Bonsoir! Comme promis voila la suite!
Merci à SBRocket et à LyraParleOr pour... tout!
Merci aussi pour toutes vos reviews!
Pov B
Rangoun 9 décembre 2006
La Birmanie... nous y sommes, depuis presque deux semaines. L'installation a été moins chaotique que ce que j'avais craint. Nous vivons dans une jolie maison, quoiqu'un peu délabrée, de style colonial au Nord du lac Kandawgyi en plein centre de Rangoun. L'ONG loue cette maison à prix d'or, un gros pourcentage revient à la junte et ce simple fait est difficile à avaler. Pour qu'un étranger puisse poser un pied sur le sol birman, il doit copieusement arroser la junte. L'humanitaire est une bonne source de financement pour eux, et rien que ça discrédite notre action. Mais nous n'avons pas le choix alors il vaut mieux l'oublier.
La maison de bois blanc dont la peinture s'écaille abrite huit personnes. Garrett et moi, nous vivons avec deux humanitaires australiens avec qui j'ai rapidement sympathisé, un anglais qui a longtemps voyagé avec Garrett, deux infirmières françaises très jeunes et effacées, elles sont ici depuis trois mois et devraient quitter la Birmanie bientôt, et un médecin malaisien.
Trouver ses repaires dans cette maison surpeuplée n'a pas été simple, mais les choses vont mieux maintenant. J'ai hérité d'une petite chambre dont la fenêtre donne sur le lac. En dépit du manque de climatisation qui rend l'air presque irrespirable elle est plutôt confortable.
Coupée de tout contact avec l'étranger j'ai décidé de commencer ce journal pour conserver les souvenirs de mon passage en Birmanie.
Rangoun 12 décembre 2006
Le temps me manque pour coucher par écrit mon périple, le travail est colossal. Je rentre le soir exténuée et bien souvent il fait déjà nuit, les coupures d'électricité fréquentes nous privent de lumière, impossible d'écrire et de toute façon je n'ai bien souvent qu'une envie, c'est de dormir.
Les choses se sont doucement organisées, j'ai pris en charge un centre pour séropositifs à l'extérieur de la ville. Jusqu'au mois dernier, un médecin anglais y travaillait avec la médecin birmane mais il n'a pu obtenir un renouvellement de visa. Il a dû partir et maintenant je le remplace. Pour combien de temps je l'ignore, ici on travaille au jour le jour sans vraiment savoir de quoi l'avenir sera fait.
Deux fois par jour je dois faire presque une heure de route pour me rendre au centre, l'état des routes est encore plus déplorable qu'au Laos, ces trajets sont un calvaire!
Les sidéens ont été chassés des villes, il n'existe pas un seul centre qui les prend en charge à Rangoun, des associations louent des maisons mais la pression politique est forte et pas un jour ne passe sans l'angoisse de voir le centre fermé par la junte.
La peur flotte en permanence sur Rangoun, c'est comme un poison âcre qui suinte partout dans la ville. L'atmosphère est lourde, pesante, viciée, la présence constante des militaires est oppressante. Impossible d'oublier où on se trouve.
Les étrangers sont regardés comme des ennemis par les militaires, des éléments indésirables. La méfiance est constante. C'est difficile de se faire une place, je ne me suis jamais sentie aussi étrangère en Asie qu'ici. Et pourtant quel pays et quelle ville magnifique!
Le cœur de Rangoun palpite comme seul celui d'une ville d'Asie sait le faire. Malgré la peur, malgré l'oppression, l'ancienne capitale vit et vibre.
Rangoun 16 décembre 2006
Aujourd'hui j'ai pris ma première journée de repos depuis mon installation à Rangoun et ça a été définitivement la meilleure journée depuis mon arrivée en Birmanie.
Depuis le matin une chaleur oppressante s'est abattue sur la ville. Il n'y a un souffle de vent et l'humidité lourde et moite qui flotte dans l'air ne le rend que plus irrespirable, plus les heures filent plus il fait lourd et orageux. L'électricité semble crépiter dans l'air, le ciel a été opaque toute la journée. La nuit est tombée maintenant et pourtant l'orage n'a pas éclaté, je sens qu'il est pour bientôt. Un vent brûlant s'est levé, il soulève des tourbillons de poussière du chemin qui mène à la maison. J'attends avec impatience de voir les éclairs déchirer le ciel.
Ma fenêtre dispose d'un petit balcon en teck, j'aime m'asseoir à même le bois chaud le soir pour remplir mon journal. La maison est déserte, j'ignore où ils sont tous passés, je n'ai vu personne depuis que je suis partie ce matin.
Avant aujourd'hui, je n'avais pas encore vu grand chose de Rangoun, me promener à pieds dans les rues grouillantes de vie m'a fait un bien fou.
On m'avait de nombreuses fois parlé de Scott Market, j'ai enfin pu m'y rendre. L'immense bazar de Rangoun était suffocant de chaleur cet après-midi et pourtant j'ai aimé me fondre dans la foule qui grouillait et se pressait à travers allées pavées. J'ai aimé dévorer des yeux les étals de bijoux et de pierres précieuses colorées qui s'écoulaient dans leur vitrine comme des flots scintillants. J'ai aimé m'enivrer des parfums d'épices et de jasmin qui saturaient l'air déjà moite d'une humide chaleur.
Après ma visite du marché, je me suis arrêtée dans un petit restaurant de rue le temps de boire une soupe de nouilles et de m'imprégner encore un peu de l'ambiance de la ville qui semblait palpiter tout autour de moi. Dans ces petites rues retirées l'oppression de la junte semble si lointaine qu'il est facile de l'oublier. Je me suis délectée du liquide chaud et épicé qui apaise la soif et pour la première fois depuis mon arrivée en Birmanie, je me suis sentie bien...
Rangoun 18 décembre 2006
Reprendre le travail et le quotidien après ma journée à flâner en ville a été assez difficile. J'attends avec impatience ma prochaine journée de liberté. Visiter la ville, l'apprivoiser et mieux la connaître me donne la sensation d'être un peu plus chez moi et j'en ai cruellement besoin. Je sens en permanence le mal du pays qui couve quelque part en moi, mais le mal de quel pays? Le dépaysement se fait cruellement sentir et pourtant je ne pense pas qu'un pays me manque, tout simplement puisque je n'ai d'attache dans aucun... Non ce qui me manque c'est lui... Edward, lui qui me fait me sentir si bien, chez moi et à ma place. Ce n'est pas mon foyer qui me manque, c'est juste sa présence puisqu'il n'y a qu'au creux de ses bras que je me sens chez moi... C'est lui mon attache, c'est lui mon foyer et mon pays et j'ai beau être en Asie aujourd'hui, je me sens comme une étrangère déracinée puisqu'il n'est pas à mes côtés.
Rangoun 21 décembre 2006
Une semaine de travail acharné est passée depuis ma dernière journée de sortie. Demain je vais à la Pagode de Schwedagon, j'aurais voulu que Garrett m'accompagne, simplement pour me distraire de cette étouffante solitude qui commence à me peser, il n'a pu se libérer mais m'a promis de me rejoindre pour dîner en ville.
Rangoun 22 décembre 2006
La pagode de Schwedagon dont les dômes d'or scintillent dans le soleil domine la ville et semble veiller sur elle d'un œil tranquille et protecteur.
J'ai eu l'impression de pénétrer dans un autre monde à mille lieux de Rangoun et de sa grouillante et perpétuelle agitation. Là le seul chant qui se fait entendre est celui des moines, à peine plus sonore que le murmure délicat d'une brise d'été. La mélodie de l'eau des fontaines sur les dalles de pierres accompagne ce chant qui pénètre au cœur des entrailles des visiteurs.
Il flotte un parfum subtil d'encens mêlé à celui des fleurs de lotus, c'est un ravissement pour les sens. Mes pieds nus caressent les dalles d'albâtre fraîches, j'écris ce journal assise à l'ombre des grands arbres qui bordent le jardin du temple. Je voudrais rester là pour toujours, au cœur de cette bulle de sérénité où s'engouffre une brise fraîche et à peine chargée d'humidité.
Je contemple un moment la gigantesque Stupa qu'on dit contenir huit cheveux du Bouddha. Je me sens entièrement pénétrée et transcendée par le magnétisme du lieu.
Comme souvent la pensée d'Edward me traverse, j'aimerais qu'il soit là avec moi pour découvrir la magie mystique de Schwesagon.
Rangoun 22 décembre 2006, plus tard dans la soirée
Garrett a tenu sa promesse, il m'attendait à la sortie de la pagode à quelques pas des militaires en faction qui pesaient sur la tranquillité du lieu.
La présence de Garrett a quelque chose de rassurant, son charisme incroyable est apaisant. Je me sens bien en sa compagnie, il me parle de ses voyages aux quatre coins du monde, de ses expériences, c'est une véritable mine d'anecdotes et j'adore l'écouter me les raconter.
J'ai passé avec lui une excellente soirée, nous avons choisi une minuscule échoppe sur la route du lac pour dîner, les plats étaient succulents et relevés exactement comme je les aimais. La compagnie de Garrett m'a fait oublier ma solitude, il est une sorte de force tranquille sur laquelle on peut se reposer quoi qu'il arrive. Et ça c'est définitivement très rassurant dans un pays plein d'insécurité comme la Birmanie.
Rangoun 24 décembre 2006
Ce soir c'est la veille de Noël. Notre maison n'a jamais eu autant l'air d'un sanctuaire d'exilés que ce soir. Je n'ai pas fêté noël depuis mon arrivée au Laos mais cette soirée a été vraiment agréable. Il n'y avait rien pour nous rappeler la fête traditionnelle en dehors de la présence des uns et des autres, des souvenirs qu'on se racontait, de la chaleur et du bonheur de ne pas être seuls ce soir. On a mangé et bu et on a dansé un peu jusqu'à ce qu'une des coupures d'électricité tristement habituelles nous prive de musique. L'obscurité a sonné le glas de la soirée, chacun s'est retiré dans sa chambre. Ces quelques heures pendant lesquelles nous étions redevenus une poignée d'exilés qui fêtaient quelque chose qui les rassemble et qui leur rappelle leur pays étaient terminées.
Une fois dans ma chambre j'ai enfilé une chemise d'Edward, je me sens encore plus loin de lui ce soir que n'importe quel soir, il me manque tellement... mon chez moi me manque puisqu'il n'est pas près de moi. Je suis la seule à blâmer pour ça alors je supporte cette sensation d'exil en serrant les dents.
Le tissu de la chemise emprisonne encore un peu de son parfum, mais progressivement l'odeur de bois humide qui imprègne tout l'efface alors je plonge le visage dans le tissu avant de l'enfiler.
Je me suis doucement faufilée sur le balcon avec une tasse de thé noir pour remplir ce journal. Le bois exhale encore un peu de chaleur. L'atmosphère est suintante d'humidité, comme toujours ici, elle colle à ma peau, la rendant poisseuse alors que je viens à peine de prendre une douche. J'ai l'impression de sentir le souffle humide de l'Asie qui me caresse.
L'air est embaumé d'un parfum de vapeur d'eau qui vient du lac dans lequel se distille celui des fleurs de jasmin et de lotus.
Un millier d'étoiles brillent ce soir et la lune se reflète dans les eaux noires du lac. Je bois mon thé à petites gorgées et je pense à lui... Lui qui est si loin, mon Edward... pense t-il à moi ce soir? J'aimerais que mes pensées soit suffisamment fortes pour qu'il les ressente, qu'il devine que je pense à lui. Je n'ai pas encore trouvé le moyen de lui faire parvenir des nouvelles et finalement je me dis que c'est peut-être mieux ainsi. J'ignore quand je le reverrai, ni même si je le reverrai un jour... et quand bien même, voudra-t-il encore de moi?
Une puissante odeur de végétation monte à mes narines, l'air est chargé d'une promesse de pluie. J'appuie ma tête contre le mur de bois en contemplant la flèche d'or de la pagode de Schwedagon qui seule brille dans la nuit.
J'aimerais tellement pouvoir arrêter de ressentir... Ce soir c'est la veille de noël et plus que n'importe quel soir je ressens le mal de l'exilée. Ballottée par les vents pour être trop éprise de liberté, je paye pour avoir refusé de m'attacher.
Rangoun 1 janvier 2007
Premier janvier... la nouvelle année commence. C'est l'aube encore et assise dehors sur le balcon de ma chambre je regarde le jour naître sur la Birmanie. Les effluves tièdes qui se prennent dans mes cheveux ne laissent aucun doute sur la chaleur écrasante qu'il fera encore aujourd'hui.
La ville sort des limbes du sommeil, elle qui est encore silencieuse alors que les premières lueurs du jour s'esquissent à l'horizon, ne sera bientôt plus qu'un vacarme assourdissant.
C'est une nouvelle année qui commence et je suis toujours en Asie... comme si depuis sept ans rien n'avait changé, comme si le temps s'était figé à des milliers de kilomètres du pays qui m'avait vue naître. Et pourtant, lorsque je dresse le bilan de l'année écoulée, elle fut bien différente de toutes les autres qui l'ont précédée, c'est cette année que je t'ai rencontré... Edward.
Je murmure ton prénom à voix haute, comme pour te rapprocher de moi, comme pour gommer la distance qui nous sépare. Moyen de te rendre plus réel, moyen de me bercer d'illusions, je l'ignore mais chanter ton prénom m'apaise, ça comble un peu le vide que tu as fait naître en moi. Avant de te rencontrer je vivais un bonheur tranquille, une vie calme et apaisante, pas de remous, pas de frisson, pas de grand embrasement. Mes émotions étaient égales, autant que mes jours monotones. Et puis tu es arrivé, tu as pulvérisé tout cet équilibre que j'avais mis tant de temps à construire, tu as ébranlé les bases de cet édifice que je croyais solide. Tu m'as fait vivre... enfin c'était le frisson, enfin c'était un concentré d'émotions. Enfin je vibrais, je palpitais.
Ironique n'est-ce pas? Cette exaltation j'ai traversé le Pacifique pour la trouver, je me suis perdue au cœur de l'Asie pour me nourrir d'aventure, m'enivrer du sentiment euphorisant de l'inconnu, et c'est un américain de passage qui me l'a offerte. Le frisson je l'ai connu avec toi, ma renaissance fut sous tes doigts.
Et je t'ai quitté... soumise à de vieux démons que je suis trop lâche pour combattre j'ai préféré prendre la fuite. Ce mécanisme est rassurant, je l'ai tant de fois utilisé qu'il m'est plus familier qu'un foyer. Fuir, pour éviter de ressentir, pour éviter de s'attacher, de s'enchaîner. La peur de ne plus pouvoir reculer, la peur de t'appartenir à jamais, la peur de me perdre, les raisons qui m'ont poussé à m'éloigner de toi sont confuses et c'est bien trop douloureux d'y penser. Je préfère me dire que c'est l'Amérique que j'ai fuie, que le poids de ce pays et de ses souvenirs est trop dur à porter pour moi, je préfère me dire que les raisons de mon départ n'ont rien à voir avec toi. Mais c'est un mensonge, ou peut-être un demi-mensonge, l'amour que j'ai pour toi m'effrayait, le bonheur que je ressentais à tes côtés me paralysait. Partir c'était me croire maîtresse du jeu, si c'était toi qui partait je ne m'en serais jamais remise, je me serais effondrée sans possibilité de me relever.
Et tu serais parti, indubitablement, inéluctablement, tu te serais lassé de mes démons, de mes phobies, de mes réactions en demi-teintes, de ma langueur. Je ne suis pas de celles à qui on s'attache...
Et pourtant pas un jour ne passe sans que tu ne me manques, sans que je me demande "et si" comment ça aurait été si j'étais restée. Pas un jour ne passe sans que tu ne hantes mes pensées.
Rangoun 3 janvier 2007
J'ai voulu écrire ce journal pour garder une trace de mon périple en Birmanie, mais plus je couche mes pensées sur papier, plus je m'aperçois que toutes se rapportent à toi. Edward... Alors c'est à toi que je vais l'écrire, tu ne liras jamais ces lignes mais te les adresser me rassure, c'est comme un lien avec toi, un moment réconfortant dans mes journées, celui où je te retrouve, celui où je me laisse à penser à toi.
Rangoun 7 janvier 2007
Rangoun ne sera bientôt qu'un souvenir, nous quittons la ville dans quelques jours. Mon travail ici n'est pas achevé mais je vais passer le relais comme tant d'autres l'ont fait avant moi. L'ancienne capitale est un peu le passage obligé pour tous les humanitaires qui s'engagent en Birmanie, il y a une sorte de confort ici qu'il est agréable de trouver pour commencer. Les choses sont bien organisées ici, ailleurs c'est très différent et le danger est partout. Cela fait plus d'un mois que nous sommes ici, la vie commençait à devenir stable, les rituels se mettaient en place, les choses coulaient paisiblement, mais il va falloir quitter tout ça et recommencer ailleurs. Nous nous dirigeons vers le nord-est, notre destination finale: le pays de Shan. Probablement l'endroit le plus mystérieux et le plus dangereux de toute la Birmanie. Je soupçonne Garrett d'envisager cette destination depuis le début de notre mission, mais il vient tout juste de m'en parler. Je vais le suivre bien sûr, et pourtant je suis effrayée.
J'ignore si je vais quitter Rangoun à regret, je ne sais quel souvenir cette ville laissera en moi. Mes sentiments à son égard sont mitigés, je ne me suis jamais sentie chez moi ici, j'ai toujours eu le sentiment d'être dans cette ville plus étrangère que dans tout le reste de l'Asie, comme si elle m'avait rejetée dès mon arrivée. Son atmosphère est lourde, c'est une ville opprimée dont pourtant le cœur bas toujours avec force, caché dans le dédale de ses rues poussiéreuses. Elle est le symbole de cette Birmanie d'avant junte, de cette Birmanie qui palpite avec celle qu'on surnomme pudiquement La Lady. L'empreinte de Ang Sann Su Ky vibre partout ici, et pourtant personne n'ose prononcer le nom de celle qui derrière les murs de sa maison qui la garde recluse, fait trembler la Junte.
Rangoun cristallise l'atmosphère pensante qui règne sur tout le pays.
Non je ne suis pas sure de la regretter...
Rangoun 12 Janvier 2007
Nous somme dans l'avion qui nous emmène à Mandalay, la nouvelle capitale. Dans l'aéroport je n'ai pu empêcher mon regard de dériver vers le tableau des départs, vers les vols pour la Chine d'où j'aurais pu ensuite revenir en Amérique... Pensées furtives, pensées folles mais qui m'ont néanmoins traversée avec force.
Tu me manques... Je ne cesse d'entendre ces mots que tu as prononcés dans un autre aéroport, à des milliers de kilomètres d'ici, à ces deux mots qui ont fait chavirer mon cœur et qui ont failli me faire renoncer à prendre la fuite. Je les entends dans chacun de mes rêves, ils flottent en permanence dans mes pensées.
Je ne t'ai pas répondu, ultime trahison, comme si je ne les avais pas entendus, et pourtant ils se sont inscrits en moi à l'encre indélébile.
Je t'aime aussi Edward... puisse-tu un jour me pardonner pour tout le mal que je t'ai fait.
Mandalay 13 Janvier 2007
Mandalay, ville sortie tout droit de l'imagination de la Junte, ville artificielle où les rues semblent aseptisées, où rien ne ressemble à l'Asie. Tout est froid ici, calculé, sordide, c'est comme une vitrine de ce que le pouvoir est capable de faire de pire. Nous ne nous éterniseront pas ici. Demain nous prenons la route pour Lashio. Obtenir les laissez passer pour nous rendre en pays Shan n'a pas était facile. Beaucoup d'argent a changé de mains...
L'ethnie Shan effraie la junte, que des étrangers s'y rendent ne fait qu'accroire le danger, et la suspicion.
Je me sens encore plus opprimée ici qu'à Rangoun, chaque regard que je croise me semble hostile. J'aimerais ne jamais être venue en Birmanie.
Lashio 17 Janvier 2007
J'ai l'impression de retrouver un peu ici de cette Asie qui a si longtemps été pour moi mon seul foyer. L'oppression est moins forte, l'air plus respirable. Je me sens un petit peu moins mal mais le manque de toi lui ne disparaît pas.
La voyage entre Mandalay et Lashio a été interminable, la tête collée à la vitre de la vieille voiture qui nous emportait sur la route vétuste je pensais à ces derniers instants que nous avons passés ensembles au Laos. Tu te souviens du chemin vers l'aéroport? Quand nos corps se serraient l'un contre l'autre pour amortir les cahots de la route? Les nuages de poussière voilaient le paysage, nous enfermant dans une bulle qui n'appartenait qu'à nous. Nous étions seuls au monde à cet instant, il n'y avait que ton corps ferme pressé contre le mien, que mes pensées qui se mêlaient aux tiennes à la manière de nos mains.
C'est fou comme tout me ramène à toi...
J'aurais voulu que ces instants n'aient pas de fin, rester tienne pour toujours, plus rien n'a de goût sans toi. Mais j'ai fait s'envoler tout ça pour venir dans ce pays qui me rejette. Ou peut-être est-ce moi qui le rejette? J'ai perdu tous mes repaires, je suis ballottée par les vents, plus seule que jamais, en proie au manque et à la culpabilité.
Namhsan 22 Janvier 2007
Nous voilà arrivés au terme de notre périple. Namhsan est un petit village adossé au flan des montagnes Shan en permanence nimbées de brumes.
La maison où nous logeons Garrett et moi se situe à deux pas d'un monastère qui tient aussi lieu de dispensaire. C'est là que nous allons travailler.
Je ressens ici un peu du souffle du Laos, un peu de sa tranquillité, de son apaisement et pourtant je ne me sens toujours pas chez moi... J'ai la sensation d'avoir perdu mon seul foyer. Et ce n'est pas en quittant le Laos que j'en ai été séparée.
Le village se situe aux portes du Triangle d'Or, sur la route de Mogok dont le nom seul fait frissonner de curiosité. Jamais aucune vallée ne fut plus mystérieuse que celle de Mogok, berceau des plus beaux joyeux du monde, là seules se trouvent les mines du rubis Sang de Pigeon. Cette pierre à la couleur pourpre hypnotisante teintée de bleu. Mogok, dont l'accès est interdit à tous les étrangers.
On sent une aura de mystère flotter sur toute la région, quelque chose de malsain aussi, comme si en permanence nous étions épiés, surveillés.
Les villageois n'ont pas vu notre arrivée d'un œil aussi mauvais qu'on pouvait le craindre, ils ont montré une pudeur toute asiatique mais nous avons finalement été bien accueillis.
Le travail va être colossal, on vient de tout le pays Shan pour se faire soigner au dispensaire. Je me sens plus démunie que jamais, pratiquer la médecine que j'ai apprise dans des conditions aussi sommaires tient lieu du pari insensé. Un simple diabète est impossible à traiter faute de médicaments et on trouve des pathologies gravissimes qui n'existent presque plus nulle part ailleurs. Je crois que je ne suis pas loin d'atteindre mes limites, tout ceci devient trop pour moi.
Namhsan 12 Février 2007
Je suis à Namhsan depuis trois semaines. Je pourrais presque me plaire ici si je ne ressentais pas en permanence un vide béant au creux de mon ventre. Une sensation de manque angoissante que rien ne semble pouvoir combler. Je suffoque, j'ai la sensation de dépérir, d'agoniser, chaque jour ça devient plus difficile de faire semblant, de me convaincre que je peux vivre sans toi.
Namhsan 13 février 2007
Edward je n'y arrive plus, j'en ai marre de lutter. Pourquoi t'oublier est impossible? Pourquoi vivre sans toi est si difficile? Pourquoi j'ai la sensation que tout mon être se rétracte sur lui même? Que toute ma substance s'évapore, que le vide la remplace? Pourquoi j'ai la sensation de me déliter, qu'il ne reste que les souvenirs d'un bonheur passé?
Je veux prendre ce foutu avion qui me ramène dans cette foutue Amérique. Je n'en peux plus de vivre sans toi!
Namhsan 25 février 2007
Je n'ai pas touché à ce journal depuis des jours, je n'en avais pas la force. Penser à toi me fait trop mal.
Et je suis incapable de trouver le courage de renoncer, foutue fierté, foutue obstination, foutue déraison. La seule chose dont j'ai envie c'est de te retrouver mais je suis incapable de m'y résoudre. J'ai trop peur que tu me rejettes, j'ai trop peur d'avoir brisé l'amour que tu me portais. Alors je reste là, je tente de me convaincre que j'ai fait le bon choix. On a besoin de moi ici... c'est ce que je t'avais dit pour légitimer mon départ, pour justifier ma fuite et mon manque de courage. On a besoin de moi ici, mais n'importe qui d'autre pourrait faire l'affaire.
Je me raccroche aux patients que je soigne, ou du moins que je tente de soigner. Je me rassure en pensant que ce que je fais n'est pas totalement vain.
Je ne t'ai jamais parlé de Wai Yan, c'est un petit garçon de sept ans, il vit au dispensaire, son sourire te ferait fondre, sa gentillesse aussi. Il est comme un rayon de soleil qui illumine la vie ici. En plus d'une épilepsie qu'il est totalement impossible de contrôler, il est atteint comme la majeure partie de la population d'un paludisme. Injustice du monde, presque partout ailleurs on pourrait l'aider mais là il faut se contenter d'apaiser ses crises, jusqu'à la suivante... Faire acheminer des médicaments jusque dans les montagnes de Namhsan est un combat qui se solde bien plus souvent par des échecs que par des victoires.
Et en dépit de tout ça, Wai Yan garde un sourire éblouissant, je m'attache de plus en plus à cet enfant, il rend le quotidien moins lourd à porter.
Mais il me renvoie à tout ce que je n'aurais jamais. Parfois j'imagine ce qu'aurait été la vie si j'étais restée à tes côtés, si nous avions fondé une famille, si j'étais devenue la mère de tes enfants. J'imagine ce qu'aurait été la vie si j'avais été moins lâche et moins stupide.
Curieuse ironie du sort n'est-ce pas? J'ai toujours craint que ma vie soit vaine, que je ne laisse aucune trace ni aucune empreinte, alors j'ai décidé de faire des choses pour qu'on se souvienne de moi, mais ça ne semblait jamais assez.
Aujourd'hui je réalise qu'en effet ma vie sera vaine, on ne se souviendra pas de moi, on ne me pleurera pas, je ne manquerai pas...
A poursuivre à corps perdu une utopie j'ai créé autour de moi un grand vide, j'ai éloigné de moi tout ceux qui comptaient et tout ceux pour lesquels j'aurais pu compter.
J'ai rejeté la dernière personne qui était pour moi un port d'attache et un foyer. Je t'ai quitté, et aujourd'hui tu me hais probablement de toutes les forces de ton âme.
Namhsan 27 février 2007
Garrett se désespère de ne plus jamais me voir sourire. Je lui parle souvent de toi tu sais. Ça me fait du bien, c'est comme faire renaître notre histoire en en parlant, la revivre.
Tu sais que parfois j'ai l'impression d'oublier les traits de ton visage, alors dans ces moments-là je ferme très fort les yeux et je tente de redessiner ton image derrière mes paupières closes. Parfois j'arrive à la saisir, mais elle passe furtivement, comme une ombre fugitive. Plus le temps passe et moins je parviens à trouver de réconfort en contemplant ton portrait. Je n'ai même pas une photo, rien qui puisse un peu apaiser le manque qui me consume.
Tout comme le parfum sur ta chemise qui s'estompe, ton visage se gomme et le manque n'en est que plus fort, plus cruel encore.
Namhsan 28 février 2007
La pluie est tombée une partie de la journée, ce n'est pourtant pas encore la mousson mais on sent son souffle chaud et humide partout. La terre rouge exalte un parfum moite et âcre, les nuages s'amoncellent et coiffent le toit des montagnes. Ce matin les lueurs dorées de l'aurore avaient bien du mal à se faufiler entre les rubans cotonneux des brumes.
La jungle semble respirer, enfler à mesure que le souffle de la pluie la caresse. Elle dévore tout, elle grandit, nous engloutit.
Je suis assise sous le porche en bois dont la peinture blanche s'écaille et j'écoute le murmure de la forêt tropicale, je respire son parfum, m'enivre de ses puissants embruns végétales.
Je me délecte avec plaisir de ce rare moment d'apaisement. La nuit est tombée, les étoiles brillent dans le ciel d'un noir d'encre. Parfois un avion se mêle à elles et je me prends à rêver être à son bord, jamais encore avant la Birmanie je n'avais tant rêvé quitter l'Asie. Je ne suis pas chez moi ici.
Et pourtant je me mens à moi-même, ce n'est pas la Birmanie qui a changé tout cela... c'est toi... mais ce soir je garde soigneusement mes pensées loin de tes rivages. Je veux goûter un peu de répit et de tranquillité. Alors j'écoute la musique de la jungle, je me nourris de ses sons, la laisse me dévorer moi aussi, m'étourdir, et m'emporter au loin en son cœur qui palpite.
Namhsan 1er mars 2007
Garrett ne tient déjà plus en place, nous sommes ici depuis seulement deux mois et il conçoit de nouveaux projets. Il veut élargir notre zone d'action. Avec aplomb il étudie toutes les possibilités, fait des demandes de laissez passer, se bat avec l'immobilisme administratif qui a pour but non avoué de nous ralentir, de nous enfermer dans le rôle qu'ils nous ont clairement défini. Je le suis mollement, je ne prends aucune initiative, tout ça ne me fait plus vibrer.
Namhsan 3 mars 2007
L'état de Wei Yan se dégrade, il va mal et ne rien pouvoir faire faute de moyens me rend folle. Je vais peut-être devoir me rendre à Mong La, ville plus chinoise que birmane d'où je pourrais probablement ramener des médicaments. Mais il va falloir obtenir un permis pour s'y rendre et ça risque d'être compliqué et de prendre du temps.
Namhsan 4 mars 2007
J'ai réussi à te tenir éloigné de mes pensées pendant plusieurs jours, petite victoire! J'ai tout fait pour rester occupée, penser à toi est trop dur et pourtant je n'aurais pas tenu bien longtemps. Aujourd'hui tu flottes partout dans les limbes de mon cerveau. Je ne sais quel détail m'a ramenée vers toi, tout est prétexte à me souvenir, tout me rappelle toi, notre histoire.
Alors je suis rentrée du dispensaire plus tôt que d'habitude, j'ai revêtue cette chemise que je t'ai volée, ultime vestige matériel de toi, elle n'a plus ton parfum, elle n'est plus si blanche mais en la portant j'ai la sensation d'être un peu plus près de toi. Et je t'écris...
Peu à peu ce journal devient une sorte de projection de toi. Un lien, le seul qu'il me reste. Dans ce journal tu ne me détestes pas, tu ne m'as pas effacée de ta vie comme je suppose que tu l'as fait dans la réalité, après tout nous n'avons vécu que quelques brefs moments ensemble, dans ce journal tu m'écoutes, tu me réconfortes, tu m'accompagnes, tu es tout simplement là.
Hier je suis allée marcher dans la campagne autour du village, j'aurais voulu que tu sois là. Le pays Shan est magnifique, il flotte dans l'air un je ne sais quoi dans langoureux et de poétique. Je peux rester des heures à seulement contempler le paysage et laisser mes pensées dériver.
C'est la saison chaude, la touffeur de l'air est suffocante, saturée d'une humidité qui prend à la gorge, j'ai du ménager mes efforts tant le souffle venait souvent à me manquer, mais épuiser mon corps a apaisé mon esprit. C'était agréable. L'effort m'empêchait de trop réfléchir.
Des collines qui entourent le village on peut entre-apercevoir la route de Mogok, la vallée se dessine à l'horizon, les torrents de boue rouge et ocre qui dévalent la montagne en montrent le chemin. Quelque chose d'irrésistiblement mystérieux attire le regard vers cette vallée interdite. Je sais que Garrett aimerait s'y rendre, mais enfreindre les règles strictes de la jungle est impossible.
Pour ma part, si l'aura de mystère qui plane sur ce lieu m'intrigue, toute l'atmosphère malsaine qu'on sent peser sur la région m'effraie. Sous la surface la corruption grouille partout.
Namhsan 7 mars 2007
J'ai obtenu le laissez passer pour Mong La. Je prends la route demain, sous l'escorte d'un guide mandaté par les autorités. Les étrangers ne se déplacent pas comme bon leur semble ici, particulièrement lorsqu'ils portent la nationalité américaine.
Garrett ne m'accompagnera pas. Il semble absorbé par ses projets d'extension de notre zone d'activité en ce moment.
Namhsan 8 mars 2007
C'est encore la nuit, il est à peine cinq heures et je suis déjà en voiture pour Mong La. L'obscurité est trop dense pour me permettre de contempler le paysage alors je noircis une nouvelle page de ce journal. Mon guide me regarde d'un œil suspicieux, on n'aime pas beaucoup que les étrangers gardent des traces écrites de ce qu'ils observent ici.
Je vis en ce moment quelque chose qui devrait combler mon désir insatiable de frisson et d'aventure et pourtant je ne ressens rien d'autre qu'une grande lassitude, le goût insipide de ma vie crisse sous ma langue comme les cendres de mon bonheur consumé.
Chaque jour est un peu plus difficile que le précédent, je ne guéris pas de toi. Je crois que je ne le pourrais jamais.
On dit souvent que le temps panse toutes les blessures, apparemment pas celles qu'on s'inflige à soi-même. J'ai toujours l'impression que mon cœur saigne. Le manque est toujours là, cette sensation de vide au creux de l'estomac, cette fébrilité, cette agitation, l'impression de ne pas être complète, de ne pas être entière. Une part de moi m'a été arrachée, je me la suis arrachée et je l'ai abandonnée à l'autre bout du monde. Cette partie manquante de mon âme c'était la meilleure... c'était toi.
Sur la route entre Namhsan et Mong La, 8 mars 2007, un peu plus tard dans la matinée
J'ai dû m'endormir un moment, le jour est maintenant levé et sa clarté encore un peu pâle baigne les rizières qui bordent l'étroite bande d'asphalte. Les brumes du matin flottent sur le vert tendre des plantations de riz, il doit faire bon dehors, la chaleur n'a pas encore établi ses quartiers. J'aimerais sortir faire quelques pas, me dégourdir les jambes et profiter de l'air encore frais. Mais pas d'arrêts aux endroits non autorisés, c'est la règle.
Sur la route entre Namhsan et Mong La, 8 mars 2007, fin de la matinée
Le voyage me semble interminable, je flotte entre veille et sommeil. Lorsque je dors je rêve, je rêve de toi, de ta main qui caresse la mienne, de ton souffle dans mon cou, de tes murmures dans mon oreille. Et lorsque je me réveille la brûlure lancinante de ton absence me déchire les entrailles. J'aimerai ne jamais me réveiller pour continuer à sentir ta présence à mes côtés. Ces rêves sont une bulle d'oxygène qui m'abreuve quelques instants avant d'embraser l'incendie de douleur qui me consume.
Edward, quand vais-je guérir de toi?
Mong La, 8 mars 2007, le soir
Je suis dans une chambre d'un hôtel glauque de Mong La. Tout est glauque à Mong La, cette ville qu'on surnomme la Las Vegas du Triangle d'Or est artificielle, malsaine. Tout ici est conçu pour le plaisir des touristes chinois mais c'est le nid de tous les trafics, de toutes les corruptions. Les joyeux de Mogok qui quittent la Birmanie transitent par Mong La, la production fructueuse des plantations d'opium du Triangle d'or passe à Mong La. L'atmosphère suinte le vice, l'argent sale. Ici tout se vend, tout s'achète.
Je frissonne dans les draps moites d'humidité, je suis certaine que je ne pourrais fermer l'œil de la nuit. Par la fenêtre les lumières vives et criardes des néons publicitaires inondent la chambre.
Pourquoi suis-je ici et pas dans tes draps blancs, entre tes bras, pressée contre toi?
Mong La, 9 mars, le soir
J'ai trouvé les médicaments pour approvisionner le dispensaire pendant quelques semaines. Ça ne sera pas suffisant, rien ne serait suffisant, mais il faudra s'en contenter. C'est ma dernière nuit à Mong La, je reprends la route demain matin et j'en suis plus que soulagée.
Tout à l'heure au restaurant où j'ai dû inviter mon guide à dîner j'ai rencontré la chinoise de Singapour, cette Li qui semblait si bien te connaître et de qui tu m'avais clairement conseillé de me méfier.
Nos regards se sont croisés une fraction de seconde et pourtant je sais qu'elle m'a reconnue, dans ses prunelles sombres dansait une lueur inquiétante.
J'ignore ce qu'elle fait à Mong La, je n'imagine personne ayant des activités saines fréquenter cette ville.
Le monde est petit n'est-ce pas? Ironie du sort, croiser à l'autre bout du monde quelqu'un qui me ramène à toi, comme un rappel incongru de ces moments d'intense bonheur que nous avons partagés ensemble. J'aimerai être encore dans cette suite à Singapour, dans ma cabane au Laos avec toi, dans ta grande maison au cœur de l'hiver à Seattle, comme le froid de la neige serait agréable après la touffeur de l'air birman, comme tes bras seraient réconfortants après la solitude de mes nuits ici.
J'aimerais avoir le courage de prendre le chemin du retours, vers le seul foyer que j'ai jamais connu... toi... J'aimerais avoir le courage de revenir à toi. Le courage de prendre le risque que tu me rejettes...
J'aimerais avoir le courage de prendre le chemin du retour vers le seul foyer que j'ai jamais connu… Toi… Je veux revenir vers toi, je veux prendre le risque que tu me rejettes…
