16.

Un très long moment, les deux balafrés étaient demeurés face à face dans l'appartement de l'antique château arrière du cuirassé Pirate.

- La musique de Clio me manque, souffla enfin Albator. Ses notes m'ont souvent apaisé, souvent dans les moments pénibles. Mais je ne pensais pas, en dépit de nos vies de guerriers, que Clio aurait pu un jour accompagner l'envol de son âme !

Albator prit une bonne inspiration.

- Tu es sûr qu'il était bien à bord ?

- Pourquoi donc aurait-il camouflé son approche, joué avec un leurre en se servant de son cher Karyu ? ! objecta Alérian dans un sursaut. Il répondait juste à une convocation de l'Alliance Galactique ! Son vol devait être sans souci, ennuyeux au possible même ! Et il ne représentait absolument pas une menace en dépit de l'armement de son cuirassé !

- Et que disent tes talents particuliers ? insista Albator, sa prunelle plantée dans le regard vert lagon de son fils à la crinière d'acajou.

- J'ai perçu la présence de Warius à bord du Karyu. Et puis plus rien quand cette boule de feu l'a atomisé ! Oui, papa, notre ami est parti !

Le jeune homme se leva.

- J'ai été témoin du drame. Même si on ne me le demande pas, j'ai à faire un rapport ! Je retourne sur Terre. Et toi ?

- Je demeure encore un peu à faire des cercles autour des débris de l'épave, au cas où… Tu as pu réaliser un miracle sans même t'en rendre compte !

- Non, je ne crois pas, papa, soupira Alérian en resserrant machinalement le ceinturon supportant à ses hanches le cosmogun, seule touche de couleur dans sa tenue entièrement noire. Je te tiens au courant. Mais ne tarde pas, Chalandra t'attend !

- J'ai toutes les raisons de revenir auprès d'elle, ne t'inquiète pas, mon grand chéri !


De retour à Heiligenstadt, à défaut d'y croire lui-même, Alérian avait tenté de rassurer une Chalandra qui n'avait pas besoin de stress supplémentaire dans son état de santé !

- Ton mari revient vite. Il est tellement bouleversé par…

- S'il n'en était pas ainsi, ce n serait pas mon mari, l'homme de ma vie, son sens de l'honneur, sa fidélité absolue à des serments d'amitié ! Moi, je ne bouge pas, tenta d'ironiser Chalandra, pâle comme une morte, sans forces. Mais, toi, tu ne me laisses pas ? s'inquiéta-t-elle en se saisissant machinalement de la main du jeune homme.

Shiop le majordome les dérangea.

- Une limousine vient d'arriver, colonel Rheindenbach. Le général Od Presgoll du Conseil Galactique vous attend !

- Bien, j'y vais. Chalandra ?

- Je t'attends. Je ne m'évade pas d'ici ! essaya-t-elle encore de faire bonne mesure.

Alérian se dirigea rapidement vers l'entrée de la villa, prêt enfin à se présenter devant le Conseil de l'Union Galactique.


Patrouillant à sa manière dans la mer d'étoiles à peu de distance de la Terre, l'Arcadia continuait de veiller sur l'épave du Karyu.

Le grand brun balafré serra les poignées de sa grande barre en bois.

- Continue tes appels en boucle, Toshiro ! Warius, réponds !

Mais comme depuis de bien trop nombreuses heures, les cris d'Albator demeurèrent sans réponse.

- Je crains que je ne doive, une fois de plus, m'en tenir à tes pressentiments particuliers, Alie, soupira-t-il, soudain éreinté, à bout d'espoir.

- Quelque chose à transmettre à Alie, qui doit présenter son rapport ?

- Oui, que la seule boule de feu à laquelle j'aie été confronté fut celle de la Déesse de Feu, celle devenue notre amie : Lumiane ! Je ne peux accepter l'idée qu'elle nous ait trahi et se soit retournée contre nous !

Rejoint par le Warriorshadow, le capitaine de l'Arcadia avait presque considéré comme un intrus un fils qui ne pouvait sur l'instant apaiser sa propre peine !

- Qu'a dit le Conseil ? préféra-t-il jeter.

- Trop de choses, mais en tournant en boucle ! grinça Alérian. Papa, attention, elle revient !

- Quoi donc ! ?

La boule de feu réapparaissant soudain, elle percuta l'Arcadia de plein fouet, le réduisant en débris, n'en laissant rien derrière elle en disparaissant !

Alérian hurla à s'en écorcher la gorge.

- Papa ! Papa ? PAPAAAA !