Bonsoir! Ca fait plaisir de voir que la suite de cette histoire est malgré tout attendue! Alors comme promis la voila!
Un grand merci à mes supers SBRocket et LyraParleOr!
Merci aussi pour vos reviews, en particulier aux Guest à qui je n'ai pas pu répondre!
Pov E
Assis sur le canapé, face à la baie vitrée ouverte, j'attendais que mon cœur reprenne un rythme plus modéré et que mon souffle s'apaise, je ne portais pas attention au crissement de la bouteille d'eau fraîche entre mes doigts.
Le soleil de mai illuminait la pièce, il était chaud déjà, mais les murs de la maison semblait rejeter ça en bloc, comme mon corps l'avait fait ces derniers mois, comme mon esprit aussi et mon âme. Transparence et froideur.
Je l'avais pourtant voulu, cette maison épurée et gracieuse. Le temple de la pureté hyaline et aujourd'hui ça s'était retourné contre moi, elle était devenue une prison, ma prison. Lumineuse et pourtant glaciale, la lumière venait s'y perdre et la chaleur se fracassait contre les parois cristallines. Elle était à l'image de ma vie, aussi luxueuse qu'aride.
A l'image de ce que j'avais traversé ces derniers mois, un désert froid et glacial depuis qu'elle m'avait abandonné, depuis qu'elle m'avait fui.
Bella... poison, amertume, même des mois après son nom continuait de me brûler les entrailles.
Le vide, je l'avais senti se refermer sur moi, m'aspirer, à la manière d'un trou noire avide de lumière. Le monde se rétractait sur moi, m'écrasait, c'était comme si chaque jours les murs se rapprochaient un peu plus. J'étais perdu, et seul... désespéramment seul.
Les premiers mois, je les avais traversés dans une sorte de brume, les jours s'accumulaient, se ressemblaient et j'en étais spectateur, je les regardais défiler, comme si à l'extérieur de mon corps, coincé derrière une paroi vitrée je contemplais la vie d'un autre. Le souvenir de ces longues semaines était confus, elles me paraissaient à la fois interminables et très courtes tant la notion du temps n'avait pour moi plus la moindre signification. Plus rien n'avait de sens, j'attendais, désespérément. J'attendais quelque chose qui plus jamais ne reviendrait.
J'aurais dû être habitué à ces séparations, mon histoire avec Bella n'était qu'une accumulation de petits moments dispersés dans le vide infini de ma vie. Ils étaient à la fois brefs et éphémères, aussi intenses que furtifs. Mais non je ne pouvais me résigner à l'avoir perdue et parfois encore dans mes rêves je voyais sa longue chevelure brune onduler dans son dos à mesure que ses pas l'éloignaient de moi.
Elle était partie... elle avait pris ce foutu avion qui l'emportait au loin dans ce pays si plein de mystères et de dangers. Elle avais prit la fuite une fois de plus alors que les mots que je n'avais jamais prononcés pour personne venaient de franchir la barrière de mes lèvres. Je l'aimais et enfin j'avais osé lui avouer. Mais même cela n'avait pu la retenir... La vie avec moi n'avait ni le goût du danger, ni celui du frisson et cela seul la faisait vibrer.
J'aurais dû reprendre le cours de ma vie, elle l'avait bien fait elle. Mais j'en étais incapable, il y aurait toujours un avant et un après Bella. L'avant avait le goût désespérant du temps qui se dilate à l'infini, l'après, celui de l'amertume...
Mon univers avait explosé le jour où je l'avais rencontrée sur cette terrasse de bambous, à l'autre bout du monde, perdue dans la chaleur et la moiteur d'une Asie à laquelle elle appartenait à jamais. Je n'avais pas su l'apprivoiser, dompter ses démons, apaiser ses craintes et la retenir près de moi. Bella avait été une lueur dans ma vie insipide devenue insoutenable, elle était l'étincelle qui m'embrasait, la seule personne capable de me rendre plus vivant que je ne l'avais jamais été.
"On a besoin de moi"... ça avait toujours été son excuse, son alibi, sa façon de se disculper. Moi aussi j'ai besoin de toi Bella, c'est ce que j'aurais dû lui crier mais ma bouche est restée muette et les mots coincés dans le fond de ma gorge, là où grossissait la boule de désespoir qui ne cessait de m'engloutir depuis. Mais rien de ce que je lui aurais dit n'aurait pu la retenir...
Le noir... le désert... il ne me restait que mes souvenirs et mes rêves qui parfois recréaient cette réalité que j'avais perdue. Ces rêves qui étaient des instants de trêve. Un fragment de chaleur qui dissipait un peu le vide glacial dans lequel je me perdais.
L'hiver avait pris fin et peu à peu le printemps avait éclos sous les rayons tièdes du soleil, mais pour moi l'hiver ne prendrait jamais fin.
Les seuls moments de chaleur, les seuls moments où mon corps n'a pas été engourdi ont tous été ceux avec Jasper, Alice ou Emily.
Je ne supportais plus la solitude que j'avais pourtant toujours appréciée. J'avais peur de l'immensité de ma propre maison, le silence m'angoissait. Il raisonnait si fort qu'il en était étourdissant. Me retrouver face à moi même, avec pour seule compagnie mes souvenirs et mes pensées, je ne supportais plus les longs monologues de mon esprit.
J'avais envie de prendre mon téléphone, d'appeler la petite blonde et de lui dire que je serai chez elle dans moins d'une heure. Qu'elle me garde une place dans son canapé de tissu rouge au milieu de ses coussins multicolores. Je voulais me rouler en boule dans l'étroite alcôve qu'était son minuscule salon. Je voulais regarder ses drôles de bibelots aux yeux globuleux, ils étaient affreusement moches mais avaient quelque chose de rassurant, comme une présence, il faisait de son appartement une sorte d'univers onirique, un monde étrange. Je refrénais un sourire en imaginant acheter d'horribles sculptures colorées, pour supporter un peu mieux cet endroit, cette maison où ne subsistaient que le vide, le silence et les fragments de mon histoire avec Bella. Je voulais entendre la voix un peu basse, un peu rauque d'Emily qui me racontait des banalités, c'est ce que j'aimais chez elle, sa simplicité, sa chaleur, à ses côtés la vie paraissait plus supportable, plus colorée.
Elle avait été l'amie sur laquelle j'avais pu compter aux cours des derniers mois. Alors que chaque matin je me levais sans envie, alors que chaque minute ressemblait à la précédente, que tous mes désirs s'étaient éteints pour ne laisser qu'un immense désespoir qui me submergeait, elle avait été là, m'offrant quelques moments d'apaisement où je ne pensais pas à Bella.
Je sentis un sourire se dessiner sur mes lèvres en repensant à notre seconde rencontre. C'était quelques semaines après la soirée chez Alice. Je déjeunais avec Jasper et ma sœur quand Emily nous avait rejoints. Je me souviens que ce moment avait été particulièrement agréable, j'avais même un peu ri, de ce rire de gorge un peu rauque des gens qui n'en ont plus l'habitude.
Après le repas Jasper et Alice se sont vite éclipsés. Emily voulait se rendre au magasin de fourniture acheter de la peinture et des toiles et je l'avais accompagnée. Il me fallait de nouveaux crayons à dessin et peut-être qu'inconsciemment j'avais voulu prolonger un peu ce moment, cette petite bulle de chaleur qui m'avait fait tant de bien. Je l'avais interrogée une nouvelle fois sur ce qu'elle peignait mais je n'appris rien de plus qu'à notre première rencontre. "de l'abstrait pour éviter que ça doive ressembler à quelque chose, mais arrête-toi chez moi quand tu passes en ville je te montrerai".
Quatre jours plus tard, je sonnais à la porte de son petit appartement. C'était une belle matinée d'hivers, glaciale et ensoleillée.
"-Salut Edward! Tu arrives pile à l'heure pour le café!" en effet, à peine avais-je pénétré dans le petit salon qu'Emily me tendait une tasse fumante.
"-Installe toi!" D'un geste de la main elle me désigna le canapé. Tout le salon était encombré de coussins, il y en avait sur chaque fauteuil et même sur l'épais tapis aux couleurs chaudes. Je compris pourquoi lorsqu'Emily s'y laissa tomber, croisant sous elle ses petits pieds nus.
Les rayons pâles du soleil hivernal inondaient la pièce et venaient jouer sur le verre des figurines dispersées un peu partout.
"-C'est original" moche aurait été un terme plus approprié à cette étrange collection mais on ne se connaissait pas encore suffisamment à cette époque pour que je puisse lui avouer. C'était depuis devenu un sujet récurant de taquinerie entre nous mais en dépit de mes moqueries je leur trouvais quelque chose de profondément apaisant à ces drôles de sculptures qu'on imaginait facilement sorties tout droit du cerveau profondément altéré d'un artiste sous acide.
L'univers d'Emily était à son image, pétillant et débordant de vie. Je m'y sentis tout de suite bien, c'était comme pénétrer dans un petit cocon de chaleur rassurante, si différent de ma propre maison où je me sentais comme un étranger, perdu dans un désert monochrome et glacé qui absorbait tout espoir.
Emily me montra quelques unes de ses toiles, je lui montrai mes dessins, ce jour là nous parlâmes pendant des heures, ce fut un instant de répit, suspendu hors du temps, comme une bulle d'oxygène. J'avais la sensation de respirer de nouveau quelques bouffées d'air pur après être resté des jours en apnée.
Lorsque qu'un frisson parcouru tout mon corps je pris conscience que je portais toujours mes vêtements de sport. En attrapant un pull sur le canapé mon regard se posa sur une toile au mur. Un camaïeu de bleus dans lequel se reflétaient les lumières rougeoyantes et chaudes de ce qu'on pouvait imaginer être un coucher de soleil. Les formes étaient si floues qu'il était impossible de définir ce que représentait vraiment cette toile mais les teintes chaudes semblaient dissoudre la froideur de celles océanes. Cette toile était d'Emily, c'était la première qu'elle m'avait montrée, elle n'était pas encore achevée alors mais lorsqu'elle le fut elle décida de me l'offrir. C'était la seule véritable note de couleur qui égayait mon salon désespérément blanc.
Cette toile était à l'image de mon amitié avec Emily, une bulle de chaleur dans une immensité glacée. Elle était comme un soleil qui réchauffait l'océan triste de mon âme.
Rapidement le petit appartement d'Emily devient un nid douillet dans lequel j'aimais me pelotonner.
Je passais de nombreuses heures dans chez elle, à dessiner alors qu'assise à même le sol, pieds nus et ses longues boucles blondes négligemment retenues en chignon à l'aide d'un pinceau, elle grattouillait sur sa guitare des mélodies apaisantes. Nous parlions aussi beaucoup, je lui racontais ma relation avec Bella, elle ne se lassait jamais d'entendre le récit de notre histoire et moi je me perdais dans mes souvenirs, trouvant un immense réconfort à les revivre au gré de mon récit. Quelque chose dans mon amour avec Bella fascinait Emily, alors inlassablement je lui racontais ces brefs instants qui furent les plus heureux de mon existence.
Elle me parla de son histoire aussi, de son amour avec Sam, l'homme de sa vie en Australie pour de longs mois. Elle attendait son retour avec une impatience fébrile, avec une crainte aussi, celle que leur vie ne soit plus jamais la même, celle qu'il ne revienne pas vers elle. Elle craignait de ne jamais se relever si cela devait arriver, c'était probablement une des raisons pour laquelle mon histoire avec Bella la fascinait tant, comme si m'aider à surmonter ma perte était pour elle une façon de conjurer le sort. Ou un moyen de vérifier que quoiqu'il arrive, coûte que coûte la vie continuait et que contre ça on ne pouvait rien faire. Me voir me relever à mesure que les mois s'écoulaient devait lui redonner un espoir et apaiser les craintes qui l'empoisonnaient.
Mais sous son apparente fragilité, malgré ses craintes et ses angoisses profondes, Emily débordait de force et de vitalité. Elle m'insufflait une énergie que j'avais perdue depuis que Bella avait déserté ma vie.
La chaleur d'Emily, c'est tout ce dont j'avais besoin désormais. Comment en étais-je arrivé là? Je soupirais en plantant un peu plus mes doigts dans le plastique souple de la bouteille que je tenais toujours à la main, contrariant brutalement la matière, elle émit un claquement. Le liquide froid traversa mon short, se répandant sur la peau de mes cuisses encore palpitantes de mes douze kilomètres de jogging.
-Merde, grognais-je en balançant au loin la bouteille percée et secouant mes doigts humides devant moi. Quelques gouttes s'écrasèrent sur le verre de la table basse et j'observais le liquide glisser lentement sur le sol immaculé. Je réprimais un sourire amer, c'était la représentation physique de ce qui s'était passé en moi ces quatre derniers mois.
Bella avait percé mon cœur à l'aéroport et j'avais goutté jusqu'ici. Aujourd'hui j'étais vide. Je devais composer avec ça. J'avais traversé l'enfer à cause d'elle, me demandant « et si ? » à chaque seconde de la journée. Me fustigeant, me flagellant, pour ne pas avoir réussi à la garder près de moi. Pour ne pas avoir trouvé les mots pour la retenir.
Maintenant j'étais à sec. Emily pensait qu'un jour, je trouverais de nouveau de quoi m'abreuver… moi j'espérais seulement ne plus avoir soif, jamais.
Aimer était trop douloureux, c'était la première fois que je me laissais aller à ce genre de sentiment et jamais encore je ne m'étais senti si vulnérable. Bella avait tout pulvérisé, elle qui était devenue mon port d'attache, mon ancrage, ma force et mon repaire était partie en emportant tout avec elle.
Je m'étais livré à elle, elle m'avait fait vibrer, palpiter, me sentir plus vivant que jamais. Elle m'avait fait renaître sous ses caresses, elle avait traversé ma vie telle une comète, une étoile qui avait tout illuminé sur son passage mais maintenant il ne restait plus que l'obscurité.
Le noir, le vide, le froid, et la colère... seul sentiment qui me donnait encore l'illusion d'une force. Certains jours, lorsque la rage dissipait l'apathie je me sentais presque vivre, mais c'était un sentiment bien éphémère qui ne faisait que raviver la rage lancinante qui me broyait les entrailles.
J'avais attendu inlassablement des nouvelles d'elle, un mail, un appel, n'importe quoi qui me rassure, me dise qu'elle pensait à moi, qu'elle ne m'avait pas totalement oublié, qu'elle allait bien malgré les dangers qu'elle courait chaque jour dans ce pays si hostile. Mais rien, jamais ne venait apaiser mes angoisses, je devais me débattre seul, lutter contre la folie qui parfois menaçait de m'emporter.
Bella où es-tu? Reviens, je n'y arrive plus sans toi... c'est-ce que j'aurais voulu lui crier, qu'au fond de sa jungle elle entende mon cri résonner. Mais rien, rien d'autre que le silence...
Je traquais toujours la moindre info en provenance de Birmanie, j'essayais d'imaginer sa vie là bas, je la recréais dans mes pensées pour éviter de me laisser aller à la colère et au désespoir. Les rêves sont un monde apaisant et parfois la seule chose qu'il nous reste.
Avant Bella il n'y avait eu que le quotidien, insipide mais supportable, pas de frisson, pas de palpitation, juste la vie qui suivait son cours normal, après Bella il ne restait plus que la douleur... sensation d'étouffement, de claustrophobie, une angoisse indicible, l'impression que plus jamais la vie n'aurait de goût, de saveur, que la douleur ne me quitterait plus, qu'elle serait éternelle.
Emily était la seule qui avait rendu tout cela à peut-prêt supportable. Au fil des mois je me nourrissais de sa chaleur, et quand je ne pouvais pas, je dessinais Bella, à l'infini... lorsque la pointe de mon crayon caressait les contours de son corps je pouvais presque imaginer que c'était mes doigts qui couraient sur sa peau délicate. Lorsqu'elle prenait vie sur le papier, c'était devant mes paupières que son image se dessinait, et m'apaisait. Je récréais l'illusion de sa présence en couvrant mon carnet de sa silhouette. Je rêvais et j'apprivoisais son absence, j'essayais de combler le vide abyssal qu'elle avait laissé, dans ma maison, dans mon cœur, dans ma vie...
Et parfois lorsque le silence se faisait trop insoutenable je prenais ma voiture et roulais des miles durant, sans but, sans destination, comme si les kilomètres qui m'éloignaient de ma maison m'éloignaient aussi de ma douleur. C'était comme si ma demeure cristallisait à elle toute seule mon mal-être, m'en éloigner c'était peut-être aller un peu moins mal. A mesure que le bandeau d'asphalte défilait sous mes yeux je me perdais dans mes pensées, ça avait quelques chose de rassurant. Parfois Emily m'accompagnait et souvent nos regards se portaient sur le Pacifique qui nous séparait tous les deux de ceux que nous aimions. Jamais océan ne m'avait paru si cruel.
Et pourtant, grâce à la présence d'Emily, grâce à sa patiente, à sa douceur et sa chaleur, jour après jour Bella devenait un souvenir, un joli souvenir que je chérirai jusqu'à la fin de mes jours. La douleur se faisait moins lancinante, moins dévastatrice, bien qu'elle soit toujours là, tapie dans le fond de mes entrailles, mais sourde et étouffée, elle devenait plus supportable à chaque jour qui passait.
Je n'avais plus peur de me défaire de cette douleur, pendant longtemps c'était la seule chose qui me rattachait à Bella, je la chérissais presque en dépit de toutes les souffrances qu'elle m'infligeait, car c'était un souvenir... la preuve indélébile que notre histoire avait existé, la preuve de son intensité. Cette douleur était à la mesure de notre amour, violent, infini.
Mais aujourd'hui je savais qu'il était possible de se souvenir sans souffrir, sans trop souffrir... le manque était toujours bien présent, chaque fois que je me retrouvais seul dans cette maison glaciale je le sentais prendre procession de moi, cinglant, dévastateur... mais aujourd'hui je n'avais plus peur d'aller mieux. Le chemin de la guérison n'était pas celui de l'oubli, moins souffrir ne signifiait pas l'aimer moins. Bella avait marqué ma vie à jamais et même si j'étais résigné, je ne renonçais pas tout à fait. L'espoir était toujours là quelque part, dans le fond de mon ventre, dans le fond de mes pensées, secret et pourtant perfide, les jours où le manque se faisait plus fort je ne pouvais m'empêcher de me dire peut-être...
Ma rêverie fût interrompue par le bip de mon téléphone m'annonçant un nouveau message vocal.
Salut Ed c'est Emily, je dois annuler notre dîner mercredi, mon frère débarque chez moi. On remet ça à plus tard, je te tiens au courant. Bisous.
Je soupirais, déçu. Nous avions établi une sorte de rituel du mercredi, un dîner, un concert, un cinéma, un théâtre, n'importe quoi mais c'était notre soirée. Un petit moment de joie dans la semaine, un instant de répit, l'assurance que pendant quelques heures je ne serrais pas seul à me débattre avec mes souvenirs.
Tant pis, il faudrait attendre une semaine encore, à moins que nous trouvions un moment pour partager un café avant ça. Mais nos travails respectifs absorbaient la plupart de notre temps. La vie continuait malgré tout, en dépit de nos états d'âmes, elle grouillait, avançait, avec ou sans nous, rien ne pouvait l'arrêter.
Je me levais enfin du canapé, il était plus de midi maintenant, j'avais passé toute la mâtiné perdu dans mes pensées à fixer le pan de mur immaculé.
Dans la cuisine un nouveau souvenir m'attendait, je revoyais Bella assise sur le comptoir quelques mois plus tôt, portant pour seul vêtement une de mes chemises. Nous étions si heureux alors, mais l'intensité de notre bonheur avait été si brève... Les images de nous, de nos quelques jours passés ensembles ici continuaient d'habiter ces murs, c'est ce qui rendait la vie dans cette maison si difficile. Mais parfois je me surprenais à sourire en repensant à ces moments, ils n'avivaient plus la blessure au fond de mon âme, ils étaient doux presque parfois. Se souvenir pouvait aussi être agréable. Peut-être qu'au fond c'était la preuve que je commençais à guérir de Bella, de son départ... je m'étais résigné à son absence et peut-être que maintenant je commençais à accepter... sans colère, sans rancœur, avec moins de douleur... juste accepter.
Je préparais de quoi déjeuner lorsqu'on sonna à la porte. Je m'attendais à trouver Emily, Jasper ou Alice, j'avais peu de visite alors les possibilités étaient limitées mais l'homme qui attendait dehors m'était totalement inconnu.
"-Edward Cullen?"
"-Oui c'est moi même."
"-Bonjour, je m'appelle Garrett, mon nom ne vous dit probablement rien mais je suis venu vous parlez de Bella Swan" Il se trompait, son nom m'était familier. Je serrais la main qu'il me tendait alors qu'une immense vague de froid s'abattait sur moi. Mon ventre se serrait d'angoisse et un terrible pré-sentiment me broya les entrailles.
Je m'effaçais de l'encadrement de la porte pour le laisse entrer, incapable de prononcer le moindre mot tant la peur était insoutenable.
"-J'étais en mission avec Bella en Birmanie, j'ai trouvé votre nom dans son carnet, je pense qu'il vous est destiné."
"-Que lui est-il arrivé?" La peur me nouait le ventre.
"-Elle a été arrêtée par les forces de l'ordre birmanes, enfin kidnappée serait plus exacte. J'ai très peu de temps monsieur Cullen, je fais une brève escale à Seattle avant de me rendre au siège de son agence à New York mais Bella va avoir besoin de toute l'aide possible pour sortir de là. Vous êtes la seule personne qu'elle n'ait jamais mentionnée tout le temps que nous avons passé ensemble en Birmanie. Elle n'a pas de famille et je ne sais pas vers qui me tourner. C'est son journal, elle ne l'avait pas sur elle le jour de son arrestation, lisez-le, de toute façon il vous est adressé."
"-Mais pourquoi a t-elle été arrêtée? Qu'a-t-elle fait?"
"-Rien...'' Il soupira longuement en frottant son visage. ''La présence étrangère est dérangeante pour la Junte, particulièrement l'aide humanitaire. Tous les prétextes sont bons, on nous a tendu un piège. J'ai pu m'en sortir à temps mais pas Bella. Elle a besoin d'aide."
"-Que dois-je faire?"
"-Pas grand chose pour le moment, lisez ça" je pris le petit carnet à la couverture noire abîmée qu'il me tendait
"-Je vous laisse mes coordonnées et je vous appellerai après ma visite à l'agence, j'en saurais plus à ce moment là." Il quitta le perron avant que je n'ai pu ajouter quoique ce soit.
Après le départ de Garrett je restais de longues minutes prostré, hébété, incapable de faire le moindre geste. Bella venait de refaire irruption dans ma vie au moment où je l'attendais le moins.
L'angoisse avait pris possession de tout mon être. Bella arrêtée, kidnappée... en danger à l'autre bout du monde. Bella seule, et probablement terrifiée. Je n'avais aucune idée de quoi faire pour l'aider mais une chose était certaine, je devais remuer ciel et terre pour la sortir de là.
La culpabilité aussi me rongeait, alors qu'ici à l'abri en Amérique je mettais toute mon énergie à l'oublier et à vivre sans elle, elle risquait sa vie, là-bas en Birmanie...
Alors que je tentais tant bien que mal d'ordonner mes pensées je passais mentalement en revue la liste de mes contacts en Asie. Depuis le projet de construction du barrage des Trois Georges ils étaient nombreux, mais jusqu'à quel point pourraient-ils être utiles ?
Je tenais toujours à la main le petit carnet. Garrett avait dit qu'il m'était destiné, j'avais peur de ce que j'allais y trouver, peur de ses mots, de ses pensées. J'allais replonger, indubitablement j'allais m'engouffrer une nouvelle fois dans cette histoire, dans notre histoire, mais au diable les angoisses et les appréhensions, je ferais tout pour la sortir de là.
Doucement, les doigts tremblants j'ouvris son journal.
