Yellow les gens!
Tout d'abord: YEAAAAAHHHHHHH! Zaraelle est de retour! Pour nous jouer à tous un mauvais tour... en disparaissant du site une fois encore. Merciiiii de continuer à lire et continuer malgré tout à me suivre dans mes délires (même si, apparemment, celui-là est moins barré que les autres^^). Et je n'ai absolument rien compris à ta phrase finale. Mais ça devait être l'idée^^.
Un énorme merci à irezei qui est sortie de son anonymat et qui est amatrice de pizza et à Lou Celestial pour m'avoir mis en alert.
Sur ce, bonne/mauvaise lecture!
Treizième essai, raté.
-Mais alleezzzz, réessaya Lee. Angelina est faite pour toi!
Georges ne fit que croiser ses bras trop pâles et chétifs sur sa poitrine à l'effigie d'un quelconque groupe de rock tellement vieux que le nom était devenu illisible. Ou peut-être était-ce à cause des lavages successifs.
-Pas. Question, articula froidement le rouquin en le fusillant du regard.
-C'est samedi soir, bordel! craqua le noir aux dreadlocks. Tu ne peux pas rester assis sur ton canapé à mater la télé!
-Je n'ai pas la télé, lui rappela judicieusement le solitaire endurci avec son petit rictus ironique.
-S'il te plaiiiiit, le supplia t il à genoux devant son canapé fétiche, les mains jointes dans une vaine tentative de prière et le visage congestionné en une moue de chien battu.
-Non, fit la voix directement importée de l'ère glacière. Je ne permettrais à personne d'organiser une fête dans ma maison.
Lee fut proprement éberlué par sa définition de fête.
-Amener une fille chez toi, pour toi c'est faire la bringue? n'y cru tout simplement pas le jeune fêtard invétéré habitué aux raves finissant généralement au poste de police du département d'à côté.
-Oui, fit Georges de sa voix dure et froide, ses bras toujours croisés sur sa poitrine. Quand le motif est de chercher à me socialiser.
Pour le coup, Lee ne trouva rien à dire.
-Ferme la bouche, Lee, sinon tu vas gober des joncheruines, ricana bassement l'handicapé social.
Le grand black comiquement cligna des yeux.
-Hein?
-Oh, comme tu es parti, au moins une bonne quinzaine, continua t il de ricaner devant son incompréhension frappante.
Lee resta une bonne demi minute muet et ses sourcils sombres froncés de concentration, essayant de comprendre la logique du jeu de mots vaseux.
-On ne m'avait plus fait cette blague depuis l'école primaire, maugréa le noir en s'asseyant lourdement sur le canapé toujours occupé par son propriétaire.
-D'une certaine façon, fit le mutilé en allumant négligemment sa cigarette faite maison, j'en suis resté à ce niveau.
-C'est à dire? demanda Lee en arquant un sourcil surpris.
-Rien, se ferma l'huître en écrasant la clope sans même en avoir tirer une bouffée.
Ce qui était, bien évidemment, la chose à ne pas dire si l'on ne voulait pas s'attirer la curiosité maladive de Lee Jordan.
-J'insiste, fit le livreur de pizzas en se rapprochant de trois centimètres du corps de l'agoraphobe.
-Tire-toi, gronda sourdement le mystère ambulant et louchant sur le mince écart séparant leurs deux corps.
-Très bien, fit Lee en levant ses deux mains en signe de reddition. Je me recule, tout doux.
-Tire. Toi. De. Chez. Moi, articula difficilement le rouquin en le fusillant furieusement du regard, ses mains pâles tellement crispées sur le canapé moelleux qu'elles risquaient de le percer.
Comprenant à retardement son erreur et ayant toujours en tête les quelques épisodes psychotiques auquel il avait été témoin, le livreur prit diligemment ses jambes à son cou et mit les gaz de son scooter à fond, bien que sachant pertinemment que Georges ne sortirait jamais de sa précieuse bicoque à moitié délabrée qu'il avait tendrement surnommé "Le Terrier". Dans le genre trou à rat, on ne pouvait pas faire mieux.
Roulant à une vitesse de gastéropode asthmatique sur la route de campagne, le vent automnal lui fouettant le visage par ce qu'il avait oublié de mettre son hideux casque rouge et bleu, Lee s'insultait lui-même de sa bévue. Il avait essayé, une fois, de serrer la main de l'agoraphobe, histoire de lui souhaiter une bonne journée. Oui, parce que ce type se faisait livrer tous les jours à seize heures, pas à midi ou en soirée, trop commun pour ce genre d'extra-terrestre allergique à l'espèce humaine.
Cette unique fois, donc, où il ignorait encore le degré de réaction épidermique face à une simple poignée de main tout ce qu'il y avait de plus innocente et cordiale, Georges avait regardé sa sombre main tendue comme s'il c'était s'agit d'un serpent venimeux lui sifflant méchamment dessus. Soit, avec une sacrée dose d'hostilité et un mouvement de recul quasi instinctif. Un simple livreur de pizzas aurait put être blessé par cette marque de racisme et d'irrespect flagrant, pas Lee. Déjà, parce que vu tous les honnêtes citoyens qu'il faisait chier à longueur de journée, il avait son quota de regard suspicieux et hostile. Ensuite, parce que Lee faisait partie de ces catégories de personnes dont le passe temps favoris était de compter le nombre de cris outragés qu'une personne pouvait lui lancer en une seule journée. Et enfin, parce que le jeune homme était tout simplement trop intéressé par le sombre et douloureux secret de son client pour le laisser se volatiliser juste à cause de son orgueil bafoué. Cette unique fois où il avait tenté d'initier un contact charnel, Lee s'était fait claquer la porte au nez. Il avait vite compris son problème, entre son absence de contacts humains, de sociabilisation, et son cloisonnement à l'intérieur de son "Terrier".
Toujours sur son affreux scooter aux couleurs de la société, le pauvre livreur qui avait juste voulu lui présenter l'une de ses copines, histoire de satisfaire une libido qu'il pensait longtemps réprimée, se demanda si finalement son client hystérique ne préférait pas les mecs. Ce qui expliquait qu'il ait accepté qu'il squatte au maximum une heure et demi dans sa bicoque à moitié délabrée. Peut-être que le rouquin flashait sur lui? Une réflexion réellement stupide, puisque Georges ne passait son temps qu'à ricaner à ses dépends, refusait son aide pour le sortir de son précieux trou à rats, et devenait hystérique dès qu'il était trop proche de lui ou touchait à ses précieux cartons de pizzas reconvertis en étagères. Peut-être qu'il ne l'acceptait dans son environnement que parce qu'il lui apportait les pizzas, d'ailleurs... Ca, c'était vexant. Lee était le type poulaire par excellence. Il avait du charme et un bagou monstre, tout le monde pouvait l'affirmer sans mentir. Sauf ses patrons, mais ça, c'était une autre histoire. Tout le monde, à une exception près, le trouvait cool et séduisant. C'était bien simple, tout le monde le voulait dans leurs soirées pour attirer les canons qui ne manqueraient d'être attirer par sa présence et sa réputation de fêtard par définition. Que ces canons soient féminins ou masculins.
Lee se considérait lui-même comme hétérosexuel, mais aussi comme quelqu'un d'aventureux et d'extrêmement curieux. Naturellement, le jeune homme avait partagé quelques fins de soirées avec des compagnons masculins. Ces quelques expériences lui avaient laissé un souvenir agréable, mais sans plus. Peut-être parce qu'il avait toujours été au dessus, refusant catégoriquement de se faire pilonner. Non, ce qui éveillait sans aucun doute sa libido déchaînée, s'était bel et bien les courbes voluptueuses et très fémines. Après, si un mec en particulier le serrait d'un peu trop près et qu'il avait un beau derrière, rien ne l'empêchait de le ramener chez lui pour admirer ses formes en privé et à le jeter sitôt l'aube arrivée, comme toutes ses conquêtes. Angelina avait été sa seule et unique relation sérieuse. Son naturel libertin avait plombé leur amour mais que très peu empiété sur leur amitié. Bien entendu, elle grognait toujours quand elle le voyait ramener une pauvre fille chez lui, se rappelant très bien la déconvenue qui avait été la sienne quand elle avait cru aimé cet idiot de débile profond, mais globalement, ils n'avaient que très peu de points de désaccord sérieux. Ce qui ne les empêchait pas de s'engueuler pour tout et n'importe quoi, comme les frère et soeur qu'ils paraissaient être en public.
Arrivant enfin devant la devanture de la pizzeria ornée d'un hideux personnage de comic en bleu et rouge volant dans les airs, une pizza glorieusement tendue devant lui, un sourire de héros complètement débile sur le visage, encore une fois, Lee pensa à revenir la nuit en catimini pour repeindre cette chose selon ses critères de beauté. A coups de tags haineux et injurieux. Et une belle moustache, histoire de cacher son sourire de décérébré irrécupérable. Descendant de son lent et capricieux véhicule, le livreur peu scrupuleux se demanda une ultime fois pour quelle raison Georges ne se nourrissait que de leurs pizzas. Pas franchement mauvaises, mais pas exceptionnelles non plus, beaucoup trop loin de chez lui, avec un logo donnant l'urticaire tellement il était de mauvais goût. Non, sincèrement, Lee ne voyait pas. Mais il ne doutait pas qu'il saurait un jour répondre à cette fameuse question: "Pourquoi ces pizzas?".
