3.
Le Général Od Prnsgoll croisa les mains sur son pupitre.
- Pouvons-nous savoir ce que vous faites ici, Amiral Zéro ?
Warius un léger haussement de sourcil moqueur mais s'abstint de sa réplique habituelle comme envers ses amis balafrés.
- Vous citez à comparaître le colonel Alérian Rheindenbach, je viens répondre de lui en tant que son supérieur, déclara-t-il simplement et froidement.
- Et vous n'êtes toujours pas celui que nous voulions entendre, répéta le Général. En dépit du respect que nous devons à votre personne et à vos états de service, nous n'avons pas à vous écouter en ce jour.
- Ce sera moi ou personne d'autre ! décréta l'Amiral de la Flotte de la République Indépendante.
- Où est le colonel Rheindenbach ?
- Pourquoi, vous le poursuivriez en plus pour absence ?
- Question simplement administrative.
- Il n'est pas loin. Mais je répondrai de lui, pour tout, je me porte entièrement garant de lui !
- Bien, nous sommes donc à votre écoute, Amiral, céda le Od Pensgoll.
Cette fois, ce fut Albator qui se tourna vers son fils.
- Dis donc, il est remonté, bien plus que nous ne pouvions le penser ! Je ne l'ai jamais vu ainsi, et toi qui le pratique depuis bien plus longtemps que moi ?
- Idem, papa. Et bien qu'il fasse cela pour moi, je ne comprends pas pourquoi il part ainsi au feu pour moi, me défendant bec et ongles ? avoua Alérian.
Le jeune homme soupira, le front et les tempes légèrement mouillées de sueur comme si c'était lui qui était face à l'hémicycle accusateur !
- Mes rapports étaient complets, autant que possible, papa. Mais certaines démêlées surnaturelles, elles étaient simplement irracontables !
- Il va s'en sortir, assura Albator. Il y est allé au cœur et à l'âme !
- Je ne doute pas de lui, juste de ces coincés du fion face à lui ! grinça son fils.
- Ca va, Alie ?
- Si je n'avais pas deux cœurs, je crois que je m'écroulerais… Je n'ai jamais voulu envoyer Warius dans une telle arène…
- Il s'en tirera, insista Albator, le regard déterminé.
Warius se mit presque à hurler.
- Je ne tolérerai jamais qu'on critique mes hommes sur le terrain. Je leur fais entière confiance et je sais qu'ils agissent au mieux, en roue libre si nécessaire – et surtout concernant le colonel Rheindenbach à qui j'ai plus d'une fois confié ma vie les yeux fermés !
- Votre amitié vous égare, grommela le Général Pensgoll.
- Pas un instant ! continua de guerroyer Warius le regard étincelant. Je pourrais vous faire étalage de tous les faits d'armes du colonel de mes vaisseaux, mais ça prendrait sacrément de temps ! Et je signale enfin que le colonel Rheindenbach n'a pas fini son travail et il a au contraire à repartir au plus vite dans la mer d'étoiles ! Si vous le retenez plus que de nécessaire, c'est notre Alliance et le maintien de la paix relative qui seront gravement mis en péril !
- Amiral ! aboyèrent plusieurs Militaires.
- Je maintiens et je persiste, asséna Warius. D'ailleurs, si vous le gardez au sol, il s'envolera tout seul !
- Une menace, Amiral ? fit un des Militaires.
- Une réalité !
- Comment cela ?
- C'est ainsi, et pas autrement !
- Désolé, mais c'est insuffisant !
Alérian sauta sur ses pieds.
- Alie ! protesta son père, inquiet. Qu'as-tu donc l'intention de faire ?
- Je me suis trompé, je dois montrer, voire même démontrer une partie de la nature de mes autres talents particuliers ! Il me faut aider Warius !
Le jeune homme se concentra, ses prunelles s'illuminant, ses doigts effleurant la rose noire de son pendentif.
- J'y vais, papa.
- Tu vas ruiner l'argumentation de Warius.
- Non, je ne crois pas…
Et Alérian disparut dans une transparence soudaine.
Bien qu'il ait tenté de faire bonne mesure, qu'il se soit contenu, en dépit de certains élans irrépréhensibles même pour lui, Warius tressaillit franchement à la vue d'Alérian se matérialisant à côté de lui.
- Merci pour cette argumentation, Amiral Zéro, mais je voudrais juste montrer quelque chose à vos pairs, si vous m'en laissez la liberté ?
- Je crains de ne plus pouvoir t'en empêcher, chuchota Warius. Et j'avoue être à bout d'arguments pour convaincre ces mal embouchés de quoi que ce soit ! Au moins, toi tu pourras t'enfuir rapidement s'il le faut !
- Je peux ?
- Comme si j'étais en mesure de l'éviter. Et puis, après tout, pourquoi pas ?
Alérian ricana, pas plus certain de lui que cela, mais il déploya sans restriction ses ailes, et fit dans le même coup apparaître les hologrammes réduits de Zunia, Wakrist et aussi de Denver !
- Oui, comme le disait mon Amiral, je ne suis pas adepte des méthodes conventionnelles ! Blâmez-moi pour cela, mais c'est une réalité que vous ne pourrez aliéner ! Maintenant, vu que vous ne m'avez pas entendu, je retourne avec mon père auprès de ma famille !
Coiffant sa casquette, Alérian pivota des talons et quitta l'hémicycle sans tenir compte des murmures et cris de protestation.
