3. Love is an open door / L'amour est un cadeau

Anna était allongée sur le dos, fixant le plafond d'un regard absent et claquant sa langue contre le palais de sa bouche en synchronisation avec la large horloge dans le coin de la chambre. En tournant la tête sur le côté elle pouvait voir la lune argentée dans la clarté de la nuit. Elle souffla, puis reporta son attention sur le plafond.

Elle était restée éveillée depuis que ça sœur lui avait dit bonne nuit au moins quatre heures plus tôt. Des bribes de leur conversation, qu'elles avaient eue plus tôt dans la journée, flottaient dans sa tête, comme des flocons de neige qu'Elsa créait des fois pour l'amuser.

Elsa.

Son cœur se serra a la pensée de la reine. Quelque chose troublait profondément sa sœur, et Anna se sentait inutile de ne pas pouvoir l'aider.

La rousse se tourna sur le côté, se força à fermer les yeux, et tenta de vider sa tête de toute pensée. Essayant d'oublier à quel point Elsa paraissait décontenancée, assise au bureau de son père –non… son énorme bureau. La façon dont ses yeux scintillaient, refoulant ses larmes pour regarder sa petite sœur. La tendresse avec laquelle elle a embrassé son front-

Les yeux d'Anna s'ouvrirent automatiquement.

C'était inutile. Les petits murs qu'elle érigeait dans son esprit pour éloigner ces pensées furent presque décimés par la force qu'était sa grande sœur. La reine, telle une intouchable présence, était trop puissante pour rester reléguée au second plan.

Anna grogna et bascula ses jambes hors du lit. Si Elsa allait la garder toute la nuit éveillée, elle allait lui retourner la faveur.

Marchant à pas feutrés vers la porte de sa chambre, elle l'ouvrit un peu plus violemment que voulu, et sursauta quand celle-ci manqua de lui percuter le visage.

"Bravo Anna ! Vas te montrer dans la chambre de ta sœur avec un œil au beurre noir et un nez en sang. C'est sûr qu'elle s'inquiétera moins," marmonna-t-elle pour elle-même, faisant attention de bien esquiver la porte nouvellement ouverte.

Une fois sa frustration disparue, chaque pas que la rouquine faisait en direction de la chambre d'Elsa la rendait de moins en moins sûre d'elle-même. Malgré le fait que la reine ait assuré à Anna qu'elle était la bienvenue à chaque fois qu'elle le voulait, la jeune fille avait l'habitude des années passées à fixer la porte fermée, la voulant ouverte, être complètement certaine qu'elle pouvait seulement valser sans entrave dans tous les coins de la chambre d'Elsa.

Elle força ses jambes à la porter pendant les derniers pas la séparant de la lourde porte de la chambre d'Elsa, et inspira profondément. Trop tôt à son gout, elle se retrouva debout devant la porte de bois, le poing levé pour frapper, mais elle hésita, réalisant qu'elle n'avait aucune raison concrète de réveiller sa sœur au beau milieu de la nuit, hormis l'insignifiant besoin de savoir la blonde aussi misérablement insomniaque qu'elle.

Laissant légèrement retomber sa main, elle desserra le poing, et essaya de retarder ce moment en inspectant les dessins sur la porte. Elle était recouverte de petits flocons de neige gravés, et en regardant de plus près, en en traçant un avec le bout du doigt, Anna remarqua que chaque flocon était subtilement unique. Un élan d'affection pour sa sœur s'écoula d'elle alors qu'elle réalisait qu'Elsa elle-même avait réalisé ces dessins. Comment, elle n'en était pas certaine, mais elle se doutait qu'il lui avait fallu beaucoup de temps pour réaliser quelque chose de si compliqué.

La rousse sourit tendrement, sachant que même si c'était seulement pour quelques heures de son existence isolée avant de devenir reine, sa sœur avait trouvé de la beauté en ses pouvoirs inutiles.

Anna se surpris dans une sorte de transe, en admiration devant la porte, quand elle entendit un grognement frustré et le son de quelque chose qui se fracasse. Ne s'inquiétant plus de frapper, elle ouvrit la porte à la volée et trébucha presque sur une Elsa faisant les cent pas.

La blonde tourna la tête vers la porte.

"Anna ?" demanda-t-elle. "Qu'est-ce que tu fais debout à cette heure-là ? "

La jeune fille regarda de l'autre côté de la chambre. Des éclats de glace recouvraient le sol, et une stalactite était encore encastrée dans le mur.

"Je vois que tu t'entraînes encore à tirer," railla-t-elle, esquivant la question de sa sœur.

Elsa suivit le regard de la rousse jusqu'à la stalactite à l'allure menaçante sur le mur. D'un mouvement du poignet, elle la fit disparaître, tout comme les éclats de glace recouvrant le sol en dessous. Seul un petit trou dans le papier peint demeurait. Elle se tourna à nouveau vers sa sœur en lui lançant un regard plein d'excuses. "Je suis désolée. Je ne voulais pas que tu voies ça," commença-t-elle. "C'est juste... quelque chose que je fais pour me défouler."

Anna fronça les sourcils. "Pourquoi es-tu désolée ? Tout le monde a besoin d'une sorte de..." elle tournoya superficiellement une main dans les airs, cherchant ses mots, "...punching-ball." Continuant avec un ton espiègle, elle ajouta, les mains sur les hanches, "Et en tant que petite sœur, je devrais probablement être heureuse que ça ne soit pas moi-" ce n'est qu'une fois les mots sortis de sa bouche qu'Anna réalisa ce qu'elle venait de dire.

Sa grande sœur le réalisa aussi. Une expression de douleur traversa son visage.

"Anna - "

"Non, oh mon dieu Elsa, je ne voulais pas le dire comme ça. Je- Je voulais dire comme nous sommes sœurs, hein ? Et d'après ce que Hans m'a dit sur ses grands frères-"

Encore une fois. Pourquoi ne pouvait-elle ne pas seulement penser une seconde avant de parler. Elsa la rendait nerveuse, et une Anna nerveuse a tendance à cracher les mots comme ils viennent dans son esprit.

La rousse pressa une main sur ses lèvres dans une intention futile de stopper tout mot, mais le mal était déjà fait.

Un épais silence envahit l'espace entre les deux filles.

Anna commença à paniquer quand sa grande sœur tourna les talons, inspirant par spasmes, comme pour repousser les mots blessants, mais non voulus. Elle se ferma une fois de plus. Et aussi gravement que la rousse avait gâché une potentielle conversation, elle ne voulait pas que la blonde la repousse maintenant, donc encore une fois, elle dit la première chose qui lui passa par la tête.

"J'ai vu la porte..." lâcha-t-elle "La- ta porte. Avec les flocons de neige. Tous différents." Claquant une main sur son front à ses morceaux de monologue, elle inspira et recommença.

"Avant de t'entendre jouer à embrocher le renne avec tes glaçons, je regardais- je veux dire, vraiment regarder- ta porte. Ces flocons, ils sont tous uniques. Et il y en a tellement. C'est…hé bien, c'est magnifique Elsa."

La blonde se retourna pour faire face à sa sœur, un fard colorait ses joues. "Comment as-tu su que je les ai gravés ?"

La question frappa curieusement Anna. Qui d'autre aurait pu graver des flocons de tant de sortes sur la porte d'Elsa ?

Puis cela lui vint à l'esprit. Sa sœur était convaincue que personne à Arendelle ne la croyait capable d'autre chose que la destruction ou d'un temps terrifiant. Elle se voyait elle-même comme une spirale étroitement enroulée de blizzard féroce et de glace mordante, incapable, mais pas involontaire, de contrôler le tumultueux pouvoir a l'intérieur.

"Oh Elsa," dit-elle dans un souffle, parcourant rapidement la distance entre elles et plaçant une douce main sur sa joue. "Je sais que tu les as gravés, parce qu'il n'y a personne d'autre dans ce royaume qui peut créer quelque chose d'aussi fabuleux. " Sa poitrine se serra au regard que sa sœur lui adressa, rempli de tellement de choses qu'elle ne sut quoi dire.

Elsa se recula de l'étreinte et posa ses mains dans son dos en disant simplement, "j'ai fait quelque chose pour toi."

Un sourire vertigineux apparut sur le visage d'Anna. "Oooh un cadeau ? J'aime les cadeaux ! Ou est-il ?" Elle tenta de regarder attentivement autour d'elle pour voir si elle tenait quelque chose dans son dos.

Elle observa sa sœur bouger légèrement ses mains, et après une seconde, les ramena devant son corps. Elle continua d'agiter une main au-dessus d'une petite sphère creuse et faite de glace qu'elle tenait dans son autre main. La rousse se pencha plus près, essayant d'avoir une meilleure vue sur l'objet.

Doucement, la sphère devint plus grosse, et Anna vit une mini-Anna de glace apparaître en son centre, semblant glisser dans le vent. Bientôt, une Elsa glacée vint se matérialiser a son coté, et les deux personnages bougèrent tout autour de la sphère. Avec beauté, l'Elsa grandeur nature créa une poignée de flocons, virevoltant autour des petites sœurs de glace. Nerveusement, elle tendit la boule à neige à sa petite sœur.

La rousse tenta de détacher son regard de la main de sa sœur, pour la regarder dans les yeux. "Elsa, c'est- comment as-tu fais ça ?"

"Je me suis entraînée. Beaucoup, en fait," admit-elle. "Et je me suis rendue compte que puisque tu ne peux pas patiner dans la vraie vie, au moins tu peux le faire ici," taquina-t-elle en faisant un geste vers la boule à neige.

Anna feignit d'être blessée. "Bien, j'allais dire à quel point réfléchit c'était, mais maintenant ... " elle sourit. "Oh, mais de qui je me moque ?" Elle s'avança vers la boule à neige, la prenant gentiment des mains de sa sœur, et la porta au niveau de ses yeux, hypnotisée par la scène.

"Elle peut fondre si tu l'observes aussi intensément, Anna," plaisanta la reine. La rousse tendit rapidement ses bras pour éloigner la boule à neige le plus loin possible de son visage, lançant un regard inquiet à sa sœur. "Je plaisante," rassura la blonde. "Elle restera gelée aussi longtemps que tu le voudras."

"Donc... pour toujours ?" questionna Anna sérieusement. L'expression taquine sur le visage de la reine s'évanouit, et elle traversa la pièce pour prendre sa sœur dans ses bras.

"Alors oui, pour toujours." Comme d'habitude, sa peau était froide au toucher, mais d'une certaine façon, Anna trouvait que son étreinte la réchauffait plus qu'elle ne l'avait été toute la nuit.

"Je suis heureuse que tu sois venue," dit la plus grande, se reculant légèrement pour regarder sa sœur dans les yeux. Elle prit en coupe le visage d'Anna dans ses mains, et déposa un tendre baiser sur son front. "Maintenant, je te connais, et je suis quasiment certaine que tu n'as pas du tout dormi car tu essayais de réfléchir a ce qui pourrais me tourmenter, n'est-ce pas ? Et puisque techniquement c'est moi qui te garde éveillée, tu as décidé de venir partager ta situation."

Anna se souvint de la première raison pour laquelle elle venait, et se sentit embarrassée que sa sœur la démasque aussi facilement. Elle acquiesça dans un soupir.

Elsa la poussa gentiment en direction du lit. "Alors je vais m'assurer que tu puisses te reposer. Au lit, Snowbug."

La rousse plaça prudemment la boule à neige sur la table de chevet, grimpa sur les draps bleus, se tourna sur le côté et soutint sa tête avec sa main, faisait face à sa sœur qui montait à son tour sur le lit.

En souriant tendrement à Anna, la blonde remonta les couvertures sur elles, et se coucha sur le dos, face au plafond.

"Bonne nuit, Anna," murmura-t-elle gentiment. Anna essaya de répondre dans un bâillement.

" 'Nuit, El...sa." la reine gloussa.

Soudain consciente du fait qu'elle n'avait pas remercié Elsa pour le cadeau, elle ouvrit la bouche pour-

"De rien, Anna," Dit Elsa. La rousse pouvait presque l'entendre sourire. Déterminée à avoir le dernier mot, elle se retourna et se pressa contre le coté de sa sœur. Elle leva le bras dans sa direction, l'enroulant autour de ses épaules, et plaça tendrement une main sur la hanche de la blonde. S'appuyant sur son coude, elle embrassa la joue de la reine. "Merci," dit-elle.

Redescendant sa tête dans la petite place ou le cou d'Elsa rencontrait son épaule, elle dissimula un sourire en sentait la reine se raidir. De sa main, elle couvrit le cœur de sa sœur, et put presque le sentir battre hors de sa poitrine. Satisfaite d'avoir la victoire à leur petit jeu, elle sombra.


J'espère que ce début de traduction est satisfaisant. Et merci pour ces quelques lectures et reviews.

Pour ce qui est de la suite, je vais être assez occupée prochainement, et je ne pourrais pas publier d'ici deux à quatre semaines. il va falloir prendre son mal en patience ;)