Salut tout le monde! Me revoila! Non j'avais pas totalement disparue! Désolée d'avoir été si longue! J'espère qu'il reste quelqu'un par ici...

Merci beaucoup pour vos reviews au dernier chapitre! Beaucoup de « guest » encore une fois, signer vos reviews que je puisse vous répondre!

Merci à Soraya pour ta review! La suite arrive, j'espère que tu aimeras!

Merci à Vanessa pour ta review! Ca me fait plaisir de pouvoir t'embarquer avec moi dans cette histoire! J'espère qu'il en sera de même pour ce chapitre!

Merci Nana10! Elles sont intéressantes tes suggestions... quelque chose d grave qui arriverait a Edward pour la pousser à rentrer aux Etats-Unis? Pourquoi pas... en tout cas c'est vrai elle va avoir du mal à y retourner comme ça! J'espère que la suite te plaira!

Merci à Vanina63 pour ta review! J'espère que la suite te plaira tout autant!

Merci à Morgane, je suis contente que cette histoire te plaise! J'espère ne pas te décevoir avec la suite! Merci de me lire!

Merci à Annso61 pour tes impressions et pour etre là tout simplement!

J'espère que la suite vous plaira!

Merci beaucoup à LyraParleOr pour ses corrections, pour sa faculté à si bien repérer les incohérances et pour me motiver quand ça fait longtemps que je n'ai rien écris!

Merci à Space Bound Rocket pour son avis, ses précieux conseils et pour tout le reste aussi!

Pour ce chapitre un petit conseil musique: Calling You (on la présente plus celle là mais je l'ai beaucoup écoutée en écrivant) et Slow Day...

Pov E

Mesquite Nevada

Deux mois avaient passés depuis mon retour de Singapour, deux mois c'est un temps très long loin de la personne que l'on aime. Deux mois c'est très interminable du fond de la solitude...

La vie avait repris son cours doucement, comme chaque fois que je quittais l'Asie et la douce quiétude qu'elle me procurait. Chaque jour qui passait apportait son lot de grisaille et de désillusion, chaque jour posait sur moi un peu plus de sa pesanteur, mes épaules se courbaient sous le poids de la lassitude. Chaque jour j'étais plus amer que le précédent, étouffé par cette vie qui filait sous mes yeux sans que je ne puisse m'y fondre. Noyé par cette réalité qui ne me correspondait plus.

Un projet hôtelier pharaonique m'avait entrainé loin de Seattle. Mesquite... aux limites du Nevada, cité hôtelière qui baignait ses pieds dans le fleuve Colorado, entre montagnes et désert, ville de jeux et d'argent, aux luxueux casinos comme il y en avait des centaines sur la route de Las Vegas. Un monde futile, un paradis artificiel pour les désillusionnés qui ne croyaient plus en la vie. Ma place ici aujourd'hui avait quelque chose d'un peu ironique, comme un clin d'œil sarcastique lancé par le ciel rieur.

Les investisseurs avaient bien sûr réservé pour moi une suite dans un des plus luxueux hôtels de la ville, mais je n'avais aucune envie de m'y prélasser ce soir... Le soleil allait bientôt se coucher sur le désert jaune du Nevada.

Plein de nostalgie je m'assis au volant de la puissante voiture de location qui m'était fournie pour mon séjour ici. C'était fou de voir combien les gens étaient capables de dépenser pour acheter mes faveurs...

Autrefois j'aurais pris plaisir à jouir de ces cadeaux inappropriés qui égaillaient mon quotidien, mais aujourd'hui alors que mon empire atteignait des sommets, je n'avais plus envie de rien... Le futile ne me faisait plus vibrer.

Le ronronnement du moteur apaisa quelques secondes ma monotonie et je m'élançais sur la route déserte, sans but autre que de fuir et de m'évader pour quelques heures...

Le bandeau d'asphalte gris déchirait le jaune ambré du désert.

Rouler, vite, sans but ni destination, avoir simplement la sensation que les kilomètres avalés m'éloignaient un peu plus de ma vie, et de ma lassitude. Même si cette impression n'était que menteuse et éphémère, je voulais la ressentir, pour oublier le vide, pour oublier la douleur aussi. Depuis deux mois j'avais la sensation que mon esprit s'éteignait. A bien y réfléchir cela faisait bien plus de deux mois que ces sensations m'étreignaient, mais mon dernier voyage en Asie avait laissé sur moi une marque au fer rouge, indélébile, un souvenir à la fois doux et douloureux. Bella me manquait tellement... ce jour-là à l'aéroport alors que je me retournais une dernière fois pour la regarder j'avais compris que ma vie ne serait plus jamais la même. Jamais je ne retrouverais la quiétude de mes jeunes années.

Bella viendra-t-elle en Amérique me retrouver? Je n'avais que peu d'espoir que ce vœu se réalise un jour. J'avais voulu me montrer désinvolte et ne pas la presser, mais je crevais littéralement de son refus silencieux. Je voulais pouvoir l'étreindre chaque soir, je voulais pouvoir la contempler dans mon univers!

La voix rauque et apaisante de Duffy emplissait l'habitacle, Lovestruck coulait des enceintes. Le désert était épais maintenant... il n'y avait rien d'autre qu'une immensité de sable jaunâtre et de cailloux gris à des kilomètres à la ronde. Le soleil se couchait sur les montagnes qui égratignaient le ciel dans le lointain.

Où étais-je? Je n'en avais pas la moindre idée... le désert se faisait plus étouffant à chaque kilomètre, les panneaux rares et la route déserte. Mais je ne m'inquiétais pas outre mesure, toutes les routes de cet État semblaient n'avoir qu'un but... Las Vegas, l'eldorado du Nevada... Bien que jamais je n'atteindrais la ville avant la nuit et même avant quelques jours, de toutes façon ce n'était pas mon but, je savais que je n'étais pas totalement perdu dans l'immensité rousse et sablonneuse.

La musique m'emportait dans un tourbillon de souvenirs. Il y avait des soirs comme celui-ci où la solitude se faisait plus pesante, ou le vide créait un gouffre en moi... Je ne ressentais rien d'autre que le néant, et la douleur... J'avalais les kilomètres pour tenter d'apprivoiser ce vide au milieu de ce paysage aride et désolé, la nature montrait ici toute sa grandeur, et sa terrifiante puissance, les roches massives se pliaient à son bon vouloir, les vents violents soulevaient des nuées de poussière et personne au milieu de cet opaque désert n'avait su ni la domestiquer ni l'apprivoiser, elle régnait en maitre ici. La sécheresse mangeait tout sur son passage et il ne restait plus que le vide...

Oui il y avait des soirs comme celui-ci où la solitude se faisait dévorante. Peut-être est-ce parce que j'étais loin de chez moi? Mais surtout parce que j'étais loin d'elle et finalement c'était bien elle mon seul foyer. Je me sentais abandonné, perdu dans l'immensité de cette vie qui ne m'apportait plus ni piquant, ni motivation... le vide encore et toujours, il semblait être la seule destination.

Les larmes brouillaient ma vue. Depuis combien de temps n'avais-je pas pleuré? Les larmes avaient quelque chose de honteux, cette faiblesse devait être réservée aux enfants, on devait les retenir et les brimer, surtout ne jamais les laisser couler. Et pourtant ce soir leurs flots ne pouvaient être contenus. La lassitude était trop grande pour ne pas la laisser s'écouler lentement le long de mes joues.

Ne pouvant conduire plus longtemps les yeux embués de larmes je me garais sur le bas-côté de cette route déserte.

Le vent brulant du soir charriait avec lui un tumulte de poussière rougeâtre qui s'enroulait autour de mon corps. Je sentais sa caresse brûlante et râpeuse effleurer ma peau.

Assis sur le sol aride et craquelé par la sécheresse je regardais l'immensité rousse se couvrir des couleurs du soir. Il ne faisait pas nuit encore, le soleil se couchait paresseusement derrière la cime des montagnes qui étendaient sur le sable leurs ombres noires et gigantesques.

Dans le lointain, la file interminable des wagons d'un train déchirait la monotonie du paysage.

Le vide et l'absence me déchiraient le cœur et je haletais sous la brulure intense de leur passage. Deux mois c'est un temps très long loin de la personne que l'on aime... Mais le pire était de savoir que ces deux mois deviendraient peut-être une éternité. Bella ne reviendrait pas en Amérique, et je ne pouvais la rejoindre en Asie, je n'avais ni la force, ni le courage de tout abandonner derrière moi. Ma lâcheté me condamnait à souffrir les maux de son absence mais elle me retenait prisonnier, je ne pouvais faire le pas que Bella avait su faire il y a tant d'années. J'étais faible là où elle avait su être si forte.

Je regardais l'immensité devant moi où seuls quelques cactus semblaient encore s'accrocher à la vie et je songeais à Bella... Elle me rappelait ces végétaux tenaces, rien ne semblait pouvoir l'ébranler, elle s'enracinait avec la même détermination, elle cueillait les moindres parcelles d'espoir qui subsistaient ici ou là. Cette femme avait une force et une volonté farouche que rien ne pourrait dompter... pas même moi...

Au centre de la route la ligne jaune n'était plus qu'une emprunte écaillée et pâlie par les vents brûlants et sablonneux comme ceux qui se prenaient dans mes cheveux. La présence humaine n'était pas la bienvenue ici.

Cela pouvait faire quelques minutes que j'étais assis ici comme quelques heures lorsque le silence opaque du désert fût troublé par le bruit d'un énorme camion qui s'arrêta près de ma voiture.

"-Un problème m'sieur?" Le chauffeur sauta d'un pas agile de son poids lourd. Il semblait n'avoir guère plus de mon âge. Son teint brun, ses traits durs et son regard noir perçant trahissaient quelques origines indiennes.

"-Non non ça va."

"-Vous êtes en panne?"

"-Non plus non..."

"-Y a un motel pas loin d'ici sinon, si vous avez besoin de téléphoner ou..."

"-Non merci ça ira, je vais pas tarder à repartir."

"-Bien, bonne soirée alors, mais si j'peux m'permettre un conseil, à v'ote place je trainerai pas trop par là à la nuit tombée."

Il remonta dans la cabine aussi vite qu'il en était descendu et fila sur la route déserte, le ronronnement du moteur était le seul son que l'on pouvait entendre.

Je ne tardais pas moi non plus à reprendre la route. M'être laissé aller ne m'avait pas vraiment apporté de soulagement bien que c'était très certainement la plus grosse crise de larmes de toute ma vie adulte.

La solitude, cette perfide insidieuse avait pris racine et ne semblait pas vouloir lâcher prise.

Le chauffeur n'avait pas menti, quelques kilomètres plus loin, caché derrière un virage se dressait un petit motel. C'était un ensemble de baraquements en bois passé qui semblait par sa simple présence narguer le désert hostile. Sur un vieux panneau défraichi perché plus haut qu'il ne devrait l'être on pouvait lire Motel mais la peinture qui autrefois devait être rouge s'écaillait et le T manquait.

Je quittais l'asphalte pour me garer devant le baraquement à l'allure peu invitante. En s'arrêtant la voiture souleva un nuage de poussière rousse. Un vieux pick-up était garé devant l'entrée.

Je poussais la porte et le tintement sinistre d'une clochette annonça mon arrivée. Il flottait dans le motel insalubre un mélange tenace d'alcool, de café et de tabac. Ce n'était pas en soi une odeur désagréable, elle avait même un je ne sais quoi de rassurant, de réconfortant.

Je m'assis au bar. La peinture était écaillée là aussi, le vernis noir s'effritait sous les doigts, les sièges étaient dépareillés. Dans le fond de la petite salle sombre deux hommes gras et bedonnants, avachis dans des fauteuils en cuir d'un autre âge jouaient aux cartes.

Je commandai un whisky, par chance ils en servaient, mais dans le Nevada qui ne faisait pas ce qu'il lui plaisait?

L'homme, mais est-ce vraiment un homme? derrière le comptoir posa devant moi un verre à la propreté plus que douteuse et me servit une mesure généreuse du liquide citrin, presque ambré.

Je détaillais un peu plus cet homme qui finalement n'en était peut-être pas un... il avait les bras minces comme ceux d'une femme, il était vieux et sa peau tombait en formant des plis comme celles d'un bouledogue. Son visage était assombri par une casquette d'un noir sale profondément enfoncée sur son crâne d'où dépassaient quelques cheveux gras. Sa pomme d'Adam me faisait plus pencher en faveur d'un homme... mais ça pouvait aussi bien être un pli sur sa gorge distendue...

Son vieux tee-shirt camouflait ses formes. Ça devait être un homme… Ou une femme…

Du bout des doigts je fis tourner paresseusement le liquide dans mon verre et j'allumai une cigarette.

Sur une étagère derrière le bar s'entassait une multitude de trophées poussiéreux. Plus bas une collection de verres un peu sales trônaient à côté d'une vielle machine à café, les enceintes grinçantes diffusaient un vieux morceau de country. L'ambiance glauque de ce motel s'accordait à la perfection à mon humeur maussade.

Je pris une longue bouffée et laissai les effets de la nicotine se distiller.

J'avalai mon verre d'une traite et la brûlure de l'alcool dans ma gorge m'apporta un bref soulagement. Elle me distrayait de la douleur plus sourde et lancinante qui me broyait le cœur... la douleur de l'absence.

Mon verre à peine vide j'en commandais un autre, puis un suivant, le bourdonnement apaisant et familier de l'alcool commençait à engourdir mon cerveau.

Je ne voulais plus penser, je ne voulais plus ressentir cette sensation oppressante, je voulais faire disparaitre le vide. Anesthésié... je voulais être anesthésié! Je ne voulais pas sentir les effets du manque, je ne voulais plus penser à Bella, ma Bella qui par son absence me faisait souffrir mille maux. Ne plus penser, ne plus ressentir et me fondre dans ce bourdonnement qui engourdissait tous mes sens.

Les larmes menaçaient une nouvelle fois de couler. Je me transformais en fillette... Alors pour éviter que le désespoir ne me submerge à nouveau je commandais un autre verre, au point que ma vue se brouillait et que ma perception de la réalité fuyait, mais au moins je ne ressentais plus... ni le vide, ni l'absence, ni la fuite de sens qui comme une hémorragie quittaient ma vie pour ne laisser que des ruines fumantes.

Depuis combien de temps étais-je assis à ce bar crasseux? Dans ce motel perdu au fin fond du désert? Je n'aurais su le dire mais la nuit était noire maintenant et les quelques ampoules blafardes de la salle parvenaient avec peine à dissiper les ténèbres.

Je sortis mon carnet à dessins et l'ouvris à une page que j'affectionnais tout particulièrement. On y voyait ma Bella étendue sur le lit, sa pose lascive exposait les charmes voluptueux de son corps. Son visage endormi était doux, et apaisé... c'était le matin de notre dernier jour à Singapour. Nous étions ensemble et je croyais sottement que jamais rien ne pouvait m'atteindre tant que cette femme serait dans ma vie. Mais voilà maintenant elle était loin... et je n'étais pas certain qu'une solution existe pour nous rassembler définitivement, chaque mois qui passait faisait fuir un peu plus de mes illusions.

"-C'est joli..." Voix grave... c'était un homme! Ou une femme à la voix particulièrement rocailleuse?

Je répondis par un grognement sourd, ce n'était pas « joli » non, c'était Bella, et Bella n'était pas jolie... elle était tellement plus que ça!

D'un geste brusque et rageur je refermai le carnet, je ne voulais pas que quelqu'un d'autre pose les yeux sur elle! C'était mon trésor, et mes souvenirs!

Je n'étais clairement pas en état de reprendre la route, je n'étais même pas certain d'arriver à me lever du haut tabouret sans tomber.

"-Vous avez une chambre libre ce soir?"

"-Ouais j'ai une chambre" assurément il y avait une chambre de libre! Cet endroit était aussi désert qu'insalubre!

"-Est-ce qu'il serait possible de la louer pour cette nuit?"

"-Pour sûr, j'vais vous y emmener."

Je suivis l'homme, ou la femme? dans un petit couloir sombre derrière le comptoir. Nous montâmes un escalier aux marches irrégulières qui craquaient sous nos pas, le bois de la rampe était lisse et poli par les années. Il flottait ici une odeur un peu rance et poussiéreuse qui prenait à la gorge et irritait le nez.

Nous nous arrêtâmes devant une porte à la peinture brune écaillée ornée d'une petite plaque de céramique qui indiquait 226... à qui voulait-on vraiment faire croire qu'il y avait 226 chambres dans cet hôtel miteux! Je ne comptais sur le palier que trois autres portes identiques à l'allure encore plus défraîchie.

La chambre ne dépareillait pas avec le reste de l'établissement. Le mobilier spartiate semblait avoir connu des jours meilleurs, la décoration devait déjà être démodée à l'ouverture de l'hôtel.

En titubant un peu sur mes jambes incertaines je me rendis à salle de bain ou plutôt dans le petit cagibi qui en faisait office. L'eau était plus froide que tiède et d'un aspect un peu brunâtre, le sable du désert semblait tout manger sur son passage.

Je pris une courte douche qui ne me débarrassa en rien de ma lassitude mais dans l'eau froide, mon ébriété semblait se dissoudre. Et avec elle la brève quiétude que j'avais enfin pu trouver... La douleur et le vide revenaient m'enlacer, avec plus de force encore.

Les draps du lit étaient humides et râpeux. De ma place, adossé au mur je voyais contre les plinthes courir des punaises répugnantes. Je me sentais si loin de chez moi... si perdu et désemparé!

Dans cette chambre tous les liens qui me rapprochaient de Bella semblaient se disloquer. Elle était au bout du monde mais elle me semblait plus loin encore.

Peut-être que finalement j'allais rester quelques jours dans ce motel perdu dans le désert, comme en dehors du temps...

Je sortis mon téléphone de ma poche, je voulais entendre sa voix, je voulais me rapprocher d'elle et faire disparaitre la distance. A la seconde où notre conversation serait terminée j'éprouverai une douleur plus vive encore et un manque bien plus violent que celui sourd qui me tenaillait les entrailles, mais je devais entendre sa voix... c'était un besoin viscéral et irrépressible!

"-Allo Bella? C'est Edward..."

"-Edward! Je suis contente que tu m'appelles, je pensais à toi justement!" Sa voix, chaude et douce qui coulait en moi comme un miel onctueux. A peine avait-elle chuchoté ces mots à des milliers de kilomètres que je me sentais déjà chez moi. Je buvais ses paroles avec délectation, me rapprochais d'elle. Le trou béant dans ma poitrine semblait se refermer, j'avais la sensation qu'elle était là, près de moi. J'avais retrouvé mon refuge...

"-Ah oui?"

"-Oui je porte ta chemise..."

"-Tu ne travailles pas aujourd'hui? Il est quelle heure chez toi?"

"-Je fais une pause, la journée est épuisante, trop chaude, trop humide! Il est midi."

"-Tu es sur la terrasse?"

"-Oui, je bois un thé, et je fume aussi, l'un ne vas pas sans l'autre..."

"-Je t'imagine si facilement, j'ai passé des heures à te regarder sur cette terrasse! Il suffit que je ferme les yeux pour t'imaginer..." Et c'était vrai, en fermant les yeux je voyais danser son épaisse chevelure, je l'imaginais bercée par l'écrin de verdure luxuriant de la jungle.

"-Tu me manques Edward..." Ces mots étaient soufflés comme avec peine, il semblait lui faire autant mal à elle qu'à moi. Viens me rejoindre Bella... viens! Je voulais lui crier de tout quitter mais je savais qu'à la seconde où ces mots franchiraient mes lèvres, ses barrières se dresseraient, plus hautes que jamais. Alors je ne dis rien et priai de toutes les forces de mon âme pour que ses angoisses s'apaisent.

"-Tu me manques aussi Bella. Tellement!" Les mots me brûlèrent, une boule douloureuse obturait ma poitrine, je reconnaissais là les prémices du manque qui bientôt reviendrait avec violence.

Pov B

Laos

Entendre sa voix me faisait tant de bien... il n'y avait pas un jour où je ne pensais pas à lui, il semblait flotter en permanence quelque part dans un coin de ma conscience. Souvent je plongeais le visage dans ses chemises pour tenter de retrouver son parfum, j'arrivais même parfois à me persuader que je le sentais et cela me faisait me sentir encore plus proche de lui. Pourtant pas une once de sa divine fragrance n'imprégnait encore le tissu, seul l'odeur tenace et végétale de la jungle y demeurait mais mon imagination faisait son travail.

Deux mois... deux mois avait passé depuis nos trop brèves retrouvailles à Singapour et je désespérais d'avoir un nouvel appel qui m'annonçait sa venue.

Il m'appelait chaque semaine, toujours le dimanche avant que la semaine ne recommence pour lui. Ici c'était déjà le lundi et de toute façon je n'avais pas vraiment de week-end, en Orient la perception du temps est modifiée, les heures ne sont pas si codifiées qu'en occident.

Alors ce jour-là en voyant son nom s'inscrire sur le cadran alors que la semaine s'esquissait à peine j'avais cru qu'il m'annonçait la nouvelle de son retour en Asie! Mais non... Il semblait au plus mal, triste et plein d'amertume. Je me sentais bien souvent comme cela moi aussi mais je tentais de faire face et m'interdisais de céder au découragement. Chaque jour le manque se faisait plus acide et rognait le fragile équilibre que j'avais réussi à instaurer dans ma vie mais je ne voulais surtout pas y penser, surtout ne pas lui donner de place au risque de le voir s'étendre à l'infini...

Nous parlâmes de longues minutes, pas une seule fois il ne me demanda de me rendre en Amérique. Son manque d'insistance était surprenant, d'autant qu'il ne cessait de répéter que je lui manquais! Mais j'appréciais sa douceur, j'appréciais qu'il ne me brusque pas et qu'il me laisse apprivoiser mes peurs...

Dieu qu'il me manquait!

Après son appel, le reste de la journée me parut interminable. Je devais visiter un village peu éloigné mais la chaleur harassante suffisait à me couper toute motivation.

Il avait plu la veille et l'humidité montait encore de la terre, la jungle la retenait prisonnière. Il faisait chaud et humide, une touffeur moite et désagréable qui collait à la peau et m'épuisait rapidement. Chaque mouvement semblait être une corvée, entourée d'une brume de chaleur moite je respirais presque avec peine.

Les jours comme ceux-là où le travail était pénible, il m'arrivait de me demander si j'avais fait le bon choix en choisissant cette vie. Parler avec Edward avait ravivé le vide que son absence laissait en moi, je pensais à tout ce que j'avais perdu en quittant mon pays, enfin ce qui un jour avait été mon pays, je pensais à tout ce que j'avais choisi de perdre. La douceur des bras d'un homme... quelqu'un sur qui s'appuyer, l'engagement et la certitude que quelqu'un sera là pour nous le soir.

Je fis mes visites avec bien peu d'entrain, comme sur pilotage automatique, j'avais hâte d'en finir, je voulais fuir cette chaleur étouffante.

Le soir je rejoignis Garrett au village, sa présence était une vraie bouffée d'oxygène pour moi, j'avais quelqu'un à qui parler quelque fois, c'était un sentiment agréable et rassurant.

Dans les rues où le soleil commençait à décliner la vie semblait renaitre à la fraicheur du soir.

Nous fîmes le tour du marché aux épices, je respirais par longues bouffées les senteurs capiteuses et poivrées du curry, du gingembre, de la coriandre, du thé ou du lotus. Je m'imprégnais de ce cette fragrance subtile et douce qui faisait naitre en moi tant de souvenirs, des souvenirs d'Edward pour la plupart... C'était étrange, j'avais passé plusieurs années ici, plusieurs années à respirer ces parfums chaque jour et étonnement c'était les fragments de temps passés avec Edward qui me revenaient en mémoire.

"-Où veux-tu diner?"

"-Où? Je ne sais pas... dans un petit restaurant près du lac?"

"-Bonne idée allons-y!"

L'odeur appétissante des légumes frits et de la viande bouillie embaumait la petite ruelle sinueuse. J'aimais venir ici à la nuit tombée, sur les eaux troubles du lac on voyait danser les reflets tremblotants des lumières du village.

Nous nous assîmes à une terrasse où les sièges garnis d'épais coussins semblaient très invitants. Des cuisines, en même temps qu'une fragrance chaude et épicée, montaient les rires des femmes qui préparaient les plats. C'était un son joyeux et doux qu'il me faisait plaisir d'entendre après une journée passée aux côtés des peurs et des angoisses de ces patients qui pourtant ne se plaignaient jamais.

Ici il était de rigueur de rester pudique, on exprimait ni sa douleur ni ses peurs. Tellement différent de cet Occident où j'avais appris mon métier...

La compagnie de Garrett était agréable. C'était un homme calme et serein qui ne parlait que lorsqu'il avait quelque chose à dire. Moi qui ne supportais pas les babillages incessants j'appréciais de partager mon diner avec lui.

Son regard était vague et flottait dans le lointain... là-bas vers les montagnes Birmanes.

"-Tu as déjà pensé à traverser parfois?"

Sa voix était rêveuse, comme étouffée.

"-A traverser?"

"-Le Triangle d'Or" du menton il montrait les montagnes de l'autre côté de la frontière, là où la rivière qui alimentait le lac prenait sa source.

"-Qui n'y a pas déjà pensé... l'interdit attire, inévitablement."

"-J'ai des contacts là-bas. Si je suis venu au Laos c'est avant tout pour pouvoir traverser. Le besoin humanitaire dans le Triangle d'Or est criant, la situation dans les montagnes est catastrophique."

"-Je sais ça... c'est difficile de ne pas le savoir! Les gens parlent et nous sommes tout proche de la frontière."

"-Mais la junte n'aime pas les étrangers... et ils ne veulent pas de regards extérieurs sur leur pays."

"-Et malgré ça tu vas passer?"

"-Surtout à cause de ça en fait... mais seul je ne serais pas d'une grande aide! L'ONG me fournit les moyens, mais il y a peu de volontaires pour aller là-bas."

"-Et ça t'étonne?"

"-Viens avec moi Bella!"

"-Quoi, moi?"

"-Tu n'as rien qui te rattache ici... tu as déjà fui une fois, rien ne t'empêche de venir. Tu es venue au Laos pour une mission et tu n'en es jamais repartie. Pense à la Birmanie et à l'aide que tu pourrais apporter là-bas."

"-Je n'ai pas choisi de faire de l'humanitaire par altruisme Garrett... et je ne suis ni inconsciente, ni casse-cou."

"-Alors quoi? Tu es venue ici pas lassitude? Par envie d'aventure?"

"-Besoin de frissons..."

"-Penses-y, je ne pars que dans quelques semaines, mais seul, j'ai peur que ma mission soit vaine."

Nous terminâmes de dîner sans plus parler de cette folle aventure. Je m'efforçais de la repousser dans un coin très éloigné de ma tête. Par peur de la tentation... par peur d'avoir de nouveau cette envie de frissons et cette envie de fuir. Ma vie n'avait été qu'une perpétuelle fuite, je n'avais jamais eu le courage d'affronter la situation, j'avais toujours préféré m'éloigner, fuir...

Edward me manquait tellement, tout ici me le rappelait maintenant...

Fuir encore une fois? Ou affronter une bonne fois pour toutes mes angoisses?

Prendre ce nouveau sentier qui se dessinait devant moi et qui me permettait de m'esquiver une nouvelle fois? Ou affronter les démons de mon passé?

Plusieurs jours passèrent. Je fuyais Garrett et sa proposition qui commençait insidieusement à prendre vie dans mon esprit.

Toute l'ambivalence de ma vie semblait se retrouver là, j'étais à la croisée des chemins et je savais déjà que rester immobile n'était pas une option pour moi. Je pouvais me leurrer encore mais l'heure de faire un choix était venue... La Birmanie, ou l'Amérique?

La Birmanie signifiait un retour possible au Laos, dans quelques semaines, dans quelques mois, je retrouverais cette vie que j'avais eu tant de mal à construire, cette vie qui m'apportait douceur et apaisement. L'Amérique signifiait Edward... Edward qui avait illuminé mon existence, Edward qui faisait battre mon cœur plus vite et qui occupait toutes mes pensées. Mais l'Amérique signifiait aussi les démons de mon passé, la peur, l'angoisse...

La Birmanie ou l'Amérique?

Une semaine avait passée depuis cette soirée fatidique dans le petit restaurant au bord du lac, dans cette même ruelle où j'avais dans un temps qui me paraissait si lointain partagé une merveilleuse soirée avec Edward. L'heure du choix était venue, il nous rattrape toujours un jour...

Birmanie ou Amérique? Edward ou le frisson ?

Je pris le bac à moteur en direction du village, je devais passer un appel maintenant, j'aurais pu utiliser mon portable mais dans la jungle s'il me permettait parfois de recevoir des appels il ne me permettait jamais d'en passer.

En traversant le hall de dalles blanches je sentais une angoisse naître dans mon ventre, la peur me tenaillait les entrailles, la sueur glissait le long de mon dos. Birmanie ou Amérique? C'était l'heure de faire un choix... j'attrapais le combiné du vieux téléphone, la peur au ventre...

Alors vous impressions?

A bientôt! Merci de me lire!