5.

En fin de matinée, après avoir fait son mensuel tour de la propriété pour s'assurer que tout allait bien et éventuellement réviser les ordres au personnel Mécanoïde, ce fut sans pouvoir ressentir la moindre jalousie, qu'Albator trouva sa femme blottie dans les bras d'Alérian dans le canapé de la bibliothèque.

- Alie ?

Le jeune homme se réveilla légèrement.

- Elle se plaignait dans son sommeil. Je ne lui ai fait aucun mal !

- Je sais, mon enfant. Merci de lui avoir tenu compagnie. Comment est-elle ?

- Mal. Froide, sans sensations. Même avec mes ailes je n'ai pu la réchauffer ! Je suis désolé, mon papa ! Et merci de ne pas t'être mépris sur la position dans laquelle…

- J'ai entière confiance en ma femme et en toi. Je n'ai pas voulu te déranger ce matin en allant à ta chambre, et toi, tu as pu te reposer ?

- Non. Et je serai parti avant que Warius n'émerge à son tour et ne descende prendre son déjeuner. Bien qu'il ait donné l'impression d'improviser face au Conseil de l'Alliance, il a dû bien potasser son dossier et ça l'a bien éreinté ! Je ne peux plus m'attarder, papa, désolé.

- Tu es un Militaire, tu as ta Mission. Bon vol, mon fils !

- A un de ces jours, dans la mer d'étoiles ?

- Non, je ne crois pas, murmura sombrement le grand brun balafré.

Spectacle familier pour certains, mais toujours aussi incongru, au cœur de l'espace un cuirassé battant pavillon Pirate se tenait paisiblement à tribord d'un Destroyer Militaire.


A la sortie du Tube d'Arrimage qui reliait les deux bâtiments, Alérian se trouva face à Oshryn Ludjinchraft son second et à Dheena Shol l'Aspirante qui tenait le poste de capitaine du Firestarter dans le jeu de rôle géant imaginé par le premier.

- Bienvenue à bord, colonel Rheindenbach, fit protocolairement l'Aspirante.

- Ravi de te revoir, colonel. Et on a tous apprécié la mise en ligne de la prestation de notre Amiral, chuchota le second blond du Firestarter.

- Il ne s'est pas fait que des amis l'autre jour… Je ne doutais pas qu'il en avait, mais il m'a vraiment épaté ! sourit Alérian. Content pour ma part de retrouver ma résidence secondaire !

Le jeune homme esquissa une mimique narquoise.

- Tiens, tu es visible d'entrée, Kropion. Tu changes tes habitudes, mon Caméléon ?

Kropion le géant tatoué gloussa.

- Je ménage tes deux cœurs, Alie.

- Trop aimable. Lieutenant Ludjinchraft, viens avec moi faire le point. Capitaine Shol, vous aurez votre tour juste après, je vous ferez appeler !

- A vos ordres, colonel.

Rassuré, ayant retrouvé sa seconde maison, Alérian se dirigea vers un ascenseur.

- A mes appartements, jeta-t-il au mécanisme vocal.


Oshryn Ludjinchraft prit la tasse de thé qu'Alérian venait de lui préparer.

- Est-ce que tu es tiré d'affaire, enfin aux yeux du Conseil de l'Alliance ? interrogea le jeune homme blond.

- Non, que du contraire, grinça Alérian en serrant son pendentif en forme de rose noire. Et je dois reconnaître aujourd'hui que mon père avait raison : j'ai foiré la diatribe de Warius en mettant mon grain de sel, mon orgueil démesuré aura fait du mal à mon ami.

- Là, je te contredis sur ce dernier point, Alie, fit précipitamment Oshryn. Tu as laissé parler ton cœur. Bien que je reconnaisse qu'une telle démonstration était un chouya déplacée et surtout démesurée !

- C'est bien ce que je disais, grogna Alérian.

- Je ne suis pas démesuré !

- Denver ! se réjouit le jeune homme à la crinière d'acajou alors que le Dragon de Poche venait d'apparaître et de sauter sur ses genoux pour un « joue à joue » familier. Où étais-tu fourré tout ce temps ?

- Percer les secrets des Kerstiens, Varians, et même d'Euryale a été épuisant. J'ai eu à me reposer.

- Désolé, Denver… Soulagé que tu reviennes près de moi en dépit de ce que je te fais endurer !

- Tu es mon ami, fit tendrement par télépathie le Roi des Dragons. Je crois que tu n'ignores rien de la fidélité et des sacrifices entre amis ?

- Bien sûr… Mais ça me surprend quand même toujours ! avoua Alérian avec un léger sourire, flattant l'échine du Dragon vert aux yeux d'or.

Alérian prit une bonne inspiration.

- Je suppose que tu as capté mes pensées et intentions ? reprit-il.

- Oui, et je suis prêt !

- De quoi ? s'enquit Oshryn en manquant recracher la gorgée de thé qu'il s'apprêtait à avaler.

- J'ai compris pour le Triangle de Feu. Je dois parler à Zunia et à Wakrist !

- Donc, tu me laisses, et à Shol, une fois de plus le Destroyer ?

- Désolé.

- Ta confiance est un honneur, assura Oshryn.

- Merci, fit Alérian en disparaissant avec son petit ami ailé et surpuissant.