Hello !
Merci, merci mille fois pour vos reviews au chapitre précédent. Elles m'ont tellement motivé que j'ai écrit ce second en moins de 24h. Je suis tellement heureuse que cette idée vous plaise. Elle me permet de faire des choses que je n'aurais jamais pensé faire. D'ailleurs, il y a une scène assez violente dans ce chapitre, attention. Cette histoire me permet aussi de renouer avec mes premiers amours Blaise, Drago, Scorpius… Ainsi que de me demander ce que serait mes personnages à moi dans ce monde sans Weasley ni Potter. Quelle vie pour Adastré ? Pour Eden ? Vous verrez.
Je vous embrasse,
En espérant ne pas vous décevoir,
A-L
Part 1 – Les histoires de couloirs.
J'écoute les histoires de couloirs. Un jour, je m'y ferais tuer. Un jour, quoiqu'il arrive, ils me tueront. Ils n'ont toujours pas trouver de raison. Toutes ces années j'ai été si sage. Parfois, j'ai cru devenir une image. De la parfaite fille de traitre repentie, le badge. La preuve que leur méthode marche. Je ne suis pas idiote. Je suis la fille d'Hermione Granger. Je fais semblant de l'oublier. Je prétends l'avoir renié. Mais je vois les regards de Bellatrix, son désir de voir mon sang couler. Hier, sans raison, elle m'a baffé. Au détour d'un couloir abandonné, devant Tom elle n'aurait jamais osé. J'ai la marque rouge de sa main sur ma joue et elle a les ténèbres ancrées sur le bras. Le diable nous emportera et plus rien ne nous importera. J'écoute les histoires de couloirs. Un jour, j'y laisserais une bombe comme seul aurevoir.
C'est dans un couloir, l'an dernier, que j'ai vu pour la première fois Frank et Adastré s'embrasser. Commun pour des cinquièmes année. Vous remarquerez que je veille salement à utiliser des noms communs et non propres. Londubat et Zabini. Association mal assorti. Je n'ai pas pensé une seule seconde qu'elle puisse l'aimer, Adastré ne voulait que provoquer. Au risque de se faire tuer. Ça a bien failli arriver. Au milieu de la grande salle les rangs se sont formés, je crois que c'était la première fois que j'étais prête à me lever. Je n'ai pas bougé quand ils ont inventé ce nouveau sort pour me fouetter avec leurs baguettes. Je n'ai pas bougé quand ils ont tondu les si jolis cheveux blonds d'Abbot, le dernier jour de son ultime huitième année. Je n'ai pas bougé quand ils ont crucifié la petite Finnigan, dans la grande salle, pour avoir osé tenter de s'enfuir. Je n'ai pas bougé quand ils ont poignardé Didi avec un des couteaux d'argent. C'est drôle. Ces garçons, on ne les a plus jamais revu. Didi a failli mourir mais ce sont eux qui ont disparu. Je n'ai pas bougé pendant cinq longues années. Pour Adastré, je me serais levée. Ils allaient la tuer. On ne sortait pas avec un sang pur empoisonné.
Je me disais que Scorpius ou même Tom allaient la protéger. C'est Iphigénie qui a parlé. La belle Iphigénie. Elle est celle qui ressemble le plus à Scorpius. Avec ses silences et ses longs regards. Je crois que je n'avais jamais vraiment entendu le son de sa voix. Elle s'est levé. Le monde s'est rassis. Ce n'était pas la fille de n'importe qui, c'était la grande sœur idole de celui à qui tout réussi, l'héritier de vous savez qui. Elle n'a rien dit. Elle les a juste regardé. C'est drôle, j'ai toujours cru qu'elle avait les mêmes yeux que Scorpius. Non, ses yeux étaient bien plus bleus, bien plus lumineux. Je me suis demandée, de cette fille, comment on n'en tombait pas amoureux. Tom l'a fusillé du regard. S'il voulait la vedette, il était en retard. Il a tiré sur sa robe pour la forcer à se rassoir, elle s'est mise à marcher en faisant mine de ne pas le voir. Il faudrait qu'elle me dise comment elle fait, Tom, je ne pourrais jamais l'ignorer.
Je ne sais pas pourquoi je l'ai suivi. Jusque dans sa chambre. Les Malfoy comme tous les membres de grandes familles ont des appartements privés. Privilège d'avoir tué tellement de sorciers qu'il y en ai plus assez pour Poudlard peupler. Même Didi a les siens. Ils ne lui ont pas encore enlevé. Je pense qu'ils ont peur qu'elle se fasse tuer s'ils la mettaient avec les autres sangs purs. Son père ne serait pas content. Moi, je dors dans le lit d'Adastrée. Je ne peux pas dormir seule.
Iphigénie n'avait pas l'air surprise que je la suive. J'ai entendu qu'ils veulent la marier au fils Lestrange. Le monde entier les suivra. La beauté est une arme formidable. Elle vous tue et vous parait toujours charitable.
«
- Merci, merci pour ce que tu as fait aujourd'hui.
- Je n'ai rien dit.
- Moi non plus, mais si ma sœur est encore en vie c'est grâce à toi Iphigénie.
- Tu allais parler. Je t'ai vu hésiter. Tu allais parler.
- Oui.
- Ne m'appelle pas Iphigénie.
J'ai l'impression qu'elle vient de me gifler. Sa voix est froide. Je ne sais pas ce que je croyais. Je parle à la petite princesse du monde des pires bassesses. Il faut que je retrouve ma place, mon rang. Tout vient en son temps.
- Pardon, mademoiselle Malfoy.
- Tu as peur de moi, Rose ?
- Non.
- Pourquoi ?
- Tu ne peux rien me faire de pire.
- Si tu avais parlé tu serais morte.
- Je sais.
- Tu serais morte pour Adastré ?
- Je serais morte pour Adastré.
- Tu es une sombre idiote. Moi, moi, moi, oui, je mourrais pour Adastré. Elle est mon sang. Tu n'as pas idée de ce que je ferais pour mon sang. Mon sang a la plus grande pureté qui soit. Les gens ne meurent pas à cause de mon sang mais pour mon sang. On ne devrait mourir que pour son sang. Et toi tu es prête à mourir pour un nom qui n'est pas ton rang ? Tu es une sombre idiote.
- Je n'ai pas le bon sang.
Elle prend mon visage dans ses fines mains blanches. Ses ongles sont peints de noirs. Une fois, Bellatrix a pris mon visage ainsi et a enfoncé ses longs ongles dans le creux de mes joues. J'en garde une cicatrice au-dessus de la lèvre supérieure. Iphigénie se contente de me regarder. Elle cherche quelque chose qu'elle seule peut trouver. Elle a un soupir puis un sourire.
- Non, mais tu as un beau visage. Fais attention.
- Est-ce une menace ?
- Je ne sais pas ce qu'on dit de moi dans les bas-fonds, mais je me fous de la beauté. Si tu deviens plus belle que moi, je ne vais pas te charcuter.
- Alors à qui dois-je faire attention ?
- Aux garçons.
- Tom ?
Elle a un petite rire. Un son vraiment joyeux. Presque content. Il n'y a rien de méchant.
- Pas à ce niveau-là, non. Mais oui, tu devrais faire attention à Tom.
- C'est ton petit frère.
- Et tu es ma cousine.
- Pardon ?
- Si Tom est mon petit frère, tu es ma cousine adoptive. Tu crois que je me suis levée que pour Adastré ? Stupide, tu allais te faire tuer.
- Mais tu as dit que j'étais idiote, que seul le sang importait ! Tu as dit…
Elle pose un de ses long doigt sur mes lèvres charnues.
- Shhh, il y a une différence entre ce que je dis et ce que je fais. On a tous un rôle à jouer. Tu croyais être la seule à jouer la comédie, joli petit masque ?
- Je suis comme je vis.
- Tu es intelligente, Rose. Merci Merlin. Tu n'as pas confiance en moi. Garde ça. Ne fais confiance en personne. À part toi. Tu es arrivée ici seule, si tu veux quitter ce lieu en vie, il faudra le faire seule.
- Tu vas épouser le fils Lestrange. Tu l'aimes ou tu as peur d'être seule.
- On n'a pas tous les mêmes combats et on ne peut pas toutes se battre seule. Je prends l'aide où elle vient, l'amour est un détour qui n'arrive jamais à point.
- Mais moi, je dois refuser l'aide de Tom ?
- On a tous nos rôles à jouer. Rentre te coucher, petite Rose. Demain, tu rentres chez les Zabini.
- D'accord, Iphi… heu…
- C'est juste que… Rose. Tu as déjà entendu quelqu'un de ma famille m'appeler sérieusement Iphigénie ?
- Non.
- Ce prénom est une blague. Mes amis m'appellent Nini. Ce n'est pas beaucoup mieux, mais ça me ressemble plus…
- Weasley, qu'est-ce que tu fous là ?
Ce type est un serpent. Je ne l'ai pas entendu rentrer dans ses appartements.
- Scorpius, elle s'en allait. Raccompagne la à son dortoir.
- De quoi vous parliez ?
Elle le fusille du regard.
- Il serait temps que toi et ton abruti de frère vous compreniez que je suis l'aînée maintenant qu'Andromède s'est barrée. Je mérite votre respect. Si je dis quelque chose vous obéissez. Ou peut-être que je suis déjà pour vous du bétail vendu aux Lestrange ? Hein Scorpius ! Réponds moi. Je n'ai jamais été que ça pour toi, pour vous. Un pion.
- Nini…
- Dégage, je ne veux pas te voir. Rose Weasley, bonne soirée. »
Elle a claqué la porte et j'ai fait semblant de ne pas voir les larmes dans les yeux de Scorpius. Ça doit être bien d'avoir une vie où on pleure juste parce que notre grande sœur nous a dit de dégager.
Le lendemain, bien sûr, Adastré avait rompu avec Frank. Ça ne l'intéressait pas d'être dans une relation qui ne faisait couler ni sang ni encre. J'aurais dû me rappeler. À la fin de la première année. Elle m'a dit qu'elle était amoureuse et n'en a plus jamais parlé. Je n'ai pas fait attention aux murmures de la révolte qui grondaient.
C'est dans un couloir que Tom a failli se faire tuer. C'était hier. Je n'arrête pas de me demander si je l'aurais sauvé. Lui, il n'aurait pas hésité. Il a sauté dans le lac pour sauver une petite fille au sang pur empoisonné. Il s'est mis entre les baguettes et moi plus de fois que je ne saurais le compter. Et moi, je crois, oui, je l'aurais laissé crevé. Tom, je ne l'aurais pas sauvé.
Tout avait pourtant l'air de la normalité. La chanson de la banalité. Didi et Tom se disputaient dans un couloir abandonné et moi cachée, haut perchée, je les écoutais. Entre eux, rien n'avait changé. À Poudlard rien jamais ne changeait, on se battait pour des histoires de sangs préférés et dehors on versait celui des moldus sans rechigner.
«
- Quelqu'un aurait pu te voir, Didi.
- Qu'est-ce que ça peut bien te faire ?
- Tu te serais faite tuer.
- Encore une fois, qu'est-ce que ça peut bien te faire ?
- On a un match la semaine prochaine ! J'aurais fait comment sans attrapeuse ?
Elle ne peut contenir un vrai rire. Tom lui lance un de ses sourires et replace une de ses mèches brunes derrière son oreille. Il y a plus jolie que Didi. Oui, il y a plus jolie. Je ne connais juste personne qui habite l'espace comme elle. Elle n'est pas assez grande et les journées de punition sans repas l'ont rendu bien trop maigre. Mais quand elle vous regarde avec ses yeux bleus aux éclats noisettes, quand sa bouche épaisse se tord en un rire ou un sourire… Merlin, Didi, tu les aurais tous anéanti. Même lui. Surtout lui.
- J'ai presque envie de m'ouvrir les veines pour te voir perdre quelque chose.
- Tu admets donc que je gagne toujours ?
- C'est facile de gagner la partie quand on ne fait que tricher. Quand on a une paire de Jedusort et de Malfoy cachée dans la manche…
- Je suis un orphelin, j'ai un nom bien moins prestigieux que le tien. Toi aussi tu pourrais avoir toutes les paires cachées dans ta manche.
- Pour quoi en faire ?
La question est posée sans insolence. Avec tout ce qu'a de désarmant l'innocence. Tom recule d'un pas, absence de sens.
- Pour survivre ?
Elle regarde par terre. Elle ne veut pas croiser son regard. Il ne la quitte pas des yeux.
- Ils vont tous mourir. J'ai pu les sauver aujourd'hui, mais ils vont tous mourir. Ces sans baguettes. La plupart sont des enfants, des nés moldus qui ne comprennent pas pourquoi ils sont attirés par les barrières magiques de Poudlard. Tu t'imagines ce que ça doit être d'avoir en soi quelque chose qu'on ne contrôle pas ? Qu'on ne comprend pas ? Les barrières les tuent. Elles absorbent leurs magies et les laissent morts. Ceux qui ont encore assez de force pour survivre, on les torture pour savoir à qui ils ont volé leurs pouvoirs. Voler des pouvoirs ! Ça n'a aucun sens. Survivre ça n'a aucun sens.
- Tu es une hypocrite. Tu dors ici. Tu vis ici. Tu manges ici. L'été tu rentres dans ta sublime villa avec vue sur la mer. Et tu agis en martyre. Vas y. Qu'est-ce que tu fais ? Tu sors une fois par mois pour sauver deux trois pèlerins égarés ? Et ça te donne bonne conscience ? Tu te crois meilleur que moi. Tu sais combien de moldus ton père a tué le mois dernier ? Un demi-millier. De qui on se souviendra, lui ou toi ? Dis-moi Didi, ça te fait quoi de t'endormir chaque soir en sachant que tu dois ta vie au fils prodigue du Lord noir ? Ça te fait quoi ?
- Je ne te dois rien.
- Alors vas-y, je t'en prie. Tue moi. Imagine toutes les vies que tu sauveras. Toi et moi on sait ce que je ferais quand je sortirais d'ici. Pense à ces moldus que j'ai fait exploser à sept ans à peine. Imagine ce que je ferais à la fin de ma huitième année. Regarde, je lâche ma baguette. Tu sais comment faire. Abracadabra, Avada Kedavra.
Elle plante sa baguette dans sa trachée et un instant démesuré je crois qu'elle va le tuer. Elle me rappelle ma mère face à Zabini. Il ne bouge pas. Il plante juste son regard dans le sien. Aucun des deux ne tremble. Deux mots et Didi enlève au seigneur des ténèbres une de ses plus grandes armes. Deux mots et elle sauve l'avenir. Quand enfin elle ouvre sa bouche, mon cœur me monte aux lèvres. Je ne me devrais pas et ça me tue sans que je sache pourquoi. Elle referme sa bouche sans qu'un son n'en sorte et murmure comme épuisée :
- Je ne sauverais pas ton âme au prix de la mienne. Sauve-toi toi-même, Tom. Moi j'ai le monde à sauver, toi tu n'es rien. Un héritier sans nom. Un jour, tu me tuera. C'est ce que tu as à faire. Je m'en fous. Je préfère ça que de te devoir la vie. Sauve-toi toi-même, Tom. »
Elle s'en va le dos bien droit, le monde poids de plume sur ses épaules. Tom sourit dans le vide et masse son cou avant de me rejoindre sur mon perchoir, il me prend pas l'épaule et me susurre taquin :
«
- Tante Daphné ne t'a jamais appris à écouter les conversations des autres ?
- Tom. Tu parles de Daphné. Elle m'a donné des cours pour écouter au mieux les conversations des autres.
- Très juste. Tu rentres pour les vacances de noël ?
- Oui, je n'ai pas très envie de rester ici… Enfin, ne le prend pas mal mais…
- Je comprends, c'est important la famille.
- Tu rentres chez les Malfoy ?
- Non, je ne rentre pas à la maison, je pars en exploration avec le lord et le père de Didi, oncle Blaise sera surement là. On essaiera de rentrer pour le repas de Noël.
- Il est comment le père de Didi ?
- Comme elle.
Avec du sang sur les mains. Elles sont blanches ses mains à Didi. Blanches. Pas rouges de cinq cent innocents. Blanches. Le blanc, tu ne sais même plus à quoi ça ressemble, mon petit Tom. Mon cher Tom.
- Voyons Tom, il n'y a personne comme Didi.
- C'est vrai, tu as raison.
- C'est pour ça que tu la protèges ?
Il tourne sa tête vers moi et je ne peux m'empêcher de me mordre les lèvres. Parfois, j'oublie à qui je parle. J'ai l'impression d'échanger avec un ami. Je commerce avec le fils de l'ennemi. Il me sourit et ramène ma tête sur son épaule. Et je suis assez tarée pour me sentir en sécurité.
- Tu as quel âge, Rosie ?
- Dix-sept ans depuis le mois dernier.
- C'est vrai. J'avais oublié. Je ne peux même plus te dire que tu es trop petite pour comprendre ?
- Je n'ai jamais été trop petite pour comprendre.
- Moi si. Scorpius, toi, Iphigénie, vous n'avez pas eu le temps de l'enfance, moi si. Andromède aussi, ma jolie Andy… Je sais que je suis privilégié. J'ai eu une vie avant d'hériter, tu sais. Didi… Didi, elle a quelque chose de l'enfance. Elle se prend pour une révolutionnaire, mais elle serait un affreux soldat. Elle n'obéit à rien. Elle ne suit rien. Elle est tout le temps en mouvement. Elle se fait mal, pleure et retourne en courant dans la cour de récré. Je sais que c'est dur à croire quand on me voit grand beau et fort comme je suis, mais j'ai été petit. Et quand je vois Didi, je suis tout petit.
- Tu es amoureux d'elle. C'est toi qui a fait disparaitre les élèves qui l'avaient poignardé. Tu es amoureux d'elle.
- Non, l'amour ce n'est pas pour les méchants.
- Tu n'es pas méchant, Tom.
Il retire son bras de mon épaule et saute à terre. Je domine la scène et face à lui je me sens en miette. Le petit prince du monde enchainé.
- Tu sais Rosie chérie, tu ne peux pas choisir d'oublier qui je suis quand ça t'arrange. Je suis l'héritier des ténèbres. J'ai fait des choses qui te donneraient des cauchemars pour cent ans. Je suis le grand méchant loup en habits de prince charmant. Au moindre faux pas, c'est moi qui mènera la meute sur toi. Même si ça t'effraie, tout ce qu'on dit de moi est vrai. Je ne les ai pas fait disparaitre ces garçons. Je les ai torturé jusqu'à ce qu'ils oublient leurs noms. Didi n'est pas un jouet dont je partage la possession. Je ne suis pas amoureux de Didi, mais je désire Didi. Que Didi. Désolé pour ton petit plan de me séduire et m'anéantir. Il faudra trouver mieux. Et puis de toute façon, toi et moi, on sait que tu ne mettais pas tout ton cœur à l'ouvrage. Rosie chérie, ne fais pas de faux pas, ne fais pas ta Didi. Si tu as l'occasion de me tuer, vise le cœur. Ne fais pas d'erreur. Je détesterais avoir à te tuer. J'ai passé trop de temps à te protéger. C'est toi ma préférée, mais je n'hésiterais pas à te laisser crever. Ne te fais pas bêtement tuer. »
Et puis il est parti sur les traces de Didi. Je crois qu'il la chasserait jusqu'au bout du monde. Le chasseur tue toujours sa proie.
Et pourtant, je ne l'en crois pas capable. Il ne l'effleurerait pas du bouts des doigts. Mais sans hésiter, il me déchiquèterait moi.
C'est dans un couloir qu'ils m'ont eu.
Iphigénie m'avait dit de faire attention. Les garçons. Elle m'avait dit de faire attention. Je m'étais moquée de ses bonnes intentions. Qu'est ce qu'elle savait elle, Lady Malfoy, de la vie d'une fille de sang pur empoisonné et de ses actions ? Si je n'avais pas été aussi sotte, j'aurais pu prévoir leurs réactions. Les garçons. J'avais senti leurs regards changer. S'attarder. Il y avait quelque chose d'autre que du dégout, un autre mot en D. Adastré s'en effrayait. Je disais qu'elle voulait juste être la seule à être regardée. Et qui me verrait à ses côtés ? Adastré était bien plus jolie que n'importe quelle Iphigénie. Mais Adastré ne se donnait jamais. Elle était amoureuse d'une ombre aux messages codés. J'aurais dû me méfier. Iphigénie m'avait dit de ne faire confiance à personne.
Je descendais de la tour désaffectée de Serdaigle quand ils m'ont coincé. Des huitièmes années. Les jumeaux Smith. Ils sentaient comme Lucius Malfoy les soirs de colère, le whisky pur feu et les emmerdes. Ils ne m'avaient presque jamais parlé jusqu'à présent. Ils n'avaient pas prévu de le faire ce soir, pas vraiment :
«
- Weasley ! Quelle joie de te voir.
- Tu es tout à fait ravissante ce soir.
- Ben quoi Weasley ? Tu ne réponds pas à un compliment ? Ta pute de sang de bourbe de mère ne t'as pas appris à faire ça ? Eh, j'ai vu les portraits, on n'a pas dû lui en faire beaucoup…
- Toi par contre… Où tu es partie la chercher toute cette beauté ?
- Merde, si c'est ça le sang Weasley, on a peut-être fait une bêtise de tous vous massacrer. Tu n'as pas idée de l'ennuie que c'est de n'avoir que des Parkinson à baiser...
- Mais où est-ce que tu crois aller, Weasley !
Le plus grand m'attrape par le bras pendant que l'autre m'enfonce son genoux dans le nombril. Si je réplique, d'un sort, d'un mot, Bellatrix aura enfin sa raison de me tuer. Même Tom ne pourra rien y changer. Je ne peux pas mourir. Papa, je ne l'ai pas encore vengé. Je n'ai qu'à rester allongée. Je n'ai qu'à rester allongée. Je n'ai qu'à rester allongée. Je n'ai qu'à rester allongée. Je n'ai qu'à rester allongée. Je n'ai qu'à rester allongée. Je n'ai qu'à rester allongée. Je n'ai qu'à rester allongée. Je n'ai qu'à rester allongée. Je n'ai qu'à rester allongée. Je n'ai qu'à rester allongée. Je n'ai qu'à rester allongée. Je n'ai qu'à rester allongée. Je n'ai qu'à rester allongée. Je n'ai qu'à rester allongée. Je n'ai qu'à rester allongée. Surtout, ne pas pleurer.
L'un des deux, je ne sais lequel, je n'ouvre pas les yeux, prend ma bouche de force et pose ses mains sur mes poignets puis me susurre :
- C'est ton premier baiser, pétasse de sang mêlé ?
Perdu. C'est quelque chose que tu ne me prendras pas. Mon premier baiser c'était sous un pommier en été. Il était acide et sucré. Et quand mes lèvres ont prises les siennes, j'ai oublié de respirer. J'ai oublié d'exister. J'ai oublié que je m'appelais Rose Weasley. C'est ça le danger. Ça tu ne peux pas le souiller. Tu peux m'enlever la seule chose qui me restait. La dernière once de respect que j'avais. Mais ce premier baiser tu ne peux pas le souiller. Je l'ai repoussé. L'acide et le sucré. Je ne pouvais pas oublier qui j'étais. J'ai une vengeance à mener. Allongez moi, mais quand je me relèverais, tremblez.
Je sens qu'on grave des inscriptions dans ma peau. Le sang qui coule me vide la tête. Ces porcs ont décidé de me marquer avant de passer à l'action. Mes bras se trempent peu à peu de rouge. Je repense à la rose rouge qui s'était dessinée sur la chemise bleue de mon père. Elles étaient vertes les pommes du pommier. Il y a trop de rouge dans nos vies. Trop de rouille dans mon sang. S'ils continuent à ce rythme, je serais morte avant qu'ils n'aient commencé ce pourquoi ils sont venus.
Ils appuient en même temps sur mes poignets ouverts et je ne peux retenir mon cri. Je sens les larmes monter. Ils ont gagnés. J'ai crié. Et c'est à ce moment qu'ils ont tout perdu. Ils ne l'ont pas entendu.
En été, on n'entend pas les pommes tomber.
Je vois à demi-éveillée les sorts voler. Ils ne font pas le poids. Il n'a pas la force magique de Tom, mais il n'a jamais aimé partager ses proies. Il faut que je me relève avant qu'il ne les achève. Si je le laisse continuer il va les tuer et c'est moi qu'on fera exécuter. Je trouve à peine la force de pousser un gémissement.
En un instant il est sur moi, il laisse les deux pantins désarticulés dans leurs mares de sang et me porte jusqu'à sa chambre. Il ne peut pas m'emmener à l'infirmerie. Infermière Patil est un ange, mais elle est obligée de reporter chacune des entrées. Si elle ne le fait pas elle se fera tuer et si elle se fait tuer nous serons tous mort. Maman a un dicton : faillir et se faire flinguer.
Il pourrait me faire léviter, on irait plus vite. Je crois que ça le réconforte de sentir mon cœur battre contre le sien, toutes les quinze secondes il peste dans mon oreille : tiens bon, ne me lâche pas maintenant, Weasley. Je me demande s'il les a tué. Ma main laisse des traces rouges dans le blond presque blanc de ses cheveux. Cet abruti a l'air d'un ange. Didi a toujours dit que Tom la tuerait, j'ai toujours su que Scorpius partirait avec mon image sous les paupières. Ses cheveux ont poussés depuis le pommier. Je me demande si ses lèvres ont perdu de leur acidité. Il avait dit qu'il voudrait toujours m'embrasser. Est-ce que je te fais envie maintenant, Malfoy ? Avec mon corps troué ? Tu les veux mes lèvres. Prends les. Je ne veux plus respirer. Ne me touche pas, ta race me fait dégueuler.
J'ai dû m'évanouir. Mes plaies se sont refermées. Il les a soigné. J'ai dans la bouche un acre gout de chocolat noir. Il a pensé à tout. Il est allongé à côté de moi. Éveillé, encore tout habillé. La chemise tachée d'un mélange de mon sang et du leur. Chimère affreuse. Il a le regard perdu dans la vide. La rumeur dit qu'il sort avec Adelia Nott. C'est une jolie fille. C'est un trop joli garçon. Ils feront plein de jolis petits nazis. Tu peux me sauver la vie, Scorpius Malfoy, tu restes l'ennemi.
«
- Ils sont morts ?
Il sursaute. Ma voix est cassée. Ne crois pas pour autant qu'ils m'ont brisée.
- Tu es réveillée ? Où est-ce que tu as mal ? Est-ce que tu peux bouger tes jambes ?
- Je t'ai demandé s'ils étaient morts, Malfoy.
- Je t'ai demandé si tu pouvais bouger tes jambes, Weasley.
- Si je pouvais bouger mes jambes, je serais déjà partie.
- Non, malheureusement, ils ne sont pas morts. Le professeur Vektor les a trouvé. Ils ne parleront pas. Leur parole n'a pas de valeur contre la mienne.
- Et tu es fier ?
- De quoi ? D'avoir réussi à ce que tu ne te fasses pas violer sur un carrelage glacé ? Ouais, assez, ouais.
- Je suppose que tu voudrais que je te remercie ?
- Non, tu t'en fous de ta vie. Il n'y a qu'à ta vengeance que tu n'aies jamais accordé de prix.
- Tu n'as aucun droit de me dire ce qui a de la valeur, mon cœur.
J'ai trempé les deux derniers mots dans le venin. Il ne sourcille même pas. Quelque chose, peut-être, passe dans ses yeux. Il est trop en colère pour que ça prenne. Ce gosse est toujours en colère. Il le cache juste très bien. À ce jeu là, moi, ces derniers temps j'ai perdu la main. Je me gâche juste sans fin.
- Je crois que ta vie a encore moins d'importance pour toi que pour eux.
- Je suis quoi au juste pour toi, Malfoy ? Ton œuvre de charité ? Ta mission divine ?
- Tu es mon enfer, Weasley.
- Alors arrête de t'occuper de moi. Laisse-moi crever sur les carrelages froids. Je m'en sortirais seule.
- Tu ne devrais pas avoir à le faire.
- Tu crois que ça se passe comment ? Tu crois qu'elle a pris le risque de mourir pour quoi la petite Finnigan ? Elle ne fuyait pas un ou deux Doloris. Elle fuyait les monstres de l'été dans sa chambre. Elle fuyait les lumières éteintes. Ce qui a manqué de m'arriver ce soir, c'est le quotidien de ma race. C'est ma vie, Malfoy.
Il a pali. Il n'y a que lui pour prendre la mesure de tout ce que je dis. Et puis, les autres, ce n'est pas comme si je leur parlais. Rien ne sert d'exciter Didi, elle se fera encore plus rapidement tuer. Adastré me regarderait de ses grands yeux verts et j'aurais juste envie de me taire plutôt que de lui faire du bien son contraire. Tom me tuerait. C'est ça le danger avec Scorpius. Il ne me tuera pas. Alors un jour, lui aussi, je devrais le tuer.
- Oncle Blaise… Il ne ferait jamais ça… Je ne peux pas…
- Oh rassure-toi, ton cher Blaise n'a que du dégout pour moi. C'est à peine s'il me regarde. Je suis pour lui, tout, juste une attardée. Un boulet rouillé à porter. Merlin soit loué. Mais quand je sortirais de chez lui, quand j'irais dans un de ces camps ? Qu'est-ce que tu crois Malfoy ?
- Tu es une Weasley, la résistance te sauvera.
- La résistance n'existe pas. Elle ne me sauvera pas. Personne ne me sauvera. Il n'y a que moi.
Il soupire et attrape mes mains pour inspecter les marques sur mes poignets.
- Tu as les mains gelées.
- Mains froides cœur chaud.
- Nini dit toujours ça.
- Tom retarde toujours son mariage ?
- Oui. Elle, elle s'en fout. Elle agit comme une offrande tragique. Elle dit que reculer pour mieux sauter ne sers à rien. Qu'on finira bien par la clouer au rocher. Je crois qu'elle attend juste d'être sauvée. Mais les héros grecques ont désertés et puis leur sang n'était pas assez. Et tu ne devrais pas savoir qu'on l'appelle Nini. C'est débile et dangereux pour quelqu'un de son rang… Si les Lestrange apprennent qu'elle t'a parlé… Merlin, c'est Andromède qui agit aussi stupidement normalement.
- Qu'est-ce que tu veux, il y a quelque chose en moi qui rend fou les Malfoy.
- Jeune insolente.
Il fait semblant d'envoyer une pichnette dans les fossettes que dessine mon maigre sourire.
- Eh doucement, j'ai failli mourir ce soir.
Il passe son bras sous ma taille, tout doucement, et je place ma tête un peu mieux sur son torse. Il n'ose pas m'embrasser. Tout à l'heure, quand il m'a prise dans ses bras, j'ai tremblé. Quand ses mains d'homme m'ont touché, j'ai eu peur. C'est insensé. Je suis la fille d'Hermione Granger. Je n'ai pas peur.
- Le soucis avec toi, c'est que tu manques de te faire tuer tous les soirs.
- D'accord. J'ai failli mourir un peu plus que d'habitude.
Il joue avec mes doigts et ne me regarde pas. Ses longs cils caressent mon front.
- Je n'ai jamais eu aussi peur de ma vie. Rose, j'ai cru que tu étais morte. Tu aurais dû me laisser les tuer.
- Tu sais, moi, j'ai déjà eu plus peur dans ma vie. Une fois mon petit frère a couru dans la foret et il s'est retrouvé nez à nez avec deux mangemorts, papa les a tué. Oh, une fois, alors qu'on se cachait en France, maman n'est pas rentrée pendant deux jours et deux nuits, je n'ai jamais autant pleuré. Une fois, une fois, une fois, papa est passé par la fenêtre et il ne s'est pas relevé. Il y a aussi la fois où j'ai embrassé un garçon sous un pommier et j'étais morte de trouille à l'idée de me faire repousser, terrifiée qu'il puisse répondre au baiser. Ça, ce soir, c'était rien. Demain, j'aurais oublié.
- J'aurais quand même dû les tuer. Leur père était dans l'AD. Ils n'ont pas le statut de traitre à leur sang parce que leur père a collaboré ! Il a livré sa propre cousine !
- Et ta famille, elle a fait quoi Malfoy ?
- Elle a élevé l'héritier.
- Exactement. Dis Scorpius, est-ce que tu crois que ça dérangerait Adelia si je reste dormir là ?
- Tiens, prends cette potion de sommeil.
Je bois la fiole d'une traite. Les effets sont instantanées. Je sens mes paupières se refermer mais juste avant j'entends Malfoy me chuchoter :
- Tu devrais faire attention à ce que tu dis quand tu es fatiguée. Je ne suis pas censé savoir que tu as un petit frère. La partie va vraiment commencer, ne relâche pas ton attention, Rose rouge. Je ne peux qu'essayer de toujours te sauver. Il ne faut pas que tu cesses de te protéger. Oh et ah oui, je ne sors pas avec Adelia. Il faut arrêter d'écouter les bruits de couloirs. »
Le beau salaud.
Je ne sais pas comment, le lendemain je me réveille dans mon lit, la main d'Adastré dans la mienne. Malfoy a dû me bouger dans mon sommeil. Ça le fait moyen d'avoir une traitre à son sang dans son lit.
C'est les éclats d'une voix grave que je ne connais que trop qui m'ont réveillé. Blaise Zabini hurle à ma droite. Une veine menace d'éclater sur sa tempe. Envolé le bel homme désabusé, bonjour le général de guerre en colère. C'est étrange, je n'ai jamais eu peur de Blaise. Je ne l'avais jamais vu s'énerver. Sa voix ne cesse de tambouriner dans ma tête. Je parviens à peine à comprendre ce qu'il dit. Bellatrix semble sur le point de lui arracher les yeux et Adastré regarde la scène avec un grand sourire sans lâcher ma main.
«
- Zabini, notre Lord a rendu Poudlard obligatoire pour tous les élèves de sang assez pur. Tu ne peux pas venir chercher ta petite Weasley une semaine avant la fin du semestre pour n'importe quel prétexte !
- N'importe quel prétexte ?! Ils ont manqué de la violer et de la laisser morte sur le sol. C'est une sang pur. Une sang pur. Le lord protège son sang.
- C'est une fille de traitre et de sang de bourbe ! Sa vie ne vaut rien.
La veine sur la tempe de Blaise manque d'éclater. Il n'y a que lui qui décide du prix de ma vie.
- Elle porte mon nom. À mes yeux, elle vaut bien plus que tu ne vaudras jamais.
- Je suis la favorite du Lord noir, tu me dois le respect.
- Non Bellatrix, tu es une directrice d'école sans pouvoir dans son propre domaine. Je suis le second du seigneur des ténèbres. Maintenant, laisse-moi récupérer cette morveuse avant que je ne t'éclate la tronche.
Il me prend dans ses bras et j'ai l'impression de voler. Pas un instant il ne me regarde. Dans son dos, Bellatrix susurre :
- Es-tu sûr qu'elle n'était pas consentante ? Après tout, entre ta mère et ta femme, elle aurait de qui tenir…
Il ne se retourne pas. Une fois sortie du château, il me murmure plus pour lui que pour moi :
- Quand ta tante donnera l'assaut, je la tuerais en premier.
- Pas si j'arrive la première.
Il tire mon oreille :
- Eh toi, qu'est-ce que je t'avais dit à propos de rester en vie ?
- Je suis en vie !
- Merlin, quand je pense que je me suis mis Bellatrix à dos parce que tu as voulu faire ta Granger et lire après le couvre-feu. Ne te fais pas d'idée, ta tante Daphné m'a forcé à venir te chercher. Quand je pense que tu dois ta vie à un Malfoy, je ne sais pas qui de Ginny ou Drago va le plus me torturer avec ça. Pire choix comme petit copain c'était Tom !
- Tu sais, oncle Blaise, tu ne devrais pas écouter les bruits de couloir.
- Morgane me protège, ma Rosie, tu causeras ma mort. »
Oncle Blaise.
Part 2 – Oncle Blaise
Daphné a changé. Bien sûr, elle est toujours belle à crever. Le sang Greengrass est bien trop tenace. Il n'y a qu'à voir Nini et Ada. Merlin, si vous voyez Andromède Malfoy… Mais la résistance l'a creusé. Ses pommettes sont tellement affutées qu'elle pourrait tuer n'importe quelle bête. Elle ne porte plus que du blanc. En deuil, perpétuellement. Jamais elle ne ment. C'est étrange comme elle me manque. Parfois, j'ai l'impression que c'est moi qui l'ai abimé.
Elle me sert contre son corps froid. Je sens ses larmes couler sur mes joues. Blaise s'est éclipsé. Les trucs de filles ça le fait bailler. S'il m'avait laisser, elle ne lui aurait jamais pardonné.
«
- Je vais bien, ma tante. Je vais bien. Ils n'ont pas… Je vais bien.
- Non, tu ne vas pas bien. Tu ne vas pas bien. Je n'ai jamais réussi à ce que tu ailles bien. Tu n'y retourneras pas, moi vivante, tu n'y retourneras pas.
- Il faudrait me tuer, tante Daphné.
- Il doit y avoir un moyen ! Tout ce pouvoir et tu ne vas pas bien. Un jour, tu ne rentreras pas Rose. Je ne peux pas laisser faire ça. Je ne peux pas.
- Tu sais, papa ne t'en voudra pas. Tu as fait ce que tu pouvais. Tu m'as sauvé avant même que je ne commence à exister. Tu l'as payé ta dette, tante Daphné.
Ce n'est qu'à la fin de ma troisième année que maman m'a enfin raconté pourquoi elle m'avait aussi facilement laissé. C'est Daphné qui les avait sauvé. C'était elle qui avait poussé papa et maman de la falaise. Qui les avait fait disparaitre. Elle les avait immobilisé. Ils ont tous cru les voir crever. Elle a retiré ses diamants, arraché les perles à son cou, le saphir à son doigt et leur a donné. Il n'y avait plus de Weasley. Ils devaient s'en aller. Fuir. Je ne sais pas quel sang elle a versé Daphné, je ne sais pas ce qu'elle a à repayer. Peut-être que l'horreur elle ne pouvait juste plus la supporter. C'était sa seule chance de se rebeller de les sauver. Elle n'en a jamais parlé. Même à Blaise. Elle n'a jamais dit qu'ils étaient en vie. Même à Ginny.
- Je ne suis pas ta mère, Rose. Je n'ai jamais prétendu l'être. Alors ne me confonds pas avec elle, je n'ai pas sa force. Si tu tombes, je ne me relèverais pas.
Silence. Elle reprend :
- Prépare tes affaires. On va passer le prochain mois chez les Malfoy. Tu iras chez ta mère de là-bas. Blaise part en mission et je ne veux pas rester seule dans cette immense maison.
Elle a balancé le manteau des émotions comme un vieux lambeau de tissu. Un mouchoir usagé. En un battement de ses cils allongés, elle redevient la lady que rien ne peut bafouer. L'imprenable Daphné. Parait, que dans un autre monde on l'appelait Helene.
- En mission pour la résistance ou pour le lord ?
- Parfois, je me demande s'il y a encore une différence. Pour les deux. Maintenant oust, oust, monte. »
Dans le jardin, au loin, je vois une ombre rouge. J'ai à peine le temps de cligner les yeux que je ne vois plus que la silhouette fatiguée de Blaise.
Je referme l'attache de mon soutien-gorge et ne trouve pas mes chaussures :
«
- C'est la dernière fois, Malfoy.
- Tu as dit ça la dernière fois.
- Je dirais ça la prochaine fois. »
Il embrasse le creux de mes reins. Dans le noir, je cherche sa main.
Tom et Scorpius étaient partis en expédition quand l'orage a grondé. Quand la tornade est arrivée. Les trompettes de la tempête.
C'est Andromède qui lui a ouverte. Bien sûr, c'est Andromède. La tornade ça la fait rire. L'ombre blanche. Les tempêtes ça la fait danser. Scorpius dit qu'elle les fera tous tuer. Adastré la regarde comme si elle était la plus belle des poupées. Je n'ai presque pas vu ma sœur de tous l'été. Je ne sais pas où elle va batifoler. Je suis trop occupée à me venger. Ici, ma correspondance n'est pas surveillée. De mon cheval de Troie, c'est l'entrée. Papa, tu serais fier si tu me voyais. Sauf tard dans la soirée. Si tu me voyais dans ses bras enlacés, tu me renierais. Mais c'est toi qui es parti le premier. C'est toi qui m'a laissé.
La tornade n'a pas d'agenda. Elle est là pour un carnage. Éternellement faisant voler les carnavals. Elle pose son regard bleu aux éclats marrons dans le mien. Elle me sourit. Didi, ma Didi, qu'est-ce que tu fous là. Sauve toi. Ici, il a tous les droits. Tu as pleuré, Didi. Tu as l'air d'une noyée. J'ai le cœur noué. Cette idiote va se faire tuer. Elle me sourit. Elle me voit pas vraiment, elle est là pour lui.
Tom apparaît, trempé. Il la tire par le bras vers un cabinet fermé.
Andromède me fait signe de descendre et me tend une vielle paire d'oreille à rallonge. Elle me chuchote, avec son sourire qui réchaufferait les morts : on ne peut pas la laisser sans protection, lui non plus d'ailleurs. Je t'emmène chez ta mère demain. Elle t'expliquera de toute façon. Et puis, c'est un truc de famille d'écouter aux portes non ? C'est oncle Blaise qui m'a tout appris.
«
- Approche toi de la cheminée, tu vas attraper froid.
- Je suis ici pour te proposer un marché, héritier.
- Très bien. Cool. C'est génial. Maintenant jette un sort de séchage sur tes vêtements et viens te réchauffer. Tu vas attraper une pneumonie. À moins que je te fasse peur, Didi ?
- Dans tes rêves.
- C'est peut-être l'endroit où tu me fais le plus peur.
- Tu as passé une bonne journée, Tom ? Agréable ?
- Excellente. J'étais avec une sublime fille dans le sud de l'Espagne. Jolie comme un lys. Un amour. Bien plus belle que toi.
- Ce n'est pas dur. Sers moi un verre.
- De quoi ?
- De ce que tu as de plus fort.
- C'est tout ce que tu veux, Didi, ce que j'ai de plus fort.
- Ta mère ne t'a pas appris ? Les lady n'aiment pas les pacotilles. J'en ai toujours le titre.
On entend le son de deux verres qui s'entrechoquent.
- Où on en était ?
- Tu inventais de jolies espagnoles pour me rendre jalouse…
- Ah oui ! Ça marchait ?
- Non. Je ne suis pas là pour ça.
- Et toi, ta journée ?
- Je suis contente que tu demandes. Tu sais ce qui se passait chez moi ce matin ?
- Oui, je l'ai appris ce midi… J'aurais su…
- Tu aurais fait quoi ? Tu les aurais sauver ? Tu aurais fait quoi ?
- Je t'aurais emmené avec moi.
- Oh, joli petit roi. Il n'y a que ma vie qui compte n'est-ce pas ? Elles sont jolies tes lys, mais il n'y a que moi…
Elle a un rire méchant. Il ne répond pas. J'entends ses ongles claquer contre le verre.
- Tu me fais rire Didi.
- Je suis là pour un marché.
- Je t'écoute.
- La petite première année qu'ils ont ramené chez moi… Je ne veux pas qu'il lui arrive ce qui est arrivé à Hélice Finnigan.. Je ne peux pas l'accepter. Je veux la faire échapper.
- Jusqu'ici, c'est ton problème, pas le mien.
- Je ne veux pas que la faire échapper, je veux tous les faire échapper. Tous les petits que ton cher mentor a trouvé. J'ai trouvé un endroit. Un refuge. Je sais que tu es le seul à avoir leur noms et emplacements. Tu vas me les donner.
- L'éclair est passé trop près de ta jolie petite tête, Didi. Bien trop près. Admettons qu'il me foudroie aussi et que je te donne les noms, comment tu peux avoir confiance en ce refuge ?
- C'est Ginny Weasley qui me l'a indiqué.
Un verre éclate à terre. Je ravale mes larmes. Ginny a du temps pour tout le monde sauf pour moi.
- C'est une légende, tu vas te faire tuer pour une légende. Une vielle folle a mis une perruque rousse et tu l'as cru. Ginny Weasley est morte. C'est juste un fantôme du soir. Une histoire.
- Tu devrais te méfier des légendes, Tom.
- Ginny Weasley aurait choisi la fille du mangemort le plus meurtrier ? Et elle t'aurait envoyé me chercher ? Réfléchis, Didi ! Tu vas te faire tuer. C'est un piège. Tu vas tous les faire tuer avec toi. Pour un feu de forêt, une vielle fille totalement tarée.
- Elle ne sait pas que je suis là.
- De mieux en mieux, tu l'as déjà trahi. C'est ça ta résistance ? Des folles qui prennent des noms d'idoles et des gamines menteuses totalement folles ? Merlin, mon règne sera long.
- Tu ne monteras jamais sur le trône, Tom. Il ne va jamais mourir. Tu l'amuses et quand tu auras fini de l'amuser, quand il verra en toi un danger, il te fera tuer.
- Tu dis la même chose de moi.
- Vous êtes pareils.
- Et pourtant, tu crois que je vais te donner le noms des petits…
- Pas pour rien.
- Tu as raison, Didi, tu m'amuses. Qu'est ce que tu as à me proposer.
- Moi.
- Quoi ?
- Moi.
Sa voix ne tremble pas. Je ne sais pas comment elle fait ça. À côté de moi, Andromède a mis sa main devant sa bouche pour retenir un cri.
- Tu plaisantes ?
- C'est tout ce que tu as toujours voulu non ? Alors ? Qu'est-ce qu'il y a ? Tuer des enfants pourquoi pas, mais prendre des jeunes filles de leur plein gré jamais ?
- Tu me dégoutes.
- Tu m'as toujours dégouté, Tom.
Il murmure une incantation et j'entends un bout de papier froissé.
- C'est ta putain de liste. Bouge. Je ne veux plus te voir. Trouve ton refuge et disparais. Je ne veux plus te voir.
Silence. Je n'entends pas la porte s'ouvrir, ils n'ont pas dû bouger. J'enfonce l'oreille en plastique contre la mienne. Sans ça je n'aurais pas entendu le murmure de Didi :
- J'ai menti Tom. J'essaierai toujours de sauver ton âme. Quitte à vendre la mienne. Quitte à te donner la mienne. Un jour, je te sauverais. »
Elle part en claquant la porte. L'ouragan.
Tom apparaît dans la chambre où nous sommes cachées. Il me regarde à peine et pointe sa baguette sur Andromède. Scorpius se glisse derrière lui :
«
- Dis à Ginny Weasley que je veux la voir.
- Non, Tom. Non.
- Elle est allée trop loin cette fois. C'est entre elle et moi. Tu crois que je ne sais pas ce qu'elle fait ?
- Tu vas te faire tuer. Par la résistance ou ton Lord. Ils tueront à vue.
- Qu'est-ce que ça peut bien te foutre tant que ton idole est en vie ? Toi et moi on ne joue pas pour les mêmes camps. Ne l'oublie pas.
- Je ne l'oublie pas. Crois-moi, je n'oublie jamais qui tu es. Toi si par contre. Tu l'as donné cette liste au mépris du danger.
- Ne fais pas cette bêtise, Andy, je suis celui qui devra hériter. Tu crois que je n'entends pas les rumeurs ? La lumière rouge et son ombre blanche ? Tu sais comment ils t'appellent ?
- La vélane.
- La vélane ! La diablesse et la vélane. Tu es totalement idiote. Ils vont te repérer. Tu penses que Drago peut combien de temps encore te cacher ? Tu nous feras tous tuer.
- Ah oui, mais ça c'est ton rôle, pardon !
- Un jour, ils me demanderont de te tuer.
- Tu es mon petit. Je te laisserais tirer le premier.
- Rejoins Ginny Weasley et quitte cette maison. Je te l'ordonne. Prends même Rose avec toi si elle le veut. Que je ne me fasse pas tuer pour une inconsciente de plus…
Andromède cligne des yeux et me regarde. Elle avait oublié ma présence.
- Rose, est-ce que tu…
- Non.
J'ai répondu sans réfléchir. Partir c'est trahir. Je dois me venger même si ça veut dire crever. Ginny Weasley ne veut pas de moi sinon elle serait venu me chercher. Je dois rester.
Tom ne me regarde pas, il garde sa baguette tendue sur Andromède. Elle s'avance vers lui, plie son bras et embrasse son front.
- Scorpius, mon chéri, fais attention à lui. Surtout, fais attention à toi. Je t'écrirais. Tom. Quoique tu deviennes. Je veille sur toi. Quoique tu deviennes. »
Elle transplane et Tom quitte la pièce aussi vite qu'il est arrivé. Scorpius s'écroule sur le canapé à côté de moi. Toute grâce Malfoy oubliée. Il passe sa main dans mes cheveux. Je dépose un léger baiser sur l'ombre de barbe qui recouvre sa mâchoire. Je lui ai demandé de se raser, il m'a envoyé balader. Il n'a jamais voulu que me piquer.
«
- Alors cette fois, c'est fait, elle est vraiment partie ?
- Andy est partie il y a des années. Peu après que papa ait tué les Londubat. Elle s'est quitté il y a des années.
- D'elle tu ne dis pas qu'elle va se faire tuer.
- Elle va tous nous enterrer. Ginny Weasley ne sait pas quelle arme elle a gagné.
- Tu pourrais faire ce qu'elle fait ?
- Quoi, tout quitter ?
- Non. Te révolter.
- Pour quoi faire ? Regarde, je passais une excellente journée avec mes deux meilleurs amis et la révolte de Didi a tout gâché.
- Excuse la de vouloir sauver des centaines d'innocents.
- Les sauver, pourquoi ? Pour les parquer ? Qu'est-ce que ça va leur apporter ? Au moins à Poudlard ils apprennent à maitriser leur magie.
- Est-ce que tu t'entends ? Apprendre à maitriser leur magie ? C'est ça que les jumeaux Smith ont voulu m'apprendre ?
Il serre les poings à leur mention. Serre les poings, serre, tu as déjà le cœur atrophié.
- Il n'y a pas de bonne solution.
- Il devrait nous tuer. Tous. Dès onze ans. Tous nous exterminer. C'est pas une vie cette prison forcée.
- Il n'y a pas de bonne solution.
- Il n'y en a qu'une. Être Serpentard et prier pour que notre peau de serpent ne craquelle pas trop vite avant de tomber.
- Tu sais, je crois que les maisons de Poudlard sont responsables de ce qu'on vit aujourd'hui. Séparer. Encourager les vices et les faire passer pour des vertus. Tiens ! Laissons les téméraires entre eux, les abrutis s'entraineront tous ensemble dans leur chute sans réfléchir ! Tiens ! Laissons les dévoreur de livres entre eux, leur sagesse ne pourrait absolument pas aider les autres et puis faisons leur croire qu'ils sont mieux que tous. Tiens ! Des petits cons ambitieux sans foi ni loi, autant tous les laisser ensemble qu'ils aient bien le loisir de comploter la fin du monde sans qu'on leur apporte ni sagesse, ni bonté, ni sens du devoir. Il n'y avait que les Poufsouffles pour tous nous sauver, si seulement on leur avait appris à exacerber leur courage… Les fondateurs ne sont qu'une bande de tueurs.
- Fais attention, Scorpius, on pourrait croire que tu en as assez de vivre avec tes semblables.
- Tu penses vraiment que je leur ressemble ?
- Non. J'attends juste de savoir ce que tu vas choisir. Tu ne peux pas jouer à l'acrobate indéfiniment. Tu vas tomber. Il va bien falloir choisir ton camp. Si les armées se lèvent… Quel camp ? Je te demande ça et je sais très bien, tu ne trahiras jamais Tom.
- Tom, merde, je l'avais presque oublier. Il va devoir tuer pour rattraper les noms qu'il a donné à Didi. C'est ça que vous ne comprenez pas tous autant que vous êtes. À chaque fois qu'il fait une bonne action et vous protège, il doit faire dix fois pire pour garder son crédit. Vous allez le faire tuer.
- Il a choisi son camp.
- Je choisirais le camp d'où je pourrais le mieux te protéger.
- Je vais te faire tuer.
- Il n'y a que leur lord pour avoir peur de la mort.
- La fin du monde arrive.
- Non, Weasley, la fin de leur monde. Des résistants ou des sangs purs, j'en sais rien. C'est la fin de leur monde. Le monde existera toujours.
Je prends sa main et le guide vers sa chambre. En déboutonnant sa chemise, entre deux baisers, je lui dis :
- Tu sais, tu fais des erreurs aussi. Tu n'es pas censé savoir que j'ai un frère. Je ne suis pas censé savoir où tu as passé ta journée d'aujourd'hui ou que tu as des amis. Fais attention Malfoy, ne quitte pas des yeux la partie.»
Il m'a menti. Il avait déjà choisi. Stupide idiot abruti. Amour de ma vie. J'aurais dû te dire que tu ne pouvais pas la gagner cette partie. Et tu m'as souri. Merlin, je crois que j'ai perdu l'esprit.
Je me suis levée tôt le lendemain. J'ai embrassé le front brulant de Scorpius et je suis descendue. Andromède partie, il n'y a personne plus pour m'emmener passer ma semaine d'été avec ma mère et Hugo. Hugo ! Il a tellement grandi. L'été dernier, déjà, il faisait cinq centimètres de plus que moi. Dans une des lettres codées que me fait passer Daphné toute l'année, il m'a dit qu'il avait encore pris de la hauteur. C'est le portrait craché de maman. Il a le sourire de papa. Il ne s'en souvient pas. J'ai peur qu'il oublie le mien. J'ai le cœur qui vrille à chaque fois qu'il me rejoint. Il faut qu'oncle Blaise trouve un moyen. Je ne peux pas rester sans Hugo, j'ai besoin de sa chaleur pour continuer mon chemin.
Tom est seul dans la cuisine. Il a les cheveux en pétards et des cernes immenses. Il m'envoie un de ses sourires qui illuminent le monde. Un de ses sourires qui font oublier ses ténèbres. Je ne devrais plus me faire avoir. Je devrais mieux savoir. Et pourtant… mes lèvres remontent doucement. Je ne pourrais jamais le haïr vraiment :
«
- Tu es debout bien tôt, Rosie.
- Toi aussi.
- J'ai mal dormi. Je suis désolé pour hier, tu sais… Tu as vu Didi… Je… Elle me met toujours hors de moi.
- Tu étais vraiment sérieux, tu vas la chasser de Poudlard ?
Il gronde sans se défaire de son sourire :
- Rosie. Je t'ai dit quoi sur le fait d'écouter aux portes ?
- Si tu ne vas pas me répondre, autant que je prennes la poudre de cheminette et que je rentre voir ce que Blaise veut faire de moi cette semaine. Maintenant qu'Andromède est partie…
Les gens de ma race n'ont pas le droit de transplaner. Chacun de leurs mouvements doit être surveillé. Tom enfonce sa tête dans ses bras et lâche un long soupir :
- Ah oui, tu dois m'en vouloir pour ça aussi. Merlin, merci que je sois incapable de ressentir de la culpabilité. J'étais obligé de la chasser. Andy, je parle, Didi reviendra. Didi ne m'écoutera pas. Tu aurais pu la suivre, tu sais.
- Je ne crois pas que Ginny Weasley soit en vie.
- Ne sois pas idiote, Rosie. Ginny Weasley est en vie. Tu ne la vois pas sa révolte ? Ses tentatives stupides de révolution ? Ne me prends pas pour un con. Ginny Weasley n'est peut-être pas en vie en tant que personne, mais son idée est en vie. Celle de la gamine qui a fait tomber une dizaine de mangemorts avant de se laisser crever quand elle a su que son amant était mort. Ginny est en vie. Qui est-ce qu'elle soit.
- Et alors ? Elle ne veut pas de moi. Je dois plus aux Zabini ou même à toi l'héritier de l'ennemi qu'à Ginny Weasley. Elle ne m'a pas sauvé. Elle ne m'a pas aidé. Si c'est ça être une Weasley, non merci.
- Ne te fous pas en colère, on pourrait savoir ce que tu penses vraiment. Crois-moi, je suis celui que Ginny Weasley met le plus en rogne ici.
- Pourquoi ?
- Cette idiote joue avec mes nerfs… M'envoyer Didi hier… Lupin m'a filé entre les doigts de peu... Et Diggory la semaine dernière, après son histoire avec... Lui, je vais le tuer, elle est personnelle cette affaire. Elle joue avec mes nerfs en m'envoyant ses émissaires. Elle voudrait que je lui obéisse… Je veux dire par là… Que je la rejoigne. C'est vrai ce qu'a dit Didi hier. Je suis l'héritier sans terre. Il a le secret de l'immortalité. Je mourrais avant lui. Ne te fais pas d'idée, je suis heureux de la vie que je mène. Je n'en changerais pour rien au monde. Ça peut te sembler fou, mais je sais que ce que je fais est juste. Tu n'as pas vu les moldus… Tu ne sais pas. Oncle Blaise les a vu. C'est lui qui a le plus à perdre si jamais Ginny est en vie. C'est lui qui l'a tué.
- Est-ce que c'est une menace ?
- Non. Si je voulais stopper Blaise je l'aurais fait il y a des années. Juste une mise en garde. Sache juste que s'il y a une guerre, Blaise Zabini tombera avant même Lupin ou Diggory. Il est de ma famille. Je le protège. Mais quand le Lord saura... Si je voulais, je pourrais stopper ce que tu t'apprêtes à faire. Je sais tout. Blaise est le second de mon père. Je le fais surveiller de près.
- Je ne t'avais jamais entendu dire que le lord était ton père.
- Si tu savais… C'est la vérité non ? Je suis son héritier. Tu es l'héritière Weasley. Je suis l'héritier du Lord noir. Il est mon père, Rose.
- Non, je ne sais pas et je n'ai pas à savoir non ?
- Bien. Reprend ton rôle, Rosie.
- Est-ce que ça serait fou de penser que je sois fidèle au Lord ?
- Oui. Tu es fidèle à l'homme que tu viens de laisser dans son lit et à ta famille. J'ai beau essayé, je n'en ferais jamais partie.
Je regarde le bout de mes chaussures. Je ne sais pas d'où je tire courage, la folie de lui dire :
- Tu sais, Didi… Elle t'aime.
Quelque chose s'allume dans ses yeux, change dans son sourire. Il me rappelle le tout petit garçon qui m'avait tiré du lac. Celui dont j'ignorais tout. Mon sauveur. Mon cher Tom. Qu'est-ce que tu as fait à ton innocence insolente ?
- Alors, elle doit être bien malheureuse.
- Ne le sommes-nous toutes pas ?
- Tu sais, Rosie, je t'aime aussi.
- Pas comme ça.
- Non, pas comme ça. Mais quand le monde s'écroulera. Quand Ginny Weasley se lèvera. Quand je ferais ce que j'ai été élevé pour faire. Ce que j'ai à faire, comme dit Didi. Souviens-toi. Quoique je fasse, ou que tu sois, je t'aime. Embrasse ta mère et ton petit frère pour moi. J'ai mon propre agenda, ils ne me dérangent pas pour l'instant. Qui sait, quand je serais tyran, peut-être même que je les garderais vivant.»
Je prends la poudre sur le comptoir et lui tourne le dos.
Blaise et Drago sont en pleine conversation dans le bureau, je n'ose pas rentrer.
«
- Qu'est-ce que tu veux dire par chasser ?!
- Tu me fatigues, Blaise. On ne t'a jamais montré Bambi en Études des Moldus ? Il a pris un fusil et il a accroché sa tête dans le salon. Je plaisante bouffon. Merlin, ne t'étouffe pas avec ton whiskey. Il lui a juste demandé de partir. Elle vit avec la belette femelle maintenant.
- Et ça ne t'aurait pas plus déranger ?
- Si quand même, Andromède a une jolie tête mais elle ferait tache dans le salon… Dans l'armurerie je ne dis pas… Tu ne l'as jamais vu le ventre vide à six heure du matin, une vraie gorgone.
- Ah oui, donc là, un apprenti lord noir fait la loi chez toi mais pas de soucis : il ne touche pas à la déco.
- Exactement.
- Ce gosse est hors de contrôle. Tu sais ce que risque Andromède dehors ?
- Mes enfants sont solides, Blaise. On ne peut pas en dire autant des tiennes.
- Adastré arracherait la tête de Nini avant même qu'elle lève le petit doigt. Quoique… L'aplomb avec lequel ta fille résiste aux Lestrange..
- Tu en es où avec ça ?
La voix de Drago est soudain tremblante, presque fragile. Docile.
- Ton rejeton maléfique a réussi à encore retarder l'union. Je ne sais pas encore combien de temps on va tenir. Le petit Lestrange ne tient plus en place…
- Je lui enverrai mille loups garous et deux mille vélanes enragées. Il apprendra à tenir en place.
- Fais attention, tu commences à parler comme un vrai révolutionnaire.
- Je suis un homme de famille et d'affaire. Je ne leur vendrais pas ma petite.
- Je pensais que tes enfants étaient robustes…
- Demande à ta belette ce que Bellatrix fait aux robustes. Si elle sait pour ma toute petite et Diggory... Oui, ma mioche est forte. J'aimerais autant qu'elle n'est pas à l'être comme ta Weasley.
- Oh. C'est ma morveuse que tu traitais de faiblarde ?
- Qui d'autre ? Adastré est une tueuse née. Et si son histoire d'amour continue, elle nous fera tous crever.
- Laisse-moi gérer, tu veux.
- Tu la gères ta Weasley ?
- De loin.
- Pourquoi ? Ce n'est pas ton genre de ne pas t'impliquer. Sinon, mon ainée ne serait pas une enragée révoltée.
- C'était dans son sang, je n'ai fait que l'exalter. Rose c'est pas pareil. Daphné peut être sa tante, dans un monde rêvé elle aurait eu cent tantes Weasley. Adastré peut être sa sœur, les filles ont de ces amitiés. Moi, je n'ai pas ma place. Quand on s'attache à ce qu'on doit protéger, on ne fait que s'aveugler. Regarde toi avec Tom. Il pourrait tuer Astoria et tu ne ferais que le remercier.
- Jolie histoire, pleine de trous et de fausses notes, mais jolie. Maintenant, la vérité ?
- Et si elle crève, Drago ? Et si elle crève ? Ils ont manqué de la tuer, il y a deux mois. Ils vont me la tuer. Je le sais. Je ne peux pas me risquer à l'oublier. Quand Bellatrix a tué ma mère au début de la guerre, je n'ai pu que me taire. J'avais Daphné à protéger. Mais cette morveuse, cette affreuse gamine, si je l'aime et qu'elle crève ? Qu'est-ce que je fais après.
- Tu sais ce que tu m'as dit quand j'en ai eu fini avec les Londubat ? On a tous un rôle à jouer. Le mien c'est de ne pas laisser ta stupide résistance te faire charcuter, le tien c'est de protéger Rose Weasley. Je crèverais pour Tom. Si cette gamine meurt, inutile de prétendre que pour toi il y aura un après. »
Tom a raison. Il faut que j'arrête d'écouter les bruits de couloirs.
Les 31 octobre.
Je devrais m'en méfier. Je porte malheur. Je porte la mort.
J'ai couru tout droit vers les appartements de Didi. Je voulais m'assurer qu'elle était en vie.
Quand j'ai soulevé le drap, je les ai trouvé enlacés, endormis. Ce sont les bras vierges de Tom qui ont tout de suite attiré mon regard. Dépourvus de marque. Beau prince endormi. Dépourvu de ténèbres. Elle, je me demande à quoi elle rêve. Ses courtes mèches brunes sont éclatées sur son torse. Il la tient tout contre lui. Ils n'ont jamais été aussi beaux. En paix. Ensemble. Et je viens tout briser. Je dois parler. Pas tout de suite. Quelques secondes… Un instant. S'il vous plait. Je vais les séparer à jamais. Je suis désolée. Tellement désolée. Si Harry avait gagné, peut-être vous auriez pu vous aimer. Didi se réveille la première, elle embrasse son torse nu et m'envoie un sourire fatigué mais heureux.
«
- Qu'est-ce que tu veux ma Rosie Chérie ?
- Didi…
- Tu as pleuré ? Rosie ?
- Didi…
Tom se réveille enfin :
- Qu'est-ce qui se passe Rosie ?
- Frank… Frank Londubat… Ils l'ont tué… Ils viennent pour nous.
Tom a réagi le premier, il s'est levé d'un bond et a enfilé son pantalon. Didi, en pleure, l'a suivi. Il avance en la portant à moitié dans ses bras. J'essaye de tenir son autre moitié. Frank était comme un petit frère pour elle. Adastré n'a pas pleuré. Elle a juste jeté un sort qui m'a permise de m'en aller et a suivi Scorpius dans sa course effrénée. Je crois avoir vu l'ombre d'Eden Diggory et les cheveux roses de Teddy Lupin. S'ils ne les protègent pas, ce soir, je n'aurais plus personne.
- Didi, Didi, ça va aller. Est-ce que tu peux te battre ?
- Pourquoi, Tom ? Pour quoi ? Pour qui ?
- Pour toi, pour Rosie. Ils vont arriver.
- Tu les laisseras m'emporter.
Comment elle peut dire ça ? Il la regarde comme s'il tuerait la mort elle-même si elle voulait l'arracher à lui. Comment elle peut dire ça, Didi.
- Didi, tu dois te battre.
- Je t'aime tu sais, je ne te l'ai pas dit hier. J'ai oublié. Je viens de me rappeler. Je t'aime tu sais. Depuis la première fois où Teddy Lupin m'a fait un croche-patte dans le train et que tu t'es arrêté pour voir si je saignais. J'étais perdue d'avance. Pas de chance. J'ai essayé d'oublier pendant si longtemps que je t'aimais."
Il ne lui répond pas. Il a le visage trempé de larmes. Il a belle allure ton héritage, Voldemort. Il ne la tuera pas. Tu m'entends. Il ne la tuera pas. C'est ce que je croyais. Il m'avait pourtant dit : Même si ça t'effraie, tout ce qu'on dit de moi est vrai.
Ils sont arrivés à quinze devant nous. Tom m'a stupéfixié et caché derrière une statue. Sans même utiliser sa baguette. Il n'a pas essayé avec Didi. Ils l'ont tout de suite vu. Ils venaient pour elle. Un mot de Tom. Un mot. Et ils s'en iront. Il ne dit rien.
Ils la prennent par les épaules et la trainent à terre. Tom ne dit rien. Tom ne fait rien. Scorpius passe à côté de moi sans me voir et pose sa main sur l'épaule de Tom. Ils ne font rien. Les mangemorts rouent de coups Didi et ils ne font rien.
À un instant, elle semble reprendre conscience et lève la tête pour faire face à Tom. Il tend sa main. Elle crache par terre et crie :
"Fais ce que tu as à faire."
Tom brandit sa baguette. Ils la prennent avec eux. Elle a toujours dit qu'il causerait sa mort. C'est ce qu'il avait à faire. Ce qu'il devait faire.
Elle s'appelait Dahlia Dolohov. Je le dis. Ils lui ont tout pris. Pas Didi. Dahlia Dolohov. Dans une autre vie, un homme bon l'aurait aimé, elle va crever sans amour dans celui-ci. Je me demande qui l'aurait aimé. Je me demande qui l'aurait sauvé. Elle n'a jamais été que le jouet favoris d'un monstre aigri. Dahlia Dolohov, qu'ils ne disent pas qu'elle était des leurs comme ils l'ont de Merlin.
«
- Scorpius. Rose Weasley est derrière la statue. Tu sais quoi en faire. Elle doit subir le même sort.
- Qu'est-ce que tu racontes…
- Ne discute pas mes ordres. Je vais rejoindre mon père. Quand je reviendrais, Rose Weasley sera morte. Est-ce clair ?
- Tu ne peux pas me…
- Si je peux. Et je le fais. Je suis ton supérieur, Malfoy. Mes ordres sont exécutés. »
C'est drôle. Scorpius, j'ai toujours cru que je serais celle qui causerait ta mort. C'est moi qui vais partir avec ton image sous les paupières. C'est drôle.
Il me murmure un froid désolé, avant de m'assommer.
Il y a pire chose à voir avant de crever.
