Chapitre II : Ce qu'il reste de ses peurs
Même jour, même heure
Dr Sexy Md allait être renouvelé. C'était vraiment tout ce qu'il avait besoin de savoir. Il jeta quand même un œil au reste, juste au cas-où. Les noms des acteurs entrants ne lui disaient rien, et les notes de Castiel faisaient ensuite un récapitulatif de la saison précédente. Dean, qui connaissait la trame scénaristique par cœur, fut tout de même ravi de voir que quelqu'un avait réussi à faire un résumé propre et clair. Ce n'était pourtant pas gagné, entre les histoires de patients qui se mêlaient aux médecins, la hiérarchie de l'hôpital souvent susceptible de se modifier, les diverses névroses des personnages, leurs relations sexuelles, amoureuses, familiales, le tout ponctué de mariages, divorces et enterrements, menant les survivants à des extrémités, dépendants, malmenés… D'ailleurs ils avaient de nombreuses fois utilisé les hallucinations pour faire revenir des morts qui plaisaient au public. Et parfois on voyait plus les personnages du passé que ceux qui se débattaient encore dans le présent, s'il y avait un truc qui embêtait Dean dans la série c'était ça. C'était un point sur lequel il aurait pu en venir aux insultes, s'il avait eu à en parler avec quelqu'un d'autre.
Il survola les autres encarts, avec l'impression que celui sur sa série préférée était le plus détaillé. Mais ce devait être lui. Il posa son regard sur la marge, un numéro de téléphone noté, accompagné de la mention appeler qui était rayée. Une flèche sur laquelle le stylo avait dû repasser cinq fois indiquait que les sms étaient préférables. Il dégaina son portable, songeant d'abord à enregistrer le contact, puis composa le message sans vraiment y penser, et l'envoya aussitôt, craignant peut-être que l'appréhension ne le rattrape. Il entendit une sonnerie faire écho à son geste. C'était la sonnerie par défaut, au volume maximal s'il en jugeait par le peu que la porte filtrait. Il imaginait très bien le destinataire du message se confondant en excuses, pendant que son teint passait par plusieurs nuances de rouge. Sauf que Castiel ne parlait pas. Bouleversant ainsi l'équilibre précaire de l'imaginaire de Dean. Alors qu'il s'apprêtait à faire évoluer son théâtre mental pour repasser la scène en version muette, l'écran de son portable s'alluma. Un irrépressible rictus gagna le coin droit de ses lèvres. Il fit glisser la pulpe de son index sur l'écran. Déjà une réponse.
« Ok »
Castiel ne s'était pas foulé. C'était un peu décevant. Et en même temps, c'était comme si ses neurones se moquaient de ce qu'il se passait, sur-interprétant les faits, et les blancs. Tel qu'il l'imaginait, Castiel avait agité ses pouces contre son téléphone, à la fois angoissé et pressé, ne sachant pas vraiment quoi écrire, composant donc des phrases incompréhensibles remplaçant les a par des s et des z. Il avait ensuite hésité, stoppant les mouvements convulsifs, avait effacé les caractères, puis avait répondu quelque chose de concis. Dean approuva. Cette salle d'attente le rendait taré. Il n'y avait pas d'autre explication possible. Il se leva, et essaya de chercher un signe, des craquelures infernales, des écritures sur les murs, des traces. Il vit bien quelque chose, quand il ne regardait plus, et il s'approcha, effleurant le papier peint abîmé. Des traits à peine plus clairs, approximativement parallèles, et au nombre de trois, à hauteur de sa hanche, juste à côté de la porte qui menait au hall. Comme des traces d'ongles. Vraiment, cette pièce incitait au délire. Il essaya de trouver une autre explication. Ce qui l'occupa longtemps. Il n'y en avait pas.
Ou alors une éraflure causée par un truc tenu à l'horizontale ? Il essayait encore de se représenter la scène quand vint son tour. L'homme au trenchcoat le snoba, traversant la salle en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire. Assez incompréhensible. Il soupira, pour se donner du courage, et pour donner l'impression qu'il était déjà ennuyé par ce qu'il était sur le point de faire. S'il avait su, il aurait soupiré deux fois plus fort, et poussé un juron. Les questions sur l'angoisse étaient les pires. Il allait bien en arrivant, enfin, plutôt bien. Là, c'était insidieux, pervers, la peur capricieuse semblait se tapir dans l'estomac et vouloir remonter le tube digestif. Le fait de parler d'angoisse angoissait. Particulièrement sous le regard scrutateur de l'homme passablement dégarni. Il avait vraiment une sale gueule de fouine, surtout quand il se penchait en avant, avec son nez en bec de faucon. C'était un fichu charognard, voilà ce que c'était. Ou une fouine, ou les deux. Il avait la tronche d'un mec respectable, contrastant avec la lueur vicieuse de quelqu'un qui se réjouit de lever le voile sur la personnalité des autres. Ne devrait-il pas plutôt afficher un visage impassible pseudo-compréhensif ?
Ça lui donnait presque la nausée.
Il sortit sans avoir perdu la face, mais une pelote de barbelés s'était fichée en travers de sa gorge. De barbelés acides pour être précis. N'était-ce pas supposé l'aider à aller mieux ? D'un autre côté, il ne pouvait pas rejeter l'intégralité de la faute sur le psychiatre, il avait choisi de ne pas perdre le minimum de contrôle qu'il pouvait avoir dans sa situation. Il se renfrogna. À la semaine prochaine, ouais ! Il avait presque hâte, il s'imaginait vérifiant l'empreinte que pourrait laisser son poing sur la mâchoire de ce type. Ce n'était pas sa faute. Ce type avait un problème. Et il le cherchait. Dès le début, avec son ton doucereux et hypocrite. Dès le début oui. Il serra les poings en réfléchissant à la manière dont il pourrait encastrer le gars dans un de ces murs gris. Ce serait référencé dans « justice », « homme », « costume », « travail », « règlement de compte »… ou d'autres balises de ce genre. Il détailla la secrétaire du regard en s'en rapprochant. Il ne l'avait pas remarqué les semaines passées, mais elle avait l'air incroyablement fatiguée, elle sourit poliment et ne put retenir un bâillement en milieu de phrase. Elle couvrit sa bouche, lorsqu'elle vit Castiel approcher.
Il n'eut même pas besoin de se retourner, il le voyait dans le reflet d'une vitre. Ils partirent sans un mot, parce que Dean ne savait pas quoi dire, et Castiel ne pouvait pas répondre. C'était assez vain. Il se demanda pourquoi il s'embarquait toujours dans des situations aussi… problématiques. Sam aurait rétorqué qu'il les cherchait les situations problématiques. Et il aurait dû faire quoi ? Se taire, rester comme un con dans son coin ? C'était de l'ordre de la régression, ça ! Il fallait qu'il bouge, qu'il parle, qu'il agisse ! D'ailleurs il avait trouvé quoi dire « c'est sur ma route, en fait, ça ne me fait pas faire de détours. J'avais un… ami… qui habitait dans ta rue ». C'était utile de préciser, pour le chemin. Pour être encore plus franc, il aurait pu dire que c'était à lui que ça rendait service. Ce genre de propos c'était… nan. Pas possible, pas avec un inconnu, et ça faisait fuir. Il tourna la tête, son auditeur hocha la sienne. Ils arrivèrent au parking dix minutes plus tard. Il chercha ses clefs dans toutes les poches de sa veste et son pantalon, sauf celle où il les mettait habituellement. Il ouvrit, avec un geste nerveux, et ils s'installèrent. Le passager fronça le nez.
…
- C'est dans un sac de congélation, c'est bon, assura Dean
Castiel lui jeta un regard qui pouvait s'interpréter de plusieurs façons : « ce n'est pas croyable, sors moi ça de ton coffre, et balance ça aux rats », « si tu le dis, ce n'est pas moi qui aurai à camper dans les toilettes », « admettons… ». Il démarra. Vrai que l'odeur n'était pas des plus agréables. Il hésita à ouvrir les fenêtres ou mettre la climatisation. C'était vivable quand même, non ? Pour une demi-heure de trajet, ça irait, décida-t-il. Il mit de la musique, s'en remettant aux talentueux Bonham, Jones, Page et Plant. Il se laissa emporter sur deux morceaux, puis regarda Castiel à la dérobée, par mesure de précaution. Une moue hautaine ou un ennui marqué lui aurait valu d'être dégagé de l'Impala. Quelque part, c'était un test. Il claqua la langue avec satisfaction en remarquant qu'il avait un bon public pour étaler ses goûts musicaux, Castiel battait la mesure sur sa cuisse, tout regardant le paysage par la fenêtre. Il retourna à la route avec un sourire, manquant le mouvement des lèvres du passager, mimant les mots, parfaitement synchrone. Il ne devait plus rester qu'une dizaine de minutes, tout au plus. Et… c'était parfaitement égoïste, mais :
- Ça te dirait d'aller boire un verre ?
Ça ne prendra pas longtemps, ajouta-t-il précipitamment, et c'est sur la route. Je connais un endroit... Il avait l'impression de le prendre en otage. C'était un peu le cas, il le piégeait en lui proposant ça, alors qu'il était juste parti pour le raccompagner à la base. C'était même un truc reconnu en manipulation, commencer par faire accepter quelque chose sans importance, puis demander davantage. Castiel le fixait, et leurs yeux s'accrochèrent juste le temps qu'il fasse comprendre qu'il était d'accord. Manipulateur souffla son esprit. Comment aurait-il pu lui-même savoir qu'il proposerait ça ? C'était tout bonnement fortuit. Il n'avait pas prévu. Il n'avait rien prévu. Une place de parking était libre, il fit le créneau le plus lent et fluide de l'histoire de son véhicule. Presque langoureux, c'était une histoire d'amour qui se passait de mots, il caressa le volant en souriant. Il ouvrit de nouveau la marche, dirigeant le duo sur une table collée au mur du fond. Il laissa Cas' s'asseoir, et se plaça en face, récoltant un froncement de sourcils. Dean commanda des bières. Et se détendit un peu, pour la première fois de la journée. Au sens littéral, comme au figuré.
Il s'étira longuement, et regarda Castiel qui conservait son expression crispée. « Un problème ? » peut-être qu'il n'était pas à l'aise avec les bars, peut-être qu'il n'était pas à l'aise avec l'alcool, peut-être qu'il était un activiste vegan et ne supportait pas la tête de cerf qui trônait au-dessus du bar, ou alors peut-être qu'il ne l'aimait pas parce qu'il avait bon goût. Ou qu'il s'y connaissait en taxidermie. Effrayant. Pour seule réponse, il se leva et s'assit à côté de Dean qui ne put retenir un mouvement de recul. Sortit calepin et stylo. Il serait temps de réfléchir correctement. Dean s'humecta les lèvres et posa une question conne, forcément. En lui demandant si son rendez-vous s'était bien passé. Il joignit ses mains comme pour une prière silencieuse, puis avoua que le sien avait été assez frustrant. Il s'attendait à être gêné à l'idée d'en parler. Bon, en étant rationnel, il en parlait à quelqu'un qui s'y rendait depuis presque un an, ce dernier était mal placé pour le juger. Et en même temps, il avait l'impression de pouvoir basculer d'une situation étrange et inconfortable à une situation dans laquelle il était incroyablement à l'aise, et ce en quelques mots, avec Castiel.
C'était déstabilisant.
« Dernier rendez-vous à gérer avec le clavier, je pense »
Il n'aurait pas dû être surpris, il avait compris à la manière dont Castiel gesticulait la dernière fois qu'il n'était pas muet. Il haussa un sourcil, et afficha un sourire goguenard « tu ne veux pas me donner un aperçu ? » il était curieux. « Je croasse comme un putain de corbeau » répondit le stylo qui grattait le papier. Il dû de nouveau avoir l'air étonné car le stylo raya l'injure. Les bières furent posées sans ménagement et il paya. Castiel garda le regard fiché dans la nuque du serveur, en fronçant les sourcils. Puis il se tourna vers Dean et ajouta « je te rembourserai ». Dean l'ignora, c'était ridicule. Il était celui qui avait insisté, parce qu'il n'avait pas eu envie de rentrer chez lui, tout seul, en début de soirée. Et venir ici seul ça craignait aussi, les gars étaient pas les plus sympathiques au monde, mais il osait espérer qu'ils les laisseraient tranquilles au moins. Ce n'était pas loin, ceci dit il ne connaissait personne ici, pas à se justifier. Il profita de son fil d'idées pour entamer une discussion sur le quartier. Il y était venu vraiment souvent, enfin, une quinzaine d'années auparavant. Ça le rendait vieux non ? Il avait fait le tour du coin, en long, en large, en travers, surtout en travers.
Il s'interrompit, commanda deux autres bières, avant d'être chiant.
« Continue » l'encouragèrent Castiel et son stylo.
…Avec une mobylette qui avait connu des modifications de sa propre main. Il avait été épaulé par Bobby, bien sûr… Bobby avait été l'homme le plus gentil qu'il avait connu. Le plus dévoué, le plus patient, et le plus désintéressé aussi, il laissa échapper un rire. C'était ce genre de type qu'on voyait dans les films d'arts martiaux, le mentor qui parlait peu et permettait d'apprendre énormément. Il souriait à peine et il avait la concentration nécessaire pour attraper une mouche… enfin… Tuer une mouche, avec une carabine. Tu sais, j'avais un père, mais… c'était pas comparable. John… mon père. John… était souvent ailleurs. Il restait jamais longtemps à la maison. Et Sam le détestait pour ça, et… moi j'lui en voulais pas. La famille, c'est tout ce qui compte. C'est quoi ton truc Cas' ? Pour me faire parler. Tu as mis quelque chose dans mon verre ? Ah, « juste écouter », c'est vrai que ça marche bien, ça aussi. Tu devrais boire. Mon père aimait bien la bière. C'était un de ces trucs, la bière. Un de nos trucs. J'ai toujours l'impression qu'il va surgir de nulle part, et s'en décapsuler une. Tu n'as toujours pas fini la première. Attends là, je reviens.
Il avait l'impression de parler comme un homme ivre, ou comme un mélancolique, il n'était ni l'un ni l'autre. Il n'avait pas besoin d'aller aux toilettes. Seulement, si ça pouvait lui éviter de continuer à déblatérer ses conneries, devant celui qui buvait ses propos, comme lui vidait ses verres, ce n'était pas de refus. Il s'arrêta contre le mur, certain de ne plus être dans le champ de vision de Castiel. Il inspira par le nez en réfléchissant à ce qui était en train de se passer. Ce gars n'était pas un foutu psy, fallait se ressaisir. Il avait sûrement de superbes problèmes, ou s'en créait lui-même. Dans un cas comme dans l'autre il n'avait pas besoin que Dean vienne se la ramener avec les siens. Et… à part ça, il devait admettre qu'il pouvait de nouveau déglutir sans ressentir de gêne. Il regarda l'heure. Il ferait mieux de le ramener chez lui. Avant que lui-même n'ait faim, qu'il décide que manger seul n'était pas une fatalité mais une option, et kidnappe l'homme au pardessus beige pour l'emmener dîner dans son garage, à défaut d'avoir une cave ou un grenier. Il ferait mieux d'y retourner, il lissa sa veste. Un groupe s'était approché de la table. Soit. Respire. Calme-toi et assieds-toi.
Il tenta de lui parler, essayant de comprendre. Il y avait plusieurs problèmes, sur la table il n'y avait plus qu'un verre, celui-ci était renversé, et s'écoulait en tâchant la banquette opposée à la leur. Il avait l'impression que c'était Castiel qui l'avait poussé. Ensuite il manquait le carnet, et un morceau du stylo. Tâches d'alcool et d'encre. Il sentait l'énervement monter graduellement. Il regarda Castiel, son expression était fermée, et une de ses joues plus rouge que l'autre, son corps esquissait d'étranges mouvements, comme s'il se retenait de tousser. Contrôler. Ou plutôt réprimer. Il pouvait imaginer sans difficulté ce qui s'était passé, dans les grandes lignes. Ils avaient vu un duo d'hommes à l'écart, côte à côte et proches. Ils avaient bu, et ils s'étaient moqués des sourires. Avaient doublé les propos qu'ils s'échangeaient en remplissant avec des termes dégueulasses. Et à mesure que les boissons se vidaient, les remarques se faisaient plus virulentes, peut-être même encouragées par un homme comme… le serveur. Ensuite, ils l'avaient vu seul, et ça les avait amusé de voir le garçon avec son carnet. L'un d'eux lui avait donné de « gentilles » tapes sur la joue…
Et un autre tournait les pages en chantonnant. « Ariel, c'est ça ? » une flopée de rires gras accompagna la réplique. Dean tiqua et Castiel ferma les yeux en essayant de respirer par la bouche. Il les écouta dire des conneries à propos d'enfoirés prétentieux et poètes, sans vraiment comprendre. Ses muscles se tendirent et il sentit une main se poser sur sa cuisse. Calme-toi, probablement. Le souffle de Castiel se faisait plus saccadé, et plus rapide. Il oscillait un peu d'avant en arrière en faisant ça. Ce qui lui valut d'être comparé à Forrest Gump. Il commença à se lever et la main se crispa sur sa cuisse. Le geste fut suivi d'un sifflement et d'une remarque à propos de pédales qui n'avaient rien à foutre là. Il se leva, il allait se les faire. Le groupe dirigea ses quatre paires d'yeux sur lui, et ce monstre à huit bras et huit jambes ne lui faisait pas peur. Il tanguait stupidement. La main tira vivement sur la poche. Il passa outre, il n'allait pas se rasseoir. C'était quoi leur problème ? Ils étaient tranquillement installés, ils ne faisaient rien ! Rien ! Pour venir les chercher. Et malgré ça, malgré tout, il y avait toujours ces… « On peut régler dehors bande d'enfoir »
- Dean.
En effet. Il avait eu raison de prévenir. La voix était brisée et la manière dont il avait forcé dessus la faisait ressembler à un putain de croassement de corbeau. Un son détestable éructé à cause de personnes détestables. Il détourna son attention des hommes qui continuaient sans doute de se moquer, mais il n'entendait plus. Il lui prit la main et l'aida à se lever à son tour. Le flot de bile n'était plus qu'une partie du brouhaha du bar. Dans ce genre d'atmosphère de cantine, le mieux était encore de s'éclipser. Il poussa Castiel vers la sortie, et lui assura d'un sourire qu'il n'allait rien faire de répréhensible. Même si ça démangeait ses poings, et ses bras, et son esprit. Il n'était pas si bête ?
Il commençait à faire froid et le soleil s'était couché depuis quelques temps quand ils regagnèrent le parking. Dean tendit le carnet, mais ça n'avait plus l'air d'être d'actualité. Ils s'appuyèrent contre l'Impala et il alluma une clope. Il se demanda si l'autre lui en voulait. C'était sa faute, avec ses envies à la con, sortir, repartir pour un tour. Juste pour pas être seul. Il expira lentement, avec une grimace affligée, en se rendant compte qu'il arrivait déjà à trouver du positif dans cette soirée. Pas forcément dans les confidences faites précédemment. Il avait un problème. Et il avait faim. Il aurait bien aimé se rattraper en allant à un restaurant sympa, c'était une idée horrible, avec la chance et les emmerdes qu'il attirait, ils finiraient sur un ring de catch avant même d'avoir compris où ils devaient se rendre. Les conflits ne sont pas la grande passion de tout être humain, ne prend pas ton cas pour une généralité, lui aurait rappelé Sam avec un regard appuyé s'il avait entendu ses pensées à ce moment précis. Il n'avait que peu de second degré, son frère, quand il était de bonne humeur, et encore. Et ça aurait fait rendez-vous. Ça aurait carrément fait rendez-vous. D'ailleurs, fallait qu'il lui dise.
- Je me suis énervé parce que je suis une pédale.
Cas' leva les yeux vers lui, et lui sourit.
- Tu sais ce qui est drôle ? Ils ont sûrement jamais vu ou lu Forrest Gump. Autrement…
Il songea à quel point ça le touchait, les frissons qu'il éprouvait face à cette voix dissonante, éraillée, incroyablement fausse, qui était comme un ensemble de plaintes, et les derniers mots se perdirent dans des ondes qu'il ne comprenait pas. Il avait envie de relancer la conversation de manière plus légère et lui demander de résumer Forrest Gump, ou mieux encore, lui demander de donner son avis. Comme les membres du gang de marcassins il ne connaissait que de nom, et pouvait à peine en tirer quelques citations : il y avait quelque chose à propos d'une boîte de chocolats, et il y avait « cours, Forrest » ou « cours, Forrest, cours ». Niveau culture cinématographique c'était le désert total, réellement. Il connaissait la Trilogie du Dollar presque par cœur, et pouvait siffler une bonne partie des thèmes. Peut-être qu'il devrait siffler, pour leur changer les idées. Ce serait déplacé. Et penser à Sergio Leone lui donnait envie de retourner dans le bar se venger de l'affront subi. Cet après-midi encore, il aurait pu prétendre que ce n'était que de la curiosité, qu'il avait juste envie de le connaître un peu mieux. Ce soir-là, il avait l'impression de déjà savoir tout ce qu'il y avait à savoir.
Et ces informations ne le rassasiaient pas.
- Je dégouline.
Il fronça les sourcils, tourna la tête et vit Castiel se frotter le visage avec une sorte de vivacité démentielle. Il avait l'air de vouloir empêcher ses larmes de couler, sans y parvenir. Il comprit aussitôt que c'était nerveux, que le stress et la pression retombaient en lignes salées pour cisailler le visage et le libérer de ses tensions. Il n'y avait pas de sanglot, pas de bruit, juste ses glandes lacrymales en pleine surproduction, sur un visage qui n'avait pas l'air triste, mais hébété.
Il prit le carnet des mains de Dean, et sorti un crayon de sa poche.
Nota en lettres capitales avec des mouvements brutaux, agressifs.
Tel qu'il le ressentait les choses.
Dean fixa les mots, puis le sol.
Ah. Ils s'étaient bien trouvés.
Ah. Ah. Ah.
Salut ! Cela fait un moment, la suite devrait arriver plus vite. Et ce sera un chapitre plus léger que celui-ci. Ce qu'il reste de ses jeux.
Merci d'avoir lu, merci de commenter, de suivre et de favoriter. Ce qui ne veut rien dire. Et vous ne devriez pas. C'est la première fiction n'ayant pas été avortée suite au prologue, je suis une bleue dans le domaine.
Enfin… Prenez soin de vous !
Sinon, j'ai fait quelques scissions concernant les paragraphes du chapitre 1
