Merci pour ton soutien Chizumi-san, ce chapitre est pour toi ! (Je te réponds dès que je reviens de vacances ^o^)


Chapitre 3 : Des vertus de l'opiniâtreté


Kuroko éteignit son réveil, s'entortilla dans ses couvertures et roula du côté opposé. Il était trop tôt pour se lever mais Riko avait prévu un footing matinal avant les cours pour toute l'équipe afin de consolider leur endurance. Leur donner rendez-vous à sept heures devant les grilles du lycée était tout de même au-delà de l'entraînement spartiate. Ils allaient courir une heure à la fraîche, poursuivre avec des séries d'abdominaux, de pompes et de chaise pour se muscler. Puis ils enchaîneraient sur les cours et joueraient des matchs les uns contre les autres pour l'entraînement du soir. Son corps fut parcourut d'un frisson à l'idée de ce qu'il allait endurer aujourd'hui, il méritait bien cinq minutes de sommeil en plus, au chaud, sous la couette. Son téléphone se mit à sonner pour lui indiquer le contraire.

De : Kagami Taiga

C'est à quelle heure déjà le rendez-vous ? Je suis devant le lycée et y'a personne.

De l'œil, Kuroko confirma qu'il était bien cinq heures et demie du matin. Ce type n'était pas possible.

A : Kagami Taiga

Sept heures.

De : Kagami Taiga

Sérieux ? Bah... je vais m'entraîner sur le terrain de street le temps que vous arriviez...

A : Kagami Taiga

J'arrive.

Kuroko rabattit sa couverture et sortit du lit. Il se sentait honteux d'être aussi paresseux quand son partenaire était déjà prêt au combat. Il ne pouvait pas perdre face à lui en termes d'efforts. S'il se dépêchait, il serait au terrain en moins de trente minutes. Il fit sa toilette, passa un survêtement, rangea soigneusement son uniforme dans son sac de sport et prit ses affaires de cours. En passant devant la cuisine, son estomac lui reprocha sa négligence. Kuroko prit dans le placard un anpan fourré à la pâte de haricot rouge et une bouteille de pocari du réfrigérateur. Il se nourrirait en route. Chargé, avec un sac sur chaque épaule et les deux mains prises, il lutta longuement contre la porte avant de parvenir à la refermer à clef. Alors qu'il se demandait quelle stratégie serait la meilleure pour ouvrir le portail avec le moins de mouvements inutiles possibles, sont regard fut attiré par le miroitement doré d'une chevelure soyeuse.

- Kise ? dit-il avec ce qui ressemblait à de la surprise.

- Ah ! Kuroko-chi, bonjour ! s'exclama celui-ci, visiblement mal à l'aise en émergeant de l'autre côté du portail. Je travaillais dans le coin et je me suis dit que j'allais passer pour te faire un coucou.

Kuroko acheva de refermer le portail puis dirigea son regard vers Kise en haussant légèrement un sourcil :

- A six heures moins le quart ?

- Eh bien, tu vois, le photographe voulait capter la lumière du lever du soleil... ?

Le joueur fantôme se demandait qui est-ce que Kise essayait de convaincre avec ses arguments fumeux.

- Héhé, tes épis au réveil sont toujours aussi terribles, dit-il en riant.

Il aplatit avec délicatesse la chevelure indisciplinée en s'attardant un peu trop longtemps sur sa nuque. Un frisson délicieux souleva la peau de Kuroko, il en aurait presque fermé les yeux de plaisir s'il ne se faisait pas un devoir de demeurer maître de ses réactions.

- Ah ! Laisse-moi porter tes sacs, lança soudain Kise en s'emparant du chargement de son ami.

Ce dernier voulut protester mais sut qu'il dépenserait inutilement son énergie à lutter contre Kise et puis, ça lui permettait de manger tranquillement.

- Merci...

- Pas de quoi Kuroko-chi.

Ils avancèrent en silence. Kuroko avait l'image rémanente du sourire solaire de Kise sur la rétine et se demandait si cela comptait comme symptôme médical.

- Tu te comportes comme un stalker, Kise, remarqua Kuroko avant d'avaler une gorgée de pocari.

La bonne humeur de Kise se fana instantanément et ses yeux s'humidifièrent tandis que ses joues prenaient une coloration écarlate. Ses lèvres s'entrouvrirent pour sa défense et se refermèrent, scellant sa culpabilité. Il ne pouvait pas lui dire qu'il était venu vérifier qu'il s'agissait bien de l'adresse de Kuroko-chi parce qu'on ne savait jamais avec lui et qu'il l'avait fait très tôt dans la matinée exprès pour ne pas tomber sur un témoin gênant.

- C'est pas sympa, bouda-t-il en pinçant les lèvres et détournant le regard.

Le cœur de Kuroko se comprima brutalement devant tant de mignonnitude. Il avait l'irrépressible envie de serrer Kise contre sa poitrine et lui caresser tendrement les cheveux tout en lui chuchotant des mots doux pour se faire pardonner. Kuroko se sentait en péril, le pouvoir d'attraction de l'as de Kaijô était incroyablement puissant. Il tenta de se concentrer sur son petit-déjeuner.

- Kuroko-chi... Tu m'as laissé ton adresse parce que tu voulais que je vienne te voir n'est-ce pas ?

Kise ne pouvait concevoir que le but eût pu être d'entamer une relation épistolaire, on était au vingt-et-unième siècle, après tout.

- Pas spécialement...

Kuroko crut entendre le bruit d'un cœur qui se brise mais ce devait être son imagination.

- Si je t'avais donné mon numéro tu n'aurais pas arrêté de me harceler, reprit-il.

- C'est parce que tu es trop difficile à convaincre ! Je suis obligé d'en arriver là, se défendit Kise.

- C'est plutôt parce que tu ne prends pas « non » comme une réponse.

Il ne savait pas s'il s'agissait d'immaturité, de l'habitude du succès ou d'une personnalité particulièrement opiniâtre mais Kise avait cette manie de s'accrocher encore et toujours malgré ses refus. Le génie de la copie avait eu la vie facile, tout avait toujours été à portée de main pour lui et à présent qu'il trouvait un obstacle sur lequel il butait, il revenait sans cesse dessus jusqu'à ce qu'il en vienne à bout. Kuroko en était venu à penser que c'était sa capacité à aller à l'encontre de Kise qui avait provoqué cette espèce d'attachement indescriptible.

- Tu as peut-être raison... mais, Kuroko-chi, j'ai l'impression que si je ne m'accroche pas à toi, tu vas me laisser derrière et l'imaginer m'est insupportable.

Oh non... Kuroko déglutit. Les yeux d'or de Kise pesaient lourds sur lui, chargés de sérieux mêlé de tristesse mélancolique. Ils s'étaient tous deux arrêtés de marcher. Kise tendit lentement la main vers lui et la glissa dans la chevelure bleue. Doucement, ses doigts descendirent pour effleurer ses tempes, redessiner l'arrondi de sa joue avant d'empoigner sa nuque. Kuroko ne pouvait se soustraire au piège que constituaient les iris de Kise. Il aurait pu le pincer pour le surprendre et esquiver son assaut ou le frapper au plexus ou repousser la main de Kise ou intercaler sa main entre leurs deux bouches mais il ne fit rien de tout ça. Ses lèvres furent écrasées par celles de Kise et gentiment le bout de sa langue tenta une percée. Kuroko garda la bouche et les paupières étroitement closes jusqu'au moment où la seconde main de Kise alla se loger dans le creux de son dos pour l'entraîner plus près. Le baiser fut rompu et Kuroko se retrouva impitoyablement compressé contre le torse de Kise.

- Laisse-moi entrer... implora Ryôta à son oreille.

- Où ça ? questionna Kuroko qui n'était pas sûr de comprendre.

- Dans ton cœur.

- Désolé mais je crois que ce sera trop douloureux, répliqua Kuroko fidèle à lui-même.


L'entraînement de l'après-midi venait de se terminer. Kuroko se traina lamentablement jusqu'aux vestiaires. Il n'était pas loin de finir le trajet à quatre pattes et l'énorme tape dans le dos que lui envoya Kagami faillit aboutir à cette réalisation.

- Yo, Kuroko ! Tu t'es esquivé chez Maji-Burger et ce matin à l'entraînement et au déjeuner et juste là pendant le cinq contre cinq mais tu ne vas pas te défiler éternellement... Qu'est-ce qui se passe avec Kise ? J'ai crû qu'il allait m'atomiser quand j'ai posé la main sur ton épaule.

Kuroko le fixa droit dans les yeux, avec – presque – une lueur de défi dans le regard et sa voix sonna comme un avertissement :

- Il ne se passe rien avec Kise, articula-t-il avec lenteur afin qu'aucune ambiguïté ne demeurât.

- Huh ?

Kagami haussa un sourcil, incrédule, tout en quittant ses vêtements.

- Vous êtes arrivés ensembles au terrain de street-basket ce matin et il y avait cette aura suspecte entre vous.

Ils entrèrent tous deux dans les douches après que les sempai eurent fini et se savonnèrent rapidement.

- Kagami-kun, je te répète qu'il ne se passe rien entre cette personne et moi. Il s'agit juste d'une relation indésirée et étrangement indissoluble.

- En fait « cette personne » est folle de toi et toi tu t'en balances.

Ils quittèrent les douches et retournèrent à leurs casiers pour se sécher et remettre leurs uniformes.

- Je ne pensais pas que tu avais autant de popularité.

- C'est de la jalousie que je perçois, Kagami ? vanna Hûyga.

- Entre mecs impopulaires on se comprend, captain, rétorqua Kagami avec insolence.

- Toi ! On t'as pas appris à respecter tes aînés ? ragea le shooter.

Il se jeta sur son kohai dans le but de lui faire une clé de bras pour lui apprendre les bonnes manières.


Le jour déclinait et la cour de l'école, vide, semblait chargée des ombres mouvantes et silencieuses des lycéens qui l'avaient traversée. Le club de basketball était toujours le dernier à quitter le lycée et le ciel nimbé de rose dans lequel se détachaient les silhouettes des joueurs semblait leur promettre des succès à venir. Kagami massa ses cervicales endolories en pestant :

- Le capitaine n'y est pas allé avec le dos de la main morte...

- Joli, Kagami, siffla Izuki, appréciateur.

- Quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

- Je comprends que tu n'aies pas voulu me montrer ta note au dernier test de japonais, releva Kuroko.

Kagami s'embrasa.

- Oh ça va ! T'as pas été brillant non plus, contrat-il.

- Je suis une ombre, ce n'est pas ma vocation.

- Allons, calmez-vous les gars, intervint Izuki, si vous commencez à vous disputer une veille de match on n'est pas sorti de la berge...

L'intégralité des regards convergea vers le meneur de l'équipe, l'accablant de réprobation.

- Hahaha, vous êtes en forme à ce que je vois, fit une voix familière.

Toute l'équipe se tourna vers l'adolescent blond appuyé négligemment contre le mur d'enceinte de l'établissement scolaire.

- Yo ! lança Kagami à l'adresse de Kise.

Il chercha ensuite un contact visuel avec Kuroko pour lui signifier à l'aide d'un sourire particulièrement désagréable à quel point il avait raison. Le joueur fantôme se raccrocha à son déni.

- Re-bonjour, Kise et au revoir. Je dois rentrer, je suis pressé, à demain tous le monde.

Kuroko planta sans distinction ses coéquipiers et son stalker attitré.

- A-attends Kuroko-chi ! J'étais venu pour te demander... commença Kise, emprunt de désespoir.

Il sentit la main compatissante de Kagami peser sur son épaule.

- Laisse tomber, Kise, lui conseilla-t-il.

- Pourquoi tu me dis ça Kagami-chi ? geignit l'as de Kaijô les yeux pleins de larmes.

Est-ce qu'il voulait garder Kuroko-chi juste pour lui ? Kagami passa le bras autour de son épaule.

- Viens, je t'invite chez Maji ! A plus les gars, lança-t-il à l'adresse de ses co-équipiers.

Kise le suivit sans trop savoir pourquoi.


- T'as l'intention de me donner des conseils avec Kuroko ? s'enquit Kise après trois minutes de perplexité face au contenu du plateau de Kagami-chi.

Est-ce qu'il était physiquement possible d'ingurgiter autant de nourriture d'un coup sans risquer l'arrêt cardiaque ?

- Nope, je n'ai pas la moindre idée de comment fonctionnent les relations amoureuses entre mecs, confessa l'as de Seirin en déballant un hamburger, ni entre femmes ou hétéros d'ailleurs, ajouta-t-il.

- Quoi ? Alors pourquoi tu m'as fait venir ici ?

- Tu avais l'air triste alors je me suis dit que manger un bon truc te remonterai le moral, ou un truc du genre...

Kise évalua sa sincérité du regard et sourit.

- T'es sympa sous tes dehors bourrus, tu me fais penser à Aomine-chi...

- Qui ?

- Laisse tomber...

Il y eut un autre silence tandis que Kise buvait une gorgée de milk-shake à la vanille et grimaçait légèrement devant le goût sucré. Comment faisait Kuroko-chi pour finir tout le gobelet ?

- Je ne suis peut-être pas si sympa que ça... reprit Kagami, embarrassé.

Il se massa l'arrière du crâne.

- En fait, je voulais confirmer un truc...

- Lequel ?

- Tu fais bien des avances à Kuroko ?

Kise encaissa le choc de la surprise avant d'arborer une expression de sérieux extrême qui fit frissonner Kagami. Cette expression là n'apparaissait sur le visage de Kise que lors des matchs de basketball et uniquement lorsqu'il devait faire face à un adversaire coriace.

- T'es direct, Kagami-chi, alors je le serai aussi : oui, je suis amoureux de Kuroko-chi et si tu te mets en travers de ma route, sache que je n'ai pas de pitié pour mes rivaux.

Nonchalamment, Kagami engloutit un hamburger et froissa l'emballage dans sa main de manière suggestive.

- T'emballe pas trop : je n'ai pas ce genre de sentiments pour Kuroko.

Il soupira en haussant les épaules devant le regard perforant de méfiance de Kise.

- Je voulais juste m'assurer de ton sérieux, avec ton côté inutilement exubérant j'avais peur que tu prennes ça pour un jeu.

- Tu crois que je suis maso pour trouver amusant de me prendre râteau sur râteau ?

- C'est de Kuroko dont t'es amoureux, mec, donc oui, je crois que tu es maso, déclara Kagami en se rencognant contre son siège.

A son grand étonnement, Kise ne répliqua pas, il conserva la tête basse, comme engagé dans une réflexion intense. Peut-être prenait-il en considérations les paroles de Kagami et s'adonnait à une introspection de circonstances ? Plutôt que de trop se casser la tête, il retourna à son repas.

- Kagami-chi ! s'écria soudainement Kise.

- Hum ?

Le susnommé releva à peine la tête du hamburger dans lequel il mordait avec voracité.

- Tu as bien dit « inutilement exubérant » ? interrogea l'as de Kaijô larmoyant.

C'était tout ce qu'il avait retenu de ses remarques ? Kagami se massa les tempes. Kise redevint soudainement sérieux.

- Je plaisante. J'ai compris ce que tu as voulu dire : si Kuroko-chi continue de m'ignorer c'est parce qu'il ne pense pas que mes sentiments sont sincères.

- Ou peut-être qu'il aime juste te faire souffrir. Ce mec arrive facilement à cerner les autres, je peux pas imagier qu'il ne se soit pas rendu compte du sens de tes manœuvres.

- Tu peux vraiment dire des choses pareilles d'un de tes amis ? demanda Kise que l'assertion avait rendu nerveux. C'est ton ami, n'est-ce pas ?

Kagami fit une pause dans sa dégustation.

- Peut-être, en quelque sorte... C'est pas facile d'être sûr avec lui.

A qui le dis-tu, déprima intérieurement le mannequin.

Il n'avait pas un nombre infini de stratégies possibles. La seule chose qu'il pouvait faire pour débloquer la situation était de montrer à Kuroko-chi l'étendue de ses sentiments, sans ambiguïté. Le reste dépendait de Kuroko-chi.

- Donne-moi son numéro de téléphone ! demanda-t-il, plein de détermination, à Kagami.

Ce dernier le fixa droit dans les yeux.

- Impossible, statua-t-il.

S'il le faisait, Kuroko aurait sa peau et il ne voulait pas prendre le risque de le voir en colère. Il fallut quelque secondes à Kise pour comprendre qu'il s'agissait d'un refus.

- Je le savais ! Toi aussi t'es intéressé par Kuroko-chi !

- Pas vraiment...

- Quoi ? Mais comment tu peux dire ça ? Il est tellement adorable !

Izuki avait raison, songea l'as de Seirin, on n'était pas sorti de la berge...