Disclamers: les personnages ne sont pas à moi, je ne gagne pas d'argent en les utilisant.
Episode 5 : Les adieux
Uther Pendragon : Bah vas-y ! Tire-toi du château ! Qu'est-ce que tu vas faire après ? Te mettre dans une grotte pour méditer ?
Le Roi Ban : Hey ! Je vous ai entendu, je vous signale !
Uther Pendragon : Je sais bien. Non mais c'est vrai quoi ! Etre monté si haut et retomber volontairement si bas, moi ça me… vous souriez ?
Le Roi Ban : Ouais… j'étais en train de penser à tout ce que vous avez pu cracher sur mon fils. Et voilà que le votre fait la même chose. Je crois que je vais bien m'amuser.
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« Vous voulez pas faire un sloubi ? »
« Allez, on attend plus que vous ! » renchérit le Tavernier.
Accoudé au comptoir, Perceval de Galles tournait délibérément le dos à ses deux compagnons.
« Un coup de rouquin pour celui qui gagne ! Hééé, c't' une offre qui se r'fuse pas ! » reprit le Tavernier.
« Au moins, il s'est pas mis dans un tonneau, cette fois ! » lui glissa Karadoc.
Ils avaient déjà tout essayer pour l'appater. Depuis ce matin, Perceval n'avait pas décoincé un seul mot et il avait évité de les regarder. Il boudait comme un gamin.
« Bon, ben quoi ? Vous voulez pas nous dire ce qui va pas ? » s'exclama Karadoc.
Assis à une table avec le Tavernier, devant un bon saucisson et un bon fromage, il ne se sentait pourtant pas à son aise, à cause de l'attitude de son accolyte. Lequel finit par tourner la tête et jetter avec fureur :
« On a dit qu'on s'engueulait pas devant l'équipe ! Alors, je préfère rien dire ! »
« Aaaaah, mais oui, mais c'est pas de chez vous, ça ! Et p'is, chuis même pas sur qu'ils parlent la langue ! » fit remarquer le tavernier.
Perceval tourna doucement la tête et jetta un coup d'œil suscipicieux aux alentours.
« J'veux plus faire équipe avec un gros merlu ! Suivez mon regard ! »
« C'est moi le gros merlu ? » demanda Karadoc.
« Ca se pourrait bien, oui ! »
« Vous allez pas commencer ! Ca chasse le client quand vous vous querellez ! » s'écria la tavernier.
Perceval et Karadoc furent pris au dépourvu quelques instants avant de s'écrier en chœur :
« C'est pas faux ! »
Et comme, bien sûr, ils n'avaient pas compris ce à quoi ils avaient acquiescé, ils continuèrent leur discussion.
« Et pourquoi je suis un gros merlu ? »
« C'est à cause de vous si Arthur, il est plus Roi ! » accusa aussitôt Perceval.
« Comment ça ? » riposta le chevalier de Vannes.
Perceval quitta le comptoir et s'approcha d'un pas lourd vers Karadoc, qui, consterné, le regardait s'approcher.
« Si vous aviez pas coincé Excalibur avec votre fichu mortier, ben, elle serait pas coincée ! »
« Ca, c'est sur ! » murmura le Tavernier avant de s'apercevoir que personne ne riait.
« Ah ben moi, je l'ai fait pour vous faire plaisir ! »
« Vous êtes content de vous, gros tagazou ? » hurla Perceval.
Le tavernier fit volte-face pour regarder les clients de son établissement. Comme il le craignait, tous avaient levé de nez de leur chopine pour concentrer leurs attentions d'ivrognes sur Perceval.
« Mais c'est pas ma faute ! C'est la faute des dieux. J'suis pas dieu, moi ! » expliqua tranquillement Karadoc en machouillant une rondelle de saucisson.
« Nan mais moi, j'voudrais pas avoir l'air de me mêler de la conversation, mais j'pense pas que les dieux soiyent bloqués par du mortier ! » glissa le tavernier.
Au comble de la fureur, Perceval se saisit du bout de gruyère et cogna sur la table avec. S'il y avait encore eu besoin de l'énerver, Mevanwi fit son entrée dans la pièce à ce moment-précis.
« Karadoc ? » tenta-t-elle doucement.
« Qu'est-ce qu'il veut, l'oignon frisé ? » s'écria Perceval.
Mais Mevanwi avait fini par s'y faire. Elle faisait semblant de ne rien entendre et continuait sa vie sous les insultes de Perceval comme de rien n'était pas. Mais il viendrait un jour où il s'en mordrait les doigts, oh oui, il regretterait bien ! Elle fixait Karadoc en souriant doucement, sans rien laisser paraître. Celui-ci leva vers elle un regard innocent.
« Ca va être l'heure d'aller rechercher Meben et Morwin chez Démétra. J'y vais ? »
« Laisse, j'y vais ! Je vais prendre l'air, ça me fera du bien ! »
Elle ne réussit pas vraiment à dissimuler sa surprise, la main déjà tendu vers le porte-manteau. Karadoc était attablé avec un fromage et un saucisson, et il se proposait de sortir dans le froid pour aller chercher les petites. Et accessoirement la laisser toute seule avec le Tavernier et l'autre excité.
« On peut y aller ensemble ? » suggéra-t-elle avec un grand sourire.
« Te dérange pas ! » fit placidement son époux en fourrant le saucisson dans le revers de sa veste.
Elle le regarda s'avancer vers la porte en soupirant. Déjà vivre à la taverne, avec Perceval et Merlin dans la même chambre, c'était pas la joie, mais en plus maintenant que tout le monde se criait dessus, il y avait vraiment de quoi regretter Kaamelott. Et la paisible vie de Reine de Bretagne.
Elle n'avait pas compris pourquoi Arthur et Guenièvre n'étaient pas passé de vie à trépas quand elle leur avait offert sa tisane. Elle avait tout préparé soigneusement, en suivant le parchemin à la lettre. Ils n'auraient pas du passer la nuit.
Mais tout cela n'avait plus d'importance. Maintenant que Guenièvre était officiellement au pouvoir, ça serait encore plus facile de lui prendre sa place. Elle devrait choisir un Roi, et il y avait fort à parier qu'elle ne prendrait pas Arthur. Karadoc, qui était officiellement l'ex-mari de la Reine était tout désigné…Et une fois Karadoc Roi, qui serait la Reine ?
Elle esquissa un sourire en suivant des yeux l'épaisse masse de son mari ouvrir la porte de la taverne. Il croisa un homme encapuchonné auquel il ne fit même pas attention et sortit, plongeant dans les bourrasques de vent qui faisaient voltiger la neige, bien emmitouflé.
Mevanwi se figea. A côté d'elle, Perceval fit de même. Ils connaissaient tous les deux par cœur la silhouette et la démarche de l'homme qui était entré quand Karadoc était sorti.
Arthur releva la tête et fit tomber sa capuche.
« Bonjour la compagnie ! » annonça-t-il gaiement.
Le tavernier se leva si brusquement qu'il fit basculer son banc, dans un raffut épouvantable.
« Sire ! » bredouilla-t-il.
« C'est une manie le « Sire ! » Perceval, Dame Mevanwi ! » les salua-t-il chaleureusement.
Quelques part, tout à fin fond d'elle, la femme amoureuse nota qu'il avait l'air radieux et s'en réjouit.
« Qu'est-ce que vous faites-là ? » articula le Tavernier.
« Hé ben, déjà, je viens me réchauffer les arpions ! Et puis vous avez bien un petit remontant ? »
« Certes, certes, mais euh, y'en a pas à Kaamelott ? »
Arthur secouait déjà son manteau couvert de neige, et, relevant le banc, pris place dessus, en face de Perceval, qui tenait toujours le fromage agrippé.
« Vous m'en donnez, Perceval ? »
Le chevalier du Pays de Galles s'assit à table et Mevanwi reprit contrôle d'elle :
« Je vais m'en aller ! » annonça-t-elle en s'apprétant à tourner les talons.
« Oh, ben, je viens à peine d'arriver ! Restez donc un peu ! »
Il la mettait à la torture. Elle n'avait aucune envie de supporter sa présence, de peur de céder soit à la haine soit à l'amour. Et puis, le fait qu'il ne semble pas ressentir la même gêne la torturait encore plus.
Perceval, toujours sans un mot tendit une tranche de fromage à Arthur. Celui-ci planta les dents dedans avec entrain.
« Alors, pour vous répondre, fit-il en machonnant, si, y'a encore à manger à Kaamelott. Seulement, moi j'y suis plus ! »
« Ben nan, puisque vous êtes ici ! » fit remarquer Perceval.
« Nan, mais évidemment ! Je veux dire que j'habite plus à Kaamelott. Je suis parti tout à l'heure. J'y re-foutrai pas les pieds avant longtemps ! »
Mevanwi commença à se dire que ça valait le coup de rester pour en savoir un peu plus. Le tavernier la contourna pour amener un pichet de vin et quatre godets en annonçant.
« Un deux trois quatre, un peu de jus d'raisin ! »
« Comme je suis passé devant la taverne, je me suis dit que je pourrais vous faire un ptit salut ! On va pas se revoir avant quelques temps. Mais à priori, votre époux ne m'a pas reconnu ! »
Elle hocha la tête sans un mot et vint se glisser à côté de Perceval sur le banc.
« Tiens, Perceval, je vous ai pas vu, hier, au courronnement de ma femme ! »
Le chevalier se rembrunit et baissa les yeux, les sourcils froncés.
« Il y a qu'un seul roi, et il s'appelle Arthur ! » grommella-t-il.
« Ben ça tombe bien, ma femme n'est pas Roi. Elle est Reine et ça n'a jamais paru vous déranger ! » ironisa Arthur avec un petit sourire complice.
« M'en fiche ! Pour moi, elle est rien du tout ! C'est tous des mulots s'ils vous oublient comme ça, les gens ! »
Arthur lui jeta un regard à la fois navré et agaçé et puis sans rien dire, s'empara du couteau pour se tailler une autre tranche de fromage.
« C'est vrai que vous allez partir ? » demanda Mevanwi qui ne voulait pas que la conversation file.
« Ouais ! Je la laisse se débrouiller ! Je suis plus Roi ! Je fais ce que je veux, plus personne n'a besoin de moi ! »
« Mais vous allez faire quoi, vous ? »
« Le tour de la Bretagne… Je vais aller voir du paysage, je sais pas trop bien, en fait ! »
« Ou sinon, je peux vous proposer un truc, moi ! » fit Perceval.
« Quoi ? » demanda Arthur avec la tête de celui qui ne se fait aucune illusion.
« Vous voulez pas faire partie de notre clan ? »
« Pardon ? » s'écrièrent Mevanwi et Arthur en même temps.
« Ben ouais, on recrute des gens comme vous ! En plus, on vous laisserait direct la place de chef des Semis-Croustillants ! Vous avez le profit parfait. »
« Profil ? »
« Ouais, si on veut ! » fit Perceval comme si c'était un détail.
Arthur semblait très amusé de la proposition. Perceval, lui, semblait très sérieux. Quand il s'en apperçut, Arthur reposa son fromage, suivit le rebord de son godet du bout du doigt et déclara :
« Je vous remercie, mais non ! »
« Allez quoi ! Y'a pas meilleur chef que vous ! Ca montrerait à la grosse buse qu'il a pas les coudes pour être chef ! »
« Les coudes ? Les épaules, nan ? »
« C'est mon mari, la grosse buse ? » s'insurgea Mevanwi.
« Oui ! Ca lui pose un problème, à la chèvre ? »
« Vous en êtes une aussi ! Et vous êtes pas fait pour être chef non plus ! » s'étrangla la dame.
« Non, non, Perceval ! C'est fini ! Je veux plus faire partie d'un clan ou quoi que ce soit qui s'en approche et encore moins en diriger un ! Il va falloir apprendre à vous débrouiller sans moi, mon p'tit père !» reprit Arthur.
Perceval se leva brusquement, le front baissé comme un taureau s'apprêtant à charger.
« Si vous étiez pas mon roi, je deviendrais vulgaire… mais… vous pouvez pas savoir comment je suis trop colère ! »
Il tourna les talons et disparut dans l'escalier qui menait aux chambres, et le tavernier poussa un soupir à fendre l'âme :
« Hé ben, j'ai comme bien l'impression que c'est moi qui vais faire la vaisselle, ce soir ! »
Il se leva péniblement, lança son chiffon sur l'épaule et fit craquer ses doigts.
« Allez, au boulot ! Y'a pas à dire, être tavernier, c'est pas une sinécure ! »
Et Mevanwi se rendit-compte avec appréhension qu'elle avait seule en tête à tête avec Arthur. Et d'ailleurs, avant qu'elle n'ait pu trouver une excuse pour s'éclipser lui aussi, il se pencha un peu sur la table et baissa la voix :
« En fait, je venais aussi vous voir ! »
Elle se retint de se pencher vers lui et resta aussi digne que possible.
« Ha ? »
« Oui, j'ai quelque chose à vous proposer, moi aussi ! »
« Et de quoi s'agit-il ? »
« Bon, alors, voilà, ce que je vais vous demander, ça fait peut-être con, ça fait peut-être gamin et … je connais déjà votre réponse, mais ça coute rien, alors voilà… est-ce que vous accepteriez de partir avec moi ? »
« Partir avec vous ? Mais où ? » bégaya-t-elle, prise au dépourvu.
« Alors, c'est là que ça pêche un peu, c'est que… je ne sais pas vraiment où je vais… j'ai une vague idée, mais bon… Et bref, je me disais que… avec vous … ça pourrait être sympa… une fuite en amoureux… quelque chose de très romantique, v'voyez ? »
« Attendez… Vous me proposer de tout abandonner, mon mari et mes gosses, pour aller crêcher dans la nature. Non mais vous me prenez pour Guenièvre ou quoi ? » cingla-t-elle.
« Ben voilà ! J'en étais sûr ! Bon, enfin, pas grave ! »
Elle s'apprêta à répliquer pour retourner encore plus le couteau dans la plaie quand le tavernier cria, depuis derrière le comptoir.
« Je lui prépare une chambre pour la nuit, au Seigneur Arthur ? »
« Pas la peine ! Nan, j'ai fait tous ce que je voulais faire ici ! »
« C'est comme il veut ! »
Arthur se leva, considéra sa tranche de fromage à moitié grignottée, soupira et lui tendit soudainement. Elle la prit par reflexe et il lui murmura :
« Bon courage, avec le clan ! Et avec Perceval… les insultes et l'énervement, c'est la défense des glandus… »
« Merci… »
Elle essaya de blinder ses sentiments et son indifférence, sérieusement ébranlés par cette attitude badine, suivi d'une sorte de déclaration d'amour, et d'une phrase de réconfort.
Il alla régler au comptoir et repassa à côté d'elle pour sortir. Il avait déjà dépassé sa table quand il se retourna, le doigt levé, comme s'il avait oublié quelque chose.
« Ah, et il faut absolument que vous arrêtiez de faire de la tisane, elles ont vraiment mauvais goût ! »
Mevanwi se sentit rougir et baissa les yeux. Il revint vers elle, et s'appuya sur la table pour pouvoir lui glisser à l'oreille.
« Vous êtes la première suspecte, pour tout ce qui pourrait arriver à ma femme… »
Son ton glacial la fit frissoner, mais elle serra la machoire et ne releva pas les yeux pour le regarder. Un jour, ils regretteraient tous ce qu'elle devait encaisser sans rien dire.
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Le Roi Ban : Moi, j'dis, faut se méfier de celle-là !
Uther Pendragon : De qui ?
Le Roi Ban : A votre avis ! De Mevanwi de Vannes, bien sûr ! Vous la trouvez pas sournoise ?
Uther Pendragon : Sournoise ? Elle ? Alors là, excusez-moi, mais faut m'expliquer !
Le Roi Ban : C'est pas dur quand même, elle a déjà essayé de tuer votre rejeton, je vous rappelle !
Uther Pendragon : Hé ben quoi ? Une femme de caractère, qui sait ce qu'elle veut et qui se laisse pas marcher sur les pieds ! Moi, je trouve ça tout à fait ravissant !
