Chapitre I : Ce qu'il reste de ses réponses
Quatre mois plus tard.
Il fut tenté de donner un coup de pied dans la porte pour entrer, et bien que se défouler sur un panneau de bois ne puisse être réellement salvateur, l'envie démangeait les muscles de sa jambe droite. Il se retint. Il y avait déjà assez matière à faire avec lui, il ne fallait pas qu'il donne raison à ses détracteurs. Il entra simplement, de cette façon que beaucoup de personnes suivent, tirant le battant vers lui, passant devant tout en déplaçant sa main à la poignée de l'autre côté de la porte, puis la tirant derrière lui en se tournant un minimum pour ne pas se luxer l'épaule. Après, il y avait aussi les personnes qui laissaient les portes ouvertes, des inconscients. Ou des peureux, des angoissés, des indécis, ils regardaient l'endroit dans lequel ils atterrissaient avant d'être certains de vouloir se couper d'un pan de civilisation à grand renfort de cloisons. Il soupira, ennuyé, au moins il était à l'heure, il ne devrait pas avoir à attendre trop longtemps. Il commença par inspecter les murs, il s'attendait à des posters sur les diverses formes de dépendance, les drogues, des services d'écoute et d'aide ; ou des tableaux, de ces artistes anonymes qui capturaient des paysages ou des émotions sans arriver à les retranscrire correctement. Il n'y avait rien, des murs ternes, d'une couleur qui avait dû être du vert à une époque lointaine. Il tenta de trouver quelque chose de plus intéressant par la fenêtre : seul un buisson avait gardé ses feuilles, les autres arbres visibles étaient vraisemblablement morts.
Il haussa les épaules et regarda les magazines disposés sur la table centrale. Il les attrapa un par un, avant de les laisser retomber avec un air méprisant. C'était assez divers, il y avait les plus connus sur les personnalités, la psychologie, la politique, mais également sur la parentalité, le cinéma indépendant, la pêche. Il s'arrêta à ce dernier, ayant perdu tout espoir de trouver quelque chose qui l'intéresserait. D'ailleurs, qu'est-ce qui l'intéresserait ? Il n'aimait pas assez lire pour apprécier les articles trop longs, il n'avait pas le profil nécessaire pour être réceptif à ceux sur la mode, aux publicités ou aux ragots. Sauf peut-être ceux sur Dr. Sexy Md. Seulement c'était un plaisir coupable, il ne pouvait se permettre d'être vu en train de feuilleter un magazine qui en parlerait. À moins d'avoir un prétexte, un alibi dans la manche qui corroborerait sa version des faits. Et là, il n'y avait personne. Peut-être qu'il pouvait tirer sur la couverture violette, dans un coin se tenait son idole les bras croisés sur la poitrine et l'air confiant. L'image parlait d'elle-même : allons Dean, tu sais que tu m'aimes, en plus je ne suis qu'un petit article car représenté par une miniature ridicule mais tout de même digne, dans le coin en bas à droite de la première de couverture. Allons, quoi, ça ne te prendra même pas cinq minutes, personne ne saura, seulement nous.
Dean se retourna tout en resserrant les doigts sur sa prise. Il fut pris d'un frisson qui remonta désagréablement le long de son dos. Il n'était pas seul.
- Salut.
Il n'obtint pas de réponse et les deux yeux bleus qui le fixaient ne se détournèrent pas pour autant. Bien, il n'allait pas se gêner non plus. Il scanna la personne qui était assise dans son coin. L'homme avait l'air de la même tranche d'âge, peut-être sensiblement plus vieux. Peut-être pas. Habillé n'importe comment. Il ne savait même pas nouer une cravate, il y avait beaucoup de chances pour qu'il soit à côté de ses pompes. Il tenta de jauger le visage dans son ensemble, or un détail demeurait perturbant. Cet homme, possesseur d'iris au taux de mélanine assez bas, avait ce regard qui tentait de s'ancrer dans le sien, et qui réussissait, indéniablement. Il n'avait pas l'air de ciller, et à moins qu'il ne le fasse justement en même temps que Dean c'était inquiétant. Non, dans un cas comme dans l'autre c'était inquiétant, qu'ils soient deux à cligner des yeux en même temps était étrange. C'était diaboliquement précis. De plus, à mesure que le temps s'écoulait, il avait l'impression que le contact visuel gagnait en intensité. Il se demanda ce qu'on pouvait voir dans son propre regard. Celui de l'inconnu était indescriptible, avait quelque chose des profondeurs océaniques, plutôt belles, paisibles en apparence, et inaccessibles. Il douta de ce qu'il devait faire. Puis se rappela du magazine, qu'il lâcha promptement. De toutes les chaises disposées contre les murs de la salle d'attente, l'autre homme en avait choisi une située dans un angle, qui avait l'air bancale. Il tenait un carnet et un stylo. Sûrement un de ces artistes qui notent tout ce qui leur passe par la tête et sous les yeux, jugea Dean. Un observateur donc.
Bien, il s'assit sur la chaise juste à côté, et lui demanda si ça faisait longtemps qu'il attendait. Celui auquel il s'adressait ne le regardait plus du tout, il remarqua juste un léger haussement d'épaules. L'esprit de Dean décida qu'il était temps de s'emplir de pensées paranoïaques, et se méfier. Il décala un peu sa chaise. C'était peut-être un sociopathe, un érotomane, ou un impulsif violent. Ah, non. L'impulsif violent c'était déjà pris se rappela-t-il en soupirant. Son frère lui avait bien fait comprendre, d'une façon déplaisante. Bref. Il se présenta, nom, âge, métier, en tendant une main chaleureuse. Quitte à attendre autant le faire ensemble. C'est du moins ce qui lui paraissait le plus logique, puis, comme l'autre était prostré il n'y avait apparemment pas de risques. Et pas de réponse non plus. C'était dérangeant, et son vis-à-vis était à présent concentré sur la table. L'endroit où l'on voyait le magazine plus précisément. Dean intervint sans avoir réellement cherché une excuse, il lança que c'était pour sa fille… enfin, sa nièce… enfin, il la considérait comme sa fille, surtout depuis qu'ils avaient emménagés tous sous le même toit, elle venait le voir lui plutôt que son père quand elle faisait des cauchemars… la famille tout ça. Il se tut, se demandant à quel point c'était ridicule. En moins de trente secondes il avait réécrit l'histoire à coups de conneries.
« Castiel »
Et en moins de dix secondes l'inconnu avait saisi son poignet, tourné la main, et pris sa paume pour un support, fait glisser le stylo dans un style manuscrit qui allongeait démesurément le C, le t et le l. Ou alors c'était une résultante du tremblement qui agitait le calligraphe. En tous cas, il avait bien calculé son coup, le psychiatre se présenta au même moment, et relevant la tête d'un dossier il lui fit signe d'entrer, au passage il gratifia Dean d'un sourire et d'un bonjour. Il allait falloir attendre, encore. Il était certain que l'autre… Castiel ? Etait-ce seulement un nom ? Admettons. Castiel, donc, avait délibérément décidé de lui écrire dessus parce qu'il savait que le psy arriverait. Après, de là à savoir pourquoi, le champ des possibles était vaste. C'était peut-être un artiste angoissé. Ou un truc du genre, ça expliquerait les vêtements, le carnet, le stylo, le regard dans le vague. Autant penser à autre chose. Comme l'hypothétique fille de Sam. Il ricana seul dans son coin. Pourtant ses pensées continuaient leur périple, en quête d'une visualisation du tableau : elle aurait quatre ans. Non, quatre ans et demi. Elle préciserait tout le temps, sous leur regard attendri à tous les trois. Jess' aurait cette vilaine manie de maman de vouloir utiliser des élastiques de couleurs, lui, en tant qu'oncle responsable, la débarrasserait de ces horreurs dès qu'elle viendrait lui traîner dans les pattes. Il râlerait un peu, pour la forme, mais garderait souvent un sourire au coin des lèvres, juste pour elle. Il lui raconterait comment il avait pris soin de Sam, à une époque lointaine, où celui-ci avait été le plus petit. Il lui parlerait de son papa de telle sorte que Sam en surprenant la conversation se sentirait couvert de ridicule, et arracherait la petite aux bras de son frère aîné. Il tenterait de discréditer les propos de l'oncle pernicieux, avec des mots trop compliqués pour la petite. Puis d'abord les histoires de tonton Dean seraient les meilleures.
L'image se troubla, à moins que ce ne fussent ses yeux. C'était ridicule. Cette petite, elle ne pourrait être que chiante et critique, élevée par Sam. Elle croiserait les bras et froncerait les sourcils tout le temps. Ouais, ce n'était pas plus mal que le plus jeune des Winchester n'ait pas de descendance. Fallait être réaliste. Dean regarda son portable. En plus Sam ne laissait pas de messages. Pas un bon père, ah, ça non, il n'en ferait qu'à sa tête, capable de délaisser sa famille au profit de sa bouderie, punissant tout le monde au passage. Et il ne donnerait pas de nouvelles, pas d'appels, pas de messages, se ferait désirer, attendre. Saleté. Dean regarda le niveau de sa batterie, et lança un jeu au hasard, parmi ceux que Jo avait installé sur son portable. Pas très épanouissant, mais ça éviterait de penser à tout et n'importe quoi. Surtout n'importe quoi.
- C'est à vous.
Il leva la tête, éberlué, et le temps de reprendre ses esprits, se demanda ce qu'il foutait là. Quand il s'en rappela, il tenta d'afficher un sourire normal, charmeur. Il vit Castiel qui passa en courant d'air, se dirigeant vers le bureau de la secrétaire. Rien à voir avec l'homme sur sa chaise bancale, la démarche était assurée, fluide, aérienne. Un artiste angoissé bipolaire. Il espérait avoir faux. Il retint un rire de justesse, avant de passer pour fou auprès d'un expert en psychopathologie qui ne le connaissait pas. Il le suivit, jeta un coup d'œil circulaire à la pièce, il y avait le divan, grand classique. Il se demandait si c'était ajouté pour gagner en crédibilité ou pour donner une impression un peu plus décontractée. Dans un cas comme dans l'autre ça ne prenait pas sur lui. Il y avait bien deux trois diplômes sur le mur, des photos de gens heureux qui semblaient provenir de sites stockant les images et les répertoriant avec toutes sortes d'étiquettes ridicules. Celle qui était à l'entrée pouvait peut-être être retrouvée à l'aide des mots « famille », « nombreuse », « joie », « maison », « balle », « chien », « été », « jardin », « frisbee », « pique-nique ». Celle au-dessus du boudoir « entreprise », « salariés », « travail », « bourse », « costume », « sourire », « argent », « poignée de main ». Ça avait l'air d'être arrangé pour laver le cerveau. En dépit des images les murs étaient gris, sombres et tristes. Peut-être pour faire pleurer. Dean eut un tic nerveux. Il se figea sur la chaise, raide au possible. Prêt à décamper aux premières idioties qu'il entendrait.
Les trois quarts d'heure se firent sentir, même si ce fut plus rapide que ce à quoi Dean s'attendait. Il n'avait pas eu à revenir en enfance, pas eu à raconter d'horribles traumatismes, il estimait même s'en être bien sorti. Il n'avait vraiment rien eu à dire, et tout ce qu'on pouvait en déduire, c'était qu'il n'avait pas de problème, n'est-ce pas ? Il aurait juste à retourner travailler et… « Il faut que vous remettiez de l'ordre dans votre petite tête, avant d'en venir à tuer quelqu'un, ah, ah ». Un arrêt de travail, il le parcourut rapidement du regard. Un mois d'arrêt, il savait que Jo ou Ash' auraient fait une danse ridicule à sa place. Mais il tenta de protester. Le psychiatre eut un sourire que Dean perçut comme condescendant, et il ajouta « cela va être difficile avec vous, vous êtes totalement dans le déni ». Ce à quoi il répondit par un non véhément, provoquant le rire de son interlocuteur. Il poussa la porte et fut surprit de revoir l'homme qui était là tout à l'heure, dont toute l'attention était focalisée dans une lecture. La lecture du magazine à la couverture violette. Un artiste bipolaire obsessionnel et angoissé. Il voulut l'interrompre, au moins pour le prendre au piège. Il se racla la gorge, et cela marcha. « Bonsoir Castiel » susurra-t-il avant de partir en pleine possession de ses moyens. Ce qui ne fonctionna pas exactement comme il l'avait imaginé car ce dernier se contenta de lui adresser un geste de la main. Comme si c'était normal de feuilleter un magazine pour filles, pour adolescentes. Dean ne comprenait pas, et après être sorti de la salle d'attente il eut l'envie d'y retourner, observer son congénère lire sans gêne, sans aucune pudeur, de manière même provocatrice tant elle était dénuée de honte. Ce n'était pas normal. Non, ça n'avait rien de normal.
Il regarda la secrétaire avant de l'interrompre dans ses pensées, il demanda un rendez-vous pour seize heures vingt, le lundi suivant. Il avait l'air si confiant que la jeune femme s'excusa avant de lui dire que ce n'était pas possible, qu'il pouvait seulement prendre le créneau d'après s'il le voulait. Il accepta, tout en notant qu'avec le retard, on pouvait rapidement se dire qu'il fallait plutôt prendre en compte le fuseau horaire de la côte ouest. Ou tout au moins celui de la zone montagneuse. Pas celui Central. Il demanda s'il pouvait se permettre d'arriver en retard du coup, récoltant quelques bredouillements incompréhensibles d'après lesquels il saisit que non, et que les imprévus ne manquaient pas. Comme les personnes qui restaient dans la salle d'attente après leur rendez-vous ? Il haussa un sourcil en s'accoudant au comptoir, il avait juste saisi l'occasion. Contrairement à ce à quoi il s'attendait l'employée se détendit presqu'aussitôt, ah ça, soupira-t-elle, ça, c'était autre chose, au revoir Monsieur Winchester. Il fronça les sourcils, et partit sans savoir s'il était vexé ou déconcerté. Rien ne fonctionnait comme il le voulait. Il n'arrivait même pas à faire du charme à une secrétaire correctement. Il gagna l'Impala en se demandant comment il allait gérer son mois sans travailler. Il ne pouvait pas aller au bar habituel, il ne pouvait pas aller aux endroits habituels, de manière générale. Ils ne comprendraient pas, ses collègues. Ils poseraient des questions auxquelles il n'aurait pas envie de répondre. Il voyait très bien de là comment ça se passerait, ignorer les commérages serait facile. Soutenir les regards interrogateurs de ses amis, impossible. Ils ne comprendraient pas. Et il avait honte. Inutile d'en rajouter.
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La semaine se passa sans accroc majeur, il attendit les appels de Sam qui ne vinrent pas, évita ceux de ses amis qu'il ne voulait pas affronter. Il fit le plein de bières, trois fois, s'effondra deux nuits sur le canapé plutôt que le lit. Mangea sain par dépit, par flemme de refaire des courses. C'était dégueulasse. Mangez des fruits, qu'ils disaient ! Les avaient-ils seulement vu ces fruits ? Des pommes trop acides, des noisettes pourries. Même les miettes de chips perdues dans le tapis devaient avoir meilleur goût. Bon, ça n'avait aucune importance, c'était lundi. Il fallait qu'il sorte. Il fit une liste de course et passa à un supermarché. Il se retrouva dans le rayon des spiritueux avant même d'avoir dégainé sa liste, liste sur laquelle il n'avait pas noté la bière. Mais quitte à y être, autant en profiter. Un pack de secours ce n'était pas de refus. Le reste, c'était ennuyeux. Il sauta le rayon des produits frais pour vendre son âme aux surgelés. Il eut quelques doutes, prit un peu de tout, sauf des légumes, ça n'avait pas l'air comestible, vert ou orange fluo sur la photo, quand ce n'était pas un jaune vomitif. Absolument pas sain. Contrairement aux frites dorées, aux hachis dégoulinant de sauce béchamel épaisse, bien consistante, avec le fromage râpé disposé soigneusement sur le dessus, les tourtes, dorées elles aussi, renfermant quelques trésors en leur sein, les pizzas, bon sang, les nuggets orangés… et un truc mexicain, comme ça, pour essayer.
Il regagna sa voiture avec le sentiment d'avoir accompli de grandes choses. Regarda son portable, et se décida à répondre à un message d'Ellen Il savait que s'il laissait passer, elle viendrait lui botter le cul à domicile, elle serait même capable de rentrer par la fenêtre, bien qu'il vive au troisième. Elle était capable de tout quand elle s'inquiétait. Il savait qu'il lui parlerait, tôt ou tard. Il était simplement trop tôt. Il lui demanda de prendre des nouvelles de Sam, au passage. Ça ne tuerait personne de savoir comment ce dernier se portait. Il regarda l'heure. Il pouvait être à l'heure. Il rangea ses courses, traversa deux rues. Il avait juste deux minutes de retard quand il arriva. Il avait réfléchi à un plan d'attaque. Quand il pénétra dans la salle vert délavé il se tourna vers l'homme au trench coat. Il lui expliqua qu'il n'était pas familier avec ce genre d'endroits, et s'assit non loin, laissant une chaise d'écart. Peut-être pour éviter d'être pris pour une feuille de papier, peut-être pour avoir une vue d'ensemble. Il avait des questions précises, des questions fermées, oui, non et je ne sais pas pouvaient être exprimés sans prononcer le moindre mot. Il s'attendait à un rejet, ou à un visage consterné, mais à la place :
- Essayons, suggéra un haussement d'épaules.
- Donc, hum, tu viens ici depuis longtemps ?
- Définis longtemps, demanda un autre haussement d'épaules, plus lent.
- Plus d'un mois ?
- Oui, acquiesça-t-il.
- Deux mois ?
- Hum, les mains se mirent en place, il réfléchit un moment. Dix, et un. Onze, oui, montra-t-il.
- Et ça sert à quelque chose ?
- Heu, il s'humecta les lèvres en regardant le plafond, oui, acquiesça-t-il, plus ou moins, il mima une balance avec les mains, faut trouver l'équilibre, ajoutèrent les mains se stabilisant à la même hauteur.
- Et on attend souvent comme ça ?
- Ouais, confirma un hochement de tête rapide. C'est pour ça les magazines, hein, son index pointa la table aux magazines alors qu'il prenait une expression ennuyée.
- Je sens que je vais me plaire ici, lança Dean sarcastique.
- Je ne comprends pas le sarcasme, lui apprit un sourire léger qui se promenait sur les lèvres de Castiel.
- Et… tu fais comment pour tes séances ?
- Clavier, expliquèrent les doigts en pianotant dans le vide.
- Tu faisais quoi la dernière fois dans la salle d'attente, après ?
- Comment veux-tu que je réponde à ça ? demanda une combinaison haussement de sourcils, air blasé, haussement d'épaules. Heure, ou horaire, ou montre, il tapota son poignet. Attends, paume à la verticale, comme pour stopper.
Il sortit stylo et papier et écrivit. Il présenta ensuite le carnet à Dean : « J'attendais Hannah, elle me raccompagne ». Dean avait eu l'impression d'être superbement intrusif avec cette dernière question, et s'était une nouvelle fois attendu à obtenir une réponse négative. Ça avait été plus fort que lui, il avait senti que son homologue se détendait à mesure qu'il bataillait pour s'expliquer sans mots. Ce qui laissait à croire que ce n'était pas une situation habituelle d'ailleurs, ça faisait une question de plus à poser. Il se demandait pourquoi Castiel avait lutté pour écrire en caractères détachés. Quelques lettres s'accrochaient tout de même les unes aux autres, celles du prénom d'Hannah. Il aurait volontiers observé cela de plus près, mais ce n'était pas le bon moment ni le bon endroit pour agir de la sorte. Ils continuèrent à communiquer, Dean apprit par exemple que Castiel vivait non-loin de là, chez sa sœur Hannah, avec ses deux neveux, qui lui donnaient du fil à retordre si on en croyait les sourcils qui se rapprochaient, inquiets. Il ne travaillait pas, ou plus, ne savait plus quel goût avait un hamburger. Dean tenta de trouver ses hobbies, et ce n'était pas un artiste. Ça n'avait pas l'air d'être quelqu'un de bipolaire ou obsessionnel. Angoissé par contre, c'était certain. Il fronça les sourcils en le regardant chercher quelque chose dans son carnet. Il avait vraiment envie de connaître son problème….
Il se lança, jamais deux sans trois, hein. Il lui proposa de lui filer son numéro, au cas où, ça pouvait être sympa de se serrer les coudes, dans ce genre de situation. Sauf que cette fois Castiel ne répondit pas, trop absorbé par son carnet. L'égo de Dean en prit un coup, pas un uppercut, mais une bonne claque. La paume droite l'arrêta dans ses pensées : attends. Castiel sembla trouver ce qu'il cherchait, il griffonna quelque chose sur le papier. Le psy entra, et Dean soupçonna Cas' d'avoir un sixième sens. Il prit la feuille tendue et attendit qu'ils sortent de la pièce pour s'y plonger. Il y avait deux feuilles en fait. Il allait avoir de quoi s'occuper. Il s'attendait à ce que Castiel y consigne son histoire cependant… non… il n'avait tout de même pas ?! Dean fut pris d'un fou rire, et au diable ceux qui l'entendraient et le croiraient dément. Il n'était pas le pire dans l'histoire, non. Il lut une première fois en diagonale, trop pressé pour lire tous les mots. Il y avait peu de ratures, mais les rares présentes ne concernaient pas l'orthographe ou la grammaire. Pas plus que la conjugaison par ailleurs. Non, elles barraient des « je ». De nouveau l'envie de rire le prit aux tripes, il mordit son pouce pour la maîtriser.
Comment dire ? Que Castiel ait voulu faire un résumé de chacun des articles présents dans le magazine Fan numéro 520 était étrangement déconcertant. Le fait qu'il ait en plus spécifié des points négatifs et positifs pour chaque encart relevait d'un travail méticuleux. Mais l'impartialité, à propos d'articles tous aussi subjectifs les uns que les autres, ventant le charisme du beau gosse de la télévision, ou questionnant les décisions de la pauvre chanteuse face à ces rats de paparazzis et ces emplumés politiciens. Cette rigueur scientifique... ça avait quelque chose de curieusement adorable. Et de bizarre. De carrément bizarre.
Bonsoir ! Tout d'abord merci aux personnes qui laissent des commentaires, c'est assez génial. Ou plutôt vous êtes géniales personnes laissant des commentaires. Bravo à tous ceux qui sont venus à bout de ce premier chapitre. Et bon courage à ceux qui décident de suivre l'histoire.
J'aurais juste une question à vous poser : trouvez-vous les paragraphes trop longs ?
Sinon prenez soin de vous. Ouvrez et fermez des portes. Le prochain chapitre sera ce qu'il reste de ses peurs.
