15.
Levé tard, Alérian n'avait trouvé comme interlocuteur à son petit déjeuner que Shiop, le majordome du domaine.
- Où sont mon père et ma belle-mère ?
- A la Clinique d'Heiligenstadt. Ils reviendront fin de matinée.
- Ma sœur et mon frère ?
- Enysse est à l'école et Aérandor à la Maternelle. Monsieur Albator et Madame Chalandra font tout pour que leur quotidien ne soit pas perturbé par la maladie de Madame.
- Comme s'ils n'étaient pas hyper-sensibles, soupira le jeune homme en avalant ses œufs. Ils sont aussi fusionnels avec leurs parents que je le suis avec mon père, et par extension envers Chalandra. Elle a transmis un peu de mon héritage surnaturel à Enysse et surtout à Aérandor qui a eu sa balafre alors qu'il n'était la cible d'aucune menace ! Tout est de ma faute !
- Je ne comprends pas, Monsieur Alérian.
- Inutile de me donner du Monsieur, jamais les Mécanoïdes de mes Tuteurs n'ont été aussi obséquieux. Et je doute que cela plaise à mon père et à ma belle-mère.
- Je suis programmé ainsi.
- En ce cas, utilise ton programme d'apprentissage, Shiop ! glissa doucement Alérian. Mets-toi à niveau de ceux que tu sers, avec déférence, sans familiarité, mais sans trop de fioritures verbales, surtout pour ta maîtresse qui doit régir cette propriété, mon père ayant en temps ordinaire bien trop à faire dans la mer d'étoiles !
Alérian tiqua soudain, reposant sa cuillère, ne touchant pas à la salade de fruits qui venait de lui être apportée.
- L'équipage de l'Arcadia ? Clio ?
- Ceux du cuirassé vert sont rentrés à leurs foyers respectifs, ou à ce qui en tient le mieux pour eux : compagne, solitude, amies de passage. Clio est avec Pline, son père, sur Jura.
- Le temps est suspendu, je ne le réalisais même pas… Pourtant je suis celui qui aurait dû comprendre en premier ! Quelque chose en moi est détraqué on dirait… M'être approché trop près du brasier des Instances Surnaturelles semble avoir fait du mal à mes presciences… Mon père et ma belle-mère seront là pour le déjeuner ?
- Oui, Monsieur… Oui, Alérian.
- Bien, Shiop, tu vas y arriver ! sourit le jeune homme.
Patientant dans la véranda d'été, Alérian avait entendu malgré tout le bruit étouffé du moteur de la berline de son père.
Le jeune homme avait bondi de son fauteuil et s'était précipité vers le hall d'entrée !
- Papa ! Chalandra ! Des nouvelles ?
- Chalandra bénéficie d'un nouveau traitement, renseigna Albator. Elle et moi, et nos enfants, espérons qu'il fasse enfin effet !
- Et moi donc !
- Alie, je dois te demander… Quand je suis rentré à la maison, j'ai vu ton bagage dans l'entrée, ta veste noire et feue, ainsi que le ceinturon de ton cosmogun. Tu repars ? Je savais que ton passage serait court, mais j'espérais…
- Je ne m'éloigne que de quelques milliers de galactokilomètres. Je vais au-devant du Karyu de Warius qui répond à la convocation du Conseil de l'Alliance. Il a tellement bataillé pour moi, il y a seulement quelques jours – ce qui me paraît être des semaines, voire des mois ! J'ai à être auprès de lui puisque c'est lui qui est nommément assigné !
- Ta fidélité à toi aussi est remarquable.
Le regard marron d'Albator se ranima.
- Voilà bien pourquoi je t'accompagne dans ce voyage éclair, mon grand garçon ! Toshiro peut faire décoller l'Arcadia du Dock Orbital où je l'ai laissé. Allons à la rencontre de notre ami !
Alérian sourit de toutes ses dents.
- J'espérais ce sursaut, mon papa. Bien que j'aurais compris qu'au vu de la situation…
- Chalandra sera là dès mon retour. Je ne m'absente que quelques heures !
- Et son traitement ?
- Cela prendra des jours, beaucoup de jours, avant de savoir cette énième formule la soulage. Je vais accueillir notre ami commun !
- Allons-y, papa !
Les deux cuirassés battant pavillon Pirate s'était rendus à la rencontre du Karyu Militaire de Warius.
Premier dans la ligne des deux cuirassés, Alérian avait eu le Karyu en visuel.
- Warius ! jeta-t-il, bien que le contact audio de courte distance ne soit pas encore opérationnel.
Une boule de feu apparaissant soudain, elle percuta le Karyu de plein fouet, le réduisant en débris, n'en laissant rien derrière elle en disparaissant !
Alérian hurla à s'en écorcher la gorge.
- Warius ! Warius ? WA-RIUSSSSSSSSS
