça, j'imagine que tu t'en étais déjà aperçu, pas vrai ? ricana le chevalier de l'enfer dans le dos de Castiel.
_ Qu'est-ce que tu lui as fait ? s'écria l'ange. Tu ne l'as pas…
_ Oh, Sammy t'as raconté ? demanda Dean, plein d'arrogance et de satisfaction. Avoue-le, Cassie, on a tous pensé à un moment ou à un autre qu'il était bandant et qu'on avait bien envie de baiser son petit cul.
Meg ouvrit la bouche pour parler, s'interrompit, avant… d'éclater d'un grand rire clair.
_ Tu es hilarant, Winchester ! fit-elle.
Tous les hommes la dévisageaient, sans comprendre.
_ Comme si toi, tu avais touché à un cheveu de Winchester Junior. Tout le monde sait que t'as crevé quelques fois pour lui, alors permet-moi de rire, hein !
_ Demande à Castiel, répondit le démon dans le dos de Cas'. Il va te raconter dans quel état il a retrouvé mon adorable petit frère. Il était dans sa période mutisme, je crois. La période autodestructrice était déjà passée, encore qu'il a toujours son petit côté suicidaire, mon petit Sammy. Mais bon, passons aux choses sérieuses, d'accord, Cassie ? Où est Sammy ? Chaque fois que tu refuseras de répondre, on coupe un doigt à Meg. Je doute qu'ils repoussent si on coupe tout ça avec un couteau angélique. Si jamais tu refuse plus de dix fois, on passe aux bras. Sauf si je perds patience, et que j'en ai ras-le-bol. Et à ce moment-là, je risque de la trucider malencontreusement.
Il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas dire à Dean où il avait caché Sam. D'abord à cause de la promesse qu'il avait fait au démon il y a des années, ensuite parce que Claire était avec le chasseur.
Il ne résisterait pas si Crowley et Dean se mettaient à torturer la démone. Il avait vu ce que la compagnie de Dean avait fait à Sam, après tout.
Meg… Meg…
Meg était en vie. Il avait envie de pleurer. Toutes ces années perdues à penser à elle, à la regretter, alors qu'elle était vivante.
Non, il ne résisterait pas aux cris de la démone, et encore moins à ses pleurs. À ses supplications.
Sans qu'il ne comprenne comment, son plan était là. Sam et Claire passaient avant tout, il se l'était promis. Il leur avait promis. Ils le méritaient.
Il croisa le regard de Meg. Elle avait compris, et son visage blanc s'éclaira d'un sourire amer.
Castiel envoya son coude droit dans la tête de Dean, qui ne s'y attendait pas, et, sa lame angélique dans sa main gauche, il se précipita sur Meg.
Dean se téléporta près de la démone, mais ça, Castiel s'y attendait. La Première Lame s'approcha dangereusement de la poitrine de Meg.
Et Castiel enfonça son couteau dans le ventre dénudé de la démone.
Elle ne cria pas. Ne pleura pas. Sa poitrine se souleva plus rapidement alors qu'elle s'effondrait sur Crowley, qui s'écarta d'un pas, son visage exprimant la même stupéfaction que celui de Dean.
Castiel ferma un instant les yeux. Ça faisait mal. Il voulait pleurer, sans y arriver.
Il savait qu'elle ne survivrait pas. Même si son coup avait dévié de quelques millimètres, et qu'elle ne mourrait pas immédiatement. Elle allait juste agoniser.
Sans un regard en arrière, il se téléporta, laissant les trois démons seuls dans la nuit.
Il y laissa également son cœur.
Castiel fit les cent pas. Il attendit. Les secondes passaient, lentes. Il attendit deux interminables heures avant de retourner à l'endroit du piège. Deux heures. Cent-vingt minutes. Sept mille deux-cent secondes. Il ne pleurait pas, et ce n'était pourtant pas l'envie qui manquait. Mais il en était tout bonnement incapable. Et dans son esprit s'affichait le corps de Meg s'effondrant à terre, comme un poids mort. Vite, trop vite, alors qu'une fleur écarlate fleurissait sur son ventre si blanc.
Tout était vide. Le sol était constellé de tâches écarlates. Et dans un coin sombre, il entendit un grognement, une supplique :
_ Clarence ? C'est toi ?
Il se précipita auprès de Meg.
Elle était sur le dos, la main appuyée sur son ventre toujours transpercé par la lame.
_ Meg ! Je suis là. On va te sauver, assura-t-il, en remplaçant sa si petite main par la sienne, plus grande aux doigts plus longs et plus bronzés. Si t'as survécu jusque là, tu survivras encore. Je vais t'emmener à l'hôpital, et ça ira.
Elle leva lentement sa main gauche, la joignit à la sienne.
_ Arrête ça, Clarence… articula-t-elle. Les humains ne sauront pas me soigner.
_ Mais t'es encore vivante, hoqueta-t-il, secoué par des sanglots sans larmes.
Comme un enfant. Il ressemblait à un enfant, et en avait conscience. Et s'en foutait royalement.
_ T'es encore vivante, et on peut te sauver…
Il compressa davantage la blessure, la faisant gémir.
_ Il en valait le coup ? demanda-t-elle.
Quoi ? Qui ? Il s'en foutait. Elle devait rester silencieuse, il allait trouver un moyen de la soigner. Et dire qu'il était incapable de soigner des démons !
_ Sam Winchester… Il en valait le coup, Clarence ? Que je meure pour lui… ?
_ Tu ne vas pas mourir, protesta-t-il. Tu ne vas pas mourir, Meg…
_ Réponds à la question, ordonna-t-elle, sa voix toujours plus pâteuse.
_ Oui, finit par avouer Castiel. Je sais pas. J'en sais rien, Meg. Il n'est pas toi !
_ Castiel…
Elle haletait. Et lui, en foutu connard, ne pleurait toujours pas. Pourquoi Dean ou Crowley ne l'avaient-ils pas achevé, merde ?!
_ Quoi, Meg ?
_ Raconte-moi un mensonge, supplia la jeune femme en crispant sa main sur la sienne. Dis-moi que je vais vivre et qu'on va être heureux…
_ Bien sûr que tu vas vivre, assura Cas', et pour lui ce n'était pas un mensonge.
C'était une prière.
_ Tu vas vivre. Et toi et moi on va… On va être heureux… Tous les deux…
_ T'es un mauvais menteur, commenta-t-elle en pleurant. Si c'est le cas, pourquoi est-ce que tu as l'air aussi terrifié ?
_ Je ne te mens pas… Toi et moi, on va être heureux… Meg, tu vas t'en sortir…
_ Me laisse pas seule… S'il te plaît, Clarence… Me laisse pas seule…
_ Je ne te laisserais pas seule, promit-il. Plus jamais. Toi et moi, on va vivre heureux très longtemps, d'accord…
_ Raconte-moi un mensonge, répéta-t-elle. Une jolie histoire…
Sa voix était entrecoupée de sanglots rauques et de quinte de toux. Alors Castiel s'exécuta.
_ C'est l'histoire de deux personnes… Un homme et une femme. Elle… Elle était avocate, parce qu'elle était du genre à tout faire pour avoir gain de cause. Elle était belle et provocatrice… Et lui, lui il était… Il était médecin… Il n'avait rien de particulier…
_ Si ce n'est son grand cœur et se fâcheuse tendance à penser qu'il peut tout contrôler… ricana la démone, qui paraissait avoir compris ce qu'il en était.
_ Et… et un soir, il la rencontra dans un bar. Il était fatigué, et elle aussi. Ils parlèrent de tout et de rien…
_ Avant de s'envoyer en l'air, compléta Meg d'une voix qui paraissait de plus en plus faible.
_ Oui… Oui, ils firent l'amour… Et ils tombèrent amoureux…
_ Oh, pitié, soupira-t-elle. Et ils eurent beaucoup d'enfants ?
_ Une fille… Qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à sa mère… Tout aussi jolie, avec la même peau d'albâtre, et les mêmes longs cheveux bouclés.
_ Mais elle avait les yeux de son père, l'interrompit Meg. Des yeux bleus… Bleus comme le ciel du Paradis qu'il occupait.
_ J'aurais préféré qu'elle ait tes yeux, regretta l'ange, en compressant davantage la blessure de Meg d'un geste machinal.
_ Pas de chance, Clarence… se moqua la démone d'une voix sarcastique. C'est moi qui gagne… Raconte-moi… Raconte-moi n'importe quoi…
Alors Castiel se mit à parler. Il lui raconta comment il était tombé amoureux d'elle, de la beauté de son âme torturée, de combien il avait regretté de n'avoir pu la sauver face à Crowley. Comme si ce n'était pas lui qui avait planté la lame dans le ventre de Meg. Toutes les tablettes qu'il aurait donné pour une seconde de plus avec elle. Toutes les vies qu'il aurait sacrifié pour une minute. Elle ne parlait plus, se contentait d'écouter.
Et lui parlait. Encore. Encore. Et encore.
Jusqu'à ce qu'il s'aperçoive qu'elle n'entendait plus. Qu'elle ne le voyait plus. Que son monologue n'était pour personne.
Le sang cessait de couler.
Et il se mit à pleurer. Bruyamment, s'accrochant au cadavre comme un enfant.
_ Reviens, sanglota-t-il. Meg, je t'en supplie, j'ai besoin de toi.
Ses larmes mouillaient ses joues, celles de la démone.
_ Très joli discours, ironisa une voix froide à son oreille. J'espérais qu'à elle au moins tu raconterais où tu as planqué mon Sammy, mais tant pis… Tu vas me le dire maintenant.
Castiel ignora Dean, se contentant de raffermir son étreinte sur le corps déjà gelé.
_ Reviens, Meg… Je t'en supplie… Reviens-moi… Qu'est-ce que je vais faire sans toi ?
Une douleur soudaine traversa son dos directement jusqu'à son cœur. Ses ailes n'eurent le temps de battre qu'un fragment de seconde, avant qu'il ne s'effondre sur Meg.
Après tant de millénaires d'existence, l'ange Castiel mourut.
Pas taper ! Je suis désolée, mais après ça, Castiel DEVAIT mourir ! Sérieusement, il ne pouvait pas survivre à ça ! Donc voilà... Moi j'avoue, j'ai pleuré en l'écrivant (mais je suis une madeleine qui pleure dès qu'un personnage meurt, alors je vous explique pas quand c'est moi qui le tue...).
