Bonsoir bonsoir! Un peu en retard sur ce qui était prévu, voila la suite!

Merci pour vos reviews.

Un grand merci à mes supers SBRocket et LyraParleor pour tout!

Je vous souhaite de très bonnes fêtes de fin d'année et vous dis à très bientôt!

Pov E

Je tenais Bella serrée contre moi, profitant juste du fait de sentir sa peau contre la mienne, de son souffle dans mon cou. Elle était là et la peur refluait, il n'y avait plus de passé, peut-être plus d'avenir non plus, juste ce moment où je la savais en sécurité. Elle ne dit pas un mot, je ne parlais pas plus qu'elle comme si une parole risquait de briser cet instant. Jared se tenait dans un coin de la pièce, comme absorbé par les murs gris, tentant de se faire oublier ou de disparaître.

Les longues minutes que nous passâmes dans la petite pièce aux murs humides furent comme suspendues hors du temps. Une demie-heure peut-être s'écoula avant que nous soyons définitivement fixés sur son sort.

Je pressais son corps frêle contre le mien, constatant à quel point elle avait maigri, je caressais son dos avec douceur et délicatesse, comme par peur de la briser. Les larmes menaçaient de glisser le long de mes joues, larmes de joie et de soulagement aussi.

Un homme finit par entrer, faisait voler notre quiétude en éclat. L'angoisse encore... cette fois nous serions fixés sur le sort de Bella...

L'homme dont la face ronde transpirait dans la moiteur ambiante n'exprimait pas la moindre émotion, tout au plus un mortel ennuie, il tenait à la main une petite pochette contenant les effets qui avait étés confisqués à Bella à son arrivée, un passeport, quelques feuilles à l'allure officielle, un morceau de crayon, une pince à cheveux, qu'il lui tendit brutalement.

Elle était libre...

Tous nos efforts n'avaient pas étés vains, elle quittait cet enfer. Je ne saurais décrire l'intensité de la boule de soulagement qui explosa en moi alors qu'on nous raccompagnait vers l'immense portail de fer. C'était une ivresse de joie comme je n'en avais jamais connue encore. Bella serrait ma main avec force, du moins avec toutes les forces qui lui restaient. J'avais peur qu'elle ne s'effondre à chaque pas tant solliciter ses muscles semblaient difficile. Un sourire flottait sur ses lèvres et ses yeux étaient humides alors qu'elle contemplait la rue et le ciel, comme si elle voulait emmagasiner toutes les images de sa liberté retrouvée.

Nous regagnâmes l'hôtel que Jared et moi avions quitté de longues heures plus tôt quand je n'osais encore espérer que Bella y retournerait avec moi. Dans la rue grouillante de bruit et de mouvement je tenais la main de Bella serrée dans la mienne. Elle marchait lentement, la lumière aveuglante du soleil semblait la déranger. Tout le temps que dura le chemin je ne sus quoi dire, tous les mots que je pourrais prononcer me paraissaient vide de sens, rien n'était approprié, rien n'était suffisant après l'enfer qu'elle avait vécu. Tout ce que j'avais envie de lui dire m'aurait semblé d'une affligeante banalité, alors je me contentais de lui tenir la main, de marcher son corps pressé contre le mien et tentais avec mes gestes plein de douceur de faire passer tout ce que mes mots auraient été incapables de lui dire.

Si un hôtel juste face à la prison m'avait semblé un très bon choix avant le procès, je me rendais maintenant compte de mon erreur en surprenant le regard de Bella qui s'échappait par la fenêtre de la chambre pour se poser sur les blocs gris et sinistres d'Insein.

"-Jared est parti chercher de quoi déjeuner. Depuis combien de temps n'as-tu pas mangé Bella?" Ma voix était un peu enrouée, comme hésitante, c'était la première phrase que je prononçais depuis que je l'avais retrouvée et elle était d'une glaçante banalité. Mais après ce qu'elle avait vécu, qu'est-ce qui ne le serait pas?

"-Euh... un moment." Sa voix était rauque, asséchée, comme si elle ne l'avait pas utilisée depuis si longtemps qu'elle ne savait plus vraiment comment la faire fonctionner.

J'allais à la fenêtre et baissais le store, plongeant ainsi la pièce dans une douce obscurité.

"-Tu veux peut-être prendre une douche?"

"-Oui... je veux bien. Je suis tellement fatiguée. Je... Merci Edward, et pardonne moi..." Les larmes dévalaient abondamment sur ses joues maintenant. Je la pris dans mes bras, embrassant le sommet de sa tête, désarmé face à ses pleurs. Elle semblait hébétée, sidérée, et si abîmée...

"-Chut Bella, chut, tout va bien aller maintenant. Viens." Alors qu'elle tentait de calmer ses sanglots je la guidais vers le petit réduit qui faisait office de salle de bain. J'ouvrais le robinet qui crachota difficilement une eau presque couleur rouille. Il fallu attendre un long moment avant qu'elle soit tiède et un peu plus claire.

En attendant je brossais ses cheveux du bout des doigts, je n'avais pas de brosse et pourtant sa longue chevelure aurait mérité quelques soins. J'espérais ainsi lui apporter un peu de réconfort, son silence me désarmait, je comprenais qu'elle ait besoin de temps pour reprendre contact avec la réalité, mais j'avais à savoir comment agir.

Je lui laissais un peu d'intimité pour prendre sa douche et fouillais dans mon sac pour lui dénicher un jogging et une chemise, de celles qu'elle aimait tant porter avant que tout cela n'arrive et que notre petit monde explose.

Pendant le déjeuner Bella mangea peu, son organisme n'était certainement plus habitué à recevoir la quantité de nourriture normale d'un repas. Elle but un peu de soupe, grignota quelques grains de riz. Elle remercia aussi longuement Jared pour toute l'aide qu'il nous avait apportée. Sa voix sonnait un peu moins rauque et douloureuse à chaque fois qu'elle parlait.

Pendant tout le repas elle tint ma main dans la sienne, comme si le contact de nos peaux la rassurait, l'apaisait, et il m'apaisait moi aussi. C'était comme si la toucher était le seul moyen de vérifier que tout cela était bien réel, qu'elle était bien là, avec moi, libre et en sécurité.

L'après midi je laissais Bella dormir, elle avait tant besoin de reprendre des forces. Avec Jared nous allâmes lui acheter des vêtements, des affaires de toilette, et les billets d'avion pour la Thaïlande. Je n'avais qu'une hâte: quitter la Birmanie et emmener Bella avec moi, le plus vite possible, comme si les juges d'Insein risquaient de changer d'avis et de la remmener dans leur enfer.

Bella dormit presque tout l'après-midi et toute la nuit qui suivit. Sauf que cette fois elle était blottie dans le creux de mes bras. Je caressais sans fin son corps si maigre que je sentais chacun des reliefs osseux sous sa peau soyeuse. Son sommeil fut troublé par des cauchemars qui semblaient d'une violence inouïe, son petit corps mince se tortillait dans mes bras et la sueur couvrait son front. Plusieurs fois elle se réveilla en sursaut, la respiration haletante. La voir dans cet état me nouait le ventre, j'étais partagé entre soulagement intense et inquiétude. Redeviendrait-elle un jour cette femme si forte que j'avais rencontrée dans la jungle Laotienne? Parviendra t-elle à oublier les mois passés? Ou au moins apprendra t-elle à vivre avec ce souvenir? Elle était une chose infiniment précieuse et fragile que j'avais envie de choyer, de protéger de la dureté du monde, mais elle était si éprouvée que j'avais peur de la briser à chaque geste brusque.

Le lendemain nous prîmes l'avion pour la Thaïlande. Jared nous accueillais dans son hôtel le temps que nous souhaitions. Je devais tellement à cet homme que je ne connaissais pas il y a encore quelques semaines que je ne pensais pas qu'un jour je pourrais solder la totalité de ma dette envers lui.

J'ignorais ce que Bella avait prévu de faire ensuite, où elle voudrait aller. Je ne savais pas si je ferais partit de son futur bien que j'espérais au plus profond de mon être que ça serait le cas. J'étais prêt à vivre n'importe où si c'est ce qu'elle souhaitait, vivre en Asie, retourner en Amérique... n'importe où tant que c'était avec elle. Cette décision, celle de tout plaquer, que je n'avais pas été capable de prendre quelques mois plus tôt me semblait évidente aujourd'hui. La culpabilité me rongeait, peut-être que si j'avais été capable de la prendre plus tôt, elle ne serait pas partie en Birmanie, elle n'aurait connu ni la prison, ni toutes ces souffrances. Mais je ne pouvais en être vraiment certain, Bella avait toujours été indomptable, insaisissable, mais aujourd'hui ils semblaient l'avoir brisée et je me doutais qu'il allait falloir longtemps pour qu'elle panse ses plaies.

Nous ne parlions pas du futur, ni de ce qui allait se passer ensuite. Chez Jared, Bella passait de longues heures allongée au soleil, semblant se délecter de sa caresse sur sa peau, comme si elle savourait la moindre étincelle de vie, elle admirait le monde fascinée après en avoir été si longtemps privé. Parfois je la regardais de la terrasse s'étirer comme un chat dans les rayons du soleil, elle était tellement belle. Doucement je la regardais reprendre vie...

Souvent je m'allongeais près d'elle, nous parlions peu mais sa main venait toujours rejoindre la mienne, ou mes doigts se perdaient dans ses cheveux. Le contact de nos peaux pour oublier que nous avions si longtemps été séparés.

"-Comment tu m'as retrouvée?" Cela faisait presque deux semaines que nous étions en Thaïlande et c'était la première fois qu'une question de ce genre était abordée.

"-Garrett, il est venu me voir, avec ton journal..." un long silence suivit ma déclaration.

"-Je pensais ne jamais sortir de là bas Edward. Merci. Merci pour tout!"

"-Chut Bella... je regrette tellement d'avoir mis tant de temps à te sortir de là. C'était comme se battre contre un mur." Je n'étais pas prêt à lui raconter les détails de sa libération, je crois même que je ne lui raconterais jamais totalement. J'aurais fait tellement plus si sa liberté avait été à ce prix.

"-Est-ce qu'un jour tu pourras me pardonner?"

''-De quoi Bella?"

"-Tu as lu mon journal, tu sais à quel point je regrette."

"-Il n'y a rien à pardonner..."

"-Si, je suis partie."

"-J'ai toujours su que tu risquais de partir. C'est ce qui m'a attiré, fasciné chez toi au début Bella, ton côté insaisissable, mystérieuse et indomptable. C'est moi qui n'ai pas su te retenir..."

"-Je t'aime Edward." Ces mots que je ne pensais pas entendre prononcés par sa bouche un jour, je les entendais enfin, au moment où je m'y attendais le moins. Alors, pour la première fois depuis que je l'avais vue s'éloigner à l'aéroport de Seattle après que je lui aie dit ces mêmes mots, je posais mes lèvres sur les siennes. D'abord avec douceur, avec timidité presque, comme si je jaugeais sa réaction et lorsque ses lèvres se mirent doucement à caresser les miennes, mon baiser se fit plus urgent, plus impérieux et plus passionné.

Sentir le goût de sa bouche, la caresse humide de sa langue et avoir la sensation d'être rentré à la maison. Être bien, juste bien et tout oublier... J'aurais voulu que ce baiser n'ait jamais de fin, lorsque nous dûmes rompre notre étreinte, nous étions tous les deux à bout de souffle, les joues rouges et dans son regard je pouvais voir une étincelle d'émotion qui devais faire échos à celle dans mes yeux. A cet instant, j'avais véritablement la sensation de l'avoir retrouvée.

Cette nuit là, alors que l'obscurité baignait la chambre où nous dormions juste chastement enlacés depuis notre arrivée Bella se nicha un peu plus contre moi. De ses lèvres humides elle embrassa le creux juste sous mon oreille, faisant naître en moi un désir que je n'avais pas ressenti depuis de très longs mois.

"-Fais moi l'amour Edward..." C'était presque une supplique, murmurée d'une petite voix mal assurée et pourtant vibrante d'urgence et de désir.

Pendant une seconde je suspendis mes caresses lascives dans son dos, pas sûr d'avoir bien entendu, mais son corps se frotta plus contre le mien.

"-Fais moi oublier..." Je pris ses lèvres doucement, avec une infinie tendresse. Moi aussi je ne voulais rien d'autre qu'oublier, lui faire oublier et me perdre en elle.

Ce besoin était vital, urgent, sentir le goût de sa peau, sa chaleur autours de moi, cueillir ses soupirs sur le bord de ses lèvres... Oublier l'amertume des mois passés, l'angoisse et les peurs et juste les laisser se dissoudre dans l'intensité de ce moment, dans le plaisir de nos corps qui bougeaient lascivement ensemble. Oublier et la retrouver...

Profondément ancré en elle, lorsque nos corps ne firent plus qu'un je me sentis enfin chez moi, à ma place, entier et comblé. Nos regards s'étaient liés et je me fis à cet instant la promesse de ne plus jamais la perdre. Je me battrais pour elle à chaque seconde, jusqu'à la mort.

De ma bouche je m'appliquais à effacer de son corps toutes les marques des mois d'enfer qu'elle avait vécus. Sur ses poignets s'étendaient encore les ombres bleutées des hématomes qu'avaient laissés ses chaînes, ils commençaient à pâlir, mais je voulais de mes baisers en estomper le moindre fragment.

J'allais tout faire pour qu'elle se sente bien de nouveau, tout le temps qu'elle me laisserait passer près d'elle, je veillerais à la combler.

Lorsque nous eûmes repris notre souffle et que nos corps moites et frémissants restaient pressés l'un contre l'autre, je posais enfin la question qui me brûlait les lèvres depuis deux semaines.

"-Et maintenant Bella, que veux-tu faire? Où veux-tu aller?"

"-Rester avec toi." Elle leva vers moi son visage et m'adressa un regard suppliant qui me brisa le cœur, comme si j'avais pu vouloir autre chose que de rester près d'elle. J'embrassais ses lèvres, doucement, un peu chastement.

"-Je t'aime Bella." Elle poussa un profond soupir qui ressemblait à quelque chose comme du soulagement et murmura un petit je t'aime qui résonna longtemps dans l'obscurité de la chambre.

"-Où veux-tu vivre maintenant? En Thaïlande? Retourner au Laos? A Seattle?" J'aurais accepté n'importe quoi, elle aurait voulu s'enterrer au fin fond de l'Himalaya que je l'aurais suivie, et avec plaisir.

"-A Seattle, ramène moi chez toi Edward."

"-D'accord Bella, rentrons chez nous."

"-A la maison..." C'était un murmure qui gonfla mon cœur de joie. Je savais ce que ça lui coûtait de prononcer ces mots et d'essayer de considérer de nouveau l'Amérique comme sa maison. Mais elle rentrait avec moi...

Pov B

Je prenais l'avion qui me ramenait en Amérique. Edward tenait ma main serrée dans le creux de la sienne, j'avais du mal à réaliser qu'il était là, que j'étais libre et qu'il m'avait retrouvée.

J'ignorais comment il s'y était pris pour m'extirper aux griffes de la Birmanie, mais j'étais là sur le tarmac de l'aéroport et pour la première fois depuis très longtemps, j'avais l'impression de reprendre le chemin de la maison...

Les semaines passées j'étais restée prostrée dans une sorte d'hébétude, incapable d'appréhender la réalité. Je me laissais porter par le défilé des jours, je me nourrissais de la douceur d'Edward, de sa chaleur. Il était mon point d'ancrage. Je passais de longues heures étendue au soleil, à m'émerveiller d'être en vie. Tout semblait plus intense maintenant et pourtant je n'avais envie que de rester prostrée dans les bras d'Edward. De sentir le contact de sa peau contre la mienne, son parfum, mélange d'ambre, de cèdre et de quelque chose d'irrésistiblement Edward. Ce parfum familier qui était le seul capable de me calmer, de faire refluer les vagues d'angoisse que je sentais souvent monter en moi. Dans ces instants je voulais me lover dans ses bras, protégée dans son étreinte et oublier le monde qui m'entourait.

Oublier... réapprendre à vivre... dompter la panique.

Elle était encore trop souvent présente cette angoisse, je sentais ses tentacules se déployer dans le fond de mon ventre, agripper mes entrailles, les enserrer, elle m'attirait vers les profondeurs, là où tout espoir semblait mort. Un tunnel sans fin qui me faisait suffoquer, perdre mon souffle.

"-Ça va Bella?" Nous étions dans l'avion, Edward n'avait pas lâché ma main, je sentais le regard curieux des passagers sur les sièges à côtés braqués sur moi. J'avais juste envie de fermer les yeux et de me blottir dans le cou d'Edward. Il avait senti mon trouble, je tentais vainement de reprendre une respiration plus calme lorsqu'il se penchait vers moi et murmura des paroles apaisantes à mon oreille et la panique reflua.

Pourrais-je un jour le remercier suffisamment de tout ce qu'il avait fait pour moi? Je ne pensais pas cela possible. Et dire que quelques mois avant j'avais choisi de fuir, de m'éloigner de lui, de m'accrocher désespérément à ce vieux réflexe, à ce que je croyais être un besoin vitale d'évasion.

Pendant longtemps j'avais tout fait pour gommer de ma vie toute attache. Déracinée par les vents je me laissais porter par les courants de la vie. Sans port, sans entrave, je croyais être libre. C'était pourtant une vie stérile et aride. Sans être à aimer, sans personne pour qui compter, j'étais libre, mais libre de dépérir seule...

La vie est étrange parfois, les plans qu'on trace avec minutie explosent en vol, les rêves qu'on croyait avoir finissent par se déliter, on aspire à obtenir ce qu'on croyait détester.

Je me laissais bercer par le ronronnement de l'avion, le parfum d'Edward m'entourait de la petite bulle protectrice dont j'avais si désespérément besoin. Je savais que les angoisses et les peurs mettraient du temps à disparaître, que pendant de longs mois encore je rêverais des murs d'Insein, de la solitude et du désespoir, de cette impression de devenir folle et de disparaître. La liberté avait le goût fragile des choses qu'on ne pensait jamais obtenir, j'avais peur de la voir s'évanouir chaque fois que je baissais ma garde.

Je me sentais un peu perdue, ne voulant pas croire tout à fait à ce bonheur, comme un rêve qu'on évite de raconter pour le voir se réaliser.

On m'offrait un nouveau départ, une chance, une rédemption et tout cela je le devais à Edward... Je serrais sa main un peu plus fort. Il m'adressa un petit sourire confiant et heureux. Je savais qu'il m'avait entièrement pardonnée d'être partie, d'avoir fui, encore une fois... Il avait lu mon journal, il connaissait l'immensité de mes regrets. Mais je n'étais pas certaine qu'à sa place j'aurais pu me pardonner, je lui avais fait du mal, je nous avais fait du mal et pourtant ça ne l'avait pas empêché de venir à l'autre bout du monde et de m'arracher aux griffes de la Junte. Chaque fois que je lui posais des questions sur ma miraculeuse libération il restait évasif. J'imaginais sans peine la fortune et les efforts qu'il avait dû déployer pour me sortir de là où je m'étais empêtrée seule à vouloir le fuir lui et l'intensité des sentiments que j'avais pour lui.

J'espérais maintenant être capable de lutter contre la peur, de m'attacher, de cesser de prendre la fuite dès que je me sentais trop impliquée. Mais j'étais sure d'en être capable ,je ne voulais rien d'autre que passer le restant de mon existence à ses côtés. Et de toute façon, impliquée je l'étais, totalement, irrévocablement, je l'aimais plus que je n'aurais jamais cru être capable d'aimer.

Je pensais à cette nouvelle vie qui s'offrait à moi, et à celle que je laissais derrière. A l'Asie, à ses rizières, à ce continent que j'avais cru être mon foyer, à cette existence de solitude qui chaque année m'avait pesé un peu davantage.

Je pensais à Edward, à notre rencontre, aux moments de bonheur que nous avions passés ensemble, ils étaient sans conteste les plus heureux de ma vie, mes meilleurs souvenirs... Chaque fois que je voulais penser à quelque chose d'agréable, c'était à lui... Il était mon havre de paix, dans ses bras je me sentais inatteignable, protégée. Il était l'âme qui avait su capter la mienne, et la lier... Je n'étais plus la déracinée, baladée au gré de ses fantaisies, de ses peurs et ses envies de fuir... j'étais la femme qu'il tenait dans ses bras et il n'y a que là que je me sentais vraiment à ma place, sans doute, sans peur, juste heureuse de l'instant présent. Confiante, parce que je savais que quoi qu'il arrive, tant qu'il serait là, rien de mal ne pourrait arriver.

Nous survolions le Pacifique depuis un long moment lorsqu'Edward sortit son iPod de son sac, il glissa un écouteur à mon oreille. Nocturne de Chopin. Je laissais mes pensées dériver vers le piano de la chambre d'Edward, vers cette grande maison de verre et de lumière à Seattle. Elle cristallisait les derniers instants de bonheur que j'avais vécus avec Edward avant que je ne fasse tout voler en éclat. Cette maison que j'avais fuie, j'allais la retrouver aujourd'hui, et avec bonheur. Peut-être deviendrait-elle ma maison... qu'importe l'endroit où nous vivrons, ça pourrait être n'importe où, c'était lui mon véritable foyer... Edward, mon port d'ancrage et mes amarres. Maintenant je ne me sentais plus seule à me débattre dans le monde. Nous étions deux, un tout...

J'en avais fini avec les envie de frissons, les missions humanitaires aux confins du monde pour me sentir vivre et exister. Je me sentais exister dans les yeux pleins de douceur qu'il posait sur moi.

Je savais que quoi qu'il se passe maintenant, ma vie ne serait pas vaine parce que j'avais compté pour quelqu'un... Dans la mémoire de quelqu'un au moins j'existerai.

Lorsque le souvenir de ce que j'aurais fait dans ma vie se sera depuis longtemps estompé, il restera ça, celui de notre amour.

Je n'avais aucune idée de ce que j'allais faire dans l'avenir. Reprendre un travail à l'hôpital ? C'est ce qui avait précipité ma fuite il y a presque cinq ans, je n'étais pas certaine de vouloir reprendre ce risque. Envoyer promener tout ce en quoi j'avais cru jusqu'à maintenant et faire complètement autre chose ? Peut-être.. je n'en avais pas la moindre idée et cela n'avait aucune importance. Je me sentais plus vivante que jamais, j'avais cherché le frisson d'exaltation jusqu'au bout du monde, c'est maintenant que je le ressentais, c'était comme si toutes les possibilités m'étaient offertes. J'allais devoir me ré-acclimater à l'Amérique, la vie d'Edward était là bas, il avait déjà tant fait et tant sacrifié pour moi que je ne pouvais pas lui demander d'en plus abandonner ça. Et je n'en avais pas envie. J'en avais fini avec l'Asie, il m'en resterait de beaux souvenirs de ma vie au Laos et quelque chose d'amer et de traumatisant de la Birmanie.

C'était une page qui se tournait, alors que j'avais cru que le livre prenait fin, un nouveau chapitre s'ouvrait. Avec Edward... et j'étais impatiente d'écrire ces nouvelles pages de notre vie.

On nous annonça la descente vers Seattle. Je jetais un regard par le hublot mais ne vis rien d'autre que d'épais nuages gris. C'était pourtant presque l'été...

Edward venait de se réveiller, il me jeta un regard qui se voulait confiant mais où je décelais une pointe d'inquiétude. Peut-être craignait-il que je prenne la fuite une nouvelle fois. Mais cela n'arriverait pas, jamais, pas tant qu'il serait à mes côtés.

Je déposais un baiser sur ses lèvres pour lui signifier que tout allait bien pour moi.

Le train d'atterrissage toucha le tarmac, j'étais de retour en Amérique et pour longtemps cette fois.

Les doigts d'Edward se lièrent aux mien, je sentais un mélange d'appréhension et d'excitation courir en moi.

''-Nous sommes de retour à la maison.'' Ma voix n'était qu'un filet à peine audible, comme un murmure à moi même, comme si je tentais de me convaincre de la véracité de mes mots. Ce n'était pas d'être de retour ici qui me faisait me sentir à la maison, c'était d'être avec lui...

Edward m'adressa un sourire éblouissant, il était heureux, et je l'étais aussi.