Ianto était rentré un peu avant l'heure habituelle pour prendre le temps de se préparer. Ce soir, il officialisait sa liaison avec Jack. Du moins, la ritualisait, la faisait entrer dans un code social admis. Ce soir, il avait un rendez-vous galant, un rancard, avec un homme, avec son patron, avec Jack. Il espérait un bon repas, un flirt affiché, et une nuit inoubliable, sa première nuit avec Jack, sa première nuit avec un homme. Mais quel homme ! Ianto n'avait pas peur, bien au contraire ! Quelque part, il attendait ce moment depuis longtemps. Jack avait réussi à lui donner de nombreux avant-goûts fort plaisants et avait su le mener loin dans l'envie de lui. Ianto était prêt, curieux, impatient.
Il prit sa douche et s'habilla en sifflotant, choisissant chemise immaculée, cravate sombre, gilet et complet noir.
Il aimait prendre soin de sa tenue, qu'elle soit décontractée ou élégante. Et depuis que Jack avait validé son costume, Ianto prenait plus que plaisir à mettre un soin extrême à sa tenue et de parfois lui donner cet aspect suranné qu'il avait toujours aimé et jamais osé jusque-là. Il était bien ainsi.
Ianto ajustait ses manchettes quand on sonna à sa porte. Il sourit. Juste à l'heure ! Il était prêt pour la soirée tant attendue. Sa soirée !
Les gens se retournaient sur eux. Ianto le remarqua non sans une pointe d'agacement car les regards étaient agréablement surpris, séduits ou charmés. Mais par ailleurs, Ianto se sentait vaguement flatté. Jack était particulièrement à son avantage dans un costume coûteux gris sombre et une chemise noire très ajustée. Le jeune homme avait reconnu de la belle étoffe coûteuse et peut-être du sur mesure. Jack révélait ainsi une élégance certaine, racée, sûre d'elle qui le rendait plus encore irrésistible.
Ianto avait été subjugué et s'était senti plus que flatté d'être à l'origine d'un si bel effort vestimentaire. Et il n'avait eu qu'une envie durant toute la soirée, se rendre compte par lui-même de la douceur des étoffes sous ses doigts. Jack ne portait pas de cravate. Cela ne semblait pas être sa tasse de thé. Mais les deux fichus boutons du col entrouverts invitaient à la tentation.
Durant le repas, dans un restaurant très chic, Ianto avait rougi plusieurs fois à la seule pensée de défaire les autres boutons et révéler le reste de peau qu'il brûlait de goûter. Jack s'était montré de très bonne compagnie, flirtant gentiment, tendre et respectueux. Malicieux et sincère. Ianto apprécia les mets raffinés et la compagnie. Une certaine harmonie s'était créée. Il buvait littéralement les sourires radieux de Jack, conquis lui aussi par sa présence. Jack avait flirté avec élégance et une grande douceur et avait découvert un Ianto séduit, le dévorant avec une envie non dissimulée, admiratif et diablement intéressant.
De son coté, être avec Ianto ce soir, observé, envié par le regard des autres, avait grisé Jack qui voulait lui offrir un moment à chérir, un symbole, un début d'une belle histoire. Du moins, il l'espérait. Ils avaient ri, s'étaient un peu dévoilés sur le plan plus intime. En quittant le restaurant, Jack était bien, vraiment bien. La présence de Ianto et l'éventuelle perspective de lui offrir une nuit d'amour le comblait comme il ne l'avait pas été depuis longtemps. Contre toute attente, pour lui le premier, Ianto n'était plus seulement un simple flirt, un simple jeu. Le jeune homme s'avérait intéressant, curieux, plein de belles surprises et riche de qualités et de cœur. Ce n'était pas seulement le très séduisant jeune homme sur lequel se retournaient les passants ce soir. Et ils avaient bien raison.
Jack sourit et tenta un rapprochement vers son compagnon. En public, ce soir, Ianto avait accepté une main laissée sur la sienne et les regards entendus. Jack était fier de sortir avec ce garçon ce soir et il voulait le montrer. Encore fallait-il qu'il l'accepte ! Et la voiture était encore loin. L'air de rien, Jack frôla la main de Ianto de la sienne. Et presque aussitôt, avec un naturel presque confondant, leurs doigts se mêlèrent. Jack sentit un frisson le parcourir et ne se rendit pas compte qu'il poussa un soupir de soulagement. Ianto laissa son grand sourire parler pour lui. Vraiment, le jeune homme se fichait de ce que les autres pensaient, des catégorisations faciles. A la limite, il était presque fier de pouvoir s'afficher amoureusement avec un tel homme. Qu'un homme solaire, séducteur, comme Jack veuille lui tenir la main en public ! D'ailleurs, il se doutait qu'un homme comme Jack ne s'embarrassait pas de prendre la main de quelqu'un en public si cela n'avait pas de réel sens pour lui. Et ça, ça n'avait pas de prix.
Une fois à la voiture, Jack fit face au jeune homme et lui caressa la joue, le regard lourd de désir, de sous-entendus.
– Le grand jeu, Ianto ?
Ce dernier sourit, amusé.
– C'est ce que tu as promis ce matin, Jack.
– Et je tiens toujours mes promesses, fit Jack, se rapprochant dangereusement de lui.
– T'as intérêt, chuchota Ianto, très sérieux en recevant avec bonheur les lèvres chaudes de Jack sur les siennes.
Avec un plaisir immense, il glissa ses mains le long du col de Jack, savourant enfin la texture douce de sa chemise, et se perdant dans un baiser avant-coureur d'un bonheur bien plus grand encore. Jack, d'abord très doux, se faisait plus entreprenant, plus hardi, resserrant les hanches de Ianto contre les siennes, glissant habilement une main dans son dos, sous la veste. Malgré ses sens embrasés, Jack se souvint qu'ils étaient sur un parking. Pragmatique, il cessa ses baisers voraces, le gardant cependant contre lui, encore haletants l'un et l'autre, pour lui signifier son désir très évident.
– Alors on rentre.
– Yep !
Ils eurent pourtant bien du mal à se séparer. Le silence qui s'installa dans l'habitacle sur le chemin de la base fut rempli de leur désir en devenir, de l'attente quasi-insoutenable qui les embrasait l'un et l'autre.
Ils entrèrent à la base en riant, Jack ayant lancé une plaisanterie pour alléger un peu l'atmosphère lourde de désir brut. Il savait que Ianto avait envie de lui, qu'il n'aurait aucune hésitation. Mais il tenait à lui offrir une première nuit inoubliable, et pour cela, il lui fallait refréner ses ardeurs, prendre son temps. Ianto méritait d'être aimé, choyé. Le reste viendrait forcément ensuite.
Ianto fut presque surpris de voir Jack partir lui préparer du thé.
– Installe-toi, fit Jack en lui montrant le canapé du Hub. Je reviens.
Ianto le laissa faire et se demanda si Jack avait vraiment envie de lui. Quand il le vit revenir avec deux mugs chauds, sans sa veste, et s'installer à ses côtés, il se posa la question : de deux choses l'une, soit Jack n'avait plus envie, soit il faisait durer le plaisir. Dans les deux cas, Ianto devait admettre cette temporisation. D'autant plus que le thé était trop chaud ! Il ne put s'empêcher de sourire.
– Qu'est-ce que qui te fait sourire, Ianto Jones ? Demanda Jack près de lui.
– Oh ! Rien...
– Te moquerais-tu de moi ?
Le sourire de son jeune employé s'élargit encore.
– Je ne me permettrais pas.
Décidément, Jack appréciait ces petites remarques, ces mots choisis par Ianto qui faisaient mouche à tous les coups. Ianto avait enlevé sa veste et restait emballé dans son gilet noir. Un magnifique paquet cadeau, songeait Jack qui but un peu de son thé pour se donner contenance. S'il s'écoutait, là, il lui sautait dessus et lui ferait perdre son air calme et impassible. Quel idiot ! Avoir voulu prendre son temps avec Ianto... Car ce dernier ne devait plus avoir envie de batifoler... Et puis, pourquoi l'avoir assis sur ce canapé ? Comment reprendre le fil de leur soirée ? A vouloir trop bien faire, Jack avait fait retomber son soufflet. Et c'était plutôt rare... Il se mit à rire doucement et posa sa tasse à côté du canapé.
Ianto l'interrogea du regard. Jack lui enleva le mug des mains en déclarant, amusé, et en posant sa main sur sa joue :
– Je suis un idiot, n'est-ce pas ?
Ianto lui offrit un petit sourire malicieux et un regard lumineux :
– Absolument !
Jack rit et l'embrassa avec une certaine ferveur, doublée d'une grande tendresse que Ianto apprécia tout particulièrement. Avec délice, il passa les mains dans le dos de Jack et apprécia, en même temps que le baiser fou de son patron, la fermeté des muscles sous la douceur infinie de la chemise. Ça le rendait presque fou.
Jack, recevant de très bons retours, se fit plus clair dans sa demande. Mais il comprit bien vite que Ianto était au diapason. Jack déballa vite son paquet cadeau qui se laissa enlever gilet et dégrafer la chemise. Sans cesser de l'embrasser, Jack enfouit ses mains ravies entre les pans de la chemise blanche et savoura la texture de la peau douce de Ianto, qui ne voulait pas être en reste et lui avait défait la boucle de sa ceinture et entreprenait de défaire les boutons de la chemise.
Jack débarrassa de la sienne Ianto qui en profita pour enlever ses chaussures. Jack fit de même et tira les hanches de Ianto à lui, l'obligeant à s'allonger sur le canapé, à sa merci. Il se redressa, et passa au-dessus de lui, contemplant le torse nu du jeune homme qui paraissait beaucoup apprécier la vue de son chef, chemise noire ouverte sur son torse nu, diablement sexy, le chevauchant avec un regard plus qu'appréciateur. Jack vint l'embrasser à nouveau et finit par lui murmurer à l'oreille :
– Ce n'est pas pour temporiser, je te le promets... mais j'aimerais autant que notre première fois ne se passe pas ici... cela ne te dérange pas ?
Ianto se mit à rire. A vrai dire, lui non plus ne voulait pas de sa première fois là où ensuite tous les collègues viendraient ou s'asseoir ou dormir.
Il repoussa doucement Jack, se leva sans rien dire. Jack crut un instant l'avoir blessé en le voyant remettre sa chemise. Mais il fut agréablement surpris lorsque Ianto lui tendit la main en souriant :
– Eh bien ? Qu'est-ce que tu attends ?
Son partenaire ne se le fit pas dire deux fois. Il embrassa Ianto au passage et le guida jusqu'à sa chambre tout en le caressant, l'embrassant ou chuchotant des mots doux à son oreille.
