Yellow people!

Encore de retour, avec pas mal de délire dans ce chap.

Une chose que je viens de remarquer concernant le précédent chapitre, j'aurais du préciser que j'aime utiliser ds stéréotypes tellement frappants qu'ils en deviennent ridicules. La crédibilité n'a jamais été mon fort. Donc voilà, pour les groupes mafieux organisés en fonction de leurs origines, à ne pas prendre au premier degré (ou croire que je vote FN^^).

Remerciements à mes followers silencieux, à Juliette54 qui rejoint les rangs et aux reviewers du dernier chapitre.


Cette fois, c'était une certitude, Lee allait se faire virer. Et pas poliment avec un gentil petit pot de départ. Ni à coups de pompes dans le derrière. Plutôt avec une carabine à plomb chargée au gros sel maniée par un type qui n'hésitait jamais à s'en servir. Comme ce fut le cas lorsqu'il avait un tout petit peu vandalisé le modeste établissement de son futur ex-patron. Et oui, Lee en avait été traumatisé. Ce n'était pas tous les jours qu'un homme vous tirait dessus en gueulant comme un échappé de l'Enfer biblique avec du gros sel. Il avait eut des putains de bleus pendant trois semaines, le faisant d'avantage souffrir que toutes les bastonnades qu'il avait subi à cause de sa grande gueule jamais fermée quand il le fallait. Et il ne s'était plus jamais foutu de la gueule des types qui décampaient dès qu'une pétoire était brandie par un vieux schnock atteint de Parkinson.

Tout ça pour dire que Lee angoissait quelque peu quand à la réaction de son futur ex-patron présent quand il verrait dans quelques heures l'état de sa précieuse pizzeria hideuse. Il avait peut-être un peu explosé la porte de derrière. Et puis c'était la faute de son boss aussi. S'il lui avait donné le double des clefs il n'aurait pas eut à entrer par effraction ni à piquer des pizzas congelées.

Maintenant qu'il y pensait, est-ce que George avait un four pour faire cuire ses précieuses réserves de graisses?

-Et merde, grogna le futur ex-employé penché sur le congélateur, une main tenant la porte au dessus de sa tête.

Pour avoir fait de nombreuses vaisselles de mugs usagés, Lee savait que le seul appareil électroménager fonctionnant dans cette cuisine à la peinture défraîchie était une cafetière d'au moins quinze ans, marchant toujours grâce à l'opération du saint esprit ou d'un quelconque dieu vaudou.

Voilà qu'il allait être obligé de faire cuire douze putains de pizzas avant que le proprio ou les cuistots ne se pointent. Il était foutu. Complètement et irrémédiablement foutu. Georges avait réussi à lui bousiller l'existence sans même sortir de chez lui. Un véritable psycho-sociopathe en puissance. Le pire enfant de salaud qui ne lui avait jamais été donné de rencontrer.

Toujours penché sur le congélo, sa main gauche maintenant la lourde porte, la droite fouillant à travers les sacs de champignons surgelés et les boîtes de jambon, le métis arriva enfin à accéder aux pizzas invendues emballées dans du cellophane. Très hygiénique, Lee l'avouait aisément. Comment un homme pouvait se nourrir exclusivement de ces nids à microbes sans chopper coups sur coups une sacré tourista échappait au futur chômeur. L'un autre après l'autre, Lee sortit les très appétissants restes et les rangea dans une glacière empruntée arborant un charmant logo rouge et bleu. Ce ne fut que quand il eut fini de vider le congélateur qu'il ne se rendit compte qu'il n'avait pas ses douze maudites pizzas.

-S'lop'rie, grogna-t-il encore en foutant le zouk dans le congélo naguère bien rangé. L'a franchement intérêt à avoir une putain de bonne raison ou j'lui refais l'portrait façon Picasso.

Et, comme si ce qu'il lui tombait dessus depuis le début de cette maudite semaine n'avait pas été suffisant, une voix masculine pesta contre les vandales qui avaient démonté la porte de derrière.

Lee n'était pas foutu. Lee était mort. Mais alors, vraiment mort. Plus mort que ça, il ressuscitait pour crever à nouveau.

Pétrifié comme une biche dans les phares d'un SUV, ou comme un employé penché sur le congélo de son patron pris en flag, Lee était coincé sur "Oh putain non putain de merde noooon!" comme un disque rayé. Ce ne fut que quand la lumière fut allumée qu'il se fit la réflexion qu'il aurait peut-être du se planquer ou bouger ou faire n'importe quoi d'autre que rester planter la main dans les anchois à fixer le nouvel arrivant avec des yeux de poisson mort.

-Mais qu'est-ce que tu fiches? osa demander benoîtement son collègue cuistot, ses clefs devenues inutiles toujours à la main, l'autre encore posée sur l'interrupteur, ses yeux gris clignant stupidement face à la scène burlesque devant lui, sa bouche à moitié ouverte parachevant le tableau.

-Salut Cédric, baragouina l'apprenti cambrioleur sans savoir quoi dire pour justifier la présence de sa main dans ce congélo qui commençait à lui engourdir les doigts.

-Tu as planqué ta drogue dans le congélateur? supposa-t-il en arquant un sourcil châtain. Pas la meilleure des cachettes, si tu veux mon avis, continua-t-il sur sa lancée sans s'apercevoir que la bouche de son collègue se décrochait au fur et à mesure qu'il parlait. C'est plus simple de la ranger dans un flacon de produit d'entretien. Personne n'y touche jamais, fit-il en haussant les épaules. Ou dans les grilles d'aération, classique, indémodable.

Le si gentil, modeste et composé Cédric Diggory était un junkie. Lui. Le type à qui on donnerait le bon dieu sans confession. Le stéréotype sur pattes du gendre idéal. Le mec qu'on imagine enfant de cœur et fervent partisan d'œuvres de charité. Lui.

-T'es un junkie, fut la seule chose qu'il put dire avant que la lourde porte du congélo ne lui tombe férocement sur la tête.

Le reste ne fut plus qu'une litanie d'injures en tous genres contre cette maudite porte, cette horreur de pizzeria, et ce détraqué de George, ainsi que de gloussements distingués de la part de cette irritante perfection qu'était Cédric.

-Quel piètre cambrioleur tu fais, se moqua-t-il encore une fois, gloussant dans ses clefs sans la moindre pitié. Tu veux que j'aille te chercher du meurtripan? se reprit le bon samaritain avec un sourire toujours accroché à ses lèvres.

-Ca ira, maugréa le métis en se massant le crâne entre ses dreadlocks.

-Tu comptais vraiment voler ces choses immondes? demanda négligemment le châtain tout en se débarrassant de son manteau pour enfiler un tablier rapiécé et une charlotte complètement inutile dans ce nid à microbes.

-Pas vraiment, marmonna-t-il.

-C'est à dire? s'enquit Cédric en nouant autour de sa taille le bout de tissus d'une fraîcheur douteuse.

-Livraison express à domicile? tenta Lee avec un petit sourire contrit.

Le cuistot arqua à nouveau l'un de ses sourcils tellement bien dessinés qu'ils en devenaient parfaits.

-Et attendre l'ouverture, il pouvait pas, ton client?

-Nan, marmonna avec un ressentiment sincère le larbin de service.

Et dire qu'il aurait du être tranquillement en train de pioncer dans son lit comme toute bonne âme se devait de le faire à deux heures du mat'.

Une minute.

Cédric était une bonne âme.

-Et qu'est-ce que toi, tu fous ici? demanda donc l'apprenti détective en plissant ses yeux sombres de suspicion.

-Moi? fit-il avec une innocence qui, si Lee ne la savait pas feinte, l'aurait immédiatement convaincu. Je suis venu faire des pizzas.

-Faire des pizzas? répéta avec scepticisme le livreur. A deux heures du matin?

Cédric opina du chef, comme si c'était là la plus banale des réponses et se mit à sortir un matériel qui avait du être rangé à peine une heure plus tôt par leurs collègues.

-Ben voyons... souffla avec désabusement le métis qui ne comprenait décidément plus rien à sa vie.

Et, si Lee avait été dans un cartoon, une lumière se serait allumée au dessus de son crâne dans un signe évident d'illumination.

-Pendant que t'y es, commença à prier le livreur, tu pourrais m'en faire trois? S't'eu plaît? Je te le revaudrais, juré.

Un curieux sourire prit place sur les parfaites lèvres du parfait jeune homme bien élevé. Un sourire qui n'avait absolument rien à faire sur des lèvres pareilles, sur le visage d'un jeune homme pareil. Un rictus de machiavélisme. Et, Lee prit peur. Comme s'il venait de demander au diable en personne de lui faire un contrat. Non, pire. Une faveur.

-Les pizzas que je fait après minuit ne sont pas exactement les mêmes que celles faites avant.

-C'est à dire? recula presque Lee face à cet immonde sourire sournois.

Pour toute réponse, Cédric sortit d'un placard une boîte opaque sur lequel été marqué "SUCRE". Quand ses mains parfaitement manucurées enlevèrent le couvercle et lui montra son contenu, la seule réaction de Lee fut:

-Est-ce que tu fais vraiment des space-cakes version pizza? fit-il face à la boîte contenant tout sauf du sucre, intéressé malgré lui.

-J'ai un train de vie à préserver, se justifia avec un haussement d'épaule le dealer sans scrupules refermant précautionneusement sa boîte de "sucre". Pour tes pizzas, tu préfères mozzarella-extasy, anchois-opium ou la surprise du chef?

-Et y'a quoi dans ta surprise?

-Surprise, sourit avec candeur le manipulateur en chef.

-Va pour les trois, alors, soupira Lee en se demandant depuis quand sa vie était devenue si ... Délirante, expira-t-il alors que des clients sortant de l'ordinaire venait se présenter au comptoir.


J'aime Cédric. J'aime l'imaginer en manipulateur vicieux se cachant derrière des sourires hypocrites et éclatant tout seul dans son chambre d'un rire mégalomaniaque.