L'Île des Objets du Démon

Quelques jours avant

L'escargophone sonnai depuis presque six minutes lorsque le Colonel Smoker daigna enfin décrocher.

« Que se passe-t-il, Hina ? Marmonna-t-il.

-Il se passe que j'ai des nouvelles concernant ta subordonnée, Smoker, répondit calmement la femme dotée des capacités du fruit de la cage.

-Des nouvelles ? Quel genre ?

-Bonnes ou mauvaises, ça dépend de ton point de vue. Nous sommes bien d'accord que le sergent-chef Tashigi a été portée disparue en tentant de capturer l'un des membre des pirates au chapeau de paille, n'est-ce pas ? Eh bien il semblerait qu'elle soit en vie et en pleine forme.

-En quoi cela peut-il être considéré comme une mauvaise nouvelle ?

-Elle se comporte comme si elle avait rejoint l'équipage. D'après le rapport qui m'a été envoyé depuis l'île de Setsuna elle n'est pas confinée dans le navire, pas surveillée, et participe activement à la vie du bord. On dirait bien qu'elle a retourné sa veste.

-Impossible, gronda Smoker en mâchonnant un cigare. Il doit y avoir une autre explication.

-Je te le souhaite, sans cela elle ira droit au poteau d'exécution quand on attrapera ces vauriens. Ah oui, encore une chose, mes informateurs m'ont annoncé leur prochaine destination : l'archipel Vulcain. On reste en contact. »

Et elle coupa la communication.

Smoker resta pensif quelques instants, le combiné de l'escargophone encore entre les doigts. Qu'est-ce qui avait bien pu forcer le sergent-chef Tashigi à se comporter ainsi ? Du chantage ? La menace ? L'argent ?

« Je n'y comprends rien », finit-t-il par soupirer à mi-voix. Puis il se leva et alla indiquer le nouveau cap au navigateur. Avec un peu de chance, il bloquerait les pirates dans cet archipel et pourrait entendre de la voix de Tashigi les explications nécessaires.


Le Going Merry avançait sous une belle brise d'arrière gonflant les voiles de façon on ne peut plus satisfaisante.

La beau temps semblait contaminer la totalité de l'équipage avec une bonne humeur irrépressible, avec diverses réactions suivant les cas :

Luffy courait dans tous les sens, un sourire gigantesque vissé au visage et fredonnant un air rigoureusement insupportable.

Nami se prélassait sur la dunette arrière dans sa chaise longue, vêtue en tout et pour tout d'un bikini deux-pièces avec à peine assez de tissu pour faire une ceinture.

Sanji était planqué dans le bosquet en face de ladite Nami et se rinçait l'œil abondamment.

Usopp paradait dans le nid de pie, hurlant à tue-tête les Louanges du Grand Capitaine Usopp.

Chopper entretenait une discussion animée avec une mouette de passage.

Robin était assise sur le pont, un livre à la main et un cocktail « Sanji's Special One » sur une table à côté d'elle.

Zoro faisait la sieste sur le gaillard d'avant, ses trois sabres en guise d'oreiller.

Tashigi somnolait, appuyée sur son épaule -elle avait sournoisement attendu qu'il dorme pour venir s'installer-.

Jango esquissait des entrechats sur le rythme de la chanson de Luffy.

Bref, c'est un bien joyeux cortège qui entra dans le port de la ville principale de l'archipel Vulcain, Ruby.

Sitôt le ravitaillement assuré, l'équipage au grand complet se retrouva dans la salle commune autour du livre subtilisé aux marins de Setsuna afin de décider de la suite des événements.

Pendant que les autres rangeaient les provisions, faisaient la liste de ce qui manquait et effectuaient de menues réparations sous la conduite d'Usopp, Luffy, Jango, Zoro et Robin mirent pied à terre afin de se rendre dans le cœur de l'île principale, dans la Manufacture des Cagliostro. D'après l'épais volume que Nami avait volé, les Cagliostro étaient la famille dominante de l'archipel, et ce depuis des générations. La raison de leur hégémonie était simple : cette famille possédait le secret permettant d'intégrer dans des objets les capacités de fruits du Démon. Partant de là, ils avaient engagé les habitants de l'archipel pour venir travailler dans leur usine, remédiant du même coup à la crise de l'emploi qui sévissait jusque là. Résultat : au moment où le Going Merry pénétrait dans le port de Ruby, l'Archipel Vulcain était en pleine expansion, recevant de nombreuses demande et devenant une plaque tournante du minuscule, mais si rentable, marché des fruits du démon. Toujours selon le registre, Ham Saint Orage avait acquis le fameux Chakram des mains même du chef actuel de la Manufacture, Léonal de Cagliostro. En conséquence de quoi les Pirates au Chapeau de Paille avaient décidé de rendre une petite visite audit chef, espérant recueillir des renseignements précis sur l'origine du métal du Chakram.


La ville de Ruby était florissante. De nombreuses échoppes proposaient au touriste de passage une foule d'objets tous plus inutiles les uns que les autres, les tavernes et les auberges embaumaient l'air de leurs odeurs de cuisine à en faire saliver tout le monde dans un rayon de trois kilomètres, bref tout était prévu pour délester le premier venu de tout son argent, sans douleur et avec le sourire s'il vous plaît. Les quatre pirates traversèrent donc la cité sans autres soucis que celui de tenir Luffy en laisse pour l'empêcher d'aller semer la désolation dans la première rôtisserie venue.

« Bon ! C'est pas tout ça, mais il faudrait peut-être songer à trouver cette fameuse manufacture, non ? Demanda Jango au bout d'une demi-heure d'errance dans les quartiers marchands.

-Selon Nami, elle se trouve en dehors de la ville, sur les hauteurs, intervint Robin en désignant du doigt un éperon rocheux dominant le port. Pour savoir où exactement, il suffit d'interroger un des habitants.

-Je m'en charge, fit Zoro en s'approchant d'un vieux bonhomme assis sur les marches de sa maison.

De façon tout à fait saugrenue, l'épéiste semblait beaucoup plus détendu vu que Tashigi était restée sur le bateau pour aider aux réparations.

-Eh, l'ancêtre ! Nous cherchons la Manufacture des Cagliostro. Tu peux nous indiquer le chemin ?

-Oh, vous cherchez la fabrique du jeune Léonal…Toute la Grande Voie semble se précipiter à sa porte, ces derniers temps. Vous êtes aussi des pirates, n'est-ce pas ? demanda le vieil homme avec un bon sourire.

-Tout à fait, papy ! S'exclama Luffy avec enthousiasme. Comment t'as deviné ?

-Avec tous les jeunes gaillards assoiffés d'aventures et d'or que j'ai vu passer dans le coin, j'ai fini par avoir le coup d'œil… Bien, vous vouliez aller à la manufacture, c'est ça ? C'est pas compliqué, il vous suffit de suivre le chemin côtier qui part du nord de la ville, il vous emmènera sur le plateau, là haut, et vous pourrez pas vous tromper : c'est la seule baraque du coin ! Et en plus, c'est pas à proprement parler un cabanon de pêche, hein !

-Ok, c'est noté ! »


Au bout d'une dizaine de minutes de marche, le quatuor arriva sur le plateau rocheux dont parlait le vieil homme. Effectivement, il était assez difficile de se tromper : un manoir à l'architecture élancée se dressait fièrement face au vent marin, devant lequel s'étendait une petite prairie environnée de quelques petites maisons devant vraisemblablement abriter les domestiques.

En s'approchant, les pirates au chapeau de paille aperçurent un attroupement en plein milieu de l'esplanade du château. Et visiblement, les personnes présentes n'étaient pas en train de se faire des civilités. Luffy et ses camarades accélérèrent le pas.

Il s'agissait d'une bande de pirates assez équipés pour anéantir une grande ville, groupés toutes armes dehors autour d'un jeune homme assez bien habillé. Une petite dizaine de domestiques assistaient à la scène d'un peu plus loin.

« C'est quoi ces salades, Cagliostro ?! Rugit un gros lard en jouant avec une hache d'abordage d'un air suggestif. De quel droit tu refuses notre clientèle ?

Ledit Cagliostro haussa les épaules. Il était assez mince, avec des cheveux blonds emmêlés dont l'une ou l'autre boucle rebelle lui tombait dans les yeux, et arborait un petit sourire amusé. Il ne semblait pas inquiété par le fait d'être seul contre une dizaine d'hommes bien armés et malintentionnés.

-C'est le droit le plus sacré du marchand de sélectionner son client, fit il d'un ton dégagé. J'ai eu vent du comportement que vous avez eu en arrivant dans l'archipel. Si je vous vendais ne serait-ce qu'un bouton de manchette, je serais assuré de le retrouver un jour où l'autre employé contre moi ou les habitants de Vulcain. Donc vous pouvez récupérer les berrys froissés et encore tachés de sang que vous essayez de me fourguer et vous barrer aussi sec. Je n'ai pas plus de temps à perdre avec vous.

-Sale crevette ! On va te faire ton affaire, et on verra bien qui a du temps à perdre !

Les pirates se jetèrent sur lui comme un seul homme. Et furent jetés à terre de la même façon.

Luffy, Zoro, Jango et Robin qui s'étaient mis à courir pour venir l'aider s'arrêtèrent net. Le jeune homme n'avait fait que sortir sa main gauche de sa poche, révélant un gant en cuir rapiécé et d'aspect assez ancien.

Les pirates agressifs se relevèrent tant bien que mal, grimaçant de rage.

-Enflure… Qu'est-ce que tu nous as fait ! Hurla le colosse en abattant sa hache.

Le jeune homme leva la main et attrapa la lame entre deux doigts. Il y eut comme un éclair et la brute fut catapultée en arrière. Ses coéquipiers se regardèrent indécis.

-Je vous conseille de déguerpir avant que je ne me fâche vraiment, annonça Cagliostro en avançant vers eux.

Il tendit la main, son corps tout entier se couvrit d'arcs électriques tandis qu'un grésillement assourdissant emplissait l'air.

-Il a les capacités d'un fruit du démon ? Murmura Robin.

Les pirates démoralisés commençaient à battre en retraite quand le meneur qui s'était par deux fois attaqué au jeune homme se redressa brusquement, attrapa une servante près de laquelle il était tombé et posa le fer de sa hache sur son cou.

-Désactive ton pouvoir en vitesse et laisse toi faire, ou bien il va y avoir de l'embauche parmi tes larbins ! Les mecs, démolissez le ! »

Les pirates encerclèrent à nouveau le nommé Cagliostro, qui fit disparaître l'électricité en murmurant un juron sulfureux. Trois hommes couverts de cicatrices levèrent leurs sabres et les abattirent avec force sur la fine silhouette.

Un claquement métallique se fit entendre, et trois moitiés de sabres tombèrent au sol : un homme portant un bandana noir et brandissant un sabre de façon experte venait de s'interposer, tranchant d'un seul geste les lames des pirates médusés. Le reste de la meute hésitait à l'attaquer quand un énergumène vêtu d'une houppelande et portant des lunettes funky se planta devant eux, agita un disque brillant en annonçant qu'ils se sentaient très fatigués, et ils s'effondrèrent tous au sol -le zigoto aux lunettes bizarres aussi- en ronflant comme des bienheureux. Le preneur d'otage grimaça de fureur et essaya d'égorger la malheureuse qu'il tenait prisonnière, mais ses bras ne bougèrent pas à cause d'une demi-douzaine d'autres bras qui lui avaient poussé un peu partout et qui lui faisaient simultanément une clé de nuque, deux clés de bras et une clé de poignet, le tout étant assez douloureux. Quelques mètres plus loin, une femme aux cheveux noirs et au teint hâlé avait croisé ses bras dans une drôle de posture. La hache tomba au sol avec un bruit mat tandis que la jeune fille courait rejoindre ses compagnons en pleurant de soulagement. Un gamin vint se planter devant le pirate immobilisé, son chapeau de paille pendu à son cou oscillant sur son dos au gré du vent. Il envoya son bras en arrière, l'étirant comme un élastique, et le ramena brutalement en avant, décochant à la brute épaisse un direct du droit dévastateur qui l'incrusta dans le mur derrière lui. Puis il s'essuya symboliquement les mains et se tourna vers le jeune homme nommé Cagliostro, un grand sourire aux lèvres. Ledit Cagliostro poussa un petit soupir de soulagement, fit voler du doigt une mèche rebelle obstruant son champ de vision et s'avança vers les nouveaux arrivants.

« Soyez les bienvenus au manoir des Cagliostros ! s'exclama-t-il chaleureusement en ouvrant grand les bras. Je me nomme Léonal de Cagliostro, et votre intervention m'a été d'une grande aide, je ne saurais trop comment vous remercier, mes chers… Alors attendez voir…

Il passa son regard acéré sur chacune des personnes présentes, semblant les analyser de la tête aux pieds en quelques fractions de seconde.

-Si je ne me trompe pas, j'ai l'honneur de rencontrer le redoutable Zoro Roronoa, chasseur de pirates de son état, le bien nommé Jango l'Hypnotiseur, le célèbre Monkey D. Luffy, capitaine des pirates au chapeau de paille, et enfin Robin Nico, dont je ne sais pas grand-chose si ce n'est que vous avez bien grandi par rapport à l'image que l'on voit sur l'affiche de recherche.

Les trois pirates se regardèrent sans mot dire, un peu étonnés que leur interlocuteur en sache autant sur eux. Jango, lui, continuait de roupiller.

-Ne soyez pas si bouleversés, en tant que figure dominante de l'archipel, je reçois sans arrêt les nouveaux avis de recherche des marines. Mais ne vous inquiétez pas, j'aurais mauvaise grâce de livrer ceux qui viennent de me sauver d'un bien mauvais pas, assura-t-il en souriant. Mais je manque à tous mes devoirs, veuillez donc vous donner la peine d'entrer, pendant que mes gens s'occupent du reste de ces malandrins. »

Il alla s'entretenir quelques instants avec ses serviteurs, non sans prendre le temps de s'assurer que la jeune servante ayant expérimenté la fonction d'otage allait bien. Puis il revint vers les pirates qui avaient entre-temps réveillé Jango et les guida dans le manoir jusque dans son bureau, à travers des pièces gigantesques et décorées avec goût.


Une fois tout le monde assis et après avoir servi à chacun un verre d'une liqueur ambrée (Luffy se fit apporter une assiette de charcuterie), le maître des lieux alla s'installer derrière une table en bois exotique et croisa les bras sur la table.

« Bien ! Je suppose que vous n'avez pas fait tout ce chemin seulement pour me sauver la mise, alors je vous écoute. Que me vaut le plaisir de recevoir chez moi l'équipage de pirate le plus actif en ce moment ?

-Nous sommes à la recherche d'un bloc de métal très spécial, qui a servi à faire un chakram doté des pouvoirs du fruit de la suggestion, expliqua Robin. Nous avons suivi sa piste depuis l'île de Setsuna, et nous pensions que vous seriez à même de nous en dire plus sur sa provenance.

-Hummm… Oui, je vois ce dont vous voulez parler, fit Léonal d'un ton songeur. Cet objet avait pris beaucoup de temps à créer, une vraie gageure…

-Dites, interrompit Luffy, comment vous faites pour créer des objets du démon ?

-Oh c'est tout un procédé ! Disons qu'avec l'aide de certains utilisateurs de fruits du démon, de scientifiques et d'une bonne source d'approvisionnement, on peut faire d'assez belles choses… Tant qu'on n'oublie pas la règle de base : pas deux capacités dans le même objet, pas d'objets vendus aux utilisateurs de fruits du démon.

-Pourquoi ça ? demanda Luffy.

-Parce que ça risquerait de créer un rejet entre les pouvoirs des différents fruits, ce qui n'est pas souhaitable. Et pour en revenir à votre chakram, je vais m'en charger. Mais il va falloir compulser les registres, et ça va prendre du temps. Au moins jusqu'à demain. Alors voilà ce que je vous propose : je vous suis extrêmement redevable, à vous quatre. Il me paraît donc tout naturel de vous inviter à passer la nuit au château, avec le reste de votre équipage ! Et pour patienter jusqu'au dîner, je vous ferai visiter ma fabrique ! Qu'en dites vous ? »

Les pirates acceptèrent, et pendant que Jango allait au bateau avertir Sanji, Tashigi, Chopper et Nami, Léonal de Cagliostro donna les instructions nécessaires à l'exhumation des données concernant le chakram. Une fois l'équipage rassemblé, la visite commença. Cagliostro les mena dans les sous-sols du manoir, dans une succession de salles où une vingtaine de personnes s'affairaient autour de fruits bizarres.


Une fois l'heure du dîner arrivée -Sanji avait tout fait pour pouvoir s'incruster en cuisines, surtout parce que la fille du Chef était une vraie beauté-, les huit pirates se retrouvèrent avec leur hôte attablés autour de ce qui aurait pu suffire à nourrir la flotte entière des Marines. Alors que certains faisaient travailler leurs mâchoires à plein régime, d'autre discutaient avec Léonal. La conversation roula sur pas mal de sujet, notamment sur les objets du démon.

« Ce qui est difficile, avec les objets, c'est qu'on est toujours tenté d'en faire trop, on a tendance à oublier que deux pouvoirs ne peuvent pas être conciliés au sein d'une même chose, disait Cagliostro à Tashigi qui était assise à côté de lui (et en face de Zoro). Les vrais chefs-d'œuvre ne s'obtiennent pas facilement, ce sont des trésors de patience qui se transmettent de génération en génération…

-Ce gant que vous portez en permanence sur vous ferait-il partie de ces trésors ? demanda Tashigi.

Léonal eut un grand sourire, comme s'il attendait qu'on lui pose cette question depuis le début du repas.

-C'est même le trésor de ma famille… le Gant des Cagliostros ! Quatre générations ont travaillé pour le créer, et il n'est pas encore complété !

-Comment cela ?

-Laissez moi vous faire une démonstration…

Il tandis sa main gantée vers le reste de la tablée. Il ferma ses doigts et les ouvrit brutalement : un fort courant d'air en jaillit et souffla les flammes des nombreux candélabres, plongeant la pièce dans le noir. Une lueur perça l'obscurité : le gant de Léonal brillait maintenant d'une lueur orangée, sa paume regorgeant de sortes de cailloux rougeoyants. Il les lança avec précision, chacun alla s'écraser sur la mèche encore fumante d'une des bougies éteintes, créant une multitude de petites explosions flamboyantes qui rallumèrent les chandelles.

-Waouh, c'est hyper cool ! S'écrièrent de concert Luffy et Chopper.

-D…Deux pouvoirs des fruits du démon ? S'étrangla Usopp.

-Non, trois, corrigea Robin. Quand nous sommes arrivé, il a électrifié son corps. Je me demande comment vous avez fait !

-En fait, le secret réside dans les doigts de ce gant. Il est impossible de conjuguer deux pouvoirs de fruits du démon au sein d'un même objet. Par contre, si on les insère dans les doigts d'un gant, et qu'on recoud le résultat ensemble… On a une multitude de possibilités qui s'offre à nous, tant qu'on utilise un pouvoir à la fois, bien sûr.

-Le risque est quand même énorme, fit remarquer Nami. Votre combinaison peut très bien exploser d'un moment à un autre, sous les influences contraires des différents pouvoirs !

-C'est en effet un très gros risque, admit le jeune homme en hochant la tête. Mon ancêtre en était bien conscient, c'est pour cela qu'il a pris des mesures de sécurité : tout d'abord, les fruits utilisés étant de classe élémentaire, nous ne pouvons pas nous permettre de prendre les plus puissants : seulement des dérivés -ainsi ce gant possède trois pouvoirs : celui de l'étincelle, de la bourrasque et de la décharge- ; et de plus la paume est incrustée de quelques grammes de granit marin, juste ce qu'il faut pour stabiliser les énergies. Mais le dosage exact reste inconnu, il n'y aura donc jamais qu'un seul gant des Cagliostros.

-C'est véritablement stupéfiant, murmura Tashigi, impressionnée.

-Ah ça, ma famille savait y faire, répondit en souriant Léonal. Je dois m'occuper de cette île, veiller à ce que la Marine ne vienne pas fourrer son nez dans notre fabrique, car même si elle n'est qu'artisanale, ça fait toujours des objets du démon qui lui passent sous le nez, et ça elle ne le supporterait pas ; je dois m'occuper de cette île, donc, mais ça ne m'empêche pas de consacrer beaucoup de temps et d'argent à la recherche d'autres fruits pour compléter le gant. Mon père a ajouté celui de l'étincelle, mon grand père celui de la décharge, mon arrière grand-père celui de la bourrasque, et mon arrière arrière grand-père a eu l'idée de ce gant. Je suis toujours sur la piste d'un fruit relié à la terre ou à l'eau pour achever leur tâche… Je ferai n'importe quoi pour les avoir, dussè-je me battre contre la piraterie entière ou aller la voler dans les coffres des Marines !

-Vous vous feriez voleur pour concrétiser votre rêve ? Avec votre gant, les coffres n'ont qu'à bien se tenir ! fit Tashigi avec un petit sourire en coin.

-Ah, mais jamais je ne réussirai à égaler votre père sur ce point !

Regard étonné de Tashigi.

-Eh bien oui : Votre père est le plus grand des voleurs de cette terre, puisqu'il a pris toutes les étoiles du ciel afin de les placer dans vos yeux…

-Ohoo ! Sanji-kun, tu as un rival pour ce qui est des compliments poétiques ! » dit Nami en se mettant à rire.

Tashigi rosit délicatement et inclina poliment la tête. Pendant l'espace d'une seconde, Zoro s'imagina renverser la table et aller coller son poing dans la figure parfaite du blondin assis à côté de sa…

Hein ? De ma quoi ? Qu'est-ce que je raconte ? Non mais je perds la boule ou quoi ? Je n'en ai rien à faire d'elle, le plus tôt j'en serai débarrassé, mieux ce sera !

Zoro mit fin à ces pensées s'aventurant en terrain miné en plantant sauvagement son couteau dans son entrecôte qui ne lui avait pourtant rien fait.

La soirée se termina assez tard, quand il s'avéra que Chopper, Luffy et Usopp étaient en train de ronfler dans un coin alors que Tashigi, Nami, Robin, Sanji et Léonal discutaient gaiement au coin du feu. Assis dans un coin de la salle, une choppe de bière à la main, Zoro essayait consciencieusement de se mettre minable en compagnie de Jango, histoire d'arrêter de penser à des choses qu'il estimait gênantes.


Bref, c'était un séjour qui s'annonçait agréable. Le petit déjeuner semblait prolonger cette impression, surtout quand Léonal arriva dans la pièce en tenant un dossier contenant tout ce qu'il fallait savoir sur l'origine du métal ayant servi à confectionner le chakram. L'humeur était bonne pour l'ensemble de l'équipage -Zoro et Jango avaient une petite mine, mais ça n'avait rien d'étonnant vu leur beuverie de la veille-, les oiseaux chantaient, le soleil brillait…

Et un villageois courait à perdre haleine le long du sentier menant au manoir afin d'avertir Léonal de Cagliostro que les Marines avaient débarqué en grand nombre dans le port de Ruby, posant des questions sur lui, les pirates qu'il hébergeait ainsi que sur le trafic de fruits du démon de la région. A leur tête se trouvait un grand homme aux cheveux blancs, avec trois cigares dans la bouche et conduisant une drôle de machine produisant beaucoup de fumée.

La journée s'annonçait vraiment bien.