2.

La station spatiale mobile abritant les instances Militaires de l'Alliance Galactique, en orbite de la Terre, Alérian avait revêtu son uniforme de colonel du Firestarter.

- Tu veux que je t'accompagne ? avait proposé son père.

- Non, tu as plus ta place ici. Je suis grand, je ne cesse de te le répéter tout en ne cessant de rechercher ton soutien. Il n'est que temps que j'affronte mes épreuves en sachant juste que ton âme est avec la mienne même si tu n'es pas physiquement présent.

- Courage. Ils ne vont pas t'épargner. Et dire qu'ils ont un jour commandé des vaisseaux et été dans ta situation. Mais à présent ce ne sont plus que des bureaucrates sans envergure !

- Ne sois pas si dur avec eux, papa. Tout ce que toi et moi avons vécu en direct, ils l'ont effectivement vécu de derrière leurs bureaux, subissant les envahisseurs successifs. Ils se sont rassemblés pour un front commun.

- En ce cas, ils ne devraient pas mettre au pilori leur meilleur élément ! grinça encore Albator.

Son fils eut un désinvolte haussement des épaules.

- Ils peuvent même me mettre au trou, je saurai toujours m'en échapper pour poursuivre mes propres projets ! Franchement, je ne m'en fais pas trop. Ils veulent m'entendre, ils n'auraient pas dû me donner l'occasion de l'ouvrir !

- Bien, mon grand, ne te laisse pas faire !

Alérian opina du chef, cala la casquette au creux de son bras et monta dans la voiture devant le conduire à la navette qui le mènerait alors à la station spatiale de l'Etat-Major de l'Alliance Galactique.

Alérian siffla entre ses dents.

- Qu'est-ce que tu fous là ?

- Décidément, vous manquez singulièrement de répartie dans cette famille ! gloussa celui qui se tenait déjà dans le hall d'attente de l'Amphithéâtre de l'Alliance Galactique.

- Mais, ce n'est que moi qui…

- Et je t'ai rappelé il y a peu que je suis responsable de chacun de mes officiers !

Warius tira légèrement sur ses gants dorés pour effacer un pli qui n'existait que dans son imagination.

- J'y rentre seul et toi, pas un mot à quiconque ! intima l'Amiral de la Flotte de la République Indépendante.

- Je suis là pour parler… protesta le jeune homme, vexé !

- La ferme ! gronda Warius Zéro à voix basse en poussant doucement et fermement à la fois son interlocuteur vers la porte d'une des salles du couloir interminable surchargé de décorations Militaires destinées sans nul doute à impressionner ceux qui ne s'y retrouvaient qu'au hasard des événements.

- Mais… tenta encore Alérian tout en obéissant néanmoins, ignorant qu'une autre surprise l'attendait.


Alérian siffla entre ses dents.

- Qu'est-ce que tu fous là ?

- Je suis autant surpris que toi, mon grand. Warius m'a dépêché une navette alors que tu avais juste franchi les grilles de la propriété.

- Je ne comprends pas. Que t'a-t-il dit, à toi ? interrogea encore le jeune homme.

- Rien du tout ! Cet endroit ressemble à la niche des interprètes dans certains hémicycles, remarqua son père qui bien que tout de noir vêtu n'affichait aucun de ses habituels attributs de Pirate. Sauf que le circuit a été programmé à sens unique d'après ce que je constate. Donc si nous ne pouvons nous exprimer d'ici, nous pourrons tout entendre !

- Formi… Dire que j'étais convoqué en bonnes et dues formes pour passer quasiment devant un tribunal digne de l'antique Inquisition !

- Ah, toi et tes études littéraires, je n'arriverai jamais à te suivre et encore moi à savoir de quoi tu parles !

- Bon, si nous devons écouter, asseyons-nous, préféra conclure Alérian.


Bien que ce soit le colonel Alérian Rheindenbach qui avait été appelé par l'Huissier, c'était l'Amiral Warius Zéro qui s'était présenté sur une estrade et des pupitres face à l'hémicycle où avaient pris place.

- Amiral Zéro, nous vous reconnaissons parfaitement, fit le Général Pensgoll qui présidait la séance. Ce n'est pas vous que nous attendions.

- Voilà bien pourquoi je suis là, rétorqua paisiblement Warius, paraissant imperturbable et sûr de lui.

- Pardon ? ne put s'empêcher d'intervenir Lynon Krid la secrétaire de la séance.

- Je réponds de chaque femme et homme, du mousse au colonel, officiant sur mes bâtiments, jeta froidement Warius. Si vous vous en prenez à un des miens, c'est moi qui monterai au créneau !


Alérian tourna la tête vers son père.

- Warius est furax.

- Plutôt, en effet. Il ne faut pas le mettre en colère notre paisible copain ! confirma Albator, l'œil brillant, et fier de son ami justement.

- Mais, il ne sait rien de ce que me l'on reproche…

- Si tes rapports ont été complets, il aura tout potassé et il saura défendre sa partie. Ecoutons-le !

Tendu au possible, Alérian ouvrit grand ses oreilles.