Bonsoir! Comme promis, voila la toute fin de Parfum d'Asie! ça me fait un petit truc de passer cette histoire en "fiction complète quand même"! J'espère que vous avez autant aimé la lire que moi l'écrire, malgré le temps que ça a mis! ;)
Merci à toutes pour vos review!
Un grand merci à la super team SBRocket et LyraParleOr pour tout! Sans elles mes fics ne ressembleraient pas à grand chose!
Je vous dis à bientôt et merci pour vos encouragements!
5 ans plus tard
Pov B
Lorsque j'entrouve les paupières je ne distingue rien d'autre que le noir. Il me faut quelques secondes pour me souvenir de l'endroit où je me trouve. Un coup d'œil rapide au réveil m'indique qu'il n'est pas encore cinq heures. Je pourrais me rendormir mais je n'ai plus sommeil alors je m'assois contre la tête de lit, le drap glisse sur mon corps nu.
L'homme à mes côtés se retourne dans le lit et s'étend sur le dos, un instant je crois qu'il va se réveiller mais non, sa respiration se stabilise, redevient profonde et apaisée. Son sommeil est bien moins léger que le mien, mais ça me laisse tout le loisir de l'admirer.
Mes yeux se sont habitués à l'obscurité et le mince filet de lune qui filtre dans la chambre me permet de détailler son corps nu. Le drap ne le couvre qu'à partir de la taille, son torse musclé monte et descend au rythme régulier de sa respiration. Son visage est doucement baigné dans la lumière de la lune, une mèche de cheveux s'est collée sur la peau humide de son front. L'air de la petite chambre est chaud et moite.
Je me perds dans la contemplation de son visage, il a l'air tellement serein. Ses traits sont parfaitement détendus, même les petites ridules qui ont creusé le coin de ses yeux au fil des années semblent presque effacées. Sa bouche est entre-ouverte et son souffle tiède caresse ma peau. J'aimerais me blottir contre lui, l'embrasser, qu'il me serre dans ses bras mais son sommeil est bien trop précieux pour que je le réveille, alors je quitte le lit avant de ne plus pouvoir me retenir et de me fondre contre lui tant mon besoin de toucher sa peau est perpétuel.
J'attrape une de ses chemises qui traîne sur le sol de la chambre et l'enfile. En passant dans la cuisine je mets de l'eau à bouillir et du thé noir à infuser. Je sais que ma nuit est bel est bien finie et puis je veux profiter de chaque seconde de cette nouvelle journée. Le sommeil qui n'a jamais été mon plus grand allié ne cesse de me fuir depuis quelques années, depuis la Birmanie...
A mesure que passent les années et que le souvenir se fait moins virulent dans ma mémoire mes nuits sont plus longues et un peu moins peuplées de cauchemars mais je sais que ça mettra beaucoup de temps à s'estomper et peut-être même que ça ne disparaîtra jamais tout à fait.
En préparant mon thé je repense à ces mois là bas, à la prison, à l'enfer... mais je force très vite mes pensées à s'éloigner de ces souvenirs, les revivre m'est toujours aussi difficile.
Ma tasse fumante à la main je sors sur la terrasse. Le bambou est tiède sous mes pieds. Je respire une longue bouffée d'air saturé d'une puissante odeur végétale. Il a plu cette nuit, mais ça n'a pas rafraîchi l'atmosphère qui est lourde, humide. Je la respire avec délectation. La lune se baigne dans les eaux sombres et troubles du lac, on dirait qu'elle s'y noie, la surface est parfaitement lisse, comme un miroir, elle a quelque chose de surnaturel et d'inquiétant.
Je ferme les yeux un instant pour écouter le murmure de la jungle, qui n'a finalement rien de discret, la nuit elle vibre, ronronne, palpite. Le monde des humains s'efface devant cette luxuriante débauche végétale, elle le dévore, l'engloutit. Un frisson me traverse, tous mes sens sont en alerte, mon esprit flotte dans le parfum entêtant des frangipaniers, des lotus et des hibiscus.
Le thé brûlant a un goût âpre sur ma langue, un goût d'Asie. Je le savoure à petites gorgées, comme pour prolonger le plaisir. Le souffle chaud de la jungle caresse ma peau presque nue et je me délecte du bonheur d'être ici.
Le bois de la terrasse craque derrière moi, je sais que je ne suis plus seule. En effet, il est venu me rejoindre et dépose un baiser sur mon épaule avant d'entourer ma taille de ses bras. Je me presse contre lui, voila ce qui me manquait pour que mon bonheur soit entier, sa présence et le contact de son corps contre le mien.
Nous restons un long moment silencieux dans l'obscurité, bercés par la mélodie de la nature.
Je ne sais à quoi il pense mais j'espère qu'il est aussi heureux que je le suis. Mes pensées se perdent dans les souvenirs de ma vie et je pense au tournant si inattendu qu'elle a prit. C'est étrange de voir comme on peut se tromper de rêves, comme les choses qu'on croyait ne jamais désirer peuvent devenir les seules capables de nous combler.
Ma vie a été une longue errance, une poursuite infinie après des illusion. Je ne pensais jamais trouver ce qui pourrait combler le vide abyssale que je ressentais. Je croyais désirer la solitude, je poursuivais le frisson, j'avais peur de la vie normale, de la stabilité, alors je fuyais... tout plutôt que m'enraciner.
J'étais venue me perdre au cœur de l'Asie, j'avais cru y trouver le bonheur, mais comme tout dans ma vie ça avait été éphémère, l'ennuie avait fini par s'installer ici aussi.
Et puis il était arrivé... par hasard ou par destin, impossible de savoir ce qui pousse deux exilés en mal de bonheur à se trouver si loin de leur terre natale, dans un lieu sauvage isolé par la jungle...
Edward... il avait été ma rédemption, c'était lui mon véritable frisson, mon rêve de bonheur inatteignable. Comme un raz-de-marée il était entré dans ma vie, balayant tout sur son passage, bouleversant toutes mes convictions, brisant la fragile stabilité que je croyais avoir trouvée.
J'appuie ma tête contre le torse de l'homme dans mon dos. Ses doigts caressent mon taille, je me délecte de ce contact qui fait naître une douce chaleur dans mon ventre. Les picotements familiers du désir courent sur ma peau, dissipant mes pensées.
La nuit va bientôt finir, on voit poindre dans le ciel les premières lueurs bleutées de l'aube, la lune commence à pâlir et les étoiles sont plus ternes dans le ciel, doucement elles s'effacent. L'assourdissant vacarme de la jungle se fait bruissement, la nuit qui protège ses mystères se referme. La brise fraîche du jour naissant vient dissiper un peu la moiteur brûlante de la nuit.
Dans le lointain je crois entendre les premiers vrombissements des barques à moiteur. Le monde des humains s'éveille tandis que celui mystérieux de la jungle s'endort Bientôt la chaleur sera si harassante qu'aucun animal ne fera frémir les feuilles des grands arbres.
Je m'arrache à la contemplation du lac et me tourne vers l'homme dans mon dos. Ses yeux se plongent dans les miens, ils ont la couleur verte hypnotisante des émeraudes qu'on trouve dans les mines de l'autre côté des montagnes.
J'embrasse ses lèvres d'abord doucement, mais bientôt la passion nous emporte. Aujourd'hui comme la vieille nous passerons probablement une grande partie de la journée à faire l'amour dans la langueur paresseuse de la chaude journée. C'est souvent ainsi que se passent nos vacances.
Il y a quelques années qu'Edward a racheté cette maison à son ami indien qui lui avait louée l'année de notre rencontre. Je crois qu'il avait senti mon besoin de revenir sur la terre qui avait vu naître notre amour. Moi, la femme sans attache était finalement bien plus attachée à l'Asie que je n'aurais pu le croire.
Alors chaque fois que notre quotidien nous le permet nous prenons un avion pour le Laos pour venir nous reposer ici. Je sais qu'à chacun de nos départs Edward a une légère appréhension que je ne prenne pas le chemin du retours. Je peux difficilement lui en vouloir d'éprouver parfois une petite pointe d'inquiétude qu'il n'exprime jamais mais je suis parfaitement heureuse dans cette nouvelle vie qu'il m'a offerte.
Nous vivons toujours à Seattle, j'occupe un poste à l'hôpital depuis cinq ans, de temps en temps j'éprouve le besoin de diversifier mon activité mais je trouve toujours des compromis qui me satisfont.
Je me sens enfin calme et apaisée, je n'ai plus peur de la stabilité, d'une vie rangée, tant que c'est à ses côtés. Edward est mon tout... nous sommes les deux parties d'une même entité et tant que cela durera, rien de ce qui arrivera ne pourra m'ébranler. Il est ma force et je crois que quelque part, je suis aussi la sienne.
La petite maison de bois juste à côté de la notre et que j'ai occupée pendant quatre longues années est maintenant habitée par une famille de Laotiens. Souvent je regarde leurs enfants jouer sur les rives de terre rouge du lac, j'aimerais qu'un jour nos enfants connaissent ça aussi... la magie envoûtante de l'Asie.
Nous n'en avons encore jamais parlé mais je sais que nous y pensons tous les deux... fonder une famille, nous unir pour toujours et voir grandir une part de chacun de nous.
Les mains d'Edward ne cessent de voyager sur mon corps, il me distrait de mes pensées et je sais que c'est son intention. Je l'entraîne à l'intérieur de la petite maison, je n'ai plus qu'une envie maintenant, sentir sa peau nue et chaude contre la mienne. Je ne veux plus penser, l'avenir me paraît enfin dégagé de tout nuage, j'ignore combien de temps cela va durer mais je veux juste profiter de ça. Le bonheur est éphémère, il faut s'en délecter tout le temps qu'il nous est offert.
Le corps d'Edward glisse contre le mien, je frémis sous ses caresses. Lorsqu'enfin il entre au plus profond de moi je me sens enfin entière et comblée. J'avais été une âme solitaire, j'avais cru que c'était ce à quoi j'aspirais et puis j'ai trouvé une autre âme à laquelle me lier... Il est devenu mon tout et je suis devenu le sien.
La jungle a vu naître notre amour, elle est maintenant son écrin et le parfum de l'Asie enveloppe nos corps nus qui n'en finissent plus de se retrouver.
