Bonjour bonjour! La suite de cette histoire trainait depuis un moment sur mon pc, je sais pas si il reste grand monde dans le coin mais au cas ou la voila.
Comme toujours un grand merci à SBRocket et à LyraParleOr pour leurs conseils, corrections, suggestions, coups de pieds au cul et inspiration... merci les filles! 3
Aux dernières nouvelles Bella venait de s'envoler pour l'Asie, Edward restait à Seattle... ils y sont toujours!
Pov E
Elle était en Birmanie depuis un mois, et depuis un mois je n'avais pas la moindre nouvelle d'elle. Le dernier mail datait de la veille de son départ, elle me racontait son retour au Laos, les préparatifs de la mission, dans chacun de ses mots je sentais la présence de ce Garrett à ses côtés, quelque part cela me rassurait qu'elle ait quelqu'un pour veiller sur elle dans ce pays qui recèle mille dangers, mais j'étais aussi consumé par la jalousie, par la frustration et le dépit. Il était celui qui l'avait entraînée sur ce chemin escarpé et semé d'embûches, loin de moi, loin de l'avenir que j'aurais voulu construire avec elle.
Je repensais à sa promesse et m'y accrochais comme un noyé à sa bouée, il n'était qu'un simple collègue de travail. Je m'agrippais à cette idée, mais qu'en serait-il là-bas dans ce monde si différent? Au cœur de la jungle, de la chaleur moite et de la solitude? Dans ce pays où nous n'avions pas le moindre souvenir commun, resterait-il un simple compagnon de voyage ou bien le chemin qu'ils construiraient ensemble là-bas transformerait leur relation? Je devais lui faire confiance, croire en elle et en la force de ce lien qui nous unissait, mais c'était si dur... Avec Bella j'avançais au cœur d'un brouillard opaque, elle ne m'avait promis ni retour ni futur, parfois même j'avais la sensation d'être un amant occasionnel pour la distraire de sa solitude sans qu'elle ne partage rien de ces sentiments qui m'étreignaient.
Insaisissable et sauvage Bella... c'était ce qui m'avait d'abord attiré, fasciné chez elle, et maintenant cela me faisait peur. J'étais terrifié, et plein d'incertitudes, j'avançais en aveugle et je détestais cette sensation. La reverrai-je même un jour?
Je chassais mes sombres pensées et sonnais à la porte de l'appartement d'Alice. En cette fin d'année ma sœur organisait une de ces soirées mondaines qu'elle affectionnait tout particulièrement. Elle serait à Paris pour les fêtes, coincée en Europe pour son travail, à son plus grand désespoir comme à celui de Jasper.
Je n'étais pas très proche de ma petite sœur, du moins je ne l'étais plus, nos emplois du temps chargés avaient fini par progressivement nous éloigner. Créatrice de mode qui commençait à avoir un franc succès, elle passait son temps aux quatre coins de la planète. Tous ses proches avaient un mal fou à passer du temps avec elle.
Jasper qui était à la fois mon collègue et mon meilleur ami était sur le point de devenir aussi mon beau frère, en effet il allait bientôt épouser ma petite sœur.
C'était d'ailleurs à cause de ce dernier que j'étais là ce soir, il m'avait surpris un jour au bureau dans un de mes moments de mélancolie dont j'étais devenu si coutumier depuis que Bella était entrée dans ma vie, au lieu de me laisser à mes douces rêveries il s'était installé dans le fauteuil face à moi et avait commencé à bavarder comme une vieille pie jusqu'à lancer cette invitation.
"-Alice a prévu une soirée à la maison la semaine prochaine, je ne sais pas si tu as déjà reçu son invitation mais j'espère que tu ne vas pas te défiler cette fois-ci!"
"-Je ne sais pas Jasper..."
"-Edward il faut que tu sortes, que tu vois du monde, ça fait un mois que je te sens te refermer sur toi-même, non bien plus d'un mois en fait... Tu ne vas pas pouvoir passer l'éternité à l'attendre!"
"-Je sais..."
'"-C'est étrange, tu étais si vivant près d'elle et tu sembles si éteint maintenant qu'elle est partie... Arrête de fuir, reprends ta vie en main! Tu ne peux pas tout laisser en suspens dès qu'elle s'en va et te contenter de l'attendre!"
"-Je n'ai rien laissé en suspens! J'ai plus travaillé le mois dernier que je l'ai fait toute l'année entière!"
"-Je ne te parle pas de travail Edward, au contraire! Tu semble mourir de l'intérieur depuis un mois, tu te renfermes, ce n'est pas bon! Viens à la soirée! Et tu manques à Alice!"
"-Je verrais, peut-être..."
Il avait fini par laisser tomber mais l'idée avait fait son chemin dans mon esprit.
Voilà comment je me retrouvais devant l'appartement de ma sœur au cœur de Seattle à attendre que quelqu'un daigne m'ouvrir tout en espérant secrètement que personne ne le ferait. J'aurais ainsi une excuse pour rentrer chez moi et me noyer un peu plus dans mes souvenirs de Bella.
"-Edward tu m'as manqué!" Ma sœur, perchée sur de vertigineux talons et habillée d'une magnifique robe verte qu'elle avait très certainement elle-même créée, me sauta au cou. Je devais avouer qu'elle m'avait manquée à moi aussi! La dernière fois que nous nous étions vus remontait à des mois, peut-être même à une année entière.
Je la suivis dans son luxueux appartement déjà plein d'invités. Pour la plupart des amis à elle, un bon nombre des mannequins avec qui elle travaillait et bien peu d'amis de Jasper finalement.
Je détaillais l'armée de jambes interminables rendues plus vertigineuses encore par les talons agglutinées près des fauteuils, les mannequins fétiches d'Alice, toutes superbement vêtues de robes hors de prix. Ok la soirée allait être longue, très très longue...
Alice me présenta à quelques une de ses connaissances avant de lâchement m'abandonner au bras d'une grande brune dont le regard vert intense et perçant fixé sur moi me mettait plutôt mal à l'aise. Poliment j'essayais de faire la conversation mais la demoiselle qui commentait sans fin les tenues de ses congénères m'ennuya au bout de dix minutes, bon d'abord peut-être au bout de six...
Je cherchais activement comment me sortir de ce guêpier qui avait attiré une rousse en tout point semblable à sa copine quand Jasper vola à mon secours. Enfin il vola à mon secours dès qu'il eut déposé sur la table basse un plateau de petits fours.
"-Ed content de te voir!"
"-Moi aussi et tu ne peux pas savoir à que point!" Il ricana avant de m'entraîner avec lui, loin des jeunes femmes qui pas plus perturbées que ça continuaient à discuter entre elles.
Nous nous réfugiâmes dans la cuisine où j'étais décidé à passer le maximum de temps ce soir, en plus on entendait mieux la musique d'ici!
"-Tu aurais pu me dire que c'était une soirée spéciale invités d'Alice!"
"-Surtout pas, tu ne serais pas venu! Qu'est-ce que tu veux boire?"
"-N'importe!"
"-Oh Alice tu m'emmerdes! T'avais qu'à préciser le dress code sur l'invitation!"
Nous nous retournâmes tous les deux vers le couloir, Jasper souriait et moi j'attendais un peu choqué de voir qui avait osé rembarrer ma sœur.
Le bruit des talons sur le parquet se rapprocha et un petit bout de femme blonde fit son apparition. Elle ne devait pas mesurer plus d'un mètre soixante, sa jolie robe blanche toute simple et ses bottes marron détonnaient complètement au milieu des tenues ultra sophistiquées de tous les invités. Aucun doute que ça avait dû agacer Alice...
Mais ce n'était pas tout, la jeune femme qui venait de claquer une bise sur la joue de Jasper était coiffée d'un chignon flou complètement improbable simplement retenu par un pinceau. Quelques mèches de cheveux bonds retombaient sur sa nuque délicate, je la détaillais avec curiosité quand mes yeux tombèrent sur un minuscule tatouage juste derrière son oreille. Une simple note de musique à l'encre noire qui tranchait de façon très élégante sur sa peau claire.
"-Emily ça fait plaisir de te voir!"
"-Oui moi aussi ça fait longtemps! Mais c'est quoi cette idée d'Alice de remplir son salon de girafes? Elle aurait pu me prévenir... je serais allée passer la soirée dans un endroit beaucoup plus cool!"
"-Parce que tu crois qu'elle t'aurait laissé faire?
"-Euh non je ne crois pas! Bah au moins j'aurais pu m'habiller un peu mieux!"
"-Mais non t'es très bien comme ça! Au fait je te présente Edward." Je sursautai un peu à l'entente de mon prénom, j'avais fini par m'habituer à être totalement transparent.
"-Salut! Un collègue d'Alice je présume?" Elle avait de très jolis yeux verts clairs.
"-Euh non rien à voir, je suis son frère..."
"-Ah merde oui c'est vrai! Désolée, j'avais oublié que son frère s'appelait Edward!"
"-Bon je vous laisse discuter je vais voir si Alice a besoin d'aide!"
"-Jazz façon super élégante de déserter!"
"-Mais non Emily, et vous allez bien vous entendre! T'as qu'à lui parler de tes dernières toiles Edward dessine aussi!"
Jasper disparut dans le couloir et mes yeux se reposèrent sur la petite blonde qui venait de s'asseoir sur le comptoir de la cuisine. Ma curiosité était piquée à vif.
"-Alors comme ça tu peins?"
"-Seulement de l'abstrait, je suis nulle avec les perspectives! J'arquais un sourcil qu'elle dut interpréter comme une interrogation.
"-Mon truc c'est plutôt la musique, je joue, je compose surtout, mais mes voisins n'apprécient pas forcément d'être réveillés à 3h du mat alors quand ça déborde et bah je peins! Et toi que fais-tu dans la vie?" Ceci expliquait le tatouage...
"-Quel instrument?"
"-Piano principalement mais pas seulement." La vision de Bella assise au piano de ma chambre envahit mes pensées mais j'essayais de la chasser rapidement. Emily continua à me questionner sur ma vie et étrangement je passais une excellente soirée. C'était agréable de parler avec elle, elle était simple, débordante de vie et pourtant très douce. Après avoir discuté un long moment je comprenais pourquoi elle était l'amie d'Alice, et ce depuis l'université. Elles étaient l'une comme l'autre hyper chaleureuses et pétillantes de spontanéité.
Cette soirée eut au moins le mérite d'éloigner momentanément Bella de mes pensées. Ma mélancolie était moins forte lorsque je parlais de tout et de rien, l'angoisse ne m'enserrait plus autant la poitrine, je domptais l'absence... Alors lorsqu'Emily griffonna son adresse sur un morceau de papier pour que je vienne prendre un café chez elle lors de mon prochain passage en ville, j'acceptais avec joie cette distraction qui dissipait le vide...
Mais voila, la distraction avait été de courte durée, ce soir c'était la veille de noël... une soirée que j'aurais voulu passer en serrant Bella dans mes bras alors que nous regarderions les flammes lécher et noircir les bûches de bois dans la cheminé, comme n'importe quel couple qui profitait de ces instants de fêtes pour rendre leur quotidien moins monotone et plus doux... La monotonie était quelque chose qui n'existait pas avec Bella, aimer Bella c'était accepter de ne pas savoir de quoi le lendemain serait fait et pourtant ce soir-là j'aurais tellement voulu que notre vie soit calme et presque ennuyeuse, pleine de certitudes rassurantes. J'aurais voulu m'engluer dans la routine avec elle, m'endormir dans ses bras chaque soir et me réveiller contre elle chaque matin. Mais quelque part je savais que je me leurrais, une des choses que j'aimais plus que tout chez Bella était cette certitude que jamais elle ne se laisserait apprivoiser tout à fait, il resterait toujours en elle une part de mystère et de doute. C'était Bella tout simplement, une femme insondable, dont la force stupéfiante cachait une fragilité tout aussi grande. Je ne la décrypterai jamais tout à fait, ça me fascinait autant que ça m'angoissait.
Depuis son départ j'avais essayé de noyer ma tristesse dans le travail. Je fuyais ma maison et tous les souvenirs de nous. Vivre dans cet endroit où nous avions passé du temps ensemble avait un goût d'exil et de regret, je m'y sentais plus seul que jamais alors que j'avais l'impression de voir nos corps enlacés partout. Je fuyais, par tous les moyens.
Ce mois de travail intense avait eu au moins le mérite de profiter à ma société à la plus grande joie de Jasper qui avait dû tout gérer presque seul depuis quelques mois. Les projets s'accumulaient et c'était une bonne chose.
Je m'étais aussi rapproché de ma famille, d'ordinaire je passais uniquement le week-end de Thanksgiving dans la maison familiale, mais cette année j'étais de retour aussi à Noël, au plus grand bonheur de ma mère qui avait toujours bien du mal à rassembler la famille.
Assis dans le salon de cette maison où j'avais passé mon enfance je regardais la neige frapper les vitres et je pensais à ma vie... à ce qu'elle était devenue depuis quelques mois, à ce que j'avais toujours voulu qu'elle soit. Je pensais à mes rêves, à mes espoirs, à mes désillusions, et je pensais à Bella... à l'Asie profonde, à la jungle qui l'avait éloignée de moi, encore une fois.
Je saisis sur la petite table mon carnet à dessin plein des images d'elle. Du bout des doigts j'effleurais sa silhouette que j'avais esquissée une dernière fois, c'était le matin de son départ. Je sentais la mélancolie m'envahir et comme chaque fois dans ces cas-là, je pris mon crayon pour confier au papier mes émotions.
Quelque part entre Port Angeles et Seattle, au bout d'une route qui s'enfonçait dans une épaisse forêt il y avait un petit étang au bord duquel quelqu'un avait eu un jour l'idée d'y construire une maison. Ce quelqu'un c'était ma mère... Esmée Cullen était très certainement la femme qui m'avait transmis son goût de l'architecture.
La maison qui nous avait vus grandir ma sœur et moi était un véritable havre de paix, subtil mélange de verre et de bois, elle s'accordait parfaitement au paysage alentour.
La propriété des Cullen était comme une bulle hors du temps, un espace qui vivait loin de toute civilisation dans le calme et le confort. Je n'étais pas beaucoup revenu ici ces dernières années et je me surpris à penser que la chaleur de ce cocon m'avait bien plus manqué que je ne l'aurais cru.
Mon regard se perdait dans la forêt de pins qui bordait le lac gelé. Les branches chargées de neige se balançaient doucement dans le vent. Tout respirait le calme et la sérénité mais le poids qui pesait sur ma poitrine depuis des semaines ne voulait pas lâcher prise. J'étais maussade en dépit de tous les efforts que je faisais pour le cacher. Ma mère qui me trouvait amaigri semblait s'être mis dans la tête de me faire prendre du poids pendant mon séjour ici. Et ça me faisait un bien fou de retrouver sa chaleur maternelle. Elle prenait soin de moi comme seule une mère savait le faire, elle paraissait deviner mes pensées d'un simple regard et me plonger dans ses yeux caramel clair pleins d'amour me faisait un peu oublier ma mélancolie.
Passer Noël parmi les miens semblait un bon antidote à l'absence, à la séparation... à Bella...
"-Hey mec ça fait deux heures que t'es assis là! Tu vieillis avant l'heure fais gaffe! Si tu commences déjà à observer le monde à travers une fenêtre tu feras quoi à 80 ans?"
Je jetais à peine un regard à Jasper qui venait de se laisser lourdement tomber dans le fauteuil face à moi.
Jasper était aussi à l'aise dans la maison que si ça avait été la sienne. Il faisait véritablement partie de la famille et mes parents le considéraient un peu comme leur deuxième fils. L'absence d'Alice pour Noël expliquait qu'il soit chez mes parents, lui aussi errait un peu comme une âme en peine.
"-Bon et si on allait sortir le chien? Il ne neige plus c'est le moment d'en profiter!"
"-Hum si tu veux..." Je n'étais pas plus emballé que ça par la perspective d'aller me geler dans le froid polaire mais prendre l'air me ferait sûrement du bien. Et Grim le Spitz finlandais que ma mère avait adopté des années plus tôt pour compenser le départ de ses enfants de la maison venait vers nous en remuant la queue tout content d'aller gambader dehors.
"-Putain ça caille!"
"-Oh t'es pas en sucre Ed!" Une bourrasque d'air glacial venait de nous gifler le visage alors que nous sortions à peine de la maison.
Nous empruntâmes le petit chemin recouvert de neige qui descendait vers le lac. En dépit du vent froid qui faisait pleurer mes yeux et me transperçait de partout, je devais admettre que marcher dehors était agréable et le paysage était sublime. Le manteau de neige qui recouvrait le sol étouffait tous les bruits de la forêt. L'ambiance était lourde et assourdie, comme si nous venions de pénétrer dans une bulle opaque et imperméable au monde extérieur. On n'entendait que le crissement de nos pas dans la neige, rien d'autre, ni le vent dans les branches, ni l'envol d'un oiseau. Tout était calme et silencieux.
Les grands pins distillaient dans l'air leur fragrance fraîche et vivifiante. Je respirais à pleins poumons malgré le froid qui me pénétrait à chaque inspiration. J'avais un peu la sensation que le poids sur ma poitrine s'atténuait, se faisait moins oppressant, il ne restait qu'un malaise diffus.
"-Tu as des nouvelles de Bella?" La question de Jasper était tombée comme un couperet faisant s'envoler la fragile sérénité que je venais de goûter.
"-Non aucune... pas depuis son arrivée en Birmanie."
"-Ça doit être compliqué pour elle de te donner de ses nouvelles de là-bas."
"-Très compliqué. Internet n'est pas accessible, joindre l'étranger par téléphone tient du calvaire... et elle ne m'a jamais dit qu'elle m'en donnerait une fois arrivée. J'espère juste qu'elle va bien." Penser à Bella décupla l'angoisse que je ressentais à la savoir en Birmanie. Mes craintes étaient si fortes que je n'en trouvais plus le sommeil et parfois elles me réveillaient la nuit en plein cauchemar. Dans ces moments-là je tremblais, je suffoquais et rien ne parvenait à calmer mon angoisse puisque je savais que je n'avais aucun moyen de la joindre pour vérifier qu'elle allait bien. J'étais seul, désespérément seul à vaciller entre peurs et espoirs...
"-Elle te manque?"
"-Tu n'imagines pas à quel point!"
A cet instant Grim vint vers nous avec un bâton dans la gueule pour que nous le lui lancions. Cette distraction fut la bienvenue, toute distraction était la bienvenue pour m'empêcher de penser. Cette discussion avec Jasper remuait trop de choses que j'aurais voulu oublier.
Je lançais le morceau de bois en direction de la forêt et je suivis des yeux la boule de poils beige qui s'élançait à toute vitesse.
Nous avions fait la moitié du tour du lac, d'ici on avait une vue imprenable sur la maison de bois brun qui semblait se mirer dans l'eau gelée. J'aurais aimé que Bella découvre cet endroit, j'étais certain qu'elle l'aurait adoré. C'était loin de la ville, perdu au milieu des bois, un havre de calme et de solitude. Oui j'étais sûr qu'elle aurait aimé être ici, mais elle ne m'avait pas laissé le temps de lui faire découvrir. Je ressentais encore beaucoup de colère envers elle, envers sa décision de partir, j'avais beau essayé de la comprendre, je ne m'en sentais pas moins désemparé, le ressentiment n'avait pas totalement disparu encore.
La colère était une étape du deuil alors finalement peut-être que c'était sain que j'en ressente face à son départ, peut-être qu'à terme j'arriverai à me guérir d'elle, et à défaut de l'oublier j'apprendrai à vivre avec son absence et son souvenir.
Je ne savais plus du tout où j'en étais, notre relation semblait plus que jamais vouée à l'échec mais je faisais tout pour repousser loin de moi ces pensées.
Jasper laissa tomber le sujet Bella. J'appréciais le silence qui s'installa entre nous, calme, apaisant.
Nous terminâmes notre ballade entièrement congelés, le seul qui semblait dans son élément était Grim qui continuait de semer joyeusement ses empreintes dans la neige.
La bouffée de chaleur qui nous accueillit à notre arrivée dans la maison fut un vrai réconfort. Mes mains toutes ankylosées par le froid ne tardèrent pas à rougir et à me picoter désagréablement. Nous nous installâmes dans le salon, le chien s'étendit de tout son long devant la cheminé et j'aurais aimé faire de même. Esmée ne tarda pas à nous servir deux grandes tasses de chocolat chaud. J'avais la sensation de retomber en enfance, c'était réconfortant et agréable. Je laissais ma mère prendre soin de moi, je me reposais entièrement sur elle et ça avait quelque chose d'incroyablement apaisant de laisser quelqu'un me prendre en charge. Je me noyais dans la chaleur de ma famille et j'oubliais un peu ma tristesse et mon angoisse.
Ces courtes vacances dans la maison familiale furent une bouffée d'oxygène. Je regrettais de tant m'être éloigné ces dernières années mais savoir qu'ils étaient toujours là me faisait me sentir vraiment mieux.
Il fallut ensuite reprendre la routine désespérante du quotidien, dompter l'absence et apprivoiser le vide laissé par Bella dans ma vie.
Le travail ne suffisait pas à combler le manque, la maison me paraissait chaque jour plus froide, je n'allais pas mieux et après avoir retrouvé ma famille, ma solitude ne me semblait que plus pesante, plus asphyxiante. Jasper avait raison, je devais arrêter de me renfermer sur moi même, cesser de fuir, de me fuir, moi et ma tête pleine de souvenirs qui semblaient un peu plus vaporeux chaque jour qui passait. Ma rencontre avec Bella ressemblait à un rêve, un rêve qui s'éloignait... brumeux et insaisissable.
Promis, la suite mettra moins de temps à arriver!
