12.

Après un bon repos, Alérian avait repris entier contact avec la réalité, ce qui passait par contacter les siens.

Bien que de depuis des années, il ne doute plus de la fidélité d'amitié du jeune Ergul, Albator ressentait pourtant d'involontaires frissons à sa vue aux côtés de son fils à la crinière d'acajou – mais poliment il n'en témoigna rien.

- Comment tout cela s'est-il terminé ? Tu es revenu tellement éreinté que tu t'es reposé avant d'avoir fini ton rapport. Quelle situation as-tu laissée sur cet étrange Sanctuaire ?

Alérian soupira, buvant encore une bonne gorgée de thé bien chaud et parfumé du mug posé près de lui.

Les Dorkeurs ont déferlé sur la cité de cristal des Kerstiens. Nymiel et les siens les ont suivi de près. Et pendant qu'on s'occupait d'Euryale, les Varians sont rentrés dans la danse et ils ont fini le règlement de compte au sabre et au corps à corps.

- Que de sacrifices, soupira le grand brun balafré qui de par son expérience en avait vu bien des combats et bien des victimes !

- C'est surtout un foutoir sans nom et jamais connu que j'ai laissé derrière moi, avoua Alérian.

- Comment cela ? jeta l'hologramme de Warius Zéro qui venait de rejoindre la discussion. Bien que ce point ne relève pas de mes compétences d'Amiral de la Flotte, je suis curieux de nature !

Alérian prit quelques bonnes inspirations, le regard braqué droit devant lui, mais semblant ne pas avoir entière conscience de ses interlocuteurs et même de Nymiel debout juste derrière son fauteuil.

- La cité de cristal a été dévastée. Ensuite chacun a regagné ses pénates ! J'ai renvoyé les Erguls chez eux, je n'ai ramené que Nymiel avec moi, avec toujours l'appui du chœur de mes Dragons !

Les sourcils marron d'Albator et de Warius se froncèrent à l'unisson.

- Où est donc le bordel que tu évoquais, Alie ? insistèrent-ils. Bien que tout ce qui nous importe est que ces désordres ne débordent plus de ce Sanctuaire et que les univers soient saufs avec l'éradication des Gorgones.

- En fait, les Gorgones étaient les garantes de l'équilibre de ce Sanctuaire, intervint Nymiel. Elles se faisaient donc contrepoids de façon naturelle dans cet univers surnaturel. Maintenant, il reste les Kerstiens, les Varians et aussi les Dorkeurs. Ils ne peuvent qu'être partis pour un antagonisme éternel !

Albator se racla la gorge.

- Je ne vois vraiment pas en quoi ce « foutoir » comme tu l'as nommé, te gêne ?

- Je suis le Gardien des Univers, je me suis éveillé à mon statut d'Instance Surnaturelle bien que j'aie plus de questions que de révélations ! Et il me déplaît de laisser trois petits peuples à couteaux tirés et qui ne songeront qu'à s'exterminer pour les millénaires à venir ! J'ai hérité d'un rôle de guerrier et de pacificateur tout à la fois, mais je ne veux que de la paix tant que faire se peut !

- Tu n'es pas faiseur de miracle patenté, remarqua doucement Albator en levant une main pour tenter d'apaiser son rejeton.

- J'ai pourtant été créé pour cela ! se révolta Alérian, les joues aussi enflammées que ses prunelles d'un vert profond, la crinière plus en bataille que jamais.

- Non ! siffla son père.

- Papa !

- Alie, tu es né de l'amour de ta mère et de moi. Tu as grandi dans l'amour de tes Tuteurs. Tu as été formé à l'Académie de Warius et de sa République Indépendante. Tu as forgé ton expérience de commandant de bord avec tes bâtiments de guerre ! Tu es toi, entier, Humain. Le côté surnaturel est venu plus tard, et ce n'était pas ton naturel à la base. Tu fais au mieux, dans tous les domaines de ta vie ! Et si des peuples – comme les Kerstiens survivants, les bulldozeurs Dorkeurs et les Varians – poursuivent dans leur querelle de toute éternité, ce n'est pas de ta responsabilité ! siffla encore Albator.

- C'est devenue la mienne, gronda Alérian qui ne décolérait pas. Et en temps qu'Instance Surnaturelle, j'ai complètement foiré mon entrée, ma présentation, si tu préfères, papa. Comment pourrais-je prétendre continuer à veiller sur des univers, alors que j'ai laissé trois ethnies en plein désarroi et vouées à une triple vendetta pour l'éternité à venir ! ?

- Une chose à la fois, temporisa Warius. Je sais que je suis le moins familier, en dépit de tout le passé, avec tes démêlées avec le surnaturel, mais je te connais et je sais que tu donnes toujours ce que tu as dans le cœur et l'âme ! Et je ne connais rien de plus important ! Et je me révolterai si on t'en faisait le reproche !

- Merci, Amiral. Je ramène les Aspirants pour la fin de leur stage, ensuite je prendrai tes nouveaux ordres pour la suite de la Mission du Destroyer !

- Je t'attends, colonel Rheindenbach.

Alérian opina du chef, se levant saluant impeccablement son Amiral, bien qu'il soit encore en tenue civile.

- A toi aussi, à bientôt, papa, promit le jeune homme.

- Je t'attends aussi, Alie.

Les deux balafrés échangèrent un sourire complice et surtout d'une infinie affection, puis les hologrammes s'éteignirent.

Alérian se leva lentement.

- Nymiel ?

- Tu peux me renvoyer chez moi, je te prie ?

- Adieu, et merci pour ton appui, une fois de plus, Nymiel !

- A bientôt ! rétorqua plutôt l'Ergul.

Et laissant son ami Humain interloqué sur cette réplique, l'Ergul disparut.

Alérian prit encore de nombreuses inspirations, toujours stressé au possible en dépit de son attitude absente, ses cœurs battant la chamade.

- Rentrons, marmonna-t-il entre ses lèvres.

- A tes ordres, s'agita doucement Beebop le robot rouge et blanc !