Yellow lecteurs, lectrices!

Bon, l'inspiration ne m'a pas fait défaut, donc voici la suite...

Je tiens à remercier pyreneprincesse et irezei pour avoir mis cette fic en alert et leur demande bien gentiment de se faire connaître. Surtout la première, qui lit apparemment pas mal de trucs que j'écris. Et qui titille ma curiosité.

Sur ce, bonne/mauvaise lecture


-Pour une fois, juste une fois, se plaignit le malchanceux livreur de pizzas en entrant dans l'étrange maison digne de la famille Addams, ses trois cartons à la main - reine, espagnole et anchois, comme tous les vendredis- son client fidèle lui ouvrant galamment sa vieille porte méritant un sérieux coup de peinture. J'aimerais aller plus vite qu'une voiture sans permis, finit il en déposant sa précieuse cargaison sur la table surchargée de papiers incompréhensibles et d'autres boîtes de pizzas.

Dans son dos coloré du logo "Super Pizza! A bas le régime, place aux calories!" tout simplement affreux, Lee entendit le rouquin ricaner de ses malheurs de livreur. Lee l'entendait souvent ricaner, jamais rire avec joie ou gaieté. A croire que cette capacité avait disparue en même temps que son oreille. Ou que son sens de la décoration.

L'intérieur de la bâtisse digne d'un film d'horreur était étrangement semblable à l'extérieur. Quoique dans un genre différent. Là où la façade laissait deviner un certain laisser-aller, l'intérieur était tout simplement...

-Bordélique, grimaça une énième fois Jordan en constatant l'état de dépravation du mobilier et du noble parquet. Est-ce que ça t'arrive de ranger, des fois? demanda t il en lorgnant sur l'empilement de mugs usagés résistant aux dures lois de la gravité.

-Seulement quand je n'arrive plus à marcher sans casser quelque chose, lui avoua le jeune homme roux en s'allongeant de tout son long sur le somptueux canapé d'une propreté immaculée et douteuse, un petit rictus arrogant peint sur ses lèvres pâles.

-Ben tiens, marmonna Lee en allant galamment porter les nombreuses tasses ainsi que tout autre ustensile de cuisine présent dans ce qui faisait office de salon à leur place, c'est à dire dans l'évier tout aussi propre que le canapé.

Autre chose intrigante au sujet de Georges Weasley, il pouvait être à la fois méthodique et maniaque sur certains détails et objets mais laisser les autres dans un état de laissé-allé aberrant. L'ensemble créait un intérieur pour le moins...

-Complètement fêlé, soupira Lee en se mettant courageusement à la vaisselle.

-T'as oublié la sauce piquante! fit la voix mécontente du propriétaire des lieux à travers la porte ouverte, vraisemblablement toujours affalé comme un matou sur son précieux canapé.

Autre chose à savoir sur Lee Jordan, mis à part son statut de livreur malchanceux et curieux. Il a-do-rait se mêler de la vie des autres pour soit foutre la merde ou réparer les petits tracas quotidiens. Ce qui signifiait que la sauce piquante n'avait pas été "oubliée" mais plutôt précautionneusement laissé dans son scooter.

-Ah, mince, dit il avec un sourire de conspirateur accroché aux lèvres, les mains pleines de produit vaisselle. C'est pas grave, j'ai un stock dans le coffre.

La tête rousse de l'agoraphobe passa à travers l'encadrement de la porte de la cuisine.

-Et bien? T'attends quoi? Vas y, lui intima t il avec un masque d'irritation masquant ses traits tirés.

Lee haussa les épaules, une assiette en porcelaine -en porcelaine, merde!- dans une main et une éponge de l'autre.

-Ch'uis un peu occupé là, répondit il avec un sourire contrit fictif. Les clés sont dans la poche droite de ma veste, fit il en se contorsionnant comiquement pour que son client soit en mesure d'attraper lesdites clés.

Ses yeux d'un bleu délavé se plissèrent de colère contenue.

Ah. Essai numéro quatre, râté. Le diable avait senti la combine.

-Je peux très bien attendre, articula avec fraîcheur le rouquin furieux avant de retourner tester les ressorts de son canapé.

De nouveau seul avec sa vaisselle et son éponge, Lee soupira. Jamais il n'avait vu George risquer ne serait-ce qu'une phalange d'orteils en dehors de la limite du seuil de sa porte d'entrée. Pas que le bougre soit séquestré contre son gré, c'était plutôt l'inverse. Alors, en bon emmerdeur professionnel, le livreur avait décidé de lui faire foutre carrément le pied entier à l'extérieur, histoire qu'il voit à quel point les nains surgissant de la pelouse pouvaient faire flipper. Mais, le petit problème de taille, c'était que son sujet d'expérimentation n'était pas tout à fait d'accord. Incroyable ce que ce type pouvait aimer sa solitude forcée, sa baraque décrépie, et sa capacité à ne jamais toucher personne. Le défi était de taille, Lee l'avouait sans honte, mais Lee a-do-rait les défis perdus d'avance. Ce qui expliquait l'état de ses finances.

Faire sortir l'agoraphobe de chez lui était la première étape de son projet ambitieux. Il prévoyait ensuite de le forcer à bazarder les boîtes de pizzas qu'il nettoyait et gardait religieusement pour s'en faire des étagères. Le système était en lui même ingénieux, mais digne d'un autiste. Chaque carton était débarrassé de son couvercle et d'un rabat, puis empilé pour permettre au maniaque de classer et répertorier ses précieux et nébuleux papiers. Ainsi, des dizaines et des dizaines de cartons de pizzas portant l'horrible logo "Super Pizza!" cachaient partiellement deux façades de la pièce faisant office de salon.

Lee avait osé une fois effleurer l'amoncellement parfaitement ordonné, il l'avait immédiatement regretté. L'état de fureur dans lequel le maniaque s'était mis l'avait fait flipper. Et pas la petite frousse de rien du tout qu'on oublie dans dix minutes, la méga-frayeur-de-la-mort-qui-tue. Le visage pâle du type était devenu tout rouge, ce qui jurait affreusement avec ses cheveux, et il l'avait violemment tiré par la capuche de son horrible veste rouge et bleu, ce qui l'avait envoyé s'étaler douloureusement sur le parquet effroyablement dur. Puis, comme si cela n'avait pas suffit à protéger ses précieux cartons, il avait essayé de le frapper. Pas comme si Lee avait eut le temps de ne serait-ce qu'à penser se protéger, au passage. La seule chose qui avait épargné son visage d'Apollon, fut son dégoût pour le contact d'une peau étrangère. Georges l'avait prit par le col de sa veste, le soulevant à moitié, un rictus de bête féroce sur son charmant visage, son poing droit levé dans le but évident de lui faire cracher ses dents, mais il n'avait pas réussi à l'abaisser sur sa pauvre et innocente et personne. Pas que sa conscience le turlupinait, c'était la première fois qu'il entrait dans son salon, juste qu'il n'arrivait pas à surpasser son dégoût profond à la simple pensée d'effleurer un corps étranger.

Ils étaient restés de longues minutes pétrifiés. L'un parce qu'il était trop stupéfié par le déchaînement de violence et la détresse qui se lisait dans ses yeux délavés, l'autre parce qu'aussi frustré qu'il était de ne pouvoir abattre son poing sur le nez de l'impertinent, il ne pouvait tout simplement pas se résoudre à le toucher. Lee avait vu sur ce visage trop maigre qu'il se haïssait lui-même de sa propre faiblesse. Ce fut sans doute à ce moment que le jeune et irresponsable livreur de pizza décida d'aider la faible chose complètement schizophrène cloîtrée dans sa propre demeure, telle la Bête de Disney. Et, comme la naïve et optimiste Belle, le jeune noir était sûr qu'un prince charmant se cachait derrière... tout ça. Mais c'était là le paradoxe. La Bête ne voulait pas être aidé et ne faisait rien pour aller mieux, mais préférait s'apitoyer intérieurement sur son sort et la fatalité de ses problèmes pouvant être réglés avec une sévère thérapie et de sérieux efforts de volonté.

Lee se faisait parfois la réflexion que Georges s'infligeait... tout ça. Et que ça avait un rapport avec les pizzas.