Yellow, lecteurs, lectrices!
Encore un immense merci aux personnes suivant ma fic et un bienvenue de circonstance pour Westyversionfrench. Thanks pour Irezei pour la review du précédent chapitre.
Sur ce, bonne/mauvaise lecture!
Yop là, update avec correction en prime sur les fautes les plus aberrantes. (parce que j'ai cru m'arracher les yeux)
Lee paniquait. Et pas le petit coup de stress parce que son patron avait découvert son stock de produits homéopathiques pas franchement légaux. Non, là, c'était le véritable pétage de plomb avec en prime les gémissements angoissés, les demis tours frénétiques dans un petit appartement qui lui appartenait pas, et les ongles sur le point de finir en moignon.
Lee paniquait. Mais paniquait grave, parce que sa meilleure amie, la seule personne capable de le supporter vingt-quatre heures d'affilées, l'unique fille qui n'essayait plus de le baffer et de le châtrer, son Angelina chérie, ne donnait plus de signes de vie depuis trois jours.
Il avait beau avoir prévenu la police, il avait même poussé le vice jusqu'à se ramener au commissariat le plus proche alors que les effets déstressant de sa drogue n'étaient pas descendus, sans que les poulets ne prennent au sérieux sa déclaration de disparition. Soit disant que la pulpeuse métis reviendrait d'elle-même au bercail, une fois qu'elle aurait émergé de son trip monumental. Le problème dans cette assertion étant qu'Angelina ne toucherait jamais à un quelconque stupéfiant de son plein gré. L'une de ses amies avait fini par faire une fatale overdose, ce qui l'avait désintoxiquée d'un coup. La jeune fille était d'ailleurs souvent conduite à l'extérieur du lieu de dépravation où s'adonnait Lee à cause de ses coups de gueule monumentaux. C'était que cette fille avait une putain de voix capable de faire redescendre en quinze secondes, chrono en main, le plus drogué des planeurs. Et qu'elle n'hésitait pas à vider tous les stocks qu'elle trouvait dans les toilettes les plus proches. Dans le genre empêcheuse de tourner en rond, Angelina était la championne, toutes catégories confondues.
Lee avait bien tenté d'expliquer aux autorités que sa meilleure amie ne pouvait pas s'être droguée à s'en retrouver dans le département voisin, mais rien à faire. Aucunes de ses explications et aucuns de ses arguments n'étaient rentrés dans leur petite tête de piaf. Bon, le fait qu'il se soit ramené à moitié drogué, avec ses dreadlocks, son tee shirt à l'effigie de Bob Marley et ses pompes usées jusqu'à la corde n'avaient pas du l'aider à asseoir sa crédibilité, mais c'était leur boulot de retrouver les gens, merde! Même la "lie de la société" comme on l'appelait. Et, sa douce et merveilleuse Angelina valait tellement plus que lui. Elle avait un boulot qui payait bien et qu'elle adorait. Elle payait ses impôts, merde! Rien que pour ça, ils auraient du partir à sa recherche, même si elle s'était juste perdue dans la rue d'en face.
Donc, réaction on ne peut plus logique quand la personne la plus importante de votre vie disparaissait mystérieusement sans aucun signe avant-coureur et que les autorités compétentes s'en fichait comme d'un guigne, Lee paniquait. Mais vraiment. Tous les scénarios, des plus rassurants aux plus effrayants, se frayaient un passage jusqu'à sa conscience et l'empêchaient de réfléchir correctement. Lee paniquait, et rien ne se passait. Rien annonçant que son pauvre corps avait été retrouvé dans un terrain vague. Rien prouvant qu'elle était toujours vivante. Rien. Et Lee commençait doucement mais sûrement à devenir fou.
Son mobile, acheté au marché noir de la plus douteuse des façons, vibra sur la table basse où il l'avait déposé, son vieux câble réparé avec du scotch le liant à la prise électrique de l'appart de sa pauvre Angie. Comme possédé, Lee se précipita vers son appareil de communication, se cognant sans s'en rendre compte aux coins pointus de la table trop basse pour ses tibias, faisant tomber tout ce qui était sur son chemin le séparant de ce pont le liant au destin de son amie disparue. Les mains tremblantes se saisirent de l'appareil vraisemblablement volé et un soupir de déception souleva sa poitrine et baissa ses épaules en constatant que l'envoyeur du message était son irritant patron fan des comics abrutissant, lui gueulant dessus parce qu'il ne s'était pas pointé à temps au boulot et l'avertissant que s'il ne pointait pas dans l'heure, il était viré. Plus parce qu'il n'en pouvait plus de s'user les nerfs dans l'appart d'Angelina, qu'à cause des remontrances de son boss à la calvitie naissante, Jordan, après être resté de longues secondes à fixer son écran lumineux, sorti de ce lieu portant la patte si artistique de la métis puis couru comme si la vie de son amie en dépendait vers cette hideuse pizzeria.
Lee avait besoin d'une pause. Il avait besoin, juste pour quelques heures, de ne plus penser à Angelina où à ce qui avait bien put lui arriver. Il avait besoin de subir les cris outragés de son patron et de ses collègues. Il avait besoin de râler contre la lenteur de son scooter- un scooter, merde, il n'avait plus quatorze ans!- Il avait besoin de sentir le vent automnal sur ces routes de campagnes s'engouffrer dans son casque hideux. Il avait besoin de voir cette bâtisse branlante tenant par une quelconque volonté divine. Il avait besoin de s'occuper l'esprit à l'aide de questionnements indiscrets sur le douloureux secret de son agoraphobe. Il avait besoin de la présence dérangée de George Weasley. Aussi bizarre que cela était. Alors, armé de ses trois cartons de pizzas refroidies par la distance aberrante - une orientale, une reine et une montagnarde, comme tous les jeudis - Lee sonna avec empressement, frappant de son poing sombre la porte à la peinture décrépie, oubliant pour la première fois la tuile jordanicide en équilibre précaire juste au dessus de sa tête.
La première réaction que le jeune livreur eut quand la chevelure rousse et négligée de son client préféré fut distinguée à l'entrebâillement de cette porte en bois, fut de lui tomber dans les bras. Trop instable mentalement, trop fatigué pour réfléchir décemment, il ne s'attendait pas à se retrouver à faire un câlin à du bois recouvert de peinture écaillée.
-Je peux savoir ce qu'il te prend? siffla furieusement George à travers le mince panneau de bois.
Et, face à cette voix impitoyable, si froide et irradiant de rage, la joue collée contre les plaques de peintures l'éraflant à chaque infime mouvement, les boîtes en carton oubliées sur les graviers parsemés de mauvaises herbes, Lee éclata en sanglot pour la première fois depuis bien longtemps. Lui-même ne comprenait pas sa réaction. Il ne s'était plus laissé aller à pleurer comme un gosse depuis la mort de ses parents. Il n'avait plus perdu le contrôle de ses nerfs à ce point depuis tellement d'années qu'il avait oublié la douleur des sanglots forçant un passage dans sa gorge serrée. Il avait oublié la sécheresse paradoxale de ses yeux pendant que des larmes sillonnaient ses joues. Il avait oublié à quel point la morve s'écoulant de son nez pouvait être dégueulasse. Il avait oublié ces symptômes de détresse profonde qu'il n'avait plus exprimé depuis si longtemps, sa nonchalance forgée dans la douleur le séparant efficacement de la souffrance humaine et l'éloignant de tous ces êtres qui finiraient fatalement par lui causer du tord et à le décevoir. Cette nonchalance et ce désintéressement qu'il ne ressentait pas pour Angelina, la seule personne qui comptait réellement pour lui.
Cela faisait tellement longtemps que cette détresse face à la fatalité ne l'avait plus happé, qu'il avait oublié à quel point l'être humain était faible de nature, mécanique fragile si facilement abîmée par n'importe quoi, mourant tellement aisément et disparaissant des mémoires trop rapidement.
Et, face à cette voix impitoyable, si froide et irradiant de rage, la joue collée contre les plaques de peintures l'éraflant à chaque infime mouvement, les boîtes en carton oubliées sur les graviers parsemés de mauvaises herbes, Lee éclatait en sanglot pour la première fois depuis bien longtemps. Peut-être à cause de cette armure si bien forgée, éloignant les autres plus efficacement que sa nonchalance, empêchant toute souffrance de se ficher dans sa chaire tendre telle une flèche empoisonnée. Peut-être parce que, bien malgré lui, sa curiosité maladive lui avait fait apprécier plus qu'il n'aurait du ce maniaque aux graves problèmes mentaux, et que le rejet de cette personne pour lequel il ne ressentait plus de l'indifférence lui faisait mal, bien plus qu'il ne voulait bien l'avouer. Peut-être parce qu'il était confronté à cette version extrême de lui-même se cloisonnant dans sa maison, empêchant quiconque de l'approcher et qu'il comprenait à quel point sa distance face au reste du monde était vaine et stupide. Peut-être parce qu'il n'en pouvait plus d'angoisser pour Angie sans que cela ne change quoique ce soit. Peut-être parce qu'il n'en pouvait juste plus, de tout ça.
La porte s'ouvrit, le prenant par surprise et le faisant s'affaler sur le parquet. Ses yeux bruns encore embués de larmes ne pouvaient voir que ces chaussettes colorées de rouge et d'or d'une propreté immaculée. Reniflant pitoyablement, tel le morveux qu'il était, il leva son regard sombre vers cette paire de chaussettes, puis vers le jean troué et élimé ne tenant sur ces hanches étroites que grâce à une ceinture de fortune faite en lacets de chaussures liés entre eux, puis vers un tee shirt tellement large qu'il pouvait distinguer un morceau de son ventre effroyablement maigre, puis vers cette tête rousse le fixant avec curiosité et une dose négligeable de dégoût.
-Quelle entrée, dit avec théâtralité le propriétaire de la paire de chaussettes.
Pour toute réponse, Lee ne fit qu'essuyer sa morve avec la manche affreuse de sa veste rouge et bleue.
-T'as massacré mes pizzas, se renfrogna l'accro à ces horreurs gustatives en jetant un coup d'oeil à l'extérieur de l'habitation.
-Désolé, marmonna le métis en essuyant ses larmes avec son autre manche tout en s'asseyant plus dignement sur le parquet chargé de feuilles volantes et de piles de bouquins obscurs.
Le cloîtré soupira avant de le tirer avec deux doigts par le col de sa veste, prenant toujours garde à ne pas effleurer un millimètre carré de sa peau sombre, et le mena jusqu'à son précieux canapé où il s'affala sans force. Sa tête entre ses mains, toujours incapable de pensées positives, Lee eut la surprise de sentir la caresse brûlante d'un mug sur l'une de ses mains. Relevant le chef, le livreur accepta avec un petit sourire de gratitude la tasse de thé offerte, réchauffant ses mains et le regard perdu dans le breuvage typiquement anglais.
-Alors, commença le rouquin en s'asseyant à une distance perceptible de son invité déboussolé. Si tu m'expliquais pour quelle raison tu pleures comme une fillette de cinq ans?
Un petit sourire amer orna ses lèvres sombres, son regard fixant toujours le thé.
-Angelina a disparu, commença t il d'une voix enrouée par la détresse. Ca fait trois jours et, s'arrêta t il à cause de sa gorge trop serrée. Et je ne sais pas où elle est ou ce qui a put lui arriver, finit il en gémissant et en plantant ses yeux bruns dans ceux bleus de l'agoraphobe.
-Tu as prévenu la police? lui demanda le maniaque d'une voix insensible.
-Oui, murmura Lee. Ils feront rien jusqu'à c'qu'on retrouve son cadavre.
Puis, aussi soudainement que la porte s'était ouverte, George se leva de son précieux canapé, les ressorts grinçant sous le brusque mouvement. Étonné, Lee suivit du regard les allers et retours du propriétaire entre ses bouquins posés à même le sol et ses étagères en cartons de pizzas. Sur la table basse en face du canapé, le rouquin déposait une carte de la capitale marquée de points rouges fort peu rassurants, des photos de jeunes filles sur lesquelles était affiché "Disparue", quelques articles de journaux nationaux et étrangers, ce qui ressemblait à un compte rendu d'enquête piraté à la police, et tout un tas d'autres papiers que Lee comprenait enfin.
-J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle, annonça George avec un tel entrain et une telle bonne humeur, qu'il n'avait jamais entendu soit dit en passant, que le livreur su qu'il devait avoir peur. Laquelle tu veux en premier? lui demanda t il avec un sourire de gosse venant de trouver un nouvel indice pour résoudre un casse tête chinois.
Marmonnant quelque chose d'instinct, trop stupéfait par la transformation pour pouvoir émettre un quelconque avis, le sociopathe en puissance reprit la parole.
-La bonne nouvelle, fit il en piochant une feuille de journal apparemment asiatique sur lequel un article en particulier était entouré de rouge, c'est que ton Angelina est en vie.
-Et la mauvaise? angoissa quelque peu Lee.
-Elle va être prostituée sur le marché thaïlandais par les dealeurs du coin qui l'ont envoyé en Asie par colis recommandé.
Le jeune homme resta de longues secondes à fixer l'homme au sourire victorieux, fier de sa trouvaille, lui mettant son article illisible sous le nez avant de finalement expirer avec incrédulité:
-Mais comment tu peux le savoir?
-Élémentaire, renifla avec dédain le possible enquêteur en plagiant ouvertement. J'ai supposé que toi et elle partagez le même milieu social et les mêmes cercles de connaissances. Et je sais que tu habites dans la même zone que les précédentes victimes, qui se sont toutes avérées avoir un mode de vie semblable au tien, soit un travail minable- quand elles en avaient-, une vie nocturne mouvementée, une accoutumance à toutes sortes de stupéfiants et autres problèmes d'hygiène de vie.
Dire que Lee était scotché était en deçà de la réalité. Sa bouche pendait librement, son mug tait oublié entre ses doigts et ses yeux clignaient rapidement, essayant d'assimiler tout ce que George lui assénait en pleine face.
-Ces femmes ont disparu aussi bien de jour que de nuit, et il n'y a absolument aucun signe de lutte dans ce qui leur sert d'habitation.
C'était clair que lui, il était bien placé pour parler immobilier...
-Ce qui me laisse supposer qu'elles ont du être... tu sais bien, reprit il après quelques secondes de silence en bafouillant.
-Enlevées? proposa un Lee toujours à la masse.
-Oui, fit il en reprenant son raisonnement, par quelqu'un en qui elles avaient confiance, que je suppose être leur dealeur, car elles avaient toutes des problèmes de dettes dus à la drogue. De là, il n'est pas bien difficile de faire lien avec les autres réseaux de prostitution. Ce qu'il faut savoir, en revanche, c'est quel réseau en particulier se fourni auprès de pays europé...
-Angelina ne se droguait pas, coupa avec irritation son meilleur ami.
Sous le haussement de sourcil dubitatif du présomptueux rouquin, il explicita.
-Elle fait des razzias chez moi tous les dimanches pour balancer dans les chiottes toutes les barrettes de shit qu'elle peut trouver. Elle crie au scandale dès que quelqu'un allume un joint, persista t il. Elle se fait jeter des boîtes, appuya t il, parce qu'elle cogne les dealeurs dans les backrooms. Elle ne se drogue pas, articula t il lentement.
George se gratta sa barbe d'au moins cinq jours pensivement, ses yeux d'un bleu délavé fixant le mur au-dessus de la tête du livreur.
-Peut-être causait elle trop de problème, justement, marmonna t il à lui-même.
-Et sinon, reprit espoir le métis, tu peux la retrouver?
-J'y travaille, assura le rouquin. Mais mes moyens sont quelques peu limités à ce que je peux trouver sur internet.
Ses yeux d'habitude si vides se teintèrent de malice et d'une lueur calculatrice.
-Eh bien, s'énerva le livreur, tu n'as sortir de ton trou et me ramener Angie!
L'agoraphobe arqua un sourcil en appuyant un regard dans son direction.
-Un typhon ne pourrait me faire quitter cet endroit, asséna t il.
-Mais tu vas quand même pas rester les bras croisés en attendant devant ton écran! s'ulcéra pour de bon le métis qui se leva brusquement, sa tasse tiède roulant sur le parquet et imbibant les quelques feuilles par terre.
-Si j'avais une personne pouvant aller recueillir des informations sur place, j'avancerais plus vite, grogna Georges en essayant de se contrôler face à ce manque de respect flagrant envers ses affaires.
A genoux sur le parquet, essayant de sauver ce qui pouvait l'être, l'enquêteur ne put retenir un sifflement colérique quand son livreur attitré se planta sans gène devant lui, l'empêchant de récupérer d'autres papiers potentiellement importants.
-Tu veux que je sois tes yeux et tes oreilles? fit il en se mettant à son niveau.
-Cela me paraissait limpide, siffla t il encore avec acidité en se reculant de ce corps beaucoup trop près à son goût.
-Marché conclu, fit il toujours accroupi sur le parquet plein de thé en tendant son épaisse main vers l'allergique aux contacts humains.
Comme il s'en doutait, les yeux bleus se posèrent avec hostilité sur cet appendice humain, son frêle corps reculant encore d'avantage.
-Marché conclu, répéta t il en enlevant la main de son champ de vision avec les quelques feuilles qu'il avait ramassé.
