Le Sabre et le Cigare
10h44 : Port de Ruby
« On se dépêche !! Les sections 3 à 7 sécurisent le port, les autres accompagnent le colonel Smoker à l'intérieur des terres !
-Envoyez un escadron rechercher le bateau des pirates au chapeau de paille !
-Rassemblement de la section 8 sur la place centrale ! Interrogez les résidents !
Insensible aux ordres hurlés de tous côtés et au mouvement incessant, le colonel Smoker se frayait un chemin au travers de ses hommes, à la recherche de la fine silhouette du colonel Hina. Il la trouva en train d'organiser les tours de garde des navires.
-Comment se présentent les choses ? Demanda-t-il de sa voix grave.
-Pas de milice, pas de défenses organisées, cette île n'est pas hostile au gouvernement, répondit laconiquement la femme fatale dotée des pouvoirs du fruit de la cage. D'après les premiers rapports de nos unités d'information, il semblerait que les habitants soient tyrannisés par la famille dominante, les Cagliostros, qui sont connus ici pour tremper dans le trafic des fruits du démon du coin. Et enfin, concernant ton équipage de fuyards, ils ont été reçus hier au manoir des Cagliostros. Il suffit de s'y rendre et on fera un beau coup de filet : un ennemi de la paix mondiale, un équipage de pirates comportant trois membres bien connus de nos services, et en prime un officier de la marine soupçonnée de haute trahison.
-A ce propos… J'ai déjà averti mes hommes, et je te conseille de faire passer l'ordre. Le cas du sergent-chef Tashigi ne regarde que moi. Je tiens à être celui qui s'occupera d'elle.
-C'est ta subordonnée, murmura Hina en haussant les épaules. Dépêchons nous à présent, je n'aimerais pas que nos futurs invités s'impatientent. »
10h31 : Manoir des Cagliostros
« Quatre navires de la Marine, deux colonels et pas moins de huit sections, tu dis ? Eh ben ils ont fait les choses en grand.
Léonal de Cagliostro tapotait d'un air songeur son gant en cuir sur le bois exotique de son bureau. Devant lui se trouvaient les pirates au chapeau de paille, l'ensemble des domestiques et le messager venu de Ruby.
-C'est pour cela que je vous conjure de vous enfuir, monsieur de Cagliostro ! On ne peut pas se permettre qu'ils vous capturent !
-Avant toute chose, il faut que les préparatifs soient terminés, riposta le jeune homme blond. Si je m'en vais avec trop de précipitation, toute l'île en paiera les pots cassés. Est-ce que les membres de la chaîne de fabrication des objets du démon se sont bien fondus dans la population ?
-Oui, monsieur. Conformément à vos instructions, ils ont été « inclus » dans des familles consentantes.
-Déjà ça de fait. Les stocks pas encore vendus ?
-Cachés dans les diverses planques prévues.
-Ok. Les Marines ont commencé leurs investigations ?
-Oui.
-La population suit-elle les instructions ?
-Ou…Oui, monsieur…
-Tu n'en as pas l'air sûr.
-Et il a raison ! Intervint la jeune servante qui avait été prise en otage la veille. Il n'y a aucune raison pour que vous soyez le seul accusé ! Pourquoi avez-vous donné l'ordre de parler de vous comme d'un tyran alors que vous en avez tant fait pour nous ?
-Marian… Je vous ai déjà expliqué pourquoi, non ? Répondit Léonal en souriant gentiment. Un seul homme peut facilement s'échapper, et revenir ensuite, mais pas une population entière. Si je suis dépeint comme le grand méchant et vous comme les pauvres victimes, la Marine vous fichera une paix royale.
-C'est injuste ! On devrait dire la vérité aux marines ! Ils n'oseraient pas condamner une population entière !
-C'est là que tu te trompes, rétorqua sinistrement Léonal. Je ne veux pas vous faire courir de risques. Si vous vous conduisez comme prévu, d'ici 6 mois je pourrais revenir sous un faux nom et reprendre une vie normale. Alors reste calme, et tout se passera bien, ok ?
-Bi… Bien monsieur.
-Alors c'est réglé. Je ne vais pas m'éterniser plus longtemps, alors. Mes chers amis, fit-il en se tournant vers les pirates, si vous voulez bien me suivre, je vais vous mener vers le port secret où nous pourrons chacun prendre nos bateaux respectifs.
-Mais le nôtre est au port, objecta Nami.
-Pas depuis hier, répondit malicieusement Léonal. Ah, et n'oubliez pas de prendre le registre, il y a dedans les coordonnées de l'île où l'on a trouvé le métal. Allez, on ferait mieux de filer », ajouta-t-il en avisant la foule de marines montant du village vers le manoir.
S'esquivant par la porte de derrière, les neuf pirates et le jeune aristocrate empruntèrent un sentier tortueux longeant la falaise. Durant la descente, Léonal leur expliqua que ce chemin les mènerait à une plage peu connue sur la partie opposée de l'île, où deux bateaux les attendaient.
Après vingt minutes, les dix fuyards aboutirent sur une petite prairie bordée d'arbres descendant vers la plage.
« On a réussi ! Soupira Nami.
D'un même geste, Tashigi et Zoro sortirent leurs sabres de quelques centimètres.
-Ben quoi ? S'étonna Luffy.
-On a un comité d'accueil.
Avec un grand cri, des Marines sortirent des bois et se précipitèrent sur le groupe.
-On passe en force ! S'écria Luffy en faisant tournoyer son bras.
Tashigi dégaina Shigure et Hatori et se prépara à recevoir comme il se devait les marines se dirigeant vers elle. Mais à sa grande surprise, ils s'arrêtèrent net à quelques mètres d'elle. Puis ils s'écartèrent, révélant une silhouette à forte carrure, portant un gilet à franges, un bâton de combat et fumant trois cigares en même temps. Tashigi se mordit la lèvre, mais se mit quand même en position de combat.
-Ça faisait un moment, sergent-chef, murmura Smoker en empoignant son arme. Je me faisais du souci pour vous.
-Ce n'était pas utile, Colonel, répondit nerveusement Tashigi. Je me porte très bien.
-J'en ai bien l'impression. Vous n'étiez donc pas leur prisonnière ?
La pointe en granit marin du bâton entra en contact avec la lame de Shigure.
-Non. Je… je me suis jointe à eux. De mon plein gré.
Le bâton de Smoker eut un tressaillement, et les deux marines se jetèrent l'un contre l'autre, leurs armes sifflant dans l'air marin et s'arrachant des étincelles à chaque fois qu'elles se heurtaient.
-Vous n'avez pas l'air très décidée, Sergent-chef, nota Smoker après quelques échanges de coups. Vous vous en tenez aux techniques basiques.
-Je pourrais en dire autant de vous, mon Colonel. Vous n'avez toujours pas fait appel à votre pouvoir.
-C'est que j'aimerais comprendre ce qui vous a menée à trahir tous vos idéaux, Sergent-chef. Ce qui a fait de vous tout ce que vous avez juré de pourchasser.
Tashigi s'arrêta net, les yeux écarquillés.
-J'ai du mal à croire que vous ayez fait ça de votre plein gré, à vrai dire.
-C'est… Ce n'est… je…
Elle avait les mains qui tremblaient, et n'était plus du tout en garde. Smoker baissa son arme lui aussi.
-Dites moi, Sergent-chef. Rien de grave ne s'est encore passé. Je peux encore vous aider. Vous pouvez encore les quitter, redevenir membre de la Marine.
-Je ne peux pas… Je ne peux pas le quitter !! Bégaya-t-elle, de plus en plus confuse. Il faut que vous compreniez…
Elle jeta un bref coup d'œil vers Zoro qui mettait la raclée de leur vie à quelques marines un peu plus loin.
-Je… Je l'aime.
Smoker conserva un visage de marbre.
-Êtes vous sûre que cela vaille le coup de sacrifier votre vie ? Est-ce vraiment ce que vous ressentez ?
-Je…
Ce fut soudain comme si la foudre venait de tomber sur elle. Tashigi lâcha ses sabres, porta ses mains à sa tête et s'effondra comme une masse. Smoker s'approcha.
-Oni Giri ! (Demon Slash)
Trois sabres passèrent au travers de son corps une fraction de secondes après qu'il l'ait changé en fumée. Zoro réatterrit à côté du corps inanimé de Tashigi, la chargea sur ses épaules et partit en courant vers le bateau où ses comparses s'affairaient déjà.
-Je ne vais pas te laisser t'enfuir ! S'écria Smoker. WHITE LOCK !
Le bras droit de Smoker se transforma en un panache de fumée blanche qui se lança à la poursuite de l'épéiste. Mais au moment où il allait l'atteindre, une fine silhouette intercepta Zoro et le jeta de côté, lui évitant de se faire capturer. Smoker se rembrunit.
-Tu es Cagliostro, non ? demanda-t-il au jeune homme se relevant, très occupé à faire partir la poussière de ses vêtements.
-C'est moi-même, enchanté.
-Tu es assez rapide. Je ne t'ai pas du tout vu arriver.
-Oh, moi je n'y suis pour rien, j'ai reçu un petit coup de pouce -enfin plutôt de pied- d'un certain cuistot.
A bord du Going Merry, Sanji s'alluma placidement l'une de ses éternelles cigarettes. Léonal fit craquer ses doigts et se plaça entre Zoro et Smoker
-Zoro ?
-Quoi ? Marmonna l'épéiste en se relevant, Tashigi sur les épaules.
-Je me charge de le retarder. Profitez en pour dégager le plus loin possible avant que les bateaux de la marine ne contournent l'île.
-Tu vas te débrouiller avec lui ?
-T'inquiète. Je réglerai ça… D'un claquement de doigt. File !
-Bonne chance ! » Murmura Zoro en repartant vers le Going Merry.
Smoker évalua du regard son nouvel adversaire : il ne semblait pas porter d'armes.
S'il s'oppose à moi, c'est qu'il doit être très fort… Voire posséder les capacités d'un fruit du démon. Mais dans ce dernier cas, j'ai l'avantage, se dit-il en considérant le bout de son bâton, qui était en granit marin.
-Flash Move !
Léonal claqua des doigts, et ses membres se couvrirent d'arcs électriques crépitants. Il fléchit brutalement les jambes et disparut du champ de vision de Smoker.
Un instant plus tard, ce dernier dut faire un brusque saut de côté pour éviter un magistral coup de pied -électrifié, cela va sans dire-.
C'est donc bien un utilisateur de fruit du démon… Il est doué, mais pas assez prudent. Il attaque de front, comme si je n'allais pas riposter. C'est idiot de sa part, se dit Smoker en esquivant une succession de coups de poings portés à une vitesse folle.
Comme pour confirmer ces dires, Léonal se précipita droit sur lui, les bras le long du corps. Smoker tendit brusquement son bras et porta une violente estocade de son bâton, encastrant l'extrémité en granit marin dans le ventre de Léonal, qui s'arrêta net et tomba à genoux.
Et voilà. Neutralisé.
Smoker crut rêver quand Léonal releva la tête en souriant d'un air sardonique et empoigna à pleines mains le granit marin. D'un geste fluide il passa sous la garde de Smoker en tirant sur le bâton et lui porta un magistral coup de paume dans le torse. Qui fut transpercé comme un rideau de fumée, ce qu'il était devenu.
Voyant le danger, Léonal réactiva les arcs électriques et battit en retraite.
« Tu possèdes le fruit de la fumée ? Demanda-t-il en fronçant les sourcils. C'est gênant.
-Pas autant que toi, répondit Smoker en envoyant son bâton de côté. J'ai pas mal de questions à te poser, et celle concernant ta capacité à ignorer les effets du granit marin ne sera pas des moindres.
-Bats-moi, et je t'expliquerai.
-Ce ne sera pas difficile : tu ne peux rien contre mon corps de fumée. C'est un fait.
-Avec des attaques de corps à corps classique, certes, mais en utilisant un pouvoir…
Léonal tendit son poing parcouru d'éclairs.
-Inutile. La foudre n'a aucun effet sur la fumée.
-On verra bien !
Léonal repartit à l'assaut, sa vitesse décuplée par l'électricité saturant son corps. Quand Smoker envoya les nuages de fumée issus de ses bras le capturer, il sembla clignoter sur place et les esquiva aisément, se rapprochant de plus en plus du colonel des marines.
-Ton pouvoir peut te servir à éviter mes attaques, mais tu restes impuissant ! s'écria celui-ci.
D'une brusque détente des jambes, Léonal se propulsa vers Smoker.
Il ne peut rien contre moi. Il va me passer au travers, et c'est là que je le piègerai ! pensa Smoker, serrant les dents sur son cigare.
Mais à l'ultime seconde, juste avant de l'atteindre, Léonal désactiva son pouvoir et joignit vivement ses poings au niveau de sa hanche gauche.
-Tornado Palm ! Hurla le jeune homme.
Un sifflement strident se fit entendre, et il porta à nouveau un coup de paume à Smoker. Sauf que ce coup de paume fut accompagné d'une sorte de mini cyclone qui dispersa littéralement Smoker aux quatre vents.
Les volutes de fumées finirent par se rassembler non loin de là, et l'on vit apparaître un Smoker au visage grimaçant de douleur, haletant péniblement.
-Co… Comment as-tu pu… ? Articula-t-il péniblement. Tu ne peux pas avoir deux pouvoirs en même temps !
-Eh non. Mais j'ai un gant qui les a, lui. Ton petit caillou marin ne t'est d'aucune utilité. Il peut juste réprimer les effets du gant, point barre. Allez… On continue ?
C'est mauvais, se dit Smoker. Je dois me tenir à distance et mettre hors d'état son foutu gant !
Smoker tendit le bras vers son bâton, qu'un panache de fumée alla cueillir. Puis, pointe en avant, il projeta son bras de fumée vers Léonal qui se contenta de sourire.
Je vois. Il va essayer de désactiver mon gant, puis me capturer avec son autre bras, tandis que son corps reste à distance. Désolé, mais ça ne marchera pas !
Léonal réactiva le pouvoir de la Décharge et fila vers Smoker. A mi parcours, il esquiva le bras portant le bâton, mais Smoker s'entoura de l'autre, formant un nuage impénétrable autour de lui.
Léonal pila, tournoya sur lui-même et fit une révérence outrée. Mais dans sa main se trouvait une poignée de pierres rouges étincelantes qu'il projeta dans le même mouvement vers le nuage.
-Sparks Shot !
Dès qu'elles l'atteignirent, les braises éclatèrent, déchirant le voile de fumée et projetant le colonel en arrière.
Encore un pouvoir ? Mais c'est une abomination !
C'est alors que Smoker se rendit compte que le jeune Cagliostro se trouvait juste derrière lui, un tourbillon aérien se formant au creux de sa main.
-Bien. Peut-on considérer que j'ai gagné et que tu me laisses partir tranquille, où bien dois-je en finir ?
Smoker se contenta de lui jeter un regard glacial.
Léonal leva brusquement sa main et l'abaissa violemment…
Et se retrouva coincé dans quelque chose de dur et d'étouffant passé autour de sa taille.
-Plutôt remuant, le propriétaire de l'île, nota Hina d'une voix absente. Pour un peu, je croirais qu'il t'a donné du fil à retordre, Smoker.
-C'est seulement maintenant que tu arrives ? répliqua ce dernier en se relevant difficilement et en ôtant le gant de Léonal -lequel luttait pour prendre sa respiration-. Les pirates au chapeau de paille se son déjà enfuis. Et…
Hina lui jeta un coup d'œil acéré.
-… J'ai acquis la certitude que le sergent-chef Tashigi n'est pas à bord de son plein gré.
-Bonne chose pour toi. J'ai pas mal de questions à poser à celui-là, fit Hina en considérant son prisonnier suffocant. On n'a trouvé aucune trace de ses stocks ou de ses collaborateurs. L'installation et les témoignages des habitants nous suffisent amplement, mais bon… Je serai curieuse de savoir comment il s'y est pris. Autant revenir aux bateaux. Si nous appareillons dès ce soir, nous pouvons encore les rattraper. »
Les deux marines et leur prisonnier rebroussèrent chemin et allèrent à la rencontre du détachement du colonel Hina.
Pendant ce temps, à bord du Going Merry…
« Alors, Chopper, qu'est-ce qu'elle a ?
L'équipage était rassemblé dans la salle commune ou le petit docteur venait de les rejoindre après avoir ausculté Tashigi qui n'avait toujours pas repris conscience.
-Elle a eu un choc. J'ignore de quelle nature, mais ça a totalement chamboulé son esprit. Elle est très, très fatiguée, elle aura besoin de quelques jours de repos pour se remettre.
-Je crois que j'ai une explication, dit Jango qui arborait une belle cicatrice à la tempe. Je me battais pas loin d'elle vers la fin, et elle combattait son ancien patron, si j'ai bien compris. Je crois avoir entendu qu'il la sermonnait, qu'il lui demandait pourquoi elle avait changé de bord, des trucs comme ça.
-Ça a dù créer un conflit avec la suggestion dont elle est victime, nota Robin de sa voix calme. Elle était très attachée à son honneur, à la marine, etc.… Se retrouver devant son mentor lui montrant qu'elle a quelque part trahi tous ses idéaux a dù être très dur à supporter.
-Bref, que cela vous rappelle à tous que cette situation ne peut pas s'éterniser, dit Nami. Tashigi est très sympathique, je l'apprécie vraiment, mais il ne faut pas oublier qu'à la base, elle est ici contre son gré. Donc on doit se dépêcher de la libérer de cet ordre hypnotique.
-Je suis tout à fait d'accord, appuya Zoro. C'est mieux pour tout le monde. »
Ça ne peut pas durer plus longtemps.
Retournons pour conclure sur l'île de Ruby…
« Tyran !
-Despote !
-Criminel !
Les marines ramenant Léonal de Cagliostro à leurs bateaux pour l'emprisonner avaient beaucoup de mal à contenir les ardeurs de la foule amassée sur le chemin du port. Des insultes fusaient de toutes part en direction de l'ancien chef de Ruby. Marchant à côté du prisonnier -et le tenant fermement coincé dans un de ses bras-, le colonel Hina observait les poings tendus vers le jeune homme à ses côtés.
-Eh bien. Il semblerait qu'ils soient enchantés de te voir partir, Cagliostro. Tu as trop longtemps abusé de cette population, je pense, nota la femme fatale.
-Ben que voulez vous, j'ai eu une enfance très difficile, ironisa Léonal.
A ce moment, une pierre partit de la foule et vint le heurter durement à la tempe. Comme déchaînés par ce geste, une flopée de cailloux et d'objets artisanaux se mirent à pleuvoir.
-Arrêtez cela ! S'écria Hina. Il appartient à la Justice, désormais ! Soldats, calmez la foule ! »
Alors que ses hommes tentaient tant bien que mal de contenir une émeute en puissance, Hina se sentit soudain toute faible. Son bras se détacha de Cagliostro et reprit une forme normale. Elle leva difficilement les yeux et vit Léonal tenir la pierre encore tachée de sang : un petit morceau de granit marin. Puis il le colla contre la tête de la marine qui s'effondra tout à fait. Quelques secondes plus tard, il avait disparu dans la foule hurlante.
« Vraiment, Marian, je tiens à dire que je me voyais déjà perdu. Merci beaucoup.
Quelques minutes plus tard, sur la petite plage d'où étaient partis les pirates au chapeau de paille, Léonal et la jeune servante étaient en train de préparer le petit bateau du jeune Cagliostro.
-Quand on a appris que vous vous étiez fait prendre, les villageois et moi nous sommes dit qu'il fallait absolument faire quelque chose. On n'avait pas beaucoup de temps, alors…
-C'était parfait, Marian. Même moi je n'aurai pas trouvé mieux.
Se passant la main sur le front, Léonal repoussa une de ses mèches, révélant la coupure provoquée par la pierre. La jeune femme porta ses mains à sa bouche.
-Oh mon Dieu ! C'est moi qui ai lancé cette pierre, je suis vraiment navrée, je vous supplie de me pardonner de vous avoir blessée, je…
Léonal saisit doucement la main de Marian et y posa furtivement ses lèvres.
-C'est un honneur et un plaisir que d'être blessé par toi. »
Puis il la fit s'asseoir dans le bateau, remonta l'ancre et mit les voiles vers l'île la plus proche.
