6. You don't have to be afraid / Tu n'as pas à avoir peur.

Le roulement du tonnerre résonnait sur les montagnes entourant le fjord, le son se noyait presque dans la cacophonie de la grêle claquant sur chaque surface disponible. Le royaume d'Arendelle était dépourvu de presque tout mouvement, la plupart de ses habitants optant pour rester à l'intérieur plutôt que de risquer la colère des balles de glace tombant actuellement du ciel. Dans le grand château les vitres étaient violemment secouées avec la force du vent battant, le tintement des grêlons servant d'avertissement à qui se tiendrait trop près des vitres.

Anna gisait à la tête en bas sur son canapé favori dans la salle des tableaux, les jambes appuyées contre le dossier et sa tête se balançant sur les coussins. Regardant les portraits autour de la pièce, elle souffla.

"Elle est juste trop frustrante, Jeanne ! Elle m'évite délibérément et pour quelle raison ? Ce n'est pas comme si je n'avais pas apprécié ... " elle s'arrêta, commençant à rougir. "Je veux dire- je sais que les gens peuvent penser que ce n'est pas ... bien, mais…" elle ferma les yeux, "je l'aime. Elle me fait me sentir comme si je comptais à ses yeux... aux yeux de son royaume. Comment ce genre d'amour peut-il être autrement que bien ? "

Elle ouvrit ses yeux à nouveau, cherchant dans les coups de pinceau une réponse sur le visage de Jeanne. Mais la seule qu'elle obtint du portrait fut le silence.

"Ugh, tu ne m'aides pas, Jeanne, " grommela-t-elle. "J'ai besoin de quelqu'un qui puisse vraiment me donner des conseils." En plissant le nez, elle se demanda s'il y avait quelqu'un en qui elle pouvait faire assez confiance, qui pouvait réellement comprendre ce qu'elle ressentait pour sa sœur, sans la condamner à brûler sur un bûcher comme sa chère, et muette, Jeanne. Une sorte ... d'expert en amour qui avait vu assez de choses sortant de l'ordinaire-

Un expert en amour ! Bien sûr ! Pourquoi n'y avait-elle pas pensé plus tôt ?

Elle se retourna dans le bon sens et sauta du canapé, pour retomber lourdement dessus. "Woo... Trop vite..." elle ferma un œil, essayant de rétablir sa vision. Puis se leva une seconde fois - plus doucement que la première - et sortit de la salle des portraits pour partir en direction du plus grand expert en amour qu'elle connaissait.

"Tu ferais mieux d'avoir de bons conseils à me donner, Kristoff !"


Elsa était assise derrière son bureau, essayant de paraître attentive à l'homme aux cheveux auburn en face d'elle. Il avait demandé un rendez-vous avec elle plus tôt dans l'après-midi, et ayant un besoin désespéré de distraction, elle avait accepté avant même qu'il ait commencé à lui expliquer le but de ce rendez-vous.

Maintenant, regrettant cette hâtive décision, elle se forçait à écouter les mots se déversant de sa bouche.

"..Donc sur leur chemin actuel, et si le navire part aujourd'hui, nous pourrions être capables d'intercepter la flotte a environ soixante-cinq degrés nord. Après ça, c'est juste une question de changement de route pour un ou deux d'entre eux pour naviguer vers votre royaume. Bien sûr, j'ai les navires commissionnés par les meilleurs charpentiers de Nyholm, donc la vitesse avec laquelle ils peuvent naviguer..." Elsa cessa encore une fois d'écouter. Tous les hommes étaient pareils, conclut-elle, pensant à Kristoff et son traîneau. Ils étaient totalement obsédés par les objets inanimés.

Au moins elle avait le bon sens d'être obsédée par quelque chose de vivant et de respirant, comme sa sœur.

L'estomac de la blonde sauta. Elle avait évité sa sœur toute la journée, se cachant dans son bureau en prétendant avoir des affaires importantes à régler. En se souvenant de la promesse qu'elle s'était faite de ne pas sous-estimer les qualités d'observation de la rouquine, elle était convaincue qu'Anna savait exactement ce que la reine faisait. Un petit pincement de culpabilité la frappa pour avoir encore une fois repoussé la jeune fille. Mais elle essaya de l'étouffer en se disant que sa petite sœur était bien trop ivre pour pleinement comprendre les conséquences de leurs actes la nuit passée. Qu'elle avait simplement répondu aux actions de sa grande sœur, pour ne pas blesser la blonde dans ses sentiments. Mais en l'évitant, Elsa leur donnait simplement plus de temps pour assumer ce qui était visiblement une erreur de jugement de sa part.

Mais, bon dieu, la façon dont la rouquine avait répondu à son baiser, si avidement. Comme si elle essayait d'éprouver des années de contact manqué en une seule nuit. Cela rendait Elsa malade, rien que d'y penser à-

"Reine Elsa ?"

Merde.

Elle avait complètement manqué les dernières... peu importe combien de minutes de son monologue à propos de ses stupides bateaux. Il la regardait avec un sourire plein d'espoir.

La blonde essaya de penser à une réponse qui ne démasquerait pas son inattention. "Je vois. Bien, cela semble certainement ... " elle chercha un adjectif qui n'engageait à rien, "... prometteur."

Le prince parut satisfait de sa réponse et se leva de sa chaise. "Merveilleux. Une fois cette fichue tempête de grêle terminée, je préparerais les bateaux et enverrais mes hommes pour intercepter les flottes. Dans deux ou trois jours, votre peuple aura tellement de nourriture qu'ils ne sauront quoi en faire !" Il rit à sa propre blague en sortant de la pièce.

Elsa regarda à travers l'une des fenêtres près du bureau. En dépit de complètement perdre contrôle de ses sentiments pour sa sœur - et en conséquence, du temps sur Arendelle - au moins, elle essayait comme elle pouvait de diriger son royaume correctement.


La reine avait finalement régné sur ses émotions, laissant le ciel au-dessus d'Arendelle un peu nuageux, mais sans grêlons. Anna se demandait si sa sœur allait vraiment mieux, ou si elle avait juste réussi à enterrer ses sentiments pour le moment. La jeune fille était assise à côté de Kristoff dans son traîneau. Olaf était à sa gauche, en rebondissant dessus comme à son habitude. Il était incapable de rester assis pendant plus de trois secondes.

"Ooooh, et ça c'est quel genre de fleurs, princesse Anna ? " il agita la branche qui lui servait de bras en direction d'une masse violette. La rouquine sourit à son exubérance innocente. Ils n'étaient assis dans le traîneau que depuis dix minutes, et depuis ce temps, le bonhomme de neige avait réussi de pointer pas moins de trente-deux espèces de fleurs.

"Ce sont des Blåveis, encore, Olaf," répondit-elle.

"Blorwice," tenta-il en vain de répéter. Anna pouffa. Le bonhomme de neige continua à répéter le nom, mettant l'accent a diffèrent endroits. "Blor-wice. Blor-wice. Blorris."

"Il a bon caractère," dit la voix de Kristoff à sa droite. Anna se tourna vers lui.

"Il est spécial-" commença la rouquine. L'homme l'interrompit avec un grognement. Elle lui donna une petite claque joueuse sur le bras en guise de réponse. "Pas comme ça, abruti. Je voulais dire qu'il est plus qu'un simple bonhomme de neige. Elsa... elle l'a créé, juste pour moi, donc être avec lui me rend heureuse."

Le livreur de glaçon lui adressa un sourire sincère. "J'ai saisi," il se pencha plus proche d'Anna et lui dit dans un chuchotement conspirateur, '"ne lui dis pas, mais je suis heureux qu'il soit encore là." Il lui fit un clin d'œil et se redressa, se concentrant sur la route sur laquelle Sven les menait. Un silence confortable s'installa entre eux deux.

Anna pouvait voir la Montagne du Nord commencer à apparaître sur la crête devant eux. Alors que le renne les emmenait plus haut, elle se voyait offrir une vue sur les aiguilles pointues et glacées qui surmontaient le palais de sa sœur - un palais qu'elle avait temporairement appelé maison.

Sa structure était une telle énigme pour elle. Il semblait en situation précaire sur le flanc de la montagne, mais d'une certaine façon, il inspirait plus de respect que la montagne elle-même. Il y avait des arêtes vives et des angles, et la rouquine se demanda comment quelqu'un aussi doux et gentil que sa sœur avait pu créer quelque chose de si imposant.

Elle sentit l'émotion monter en elle, et avant qu'elle ne puisse la stopper, elle se libéra avec une surprenante, et franche confession.

"Elsa m'a embrassée la nuit dernière, Kristoff. Comme, embrasser, embrasser. Beaucoup. Et elle était au-dessus de moi. Et j'ai aimé ça. Encore plus que beaucoup." Elle dévisagea le coté de son visage, redoutant d'en avoir un peu trop dit pour qu'il n'encaisse tout.

À son honneur, l'homme ne paniqua pas, ni ne la poussa de son train eau. En fait, la seule indication prouvant qu'il avait entendu était l'élargissement ses yeux et ses mains se resserrant autour des reines de Sven.

Après quelques secondes, il toussa et commença à parler. "Uh, wow. Okay. C'est- bien, c'est intéressant."

La rouquine fut incapable de s'arrêter et prit la réponse relativement calme de Kristoff comme une invitation à déverser tout le reste. "Je l'ai embrassée en retour, et je crois que j'ai pu avoir laissé quelques griffures sur elle, mais je dirais que ce n'est que justice puisque elle m'avait mordue. Et ensuite elle a fait des feux d'artifices de glace, que je pense être une bonne chose parce que ça voulait dire qu'elle appréciait vraiment. Mais au lieu de ça, elle a juste tout arrêté et s'est enfuie, et je ne l'ai pas revue de toute la journée. Et je me retrouve à demander conseil à une peinture jusqu'à ce que je réalise que je pourrais te demander à toi parce que vraiment, qui s'y connait mieux en amour qu'un homme élevé par des experts en amour, hein ? " Elle termina son monologue, à bout de souffle et rougissant.

Elle était sure que l'homme se serait évanouit si il n'avait pas été déjà assis. Il était encore en train de regarder droit devant lui, et ne paraissait pas respirer.

Même Olaf était silencieux, ayant perdu tout intérêt dans le repérage des fleurs. Regardant Anna pensivement, il demanda. "Est-ce que le véritable amour pousse tout le monde à faire ça ?"

La rouquine le regarda, confuse. "Faire quoi, Olaf ?"

"Parler aux peintures ?" répondit le bonhomme de neige.

Elle entendit un gloussement derrière elle. Kristoff était finalement sortit de sa stupeur, et allait apparemment ... bien avec tout ce qu'elle venait de lui révéler. En tout cas assez bien pour trouver de l'humour dans ce que le bonhomme de neige estimait l'aspect le plus ... insolite du réel amour.

"Non, Olaf," l'homme secoua la tête, un sourire sur son visage. "Seulement Anna peut être assez frappée pour parler aux peintures."

La rousse rétorqua, "Hey ! Je te ferais dire que cette peinture n'est pas juste quelqu'un. C'est Jeanne d'Arc ! A elle seule elle a conduit une armée entière à la victoire partout dans la patrie. Jusqu'à ce que des barbares la capturent et la brûlent sur un bûcher !" Anna croisa ses bras, ajoutant hautainement, "c'était une femme incroyable, brave et intelligente qui aimait son pays-"

Le livreur de glaçons se tourna vers elle et la fixa avec un regard entendu. "Elle ressemble beaucoup à quelqu'un d'autre que nous connaissons, huh ? " Anna rougit, alors que Kristoff se retourna vers ses reines. "Comment sais-tu tout ça d'ailleurs ? Ne me dis pas que tu écoutais avec attention pendant tes leçons quand tu étais enfant, je ne te croirais pas."

La rouquine se vexa en regardant l'homme de travers. Puis baissant les yeux, elle devint soudainement timide, tripotant le bouton de son manteau. "Elsa... elle, uh, elle aime lire. Et elle me raconte des histoires des fois. Elle les raconte très bien, Kristoff. Donnait le ton et tout. Et elle connait beaucoup de langues, elle peut lire n'importe quel livre que je lui ramène des étagères de la bibliothèque."

L'homme lui jeta un coup d'œil, souriant gentiment en voyant Anna gigoter nerveusement. "Elsa est unique en son genre Anna, tout comme toi. Je pense que vous êtes parfaites l'une pour l'autre. Que ça soit en tant que sœur, ou en tant que ..." il fit une pause, se raclant la gorge, "... peu importe ce que vous choisissez de signifier l'une pour l'autre."

La rouquine leva vers Kristoff des yeux humides. "Tu le penses ? " demanda-t-elle avec une petite voix.

"Je le sais" répliqua l'homme. Anna lui fit un sourire radieux et se pencha pour déposer un joyeux baiser sur sa joue.

"Hourra!" interjeta Olaf, essayant de lever ses bras autour d'eux deux pour une étreinte. "Maintenant Elsa et toi pouvez parler a des peintures ensemble !"


Anna entra en rampant dans le hall d'entrée, essayant de se glisser sournoisement vers l'escalier de l'autre côté de la pièce. Elle ne tenait plus en place sur son siège quand Kristoff les avait ramenés de la montagne - le traîneau remplit de glace - impatiente de parler à sa sœur après des heures sans l'avoir vue. Elle fut frappée de constater que moins d'un an plus tôt, elle était contente de voir sa sœur solitaire une fois dans le mois, mais maintenant... maintenant Anna voulait- non, avait besoin de la voir tous les jours.

En fait, elle avait été si désespérée de retrouver sa sœur, qu'elle ne s'était même pas inquiétée de frotter la neige sur ses bottes, qui lui donnait donc la mission de passer devant tous les servants sans être châtiée d'avoir traîne de la neige partout dans le hall.

Elle avait à peine monté deux marches qu'une voix aiguë la stoppa.

"Princesse Anna ! Ou diable pensez-vous aller ? " Elle grinça des dents, se retournant doucement face à Gerda, la matrone, qui avait été comme une seconde mère pour elle. Plaquant un sourire innocent sur son visage elle tenta de se sortir de cette situation.

"Gerda... bonjour ! Comment vas-tu en cette belle soirée ? Um, Je- Elsa a demandé que je- elle a besoin de me parler, tu vois. Très important, uh, des affaires de reine. Donc je dois la trouver. Maintenant, en fait. Tu sais où elle est ?" La rouquine termina sa phrase avec ce qu'elle espérait être un sourire convainquant.

Gerda se contenta de poser les mains sur ses hanches, visant Anna d'un regard sévère.

La jeune fille s'agitait, dansant d'un pied sur l'autre.

À son soulagement, le visage de Gerda s'apaisa. "Oh ma chérie, qui suis-je pour vous éloigner de votre sœur pour si peu de neige. Vous avez été séparées pendant si longtemps... Elle est dans la bibliothèque."

Anna frappa joyeusement dans ses mains, et se retourna pour monter les marches quatre à quatre, criant derrière elle. "Merci Gerda ! Désolée pour le sol ! Je nettoierai, promis !"

La vielle femme secoua la tête avec un sourire, et se dirigea vers le placard le plus proche pour y prendre un balai.

Atteignant le haut des escaliers, Anna retira ses bottes et les laissa contre la rampe. Elle ne voulait pas que sa sœur entende le bruit de ses pas sur le sol boisé de la bibliothèque, de peur qu'elle entende la jeune fille approcher et trouve une excuse de "business royal" pour s'échapper.

La rouquine entortilla ses orteils à l'intérieur de ses chaussettes dépareillées. Là où la reine était toujours soucieuse de paraître parfaitement présentable, sa petite sœur a bien d'autres choses à faire que de se soucier de chaussettes.

Ouvrant la porte de la bibliothèque aussi silencieusement que possible, Anna scruta la pièce à travers la petite ouverture qu'elle avait créée, sentant la chaleur de ce qui était probablement un feu s'échappant doucement dans le couloir. Se faufilant dans l'ouverture, elle referma gentiment la porte derrière elle. Puis avança à pas feutrés vers la lueur orange dans un coin de la pièce.

Sa sœur était assise sur un divan devant la cheminée, absorbée par un livre visiblement très vieux. Si vieux, en fait, que Anna aurait certainement eut peur de le toucher. Ses mains maladroites l'auraient probablement déchiré en deux avant même qu'elle ait passé le premier chapitre. Pourtant Elsa... sa sœur était douce et gracieuse et avait tenu des livres toute sa vie. Elle pouvait lire quelque chose des milliers de fois et ne jamais avoir mal au dos.

En arrivant derrière sa sœur, elle réalisa qu'Elsa était tellement concentrée sur ce qui pouvait se passer dans son livre qu'elle n'avait pas la moindre idée que sa sœur était même entrée dans la pièce. Encore moins qu'elle respirait le même air qu'elle. Anna sourit machiavéliquement, et se pencha rapidement pour mordiller le haut de son oreille.

La réponse d'Elsa fut immédiate.

Elle hurla, faisant tomber le livre et secouant la tête, une expression abasourdie sur son visage, tentant de trouver la source de cette surprenante interruption de sa calme lecture. Ses yeux tombèrent sur Anna, elle se leva du canapé et essaya de mettre le plus de distance possible entre elles.

"Anna. Comment- qui t'a dit que j'étais ici ?" laissai-t-elle échapper. "J'ai spécifiquement demandé aux servants de me laisser seule pour le reste de la soirée."

La rouquine parut blessée. "Je fais partie des servants maintenant, hein ?"

"Non c'est- je ne voulais pas dire- j'avais juste besoin d'un peu de temps pour réfléchir. Seule," se rattrapa la reine.

"Oh," répondit la jeune fille. D'une triste voix, elle demanda "Je dois m'en aller alors ?"

Aussi chaotiques que les sentiments d'Elsa étaient en ce moment même quand il s'agissait de sa sœur, le regard de la rouquine était trop lourd à porter. "Non ... tu n'as pas à partir, tu peux rester." Respirant profondément, elle ajouta, "je veux que tu restes."

Le visage de sa sœur s'illumina. Bondissant sur le divan, elle prit le livre auparavant jeté sur le sol et s'assit sur les coussins. La blonde s'assit sur le même divan, aussi loin que possible de sa sœur, laissant une large place vide entre elles.

Anna soupira en réalisant qu'elle devra faire la plus grosse partie du travail. Se glissant vers la blonde, elle leva le livre. "Elsa, je sais que tu es confuse... et probablement un peu apeurée maintenant. Je le suis aussi. Mais quelqu'un m'a donné un conseil aujourd'hui qui m'a fait réaliser quelque chose d'important." Elle posa une main sur la joue de sa sœur. "Nous sommes d'abord et avant tout une famille. Rien ne pourra changer ça. S'il te plait ne crois pas que tu as ruiné quelque chose en-" elle retint sa respiration, mais elle força les mots à sortir, "en m'embrassant."

Elsa tenta de détourner le regard. La rouquine plaça le livre sur les genoux de sa sœur et posa doucement sa main nouvellement libre sur l'autre joue de la reine, pour stopper son mouvement. "Ne t'éloigne pas de moi, d'accord ? On va juste... ignorer ce qui s'est passé... au moins pour ce soir." La plus âgée évita le regard de sa sœur. "Els, s'il te plait," supplia-t-elle. Et de la voix la plus misérable qu'Elsa ait jamais entendue, sa sœur lui dit des mots qui lui brisèrent le cœur "J'ai besoin de savoir que tu ne m'abandonneras pas à nouveau."

Le pur désespoir dans la voix d'Anna s'enroula autour d'un éclair de culpabilité à l'intérieur d'elle, créant une boule d'émotions qui la frappa dans les recoins les plus profonds de son cœur. Elle ne pouvait pas dire non à sa sœur, même si elle le voulait.

Regardant le doux visage rempli de taches de rousseur de sa sœur, elle sourit. "Tu veux que je te lise une histoire ?"

La rouquine laissa échapper un son entre le rire et le sanglot. Incapable de parler, elle fit un signe de tête.

Reprenant le livre de sur ses genoux, Elsa attira sa sœur contre son flanc. Anna pressa son visage contre le cou de sa sœur, et la blonde sentit de chaudes larmes couler sur sa peau. Sentant un puissant tiraillement dans son cœur, elle posa une main dans le dos de sa sœur, frottant doucement l'espace entre ses épaules alors qu'Anna hoquetait contre son cou. Espérant pouvoir apaiser la jeune fille avec sa voix, elle ouvrit le livre à la page qu'elle était en train de lire, et commença.

Et d'ailleurs le charme, la variété, la beauté de la vie tiennent précisément à des nuances..."*


* L'extrait que lit Elsa est tiré du roman russe de Léon Tolstoï, « Anna Karénine » paru en 1877 en version originale. Il est considéré comme un chef d'œuvre littéraire. L'auteur y oppose le calme bonheur d'un ménage honnête aux humiliations et aux déboires qui accompagnent la passion coupable. (Wikipédia)